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Full text of "Revue d'Alsace"

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REVUE  D'ALSACE 


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KvlbimM.  ~  XnpriflMrto  Y«wr«  ^4«r  *  CI*. 


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REVUE  D'ALSACE 


NOUVELLE    SERIE 


QUATRIEME  ANNEE 


TOME    QUATRIÈME 


COLMAR 

kV  BUREAU,  PLACE  DU  MARCHÈ-AU-PETIT-BÊTAIL,  N*  23 
1876 


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H-  V-  2.7 


1 


LETTRES  INÉDITES 

DE  Louis  XTTT,  Louis  XIV,  du  prince  de  Condé,  etc., 

▲DRESSÉES  AU  MAGISTRAT  DE  STRASBOURG   OU   RELATIVES  AUX 
AFFAIRES  DE  CETTE  VILLE. 

(1642-1647) 
Tirées  des  Archives  de  la  ville  de  Strasbourg 


Les  docoments  publiés  ici  pourroot  servir  en  quelque  sorte 
de  Bupplément  aux  pièces  nombreuses  de  la  même  époque, 
éditées  autrefois  par  Eentzinger  et  Yan-Ruffel.  Ils  ne  pré- 
sentent point  par  eux-mêmes  un  intérêt  majeur,  je  suis  le 
premier  à  le  reconnaître.  Ils  s'intercaleront  modestement  à 
leur  place,  dans  les  recueils  cités  plus  haut,  apportant  un  léger 
surcroît  d'informations  aux  détails  déjà  connus  sur  cette  période 
de  notre  histoire  locale. 

Ce  qui  m'a  porté  à  copier  ces  pièces,  il  y  a  quelques  années 
déjk,  et  ce  qui  m'engage  à  les  publier  aujourd'hui,  c'est  la 
certitude  que  dans  très  peu  de  temps  les  originaux  auront 
cessé  d'exister.  C'est  en  aidant  les  recherches  que  je  faisais 
aux  Archives  de  la  ville,  en  1869,  à  la  piste  de  Josias  Glaser, 
que  mon  savant  et  obligeant  ami,  M.  Tarchiviste  Brucker,  mit 
la  main  sur  la  liasse  renfermant  les  documents  qui  vont 
suivre  et  qui  se  trouvaient  au  milieu  d'une  foule  d'autres 
papiers,  non  encore  classés  alors,  relatifs  à  la  guerre  de 
Trente- Ans. 

Cette  liasse  avait  probablement  traversé  le  sac  lamentable 
de  lHÔtel-de-Ville,  en  1789;  elle  avait  traîné  dans  les  ruis- 


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6  REVUE  D* ALSACE 

seaux  et  de  plus,  elle  avait  dû  être  inondée  de  vin.  Remise 
sans  doute  dans  ce  piteux  état  dans  un  tiroir  des  Archiyes, 
l'humidité  avait  produit  ses  effets  ordinaires  sur  les  papiers 
qui  s*y  trouvaient.  Ils  avaient  lentement  pourri,  et  quand 
nous  voulûmes  examiner  le  contenu  du  dossier,  un  bon 
nombre  de  ces  pièces  étaient  devenues  complètement  illisibles 
où  s'en  allèrent  en  poussière,  au  premier  contact.  Ge  que  j'en 
pus  déchiffrer  encore  fut  transcrit  afin  d'empêcher  la  dispari- 
tion complète  de  ces  documents  qui,  depuis  cinq  ans,  ont  dû 
nécessairement  dépérir  encore,  et  qu'aucun  soin  ne  saurait 
soustraire  désormais  à  une  destruction  totale. 

J'ai  naturellement  tftchéde  trouver  dans  d'autres  documents 
ofiSciels,  l'explication  de  certains  points  obscurs  de  ces  lettres, 
et  j'ai  consulté  de  préférence  les  protocoles  du  Conseil  des 
Treize  pour  cette  époque.  Je  ne  puis  m'empêcher  de  signaler 
ici  un  fait  qui  s'est  révélé  à  moi  pendant  ces  recherches.  Il 
paraîtrait  que  même  les  protocoles  de  ce  corps  suprême  et 
dont  les  délibérations  restaient  secrètes,  ne  contiennent  pas 
tout  ce  qui  se  passait  au  sein  du  Cionseil.  Plus  d'une  des 
lettres  transcrites  plus  bas,  et  bien  certainement  arrivées  aux 
destinataires,  puisqu'on  les  retrouve  dans  leurs  archives,  n'a 
point  été  mentionnée  dans  les  procès* verbaux  officiels  des 
séances.  Cest  un  détail  que  l'historien  futur  de  Strasbourg, 
qui  devra  nécessairement  dépouiller  tous  ces  protocoles,  fera 
bien  de  ne  point  perdre  de  vue.  J'ai  joint  ces  édaicisaements 
au  bas  des  pages,  tout  en  regrettant  de  ne  pouvoir  en  fournir 
davantage,  et  laissant  à  d'autres,  plus  savants  ou  plus  heureux, 
la  tâche  d'expliquer  plus  tard  ce  qui  a  dû  rester  obscur  pour 
moi. 


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LETTRES  IKÉDITB8  DB  LOUIS  XIU,  LOUIS  XIV,  ETC. 


I. 


Lettre  du  roi  Louis  XIII  à   M.  Mekhior   de  Fhle^  résident 
de  France  à  Strasbourg 

Monsieur  de  l*Isle,  J'ay  esté  bien  fiasché  de  ce  qui  est 
arrivé  aux  députez  de  la  ville  de  Strasbourg  qui  alloient 
trouver  le  duc  Charles  de  Lorraine,  comme  j'ay  fait  en- 
tendre à  ceux  qui  sont  venus  vers  moy  de  la  part  de  la 
dite  ville,  pour  m'en  faire  plainte  \  C'est  ce  que  je  luy  tes- 
moigne  aussy  par  la  response  que  je  fais  à  sa  lettre  qu'ils 
m'ont  rendue  ;  mais  c*est  une  affaire  faitte  et  en  laquelle  il 
y  a  de  telles  circonstances  que  je  ne  puis  autre  chose  pour 
le  présent  qu'avoir  du  déplaisir  qu'elle  se  soit  passée  de  la 
sorte  qu'ils  m'ont  représenté.  Vous  tiendrez  la  main  par 

^  La  ville  de  Strasbourg,  étroitement  liée  en  1642,  à  la  politique  fran- 
çaise, tenait  à  rester  en  bons  termes  avec  les  princes  et  généraux  voisins 
qui  auraient  pu  dévaster  ses  terres.  Parmi  ceux  dont  elle  craignait  le 
plus  les  incursions,  était  aussi  le  duc  Charles  IV  de  Lorraine.  Pour  se  le 
rendre  propice,  le  Magistrat  décida  qu'on  lui  enverrait  un  cadeau  de  six 
chevaux.  A  ce  moment,  le  duc  était  encore  l'allié  de  la  France,  mais  peu 
après  il  rompit  le  traité  qui  le  liait  à  Louis  XIII.  Quand  les  envoyés  de 
Strasbourg  passèrent  le  13  novembre  1641  à  Lorentzen,  à  proximité  du 
rayon  d'observation  du  commandant  français  de  Saverne,  M.  de  Pesse- 
tières,  ce  dernier,  qui  depuis  longtemps  était  mal  disposé  pour  la  Répu- 
blique, fit  enlever  le  convoi,  sans  doute  sous  prétexte  qu'on  le  menait  à 
l'ennemi.  Ce  fut  en  vain  que  les  Conseils  envoyèrent,  le  17  janvier  1642, 
une  députation  à  la  Cour  de  France,  composée  de  deux  membres  de  la 
Chambre  des  XV,  François-Sébastien  Rœder  et  Jacques-Frédéric  Bœcklin, 
et  du  secrétaire  de  la  Chambre,  Gaspard  Bernegger.  On  leur  donna  de 
belles  promesses,  mais  on  se  refusa,  comme  le  montre  la  lettre  du  roi,  à 
toute  restitution.  Ce  qu'il  y  a  d'amusant  dans  cette  affaire,  c'est  que  le 
due  de  Lorraine  n'entendait  pas  perdre  le  cadeau  qu'on  lui  avait  destiné. 
Il  envoya  son  secrétaire,  le  sieur  Le  Petit,  à  Strasbourg,  pour  demander 
les  chevaux,  puis,  déclarant  qu'il  serait  trop  difficile  de  les  mener  et  de 
les  entretenir,  son  envoyé  insinua  au  Magistrat  qu'il  préférait  de  l'ar- 
gent comptant  (einm  sack  voU  geldesj.  Les  procès-verbaux  des  XIII 
d'avril  à  juin  1642  sont  remplis  de  ces  négociations. 


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8  RBYUB  D' ALSACE 

votre  prudence  et  adresse  à  ce  que  la  dite  ville  soit  tou- 
jours bien  persuadée  de  ma  bienveillance  en  son  endroit 
et  du  désir  que  j*ay  dé  la  luy  faire  cognoistre  en  tout  ce 
qui  me  sera  possible.  Quant  à  ce  qui  est  des  isaufconduits 
pour  aller  à  l'assemblée  où  Ton  doit  traitter  de  la  paix  *, 
vous  pourrez  l'asseurer  qu'il  m'en  sera  délivré  un  général 
pour  tous  les  alliez  et  adhérents  de  cette  couronne,  en 
vertu  duquel  ladite  ville  pourra  envoyer  ses  députez  à  la- 
dite assemblée  où  mes  plénipotentiaires  auront  ordre  de 
soubtenir  ses  intérêts  comme  les  miens  propres,  aînsy  que 
l'en  ay  cy  devant  asseurée  et  que  vous  luy  confirmerez  de 
nouveau  en  termes  exprés.  Sur  -ce  je  prie  Dieu  qu'il  vous 
ait,  Monsieur  de  Flsle,  en  sa  sainte  garde.  Escrit  à  Nar- 

bone*  le  premier  Avril  1642. 

LOUIS. 

BOUTHILLIER. 


n. 

Lettre  du  roi  LOUIS  XIV  au  baron  ^OystmvilU. 

Monsieur  le  baron  d'Oysonville,  Ayant  accordé  à  mes 
bons  amis,  Testât,  Maistre  et  Conseil  de  la  Republique  de 
Strasbourg  la  sauvegarde  et  confirmation   d'exemption 

que  vous  se et  qui  est  conforme  à  celle  que  le  feu  Roy, 

Monseigneur  mon  Père  de  glorieuse  mémoire,  que  Dieu 
absolve,  les  avait  faict  expédier,  J'ay  bien  voulu  l'accom- 
pagner de  cette  lettre  pour  vous  dire  que  l'intention  de  la 

'  «  L'assemblée  où  Ton  doit  traitter  de  la  paix  »  c'est  la  coniérenee 
des  plénipotentiaires  européens,  résolue  à  la  suite  de  la  signature  des 
préliminaires  de  paix  de  Hambourg,  le  ^5  décembre  1641,  mais  qui  lie 
devait  se  réunir  que  bien  des  mois  après,  à  Munster  et  Osnabrûck. 

'  Louis  Xlll  était  alors  occupé  de  la  conquête  du  Roussilion,  et  se 
trouvait  dans  le  Midi  avec  le  cardinal  de  Richelieu,  qui  poussait  d'un 
coté  le  siège  de  Perpignan,  taudis  qu'il  surveillait  de  l'autre  les  intrigues 
de  Monsieur  et  de  Cinq  Mars. 


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UrriRES  IlCtolTBSDBLOinSXniyLOXTIBXIV,  ETO.  ^ 

Royne  régente.  Madame  ma  Mère  et  la  mienne  est  que 
irous  Fobserviez  et  fassiez  Tobserver  en  ce  qui  deppendra 
de  Yous  et  gardiez  en  toutes  occasions  la  bonne  voisinance 
et  correspondances  requises  avec  ceux  de  la  dite  Répu- 
blique et  leurs  subjectz,  m'asseurant  qu'ils  y  correspon* 
dront  de  leur  part,  en  ce  qu'ils  doibvent,  pour  le  bien  de 
mon  service  et  Tadvantage  de  cette  Couronne,  et  la  pré- 
■fiente  n'estant  pour  autre  fin,  je  prie  Dieu,  Monsieur  le 
Baron  d'Oysonville,  qu'il  vous  ayt  en  sa  saincte  garde. 

Escrit  à  Paris,  le  8  Juillet  1643. 

LOUIS. 

A  Monsieur  le  Baron  d*OysonvîUf,  mon  Lieutenant  au 
gouvernement  de  la  ville  et  forteresse  de  Brisac  et  du 
pays  en  dépendant. 


m. 

Lettre  du  baron  itOysonville  à  Messieurs  de  Strasbourg,^ 

Messieurs, 

Le  Sieur  major  Schord  de  mon  régiment  (d'infeinterie) 
allemande  m'a  fsiîct  entendre  que  pour  avoir  assisté  à  une 
presche  de  la  religion  prétendue  réformée  chez  feu  Mon- 
sieur De  risle,  résident  pour  Sa  Majesté  en  vostre  ville,* 

'  C'est  un  de  ces  points  sar  lesquels  noos  n'avons  tronyé  aucun  ren- 
seignement dans  tes  protocoles  des  XIII.  Nous  avons  en  vain  parconrti 
tous  les  proces-yerbauK  de  mars  à  juin  1644.  Nous  y  avons  trouvé  un 
certain  nombre  de  lettres  du  baron  d'Oysonville  mentionnées  et  discu- 
tées, mais  de  celle-ci  point  de  trace.  Le  nom  du  major  Schord  (ou  peut- 
être  Scbard)  n'est  point  mentionné  non  plus  dans  les  registres  détaillés 
du  volume  qui  renferme  les  protocoles  de  1644. 

'  Melchior  de  l'isle,  résident  de  France  auprès  de  la  République  de 
Strasbourg  et  quelques  princes  voisins,  y  était  arrivé  pour  la  première 
foie  en  1631.  Appartenaot  à  la  religion  protestante,  il  avait  été  bien 
reçu  par  le  gouvernement  de  la  ville  et  sut  déployer  beaucoup  d'habileté 
dans  la  représentation  des  intérêts  français  à  Strasbourg.  Il  doit  être 
mort  dans  les  premiers  mois  de  ^1644,  et  fat  remplacé,  peu  après,  par 
H.  Stella  de  Morimont.  Le  sujet  de  la  lettre  me  semble  assez  bizarre. 


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10  BEVUE  d'ALSAGB 

VOUS  Tauries  mis  en  une  amende  de  quatre-vingt  livres.  Je 
ne  scay  pas  Messieurs  quel  (sic)  est  la  prétention  et  quelz 
sont  les  privilèges  des  ministres  du  Roy  qui  sont  de  cette 
religion,  mais  je  scay  bien  que  ceux  de  la  religion  catho- 
lique appostolique  et  romaine  que  je  professe,  ont  toujours 
eu  tout  pouvoir  de  faire  dire  et  célébrer  la  Sainte-Messe 
dans  leurs  maisons,  chez  tous  les  princes  et  dans  tous  les 
estats  qui  professent  une  religion  contraire  et  j'ay  veu  des 
personnes  de  qualité  subjectz  et  servants  les  susdictz 
princes  faisant  profession  de  la  religion  catholique,  qui 
n'en  avoient  pas  l'exercice  libre  mesme  (en  ?)  ce  temps  et 
cette  occasion  pour  y  assister  sans  qu'ils  en  ayent  jamais 
esté  punis.  Ainsy  Monsieur  de  l'Isle  a  peu  prétendre  les 
mêmes  droits  en  sa  religion  en  son  logis.  Taurois  pu  vous 
prier  de  droict  de  ne  point  demander  Tamende  au  susdit 
major  Schord  et  mesme  en  considération  qu'il  n'est  point 
vostre  bourgeois  et  qu'il  a  service  actuel  en  mon  régiment 
et  est  seullement  par  rencontre  auprès  de  sa  femme  qui 
est  retirée  en  vostre  ville,  soubs  votre  protection  et  puis- 
que je  vous  ay  dict  que  je  ne  suis  pas  bien  informé  des 
privilèges  que  feu  M.  de  l'Isle  et  les  semblables  ministres 
du  Roy,  professant  la  religion  qu'il  professoit,  l'ont  peu 
prétendre  dans  leur  logis,  je  vous  demande  par  faveur  et 
grattification  de  vouUoir  cesser  la  demande  que  vous  avez 
faict  faire  au  dit  major  Schord  d*une  amende  de  80  livres. 
J'auray  obligation  de  me  dire  d'aultant  plus,  Messieurs, 
Vostre  très-humble  et  très-affectionné  serviteur, 

De  Brisach,  d'OYSONVILLE. 

Ce  3  AvrU  1644. 

Messieurs^  Messieurs  les  Prêteurs,  Consuls,  et  Sénat  de  la 
République  de  Strasbourg,  à  Strasbourg. 

M.  de  l'Isle  avait  incontestablement  le  droit,  selon  tons  les  usages  diplo- 
matiques, de  faire  célébrer  dans  son  domicile  le  culte  qu'il  professait. 
On  ne  voit  pas  trop  de  quel  droit  le  Ma(pstrat  empêchait  un  militaire 
au  service  de  France,  qui  dés  lors  n'était  pas  son  sujet,  à  prendre  part  à 
ce  culte  domestique. 


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UPTTBBB  INÉDITES  DE  LOmS  Xm,  LOinS  XIV,  BTO.  11 

IV. 

Lettre  du  prince  de  Conde  à  Messieurs  de  Strasbourg^. 

Messieurs,  celle-ci  servira  pour  accuser  la  réception  de 
la  vôtre  et  pour  vous  asseurer  de  la  continuation  de  mon 
affection,  avec  la  quelle  je  vous  prie  de  croire  que  je  feray 
auprès  de  la  Reyne  et  dans  le  Conseil  tout  ce  qui  me  sa  (sic) 
possible  en  votre  faveur,  ne  désirant  rien  tant  que  de  vous 
Élire  paroître  combien  je  suis  véritablement,  messieurs, 

Votre  très-affectionné  à  vous  faire  service, 

HENRY  DE  BOURBON. 
A  Paris, 

4  Febvrier  1644.  

V. 

Lettre  du  duc  d'Enghien  à  Messieurs  de  Strasbourg^ 

Messieurs,  Ayant  besoin  de  trois  mil  rézeaux  de  grain, 
de  quelque  matérial  (sic)  et   munitions  de  guerre  pour 

^  Le  testament  de  Louis  XIII  avait  nommé  la  reine  régente,  Monsieur, 
lieutenant-général  du  royaume,  et  le  prince  Henri  de  Gondé,  chef  des 
Conseils.  Bien  que  le  Parlement  cassât  le  testament  royal  peu  de  jours 
après  la  mort  du  souverain,  sur  la  demande  même  d'Anne  d'Autriche, 
Monsieur  et  le  prince  de  Condé  conservèrent  les  titres  dont  ils  avaient 
été  revêtus  ;  c'est  à  cause  de  ce  titre  que  le  Sénat  de  Strasbourg  av^it 
réclamé  de  lui  sa  protection  pour  l'avenir,  par  lettre  du  21  août  1643. 
Le  prince  et  les  magistrats  de  la  République  avaient  antérieurement  déjà 
échangé  des  lettres  de  condoléance  au  sujet  de  la  mort  du  roi.  Voyez 
KsifTziifGBR,  L  p.  254  et  25.7,  et  protocole  des  XIII,  21  août  1643, 
21  février  1644.  La  ville  s'était  plainte  de  la  misère  amenée  en  Alsace 
par  rinvasion  de  l'armée  française;  elle  avait  expédié,  pour  plus  de 
sûreté,  ses  doléances  par  la  voie  de  Lyon,  en  triple  expédition  à  la 
régente,  à  Monsieur  et  à  Condé.  C'est  à  cette  pièce  que  répond  le  billet 
du  prince. 

^  Le  duc  d'Enghien  avait  été  chargé  de  conduire  des  renforts  à  l'armée 
de  Turenne  qui  campait  alors  en  Alsace.  Il  avait  passé  à  Saveme  dans 


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12  wamm  d'axailcb 

Tannée  que  je  commande,  J'ay  bien  voulu  vous  prier  par 
celle-cy  de  m'en  accorder  la  sortie  de  votre  ville,  etc. 

LOUIS  DE  BOURBON. 
A  Brisac,  ce  2  Aoust  1644 


VI. 

Lettre  du  duc  fEnghien  a  Messieurs  de  Strasbourg,^ 

Messieurs,  J'ay  tant  de  preuves  de  votre  affection  au 
service  du  Roy  et  aux  Interests  de  la  cause  commune  que 
je  me  pcometz  que  vous  ne  desnierez  pas  la  prière  que  je 
vous  &iictz  de  permettre  la  sortie  de  votre  ville  pour  les 
denrées  et  choses  nécessaires  à  Tarmée  de  Sa  Majesté,  par 
les  Sieurs  de  Champlastreux  et  Tracy,  sans  lesquelles  il  est 
du  tout  impossible  que  elle  puisse  subsister,  etc. 


LOUIS  DE  BOURBON. 


Du  Camp  de  Langendentsling, 
le  XV*  Aoust  1644. 


1m  derniers  jours  de  juillet,  et  j  avait  rencontré  le  secrétaire  de  ta 
Chambre  des  XV,  Gaspard  Bemegger,  chargé  de  loi  souhaiter  la  bien- 
veoae  an  nom  du  Magistrat.  Celni-ci  avait  été  bien  reço.  avait  obtenu  de 
loi  des  sanve-gardes  poor  llarlenheim  et  Wasselonne,  et  avait  autorisé, 
par  contre,  le  maréchal  de  Goiche  à  défiler  avec  les  bagages  de  l'armée 
par  ce  dernier  endroit  (Protocoles  des  XIII,  21  juillet  1644).  C'est  après- 
sa  jonction  avec  Tnrenne,  qui  campait  alors  entre  Brisach  et  Fribourg, 
qu'Enghien  demanda  ces  nouveaux  envois  de  provisions  en  tout  genre. 
La  lettre  du  duc  est  mentionnée  au  protocole  des  XIII,  du  96  juillet 
(vieux  style). 

^  Le  protocole  des  XIII»  du  8  aoAt  1644,  mentionne  cette  lettre 
d'Enghien,  et  une  lettre  semblable  de  Turenne,  qui  priait  le  magistrat 
de  ne  laisser  passer  aucun  soldat  qui  n'aurait  point  un  passeport,  tout 
en  favorisant,  dans  la  mesure  du  possible,  les  cantiniers  qui  viendraient 
faire  des  achats  à  Strasbourg.  Cela  fut  accordé. 


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LRTBB8  INÉDTTBS  DB  LOOIB  Xm,  LOT7I8  XIV,  STO.  13 

VU. 

Lettre  du  duc  uTEngbien  ù  Messieurs  de  Strasbourg, 

Messieurs,  Je  vous  ay  voulu  escrire  un  mot  de  ma  main 
pour  vous  prier  de  vouloir  prendre  créance  aux  choses 
que  le  S*"  de  Tracy  vous  dira  de  ma  part  et  luy  octroyer 
les  choses  qu'il  vous  demandera  *.  J*attens  cela  des  bonnes 
volontés  et  de  Taffection  que  vous  avës  tousiours  tesmoigné 
au  service  du  roy  et  de  la  bonne  cause,  en  mon  particulier 
je  vous  seray  très-obligé  et  vous  tesmoigneray  tousiours 
que  je  suis,  Messieurs, 

Vostre  trës-affectioûé  à  vous  faire  service, 

LOUIS  DE  BOURBON, 

Au  bout  du  pont  de  Strasbourg, 
18Aoustl644*. 

^  M.  de  Tncy,  le  mtinitionnaire  général  fGeneralcommiêsariuiJ  de 
l'armée  d'Enghien  devait  demander  et  vint  demander  en  effet  an  Magis- 
trat 9000  rézeanx  de  blé  (Protocole  des  XIII,  26  juillet  1644).  Il  ne  faut 
jamais  perdre  de  vne  qne  les  correspondances  françaises  sont  datées 
d'après  le  calendrier  grégorien,  les  lettres  et  les  protocoles  de  Strasbourg 
d*apràs  le  calendriw  julien.  Il  y  avait  alors  dix  joars  de  différence. 

*  Eng^ien  et  Turenne  se  mirent  en  marche  vers  le  nord  dans  les  pre- 
miers jours  d'août.  Le  jeudi  8  août  1644  (rieiix  style),  le  commandant 
de  Kehl,  le  capitaine  Gornelins  Beek  avisait  le  Magistrat  qne  le  chef  des 
pontonniers  (BrUckeMneigiêrJ  de  Tannée  française,  s'était  présanté  chec 
lai  pour  inspecter  le  pont  sur  la  Kintiig,  sans  dovte  potr  y  organiser  le 
passade  des  tronpes.  Il  le  renvoya  à  ses  sopérienrs.  Dans  la  mette 
séance,  l'ammeister  régnant  rapporte  qne  M.  de  Tracy  est  venu  loi  de- 
mander l'antonsatioii  d'aehelér  en  ville  1,000  qnartands  de  &rine  chei 
les  boulangers,  en  offrant  paiement  immédiat  et  promettant  de  vanter  à 
S.  A.  la  prévenance  dn  lla^strat.  A  peine  lai  a^t^l  accordé  ia  première 
demande,  qn'il  vient  réclamer  encore  un  supplément  de  300  qnartands. 
Les  avocats-généranx  de  la  ville  sont  d'avis  d'accéder,  afin  de  se  débar^ 
raaser  de  lui.  [Sur  une  observation  de  l'ammeister  Stasdel,  on  charge 
M.  Steinbock  de  sorveiller  la  fabrication  ék  pain  ehes  les  boulangers, 
qni  trompent  volontiers  quand  ils  ont  d'aussi  grandes  livraisons  à  faire. 
Pans  une  seconde  séance,  tenue  l'après-midi  du  même  jotir,  les  députés 


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14  RBVUB  D'aLBAOK 

vni. 

Lettre  du  duc  étEnghien  à  Messieurs  de  Strasbourg  ^ 

Messieurs,  Envoyant  en  votre  ville  le  pourvoyeur  de  ma 
maison  pour  y  faire  quelques  provisions  pour  la  fourni- 
ture d'icelle,  je  vous  prie  de  luy  en  vouloir  permettre  la 
sortie  et  de  croire  qu'en  revanche  de  cette  faveur  et  de 
celle  que  j'ay  désia  reçeue  de  vous  en  semblable  occasion, 
Il  ne  s'en  présentera  point  de  vous  servir  que  je  ne  vous 
fesse  paroistre  que  je  suis  véritablement,  Messieurs, 

Vostre  très-aflfectionne  à  vous  feire  service, 

LOUIS  DE  BOURBON. 
Du  Camp  devant  Philisbourg, 
le  XXVI*  Aoust  1644. 


IX. 

Lettre  du  duc  d'Enghien  à  Messieurs  de  Strasbourg^, 

Messieurs,  La  facilité  avec  laquellç  vous  m'avez  accordé 
les  campagnes  passées  les  chosss  que  je  vous  ay  deman- 
da Magistrat  lai  rendent  compte  qu'ils  sont  allés  complimenter  les  deax 
généraux  et  qa'ils  les  ont  trouvés  à  table  dans  une  maison  non  loin  de 
Kehl.  On  les  y  a  fort  gracieusement  reçus,  la  courtoisie  de  la  ville  a  été 
hautement  reconnue,  et  on  leur  a  fait  part  que  le  quartier  général  serait 
transféré  pour  la  nuit  à  Auenheim.  Le  Conseil  décide  qu'on  offrirait  à 
Gondé  quinze  quartauds  d'avoine,  un  demi**foudre  de  vin  rouge  et  un 
demi-foudre  de  vin  blanc  et  huit  beaux  poissons.  Le  secrétaire  Bemegger 
ira  les  remettre  ce  soir  dans  un  batolet  (Protocole  des  XIII,  8  août  1644). 

^  Tandis  que  les  armées  descendaient  le  Rhin,  Tracy  restait  à  Stras- 
bourg, faisant  des  achats  considérables,  obtenant  le  droit  de  faire  cuire 
2  à  9000  miches  de  pain  par  jour  chez  les  boulangers  de  la  ville,  don- 
nant des  dîners  d'apparat  au  Magistrat  et  complimenté  par  eux  en  retour, 
avec  cadeaux  de  vin,  etc.  On  comprend  que  le  duc  d'Enghien  ait  con- 
tinué à  bien  traiter  un  Etat,  qui,  quoique  neutre,  lui  rendait  de  pareils 
services.  (Protocoles  des  XUI,  12  août.  17  août,  2  septembre  1644.) 

'  La  lettre  d'Enghien  est  mentionnée  au  protocole  des  XIII,  le  mer- 
credi 14  mai  1646.  Le  Magistrat  décide  d'y  avoir  égard  dans  la  mesure 


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LKTTRBd  IKfiDrTBS  DB  LOXJSB  Xm,  LOUIS  XIV,  BTO.  15 

dées  me  £aict  espérer  que  vous  ne  me  desnierez  pas  la 
prière  que  je  vous  Ëdctz  de  vouloir  permettre  au  Sieur  de 
Besselière,  gouverneur  de  Saveme,  ou  à  ceux  qu'il  enverra 
en  votre  ville,  d'y  faire  achaptz  d'avoines  et  de  quelques 
denrées  pour  la  provision  de  ma  maison,  vous  asseurant 
que  Je  recognoistray  toutes  les  assistances  que  vous  me 
donnerés  par  la  conservation  des  terres  qui  vous  appar- 
tiennent et  par  un  soing  particulier  que  j'auray  de  tout  ce 
qui  vous  touche,  estant  véritablement,  Messieurs, 

Vostre  très-aflfectionné  à  vous  Éadre  service, 

LOUIS  DE  BOURBON. 
De  Paris, 

le  XVII*  May  1645 


X. 

Ijfttre  du  duc  d^Enghien  à  Messieurs  de  Strasbourg'^. 

Cette  lettre  est  conçue  absolument  dans  les  mêmes  termes  que  la  lettre 
suivante,  sauf  que  le  nombre  des  rézeaux  n*y  est  point  indiqué.  Nous  ne 
reproduisons  donc  ici  que  le  post-scriptum  autographe  de  Condé  : 

P.  S.  J'auray  le  mesme  soin  et  s'il  se  peut  plus  grand 
que  je  n'ay  eu,  des  choses  qui  vous  appartiennent  et  je 

da  possible.  Il  le  fit,  car  lorsque  les  demandes  de  Pesseiières  eurent  été 
satisfaites,  et  qu'an  nouvel  envoyé,  le  major  de  Fontaines,  vint  de 
Saveme,  demander  encore  soixante  quartauds  d'avoine,  on  les  lui  délivra 
sur-le-champ. 

^  Entre  cette  lettre  et  la  précédente,  le  Magistrat  reçut  une  autre  mis- 
•sjve  d'Enghien  qui  paraît  perdue.  En  effet,  par  le  protocole  des  XIII,  du 
2  juin  1645,  nous  apprenons  que  Vintendant  Moié  envoie  à  Messieurs  de 
Strasbourg  une  lettre  du  duc  qui  demande  la  permission  de  faire  acheter 
des  blés  à  Strasbourg.  Les  porteurs  de  la  lettre  déclarent  qu'il  leur  faut 
2/X)0  qoartands  de  blé  et  500  quartauds  d'avoine.  Sur  ce  chiffre,  il  leur 
en  &ut  300  dés  aujourd'hui,  ainsi  que  la  permission  de  faire  moudre 
ce  blé. 

Le  samedi  7  juin»  Bemegger,  envoyé  au  devant  du  duc  à  Saveme, 
revenait  sans  Tavoir  encore  trouvé.  Mais  à  peine  de  retour  à  Strasbourg, 


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16  BKTUS  D'MiSAOS 

YOU8  testnoigneray  tousiours  moa  amitié  en  touttes  sortes 
de  rencontre  • 

Vostre  très^ffectionnë  à  vous  £sdre  service, 

LOUIS  DE  BOURBON. 
De  Verdun, 

ce  VII  Juin  1645. 


XI. 

LiUn  du  duc  d'Enghim  à  Messieurs  de  Strasbourg  '. 

Messieurs,  Je  me  trouve  tellement  satis&it  des  tesmoî- 
gnages  que  vous  me  donnés  de  vostre  affection  que  je  ne 
perdray  point  d'occasion  de  vous  en  tesmoigner  mes  res- 
sentiments pour  vous  obliger  à  me  la  continuer.  Ce  que 
me  promettant,  je  vous  prieray  de  vouloir  faire  fournir  le 
plus  promptement  qu'il  se  pourra  au  munitionnaire  géné- 
ral de  Tarmée  du  Roy  que  Je  commande,  la  quantité  de 

on  billet  de  Pesseliôres  ravertissaît  de  la  vanne  d'Enghien,  et  nne  dépu- 
tation  86  préparait  à  partir.  Dans  ce  moment,  Intj  revenait  aassi  pour 
commencer  les  approvisionnements.  Le  10  juin,  il  demandait  300  quar- 
tands  d*avoine,  le  12  juin,  Enghien  ini-mème  faisait  réclamer  par  un  de 
ses  serviteurs»  40  hectolitres  de  vin,  70  quartands  d'avoine  et  20  quar- 
tauds  de  farine.  Le  13,  Tracy  obtenait  la  permission  de  faire  cuire  3,600 
livres  de  pain  chez  les  boulangers  de  la  ville.  Ce  même  jour,  MM.  l'am- 
meiater  Meyer  et  Tavocat-féoéral  Iralin.  rendaient  compte  de  l'accueil 
gracieux  que  le  duc  leur  avait  fût  à  Saveme  (Protocole  des  XIII,  7,  8, 
10, 12, 13  juin  1645). 

^  Enghien  fit  demander  ee  nouveau  subside  par  M.  de  Vautorté.  Le 
Magistrat,  dont  les  provisions  s'épuisaient,  voulut  lésiner  d'abord,  mai» 
renvoyé  du  duc  déclara  qu'une  quantité  moindre  ne  lui  serait  d'aucune 
utilité,  qu'il  ne  pouvait,  il  est  vrai,  forcer  Strasbourg  à  donner  ce  qu'on 
lui  demandait,  mais  que  s'il  devait  partir  les  mains  vides,  le  duc  n'au- 
rait plus  de  raisons  pour  ménager  spécialement  les  terres  de  la  Répu- 
blique. Le  Magistrat,  effrayé,  se  hâta  de  tout  accorder  (Protocoles  des 
XIII,  25  juin  1645  et  jours  suivants).  M.  de  Vautorté  semble  avoir 
séîoumé  pendant  tous  les  mois  de  juin  et  de  j«illet  à  Strasbourg,  à  moins 
qu'il  ne  fît  de  fréquents  voyages  de  cette  ville  au  camp  français. 


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UrrTBBS  INÉDITBB  DB  LOUIS  XHI,  LOUIS  XIV,  ETC.  17 

deux  mil  raisseaux  de  bled  dont  il  a  besoin  pour  sur- 
venir (sic)  à  la  subsistance  d'icelle.  C'est  ce  que  J*attens  de 
rinclination  que  vous  feittes  paroître  en  touttes  rencontres 
au  service  de  Sa  Majesté,  vous  asseurant  que  je  la  feray 
valoir  autant  qu'il  me  sera  possible,  et  qu'en  touttes  ren- 
contres vous  cognoistrés  que  je  suis  véritablement,  Mes- 
sieurs, 

Vostre  très-afifectionné  à  vous  servir, 


De  Spire, 
Ce  30  Juin  1645. 


LOUIS  DE  BOURBON. 


XII. 

Lettre  du  duc  iPEnghien  à  Messieurs  de  Strasbourg.^ 

Messieurs,  Ayant  reçeu  de  vous  jusques  à  présent  toutes 
les  assistances  que  j'en  ay  souhaittées,  je  me  pronretz  que 
vous  ne  me  desniéré  pas  encore  celle  que  je  vous  demande 
de  deux  mil  Rézeaux  de  bled  pour  la  fourniture  de  l'ar- 
mée que  je  commande,  que  vous  m'obligerés  infiniment 
de  faire  dellivrer  au  munitionnaire  d'icelle  outre  ce  que 
vous  m'avés  déia  accordé.  Et  sy  Êdre  ce  peut,  ladite  quan- 
tité de  grain  convertie  en  ferines,  ou  au  moins  la  meilleure 
partie,  vous  asseurant  que  comme  c'est  chose  qui  m'Im- 
porte beaucoup  et  qu'il  y  soit  rencontré  toute  sorte  de 
Ècilité  et  dilligence,  que  je  vous  resteray  fort  obligé  de  les 
y  apporter  et  en  conserveray  toujours  un  ressentiment 


^  Cette  lettre  se  rapporte  également  à  la  mission  de  If.  de  Vantorté,  et 
le  Magistrat  dnt  s'exécuter  avec  pins  on  moins  de  bonne  grâce.  On  com- 
prend de  quelle  utilité  devaient  être  pour  lui  ces  immenses  greniers 
publies,  situés  sur  le  Marché-aux-Ghevaux  (place  du  firoglie)  et  dont  les 
deux  tronçons,  séparés  par  un  préfet  peu  respectueux  des  monuments 
historiques,  font  encore  face  au  théâtre  actuel. 

NoureUe  Série  —  4«  Année.  2 


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18  REVUE  D'iOiSÂCR 

très  particulier  que  vous  cognoistrés  aux  occasions,  et  que 
je  suis  véritablement,  Messieurs, 

Votre  très-aflfectionné  à  vous  servir, 

LOUIS  DE  BOURBON. 
Du  Camp  de  Neckerhausen, 
le  HT*  Juillet  1645. 


XIII. 

Lettre  de  Messieurs  de  Strasbourg  au  duc  (TEnghien,^ 

Monseigneur,  Sur  Tadvis  qu'on  nous  a  doné  [sic)  que 
V.  A.  avoit  pris  résolution  de  s'en  retourner  en  France, 
Nous  avons  creu  que  le  respect  que  nous  devons  à  V.  A. 
nous  oblige  à  députer  vers  elle  nostre  Collègue  le  Sieur 
Martin-André  Kœnig,  de  nostre  Conseil  des  Treize  et 
Gaspar  Berneg,  nostre  Secrétaire,  pour  en  nostre  nom 
recevoir  de  V.  A.  l'honneur  de  ses  commandements  et 
l'asseurer  de  nos  très-humbles  services."  Ce  qui  nous  faict 

'  Le  duc  d'Ënghien  passa  encore  tous  les  mois  d'août  et  de  septembre 
sur  les  bords  du  Rhin  ;  plus  d'une  fois  encore  il  réclama  le  concours  de 
la  republique  de  Strasbourg.  Ainsi  le  23  août,  un  sieur  Girart  se  pré- 
senta de  sa  part  à  Fammeistre  régnant  pour  réclamer  quatre-vingts  quar- 
tauds  d'avoine  et  4,100  instruments  divers  pour  travailler  à  des  tranchées. 
La  ville  ne  refusa  pas  absolument,  mais  demanda  une  liste  spécifiée  des 
engins  qu'on  demandait,  et  comme  la  livraison  tardait,  on  envoya  le 
secrétaire  Bemegger  auprès  d'Enghien,  qui  se  trouvait  alors  près  de 
Philipsbourg,  sous  prétexte  de  le  féliciter  de  son  rétablissement  (il  avait 
été  malade),  mais  en  réalité  pour  qu'il  ne  perdît  point  patience  (Proto- 
cole des  XIII,  23  août,  13  septembre  1645). 

*  Ce  n'était  pas  uniquement  pour  échanger  avec  lui  des  compliments 
flatteurs  que  Strasbourg  envoyait  des  députés  au  duc  d'Enghien.  Ils 
allaient  demander  au  général  qui  quittait  l'armée  des  lettres  de  recom- 
mandation et  des  sauf-conduits  nouveaux  pour  ses  deux  successeurs, 
Turenne  et  le  maréchal  de  Grammont.  Ils  revinrent  en  ville,  ayant  été 
très  gracieusement  reçus  et  ayant  obtenu  ce  qu'ils  avaient  désiré  (Proto- 
cole des  KIII,  20  septembre  1645). 


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LETTRES  INÉDITES  DE  LOTHS  XIII,  LOTHS  XIV,  ETC.  19 

supplier  V  A.  d'adjouster  foy  et  créance  entière  à  ce  qu'ils 
luy  proposeront  de  notre  part  et  de  nous  faire  la  grâce  de 
nous  croire,  Monseigneur,  de  V,  A. 

Très-humbles  et  très-obéissants  serviteurs, 

Les  Préteur^  Consuls  et  Magistrat  de  la 
République  de  Strasbourg. 

Ce-^  Septembre  1645. 

XIV. 
Lettre  du  Magistrat  de  Strasbourg  au  duc  d*Enghien.^ 

Monseigneur,  Monsieur  le  maréchal  de  Turenne  a  bien 
fiiict  paroistre  par  les  efifects  que  les  recommandations  en 
nostre  faveur  que  V.  A.  nous  a  faict  espérer  avant  son 
départ,  ny  les  services  par  nous  rendus  à  la  Couronne  de 
France  et  spécialement  à  Tarmée  qu'il  commande,  ne  sont 

^  Cette  lettre  montre  qne  les  sauf-conduits  donnés  par  Enghien 
n'avaient  point  servi  à  grand'chose.  C'est  le  11  décembre  1645  que  le 
bailli  de  la  Wantzenau  annonce  au  Magistrat  que  le  major-général  Schœn- 
beck  s'est  présenté  inopinément  devant  la  Wantzenau,  que  ses  soldats 
avaient  incendié  plusieurs  maisons,  puis  s'étaient  jetés  dans  les  fossés  du 
eh&teau  et  qu'il  avait  dû  en  ouvrir  les  portes  pour  éviter  une  prise  d'as- 
saut. Le  lendemain,  le  secrétaire  de  la  Chambre  des  XIII  et  le  major  de 
Mûllenheim  sont  députés  auprès  de  Schœnbeck  pour  se  plaindre  de  cette 
flagrante  violation  de  la  neutralité  de  Strasbourg.  Le  général  ou  colonel 
français  les  reçut  assez  poliment,  leur  exprima  son  regret  de  ce  qu'on 
avait  agi  ainsi,  dit  qu'il  avait  défendu  à  ses  troupes  de  brûler  et  de  piller 
dès  qu'il  avait  su  qu'elles  se  permettaient  de  le  faire,  mais  qu'après  tout 
son  régiment  devait  camper  quelque  part,  et  qu'il  ne  pouvait  pas  le 
laisser  périr  de  froid  et  de  faim.  La  ville,  ainsi  rebutée,  écrivit  pour  se 
plaindre  au  gouverneur  suédois  de  Benfeld,  Ifoser,  ainsi  qu'à  la  reine 
régente  et  au  duc  d'Enghien.  Schœnbeck  n'en  bougea  pas  davantage  des 
quartiers  d'hiver  choisis  avec  tant  de  violence.  Il  paraîtrait  même  que 
peu  à  peu  Ton  parvint  à  trouver  un  modus  vivendi  avec  l'intrus,  car 
nous  le  voyons  demander  à  Strasbourg  une  fourniture  de  cent  mous- 
quets pour  ses  troupes,  et  le  bailli  de  la  Wantzenau  écrit  au  Magistrat 
qu'il  a  choisi  le  colonel  pour  être  le  parrain  de  son  nouveau-né  (Proto- 
cole des  XUI,  11-21  décembre  1645) 


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20  RSYUB  D*ÀLSULCB 

auprès  de  luy  en  aucune  considération,  puisqu*il  a  assigné 
au  colonel  Schœnbeck  nos  terres  de  la  Donation  Suédoise  * 
pour  quartier  d'hjrver,  qu'il  y  a  fedct  prendre  de  force 
comme  V.  A,  apprendra  plus  particulièrement  par  le 
Mémoire  qui  luy  sera  présenté.  Cette  action  est  accompa- 
gnée de  tant  d'indignité  et  d'injustice,  eu  esgard  à  tant  de 
lettres  patentes,  sauve-gardes  et  exemptions  qui  nous  ont 
été  octroyées  de  temps  en  temps,  en  vertu  desquelles  nos 
sujets  doivnet  être  exemptez  de  semblables  exactions,  que 
nous  nous  asseurons  de  la  bonté,  générosité  et  bienveil- 
lance de  V.  A.  qu'EUe  sera  bien  ayse  d'employer  son  crédit 
et  authorité  pour  nous  avoir  quelque  satisfaction  et  répa- 
ration d'un  tort  et  affnmt  insupportable,  qui  fournit  aux 
ennemis  de  la  France  matière  de  se  réjouir  et  de  se 
moquer  de  nous,  qui  avions  creu  jusques  à  présent  et 
tasché  d'en  persuader  tous  nos  voisins  que  les  armes  de 
France  n'avoyent  autre  but  que  de  sauver  et  garantir  les 
Estats  d'Allemagne  de  l'oppression  qu'ils  souffroient.  La 
gloire  luy  en  demeurera  et  à  nous  le  désir  de  nous  revan- 
cher  d'une  grâce  si  singulière,  et  ce  en  qualité.  Monsei- 
gneur, de  V.  A. 

(La  signature  manque.) 

Ce-^  Décembre  1645 


XV. 

Lettre  du  Magistrat  de  Strasbourg  au  prince  de  Conde} 

Monseigneur,  En  la  concurrence  d'un  grand  nombre  de 
personnes  affligées  de  la  mort  de  Monseigneur  le  prince  de 

^  Strasbourg  avait  reçu  le  29  avril  1633  les  bailliages  de  la  Wantzenan 
et  du  Kochersperg,  plus  une  série  de  bâtiments  dans  l'intérieur  de  la 
ville,  de  la  part  de  la  Régence  saédoiseï  afin  de  conserver  sur  les  bords 
du  Rhin  un  si  utile  allié. 

*  C'est  dans  la  séance  de  la  Chambre  des  Conseils,  du  2  janvier  1647» 
que  Bemegger  donna  lecture  du  brouillon  de  cette  lettre,  qui  fut  adopté 
par  les  membres  du  Conseil  présents  (Protocole  des  XIII,  2  janvier  1647) 


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LETTBBfi  INÂDITES  DB  LOUIS  Xm,  LOUIS  XIV,  ETC.  21 

Condé,  vostre  Père,  nous  sommes  de  ceux  que  cette  perte 
touche  le  plus  sensiblement,  voyans  nostre  République 
privée  d'ung  puissant  Patron,  lequel  avec  une  affection 
autant  constante  qu'elle  estoit  généreuse  et  désintéressée, 
avoit  de  tout  temps  et  en  toutes  occasions,  protégé, 
appuyé  et  fevorisé  nos  interests.  La  douleur  que  nous  en 
sentons  s'accroist  au  double  par  la  part  que  nostre  devoir 
nous  oblige  à  prendre  à  celle  de  V.  A.  tellement  que  nous 
nous  trouvons  si  occupez  à  son  grief,  que  tout  ce  que  nous 
pouvons  à  présent  apporter  pour  sa  consolation  c'est  de 
lui  tesmoigner  que  nous  en  avons  besoin  nous-mesme. 
Nous  ne  doubtons  néantmoings,  Monseigneur,  de  la  vertu 
invincible  de  V.  A.  Elle  nous  fait  espérer  que  parmy  tant 
de  victoires  et  de  trophées,  parmy  les  faveurs  et  les  car- 
resses  de  la  Fortune,  parmy  les  cris  et  les  applaudissements 
de  toute  la  France,  toutes  arrivées  du  vivant  de  Mon- 
seigneur son  père,  Elle  portera  patiemment  cette  affliction 
particulière  et  imitera  en  cela  l'exemple  de  ce  grand  Capi- 
taine Romain  qui  voyant  ses  triomphes  meslés  des  funé- 
railles de  ses  plus  proches,  rendoit  grâce  à  la  Fortune  de 
ce  que  parmy  tant  d'heur  et  de  gloire,  elle  se  contentast 
de  cette  part.  Le  plus  grand  soulagement  que  nous  avons 
en  nostre  ennuy  est  d'estre  asseuré  que  V.  A.  n'est  pas 
moings  héritière  de  son  père  en  l'inclination  qu'il  a  eu 
vers  nous  et  nostre  République,  qu'EUe  l'est  de  ses  vertus 
et  biens.  Aussy  sommes-nous  résolus  d'honorer,  respecter, 
et  servir  V.  A.  avec  la  mesme  dévotion  et  de  luy  donner 
des  preuves  que  sommes  véritablement,  Monseigneur, 

de  V.  A. 

(La  signature  manque.) 

2 
Ce-y^-Janvier  1647. 


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22  BEVUB  D'ALSAOB 

xvf. 

Lettre  du  prince  de  Conde  au  Magistrat  de  Strasbourg.^ 

Messieurs,  La  cognoissance  que  J'ay  de  la  bonne  volonté 
que  feu  Monsieur  mon  père  a  eue  pour  vous  me  persuade 
facilement  la  douleur  que  vous  m*escrivés  avoir  ressentie 
de  sa  mort  et  les  preuves  que  vous  m'avés  données  de 
vostre  affection  me  font  croire  que  vous  avés  pris  part  à 
Taffliction  que  cette  perte  m*a  causée.  Je  vous  en  suis  infi- 
niment obligé  et  vous  asseure  qu'en  touttes  occasions  où 
j'auray  le  moyen  de  vous  en  tesmoigner  mes  ressentiments, 
vous  cognoistrés  par  les  eflFects  que  je  n'ay  pas  moins  de 
désir  que  feu  Monsieur  mon  père,  de  vous  servir  et  de 
vous  faire  paroistre  que  je  suis  véritablement.  Messieurs, 
Vostre  trés-aflFectionné  à  vous  servir, 

LOUIS  DE  BOURBON. 
De  Paris, 

ce  III  febvrier  1647. 

A  Messieurs,  messieurs  les  Préteurs,  Consuls  et  Sénat 
de  la  Ville  de  Strasbourg. 


^  La  réponse  du  nouveau  prince  de  Condé  fut  lue  aux  Conseils  dans 
la  séance  du  8  février.  Gomme  il  ne  s'agissait  que  d'une  simple  lettre  de 
remercîments,  il  fut  décidé  qu'on  n'y  répondrait  point  (Protocole  des 
Xin,  8  férrier  1647). 

RoD.  Reuss. 


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CURIOSITÉS 


DE 


L'HISTOIRE  DE  MONTBELIARD 


MŒURS  GASTRONOMIQUES  ET  BACHIQUES. 

Lorsqu'on  lit  la  description  des  festins  et  des  beuveries 
sans  fin  du  bon  Pantagruel,  on  serait  tenté  de  croire  que 
Rabelais  n'en  a  puisé  tous  les  détails  que  dans  sa  riche  ima- 
poation.  II  n'en  est  rien  cependant  ;  il  a  été  le  peintre  fidèle 
des  mœurs  d'une  époque  où  toutes  les.  classes  de  la  société, 
la  noblesse  et  le  clergé  aussi  bien  que  le  peuple  et  la  bour- 
geoisie, étaient  infectées  de  la  sensualité  la  plus  grossière. 

Les  habitants  du  pays  de  Montbéliard  n'étaient  pas  plus 
sobres  que  leurs  voisins,  les  Alsaciens  et  les  Allemands,  qui 
avaient  la  réputation  universelle  et  bien  méritée  de  buveurs 
et  de  mangeurs  intrépides.  Tous  les  détails  qui  vont  suivre 
et  qui  peignent  un  des  côtés  saillants  des  mœurs  de  nos 
ancêtres,  ont  été  puisés  dans  des  documents  ou  des  historiens 
dignes  de  confiance.  Nous  aurions  voulu  trouver  des  rensei- 
gnements plus  considérables  sur  les  habitudes  bachiques  et 
gastronomiques  de  nos  pères  avant  le  XY*  siècle,  mais  de  ce 
qne  l'on  sait  d'eux  aux  époques  postérieures,  il  est  permis 
de  dire  que  depuis  les  temps  les  plus  reculés  la  tempérance 
était  une  vertu  qu'ils  observaient  bien  rarement. 


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24  REVUE  D'ALSACE 

Banquets  de  lliAtel-de-ville. 

Lorsque  Eberhard  le  Barbu,  comte  de  Wurtemberg  et  de 
Montbéliard,  fit  son  entrée  dans  cette  ville  le  18  janvier  1470, 
la  municipalité  lui  fit  une  fort  belle  réception.  Les  enfants 
portèrent  des  banderettes  de  papier  au  devant  de  lui;  l'on 
alluma  des  feux  de  joie  sur  la  Crotte  (citadelle);  le  Magistrat 
lui  fit  présent,  pour  sa  bien-venue,  d'une  bourse  contenant 
800  florins  d'or,  et  lui  donna  un  banquet  dont  le  menu  est 
très  curieux  : 

26  gelines  et  6  chapons,  tant  pour  le  banquet  que  pour  le 
souper  des  damomUes; 

Poisson  frit; 

Pfttés  composés  de  chair  de  veau,  suc  et  moelle  de  bœuf; 

NieUes  (gftteaux  de  pflte  feuilletée); 

Gelées  et  blanc-manger; 

La  dépense  pour  épices,  tant  poivre,  gingembre,  graine  de 
paradis,  clous  de  girofle,  cannelle,  poivre  long,  noix  muscades, 
fleurs  de  noix  muscades,  safiran,  qu'amandes  pour  faire  les 
pfttés,  gelées  et  blanc-manger,  se  monta  à  plus  de  800  florins  ; 

Pain  d'Allemagne  et  autres; 

Hypocras,  vin  de  Beaune,  de  Besançon,  de  Ribeaupierre. 

Le  banquet  fut  égayé  par  un  ménétrier  avec  son  fils,  que 
Ton  fit  quérir  pour  la  circonstance. 

Peu  de  temps  après  eut  lieu  un  deuxième  diner  ofiert  par 
la  ville  probablement  au  même  prince,  mais  cette  fois  ce  fut 
un  diner  maigre  dans  toute  la  force  du  terme,  un  vrai  dtner 
de  carême  où  il  n'y  avait  ni  gelines  ni  chapons,  et  rien  que 
du  poisson.  Le  repas  était  composé  de  6  grosses  carpes,  de 
89  carpes  ordinaires,  de  fnosteUes  (loches)  frites  et  de 
38  harengs.  On  ne  sait  pas  si  ceux-ci  étaient  salés,  mais  il  est 
permis  de  le  croire,  vu  la  quantité  énorme  de  vin  qu'il  fallut 
pour  désaltérer  les  convives  :  6  tines  de  vin  blanc  (S  becto- 


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Ot7RI08ITÉ8  DE  l'HIBTOIBB  DS  MONTBÉLIARD  26 

litres),  dont  Fan  doit  a^x  pauvres  de  tho^itai  le  rériduz 
pœir  Dieu.  Nous  doutons  que  ce  résidu  fut  considérable. 

En  1478  la  ville  de  Montbéliard  offrit  au  comte  Henri  un 
repas  qui  paraît  avoir  été  assez  frugal,  à  en  juger  par  le 
prix  :  8  florins,  8  gros  blancs  (un  peu  moins  de  17  francs 
bibles  de  Montbéliard).  Pour  cette  somme  on  eut  :  vin,  pain, 
sel,  fiirine,  œufe,  beurre,  lait,  chair  de  veau  (28  livres),  figues 
et  raisins  (4  livres),  sucre  et  dragées,  chandelles  et  torches 
en  dre  pour  l'éclairage.  Une  gratification  au  cuisinier  de 
Momieur  y  était  comprise. 

Le  S8  septembre  1555,  Barbe  de  Hesse,  qui  venait  d'épou- 
ser le  comte  George,  fit  son  entrée  solennelle  à  Montbéliard. 
Elle  fut  reçue  par  le  Magistrat  et  la  milice  bourgeoise  sous 
les  armes,  au  son  des  tambourins  et  des  fifres  et  au  bruit  du 
canon  des  remparts.  Après  la  cérémonie,  le  maire  et  les  neuf 
mattres-bourgeois  allèrent  se  restaurer  à  Thôtel-de- ville.  Ces 
messieurs  furent  assez  sobres,  car  les  frais  du  repas,  y  com- 
pris les  pains  blancs  qui  avaient  été  distribués  aux  élèves  des 
écoles,  ne  s'élevèrent  qu'à  la  modique  somme  de  48  gros, 
2  niquets  (un  peu  moins  de  4  francs  faibles).  Il  est  probable 
que  ce  n'était  qu'une  nouene  (goûter)  où  MM.  les  édiles  se 
contentèrent  de  boire  quelques  channes  (pots)  de  vin  pour 
rafraîchir  leurs  gosiers  altérés  par  les  discours  qu'ils  venaient 
de  prononcer. 

Banquets  du  château. 

Le  1*  janvier  1627,  une  députation  du  Magistrat  de  Mont- 
béliard présenta,  à  titre  d'étrennes  de  la  nouvelle  année,  au 
jeune  prince  George,  fils  du  duc  Louis-Frédéric,  une  chatne 
d'or  composée  de  86  chaînons,  à  laquelle  était  suspendue  une 
médaille  aussi  en  or.  La  duchesse,  sa  mère,  Anne*£léonore 


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36  REVUE  D'ALSACE 

de  Nassau,  reçut  de  son  côté  deux  tasses  en  vermeil.  Pour 
les  remercier  de  leur  gracieuseté,  le  prince  Louis-Frédéric 
invita  les  maîtres-bourgeois  à  dîner  au  château,  et  ils  y 
tureni  festayés  très  joyeusement. 

Le  boulanger  Hugues  6ois-de-Ghesne  nous  rapporte,  dans 
sa  chronique,  que  le  27  janvier  1664  le  prince  Georges  traita 
au  ch&teau  MH.  du  Conseil  de  régence  et  le  lendemain  les 
neuf  maîtres-bourgeois;  pendant  le  repas  Ton  tira  plus  de 
80  coups  de  canon.  Le  4  février  suivant,  Son  Altesse  séré- 
nissime  reçut  à  sa  table  la  moitié  des  dix-huit  notables  et  le 
samedi  suivant  Tautre  moitié,  et  ils  y  firent  gouterding  (bonne 
chère),  Bois-de-Ghesne  a  oublié  de  nous  dire  ce  que  Ton  but 
et  mangea  à  ces  divers  repas;  mais  il  est  indubitable  que 
Ton  y  fit  de  copieuses  libations. 

Le  19  octobre  1666,  l'intendant  d'Alsace,  Golbert  de  Groissy, 
frère  du  ministre  de  Louis  XIY,  vint  faire  une  visite  au  duc 
George.  Invité  à  dîner  par  ce  prince,  on  servit  sur  la  table 
une  carpe  du  poids  de  18  livres,  entourée  de  12  têtes  de 
poisson  de  la  même  espèce,  dont  le  moindre  pesait  2  livres. 
Ge  mets,  quelque  rare  qu'il  fût,  ne  valait  cependant  pas  celui 
qui  décorait  la  table  du  baron  d'Oppel  le  jour  de  son  instal- 
lation comme  gouverneur  du  comté  de  Montbéliard  (octobre 
1769).  G'était  un  brochet  de  80  livres,  qui  avait  été  pris  dans 
le  Doubs,  près  du  village  de  Bavans.  Afin  de  pouvoir  servir 
ce  monstrueux  poisson,  on  avait  fait  fabriquer  à  la  forge 
d' Audincourt  un  plat  de  fer  battu  proportionné  à  sa  grosseur. 

Un  splendide  banquet  fut  celui  donné  (26  novembre  1704) 
par  le  duc  Léopold  Ëberhard  le  lendemain  du  jour  où  les 
bourgeois  de  Montbéliard  lui  prêtèrent  serment  de  fidélité.  Il 
admit  à  sa  table  la  noblesse  de  sa  cour,  tous  les  membres  de 
son  Gonseil,  les  officiers  des  justices  d'Héricourt  et  de  Bla- 


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ouBiosrrÉs  de  l'histoibe  de  montbéliabd  27 

mont,  les  ministres  de  la  ville,  une  grande  partie  de  ceux  de 
la  campagne,  le  maire  et  les  membres  du  Magistrat  de  Mont- 
béUard.  Les  jeunes  gens  de  la  ville  étaient  chargés  du  ser- 
vice d'honneur.  On  but  les  santés  dans  une  grande  coupe  de 
vermeil  que  Ton  se  passa  à  la  ronde,  et  à  chaque  toast  se  fai- 
sait entendre  une  décharge  d'artillerie.  Les  convives  n'eurent 
pas  soif,  car  il  fut  bu  rien  qu'au  dessert  71  pots  .de  vin 
(162  litres).  Ce  banquet  coûta  1,456  francs. 


Vins  dlioimeiir  et  cadeaux  offerts  aux  personnages  arrivant 
à  Montbéliard. 

Chaque  fois  qu'un  prince  ou  qu'un  personnage  illustre 
faisait  son  entrée  en  ville,  la  municipalité  lui  présentait  les 
vins  d'honneur  et  lui  offrait  des  cadeaux  qui,  la  plupart  du 
temps,  consistaient  en  victuailles. 

Lorsqu'au  mois  de  janvier  1470  l'archevêque  de  Besançon 
se  rendit  à  Montbéliard  pour  apaiser  des  difficultés  qui 
s'étaient  élevées  entre  le  Magistrat  et  les  hommes  cFégKse  de 
cette  ville,  qui  prétendaient  être  exempts  d'impôts  et  de  con- 
tributions, il  reçut  à  son  arrivée  des  maîtres-bourgeois  le  don 
de  6  moutons,  de  9  tines  de  vin  rouge  et  d'un  saumon  de  la 
valeur  d'un  florin. 

Lors  de  son  passage  à  Montbéliard  (janvier  1495),  l'empe- 
reur Maximilien  reçut  de  la  municipalité  un  bœuf  et  un  cha- 
riot de  vin. 

Le  14  septembre  1526,  lorsque  le  duc  George  prit  posses- 
sion du  comté  de  Montbéliard,  la  bourgeoisie  lui  offrit,  à 
titre  de  joyeuse  entrée,  une  voiture  de  vin,  2  bœufs  et  12  mou  • 
tons.  Il  répondit  à  ce  présent  par  le  don  d'une  biche  vivante 
qu'il  envoya  au  Magistrat  de  la  ville. 


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28  RBVUE  D*AL8ACB 

Lorsque  Marie  de  Brandebourg-Anspach,  épouse  du  duc 
Christophe,  fit  son  entrée  à  Montbëliard,  le  17  avril  1544,  la 
municipalité  lui  donna  une  pièce  d  argenterie  de  la  valeur  de 
80  écuK  d'or;  et  afibi  que  Tallégresse  fût  partagée  par  tous 
les  ftg^,  il  fut  di^ribué  à  chacun  des  élèves  des  écoles,  au 
nombre  de  276,  un  gftteau  de  la  valeur  d'un  liard. 

Le  22  juillet  1S42  le  duc  Christophe,  en  faisant  son  entrée 
en  ville,  reçut  du  Magistrat,  à  titre  de  bien-venue,  4  bœufs, 
18  moutons  et  2  chariots  de  vin. 

Le  81  janvier  1884,  le  comte  George,  après  avoir  reçu  le 
serment  de  fidélité  des  bourgeois  de  Montbéliard,  leur  accorda 
une  gratification  de  80  francs  pour  8"éb(Utre  entre  eux  et  vider 
leurs  tasses  à  m  santé. 

Lors  de  rentrée  du  duc  Frédéric  à  Montbéliard  le  25  juin 
1581,  on  distribua  aux  200  élèves  des  écoles,  qui  faisaient 
partie  du  coitége,  des  petits  tourteaux. 

Pendant  les  vingt-deux  jours  que  le  duc  Jean-Frédéric  et 
son  frère  Magnus  firent  à  Montbéliard  à  la  fin  de  septembre 
et  au  commencement  d^octobre  1615,  il  fut  consommé  pour 
le  service  de  la  Cour  :  70  bœufs,  523  moutons,  57  veaux, 
859  poules,  et  pour  l'entretien  des  chevaux  3,826  quartes  et 
demi  d'avoine.  Nous  ne  connaissons  point  la  quantité  de  vin 
qui  fut  bue,  mais  à  en  juger  par  ce  qui  fut  mangé,  elle  dut 
être  considérable. 

Festins  des  membres  du  Conseil  de  régence. 

Si  les  princes  de  Montbéliard  et  les  Magistrats  de  cette 
ville  ne  dédaignaient  point  de  faire  un  bon  repas,  il  en  était 
de  même   pour  les  membres  du  Conseil  de  régence;  ils 


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CUBI08ITÊ8  Dfi  L'HIBTOIBB  DB  MONTBÉLIABD  29 

aimaient  les  franchit»  lippëes^  et  parfois  il  leur  arrivait, 
même  après  boire,  de  se  Lallre  et  de  casser  les  verres.  C'est 
ce  que  nous  rapporte  le  conseiller  Perdrix  dans  sa  chronique: 

«  MM.  du  Conseil  ont  traité  le  s^eur  Paul  Forstner  (fils  du 
chancelier)  à  Audincourt  (4  octobre  1661),  où  ils  ont  été  foi*t 
joyeux.  Le  6  suivant  ils  y  ont  été  derechef  avec  leurs  femmes, 
et,  après  avoir  bien  bu,  le  conseiller  George  Duvernoy  se  prit 
de  dispute  avec  le  prévôt  (Pierre  Vurpillot),  et  voulant  le 
frapper  avec  son  pistolet,  quMl  avait  caché,  en  donna  un 
grand  coup  sur  la  tête  au  régistrateur  Thévenot,  lequel  se 
sentant  offensé  et  pensant  se  revenger,  mit  la  main  sur  le 
pistolet,  qui  par  bonheur  n'était  pas  chargé,  et  voulant  en 
donner  un  coup  au  sieur  Duvernoy  qui  Tavait  excédé,  alla 
frapper  à  la  tête  le  procureur  général  (Jérémie  Duvernoy) 
qu'il  ne  voyait  point.  Tellement  qu'il  y  eut  un  grand  vacarme; 
le  sieur  conseiller  Duvernoy  voulait  tout  tuer.  * 

C'est  ainsi  que  les  premiers  magistrats  du  comté  de  Mont- 
béliard  donnaient  au  peuple  l'exemple  de  la  sobriété  et  de  la 
modération  I 

Duvernoy,  qui  cite  cette  anecdote  dans  ses  Ephémérides^  la 
fidt  suivre  du  menu  du  repas  du  4  octobre  : 

francs  gros  blancs 

2  potages  avec  poules  et  viande  de  bœuf 3  9 

2  autres  poules,  avec  andives  cuites 2 

2  salades 9 

2  jambons 1  6 

Une  langue 6 

Un  pâté  rond  de  chapon 1  6 

3  carpes 1  9 

2  poules  d'Inde 5 

Une  oie 2 

Un  rôt  de  venaison 1 

2  lièvres 2 

Une  longe  de  veau i  3 

Un  plat  de  choux-fleurs 1  6 

Des  cftpres 7     2 

A  reporter "îô  êT"  % 


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30  RBVUB  d' ALSACE 

fhmct  gros  bUmcs 

Ri^lHfrt 20     61      2 

5^  tant  perdrix  que  poules  de  bois 5 

8  bécasses 2 

2  grives,  6  alouettes 2       6 

9  pigeons 3       6 

6  artichauts 2 

Un  plat  de  beignets 6 

Une  tarte  et  un  gâteau  feuilleté 5 

2  autres  gâteaux 6 

Un  plat  d'écorce  de  citron 1 

Un  plat  de  dragées  et  muscadines \ 

2  plats  de  confitures  sèches 2       6 

2  citrons  et  une  orange 1       3 

2  jcmchères 9 

Un  plat  de  raisins 4       2 

Pain. . .  * 2 

19  pots  de  vin  (près  de  44  litres) 13 

Pour  les  chevaux 3 

Total 71  francs 

ou  56  livres  16  sols  tournois. 

Pour  les  verres  rompus  le  6  octobre,  14  quarts  d'écus  (14  francs  ou 
11  livres  4  sols  tournois.) 


Banquet  de  théologiens. 

Lorsqu'au  mois  de  mars  1686  les  théologiens  Jacob  André, 
Oziander  et  Théodore  de  Bèze  se  réunirent  à  Montbéliard 
pour  tflcher  d'arriver  à  une  fusion  entre  les  confessions 
luthérienne  et  calviniste,  les  graves  questions  qu'ils  traitèrent 
dans  ce  colloque  ne  les  absorbèrent  pas  au  point  qu'ils  crus- 
sent devoir  refuser  les  gracieuses  invitations  que  leur  fit  la 
municipalité.  On  lit  dans  les  comptes  de  la  ville  (année  1586)  : 

«  Item,  a  fourni  et  payé  ledit  mattre-bourgeois  la  somme 
de  219  francs  8  gros  1  blanc,  monnaie  de  Bourgogne,  pour 
les  frais  du  banquet  fait  à  Son  Excellence  (le  duc  Frédéric 
qui  présidait  le  colloque)  le  quatorzième  jour  de  mars  Tan 


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CUBIOSITÊS  DE  l'HISTOIRB  DE  MONTBÊLIARD  31 

da  présent  compte,  et  aux  sieurs  théologiens  de  la  conférence 

revenant  à  248  francs  9  gros  10  niquets,  monnaie   dudit 
Montbéliard.  > 

Largefises  municipales. 

Lorsqu'un  événement  heureux  s'accomplissait  pour  la 
commune,  la  municipalité  donnait  des  réjouissants  publiques 
et  faisait  des  distributions  de  vin.  Ainsi,  lorsque  le  SI  mai 
1557  intervint  entre  le  comte  George  et  la  bourgeoisie  de 
Montbéliard  un  accord  sur  les  difficultés  qui  s'étaient  élevées 
au  sujet  des  franchises  de  la  ville,  la  joie  causée  par  cette 
pacification  fut  partagée  par  tout  le  peuple,  et  le  Magistrat 
fit  distribuer  9  tines  de  vin  (4  hectolitres  et  demi),  une  pour 
chaque  quartier,  afin  de  boire  à  la  manutention,  des  fran- 
chises et  à  la  longue  me  et  santé  du  prince. 

Un  repas  bourgeois  au  XVin«  siècle. 

Après  avoir  parlé  des  banquets  donnés  par  nos  comtes, 

par  leurs  conseillers  et  par  les  magistrats  muçicipaux^  il  est 

juste  que  nous  donnions  le  menu  d'un  bon  dîner  tel  que  le 

concevait  un  bourgeois  du  XYIIP  siècle,  menu  qui  se  trouve 

dans  une  chanson  patoise  que  nous  a  laissée  le  bonnetier 

Léopold-Prédéric  Douyen,  chantre  fécond,  jovial  et  plein  de 

de  naturel. 

1. 

Foune^  vais  en  lai  boitcherie, 

EtcheUe  eune  griotte  (toie), 

Tchante  pouille  ai  cies  boitchies^ 

Et  dis  li  bin  lu  crotte 

S'ei  te  beillent  di  refus, 

Dis-li  que  te  n'en  vaut  pus. 

Refrain. 

Tralideri,  tralidera. 

Et  prends  vadje  ai  toi  bouche  (bourse). 


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S2  REVUE  D'ALSAOB 

2. 
Pou  queure  di  pietenais  (panais) 
Et  f&  de  lai  greiche 

Foune,  prends  de  lai  roilienaie  (rognon  de  cochon) 
Mais  non  pei  de  gaise  (chèvre). 
Prends  vadje  que  c'en  feu  di  nwuton 
Su  boitchie  ça-t-in  lorron. 
Refrain. 

3. 

Se  ça  de  lai  tchai  (chair)  de  bue  (bœuf) 
Ne  prends  pé  de  lampe  (morceau  du  ventre). 
I  ne  vaux  ne  miss  (panse),  ne  queue, 
Ne  griotte  (cou),  ne  tchambe  (jambe). 
Ne  me  prends  ne  pie,  ne  cô; 
Dans  lai  teite  e  yet  trou  d'os. 
Refrain. 

4. 

Se  t'eppoutche  di  pourtcho  (porc  frais) 
Prends  me  de  lai  meiche  (merse) 
Ce  lopin  (morceau)  a  long  di  cô 
Que  Torroille  a-t-eprei. 
Se  t'eppoutche  di  tchambon  (jambon) 
Boute  lai  moutaidge  (moutarde)  a  long. 
Re{)rain. 

5. 

Boute  nos  lai  truite  a  bien  (bleu), 
Lou  bertchet  (brochet)  en  sace  biantche. 
Lai  carpe  dans  lou  vin  tieu  (cuit). 
Dans  lou  vordju  lai  tantche  (tanche). 
Lou  pertchet  (perche)  a  bon  reuii  ; 
Lou  berbé  (barbeau)  quand  el  a  frit. 
Refrain. 

6. 

Se  reppoutche  di  4jibie  (gibier). 
Boute  lou  en  s&se  (sauce)  ; 


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CURIOSITÉS  DE  L'HUTOIBB  DB  MONTBfiLIABD  33 

Di  seie  (cerf),  ou  bin  di  sanglie, 

Di  tchevruille  (cbevreuii)  ou  de  Tase  (lièvre), 

Pique  lou  aivo  di  lai  (lard)  ; 

Mais  lou  tâchon  (blaireau)  a-t'essai  grai  (gras). 

Repram. 

7. 

Prends  enne  londge  de  via  (filet  de  veau). 
Nos  airan  di  roe  (rôti). 

Nos  ruran  (laisserons)  les  os 
Pou  faire  in  bon  solmi  (salmis) 
Prends  in  ràbe  de  tchevri  (chevreau). 

Refrain. 

8. 

Pou  faire  ce  bon  repei 

Et  nos  fS^-t-ai  boire  /- 

De  lai  bière  dai  Pays-Bei 

Et  di  djus  de  lai  Loire, 

Di  sitre  (cidre)  de  Normandie 

Et  di  bon  tokai  d'Hongrie. 

Refraitt. 

9. 

Serai  vos  bin  ringalai, 

Dites-me,  mes  chires  (messieurs), 

Sans  sulcrute  (choucroute)  et  sans  lai  (lard)? 

Et  me  semble  oêi  dire 

Que  nos  an  raibiai  (oublié)  de  pus 

Pou  ces  fonnes  (femmes)  in  topecu^ 

Refrain. 

Traiideri,  tralidera. 
Et  prends  vadje  ai  tai  bouche. 

'  Tape-cul,  beignet  fait  d'œufs  et  de  farine,  et  sauté  dans  la  poêle. 
N<niT«U«  Séne.  —  4**  Année,  3 


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84  ESVUB  D'âLaAGB 

Stipulations  et  redevanoet  en  vietnaOleB. 

L'amour  de  la  bonne  chère  apparaissait  même  dans  cer- 
taines redevances  que  les  sujets  devaient  à  leur  seigneur,  les 
fidèles  à  leur  curé. 

Ainsi,  parmi  les  ressources  du  casuel  des  prêtres  figuraient 
notamment  le  sol  ou  la  geline  pour  la  bénédiction  du  lit  des 
nouveaux  époux;  le  denier  du  jour  et  du  lendemain  des 
noces,  accompagné  de  4  blancs,  ^  d*un  pain  et  d'une  pinte  de 
vin. 

Dans  un  traité  passé  le  17  octobre  1509  entre  le  bailli  du 
comté  de  Montbéliard  et  le  curé  de  Sainte-Suzanne,  village 
où  il  y  avait  alors  une  croix  miraculeuse  qui  attirait  une 
foule  de  pèlerins,  il  fut  stipulé  que  ce  prêtre  aurait  les  œuCs, 
poussins,  gelines,  fromages,  beurre,  pain,  pâtés  qui  seraient 
offerts  à  la  croix. 

Le  prieur  de  Ghfttenois  afferma  en  1812  à  une  famille  de 
cultivateurs  certaines  terres  situées  à  Villers-le-Sec  ou  Ville- 
mont  (hameau  détruit,  entre  Ghâtenois,  Gharmont,  Béthen- 
court  et  Nommay),  au  prix  de  11  sols  et  d'un  petit  réguast 
(régal).  Le  plein  réguat  se  composait  ordinairement  de  trois 
fouaches  (pain  blanc  ou  pain  au  lait  et  au  beurre)  et  de  deux 
gelines.  Cette  redevance  était  moindre  pour  le  peUt  régtÂOSt. 

Au  village  de  Saint-Maurice-sur-lc-Doubs  Fabbaye  de 
Baume-les-Dames  touchait  une  dîme  en  froment  et  en  avoine. 
Le  jour  de  sa  perception  Fabbesse  devait  un  pkin  régal  à 
tous  les  liabitants,  et  ce  banquet  pris  en  commun  ne  dégéné- 
rait que  trop  souvent  en  une  véritable  orgie.  Dans  le  but 
d'éviter  de  nouveaux  désordres,  elle  proposa  en  160S  de  lui 
substituer  une  quantité  suffisante  de  pain  et  de  viande,  qui 
serait  distribuée  à  domicile,  offrant  môme  d'ajouter  un  pot 

^  Il  fallait  4  blancs  pour  un  gros  et  12  gros  pour  un  franc  faible  de 
Montbéliard 


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CURIOSITÉS  DE  l'histoibe  db  montbéliabd  35 

de  vin  pour  les  plus  vieux  et  une  pinte  aux  jeunes  hommes. 
Mais  cette  sage  mesure  fut  repoussée  par  tous  les  habitants 
de  Saint-Maurice,  par  respect  pour  les  bons  us  du  vHtage. 

En  1517,  Etienne  Berteret  fil  un  legs  au  couvent  de  Bel- 
champ,  qui  permit  à  chaque  religieux  d'avoir  une  channe 
de  vin  pour  sa  not$ene  (goûter). 

Une  redevance  seigneuriale  très  curieuse  était  le  cens  des 
mmaudes,  qui  existait  au  moyen-âge  dans  plusieurs  localités 
du  comté  de  Montbéliard.  A  Lougres  la  menaude  consistait 
en  6  poules  et  S  rézeaux  de  fleur  de  farine,  au  feur  de  six 
pains  blancs  le  réseau.  A  Etouvans  elle  se  composait  de 
2  chapons  trésannés  (surannés,  hors  d'âge),  d'um  au/ne  de 
Provins  de  longueur  entre  la  queue  et  la  téte^  et  de  2  pains  de 
la  hauteur  d'un  arpent,  en  mettant  le  pouce  au  milieu  pour 
tourner  à  Feniour;  et  lors  de  la  livraison  au  seigneur,  celui-ci 
devait  un  pâté.  Il  est  dit  ailleurs  que  le  cens  des  menaudes 
consistait  en  deux  pains  d'assez  bonm  grosseur,  comme  de  la 
longueur  d'une  main  en  rondeur  et  de  la  hauteur  du  poing.  A 
Brognard  cette  redevance  consistait  un  tm  pldn  régal  de 
S  fouKaiceSj  et  de  2  gelines  à  livrer  tous  les  ans  le  jour  de 
Noël 

Repas  de  baptême. 

De  tout  temps  la  naissance  d'un  en&nt  a  été  célébré  par 
des  festins. 

Dans  le  pays  de  Montbéliard  le  père  du  nouveau-né  con- 
viait ses  parents  et  amis  à  wfi  repas  de  gésine,  de  relevaiUes 
ou  de  compérage.  Quelques  jours  après,  lors  du  baptême, 
c'était  un  nouveau  banquet  appelé,  nous  ne  savons  pourquoi, 
bee^aune  ou  béjau/ne.  On  y  voyait  figurer  en  première  ligne 
Vhypoeras  et  les  bretelles  (brioches  ou  craquelins).  Quoique 
supprimé  par  plusieurs  règlements  somptuaires,  cet  usage 
ne  continua  pas  moins  à  prévaloir,  de  même  que  celui  qui 


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86  REVUE  D' ALSACE 

imposait  aux  compères  et  commères  (parrains  et  marraines) 
Tobligation  d'envoyer  des  gâteaux  et  autres  friandises  aux 
femmes  en  gésine  (accouchées  encore  gisantes). 


Repas  de  fiançailles. 

Dans  toutes  les  classes  de  la  société  il  a  toujours  été 
d'usage  de  faire  suivre  les  fiançailles  d'un  repas  plus  ou  moins 
somptueux,  suivant  le  rang  et  la  fortune  des  parents  des 
futurs  époux.  Le  prince  George,  dans  le  journal  manuscrit 
qu'il  nous  a  laissé,  donne  la  description  suivante  de  la  céré- 
monie des  fiançailles  de  l'une  de  ses  filles  et  du  festin  qui 
eut  lieu  à  cette  occasion  : 

«  En  1671  le  prince  Silvîus  de  Wurtemberg-Œls  envoya 
un  député  à  Montbéliard  pour  passer  son  contrat  de  mariage 
avec  la  princesse  Eléonore.  Il  fit  sa  harangue  au  prince  qui 
lui  répondit,  et  parla  ensuite  à  sa  fille;  celle-ci  ayant  répondu 
à  son  père,  le  député  lui  donna  la  main,  et  elle  s  avança 
auprès  de  lui.  Le  député  remercia  par  une  harangue,  et  le 
prince  fit  un  souhait.  Après  cela,  le  député  mena  la  princesse 
dans  son  appartement,  suivie  de  sa  grand'mère,  de  sa  tante, 
de  ses  sœurs  et  d'une  dame  d'honneur.  Deux  maîtres  d'hôtel 
allaient  devant,  et  étant  dans  l'appartement,  le  député  fit  des 
présents  que  son  fils  apporta.  Et  puis  il  se  retira  après  que 
la  princesse  lui  eut  fait  des  présents  pour  son  époux.  Le 
Conseil  et  le  Collège  allèrent  complimenter  le  député,  et  après 
la  jeune  fille.  La  cérémonie  de  la  recherche  (fiançailles?)  se 
fit  dans  le  poêle  (appartement)  du  prince,  qui  était  debout  en 
haut  d'une  table;  à  son  côté  droit  étaient  les  dames,  grand'- 
mère,  tante,  cinq  soeurs,  une  dame  d'honneur;  plus  bas,  à 
gauche,  le  Conseil;  plus  bas,  le  ministre  de  la  Cour  et  du 
Collège,  le  docteur  Rœmer,  et  le  médecin  de  Cour  Biuninger. 
Les  maîtres  d'hôtel  allèrent  quérir  les  gens,  et  le  député  fut 


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cuRiosnÉs  DE  l'histoire  de  montbéliard  37 

mené  dans  le  poêle  de  derrière;  el  en  étant  ressorti  le  pre- 
mier, on  le  plaça  à  côté  du  prince  et  la  jeune  princesse  à 
côté  du  député.  Il  y  eut  un  beau  dîner  et  un  beau  souper. 
Le  député  et  la  jeune  princesse  étaient  assis  sous  un  riche 
dais  et  dans  des  fauteuils  en  broderie.  Au  dîner  assistèrent  le 
Conseil,  le  pasteur  et  le  Collège;  au  souper  assistèrent  les 
dames.  Au  dtner  on  tira  vingt  et  quatre  bottes  à  chaque 
santé.  Au  souper  il  y  eut  un  beau  concert  de  musique,  et 
Taprès-dlner  la  jeunesse  alla  voir  courir  la  bague,  tirer  du 
pistolet  et  faire  d'autres  exercices.  > 


Repas  de  noces. 

C'étaient  surtout  les  festins  de  noces  qui  étaient  considé- 
rables et  par  la  profusion  des  mets,  et  par  le  grand  nombre 
des  invités,  et  par  le  temps  qu'ils  duraient.  Au  mariage  du 
fils  d'Albert  Binninger,  châtelain  de  Blamont,  qui  fut  célébré 
à  Montbéliard  le  11  juillet  1626,  il  y  avait  218  convives.  Il 
existait  cependant  des  ordonnances  qui  fixaient  à  60  le 
nombre  des  personnes  qui  pouvaient  être  invitées  aux  noces, 
indépendamment  des  jeunes  fils  et  filles  qui  sont  pris  par  les 
noîweaux  mariés  pour  les  accompagner  et  faire  honneur 
comme  d ancienneté;  qui  réglaient  à  quatre  ou  cinq  sortes  les 
viandes  à  servir  sur  ks  trois,  quatre  ou  cinq  tables  de  gens 
Ole  plus  qui  pouvaient  être  montées;  qui  déterminaient  la 
durée  des  noces  à  un  jour  et  non  davantage;  qui  défendaient 
de  donner  ou  d'accepter  des  étrennes,  sai^f  un  écot  raison- 
fiable  V  et  qui  ne  permettaient  que  des  danses  honnêtes,  nms 
non  dans  la  nuit^  sur  les  rues  ou  lieux  scaiidaleux,  ains  en 
la  maison  de  ville  ou  autres  maisons  convenables. 


'  A  ce  qa'il  paraît,  c'était  l'habitade  à  Montbéliard  qae  chaque  invité 
laissât  sons  son  assiette  une  pièce  de  monnaie,  comme  cela  existe  encore 
dans  certaines  parties  de  l'Allemagne. 


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38  BJSWJSK  d'alsage 

Le  conseiller  Perdrix  dit  dans  sa  chronique  au  sujet  de 
son  mariage:  <  Le  6  novembre  1661,  j'ai  marchandé  mon 
festin  de  nopces  au  cousin  Jean-Guillaume  Wild,  et  luy 
donne  par  teste  24  batz  le  premier  jour  et  28  batz  le  lende- 
main (ce  qui  équivalait  à  3  francs  faibles  de  Montbéliard).  » 
Ce  n'était  vraiment  pas  cher,  c  Le  26  j'ai  célébré  mes  nopces, 
auxquelles  ont  assisté  100  personnes  le  premier  jour  et  48 
le  lendemain.  On  n'y  a  dansé  que  deux  ou  trois  rondeaux  ; 
pour  quoy  Son  Altesse  sérénissime  (le  prince)  a  esté  telle- 
ment indignée,  qu'elle  menace  de  punir  exemplairement 
ceux  et  celles  qui  ont  dansé.  Le  bon  Dieu  le  veuille  adoucir  I 
—  Le  5  décembre  j'ay  présenté  requête  à  Son  Altesse  séré- 
nissime pour  tâcher  à  l'adoucir  à  cause  des  danses  qu'on  a 
faites  à  mon  festin,  et  ce  tant  eu  mon  nom  qu'au  nom  de  ma 
femme,  et  l'ay  mise  (la  requête)  entre  les  mains  du  sieur 
Paul  Forstner,  lequel  m'a  promis  de  la  lui  faire  tenir;  mais 
on  dit  qu'il  (le  prince)  ne  l'a  pas  voulu  avoir.  —  Le  12  j'ai 
esté  convenu  (appelé)  sur  les  Halles  avec  ma  femme  et 
Alexandrine  Perrenon,  pour  comparoistre  en  personne  a6n 
Jentendre  une  cakmge  (remontrance)  de  M.  le  procureur 
pour  avoir  dansé  en  mon  festin  de  nopces  quelques  rondeaux.  » 

Lorsque  le  prince  George  épousa  au  mois  d'avril  1648 
Anne  de  Goligny,  il  y  eut  à  l'hôtel-de-ville  de  Montbéliard 
un  repas  qui  dura  trois  jours. 

Au  mois  de  septembre  15S5,  sur  les  sollicitations  du  duc 
Christophe  de  Wurtemberg,  qui  craignait  de  ne  pas  laisser 
d'héritiers  pour  lui  succéder,  le  comte  George,  figé  de  67  ans 
épousa  Barbe,  fille  de  Philippe-le-Magnanime,  landgrave  de 
Hesse.  Les  noces  eurent  lieu  à  Riquewir;  un*  grand  nombre 
de  seigneurs  y  assistèrent,  parmi  lesquels  :  Philippe-le- 
Magnanime,  le  duc  Christophe  et  son  épouse,  Wolfgang,  duc 
de  Deux-Ponts,  le  landgrave  Louis,  Charles,  margrave  de 
Bade,  etc. 

Sattler  donne  des  détails  curieux  sur  ce  mariage  :  «  Le 


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GUBiosrrÉs  de  l'hibtoi&e  de  montbélia.rd  39 

landgrave  de  Hesse  conduisit  à  Riquewir  la  princesse  Barbe. 
Le  comte  George  avec  le  duc  de  Wurtemberg  vinrent  à  leur 
rencontre  à  cheval,  et  le  dernier  fit  une  harangue  à  laquelle 
répondit  le  duc  Wolfljang  de  Deux-Ponts,  beau-frère  de  la 
princesse.  Puis  ils  descendirent  de  cheval  devant  la  porte  de 
Riquewir  et  suivirent  à  pied  la  voiture  de  la  princesse  jus- 
qu'au château,  où  elle  fut  ac^mpaguée  du  duc  Wolfgang  et 
du  landgrave  Louis,  et  reçue  par  la  duchesse  de  Wurtem- 
berg. Le  même  soir,  après  les  cérémonies  accoutumées,  le 
mariage  fut  béni  en  chambre  par  le  ministre  de  la  Cour  du 
comte  George,  Jean  Schardin.  Après  le  souper  on  conduisit 
les  époux  dans  leur  chambre  à  coucher,  où  ils  se  mirent  au 
lit,  tandis  qu'on  servit  à  ceux  qui  étaient  présents  du  vin  et 
des  confitures.  Cette  cérémonie  fut  suivie  d'une  danse  au  son 
des  fifres  et  des  tambours.  Nul  ne  fut  admis  à  danser  près 
des  nouveaux  époux  que  les  personnes  prises  dans  le  rang 
des  princes.  Les  comtes  et  autres  personnes  de  la  noblesse 
dansaient  sous  leurs  yeux,  chacun  avec  deux  flambeaux.  Ce  ne 
fut  que  le  jour  suivant  que  les  époux  furent  conduits  à  Téglise 
au  son  des  tambours  et  des  trompettes.  > 


Bepas  d'ontarromoiits* 

Les  funérailles  donnaient  lieu  aussi  à  des  repas.  Voici  ce 
qu'en  disait  Pierre  Toussaint,  surintendant  des  églises,  dans  une 
remontrance  de  Fan  15S6  qu'il  adressa  au  Conseil  de  régence 
de  Montbéliard  :  c  II  y  a  aussi  une  mauvaise  coutume  audit 
Montbéiiard,  qu'après  qu'on  a  ensépuli  (inhumé)  quelque 
mort,  tous  ceux  qui  l'ont  accompagné  prennent  celui  duquel 
on  a  ensépuli  la  femme  ou  l'enfant,  et  le  mènent  à  la  taverne; 
et  Dieu  sait  quelle  beuverie  on  fait  là  avec  grands  dépens 
superflus  et  perdition  de  temps,  là  où  il  suffirait  qu'après 
l'ensépulissement  les  parents  ou  quelques  proches  voisins  ou 


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40  RSVXnE  D*âL8A0B 

amis  demeurassent  avec  les  affligés  pour  les  consoler,  et  que 
les  autres  s'en  retournassent  à  leur  labeur.  > 

L'usage  des  banquets  funéraires  existait  non-seulement 
dans  le  peuple  et  la  bourgeoisie,  mais  encore  chez  les  princes 
de  Montbéliard.  <  J'eus  l'honneur,  dit  le  conseiller  Perdrix 
dans  sa  chronique,  d'assister  le  27  juillet  1663  aux  funérailles 
de  Son  Altesse  sérénissime  (le  duc  Léopold-Frédéric)  et  de 
souper  au  château,  où  le  peu  d'ordre  qu'il  y  avait  en  rendit 
beaucoup  de  mécontents.  » 

Le  3  mars  1786,  le  duc  Charles-Eugène  rendit  une  ordon- 
nance par  laquelle  il  interdit  aux  personnes  peu  aisées  toute 
espèce  de  repas  mortuaires  qui,  dit-il,  «  ne  peuvent  éfare  que 
trop  onéreux  et  très  incommodes  aux  parents  de  la  personne 
défunte;  et  pour  que  les  avantages  qui  résulteront  de  la  pré- 
sente disposition  soient  généraux,  nous  défendons  égal^nent 
toute  espèce  de  repas  mortuaires  à  tous  nos  sujets  de  la 
campagne,  voulant  pour  cet  effet  que  les  parents  du  défunt 
étrangers  de  son  village,  autres  que  pères  et  mères  ou  enfants, 
ne  soient  point  invités  au  convoi  funèbre.  » 

L'usage  des  repas  funèbres  existe  encore  parmi  les  habi- 
tants de  la  campagne.  Je  rappellerai  à  ce  sujet  une  réponse 
naïve  qui  me  fut  faite  un  jour  par  un  jeune  villageois  auquel 
j'avais  demandé  des  nouvelles  de  son  oncle,  vieux  célibataire 
assez  riche  dont  il  était  l'héritier  :  «  Ah  I  monsieur,  le  pauvre 
homme  est  mort;  cela  nous  a  fait  bien  de  la  peine;  aussi  lui 
avons-nous  fait  un  bel  enterrement  :  nous  avons  bu  au  repas 
180  litres  devint  > 

Régime  d'nn  comte  de  Montbéliard. 

Le  jeune  comte  Frédéric  de  Montbéliard  était  à  peine 
arrivé  à  la  Cour  du  duc  Christophe  de  Wurtemberg  (août 
1668),  qu'il  fut  soumis  à  un  régime  diététique  dont  les  dis- 
positions suivantes  sont  rapportées  par  Duvernoy  dans  ses 


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GURiosrrÉB  DE  l'bibtoirb  de  montbéliard  41 

éphémérides.  Son  lever  ftit  fixé  pour  toute  Tannée  à  7  heures 
du  matin;  une  soupe  composait  son  déjeuner;  on  ne  devait 
servir  à  sa  table  ni  poisson  salé,  ni  anguilles,  ni  carpes,  oins 
êeuhment  de  la  truite  et  du  brochet;  aucun  mets  ne  pouvait 
être  assaisonné  d'épices;  la  viande  de  bœuf  et  celle  de  porc, 
la  choucroute,  les  haricots  et  pois  secs,  les  lentilles  lui  étaient 
interdits;  sa  nourriture  devait  consister  en  légumes,  œufe, 
volailles,  oisillons  et  jeune  viande  ;  il  ne  devait  boire  qu'un 
gobelet  de  vin  par  chaque  repas,  et  8*il  avait  encore  soif,  on 
devait  lui  présenter  ce  même  gobelet  avec  de  Teau  préalable- 
ment bouillie  ;  il  pouvait  manger  le  tiers  d'une  grappe  de 
raisin,  une  demi-poire  ou  pomme,  quelques  cerises  ou  fraises, 
mais  ces  fruits  devaient  avoir  atteint  leur  parfaite  maturité  ; 
tous  les  quinze  jours  il  devait  prendre  un  bain  de  vapeur; 
diaqoe  semaine  on  devait  lui  laver  la  tête  avec  une  eau  de 
lessive;  le  barbier  devait  lui  couper  de  temps  en  temps  les 
cheveux,  mais  tatAJaurs  au  croît  de  la  hme  et  dam  des  signes 
fawrables;  il  ne  pouvait  se  coucher  ni  se  lever  qu'en  pré- 
sence de  son  gouverneur  ou  de  son  précepteur,  qui  tenait  la 
main  à  ce  qu'il  récitât  ses  prières  avec  dévotion;  il  ne  pou- 
vait porter  ni  poignard  ni  autres  armes  tranchantes;  néan- 
moins il  avait  une  petite  épée  à  sa  ceinture  quand  il  sortait 
pour  assister  au  service  divin  ou  se  rendre  à  la  promenade; 
on  lui  permettait  de  se  livrer  à  des  exercices  du  corps,  tels 
que  l'escrime,  la  course,  le  jeu  de  quilles;  le  chant  et  la 
musique  devaient  lui  être  enseignés;  enfin  chaque  soir  il 
était  tenu  de  venir  souhaiter,  en  termes  convenables.  la  bonne 
nuit  au  duc  Christophe,  à  son  épouse,  au  jeune  duc  Louis  et 
aux  princesses. 

Au  mois  de  mai  1577  le  même  comte  Frédéric  était  allé 
prendre  les  bains  de  Gœppingen,  dans  le  duché  de  Wurtem- 
berg. Voulant  sans  doute  rendre  sa  cure  plus  salutaire  et  en 
abréger  la  durée,  il  se  baigna  180  heures  consécutives,  c'est- 
à-dire  l'espace  de  plus  do  cinq  jours  et  cinq  nuits  complets. 


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42  RBVUE  d'albaœ 

Déjà  son  père,  le  comte  George,  et  après  lui  le  duc  Chris- 
tophe, avaient  fait  la  même  chose,  car  on  Ht  dans  une  corres- 
pondance manuscrite  de  ces  princes  que  le  second,  étant  à 
Bnde,  avait  pris  un  bain  dont  la  durée  fut  de  127  heures,  et 
que  le  premier  s'était  baigné  en  deux  fois  seulement  au  delà 
de  600  heures,  ce  qui  lui  occasioniia  une  grave  indisposition, 
dont  il  ne  ne  fut  délivré  que  quatre  ans  après. 

Fêtes  de  villages. 

Les  fêtes  de  villages  étaient  et  sont  encore  le  motif  de 
copieux  repas  et  de  libations  sans  fin.  Ces  réjouissances 
publiques  sont  souvent  attristées  par  des  querelles  entre  les 
jeunes  gens  qui  s'y  sont  rendus;  d'où  le  proverbe  qu'tV  n'y  a 
pas  de  bettes  fêtes  sans  coups  demies  et  reçus. 

En  vue  de  réprimer  les  désordres  qui  en  résultaient,  le 
gouvernement  supprima,  le  19  août  1546,  les  fêtes  patronales 
où  se  faisaient,  dit  l'ordonnance,  <  grands  frais,  danses,  jeux 
prohibés,  grandes  superstitions  et  décisions  désordonnées.  > 
Ce  règlement,  ainsi  que  ceux  qui  parurent  aux  XVII*  et 
XVIII*  siècles  sur  le  même  objet,  ne  fut  exécuté  que  momen- 
tanément. - 

Parties  de  vignes. 

Un  usage  qui  existe  encore  dans  le  pays  de  Montbéliard, 
est  celui  de  convier  ses  parents  et  ses  amis  à  un  repas 
champêtre  dans  la  vigne  que  l'on  vendange.  On  y  mange  sur 
le  pouce  des  choses  froides,  telles  que  pâtés,  jambons, 
andouilles  et  fromages.  11  n'est  pas  rare  d'y  boire  plus  de  vin 
(|ue  l'on  n'en  récolte,  surtout  si  Tannée  est  peu  productive. 

Heures  des  repas. 

Au  XVI*  siècle,  et  beaucoup  plus  tard,  les  familles  bour- 
geoises de  la  ville  dînaient  à  dO  heures  du  matin  et  soupaient 


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cuBiosiTÉs  DE  l'histoirb  db  montbéliard  43 

à  6  heures  du  noir.  Au  XVII'  siècle  les  princes  de  Montbé- 
liard mangeaient  à  peu  près  aux  mêmes  heures.  Ainsi.  Léo- 
pold-Frédéric,  peu  de  jours  avant  son  mariage  avec  sa  cou- 
sine Sybelle  de  Wurtemberg  (22  novembre  1647),  avait  fait 
le  règlement  suivant  sur  le  service  de  sa  maison  :  «  A  9  heures 
du  soir,  comme  aussi  pendant  le  dîner  et  le  souper  de  la 
Cionr,  toutes  les  portes  extérieures  doivent  être  fermées; 
chaque  repas,  composé  de  12  plats  en  deux  services  et  d'un 
dessert,  doit  commencer  et  finir  par  une  prière  récitée  à 
haute  voix;  on  doit  dtner  à  11  heures  du  matin  £t  souper  à 
6  heures  du  soir;  au  lever  et  au  coucher,  on  distribuera  à  tous 
les  hôtes  du  château  des  coupes  remplies  de  vin  etd'hypoeras. 
Le  prince  Greorge,  frère  et  successeur  de  Léopold-Frédéric, 
fit  aussi  un  règlement  pour  les  gens  de  sa  maison.  Entre 
antred  choses  curieuses,  il  enjoignit  à  son  maître  d'hôtel  de 
tenir  la  serviette  sous  le  bras  quand  il  annonce  que  la  table 
est  servie. 

Le  goûter,  qui  à  la  campagne  s'appelle  nouene  et  consiste 
en  un  morceau  de  pain  avec  un  oignon,  du  lard  ou  du  lait, 
prend  le  nom  peu  français  à'envelle,  lorsque  les  belles  dames 
de  la  ville  se  réunissent  entre  elles  pour  humer  un  délicieux 
café  à  la  crème,  accompagné  de  pâtisseries,  tout  en  devisant 
sur  les  nouvelles  du  jour  et  en  médisant  un  peu  sur  leur 
prochain. 

Vaisselle. 

Au  Xyi"*  siècle  la  vaisselle  d'étain  était,  même  à  la  Cour 
des  princes  de  Montbéliard,  la  seule  en  usage  dans  les 
&milles  bourgeoises.  Celle  des  campagnards  était  en  bois  ou 
en  terre.  On  servait  le  vin  dans  des  coupes  d'argent  ou  de 
vermeil,  et  chaque  famille  un  peu  aisée  en  possédait  un 
nombre  plus  ou  moins  grand.  Au  XYII*"  siècle  nos  comtes  ne 
mangeaient  plus  dans  Tétain.   Léopold-Frédéric   avait    de 


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44  rbyub'd'alsaoe 

Targenterie;  mais  à  sa  mort,  arrivée  en  1662,  une  partie 
était  m  manu  infidelium;  il  l'avait  mise  en  gage  chez  un  riche 
banquier  de  Dôle  pour  avoir  de  quoi  manger  dans  celle  qui 
lui  restait. 


Habitudes  bachiques  et  ivrognerie. 

Nous  venons  de  passer  en  revue  les  principales  circonstances 
de  la  vie  où  nos  a!eux  aimaient  à  banqueter;  mais  Jes  récep- 
tions de  leurs  princes,  le  mariage  ou  le  baptême  de  leurs 
enfants,  la  mort  de  leurs  parents,  les  fêtes  de  village,  etc.,  etc., 
n'étaient  pas  des  occasions  assez  fréquentes  pour  eux  de  se 
livrer  au  plaisir  de  la  table,  de  satisfaire  leur  terrible  appétit 
et  leur  soif  ardente. 

Parlons  d'abord  de  BfM.  les  neuf  maîtres-bourgeois,  aux- 
quels étaient  confiées  Tadministration,  la  justice  et  la  police 
de  la  '  ville  de  Montbéliard.  Leurs  séances,  et  elles  étaient 
nombreuses,  se  terminaient  toujours  par  d'abondantes  liba- 
tions à  l'hôtel-de-ville,  qui  était  un  véritable  cabaret  muni- 
cipal. Ainsi,  lorsqu'ils  venaient  d'être  élus  et  de  prêter  ser- 
ment au  temple  Saint-Martin,  de  bien  et  fidèlement  remplir 
leur  mandat,  ils  se  rendaient,  suivis  de  leurs  électeurs,  au 
cabaret  de  la  maison  de  ville,  pour  y  banqueter  joyeusement. 
Avaient-ils  inspecté  les  cheminées,  vérifié  les  poids  et  mesures, 
procédé  à  la  taxe  des  denrées,  aborné  quelques  communaux 
ou  marchandé  les  réparations  à  faire  aux  bâtiments  de  la 
ville;  avaient-ils  tenu  la  justice  sous  les  halles,  fait  rédiger 
quelque  humble  requête  à  S.  E.  le  prince  ou  une  supplique 
aux  seigneurs  de  sa  Cour  et  chancellerie;  enfin,  avaient-ils 
procédé  à  la  vérification  du  budget  de  la  commune,  c'était  le 
motif  de  copieuses  bmveries.  Et  le  lendemain,  l'hôte  de  la 
maison  de  ville  découvrait  au  milieu  des  gobelets  et  des  brocs 
d'étain  renversés  une  délibération  couverte  de  lie  et  de  sauce, 
mais  bien  libellée  et  surtout  bien  Jaconique.  Il  y  joignait  le 


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CURIOSITÉS  DE  L'HIBTOIRS  DE  MONTBËLIARD  45 

compte  de  Torgie  et  s'en  allait  trouver  le  fermier  de  la  ville, 
qui  lui  payait  la  dépense;  car,  il  &ut  le  dire,  tout  cela  était 
fait  peut-être  dansTintérêtde  la  commune,  mais  certainement 
toujours  à  son  compte.  Aussi,  au  XVI*  siècle,  la  ville  avait* 
elle  déjà  beaucoup  plus  de  dettes  que  de  revenus.  Mais  le 
crédit,  à  quoi  eût-il  été  bon  sans  cela?  <  Le  crédit  est  comme 
le  vin,  disait  sentencieusement  Girard  Belorce,  l'un  des  maî- 
tres-bourgeois de  Tan  1578  ;  si  l'on  n'en  use  point,  il  s'évente.» 
Et  tous  ses  collègues  répondaient  en  chœur  :  Bmons  donc! 

Si  par  extraordinaire  MM.  les  neuf-bourgeois  ne  se  rafraî- 
chissaient pas  à  rhôtel-de-ville  même,  ils  se  rendaient  au 
cabaret  qui  y  était  attenant,  propriété  de  la  commune  et 
loué  à  son  proiBt  C'est  là  qu'ils  faisaient  les  nombreux  dîners, 
toujours  aux  frais  de  la  ville,  dont  on  trouve  la  mention  à 
chaque  page  des  comptes  de  la  municipalité. 

La  régence,  les  officiers  des  seigneuries,  le  magistrat  des 
villes,  les  maires  et  échevins  des  communautés  rurales,  ne 
procédaient  à  aucune  opération  qu'elle  ne  fût  suivie  d'une 
nouene  ou  goûter  ;  après  la  tenue  des  assises,  chaque  membre 
recevait  une  indemnité  pécuniaire  destinée  à  sa  r4fection,  si 
même  on  ne  la  lui  donnait  en  nature,  selon  le  tarif,  qui  la 
réglait  à  4  chimnes  ou  pots  de  vin  (9  litres),  une  livre  de 
figues  et  une  livre  de  raisins  secs;  le  procureur  général 
percevait  pareille  quantité  de  vin  pour  son  droit  de  réception 
du  serment  des  neuf  maîtres-bourgeois  de  Montbéliard  nou- 
vellement élus. 

L'exécution  des  criminels  était  même  une  occasion  de  pro- 
fits gastronomiques.  Les  ministres  de  la  ville,  le  maire,  le 
procureur  général,  les  neuf-bourgeois  et  les  quatre  chésels  ou 
notables,  qui  étaient  tenus  d'assister  au  supplice  des  con- 
damnés à  mort,  recevaient  chacun  comme  salaire  i  franc 
10  gros  et  3  blancs,  plus  4  channes  de  vin,  une  livre  de 
figues  et  une  autre  de  raisins  secs.  Le  greffier  touchait  1  franc 
et  4  channes  de  vin;  les  quatre  sergents  de  ville  qui  escor- 


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46  RBVUB  d'albagb 

iaient  le  criminel,  et  dont  le  dernier  était  appelé  iue<Mens 
ou  chasse-pauvres^  recevaient  chacun  6  gros  et  un  pot  de  vin. 
Après  l'exécution,  les  neuf-bourgeois  se  rendaient  au  cabaret 
et  y  dépensaient  habituellement  S  florins  à  la  charge  de  la 
ville  (6  francs  faibles  ou  96  sols  tournois). 

Quels  bons  buveurs  étaient  ces  gens -là  I  mais  aussi 
quelles  fortes  têtes,  quels  estomacs  complaisants  et  quelles 
faces  rubicondes  ils  devaient  avoir  I  Faut-il  donc  s'étonner  si 
dans  ces  siècles  de  framhes  Hppées  le  vin  était  devenu  une 
monnaie  pénale?  Le  6  décembre  1628,  le  Magistrat  de  Mont- 
béliard,  désirant  obtenir  de  ses  membres  plus  d'assiduité  dans 
leurs  fonctions,  décida  que  celui  d'entre  eux  qui,  sans  motif 
valable,  se  dispenserait  de  paraître  aux  jours  des  tenues  de 
justice  et  autres  assemblées,  serait  condamné  à  une  pinte  de 
vin  au  profit  de  la  compagnie.  Dans  le  règlement  du  12  jan- 
vier 1575  sur  les  médecins,  chirurgiens  et  apothicaires, 
rédigé  par  l'illustre  docteur  Jean  Bauhin,  se  trouve  l'article 
suivant  :  «  Ceux  qui  le  dimanche  feront  barbes  ou  cheveux, 
seront  amendables  pour  chaque  fois  d'un  quartei  de  rm,  si 
ce  n'était  grande  nécessité.  > 

Les  prêtres  n'étaient  pas  plus  exempts  que  leurs  ouailles 
du  péché  d'intempérance.  C'est  ce  qui  est  démontré  par 
l'enquête  qui  eut  li^u  sur  leur  conduite  en  1552,  d'après  les 
ordres  du  gouveraement  de  Montbéliard,  et  qui  fut  Mte  par 
le  surintendant  des  églises  Pierre  Toussaint.  Nous  en  extrayons 
les  passages  suivants  : 

t  Le  curé  de  Voiyaucourt  but  un  jour  avec  un  habitant  du 
village  7  channes  de  vin  (16  litres),  tellement  qu'ils  sortirent 
ivres  de  table.  Celui  de  Bavans  s'en  alla  le  jour  de  Noël  der- 
nier au  cabaret  et  but  jusqu'à  minuit,  Umt  qu'il  en  put  char- 
ger, et  comme  quelqu'un  lui  remontrait  l'indécence  de  cette 
conduite,  il  s'en  vint  à  lui  jurant:  <  Mort  Dieu!  qu'est-ce  que 
ça  te  fait-il?  tu  pourrais  bien  avoir  quelque  malencontre!  > 
Et  toute  la  nuit  se  promena  avec  son  beau-frère  par  le  vil- 


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CURIOSITÉS  DE  l'histoire  db  montbêliard  47 

lage,  portant  une  arquebuse  sur  son  épaule.  -—  Avant  que 
l'Evangile  fut  prêché  publiquement  es  village,  le  curé  de 
Vaudoncourt  avec  trois  autres  prêtres  voisins  avaient  le  bruit 
(renom)  de  vider  les  vaisseaux  de  vin  partout  où  ils  se  trou- 
vaient, et  avaient  fait  une  certaine  paction  entre  eux,  que 
cekii  des  quatre  qui  serait  ie  premier  surpris  de  tm,  paierait 
Téeot  de  tous.  Le  curé  de  Saint- Julien  est  souvent  es  tavernes 

plein  de  vin,  et  là  on  fait  un  sot  de  lui Il  a  coutume  que 

quand  on  fait  quelque  banquet  en  commun,  il  se  met  en 
chausses  et  pourpoint  comme  un  laquais,  pour  rester  aux 
tables,  puis  danser  comme  les  autres.  Le  curé  de  Désaudans 
est  compagnon  de  celui  d'Âibre  à  boire,  danser  et  faire  toutes 
sortes  de  dissolutions;  grand  blasphémateur.  Etant  récem- 
ment aux  noces  d'Aibre,  après  avoir  longuement  ivr<^é  et 
gourmande  (s'être  livré  à  la  gourmandise),  après  souper 
amena  un  ménestrier  à  Désaudans,  et  donna  nuitamment 

des  aubades  auprès  de  la  maison  d'une  veuve ,  etc.  Quant 

à  la  doctrine  du  curé  d'Allanjoie,  il  prescha  au  peuple  dudit 
lieu,  le  dimanche  après  la  feste  de  la  Pentecôte,  ces  paroles  : 
€  Pùur  cette  heure  je  n'ai  loisir  de  vous  exposer  TEvangOe^ 
car  fat  ici  un  mien  cousin  qui  m'est  venu  voir,  et  me  faut 
Tatter  festoyer.  »  Il  avait  ivrogne  la  nuit  devant  ce  jour  jus- 
qu'à minuit.  Un  jour  de  feste  Saint-Léger,  s'étant  enivré 
avec  plusieurs  autres  prestres,  ils  s'en  allèrent  jouer,  et  il  fit 
plusieurs  grands  blasphèmes,  causant  par  les  rues  comme 
un  homme  hors  de  soi,  et  trébuchant  par  les  fanges  et  bour- 
biers. A  Dambenois,  aux  vespres,  jetant  son  eau  bénite  sur 
le  peuple,  était  si  ivre  qu'il  chancelait  et  trébuchait  ça  et  là, 
tellement  qu'il  mit  la  main  jusqu'à  terre  et  ne  put  retourner 
à  Allanjoie.  Une  autre  fois  étant  ivre  et  devant  l'autel,  il  se 
mit  à  hurler  comme  un  veau,  ne  sachant  ce  qu'il  disait.  Le 
vicaire  d'Aibre  s'enivre  journellement,  et  menace  de  battre 
et  tuer  tous  ceux  contre  qui  il  a  quelque  mécontentement,  et 
même  ses  paroissiens.  Après  boire,  il  saute  et  danse,  et  fait 


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48  RBTUB  D'ALSAOB 

plusieurs  folies  indignes  d'un  pasteur;  comme  le  lendemain 
de  Noël  étant  iyre,  ne  cessa  presque  tonte  la  nuit  de  courir 
par  le  village  avec  le  tambourin  et  quelques  compagnons 
audit  lieuy  et  fut  donner  des  aobades  cette  même  nuit  à 
Semondans.  —  Le  curé  de  Blamont  prend  son  passe-temps 
jour  et  nuit  à  ivrogner  et  jouer  aux  cartes  arec  le  greffier 
dudit  lieu,  tant  en  la  maison  de  celuiHd  qu'es  tavernes.  > 

L'ivrognerie  était  chose  si  habituelle  au  XYII''  siècle,  qu'un 
contemporain,  qui  nous  rapporte  les  fdtes  qui  eurent  lieu  en 
1667  à  Montbéliard  a  la  Cour  du  comte  George,  à  l'occasion 
de  la  visite  des  princes  de  Wurtemberg,  trouvait  extraordi- 
naire que  personne  ne  s'y  fftt  enivré.  D'un  autre  côté,  nous 
voyons  que  lorsque  le  duc  Ulric  de  Wurtemberg,  après  être 
venu  assister  aux  funérailles  de  Léopold-Prédéric,  son  beau- 
frèm  quitta  Montbéliard  le  12  août  1662,  ses  domestiques 
étaient  très  satisfaits  éPa^nrir  Hé  saœéls  tous  les  fours. 

Le  prévôt  de  Montbéliard,  dans  un  mémoire  qu'il  présenta 
en  1608  à  la  régence,  résumait  ainsi  son  opinion  sur  les 
habitants  du  comté  :  <  Les  sujets  sont  tellement  négligents 
qu'ils  ne  se  soucient  de  rien  payer,  et  aiment  mieux  pour  la 
plupart  boire  et  gourmander  leur  argent,  s'ils  en  ont  ou 
s'embarquer  en  procès  les  uns  contre  les  autres,  que  de 
s'acquitter  et  payer  leurs  dettes;  outre  que  cela  les  rend 
paresseux  à  travailler.  > 

Dans  le  rapport  du  7  septembre  1562  qui  fut  fait  par  le 
surintendant  des  églises  et  les  commisêaires  de  la  régence 
sur  l'état  moral  des  villages  du  comté  de  Montbéliard  et  de 
la  seigneurie  de  Blamont,  on  vDit  que  les  habitants  étaient 
tous  plus  ou  moins  adonnés  au  vin,  au  jeu  |et  à  des  excès  de 
toute  nature.  La  même  chose  fut  constatée  dans  un  mémoire 
dressé  à  la  suite  d'une  nouvelle  enquête  qui  eut  lieu  en  167S. 

En  1786  le  surintendant  des  églises  s'exprimait  à  son  tour 
de  la  manière  suivante  :  c  II  règne  dans  un  grand  nombre 
de  villages  un  vice  odieux  et  ruineux;  il  consiste  non-seule^ 


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CURIOSITÉS  DB  l'histoirb  db  montbéliard  49 

ment  dans  la  paresse  et  Tesprit  de  cldcane,  mais  encore  et 
principalement  dans  l'ivrognerie  à  laquelle  on  s'abandonne 
aujourd'hui  plus  que  jamais.  » 


OrdonnaiLGes  sur  les  cabarets  et  contre  rivrognerie. 

On,  essaya  de  réagir  contre  ces  funestes  habitudes,  et  Ton 
rendit  plusieurs  ordonnances  limitant  les  dépenses  excessives 
qui  se  faisaient  aux  repas  de  fiançailles,  de  noces  et  de  bap- 
têmes. Mais  elles  ne  produisirent  que  de  faibles  résultats, 
étant  enfreintes  par  ceux  qui  les  premiers  auraient  dû  les 
respecter.  Aussi  l'inexécution  de  ces  règlements  de  police 
exdta-t-elle  plus  d'une  fois  les  plaintes  des  pasteurs,  et  voici 
ce  que  disait  à  ce  sujet,  dans  une  de  ses  remontrances  au 
Conseil  de  régence,  le  surintendant  Pierre  Toussaint  :  «  Il 
ne  faudrait  pas  faire  comme  par  ci-devant,  qu'on  mit  seule- 
ment par  écrit  une  ordonnance  de  réformation  et  qu'on  la 
publiât  et  pendît  au  marché,  et  qu'ensuite  on  la  laissât  là,  et 
que  ceux  qui  la  publient  fussent  les  premiers  ti^ansgresseurs.  > 

Les  cabarets  qui,  comme  bien  vous  pensez,  étaient  très 
fréquentés,  furent  l'objet  de  nombreux  règlements.  Ceux  de 
la  ville  étaient  sous  la  surveillance  directe  des  neuf  maîtres- 
bourgeois.  En  leur  qualité  de  fervents  adorateurs  de  Bacchus, 
ils  ne  devaient  rien  négliger  pour  que  les  lieux  où  l'on 
sacrifiait  à  ce  Dieu  laissassent  quelque  chose  à  désirer;  et  il 
est  à  croire  qu'en  les  inspectant,  ils  s'y  attardaient  quelque- 
fois pour  s'assurer  que  le  vin  qu'on  y  débitait  était  de  bonne 
qualité.  Peu  après  l'an  1560  ils  obligèrent  les  Mtes  et  taver- 
fU&rs  de  mettre  enseigne  devant  leurs  maisons,  fixèrent  le 
prix  de  la  table  d'hôte  à  S  sols  bâlois,  et  décidèrent  que  l'on 
aurait  pour  son  repas  quatre  bens  et  raisonnables  metSj  deux 
sortes  devin  et  du  fruit.  Ce  n'était  vraiment  pas  cher. 

NouTeUeSéri«  —  4i  Année.  4 


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50  BBVUB  D*AL8ACB 

Ge  règlement  fut  pris  à  la  suite  d'une  remontranoe  adressée 
au  Magistrat  de  la  ville  le  11  août  1550  par  le  Conseil  de 
régence,  remontrance  concernant  Textirpation  de  divers  abus 
et  rétablissement  d'une  bonne  police  à  Montbéliard.  On  se 
plaignait  notamment  de  ce  qu'il  n'y  avait  pas  d'auberges  suffi- 
santes et  convenables  pour  recevoir  les  étrangers,  et  qu'ils  y 
étaient  rançonnés,  ce  qui  était  cause  qu'ils  ne  séjournaient 
pas  dans  la  ville. 

Dans  son  ordonnance  judiciaire  du  21  août  1684,  le  duc 
Frédéric,  c  pour  prévenir  les  excès  intolérables  qui  se  com- 
mettaient dans  la  manière  de  vivre  de  ses  sujets,  qui  fré- 
quentaient les  hôtelleries,  cabarets  et  tavernes  d'une  fiiçon 
telle  qu'ils  négligeaient  de  vivre  honnêtement  et  sobrement 
^en  leur  domicile  avec  leurs  familles,  ne  s'occupaient  plus  de 
leurs  affaires,  laissaient  leurs  terres  sans  culture,  et  dépen- 
saient leur  avoir,  si  bien  qu'ils  étaient  réduits  à  la  mendi- 
cité, etc.;  >  le  duc  Frédéric,  disons-nous,  défendit  à  toute 
personne  de  firéquenter  les  cabarets  de  son  domicile,  sous 
peine  de  10  livres  d'amende,  et  dans  le  cas  d'insolvabilité,  de 
huit  jours  de  prison  au  pain  et  à  l'eau,  tant  contre  les  auber- 
gistes que  contre  les  consommateurs.  Il  permit  néanmoins 
aux  personnes  d'aller  acheter  du  vin  dans  les  cabarets  pour 
le  boire  chez  elles  ;  en  outre*,  les  juges,  qui  se  rendaient  dans 
les  localités  soumises  à  leur  juridiction  pour  y  rendre  la 
justice,  pouvaient  prendre  leur  r^fedUm  et  dîner  dans  une 
auberge. 

Cette  ordonnance  fut  renouvelée  en  1587,  1621,  16S7, 
1644,  1660  et  1662.  Le  21  mars  1724,  il  fut  défendu  aux 
cabaretiers  de  donner  à  boire  plus  tard  que  10  heures  du 
soir,  et  pendant  les  dimanches  et  jours  de  fête,  sous  peine  de 
dix  livres  d'amende  la  première  fois,  et  du  double  en  cas  de 
récidive.  Le  27  novembre  17S7,  on  leur  interdit  de  fiiire 
aucun  crédit,  sous  peine  de  n'iivoir  aucun  recours  pour  le 
paiement  de  telles  créances  ;  d'avoir  dans  leurs  établissements 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIRE  DE  MOMTBÉLIARD  51 

des  consommateurs  après  10  heures  du  soir,  et  de  donner  à 
boire  et  à  manger  les  dimanches  matin  et  les  jours  de  fête, 
sous  peine  de  10  livres  d'amende.  En  outre,  ceux  qui  étaient 
trouvés  ivres  sur  la  voie  publique,  devaient  être  mis  en 
prison.  Cette  ordonnance  fut  confirmée  en  partie  par  une 
autre  du  10  mars  1792. 


Droits  sur  les  vins. 

L'achat  et  le  débit  des  vins  n'étaient  pas  libres  dans  le 
comté  de  Montbéliard  ;  ils  étaient  soumis  au  droit  de  Banvin 
et  à  celui  d'Angal;  le  premier  était  perçu  au  profit  du  comte, 
le  second  à  celui  de  la  ville  de  Montbéliard. 

Voici  comment,  dans  un  dénombrement  de  Tannée  1681,  le 
duc  Frédéric-Charles,  administrateur  du  Wurtemberg,  agissant 
comme  chef  de  la  famille  pendant  Tabsence  du  comte  Georges 
de  Montbéliard,  définit  le  droit  de  Banvin  tel  qu'il  s'exerçait 
à  Montbéliard  :  <  Item,  nous  compëte  le  droit  de  banvin  qui  est 
tel  que,  par  chacun  an,  pouvons  faire  vendre  vin  l'espace  de 
six  semaines  entières  et  consécutives,  sans  que  nul  autre, 
quel  qu'il  soit,  puisse  ou  doive  vendre  ou  débiter  autre  vin 
que  du  nôtre;  et  si  autrement  nous  plait,  pouvons  faire 
publier  ledit  droit  et  en  donner  l'échute  au  plus  offrant  et 
dernier  enchérisseur,  ou  même,  si  ainsi  nous  plait,  l'admodier 
et  donner  à  main-ferme  ;  et  peut  valoir  par  communes  années 
5,  6,  jusqu'à  700  francs,  quelquefois  plus  et  moins.  > 

A  côté  de  ce  droit,  il  en  fut  établi  un  autre,  le  1"  janvier 
1692,  par  le  prince  Frédéric,  par  lequel  il  réservait  au 
domaine  le  monopole  de  la  vente  du  vin  dans  le  cx)mté  de 
Montbéliard  et  les  seigneuries  pendant  toute  l'année.  Sur  les 
représentations  qui  lui  furent  faites  de  toutes  parts,  son  fils 
et  successeur,  le  duc  Jean-Frédéric,  supprima  ce  monopole  le 
6  novembre  1608. 


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52  REYUB  D*  ALSACE 

n  ne  faut  pas  confondre  le  droit  de  Banvin  avec  VArgal, 
impôt  perçu  au  profit  de  la  ville  de  Montbéliard  sar  le  vin 
qui  s'y  débitait  II  était  primitivement*  (XV*  siècle)  d'un  denier 
par  channe,  soit  3  sols  ou  i  batz  par  tine  ;  il  fut  augmenté 
par  une  ordonnance  du  duc  Louis-Frédéric,  du  6  décembre 
16S0,  sur  la  demande  de  la  municipalité,  de  2  batz,  à  condi- 
tion que  le  produit  en  serait  employé  au  paiement  des  dettes 
de  la  ville. 


Nature  des  vins  du  pays  de  Montbéliard. 

Avant  de  terminer  ce  chapitre  concernant  les  mœurs 
gastronomiques  et  bachiques  de  nos  ancêtres,  disons  un  mot 
des  vins  dont  ils  faisaient  une  si  grande  consonmfiation.  Us 
provenaient  en  majeure  partie  des  vignobles  du  pays.  Sur  la 
table  seule  des  princes  de  Montbéliard  et  de  leurs  principaux 
vassaux,  l'on  servait  les  grands  crûs  de  Bourgogne  et 
d'Alsace.* 

Les  vignes  du  comté  de  Montbéliard  étaient  beaucoup 
plus  nombreuses  anciennement  que  de  nos  jours.  Gela 
s'explique  lorsqu'on  songe  que  ce  pays  était  séparé  de 
l'Alsace  et  de  la  Franche-Comté  par  des  lignes  de  douane, 
que  les  droits  d'entrée  étaient  considérables,  et  que  les  voies 
de  communication  étaient  très  difficiles.  Les  habitants  de  la 
principauté  étaient  obligés  de  cultiver  eux-mêmes  leurs 
vignes,  et  ce  n'était  que  dans  les  mauvaises  années,  lorsque 
la  récolte  avait  manqué,  qu'ils  faisaient  venir  des  vins  des 
contrées  voisines. 

Les  vins  de  notre  pays  sont  peu  alcooliques,  légèrement 
acidulés  et  ont  un  goût  de  terroT  assez  prononcé.  Ceux  que 
Ton  récolte  dans  les  bonnes  années,  sont  agréables  à  boire. 

^  Voyez  ce  qui  a  été  dit  sur  le  banquet  donné  par  E6erhard-le -Barbu, 
eu  1470. 


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GUmOSITÉS  DE  l'histoire  DE  MONTB&LIARD  53 

Les  meilleurs  vins  blancs  sont  ceux  de  Bart  et  d*Ecurcey  ; 
les  meilleurs  rouges  proviennent  des  côtes  de  Fremuje 
(Doadeval),  et  de  Saint-Symphorien  (Mathay).  Une  bonne 
andouille  (saucisse  faite  de  viande  de  porc  assaisonnée  de 
cumin  et  fumée),  arrosée  d'une  bouteille  de  ces  vins,  constitue 
un  goûter  qui  est  en  grand  honneur  parmi  les  habitants  du 
pays.  Le  plus  mauvais  crû  est  celui  de  la  citadelle  de  Mont- 
béliard  :  c'est  un  vrai  tord-boyàux;  aussi  dit-on  qu'il  faut 
quatre  personnes  pour  en  boire  un  verre. 

P.-E.   TUEFFERD. 


(la  9uUe  h  la  prochaine  livraisonj 


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COLLECTIONS 


ET 


COLLECTIONNEURS  ALSACIENS 

I6OO-I82O 

Q^ntiquitésy  dMonnaies^  ^MidailleSj  Tableaux^  ^Manuscrits 
Gravures^  Curiositisy  etc. 


<  Les  collectionneurs  sont  les  heureux  du  siècle,  ils 
échappent  à  l'ennui,  se  préoccupent  peu  des  bruits  de  la 
terre,  peuvent  satisfaire  leur  passion  prédominante  à  tout 
ftge,  vivent  généralement  fort  vieux,  et  meurent  presque  sans 
s'en  douter.  Chaque  jour  leur  apporte  une  jouissance  nou- 
velle, et  les  plus  experts  ont  la  joie  de  contenter  leurs  désirs 
en  augmentant  leur  fortune;  car  une  collection  bien  faite 
acquiert  souvent  la  valeur  d'un  gros  patrimoine.*  »  A  ce 
tableau  si  vrai,  tracé  de  main  de  maître,  il  faut  ajouter 
qu'avant  la  fin  du  XVII*  siècle,  et  avant  la  réunion  de 
l'Alsace  à  la  France,  il  existait  déjà,  dans  cette  province, 
<  des  cabinets  de  curiosités  tant  naturelles  qu'artificielles.'  > 
«  Si  les  bibliothèques  '  sont  des  amas  de  livres,  selon  l'auteur 
de  la  Bibliothèque  curieuse  et  instructive,  les  cabinets,  au 

^  LoRÉDAN  Larchrt.  Revue  anecdotique,  Paris,  1859,  p.  193. 

*  IIrrmann.  Notices  historiques,  littéraires  et  statistiques  sur  Stras- 
bourg, 1819,  381-392. 

•  Trévoux,  1704,  in-12.  Exemplaire  de  Fabbaye  d'Etival. 


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OOLLBOnONS  BT  OOLLBCTIONMISUBS  ALBA0IEM8  66 

contraire,  sont  destinés  à  certains  livres  de  choix  et  aux 
curiosités  qui  en  peurent  faire  Fornement  ;  les  plus  ordi- 
naires sont  les  tableaux,  estampes,  monnaies,  sceaux, 
médailles,  jetons,  statues,  raretés  des  Indes,  de  la  Chine,  du 
Japon,  animaux  étrangers,  plantes  singulières,  métaux^ 
minéraux,  pierreries,  camaïeux,  pierres  gravées,  agates, 
talismans,  manuscrits,  cartes,  armes  antiques  et  modernes, 
instruments  de  musique,  habits  de  toutes  les  nations,  poids 
et  mesures  des  anciens,  coquillages,  pétrifications,  urnes, 
vases,  lampes  antiques,  etc.  > 

Gomme  on  le  voit,  le  champ  est  vaste  pour  les  chercheurs, 
même  il  y  a  deux  cents  ans.  époque  où  furent  écrites  ces 
lignes.  L'amateur  moderne  n'y  trouvera  rien  à  changer.  C'est 
pour  lui  faire  connaître  les  noms  de  quelques-uns  de  ses 
confrères  alsaciens,  que  j'entreprends  ce  travail,  heureux  si, 
malgré  de  nombreuses  lacunes,  il  en  est  satisfait. 

DIX-SEPTIÈME  SIÈCLE. 

Le  cabinet  Scbafelitzky  ou  SchafflUtzel  est  la  plus  ancienne 
collection  strasbourgeoise  que  j'aie  pu  rencontrer.  Gaston 
d'Orléans  avait  offert  24,000  florins  pour  les  18,000  monnaies 
ou  médailles,  pesant  200  livres  en  argent  et  14  marcs  d'or, 
qui  en  étaient  le  plus  bel  ornement,  et  qui  attiraient  dans 
rhôtel  Scbafelitzky,  rue  des  Pucelles,  tous  les  étrangers  de 
distinction,  lors  de  leur  passage  dans  la  capitale  de  l'Alsace.^ 
Gaston,  comme  on  le  sait,  grand  amateur  de  raretés,  était, 
pour  s'en  procurer,  continuellement  en  correspondance  avec 
les  savants  du  temps,  soit  par  lui-même,  soit  par  son  biblio- 
thécaire, l'abbé  Blondeau. 

Les  riches  patriciens  strasbourgeois  avaient,  comme  dans 
beaucoup  d'autres  grandes  dtés,  le  goût  des  raretés.  Sébastien 
Schag,  dont  le  nom  a  survécu,  grâce  à  son  voyage  en  Terre- 

*  F.  Pitou.  Strasbourg  illustré,  v.  p.  81. 


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56  BEVXTB  D*^LSAOB 

Sainte,  avait,  de  retoar  à  Strasbourg,  et  étant  membre  du 
Conseil  des  Quinze,  acheté  une  mèche  des  cheveux  du  célèbre 
peintre  Albert  Durer.*  Cet  amour  des  belles  choses  animait 
aussi  les  plus  grands  seigneurs  :  le  cardinal  de  Richelieu, 
pour  augmenter  ses  trésors  bibliographiques,  payait  large- 
ment des  érudits  de  tous  les  pays,  entre  autres  Jean  Tilman 
Stella,  d'origine  allemande.  Ce  choix  était  justifié  par  la 
profonde  connaissance  des  livres  qu'avait  ce  docte  persoimage, 
qui,  outre  une  riche  collection  d'imprimés,  possédait  une 
magnifique  suite  de  manuscrits  qui  avaient  déjà  fiiit,  avant 
la  sienne,  la  réputation  de  deux  bibliophiles,  enfants  tous 
deux  de  la  ville  de  Schlestadt  :  Jacques  Spiegel,  secrétaire  de 
l'empereur  Maximilien,  et  Jacques  Wimpheling. 

A  Paris,  le  docteur  Jacques  Mentel,  né  à  Château-Thierry, 
de  parents  originaires  de  Strasbourg,  avait  aussi  commencé 
de  bonne  heure  à  amasser  des.  manuscrits  précieux.  Il  avait 
le  manuscrit  grec  de  Simon  Sethi,  d'après  lequel  on  donna 
l'édition  grecque  et  lati«}e  de  1657,  et  des  manuscrits  et  révi- 
sions de  Cetse,  dont  Gui  Patin  lui  reprochait,  au  mois  de 
juin  de  la  même  année,  de  faire  attendre  trop  longtemps 
l'impression,  t  II  est  vrai  que  Mentel  avait  le  défaut  de 
beaucoup  de  collectionneurs:  il  achetait  avec  la  ferme  inten- 
tion de  publier,  mais  il  ne  faisait  jamais  rien.'  »  Sur  quoi, 
Gui  Patin,  prenant  le  parti  des  éditeurs  des  classiques,  qui 
avaient  souvent  recours  à  lui,  ne  manquait  pas  une  occasion 
de  le  railler. 

Pierre  Petit  adressa  au  docteur  Mentel,  une  de  ses  élégantes 
odes  latines,  dans  laquelle  on  trouve  les  vers  suivants  : 

sic  te  M enteli,  si  qua  întracta'bile  cœlum 
Non  sinit  agrorum  peilere  more  fores; 

*  X.  MossHANN.  Notice  pabliée  dans  le  Dictionnaire  biographique 
d'Alsace,  1869. 

'  Â.  DB  LA  FiZBLiBRB.  Rimaille  sur  les  pltis  célèbres  bibliothèques  de 
PariSj  p.  S59' 


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COLLECTIONS  ET  OOLLECTIONMEUBS  ALSACIEMS        57 

Intentum  libris,  veterumque  obscura  medentum 
Scrinia  versantem  Pieris  umbra  tenet. 

En  1669,  la  bibliothèque  de  Mentel,  alors  riche  de  plus  de 
10,000  volumes,  alla  enrichir  celle  du  roi. 

Ce  médecin  bibliophile,  dont  les  ancêtres  avaient  quitté 
l'Alsace  en  1548,  était  parent  de  Jean  Mentelin,  l'inventeur 
de  rimprimerie.  Quoique  le  nom  de  Jean  Gutemberg  ait 
prévalu  dans  la  capitale  de  TAlsace,  bien  des  érudits  acC/Or- 
dent  le  premier  rang  au  modeste  enfant  de  Schlestadt.  Parmi 
eux,  on  peut  citer  l'avocat  Dorlan,  l'imprimeur  Heilz.^  Grâce 
à  leur  zèle  et  à  celui  du  curé  d'Obernai,  le  buste  de  Mentelin 
fut  inauguré  dans  une  des  salles  de  la  bibliothèque  de  la  ville 
de  Schlestadt.  L'historien  Schœpflin  conservait  précieuse- 
ment dans  son  cabinet  la  pierre  tombale  de  Mentelin.  Ce 
modeste  monument,  gravé  par  Weis,  pour  le  Muséum  Scficspf- 
Uni  d'Oberlin,  a  été  détruit  lors  du  funeste  embrasement  de 
la  bibliothèque  de  Strasbourg,  pendant  le  siège  de  cette  ville. 
Une  autre  relique  existerait  encore  peut-être  de  l'illustre 
imprimeur.  Gela  serait  sa  presse,  qui,  d'après  Hermann, 
fut  longtemps  conservée  avec  soin:  peut-être,  dit-il,  sera- 
t-elle  retrouvée  quelque  jour  parmi  les  nombreux  modèles  et 
machines  depuis  trop  longtemps  entassés  dans  une  chambre 
obscure,  d'où,  faute  d'emplacement  convenable,  on  n'a  pas 
encore  pu  les  retirer.  Cette  chambre  obscure  est  un  des 
étages  de  la  tour  qui  servait  d'observatoire,  la  tour  près  de 
l'hôpital  actuel.'  Le  docteur  Mentel  avait  déjà  cherché,  par 
divers  écrits,  à  tirer  de  l'oubli  la  mémoire  de  son  parent. 


'  Gh.  Gérard.  Les  Artistes  de  l'Alsace  pendant  le  may enrage.  1872. 
Feu  Heitz  était  un  des  pins  intrépides  coUectionnenrs  de  tout  ce  qui 
regardait  FAlsace.  «  La  détermination  du  véritable  inventeur  de  Fart 
typographique  formait  le  sujet  favori  de  ses  études,  pendant  ses  der- 
nières années   »  (R.  Rbuss.  Catalogue  Heitz,  1868.) 

'  HsRifANN.  Notices  UttéraireSt  historiques,  sur  Strasbourg,  1819, 
t.  U,  p.  413. 


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58  REVUE  D*AL8^0B 

Tout  ce  qui  peut  constituer  un  cabinet  se  trouvait  chez 
Louis-Baltbazar  Etlnast,  riche  négociant  strasboui^eois  et 
assesseur  au  grand  Sénat.  Il  avait  des  objets  d'bistoire  natu- 
relle, des  antiquités,  des  monnaies,  des  médailles,  des  curio- 
sités, des  gravures  et  des  tableaux.  Parmi  ces  derniers, 
quelques  œuvres  de  Jean  Baldnung  dit  Grfln,  peintre  mort  à 
Strasboui^  en  1546;  quatre  toiles  de  Jean  Hirtz:  la  Vierge 
avec  t enfant  Jésus;  tm  Port  de  mer;  une  Forêt;  ht  Mort 
tirant  sur  un  vieillard  et  sur  une  vieille  femme.  Toutes  ces 
peintures  étaient  exécutées  à  Thuile,  les  trois  dernières  sur 
cuivre.  Presque  tous  les  peintres  alsaciens  étaient  représentés 
dans  la  galerie  de  Eûnast.  Cet  amateur  passionné  avait  réuni 
en  outre  plus  de  8,000  gravures,  et  son  catalogue  ^  porte  le 
nom  de  plus  de  cent  maîtres.  Ktlnast  avait  la  vue  de  la 
catbédrale,  découpée  en  parchemin,  d'après  le  dessin  de 
Specklin. 

Le  catalogue  EUnast  se  trouvait  dans  une  collection  de 
livres  vendus  récemment  à  Strasbourg  ;  c'était  une  brochure 
în-18,imprimée  à  Strasbourg,  en  1656-1668.' 

Un  des  fils  de  Balthazar-Louis  on  de  Georges  Eûnast,  Gt 
vendre  toutes  les  raretés  amassées  par  sa  famille  depuis  tant 
d'années.  L'Armoriai  d* Alsace,  de  1696,  mentionne  un 
Philippe-Hougs  Eûnast,  avocat  et  procureur  au  grand  Sénat. 


*  C'est  un  des  plus  ancieus  connus.  Voici  le  titre  :  EXÛTIKO- 
OAYMATOY-PrHMATO-TABïEION,  d.  t.  OrdenUiche  Verzeichnusz 
derjenigen  Raritœten  fremder  und  anderer  Sachen  so  sich  in  Hem 
BaUhazar  Ludwig  Kunasts  E.  E.  Grossen  Raths  Beysiizers  und  fur- 
nehmen  Handelsmanns  sed.  hinder  lassener  Kunstkammem  befunden, 
Strassburg,  gedu  bey.  I.  Wdpem,  im,  J,  MDCLXVlll,  inS". 

La  seconde  édition  in-4*  parut  en  1673.  Musewm  genuinitm  Kunaste- 
rium.  Le  professeur  Hermann  avait  ces  deux  catalo||[ues;  la  bibliothèque 
de  Strasbourg  en  avait  aussi  un  exemplaire.  Il  est  moins  que  cendres 
actuellement. 

*  Weickamms  KwMtkammer  in  UVm  zu  sehen,  etc.  (Librairie  Âug. 
Simon.  Novembre  1874.) 


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COLLECTIONS  BT  COLLBCTIONNBURS  ALSAOIBNS        50 

n  a  laissé  des  notes  très  curieuses  sur  Strasbourg.^  Selon 
lui,  à  la  fin  du  XVU*  siècle,  on  comptait  dans  cette  ville,  sept 
beaax  et  grands  jardins,  connus  sous  le  nom  de  Lemps,' 
Flacb,  *  Eausmann,  *  Spielmannj  ^  Lobstein,  *  Sebitz,  ^  et 
RicbshofFer. 

Outre  un  beau  jardin,  Tammeister  Daniel  Ricbshoffer,  né 
le  10  décembre  1640  et  mort  le  2S  septembre  1695,  avait 
encore  une  belle  collection  de  tableaux  et  de  gravures.^ 

Un  M.  de  Ratzamhausen^  de  Strasbourg^  avait  réuni  un 
cabinet  aussi  important  que  ceux  de  Kttnast  et  de  Bracken- 
hofEer.  Son  catalogue  est  mentionné  par  Eeysler,  dans  ses 
Neuegtm  Beism,  1. 1*',  p.  152,  en  l'an  1729.  Il  a  été  réimprimé 
en  1768,  à  l'occasion  de  la  vente  de  ce  qui  restait  de  ce 
cabinet.  M.  de  Ratzambausen,  outre  une  riche  bibliothèque, 
un  médaillier,  avait  plus  de  30,000  gravures.  Un  tatou 
(Panzerthier)  à  neuf  bandes,  décrit  par  Scbreber,  passa  de 
ce  cabinet  dans  celui  d'Herroann. 

Schœpflin  avait  proposé  à  Dom  Galmet  Tachât  du  cabinet 
Ratzambausen,  pour  le.  monastère  de  Senones.  Le  propriétaire 
en  demandait  30,000  francs,  mais  peut-être  serait-il  plus 
traitable,'  observait-il. 

*  1*  Beschreibung  der  Stadt  Strassburg,  2  volumes  manuscrits  in-4', 
complétés  par  G.  Schertz.  Hermann  s'en  est  servi  pour  ses  notices. 
2*  Dodecas  anctgrammatum  ;  épitaphiorum  atque  inscriptionum  sepul- 
eralium  prœsertim  argentoratensium.  Cette  dissertation  est  citée  par 
l'arctiiviste  Breu  (V.  Aufschlagbr,  l'Alsace),  Toutes  ces  richesses,  conser- 
vées dans  la  bibliothèque,  sont  perdues  k  jamais. 

'  Sénateur. 

*  Médecin  (famille  d'imprimeurs  célèbres). 

*  Orfèvre. 

*  Sénateur. 

*  Marchand. 

^  Médecin  professeur. 

*  Son  portrait  a  été  gravé  par  J.-A.  Seupel.  Presque  tous  ses  tableaux 
passèrent  dans  la  collection  May  no. 

*  L'abbé  Guillaume.  Nouveaux  documents  sur  la  correspondance  de 
D.  Calmet  Nancy,  1874,  p.l94. 


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60  BBYUE  D*ALSAGB 

On  pouvait  alors  aisément  se  former  une  collection  d'an- 
tiquités. Celles-ci  n'étaient  pas  rares  en  Alsace.  Beaucoup 
gisaient  où  la  charrue  venait  de  les  découvrir  :  souvent  un 
dieu  était  converti  en  moellons.  Les  murs  du  couvent  des 
Récollets  d'Ëhl  petit  hameau  bâti  sur  les  ruines  de  Tantique 
HelvetuSj  près  Benfeld,  renfermaient  une  foule  de  sculptures 
gallo-romaines.  Plus  tard,  la  bibliothèque  de  Strasboui^  y 
recueillit  deux  autels,  dont  un  quadrilatéral  avec  les  figures 
de  Minerve,  de  Mercure,  d'Hercule  et  de  Vesta. 

Bien  des  églises  avaient  des  fragments  antiques  incrustés 
dans  leurs  murs  :  celles  de  Schweighausen,  de  Dorlisheim. 
de  Langen-Souitzbach,  de  Seltz,  d'Avolsbeim,  de  Mackwiller, 
la  chapelle  de  Reichshoffen,  etc.  Dans  le  département  de  la 
Meurtbe,  il  n'y  avait  que  l'église  de  Tarquimpol  (l'ancienne 
station  de  Decempagi),  qui  offrait  cette  particularité. 

Strasbourg  eut  dans  ses  murs,  quelques  années  avant  sa 
réunion  à  la  France,  un  célèbre  numismate  parisien,  le 
docteur  Charles  Patin.  Il  y  fit  imprimer,  en  1671,  ses  /mpe- 
ratorum  romanorum  numwnata,^  ouvrage  bien  oublié  de 
nos  jours,  et  c'est  de  cette  ville  qu'il  écrivit,  en  janvier  et  en 
octobre  de  la  même  année,  les  relations  de  ses  courses  artisti- 
ques et  numlsmatiques  en  Allemagne.  Il  est  à  regretter  qu'il 
n'ait  pas  donné  la  description  de  «  la  fameuse  ville  de 
Strasbourg  >  qu'il  avait  promise. 

Quelques  propos  indiscrets  lui  avaient  attiré  la  haine  de 
Colbert,  et  il  avait  cru  prudent  de  s'expatrier.  Il  alla  mourir, 
toujours  exilé,  à  Padoue,  où  il  occupait  une  des  chaires  de 
l'Ecole  de  médecine.  On  le  voit,  sur  son  beau  portrait  in-4% 
revêtu  de  sa  robe  de  docteur,  tenant  une  médaille  à  la  main; 
la  chaîne  d'or  à  médaillon,  présent  du  prince  de  Wurtem- 
berg, pend  à  son  col;  un  riche  médailler  est  à  côté  de  lui. 


^  Relouons..,,  de  voyages  en  Allemagne,  Bohême,  Angleterre^  etc. 
Amsterdam,  1095,  p,  135. 


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COULEOTIOK8  ET  OOLLEGTIONMBURS  ALSACIENS  61 

A  droite,  sous  le  trait,  T.  Roos  del.  Au  dessous,  le  professeur 
B€Bcler  a  écrit  un  quatrain  laudatif  en  latin. 

A  Strasbourg,  le  cabinet  d'Elias  Brackenboffer,  issu  d'une 
famille  patricienne  de  cette  ville,  était  excessivement  curieux. 
Beau-frère  du  célèbre  généalogiste  Spenerus,  Elias,  né  en 
1618,  voyagea  pendant  les  années  1643  et  1647,  en  Alle- 
magne, en  France  et  en  Italie.  Il  a  laissé  sur  ces  pays  d'in- 
téressantes relations  avec  des  notices  sur  les  villes  qu'il  a 
parcourues,  sur  les  mœurs  et  sur  les  personnages  notables 
de  l'époque,  avec  un  grand  nombre  desquels  il  s'était  mis  en 
relation.  Pendant  ses  voyages,  il  réunit  les  premiers  éléments 
de  sa  riche  collection  d'antiquités,  de  monnaies,  de  médailles, 
d'objets  d'histoire  naturelle,  d'objets  d'art,  de  curiosités,  de 
tableaux  et  de  gravures.  La  relation  de  ses  voyages  n'a 
jamais  été  publiée,  et  le  manuscrit  de  sa  collection  de 
monnaies  fut  donné  à  la  ville  par  le  dernier  de  ses  descen- 
dants.* Elias  Brackenboffer  demeurait  rue  des  Serruriers, 
dans  l'hôtel  de  sa  famille,  devenu,  de  nos  jours,  la  Brasserie 
du  Léopard.  (Piton,  v.  204.) 

On  remarquait  dans  sa  galerie  de  tableaux  plusieurs  toiles 
de  vieux  peintres  strasbourgeois  :  un  Saint  Jérôme  sur 
ifmre^  par  Pierre  Dieterlin  ;  deux  aquarelles  sur  bois  :  le 
Rapt  des  Sabines  et  le  Christ  en  croix,  par  J.-Félix  Bicler,  etc. 

Le  catalogue  Brackenboffer  parut  en  16S8,  lors  dune 
vente  que  Ton  fit  d'une  partie  de  ses  curiosités.  La  minéra- 
logie allait  jusqu'à  la  page  78;  l'histoire  naturelle  jusqu'à  la 
page  91  ;  la  botanique  jusqu'à  la  page  94;  les  «  choses  arti- 
ficielles »  jusqu'à  la  page  110;  et  les  antiquités  jusqu^à  la 
page  160.* 

'  Frédéric  Brackenboffer,  maire  de  Strasbourg.  Après  le  blocus  de  1814. 
les  Strasbourgeois  lui  offrirent  un  vase  en  vermeil  ciselé  par  Kirstein, 
d'après  les  dessins  d'Ohmacht,  qui  sculpta  aussi  son  buste.  M.  Bracken- 
boffer possédait  une  grande  toile  de  Heim,  représentant  Faustinus 
apportant  à  sa  femme  Romulus  et  Remus. 

*  J.  Hbrx ANN.  Les  différents  cafnnets  de  curiosités  de  Strasbourg  avant 


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60  BEYUB  D  ALSACE 

Le  catalogue  des  monnaies  donné  à  la  ville  formait 
S  volumes  iu-folio  ;  il  avait  été  rédigé  par  le  collectionneur 
lui-même,  sous  le  titre  :  Pecimiarum  nummarumque  toUus 
fere  orbis  historia  et  jura,  lexiei  forma  proposita,  ou  B&- 
schreibtmg  der  meisten  Oeldsortm  der  ganzen  Welt,  nach  der 
Ordntmg  des  Alphabets  vorgetragen.  Strasbourg,  1665,  Tous 
les  ouvrages  numismatiques  alors  connus  sont  Cités  dans  la 
préface. 

Il  est  étonnant  que  Fauteur  de  la  Biblioffièque  curieuse 
(p.  116)  mette  ce  catalogue  comme  imprimé  à  Strasbourg, 
in-4'*,  en  1577.  Le  même  ordre  n'est  observé  que  dans  celui 
d'OlœUs  Worm,  de  Copenhague.  Elias  exhorte  d'abord  les 
curieux  à  dresser  plusieurs  cabinets  semblables,  pour  Futilité 
du  public  et  pour  retirer  de  l'oubli  et  de  la  poussière  une 
infinité  de  choses  rares  et  curieuses  qui  périssent,  étant 
dissipées. 

Le  savant  collectionneur  qui  donnait  de  si  bons  conseils 
était  en  outre  un  bibliophile  distingué,  qui  avait  eu  le  bon 
esprit  de  faire  graver  pour  sa  bibliothèque  un  ex  libris 
finement  travaillé  avec  ses  armoiries  parlantes,  comme  les 
décrit  Y  Armoriai  d'Alsace,  qui  donne  également  le  blason  de 
sa  femme,  Barbe  Ehrard.  La  devise  du  noble  conseiller  des 
Treize,  était  :  A.  37,  V.  i,  Wirds  wohl  machen. 

Une  collection  qui  attira  l'attention  du  savant  Dom 
Ruinart,  de  passage  à  Strasbourg  pour  y  faire  des  recher- 
ches historiques,  fut,  en  1696,  le  Muséum  Ipolii  (sic),  qu'il 
déclare  être  d'une  grande  richesse  en  objets  précieux  de 
tout  genre.  Il  aurait  été  à  désirer  que  le  savant  religieux  eût 
été  plus  explicite  et  nous  ait  initié  un  peu  plus  à  la  vie 
intellectuelle  du  Strasbourg  de  cette  époque.  Quoi  qu'il  en 
soit,  Dom  Ruinart  a  voulu  sans  doute  parler  du  cabinet  de 

la  Révolution  de  4789;  3  pages  manuscrites  ia-4*.  Collection  Heitz, 
n""  1498.  (A  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Strasbourg),  manuscrit  de 
l'un  ou  l'autre  des  frères  Hermann. 


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GOLLBCnONB  ET  G0LLB0TI0NMEUB8  ALSACIENS  68 

Sporer  ^  ou  de  Jean-Frédédéric  Spoor,  libraire,  remarquable 
par  ses  objets  d'histoire  naturelle,  ses  curiosités  et  ses  objets 
dart,  et  dont  la  marque  était  un  olivier  croissant  sous  la 
gloire  de  Dieu  ;  devise  :  sic  facile  cresgam  ;  au  bas^  son 
monogramme.  Gomme  en  Italie  et  ailleurs,  les  libraires 
strasbourgeois  possédaient  des  antiquités  et  des  objets  d'art. 

Dom  Ruinart  eut  le  bonheur  de  rencontrer,  dans  le  vicaire 
général  de  Tévéque  de  Strasbourg,  un  bibliophile  distingué 
et  un  savant  appréciateur  des  études  historiques.  C'est  à 
Feldkircb  que  l'abbé  de  Gamilly  '  vint  trouver  Dom  Mabillon. 
Après  avoir  assuré  l'élection  de  M.  de  Rohan,  comme 
chanoine,  puin  comme  évéque  de  Strasbourg,  M.  de  Gamilly 
fut  nommé  à  l'évêché  de  Toul,  puis  à  l'archevêché  de  Tours. 
On  conserve  encore  le  catalogue  de  la  vente  de  ses  livres. 
Dans  l'enclos  de  Sainte-Odile,  il  existe  une  pierre-borne  à 
ses  armes,  et  son  portrait  se  trouve  à  la  bibliothèque  de 
Gaen,  comme  bienfaiteur. 

Le  cardinal  de  Rohan,  premier  du  nom,  évéque  de 
Strasbourg,  acheta,  moyennant  86,800  livres,  la  célèbre 
bibliothèque  de  Thou,  possédée  alors  par  le  président  de 


'  Hbrmann,  t.  II,  p.  382.  Sporer,  amateur  d'objets  d'art,  d'histoire 
naturelle  et  de  curiosités.  Sporer  et  Spoor  doivent  être  le  même  nom. 

*  Et  non  Vahbé  de  Camillac,  comme  l'écrivent  Matter  et  l'abbé  Mar- 
chai :  iUustrimmum  ahbatem  CamiUiacum  vicariwn  generalem  (l'abhé 
de  Gamilly,  vicaire  général).  Il  s'est  rendu  assez  célèbre  en  Alsace 
pour  que  Ton  se  souvînt  un  peu  plus  de  son  nom.  M.  Gh.  Gérard 
en  parje  longuement  dans  sa  charmante  brochure  V Alsace  h  table. 
Son  catalogue  de  livres  est  intitulé  :  CamiUia/na,  seu  catalogue  libro- 
rum  htbliothecœ  D.  D.  Francisci  BUmet  de  CamiUy  ,  archiepiscopi 
Turonensie.  Parisiis.  C.  Osmont  et  Gàb.  Martin^  4796^  (Vente  Luzar- 
ehes  1869,  n*  5991  )  Le  portrait  de  M.  de  Gamilly  a  été  gravé  dans 
VBisUnre  du  diocèse  de  Tovl,  par  le  R.  P.  Benoît  Picard.  L  humble 
capucin  a  du  être  bien  étonné,  dans  l'antre  monde,  de  la  bévue 
du  savant  abbé  Marchai,  qui  a  eu  le  tort  de  sauter  plusieurs  passages 
dans  la  traduction  du  Voyage  de  Dom  Ruinart  en  Alsace  (Documents 
sur  VHisioire  de  Lorraine,  1862»  p.  83),  qu'il  traduisit. 


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64  RBVUB  d'albagb 

Menars.  Le  cardinal  avait  déjà  un  commencement  de  biblio- 
thèque. Il  habitait,  à  Paris,  Tadmirable  hôtel  qui  porte 
encore  son  nom,  rue  du  Chaume.  La  collection  qu'il  venait 
d'acquérir  fut  placée  dans  les  appartements  du  rez-de- 
chaussée,  et  par  ses  ordres,  son  bibliothécaire,  Tabbé  d'Oliva, 
Italien  d'une  grande  érudition,  rendit  a  la  bibliothèque  de 
Tbou  une  partie  de  Téclat  dont  elle  avait  joui  sous  son 
premier  maître.  Il  l'augmenta  des  manuscrits  de  la  collection 
P.  Pithou,  de  Nicolas  Lefêvre,  de  P.  Dupuy  (dans  ces  derniers 
était  le  recueil  de  Loménie).  Cette  belle  bibliothèque,  un  des 
joyaux  de  Thôtel  de  Soubise,  eut  une  bien  triste  fin  :  elle  fut 
vendue  lors  de  la  faillite  du  prince  de  Guéménée.  La  vente, 
qui  eut  lieu  en  1789,  dura  quatre  mois,  et  ne  produisit  que 
la  faible  somme  de  26,000  francs,  chiffre  bien  inférieur  à  sa 
valeur.  Il  y  avait  60,000  volumes  1 1 1  Ils  sont,  pour  la  plupart, 
bien  reconnaissables  à  leur  belle  reliure  en  maroquin  rouge 
avec  filets  et  tranches  dorées  et  armoiries  sur  les  plats.* 

Un  souvenir  bibliographique  se  rattache  encore  à  la 
mémoire  du  cardinal  de  Rohan.  Ce  fut  lui  qui,  en  1735,  lors 
d'une  visite  à  Tabbaye  princière  des  chanoinesses  de  Rémi* 
remont,  comme  délégué  apostolique,  ordonna  l'établissement 
d'une  bibliothèque  dans  l'illustre  Chapitre.' Ce  fut  le  commen- 
cement de  la  future  bibliothèque  municipale  de  la  ville. 

A  Colmar,  Nicolas  Corberon  père,  premier  président  du 
Conseil  souverain  d'Alsace,  avait  apporté,  en  1700,  de  Metz, 
où  il  était  procureur  général,  une  assez  importante  collection 
de  manuscrits  sur  la  Lorraine  et  le  pays  messin,  et  une 

^  A.  Frangklin,  La  Bibliothèque  de  J.-A.  de  Thott  {Bulletin  du  bour 
quiniste,  1870,  p.  25). 

«  Le  cardinal  de  Rohan,  dit  Madame  dans  sa  Correspondance^  a  belle 
mine  comme  madame  sa  mère  ;  mais  il  n'a  pas  de  taille  :  il  est  vain 
comme  un  paon,  plein  de  fantaisies,  tripotier,  intrigant,  esclave  des 
jésuites  ;  il  croit  tout  gouverner,  et  il  ne  gouverne  rien  ;  il  croit  être 
sans  égal  au  monde.  »  (Paris,  1863,  1. 1,  p.  214.) 

'  Statislique  des  Vosges,  t.  î,  p.  590,  1847. 


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GOLLEOnONB  ET  OOLLBOnONNBUBS  ALSACIENS        65 

collection  de  médailles  antiques.^  Son  fils,  également  premier 
président  à  Golmar,  donna  le  tont  à  Dom  Galmet,  abbé  de 
Senones,  après  le  décès  de  son  père.  Ce  dernier,  né  à  Paris 
en  1658,  fut  enterré  à  Golmar ,  dans  Téglise  des  Pères 
Âugustins.  Le  premier  président  Rossée  occupait,  dans  ses 
derniers  temps,  rhôtel  Gorberon.  Le  graveur  des  Rochers  a 
reproduit,  dans  une  grande  planche,  les  traits  de  t^ois 
Gorberon  :  les  deux  de  Golmar  et  celui  qui  fut  avocat  général 
à  Metz. 

Le  mathématicien  strasbourgeois  Jean-Gaspard  Eisen- 
schmidt  était  un  archéologue  distingué;  il  s'était  passionné 
pour  les  antiquités,  les  monnaies  et  les  médailles.  Après  son 
décès,  en  1712,  la  ville  de  Strasbourg  acquit  ses  instruments 
astronomiques.  Son  quart  de  cercle,  garni  d'une  lunette  sans 
micromètre  et  d'un  limbe  en  cuivre  divisé  par  transversales^ 
fut  k*ansporté  à  l'observatoire,  où  il  était  conservé  avant 
1789,  comme  objet  de  curiosité.'  C'est  le  mathématicien 
strasbourgeois,  Jules  Reicheit,*  numismate  et  amateur  lui- 
même  d'antiquités,  comme  Ëisenschmidt ,  qui  décida  le 
magistrat,  en  1678,  à  céder  la  tour  de  l'hôpital  pour  les 
observations  astronomiques. 

Les  peintres  Walther  père  et  fils  avaient  formé  un  cabinet 
d'objets  d'art  et  de  curiosités  à  Strasbourg.  Ils  sont  dtés  par 
Hermann  avec  d'autres  amateurs  du  même  genre,  le  mathé- 
maticien Jules  Reystz  et  un  bourgeois  i;ommé  Mfilbe.  Les 
chirurgiens  A.  Erieger  et  Herr  collectaient  les  antiquités,  les 
monnaies  et  les  médailles;  le  marchand  Georges  Menges 
recherchait  les  objets  d'art,  les  curiosités,  les  gravures  et  les 

^  VEx  Ubriê  de  M.  de  Corbeion  est  anonyme  ;  on  y  voit  ses  armes 
d*aziir  au  chevron  d'or  accompagné  de  trois  tours  de  môme;  deux 
licornes  pour  supports.  D.  Galhbt.  Bibliothèque  lorraine.  S.  Libutaud. 
Catalogue  des  portraits  lorrains, 

'  Obirlin.  AUnanach  ^Alsace,  1788,  p.  360. 

•  1637-1717. 

Nouvelle  Série  —  4«  Année  5 


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66  REVUS  d' ALSACE 

tableaux.  Le  greffier  de  la  fabrique  Notre-Dame  avait  réuni 
beaucoup  d'objets  d'histoire  naturelle,  ainsi  que  MQlbe,  cité 
plus  haut. 

DIX-HUITIÈME  SIÈCLE. 

Le  botaniste  Jean-Philippe  Bœcler,  fils  du  professeur  à 
TEcole  de  médecine/  outre  sa  bibliothèque  scientifique,  avait 
réuni  beaucoup  de  médailles,  de  monnaies  et  d'antiquités. 
Cette  collection  fut  dispersée  après  sa  mort,  arrivée  en  1766. 

Un  avocat  au  Conseil  souverain  d'Alsace,  Nicolas-Joachim 
Descartes,  nommé,  en  1718,  conseiller  au  Parlement  de  Metz, 
était  aussi  un  chercheur  infatigable.  Il  avait'fait  détacher  les 
deux  inscriptions  d'un  autel  quadrilatéral  en  pierre,  trouvé 
près  de  Metz  en  1749,  et  en  avait  fait  don  à  M.  Gayot,  depuis 
préteur  royal  à  Strasbourg.  M.  Gayot  fils  les  donna  à 
Schœpflin.'  A  la  mort  de  M.  Descartes,  arrivée  en  1769,  à 
l'flge  de  77  ans,  on  vendit  toutes  ses  collections.  M.  Dupré  de 
Geneste  acheta,  pour  2,295  livres  6  sols,  un  lot  très  impor- 
tant d'estampes,  d'objets  d'histoire  naturelle,  de  tableaux,  de 
porcelaines,  de  dyptiques  en  ivoire,  etc.  Les  Bénédictins 
messins  ont  signalé  le  conseiller  Descartes  comme  un  homme 
de  goût,  possédant  de  grandes  connaissances  en  archéologie.* 

Le  professeur  de  logique  et  de  métaphysique  J.-P.  Bar- 
tenstein*  (1652-1726),  originaire  de  Lindau,  avait  forme, 
à  Strasbourg,  une  collection  numismatique,  à  laquelle  il 
avait  joint  quelques  antiquités.  Il  était  membre  de  la  Société 
poétique,  connue  sous  le  nom  de  KUeblalt 

Le  bedeau  de  l'Université  protestante  de  Strasbourg,  Jean- 

^  G.  Stoffel.  Dictionnaire  biographiqw  d'Alsace.  Mulhoase,  1889. 

'  Scbœpflin  les  a  fait  graver  dans  son  Akatica,  t.  I,  p.  587;  les  Béné- 
dictins de  Metz,  dans  leur  Histoire  de  cette  villei  les  donnent  également, 
ainsi  qa'Oberlîn. 

'  E.  Michel.  Biographie  du  Parlement  de  Metz,  1853,  p.  123. 

*  J.-A.  Senpel  a  gravé  son  portrait. 


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OOLLBOnONS  BT  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS  67 

Pierre  Tschernein,  antiquaire,  comme  il  s'intitule,  fut  con- 
damné par  le  grand  Sénat  à  faire,  le  10  juin  1738,  amende 
honorable  et  au  bannissement,  pour  avoir  exposé  des  estampes 
contre  la  religion  catholique.*  En  vain  prétendait-il  que  ces 
gravures  représentaient  un  ancien  pilier  de  la  cathédrale 
de  Strasbourg,  décrit  et  représenté  dans  Touvrage  de  Scha- 
dseus,  imprimé  en  1617,  et  qu'il  les  avait  achetées  à  l'in- 
ventaire d'un  autre  antiquaire  nommé  Dallhofen;  les  estampes 
furent  brtlilées  par  la  main  du  bourreau,  et  la  sentence 
exécutée  contre  lui.' 

Les  monastères  alsaciens  suivaient  le  mouvement  scienti- 
fique de  l'époque.  Les  études  refleurissaient  en  paix,  après 
les  grandes  guerres  du  XVIP  siècle  ;  et  ce  n'est  qu'avec 
réserve  que  l'on  doit  ajouter  foi  au  dire  jaloux  de  quelques 
religieux  ou  de  quelque  érudit,  qui  ne  faisaient  souvent  pas 
assez  la  part  des  désastres  qui  avaient  accablé  les  établisse- 
ments claustraux  de  la  province  dans  les  siècles  précédents. 
Que  d'abbayes  avaient  été  pillées  et  incendiées I  que  dar- 
chives  avaient  été  détruites  !  que  de  bibliothèques  dispersées  I 
Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  le  frère  Martin,'  prémontré  du 
couvent  de  Sainte-Odile,  se  soit  permis  d'écrire  à  l'illustre 
abbé  de  Senones,  Dom  Galmet,  <  que  les  bons  Pères  du  pays 
préféraient  passer  un  demi-jour  à  table  qu'un  quart  d'heure 
dans  leurs  archives.  »  *  Cette  attaque  injuste  était  répétée 
plus  tard  par  l'historien  Grandidier.  <  Vous  trouverez  dans 


'  Revue  ér Alsace,  1859,  p.  41. 

'  Dans  ses  Cwrioeités  de  voyages  en  Alsace,  H.  Ang.  Stœber  a  omis 
la  dernière  fMge  du  récit  du  très  célèbre  évêqae  de  Salisbnry,  Gilbert 
Bumet.  Cette  page  de  l*évêqae  anglican  est  la  description  dn  cbapiteau 
à  Foceasion  daquel  Tschernein  fat  condamné,  et  d'an  autre  cbapiteau 
représentant  un  moine  glissant  sa  main  sous  le  vêtement  d'une  nonne.  Il 
dit  que  c'est  Geyier  qui  se  moquait  par  là  des  moines. 

'  1724.  Serait-ce  Tabbé  de  Gussy,  auteur  d'une  Histoire  du  Hohen- 
hùurg? 

^  L'âbb6  Guillauxk.  Correspondance  de  Dom  Calmet.  Nancy,  1874. 


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08  RBVUB  U'AhBkCR 

les  abbayes  de  cette  province,  écrivait-il  à  Dom  Grappin,  peu 
de  science  et  point  de  bibliothèque,  mais  de  la  bonhomie 
et  du  bon  vin.  »  ^  Plus  loin,  l'abbé,  s'adressant  à  un  magistrat, 
est  plus  incisif  :  <  Gomme  nos  bénédictins  de  cette  province 
ne  sont  rien  moins  que  travailleurs,  et  qu'ils  n'ont  en  général 
d'autre  occupation  que  leur  chœur  et  leur  cave  »,it  demande 
une  pension  sur une  abbaye  1 1 1 

En  réponse  à  ces  injustes  appréciations,  Nicolas  Delfils, 
abbé  de  Lucelle,  reformait  à  grands  frais  sa  bibliothèque 
incendiée  totalement.  Vers  la  fin  du  siècle  précédent,  plusieurs 
moines  étaient  morts  victimes  de  la  science,  en  voulant  sauver 
des  manuscrits.  Les  volumes  de  la  nouvelle  bibliothèque  de 
l'abbaye  sont  reconnaissables  aux  armoiries  dorées  frappées 
sur  les  plats  (1708-1751). 

Les  religieux  de  M armoutiers  entretenaient  une  correspon- 
dance historique  suivie  avec  les  savants  lorrains.  Dom 
Galmet,  le  capucin  B.  Picart,  de  Toul,  les  doctes  Bénédictins 
de  Metz,  étaient  souvent  consultés  par  eux.  Le  bibliothécah*e 
cherchait  à  refaire  une  liste  cpmplète  des  abbés  du  monastère 
et  des  prieurs  de  Saint-Quirin,  que  les  auteurs  du  GalUa 
Christiana  avaient  donné  avec  beaucoup  de  fautes.  <  La  biblio- 
thèque de  Marmoutier,  dit  l'abbé  de  Senones,  a  peu  de  livres 
antiques,  mais  des  nouveaux  assez.  »  ' 

L'abbé  de  Neubourg,  Jacques  Glacier  d'Auvillers,  avait 
enrichi  la  bibliothèque  de  son  monastère,  de  livres  rares  et 
précieux  (1715-1769). 

L'abbaye  de  Munster  était  devenue  un  foyer  de  fortes 
études.  <  Voltaire  est  très  partisan  des  Bénédictins,  écrivait 
un  religieux  de  ce  couvent.  C'est  le  seul  Ordre  qu'il  aime, 
parce  que  nous  étudions  et  que  nous  laissons  le  monde 

'  Gh.  Wbiss.  Revue  d'Alsace.  1855,  p.  331. 

*  Manuscrit  de  \»  bibliothèque  de  Metz.  —  A.  Bbnoit.  Lettre  inédite 
de  P.  Benoit  Picart,  sur  le  prieuré  de  Saint-Quirin  —  D,  Galmet. 
Notice  de  Lorraine, 


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GOLLB0TION8  ET  C0LLECTI0NNEUR8  ALSACIENS         69 

comme  îl  est,  sans  nous  mêler  d'intrigues.  »  Cela  n'empêchait 
pas  le  coadjuteur  de  l'abbaye,  Dom  Benoît  Sinsart,  d'envoyer 
ce  coup  de  patte  à  ses  doctes  confrères  :  c  Les  étranges  gens 
que  les  Allemands!  Dieu  les  bénisse  avec  leur  érudition, 
qu'on  ne  sait  à  quelle  sauce  mettre!  >  L'abbé  de  Munster  se 
couvrait,  dans  des  circonstances  extraordinaires,  de  la  cou- 
ronne dite  du  roi  Dagobert.* 

A  Neuwiller,  l'abbé-prévôt  Le  Vayeur,  originaire  de 
Phalsbourg,  avait  créé  une  bibliothèque  remarquable  dont 
on  rencontre  souvent  des  exemplaires,  reconnaissables  au 
blason  et  au  nom  de  l'abbaye,  frappés  en  or  sur  les  plats  des 
volumes.'  L'abbé  Le  Vayeur  achetait  tous  les  manuscrits 
qu'il  pouvait  rencontrer.  C'est  ainsi  qu'il  acquît  un  Armoriai 
du  Magistrat  de  Strasbourg^  richement  enluminé  et  qui  se 
trouve  actuellement  chez  un  antiquaire  de  Strasbourg.* 
L'église  paroissiale  actuelle  possède  encore  les  belles  tapisse- 
ries représentant  les  miracles  de  saint  Adelphe,  évêque  de 
Metz,  restaurées  dans  ces  dernières  années  par  la  Société 
française  d'archéologie.* 

Dom  Ruinart,  Dom  Calmet,  et  plus  tard  lïnspecteur 
Matter,  ont  parlé  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  de 
l'abbaye  princière  de  Murbach,  qui  possédait  jadis  de  splen- 
dides  tapisseries  représentant  les  bienfaiteurs  du  couvent,  et 
de  splendîdes  pièces  d'orfèvrerie  sacrée,  reliquaires,  bustes 
en  argent,  calice  de  1606  valant  500  ducats  d'or,  enfin  une 
mttre  phrygienne  mitra  phrigtonica,  ornée  de  perles  et  d'or, 
opus  elegantissimum^ 

^  Sehœpflin  a  donné  le  dessin  de  C9t  insigne  royal. 

■  Bibliothèque  de  Saveme.  —  Ancienne  bibliothèque  de  Strasbourg,  — 
Bouquinistes  de  cette  viUe,  Abbé  Guillauub.  Manuscrit  des  P.  P  Capucins 
de  Phalsbou/rg. 

*  M.  G.  Brion,  place  de  la  Cathédrale.  L'abbé  Staub.  (Société  des 
Monuments  historiques  d'Alsace^  1868). 

*  Rev.  d^A  Is  ,  1855,  p.  1.  Quelques-unes  sont  à  la  bibliothèque  de  Colmar. 

*  Dox  Calmet.  Diarium  Beîveticum,  Einsiedleny  1756,  p.  6. 


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70  BEVUB  D*AL8AGE 

Les  chartreux  de  Molsheim  possédaient  de  beaux  manuscrits 
et  d'admirables  vitraux.  Les  religieuses  du  couvent  de  Saint- 
Etienne,  de  Strasbourg,  montraient  le  manteau  de  sainte 
Âttale  et  des  tapisseries  représentant  la  vie  de  cette  sainte 
personne  et  celle  de  la  ihaumaturge  de  Hohenbourg. 

Le  musée  de  Ck)lmar  montre  avec  orgueil  les  précieuses 
peintures  tirées  du  couvent  d'Issenhdm.  Tous  ces  cbe&- 
d'œuvre,  qui  ornaient  Tbumble  couvent,  n'ont  pas  été 
retrouvés  ;  il  en  a  été  de  même  pour  les  manuscrits  et  les 
livres  précieux  des  Johannites,  de  Strasbourg,  dont  Hermann 
n'a  pas  retrouvé  les  plus  précieux.^ 

Un  abbé  d'Ebersmflnster  avait  fondé  un  très  beau  cabinet 
d'histoire  naturelle,  bien  augmenté  depuis  par  le  goût  de  ses 
moines.'  L'église,  bAtie  dans  le  siècle'  dernier,  offre  le  type 
complet  du  style  architectural  adopté  par  les  Bénédictins  de 
cette  époque.'  On  y  voit  de  belles  fresques  sauvées  en  partie 
par  le  conventionnel  Bailly.  La  statue  de  la  Viei^e,  en 
argent,  les  reliquaires,  les  meubles^  la  bibliothèque,  avaient 
été  transportés  à  Strasbourg,  et  l'abbé  Rumpler,  de  très 
querelleuse  mémoire,  avait  acheté  la  chAsse  vitrée  renfer- 
mant la  statue  en  bois  du  duc  Âdalric,  coiffé  à  la  romaine 
et  babillé  en  étoffes  de  soie.  Cette  châsse  orne  maintenant 
une  chapelle  du  mont  Sainte-Odile. 

D*après  une  lettre,  adressée  en  17B2,  de  Munsta*  à  Dom 
Galmet,  un  M.  Kleber  avait  une  riche  collection  de  miné- 
raux, parmi  lesquels  brillait  un  morceau  de  mine  d'argent 
rouge,  unique  pour  sa  richesse,  sa  grosseur  et  sa  beauté,  et 
dont  on  lui  avait  offert  600  livres.  Parmi  les  lettres  adressées 
à  Dom  Fange,  abbé  de  Senones,  il  en  est  une  de  M.  Mathieu, 
amateur  dont  il  va  être  parlé,  datée  de  Sainte-Marie-aux- 

'  Notices,  t.  II,  p.  380. 

•  Notice  manuscrite  (TBermann. 

*  Saint-Avold,  en  Lorraine  ;  Saint-Quirin,  dans  les  Evêchés  ;  Einsiedlen, 
en  Suisse. 


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GOLLECTIONS  BT  GOLLEGTIONNEURS  ALSACIENS        71 

Mines,  le  18  avril  1768,  par  laquelle  cet  amateur  offrait 
d'échanger  contre  des  tableaux  ou  des  encadrements,  tout  ce 
qui  se  fait  dans  les  mines  :  pilons,  lavoirs,  fonderies,  etc.,  le 
tout  en  cristallisations  et  pétrifications.  Un  mois  après, 
Mathieu  se  décidait  à  offrir  gratuitement  ce  qu'il  proposait 
avec  d'autres  choses  qu'il  avait  achetées.* 

Le  pasteur  de  Mattersholz,  Christophe  Beysser,  précédem- 
ment à  Sainte-Marie-aux-Mines  (1789-1778)  et  le  procureur 
du  roi  au  siège  présidial  de  cette  ville  industrieuse,  Mathieu 
des  Essards,  avaient  formé  une  collection  remarquable  de 
cristaux  et  de  cristallisations,  tirés  des  mines  du  pays.  Le 
dernier  amateur  entretenait  une  correspondance  suivie  arec 
l'abbé  NoUet  et  le  célèbre  Buffon.  Son  cabinet  alla  se  fondre 
plus  tard  dans  celui  du  roi.' 

A  Strasbourg,  M.  Peyer  avait  une  collection  minéralogique 
formée  bien  avant  1772.  On  y  voyait  des  coquilles  et  des 
minéraux  très  beaux  tirés  surtout  du  pays  de  Deux-Ponts. 

A  Mulhouse,  le  docteur  Jean  Hoffer,  mort  en  1781,  avait 
aussi  collecté  une  belle  suite  de  fossiles  et  d'insectes.'  U  avait, 
à  force  de  courses,  réuni  un  bel  herbier  des  plantes  du 
Sundgau. 

En  1772,  parut  à  Strasbourg  le  Muséum  Grauelanium 
sive  colkctionnes  regni  mineralis,  in-8^  C'était  le  catalogue 
des  objets  d'histoire  naturelle  possédés  par  le  professeur  de 
physique  Jean-Philippe  Grauel,  médecin,  mort  en  1761,  et 
enrichi  par  son  fils,  Frédéric,  mort  dix  ans  après.  On  y 
voyait  des  fossiles  rangés  dans  un  ordre  très  remarquable.  Le 
tout  fut  emballé  et  envoyé  à  Paris.  Le  cabinet  de  physique 
des  deux  Grauel  fut  acheté  par  le  professeui  Schurer. 

Un  pharmacien  de  Mulhouse,  Josué  Risler,  avait,  comme 

*  L'Abbé  Guillauub.  DocimenU  inédits  sur  la  Correspondance  de 
Dam  Calmei  et  de  Dom  Fange.  Nancy,  1873,  p.  14. 

*  Grandidibr.  Histoire  de  la  viUe  de  Lièvre,  1810,  p.  78. 

*  HXRMANN. 


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72  REVUB  D* ALSACE 

son  compntriote  Hoffer,  collaboré  aux  Acta  Helvetica.  On 
voyait  chez  lui  toutes  les  plantes  des  environs  de  sa  ville 
natale.  Un  pasteur  de  cette  ville,  Spcerling,  avait  également 
du  goût  pour  les  plantes  et  les  antiquités.  Il  devint  le  beau- 
père  du  respectable  fondateur  de  rétablissement  de  Rixheim, 
Zuber. 

A  Golmar,  le  directeur  de  la  loterie  ELnoU,  depuis  conseiller 
de  préfecture,  grand  amateur  des  arts,  avait  formé  une 
collection  de  tableaux,  acquis  à  Paris  pendant  la  Révolution. 
Il  avait  une  jolie  copie  de  la  Belle  Jardinière^  de  Raphaël.  Ce 
tableau  appartient  aujourd'hui  au  docteur  Faudel.^ 

Malgré  les  souvenir  douloureux  que  les  collections  Schœpf- 
lin  et  Silbermann  éveillent,  il  est  temps  cependant  de  chercher 
à  les  faire  revivre  en  essayant  de  donner  une  frible  idée  de 
ce  qu'elles  pouvaient  être,  lorsque,  dans  des  temps  meilleurs, 
le  respectable  professeur  Jung  en  était  le  zélé  conservateur. 

Par  un  sentiment  bien  rare  d'abnégation,  l'historien 
Schœpflin  avait,  quelques  années  avant  sa  mort,  arrivée 
en  1771,  donné  à  sa  ville  adoptive  sa  bibliothèque  et  toutes 
ses  curiosités.  Un  compte-rendu  sommaire  de  ces  richesses 
fait  connaître  qu'il  possédait  des  monuments  égyptiens, 
étrusques,  grecs,  romains,  mérovingiens  et  du  moyen-âge. 
On  y  voyait  des  dieux  lares,  des  vases,  souvenirs  de  son 
voyage  en  Italie,  des  médailles,  des  pierres  gravées,  des 
autels,  des  colonnes  milliaires,  des  inscriptions,  etc.'  Mais  ce 
qui  rendait  la  collection  Schœpflin  bien  précieuse,  c'était  le 
grand  nombre  d'objets  qu'il  avait  réunis  sur  l'Alsace.  Tout  le 
monde  était  fier  d'augmenter  ses  richesses  locales.  L'inten- 
dant Feydeau,  MM.  Gayot,  de  Dietrlch,  de  Bock,  de  Lôwenstein, 
les  princes  de  Linange-Dabo,  de  Hesse-Darmstadt,  le  duc  de 


'  Rwue  d'Alsace,  1856,  p.  291. 

'  11  avait  aussi  une  collection  d'empreintes  en  soufre  de  la  fabrique 
de  M.  Lippert. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS  73 

Wurtemberg,  le  maréchal  de  Coigny,  les  évoques  de  Stras- 
bourg et  de  Spire,  les  monastères,  les  ministres  du  culte,  lui 
envoyaient  tons  les  monuments  anciens  trouvés  sur  leurs 
terres.  Le  professeur  Oberlin  a  heureusement  sauvé  de  Toubli 
toutes  ces  raretés  en  publiant  le  premier  volume  du  Muséum 
Schoff/Hni.^  Strasbourg,  1778,  in-4^  comprenant  les  Lapides, 
ma/rtnùraj  vasa  de  la  collection.  Weiss  a  gravé  les  17  plan- 
ches qui  accompagnent  Touvrage,  illustré  en  outre  de  gra- 
vures dans  le  texte.  Les  amateurs  des  antiquités  de  Nieder- 
bronn,  Wasselonne,  Reichshoffen,  Brumath,  Saint- Avold,  etc., 
retrouveront  là  des  choses  perdues  à  jamais. 

Schœpflin,  dont  le  portrait  fut  peint  par  Heilmann,  avait  : 
1*  le  Manuscrit  in-folio  de  Jacob  Meyer,^  chroniqueur  stras- 
bourgeois,  allant  jusqu'au  XVP  siècle,  et  augmenté  consi- 
dérablement par  ses  continuateurs;  2°  les  portraits  du  roi  de 
Hongrie,  Mathias  Conoin,  de*  Marie  de  Bourgogne,  fille  de 
Charles-le-Téméraire,  tué  devant  Nancy  en  1477,'  de  son 
fils,  PhiHppe-l^BeaUy  et  de  sa  femme  Jeanne-la- Folk,  etc.  Le 
savant  historiographe  avait,  en  outre,  plusieurs  cartons  de 
gravures  :  1*  Imagines  civitatum,  prœliorum  et  festivitatum 


'  En  1740,  on  trouva,  près  de  Verdan-snr-Mense,  an  tombeaa  d'un 
chef  franc  avec  ses  armes  et  ses  insignes.  L'intendant  de  Greil  envoya  le 
tout  à  Schœpflin,  et  Oberlin  décrivit  la  trouvaille  dans  le  Muséum 
(dessin  XVI}.  D'après  la  scienee  moderne,  ce  qu'il  présente  pour  une 
couronne  est  la  partie  supérieure  d'un  sceau,  et  le  casque  du  chef  franc 
ou  mérovingien  serait  le  milieu  de  son  bouclier. 

'  Bbbu.  Catalogue  d'ouvrages  sur  l'Alsace,  1828. 

*  Les  Strasbourgeois  prirent  une  part  glorieuse  à  cette  bataille,  comme 
alliés  du  duc  de  Lorraine.  Ils  rapportèrent,  d'après  Hermann,  comme 
trophées  la  robe  du  due  de  Bourgogne,  huit  drapeaux  bourguignons  et 
•ne  corne  d'ums  dos  gros  muhe-geschrey  ^  servant  de  trompette  et 
marquée  des  trois  alérions  lorrains.  Où  sont  passées  ces  choses  précieuses, 
titres  de  gloire  d'un  peuple?  D'après  Schuler,  quatorze  drapeaux  pris 
par  les  Strasbourgeois  à  la  bataille  de  Nancy  et  dix-huit  drapeaux  con- 
qais  à  Morat,  étaient  suspendus  dans  le  chœur  de  la  cathédrale.  Ces 
trophées  furent  déplacés  eu  lôôl  par  ordre  du  Magistrat. 


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74  BEVOT  d'alsaob 

AlsaUœ  ;  V  Imagines  cwitaUs  et  tempU  argmSnmris  ; 
S"*  Sammhmg  von  abbUdung  dnzemer  Thdie  der  stadt  Strass- 
but  g;  4""  Iconismi  appidorum  urbium  et  castrorvm  AlsaHœ. 
0.  h  Meyeri.  i67i,  etc. 

Le  musée  de  SaTerne  a  heureusement  les  moulages  de  la 
Oybèle  trouyée  dans  cette  ville  et  du  Lepontius  signifer^  de 
Strasbourg.  Ce  sont  deux  prédeuz  souvenirs  d'un  musée 
bien  célèbre.* 

Les  livres  de  la  bibliothèque  de  Schœpflin  étiùent  bien 
reconnaissables  à  leur  ex  HbrfSj  gravé  assez  grossièrement. 
Au  milieu  d'une  rocaille,  le  blason,  et  sur  la  console  bz 
bibliothegâ  sGHOEPFUiLNA.  Go  sout  maintenant,  s'il  en  existe 
encore,  des  vignettes  bien  précieuses  par  leur  rareté. 

La  collection  alsacienne  du  fiicteur  d'orgues  Jean-Ândré 
Silbermann  Ait  également  détruite  lors  de  l'incendie  de  la 
bibliothèque  de  Strasbourg.  Moins  riche,  sous  certains 
rapports,  que  celle  de  Schœpflin,  elle  l'emportait  au  point  de 
vue  alsatique.  Donnée  également  à  la  ville,  cette  collection 
avait  un  médailler  très  remarquable  cité  souvent  par  les 
chercheurs  numismatiques  alsaciens,  des  dessins,  des  livreri, 
des  notes  sur  l' Alsace,  etc.  Les  cartons  de  gravures  étaient 
au  nombre  de  douze,  dont  dix  sur  l'Alsace  et  un  sur  la 
cathédrale.  Dans  un  des  premiers,  il  y  avait  quelques  por- 
traits anciens,  entre  autres,  une  gouache  représentant  le 
vieux  préteur  de  Elinglin.*  Le  cardinal  de  Lorraine,  évéque 

'  D.  Fischer.  Le  musée  de  Scweme,  1872,  n**  48,  49.  —  Notke  gur  le 
couvent  de  la  congrégation  N.D.  de  Saveme,  1874. 

'  Grande  perruque  blonde,  yeux  vérons,  teint  coloré,  robe  noire. 
Friese  raconte  qu'en  1793,  lors  de  la  vente  par  la  nation  des  meubles  du 
général  Klinglin  émigré,  dans  son  hôtel,  faubourg  de  Pierre,  ies  paysans 
d'Iilkirch  achetèrent  le  portrait  du  vieux  prêteur,  pour  conserver  à 
leurs  enfants  les  traits  du  tyran  qui  les  avait  rendus  pauvres  et  malheu* 
reux. 

Silbermann  avait  aussi  copié,  en  un  volume  in-folio,  les  coUactfMutay  de 
Spœcklin. 


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GOIXBCnONB  ET  COLLBGTIONMBURS  ALSACIENS  75 

de  Strasbourg;  rond  gravé  en  1605,  avec  une  vue  de  Stras- 
bourg au  yerso.^  Pour  pendant,  son  compétiteur,*  peint  par 
Jacob  von  Heiden,  à  Strasbourg,  gravé  en  1604  par  Jacob 
von  Heiden  fils;  le  maréchal  Dibour  (sié),  le  cardinal  de 
Rohan^  des  pasteurs,  des  professeurs,  etc. 

Silbermann  avait  eu  le  bon  esprit  de  donner  la  description 
de  son  cabinet  dans  le  Journal  de  Murr^  t.  8,  p.  12,  1780. 
Ce  collecteur  passionné  pour  tout  ce  qui  touchait  sa  chère 
province,  demeurait  au  quartier  FinckwîUer,  près  le  chantier 
Stuber.  L'archiviste  Grembs,  dans  ses  MemorabUia  argenti- 
nenria  (1764-176S),  fait  le  plus  grand  éloge  de  son  aménité 
sodale,  de  sa  probité  et  4^  l'estime  que  ses  concitoyens 
avaient  pour  lui.  Les  qualités  de  son  âme  se  reflètent  sur  son 
portrait,  gravé  par  G.  Guérin,  d'après  Daniche  fils. 

Le  cabinet  de  M.  le  préteur  d'Autigny  (1770,  démission* 
naire  en  1780)  avait  quelques  rares  pièces  du  règne  minéral, 
c  n  s'accroît  de  jour  en  jour,  dit  la  notice  manuscrite  d'Her- 
mann,  et  ne  laissera  pas  d'être,  avec  le  temps,  un  des  plus 
dignes  d'être  vu.  »  En  1781,  M.  d'Autigny  donna  à  la  ville 
«  le  plan  en  bas-relief  d*un  bâtiment  à  faire  à  l'instar  des 
vauxhalls  anglais  devant  la  porte  des  Juiâ.  »  On  n'exécuta 
jamais  ce  projet  venu  d'outre-mer,  et  les  obus  de  la  dernière 
guerre  se  sont  chargés  de  détruire  le  modèle  donné  par  le 
préteur.  Toutes  les  semaines.  M.  d'Autigny  réunissait  dans 
son  hôtel,  en  conférences  scientifiques,  les  savants  strasbour- 
geois.  Grftce  à  lui  et  au  maréchal  de  Gontades,  la  ville  fut 
éclairée  par  des  lanternes.  Retiré  à  Paris,  il  continua  à 
correspondre  avec  ses  doctes  amis  de  Strasbourg.  Le  cabinot 
de  mécanique  de  la  ville  de  Strasbourg  a  été  formé,  d'après 


^  Berstett  et  Dom  Galmet  ont  donné  les  médailles  de  ce  prince  de 
TEglise,  dont  le  musée  lorrain  possède  deux  portraits,  l'un  ayant  une 
barbe  noire»  l'autre  blonde. 

'  Voir  NumUmatique  de  Berstett. 


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76  RBYUB  d'aLSAGE 

GrafFenauer,  à  Toccasion   de    quelques   pièces   précieuses 
données  par  M.  d'Autigny.* 

c  M.  Dartein,  Jean-Félix,  commissaire  général  des  fontes 
pour  rartîilerie,  a  un  cabinet  peut-être  unique  en  Europe, 
par  l'assemblage  exact  des  modèles  en  petit  de  tout  ce  qui 
est  nécessaire  pour  faire  la  guerre.  Rien  n'y  est  oublié;  tout, 
jusqu'aux  plus  petite  objets,  s'y  trouve  réuni  ;  le  grand  soin 
qu'il  s'est  donné  à  les  rassembler  est  parfaitement  récompensé 
par  Tadrai ration  que  mérite  un  cabinet  aussi  curieux.'  > 

Dartein,  savant  métallurgiste,  est  très  estimé  comme  auteur 
d'ouvrages  sur  la  fonte  des  canons. 

Le  docteur  en  médecine  J.-R.  Spielmann,  professeur  de 
chimie,  doyen  de  l'Ecole  de  médecine,  associé  aux  Académies 
de  Nancy,  de  Paris,  etc.,  avait  commencé  sa  collection  d'his- 
toire naturelle  bien  avant  1752.  Il  avait  des  fossiles  remar- 
quables et  des  minéraux  rares.  L'ample  correspondance  qu'il 
entretenait  avec  tous  les  savants  de  l'Europe,  l'avait  mis  à 
même  de  porter  sa  collection  à  un  haut  degré  de  perfection. 
Spielmann  est  de  nos  jours  un  peu  oublié.  S'il  survit,  c'est 
grâce  au  beau  portrait  que  lit  de  lui,  en  1781,  deux  ans 
avant  sa  mort,  le  peintre  G.  Guérin.  Le  docteur  Spielmann  se 
fit  aussi  représenter  en  silhouette  en  pied,'  l'épée  au  côté, 
une  fleur  à  la  main.  Outre  sa  collection  d'objets  d'histoire 


^  Le  recneil  manuscrit  de  ses  dissertations  se  trouvait  entre  les  mains 
de  M.  Le  Barbier  de  Tinan,  intendant  militaire,  son  neveu. 

*  Promenade  d*un  jeune  didachophyle  en  Alsace,  en  Suisse,  Paris,  1786. 
Cité  par  M.  À  Stœbbr,  Curiosités  de  voyage  en  Alsace.  Colmar,  1874, 
p.  174. 

*  D*après  la  baronne  d'Oberkirch,  ce  fut  un  artiste  genevois  nommé 
Huber,  qui  mit  ces  dessins  à  la  mode.  Ses  portraits  de  Voltaire  firent  sa 
fortune.  Il  fut  quelque  temps  à  la  petite  cour  de  Montbéiiard  ;  puis  il 
alla  dans  tontes  les  cours  de  l'Europe.  En  fait  de  portraits  alsaciens  faits 
à  la  silhouette,  on  connaît  ceux  de  Colmar.  évêque  de  Mayence,  d'Her- 
renschneider,  d'Eromerich,  du  prince  Louis  de  Hesse,  de  la  famille 
d'Oberlin,  etc. 


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COLLECTIONS  BT  00LLEGTI0KMBUB8  ALSACIENS        77 

naturelle,  il  possédait  aussi  une  riche  bibliothèque,  vendue  à 
sa  mort,  dont  Jean  Striedbeck  a  gravé  la  vignette  avec 
868  armes  parlantes. 

Lorsque  Jie  naturaliste  Buchoz  fit  exécuter  à  grands  frais 
son  bel  atlas  de  fleurs  et  de  plantes,  Spielmann  vint  géné- 
reusement à  son  aide  en  faisant  graver  par  Defehrt  deux 
planches  :  le  Bois  gentil  et  la  Lauréole.  Les  titres  religieux  et 
scientifiques  se  trouvent  naturellement  au  bas  de  chaque 
planche,  il  fit  aussi  peindre,  par  Hien,  peintre  originaire  de 
Deux-Ponts,  quelques  oiseaux  de  sa  riche  collection. 

Son  fils,  Jean-Jacques,  professeur  de  pathologie  à  l'Aca- 
démie protestante,  mourut  en  1810. 

«  Le  baron  de  Dietrich  fils,  dit  la  notice  manuscrite, 
commença  avec  une  ardeur  singulière,  en  1770,  un  cabinet 
d*histoire  naturelle  ;  il  s'empressa  de  le  mettre  en  ordre,  lors- 
qu'il fut  revenu  de  ses  voys^es  dans  les  principales  contrées 
de  TËurope.  »  En  i  786,  il  fut  nommé  associé  de  l'Académie 
des  sciences  et  inspecteur  des  forges  et  fonderies  du  royaume. 
Ses  ouvrages  sur  la  minéralogie  de  l'Alsace  et  de  la  Lorraine 
sont  encore  estimés.  G.  Guérîn  grava  son  portrait  Les  traits 
de  M.  de  Dietrich  portent  l'empreinte  de  la  douceur  de  son 
ftme.  Mais  les  anxiétés  fiévreuses  de  la  politique  devaient 
empoisonner  les  dernières  années  de  son  existence.  Il  ter- 
mina ses  jours   à  Paris sur  Téchafaud.  Elu   maire 

constitutionnel  de  Strasbourg,  il  avait  eu  l'honneur  de  voir 
ses  traits  reproduits  en  1790  par  deux  médailles,  Tune 
frappée  à  Paris,  l'autre  à  Strasbourg,  par  Kamm. 

A  la  mort  de  Grandidier,  tous  ses  manuscrits  furent 
achetés  par  H.  de  Turkheira,  ammeister  de  Strasbourg,  qui 
se  proposait  de  donner  la  suite  de  V Histoire  dAkace.  Le 
frère  de  Grandidier,  aumônier  des  hussards  de  Ghamboran, 
l'aurait  fortement  aidé.  Mais  les  événements  ne  permirent 
pas  de  réaliser  ce  projet. 

Le  cardinal-évéque  de  Strasbourg,  le  prince  René^Louis 


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78  RBVUB  d'alsaob 

de  Rohan  IV,  peut  aussi  être  dté  parmi  les  collectionneurs 
alsaciens.  Son  chftteau  de  Saverne  était  une  merveille,  contre 
laquelle  luttaient  inutilement  bien  des  palais  de  princes 
souverains.  Â  la  Révolution,  beaucoup  de  meubles  et  de 
tableaux  furent  vendus  par  la  nation.  La  bibliothèque  natio- 
nale de  Paris  possède,  par  suite  du  don  d'un  )i.  Gama,  un 
petit  portrait  en  provenant.  Cette  peinture,  attribuée  à  Mathias 
Grûnenwald,  représente  un  pasteur  reformé  du  XYI*  siècle 
et  non  le  célèbre  Jean  Guttemberg.^  Une  curiosité  disparut 
aussi  dans  ces  temps  néfastes  :  ce  fut  la  Corne  du  chftteau  de 
Hoh-Barr.  Â-t-elle  été  brûlée  avec  les  portraits  de  princes  et 
de  prélats  sur  la  place  publique,  au  milieu  de  laquelle  la 
société  populaire  avait  dressé  un  bûcher  ?  ' 

Le  cardinal  de  Rohan,  que  son  secrétaire,  Tabbé  Georgel,' 
nous  représente  comme  ayant  eu  toujours  du  goût  pour  les 
sciences  occultes  et  la  botanique,  fut,  par  suite  de  ses  liaisons 
avec  Cagliostro,  entraîné  dans  des  expériences  qui,  à  la  fin, 
lui  coûtèrent  l'honneur  et  la  liberté.  Il  avait  fait  construire 
un  cabinet  de  physique  expérimentale  avec  sa  table  de 
marbre,  destinée  à  la  démonstration  des  diverses  lois  de  la 
mécanique,  et  un  cabinet  d'histoire  naturelle  renfermant 
plusieurs  objets  curieux.  Le  Directoire  du  département  du 
Bas-Rhin  fit  transférer  toutes  ces  collections  pour  en  enrichir 
celles  de  la  ville  de  Strasbourg.  Les  splendides  volumes  de  la 
bibliothèque,  sur  les  plats  desquels  étaient  frappées  en  or 
les  armoiries  cardinalices  avec  cette  mention  :  ex  bibliothbga 
TABBRNENSi,  suivireut  lo  même  chemin.  Chose  à  remarquer: 
pendant  que  ces  raretés  disparaissaient  de  Saverne  pour  être 
plus  tard  la  proie  des  flammes  à  Strasbourg,  les  démocrates 
du  lieu  achetaient  pour  leur  club,  les  tables,  chaises,  bancs 
et  autres  meubles  tirés  des  bfttiments  du  Commun. 

^  MagcLsin  pittoresque. 

'  D.  FisGHBR.  Notice  sur  le  château  de  Saverne. 

•  Mémoires.  Paris,  1820,  t.  H,  p.  48. 


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OOLLBOnONB  BT  COLLBOTIONMBUBS  ALSACIENS  79 

En  1799,  le  cabinet  du  professeur  de  physique  Louis 
Schurer,  *  de  Strasbourg,  mort  en  1792,  (ut  acheté  par  l'Ecole 
centrale  du  département  de  la  Roër,  et  transféré  à  Cologne. 
Schurer  s'occupait  particulièrement  de  Félectricité.  La  collec- 
tion d'instruments  de  physique  et  de  mathématiques  d'un  de 
ses  derniers  élèves,  le  respectable  professeur  Herrenschneider, 
décédé  en  184S,  à  l'Age  de  82  ans,  fut  léguée  au  séminaire 
protestant  de  Strasbourg. 

ARTHUR  BsNorr. 
Wachsmath  a  dessiné,  ponr  sa  bibliothèqae,  un  charmant  ex-lifrrts. 


fia  /in  h  la  prochaine  livraison J, 


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LE  FOYER  ALSACIEN 

LÉGENDES  ET  TRADITIONS  POPULAIRES» 


X. 

LES  NAINS  DU  HOHNECK 


Vous  coanaissez  les  pftturages  du  Hohneck,  élevés  au- 
dessus  des  forêts  de  sapins  et  des  escarpements,  où  la  Fecht, 
encore  pénétrée  de  la  fraîcheur  de  ses  sources,  ruisselle  entre 
les  touffes  de  fougères  vertes.  Au  soir  de  la  Saint- Jean,  trois 
jeunes  filles  descendaient  par  Je  sentier  du  Wormspel  à  la 
Volmsa.  Rieuses  et  folâtres,  elles  allaient  d'un  pas  leste, 
léger,  devisant  de  mille  choses.  Lina,  la  plus  grande  des 
fillettes,  efieuillait  des  marguerites  pour  savoir  laquelle  des 
trois  la  première  serait  fiancée,  c  Lina,  Marthe,  Anna,  disait- 
elle,  en  arrachant  une  à  uae  les  blanches  pétales  de  la  fleur, 

Lina,   Marthe,  Anna Linal  >  A  un  détour  du  sentier 

apparut  le  pâtre  Tony,  qui  ramenait  ses  deux  ânes  à  la  censé 
du  Wormspel.  —  t  Bonsoir,  Tony,  cria  Lina  d'une  voix 
vive,  fais  que  les  petits  nains  de  là-haut  nous  soient  propices.  » 
Puis  les  jeunes  filles  s'échappèrent  derrière  les  fourrés  de 
hêtres  touflfus.  Le  pâtre  surpris,  devenu  rouge  comme  une 

^  La  Revue  d'Alsace  reprend  et  va  continuer  la  suite  de  ces  récits 
publiés  par  Fauteur  dans  ce  recueil  de  1862  à  1865  et  dans  plusieurs 
journaux  littéraires  de  Paris.  La  Rédaction. 


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LES  MAINS  DU  HOHNBOK  81 

fraise  des  montagnes,  suivit  du  regard  les  agiles  promeneuses, 
sans  dire  mot,  pour  reprendre  ensuite  son  chemin  avec  une 
allure  embarrassée,  après  avoir  senti  quelque  chose  se 
retourner  dans  sa  poitrine.  Lentement  les  ânes  remontèrent 
la  pente  gazonnée  à  Theure  déjà  tardive.  Sans  le  secours  de 
Moperlé,  son  brave  vieux  chien,  Tony  eût  eu  bien  de  la  peine 
à  tenir  ensemble,  à  faire  avancer  ses  bétes,  qui  s'attachaient 
aux  ronces.  De  loin,  Mathiss,  le  mattre  du  Wormspei,  reprocha 
au  garçon  sa  rentré  attardée  :  c  Tout  va  au  diable  ici.  Jamais 
le  travail  ne  se  fait  en  temps  voulu.  Le  diable  m'emporte  si 
dans  mes  vieux  jours  je  ne  suis  pas  forcé  de  traîner  après 
moi  la  besace  du  mendiant.  Vite  à  la  besogne,  fainéant.  Quand 
les  vaches  doivent  être  traites,  tu  lambines  encore  sur  le 
ciiemin  de  la  vallée  I  » 

Uaître  Mathiss  Ërtlé  aurait  toujours  voulu  empocher  les 
écus  du  fumage  à  vendre  avant  d'avoir  tiré  le  lait  du  pis. 
Cette  préoccupation  avaricieuse  rendait  au  marquaire  la  vie 
dure  en  Tagitant  sans  repos.  On  eût  dit,  à  l'entendre  toujours 
crier  misère,  à  malmener  son  garçon  vacher,  que  le  chaume 
du  Wormspei  était  ruiné,  perdu  par  la  négligence  ou  la 
paresse  de  Tony.  Toutefois,  Tony  avait  chez  les  gens  de  la 
montagne  la  réputation  d'un  bon  et  laborieux  domestique, 
bien  tranquille,  mais  dur  au  travail,  et  qui  ne  se  plaignait 
jamais  de  rien.  Maintes  fois  les  voisins  se  demandèrent 
comment  le  pauvre  gars  pouvait,  rester  au  service  d'un 
homme  comme  maître  Mathiss,  un  ladre  chez  lequel  il  n'y 
avait  même  pas  de  la  soupe  chaude  à  manger  chaque  jour. 
Sous  un  calme  apparent,  Tony  avançait  vite  à  la  besogne. 
Pendant  que  le  maître  rabâchait  encore  ses  griefs  quotidiens 
et  récriminait  entre  les  dents  contre  l'insouciance  de  la  jeu- 
nesse d'à  présent,  son  aide  avait  débarrassé  les  ânes  du  licou, 
rincé  dans  la  fontaine  les  vases  à  traire  et  rempli  un  de  ses 
seaux  de  lait  écumant.  Les  cinq  vaches  brunes  furent  traites 
ainsi  en  quelques  instants,  puis  les  noires  et  Blanchette,  la 

NouTttUe  Série  —  4fi  Année  6 


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83  RftvuB  d'alback 

maîtresse  vache  qui  porte  la  cloche  au  pâturage.  Aussi,  tout 
alla  si  bien  que  Tony  se  trouva  faire,  dans  le  même  temps, 
deux  fois  autant  de  besogne  que  le  vieux  marquaire  bourru. 
S'agiter  et  travailler  ne  sont  pas  la  même  chose.  Plus  maStre 
MathiHS  grondait  Tony  pour  le  presser,  moins  il  arrivait  lui- 
même  à  bout  de  tâche.  Avec  son  humeur  chagrine,  il  lui 
arrivait  justement  de  gâter  ou  de  faire  de  travers  ce  qu'il 
reprochait  à  son  garçon  de  manquer,  s'embrouillant  d'autant 
plus  qu'il  insistait  davantage  sur  les  remontrances.  C'était 
un  homme  difficile  à  vivre,  et  un  singulier  type.  Ceux-là  qui 
l'ont  vu  une  fois  assis  sur  son  siège  à  un  pied,  grand,  sec,  le 
dos  voûté,  la  tête  coiflfée  de  la  petite  calotte  en  cuir,  avec  ses 
grands  sabots,  sa  camisole  et  son  pantalon  en  toile  de  chanvre 
lustrée  de  bouse,  trayant  la  vache  d'une  main  en  gesticulant 
de  l'autre  pour  prêcher  l'économie  d'un  ton  nasillard,  ceux- 
là  n'oublièrent  jamais  la  physionomie  du  marquaire  du 
Wormspel. 

La  traite  finie,  les  vaches  purent  retourner  au  pâturage, 
car  par  le  beau  temps  elles  passent  la  nuit  dehors.  Pour  le 
marquaire  et  son  garçon  cependant,  l'heure  du  repos  ne 
sonnait  pas  encore.  Une  fois  le  lait  tiré,  commencent  immé- 
diatement les  opérations  pour  la  confection  du  fromage. 
Figurez-vous,  à  l'intérieur  de  la  censé,  une  chambre  basse, 
aux  murs  noirs,  qui  reçoit  seulement  le  jour  par  une  fenêtre 
étroite  et  par  la  porte  ouverte.  Cette  chambre  fait  suite  à 
retable  et  sert*  à  la  fois  de  fromagerie  et  de  demeure  pour 
les  gens.  Une  cheminée  à  large  manteau  en  occupe  un  des 
coins  avec  son  âtre,  tandis  que  le  lit  se  trouve  du  côté  opposé. 
A  côté  sont  le  séchoir,  le  saloir,  la  presse,  des  baquets  en 
bois,  divers  ustensiles  épars  pêle-mêle.  Pour  faire  le  fro- 
mage, on  filtre  le  lait  à  travers  les  touflfes  de  lycopode  feuillue  ; 
on  en  prépare  le  caillé  dans  un  chaudron  après  y  avoir  mis 
la  présure;  on  enlève  le  petit  lait  qui  surnage  pour  couler 
ensuite  la  pâte  obtenue  dans  les  formes  où  elle  achève  de 


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USB  MAINS  DU  HOHNBCK  83 

s'égoatter  lentement.  Deux  fois  par  jour,  le  matin  et  le  soir, 
maître  Mathiss  entreprend  cette  série  d'opérations,  pendant  que 
Tony  transporte  ayec  ses  deux  ftnes  les  fromages  dans  le  bas 
de  la  vallée,  à  Metzeral^  dans  rintervalle  des  grandes  traites, 
qui  ont  lieu  après  le  lever  du  soleil  et  à  son  déclin  Les 
autres  menus  services  du  ménage  restaient  à  la  charge  du 
garçon,  et  parfois  aussi  la  cuisine.  Cuisine  bien  simple,  car 
l'ordinaire  des  repas  consiste  en  petit-lait,  avec  des  pommes 
de  terre,  ou  en  serai  avec  du  pain  bis.  Si,  pour  l'extra  des 
dimanches,  composé  de  soupe  au  lait  avec  des  légumes  au 
lard,  Tony  coupait  le  pain  blanc,  Mathiss  avait  imaginé 
de  faire  siiBer  le  garçon,  afin  de  l'empêcher  de  grignoter 
une  tranche  avant  le  repas.  Avant  de  se  coucher,  le  jeune 
vacher  devait  encore  visiter  le  troupeau  au  pftturage  dans  la 
nuit. 

Cette  nuit,  le  brave  Tony  ne  pouvait  pas  dormir,  quoique 
bien  fatigué.  A  son  air  plus  taciturne  encore  que  d'habitude, 
on  eût  pu  remarquer  une  sérieuse  préoccupation.  Quelque 
chose  lui  tourmentait  la  tête.  Sans  dire  un  mot,  sans  répondre 
à  une  amère  semonce  de  son  maître  avarideux,  qui  lui  repro- 
diait  de  donner  tout  son  souper  au  chien,  il  monta  avec 
Moperlé  à  la  source  du  Sibbaldia.  La  source  jaillit  au  haut 
du  grand  cirque,  sur  la  droite  du  Hohneck,  où  les  tentures 
de  neige  éblouissante  se  conservent  jusqu'après  la  Saint-Jean. 
Tant  que  la  neige  tapisse  les  paroie  supérieures  du  cirque, 
le  filet  d'eau  de  la  source  y  creuse  une  voûté  où  le  cresson 
continue  à  végéter  pendant  l'hiver,  et  que  la  glace  épargne 
toujours.  Pendant  l'été,  les  plantes  de  la  source  fleurissent 
encore,  quand  le  soleil  a  tout  desséché  sur  les  pentes  arides, 
et  la  fraîcheur  de  cette  eau  vous  coupe  les  lèvres.  Aussi, 
disent  les  montagnards,  la  fontaine  du  Sibbaldia,  au  cirque 
du  Wormspel,  est  froide  à  l'époque  des  chaleurs  d'été,  tandis 
que  sous  l'influence  des  froids  de  l'hiver,  elle  s'échaufle.  A 
l'aide  d'un  tronc  d'arbre  disposé  en  travers  du  cours  de  l'eau 


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84  RBVUB  d'albacb 

ayec  quelques  grosses  pierres,  les  pfttres  ont  établi  une  sorte 
de  petit  bassin  où  le  bétail  vient  s'abreuyer.  Tony  s'assit  sur 
une  des  pierres  du  bassin;  à  côté  de  lui,  Moperlé,  sa  longue 
tête  de  loup  allongée  entre  les  pattes.  Un  beau  clair  de  lune 
répandait  sur  les  montagnes  sa  douce  et  pâle  lumière.  Kastre 
mirait  discrètement  son  image  dans  Tonde  limpide  mais 
tremblante  de  la  source.  Rêveur  et  distrait,  le  garçon  vacher 
regardait  le  jeu  de  la  lumière  dans  Teau,  contemplait  les 
étoiles  fixées  dans  les  profondeurs  célestes,  jetait  par  moments 
un  coup  d'œil  à  son  chien,  qui  alors  remuait  la  queue  en 
signe  de  plaisir.  Mais  ni  rattachement  du  fidèle  Moperlé^  ni 
le  ciel  avec  ses  étoiles,  ni  la  lumière  de  la  lune  réfléchie  sur 
le  miroir  de  la  source,  n'occupaient  Tattention  du  jeune  pfttre. 
De  tout  autres  pensées  étaient  venues  ce  soir  le  réjouir  et 
lui  donner  à  la  fois  de  sérieux  soucis.  Lina,  la  nièce  du 
maître  marquaîre,  avait,  sur  le  chemin,  souri  à  Tony  en 
lui  demandant  d'obtenir  la  faveur  des  petits  nains  du 
Hohneck. 

Il  y  a  des  nains  au  Hohneck,  comme  tout  le  monde  sait 
fort  bien.  Ces  curieux  petits  êtres,  participant  en  même 
temps  de  la  nature  des  esprits  et  de  la  nature  humaine, 
occupent,  avec  les  pfttres  et  les  vaches,  le  domaine  des 
montagnes.  Habitant  des  galeries  souterraines  à  Tintérieur 
de  ces  montagnes,  ils  forment  plusieurs  peuplades,  les  unes 
bienfiiisantes,  les  autres  funestes  pour  les  hommes  ;  ceux-ci 
maîtres  des  orages  et  des  brouillards,  ceux-là  occupés  du 
soin  du  bétail,  de  travaux  agricoles  ou  de  l'exploitation  des 
mines.  Les  nains  des  mines  remuent  de  gros  blocs  d'argent 
sous  la  forêt  de  Silberwald,  au-dessus  de  Munster.  Les  nains 
du  Hohneck  possèdent,  au  contraire,  des  troupeaux  de  magni- 
fique bétail  et  viennent  occuper  les  chalets  abandonnés  sur 
les  chaumes,  quand  la  colchique  d'automne  commence  à 
s'épanouir  dans  les  prairies  humides,  quand  les  pfttres, 
chassés  par  le  froid,  redescendent  au  fond  de  la  vallée.  Ces 


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LES  NAINS  DU  HOHNEOK  85 

bonnes  créatures  s'occupent  pendant  tout  rhiver  de  la  con- 
fection da  fromage  pour  les  pauvres  gens.  Sans  être  aperçus 
jamais,  au  milieu  des  nuits  sombres,  ils  s'introduisent  dans 
les  cabanes  et  déposent  sur  les  tables  les  meilleurs  fromages 
avec  des  pelotes  du  beurre  le  plus  délicieux.  Quand  les 
paysans  trouyent  ces  dons  à  leur  réveil,  ils  savent  bien  qu'ils 
viennent  des  nains  et  ils  les  bénissent  de  tout  leur  cœur. 

Personne  aujourd'hui  ne  voit  plus  les  nains  de  la  montagne, 
mais  tout  le  monde  en  a  entendu  parler  dans  les  récits  des 
veillées.  Les  vieilles  fileuses  de  Metzeral,  les  bûcherons  du 
Herrenberg,  les  marquaires  des  Hautes-Chaumes  en  racon- 
tent encore  des  choses  si  merveilleuses  que  Tony,  pendant 
qu'il  répétait  les  paroles  de  Lina  :  «  Tflche  que  les  petits 
nains  nous  soient  propices,  »  Tony  eût  bien  voulu  trouver  un 
moyen  de  gagner  la  faveur  des  génies.  Cette  Lina  était  si  gen- 
tille, elle  avait  un  si  bon  regard!  Vraiment,  un  pauvre  garçon, 
obligé  de  vivre  avec  un  maître  rebutant  comme  notre  fro- 
mager, devait,  pour  un  sourire  de  la  jeune  fille,  tout  entre- 
prendre pour  lui  faire  plaisir.  Si  pour  cela  il  suffisait  de 
traverser  un  des  feux  qui  brûlaient  sur  les  coteaux  inférieurs 
de  la  vallée,  allumés  ce  soir  en  mémoire  de  la  Saint-Jean, 
le  pâtre  s'y  serait  déjà  élancé.  Tony  passait  sa  main  sur  les 
poils  rudes  de  son  chien,  et  tout  en  le  caressant,  il  semblait 
loi  demander  pourquoi  les  nains  ne  venaient  pas  le  visiter 
à  la  fontaine  f  Comme  il  serait  content  de  leur  parler  et 
comme  il  leur  ferait  bon  accueil!  Les  bienfaisants  génies  ne 
refuseraient  pas  sans  doute  de  répondre  aux  prières  de 
Tony.  Puis  le  garçon  vacher  tournait  le  regard  vers  la 
vallée  pour  deviner,  à  travers  le  clair  de  lune,  la  position 
d'une  maison  ou  d'une  demeure.  Et  il  rêvait  éveillé,  et  au 
milieu  de  son  rêve  des  voix  caressantes,  mélodieuses,  soufflaient 
à  son  oreille:  «  Les  petits  nains  viendront  t'aider,  Tony.  Attends 
et  travaille  I  >  Qui  n'a  cru  souvent  à  la  réalité  de  ses  désirsf 
A  ce  moment,  le  compagnon  de  maître  Mathiss  sentait  tourner 


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86  BBVUB  D'ALSACE 

autour  de  lui  la  foule  des  génies  protecteurs  ;  il  admirait  la 
splendeur  de  la  nuit,  et  le  sommet  du  Hohneck  lui  semblait 
un  délicieux  séjour. 

Délicieux  séjour,  le  sommet  du  Hohneck  I  Est-il  un  lieu 
baigné  par  un  air  plus  pur?  Est-il  un  lieu  que  le  soleil  salue 
plus  tdtf  La  flère  montagne  étend  sur  T Alsace  et  la  Lorraine 
ses  puissante  rameaux.  Elle  domine  la  plaine  ayec  ses 
moissons  jusqu'au  Rhin  brumeux.  Pendant  Thiver,  les  neiges 
immaculées  la  couronnent  d'un  diadème.  Pendant  l'été,  les 
riants  pftturages  succèdent  aux  neiges  au  dessus  des  forêts 
profondes  et  des  coteaux  qui  distillent  le  vin.  Aux  jours 
d'orage,  la  foudre  sillonne  et  laboure  sa  tête.  Dans  son  calme 
habituel,  les  sources  limpides  ruissellent  sur  ses  flancs,  sau- 
tent de  cascade  en  cascade  par  dessus  les  rochers,  se  glissent 
sous  l'ombre  des  sapins  p<»ur  donner  aux  vallées  leur  fraî- 
cheur et  pour  féconder  la  plaine.  Nous  aimons  dans  le 
Hohneck  un  boulevard  de  la  patrie,  et  parceque  nous  l'aimons 
il  est  si  beau  t  Ses  jours  sont  beaux,  ses  nuits  splendides. 
Pendant  les  nuits  sereines,  le  ciel  là-haut  resplendit  d'étoiles. 
Mille  et  mille  points  de  feu  scintillent  dans  les  célestes  pro- 
fondeurs où  les  montagnes  regardent  passer  le  grand  char 
d'or  aux  roues  ailées.  Plus  belle  encore  devient  la  nuit,  quand 
les  étoiles  pftlissent  devant  la  douce  lumière  de  la  lune.  Une 
clarté  mystérieuse  descend  sur  les  chaumes  dont  les  contours 
s'estompent  vaguement  autour  de  la  cîme  arrondie  en  ddme. 
Sommeillez-vous  à  l'abri  des  bouquets  de  hêtres,  un  rayon 
discret  se  glisse  entre  l'ombre  des  branchages  pour  vous  sou- 
rire, tandis  que  le  souffle  tiède  des  nuits  d'été  vous  caresse 
le  front  comme  un  baiser.  Tout  repose  alors  dans  la  nature. 
Seule  la  lune  veille.  Elle  s'élève,  monte  plus  haut,  toujours 
plus  haut,  pendant  des  heures  et  des  heures,  discrètement,  sans 
bruit,  comme  si  elle  avait  peur  de  ravir  à  la  terre  son  calme 
en  efDeurant  le  gazon  et  le  roc»  des  hautes  sommités.  Les 
vaches  restées  au  pâturage  dorment  groupées  ou  ruminent, 


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LB8  NAINS  DU  HOHNBGK  87 

après  un  court  sommeil,  l'herbe  fine  en  regardant  passer 
rastre  d'un  œil  placide.  Tout  à  coup  un  son  éclatant,  que  dix 
échos  répètent  et  se  renvoient,  retentit  comme  un  appel  au 
milieu  de  la  nuit,  avec  des  intonations  mélodieuses,  tantôt 
adoucies,  tantôt  plus  graves,  suivant  que  les  mouvements  de 
la  brise  le  rapprochent  ou  Téloignent.  C'est  la  trompe  des 
marquaires  qui  annonce  aux  vaches  l'heure  de  la  traite 
nocturne.  Les  plus  grosses  laitières  secouent  la  tête  avec  la 
clochette  pour  attendre  le  troupeau;  les  jeunes  génisses 
regardent  d'un  air  étonné  les  pfltres  qui  viennent  et  s'en 
retournent  avec  les  seaux  pleins  de  lait  Puis  la  nuit  reprend 
son  silence  et  dans  le  silence  son  repos. 

La  trompe  du  Wormspel  tira  aussi  Tony  de  son  rêve  pour 
le  rappeler  à  la  censé.  Dans  la  journée  du  lendemain  les 
choses  continuèrent  à  suivre,  sur  la  montagne,  leur  cours 
habituel  :  le  marquaire  à  ses  fromages,  le  garçon  tantôt  au 
chaume  avec  le  troupeau,  tantôt  sur  le  chemin  de  la  vallée 
avec  les  ânes.  Maître  Mathiss,  nous  ne  l'avons  pas  encore  dit, 
était  un  des  gros  propriétaires  de  la  contrée.  Outre  les  pâtu- 
rages du  Wormspel,  étendus  depuis  le  Hohneck  jusqu'au 
Spitzekœpf^  au-dessus  du  grand  cirque,  un  terrain  susceptible 
de  nourrir  vingt  vaches  pendant  la  saison  de  la  Saint-Jean  à 
la  Saint-Michel,  il  avait  des  prairies  fauchées,  à  la  Wolmsa, 
pour  les  foins  d'hiver,  une  maison  au  village  avec  le  verger 
et  le  champ  de  seigle.  Les  vaches  nourries  au  chaume  étaient 
toutes  à  lui,  sauf  les  trois  brunes  et  Blanchette,  la  grande 
laitière,  qui  appartenaient  à  sa  belle-sœur,  la  mère  de  Lina. 
Les  autres  marquaires,  qui  entretenaient  à  la  montagne  un 
plus  grand  nombre  de  bêtes,  tenaient  le  pâturage  à  ferme,  et 
la  plupart  de  leurs  vaches  en  location  à  prix  d'argent,  pour 
la  saison  d'été  seulement.  Dans  de  pareilles  conditions,  quand 
le  plus  clair  des  produits  s'en  va  en  fermage,  l'exploitation 
des  chaumes  rend  maigrement  au  marquaire.  Seul  proprié- 
taire de  son  bien,  Mathiss  Ertié,  bien  qu'il  ne  fût  pas  fier,  se 


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88  BBVUE  d'alsack 

grattait  Toreille  avec  une  satisfactiou  non  dissimulée  en  pen- 
sant qu'il  n'avait  de  compte  à  rendre  à  personne.  Bon  an, 
mal  an,  le  pâturage  du  Wormspel  lui  rapportait  ses  trois  mille 
écus,  à  raison  de  cent  cinquante  francs  par  tête  de  bétail,  le 
fromage  vendu  à  quarante  francs  le  quintal  de  cent  livres. 
Un  joli  revenu,  n'est-ce  pas  ?  que  bien  des  bourgeois  de  la 
ville  pourraient  envier.  Avec  cela,  on  comprend  la  considé- 
ration dont  notre  fromager,  le  riche  Eaasbur,  comme  l'appe- 
laient les  gens  de  Metzeral,  jouissait  dans  la  vallée,  à  cause 
de  son  bien,  et  sans  avoir  donné  jamais  un  sou  à  qui  que 
ce  soit.  Plus  d'une  fois  son  nom  figura  sur  les  listes  du 
Conseil  de  la  commune,  dont  il  refusa  cependant  toujours  de 
faire  partie,  sous  prétexte  de  n'être  pas  encore  établi,  et,  d'un 
autre  côté,  il  ne  voulait  pas  se  marier,  à  cause  de  la  dépense- 
Une  pensée  unique  préoccupait  constamment  le  vieux 
vacher.  Arrondir  son  bien  gagné  à  la  pluie  et  au  soleil,  multi- 
plier le  nombre  des  vaches  entretenues  l'été  au  chaume, 
acquérir  dans  la  vallée  assez  de  prairies  pour  la  nourriture 
des  bêtes  pendant  l'hiver.  Dès  maintenant,  il  avait  beaucoup 
de  peine  à  suffire  avec  le  garçon  à  tout  le  travail  de  la  froma- 
gerie. Pour  rien  au  monde,  il  n'eût  voulu  engager  un  second 
domestique,  quand  la  nourriture  et  les  habits  de  Tony  coû- 
taient déjà  tant.  Mais  enân  pourquoi  un  homme  de  sa  trempe 
serait-il  au  monde,  si  chaque  année,  à  force  de  sueur,  d'écono- 
mies, un  bon  bout  de  terrain  ne  venait  s'ajouter  à  son  avoir? 
Des  temps  mauvais  pouvaient  venir,  où  l'on  aurait  peine  à 
vivre.  En  prévision,  ne  fallait-il  pas  frapper  à  grands  coups 
la  terre  comme  un  arbre  d'avelines,  afin  de  s'assurer  des 
ressources  pour  les  mauvais  jours  ?  c  Autrefois,  disait  souvent 
maître  Mathiss,  les  gens  n'étaient  pas  dépensiers  comme  de 
nos  jours.  Les  paysans  de  la  vallée  vendaient  leur  beurre  au 
lieu  de  graisser  la  soupe  ;  on  mangeait  les  vieilles  pommes 
de  terre  de  la  précédente  récolte  au  lieu  de  servir  celles  de 
l'année.  Toute  ménagère  amassait  des  écus,  au  lieu  d'aban- 


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LES  NAINS  DU  HOHNtiCK  89 

donner  sa  bourse  à  ses  filles  pour  len  nouvelles  modes.  Ah  ! 
le  bon  tempF  d'autrefois  !  Combien  il  valait  mieux  que  notre 
siècle  de  dépenses!  »  Vivant  seul  avec  Tony,  le  possesseur  du 
Wormspel  se  tirait  encore  d'affaire  à  assez  bon  compte.  Son 
garçon  regardait  aux  intérêts  de  la  maison  sans  être  trop 
exigeant.  Une  seule  chose  indisposait  le  marquaire  au  point 
de  le  jeter  dans  des  colères  rouges  :  c'était  l'attachement  de 
Tony  pour  son  chien,  un  méchanf  animal  errant,  recueilli 
sur  le  grand  chemin,  une  bouche  inutile  à  nourrir  sans  aucun 
profit  II  avait  bien,  à  la  censé,  deux  cochons  entretenus 
avec  du  petit  lait  et  les  débris  de  cuisine  pour  vendre  ces 
cochons  au  bout  de  l'année;  mais  à  quoi  bon  nourrir  un 
chien  I A  voir  la  faim  sortir  toujours  des  yeux  de  cette  pauvre 
béte,  dont  la  maigre  échine  eût  pu  servir  d'enseigne  à  la 
disette,  à  la  voir  s'enfuir^  tremblante,  avec  la  queue  entre  les 
jambes,  quand,  de  loin,  elle  apercevait  le  marquaire,  vous 
eussiez  deviné  que  celui-ci  lui  donnait  des  coups  de  bâton  au 
Heu  de  pain.  L'ami  Tony  avait  beaucoup  de  peine  à  lui  passer 
à  la  dérobée  une  partie  de  sa  soupe,  pour  suppléer  par  des 
caresses  à  l'insufiBsance  de  la  ration,  estimant  que  malgré 
tout  Moperlé  sera  bien  utile  à  son  maître. 

Isolés  pendant  tout  l'été  sur  les  Hautes-Chaumes,  les  pâtres 
voient  peu  de  monde.  Presque  tous  ont  un  caractère  taciturne, 
et  moins  qu'aucun  autre,  le  maître  de  Tony  n'ouvrait  la 
bouche  quand  il  n'avait  pas  des  motifs  d'intérêt.  Quand  le 
temps  était  beau,  le  dimanche,  ses  deux  nièces,  Lina  et  sa 
sœur,  venaient  au  Wormspel  apporter  les  nouvelles  du 
village.  Si  les  jeunes  filles  pouvaient  annoncer  une  augmenta- 
tion du  fromage,  leur  vieil  oncle  les  écoutait  volontiers,  non 
sans  laisser  entendre  qu'elles  pouvaient  rester  à  la  maison 
pour  tout  autre  chose.  Maître  Mathiss  Ërtlé  ne  se  décidait 
pas  à  desserrer  les  dents  autrement  que  pour  gronder  ou 
pour  marchander  un  prix.  Mais  avec  le  marquaire  il  y  avait 
un  garçon  auquel  lu  venue  deis  fillettes  faisait  toujours  bien 


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90  BBVUB  d'aLSAOS 

plaisir.  Sans  être  plus  caosenr,  timide  même,  Tony  aimait 
beaucoup  roir  les  deux  sœurs.  Deux  bonnes  filles,  surtout 
lina,  la  grande,  avec  ses  yeux  profonds,  purs  comme  de  l'eau 
de  source,  limpides  comme  elle.  En  sa  présence,  le  soleil 
semblait  plus  radieux,  Tombre  plus  fraîche,  la  vie  meilleure. 
Les  jours  de  fête  qui  ramenaient  étaient  vraiment  d'excellents 
jours  I  Le  dimanche  eût  dû  revenir  plus  d'une  fois  par 
semaine  !  Pour  réparer  l'impression  fâcheuse  du  maussade 
accueil  de  loncle,  il  n'y  avait  nulle  attention  que  le  brave 
garçon  n'imaginflt.  Tantôt  il  apportait  aux  gaies  visiteuses  des 
gflteaux  de  miel  sauvage  trouvé  dans  un  sapin  creux  des 
Spitzekœpf,  tantôt  il  leur  cueillait  une  jolie  corbeille  de 
fraises  et  de  framboises  avec  des  bouquets  de  fleurs.  Une  fois, 
Lina  se  mouilla  les  pieds  en  traversant  la  tourbière  au  bas 
des  pâturages.  Dès  le  lendemain,  Tony  avait  roulé  de  gros 
blocs  de  granit  sur  la  trace  du  sentier,  entre  les  mottes  de 
sphaignes  humides  et  dans  les  flaques  d'eau.  Epiant  ensuite, 
derrière  un  buisson  de  hêtres,  la  promeneuse  à  son  prochain 
passage,  il  se  dit  :  l'oiseau  qui  saute  sur  la  mousse,  la 
feuille  des  bois  qui  tombe  mollement,  se  posent  sur  les  pierres 
de  la  tourbière  avec  moins  de  douceur  que  ses  deux  pieds 
légers. 

Lors  de  la  fenaison,  les  ouvrières  du  village  aidèrent  à 
rentrer  les  foins  des  prairies  inférieures.  Maître  Mathiss, 
retenu  au  Wormspel  pour  le  soin  de  la  fromagerie,  ne  pouvait 
aider  les  faneuses  et  les  faucheurs  pendant  la  journée  entière; 
mais  Lina  et  Tony  étaient  au  pré.  C'est  un  beau  temps  que 
celui  des  foins,  dans  la  vallée  :  la  nature  des  montagnes 
apparaît  splendide.  Riante  et  gracieuse,  la  prairie  de  la 
Wolmsa  dessine  un  ovale  à  fond  uni,  pareil  à  un  tapis  de 
fleurs  aux  couleurs  vives.  Un  ruisseau  à  Tonde  babillarde 
glisse  entre  des  rives  herbeuses,  ou  sautille  au  milieu  des 
grosses  pierres  comme  un  gai  éclat  de  rire.  Des  éboulements 
de  rochers  gris  enlacent  la  prairie  et  le  pied  des  montagnes. 


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LES  NAINS  DU  HOHNECK  91 

formant  vers  le  débouché  une  digue  où  les  flots  se  recueillent 
ttu  iastant,  pour  forcer  ensuite  le  passage  à  travers  une  pro- 
fonde coupure.  La  gorge  de  la  Fecht  s'ouvre  en  avant  ;  en' 
arrière  les  sommets  pointus  des  Spitzekœpf  se  découpent 
dans  le  ciel  bleu.  Sur  les  pentes  rapides  et  sur  les  escarpe- 
ments, de  grands  sapins  redressés,  droits  et  fiers,  élèvent 
leurs  sombres  massi&  au-dessus  de  la  tiède  verdure  du 
gazon.  L'appel  du  coucou  résonne  sous  le  bois,  le  geai  lui 
répond  sur  la  lisière  de  noisetiers,  le  criquet  chante  dans  le 
foin,  le  lézard  se  chauffe  au  milieu  des  pierres,  et  les  fleurs 
sourient  au  papillon.  Ahl  quelle  grflce  dans  cette  scène;  dans 
ce  site  quelle  sérénité  I  Aucun  pays  du  monde  n'offre  de 
tableau  plus  charmant.  Charmantes  «ont  aussi  les  jeunes 
faneuses  qui  avec  de  joyeux  refrains  retournent  le  foin  au 
soleil. 

—  t  Pourquoi  ce  silence,  Tony?  dît  Lina  en  prenant  au 
garçon  vacher  sa  fourche  des  mains.  Sais-tu  combien  les  rêves 
m'ennuient?  Dis-moi  plutôt  si  les  petits  nains  du  Hohneck 
travaillent  bien  pour  nous.  >  Et  comme  la  fillette  lui  propose 
de  sécher  ensemble  la  partie  du  pré  sur  l'autre  rive  du 
ruisseau,  Tony  réplique  :  —  «  Ensemble,  la  tâche  ira  plus 
vite  ;  je  viens.  »  Tous  deux  passèrent  l'eau,  la  jeune  fille  en 
sautant  avec  de  folâtres  cris  de  joie,  le  garçon  un  peu  moins 
lestement  et  avec  un  air  embarrassé.  Tous  deux  se  mirent  à 
retourner  le  foin  odorant  pour  en  faire  de  petits  tas  allongés 
en  droite  ligne.  Lina  se  reprenant  à  parler  des  petits  nains, 
Tony  raconta  que  les  nains  étaient  propices  au  chaume  du 
Wormspel.  Le  pâturage  était  abondant,  les  vaches  donnaient 
du  lait  en  quantité,  le  fromage  réussissait  à  merveille.  Sans 
doute,  maître  Mathiss  prétendait  devoir  cette  chance  heureuse 
à  son  seul  travail,  peut-être  un  peu  au  bon  temps  exceptionnel 
de  cette  année.  Mais  si  une  influence  bienfaisante  ne  nous 
favorisait,  le  temps  ni  le  travail  ne  seraient  féconds.  Donc,  les 
bons  génies  du  Hohneck  nous  protègent. 


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\r4  RBYUB  DL8AAGE 

—  c  A  merveille,  fit  la  jeune  fille,  et  que  je  serais  curieuse 
de  les  Yoir,  ces  bons  petits  nains.  >  —  c  Pour  ça,  mieux  vaut 
ne  pas  y  songer,  reprit  le  pfttre,  les  génies  de  la  montagne 
apportent  aux  hommes  de  grands  bienfoits,  seulement  ils 
n'aiment  pas  livrer  les  secrets  de  leur  existence.  Une  visite 
indiscrète-  pourrait  les  incoqamoder,  peut-être  les  éloigner 
pour  toujours.  Savez-vous  Fhistoire  des  nains  de  la  Gayeme 
des  Loups,  au  pays  de  Ferrette.  Je  Tai  entendue  raconter  par 
le  bûcheron  Holtzmann,  en  remontant,  avant-hier,  le  chemin 
de  schlitte  du  FischbœdLé,  à  Tendroit  des  grands  éboulements 
de  pierre  où  Torage  vous  a  surpris  cet  été,  Lina.  Il  y  avait  à 
la  Heidenfiuh  de  Ferrette  une  population  de  nains  fort  nom- 
breuse, vivant  dans  dei  chambres  taillées  au  milieu  du  cristal 
de  roche,  et  dont  les  murs  étaient  d^argent.  Chaque  cham- 
brette  était  occupée  par  un  couple,  homme  et  femme.  Ils 
n'avaient  point  d'enfants,  mais  jouissaient  d'une  jeunesse 
étemelle.  Leur  figure  était  belle,  leurs  yeux  brillants  comme 
des  étoiles.  Tout  le  monde  s'émerveillait  à  la  vue  de  ces  êtres 
privilégiés.  Quand  venaient  les  foins,  et  à  l'époque  des 
moissons,  ils  descendaient  des  montagnes  munis  de  faucilles 
pour  aider  les  cultivateurs  à  rentrer  les  récoltes,  Les  gens, 
en  reconnaissance,  ofTraient  aux  nains  à  boire  et  à  manger 
ce  qu'ils  avaient  de  meilleur  à  la  maison.  Les  bons  rapports 
auraient  duré  toujours,  sans  la  légèreté  de  quelques  paysannes. 
Gomme  les  nains  portaient  de  longs  manteaux  ou  des  robes 
traînantes,  on  n'avait  jamais  pu  voir  la  forme  de  leurs  pieds. 
Or,  quelques  filles  curieuses  résolurent  de  voir  à  tout  prix  ces 
pieds,  ou  tout  au  moins  de  juger  de  leur  forme  par  leur  trace. 
Gela  devait  être  bien  intéressant  de  savoir  comment  étaient 
ces  pieds  I  Que  firent  donc  les  espiègles  villageoises  ?  Elles 
savaient  que  les  nains  sortaient  le  matin  par  la  Gaverne  des 
Loups  pour  aller  boire  les  gouttelettes  de  rosée  sur  l'herbe 
ou  le  nectar  dans  le  calice  des  fleurs.  Vite  on  porta  du  sable 
devant  l'entrée  de  la  caverne,  et  avant  le  jour  les  jeunes  filles 


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LBS  NAms  DU  BOBNBCE  93 

se  cachèrent  alentour,  derrière  les  buissons,  afin  de  bien  yoir 
ce  qui  se  passerait.  A  l'heure  accoutumée,  les  nains  parurent 
à  la  file,  un  à  un,  lorsque  de  tous  les  buissons  sortirent  de 
grands  éclats  de  rire.  En  marchant  sur  le  sable  fin,  les  petits 
promeneurs  avaient  tracé  des  empreintes  de  pieds  de  chèvres 
et  de  pattes  d'oies.  Naturellement  il  n'en  fallait  pas  davantage 
pour  provoquer  un  accès  d'hilarité  folle  chez  nos  drôlessesde 
paysannes.  Mais  aussitôt  les  nains  de  la  Caverne  des  Loups 
s'étaient  enfuis  sous  terre,  et  depuis  plus  un  seul  ne  se 
montra  dans  tout  le  pays.  > 

Telle  est  l'histoire  des  nains  du  pays  de  Ferrette.  Lina  la 
trouva  jolie,  quand  môme  la  curiosité  des  jeunes  filles  lui 
semblât  punie  trop  sévèrement.  Elle  demanda  à  Tony  s'il  ne 
savait  pas  lui  raconter  encore  d'autres  histoires  pareilles. 
Elle  aimait  tant  ces  récits,  charme  des  longues  veillées  d'hiver, 
alors  que  les  fileuses  réunies  autour  du  poêle  font  marcher 
leur  rouet  et  préparent  le  chanvre  destiné  au  trousseau. 
Alors  que  la  bise  souffle  au  dehors  sur  la  neige  épaisse, 
jeunes  et  vieux  écoutent  et  redisent  les  belles  légendes  et  les 
traditions  transmises  depuis  les  anciens  temps.  Le  pâtre  ne 
cacha  pas  combien  il  était  heureux  de  pouvoir  faire  plaisir  à 
sa  compagne.  Seulement  pendant  l'histoire,  les  fourches,  au 
lieu  de  retourner  l'herbe,  s'étaient  arrêtées  souTent.  Le 
soleil  baissait  du  côté  des  Spitzekœpf,  et  le  grand  carré  de  pré 
était  à  peine  retourné  de  moitié.  «  Brebis  qui  bêle  perd  sa 
dentée  d'herbe  »,  dit  le  jeune  garçon.  Et  comme  tout  à  coup 
le  chant  des  faneuses  avait  cessé,  Lina  tourna  la  tête  et  vit 
maître  Mathiss  qui  venait  en  grondant.  Elle  s'écria  :  c  Que  je 
suis  contente,  oncle.  Le  fromage  vient  bien  cette  année, 
grâce  aux  bons  nains  1  Vous  êtes  satisfait,  n'est-ce  pas,  cher 
onde?  »  —  «  Au  diable  tous  les  nains  avec  les  gens  qui  en 
parlent^  Dieu  me  damne  I  Avec  ces  fidnéants,  il  faudra  encore 
crever  de  faim  et  le  foin  ne  rentre  pas;  les  mauvais  esprits 
peuvent  enunener  les  vaches  du  Wormspel.  » 


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d4  BEVUE  D'AL8A0B 

Les  foins  rentrèrent,  mais  un  peu  moins  vite  que  si  le 
marquaîre  avait  été  de  meilleure  humeur.  Quelque  temps 
après,  le  garçon  et  les  ânes,  en  transportant  les  fromages 
dans  la  vallée,  furent  surpris  par  un  violent  orage.  Déjà  le 
matin,  Tony  avait  vu  la  touffe  de  lycopode  nager  sur  Teau 
dans  Fauge  de  la  fontaine,  au  chalet  C'était  un  signe  de 
pluie,  car  quand  le  temps  doit  être  beau,  la  lycopode  reste 
au  fond.  Il  avait  bien  pressé  le  pas  pour  remonter  au 
Wormspel  avant  que  la  pluie  ne  vienne.  L'orage  marchait 
encore  plus  vite.  Des  nuages  pesants  et  sombres  envahis- 
saient le  ciel  du  côté  de  la  montagne.  Un  vent  impétueux 
souf&ait  par  rafales,  soulevait  des  flots  de  poussière,  ployait 
la  cime  des  arbres  avec  des  craquements  terribles.  Il  y  avait 
des  éclairs  qui  embrasaient  l'espace  comme  d'un  feu  immense. 
Puis  à  ces  clartés  subites,  sinistres,  succédaient  des  ténèbres 
de  plus  en  plus  épaisses  et  plus  sinistres  encore,  pendant  que 
le  tonnerre  ébranlait  ciel  et  terre  par  ses  roulements  préci- 
pités. Contraint  à  chercher  un  abri,  le  pauvre  Tony  se  réfu- 
gia dans  une  nuiison  isolée  en  arrière  de  Metzeral.  Les  ânes 
furent  attachés  dans  la  grange,  et  lui,  tout  trempé  par  la 
pluie,  entra  au  poêle.  Là  une  bonne  vieiUe  grand'mère, 
entourée  de  trois  enfants  attentifis,  lisait  dans  un  livre  à  gros 
caractères  Toraison  à  lire  pendant  l'orage.  La  grand'mère 
invita  le  pâtre  à  s'asseoir  près  de  la  fenêtre,  et  continua 
d'une  voix  lente  sa  prière.  L'orage  dura  longtemps.  Comme 
il  pleuvait  à  ne  pas  lâcher  un  chien,  Tony,  pour  se  distraire, 
demanda  la  permission  de  feuilleter  les  livres  placés  sur  un 
des  rayons  de  l'armoire  entr'ouverte  :  la  grande  Bible  enlu- 
minée de  Martin  Luther,  le  Jardin  du  Paradis  de  Schmolke, 
les  poésies  de  Pfeffel  et  le  Bekhengtbckchm^  de  Braun,  le  Traité 
qui  explique  la  magie,  la  baguette  divinatoire,  l'influence  du 
Malin  sur  les  hommes,  avec  les  moyens  à  employer  contre  le 
diable  et  ses  suppôts.  Tous  ces  traités  se  trouvent  chez  les  fa- 
milles du  val  de  la  Fecbt,  où  tout  le  monde  maintenant  sait  lire. 


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LB8  NAIKB  DtJ  HORMBOK  do 

Plusieurs  heures  durant,  la  pluie  tomba  comme  si  le  del 
a^ait  dû  se  fondre  en  eau.  Le  ruisseau  de  la  Wolmsa,  si  gai 
et  si  paisible  les  derniers  jours,  était  devenu  un  torrent 
boueux  dont  les  flots  gonflés  inondaient  les  prairies  et  par 
places  le  chemin,  en  roulant  de  grosses  pierres  et  des  débris 
de  bois.  En  même  temps  Tair  était  devenu  froid,  ce  qui  sem- 
blait indiquer  une  grêle  abondante  sur  les  sommets.  Gomme 
la  nuit  approchait,  Tony  se  décida  à  partir  pour  la  montagne 
malgré  la  persistance  de  la  pluie.  Cette  violence  extraordi- 
naire de  l'orage  ne  le  laissait  pas  sans  inquiétude  sur  ce  qui 
se  passait  au  Wormspel.  Peut-être  le  troupeau  resté  au  pâtu- 
rage assez  loin  du  chalet  n'avait  pu  à  temps  rentrer  à  l'écu- 
rie, et  dans  tous  les  cas  maître  Mathiss  serait  de  nouveau 
bien  l&ché  s'il  était  obligé  de  faire  la  traite  du  soir  avant  le 
retour  de  son  aide.  Cette  fois  les  ânes  ne  s'attardaient  pas 
après  les  ronces  du  sentier.  Ils  marchaient  vite  et  sans  être 
stimulés.  La  pluie  continuait  battante,  glacée.  Quel  chemin, 
bon  Dieu  I  A  la  Wolmsa,  au  Fischbœdlé,  au  Schiessrothried, 
dans  la  forêt  et  les  prairies,  les  eaux  torrentielles  avaient 
creusé  de  profondes  ravines,  défoncé  le  sol,  entraîné  de  gros 
blocs  de  pierre.  La  voie  des  schlitteurs  était  renversée  par 
places.  Ailleurs  de  gros  troncs  de  sapins  jetés  à  terre  barraient 
le  passage.  Au  dessus  de  l'étang  du  Fischbœdlé  la  paisible 
cascade  des  Wasserfelsen,  qui  aux  premiers  jours  du  prin- 
temps ondule  sous  la  brise  comme  une  dentelle  diaphane, 
grondait  pareille  à  une  chute  tumultueuse.  Au  dessus  des 
fbrêts  la  pluie  devint  plus  rare,  mais  le  sol  était  jonché  de 
gréions,  tandis  que  des  traînées  de  vapeur,  d'épais  nuages 
chassés  par  le  vent  passaient  et  repassaient  avec  une  vitesse 
vertigineuse,  tantôt  couvrant  les  montagnes  avec  leurs  escar- 
pements d'un  voile  gris,  tantôt  dissipés  brusquement  comme 
s'ils  étaient  bus  par  un  courant  d'air  plus  chaud.  De  sa  vie 
Tony  n'avait  vu  les  effets  d'un  orage  aussi  terrible. 

Arrivé  au  Wormspel,  le  garçon  ne  trouva  personne,  ni  son 


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96  BEVUB  d'albaob 

maître  ni  le  troupeau.  Le  chalet  était  vide,  Fétable  aussi.  La 
nuit  Tenait  Plein  des  plus  sombres  appréhensions,  Tony 
s'empressa  de  mettre  les  fines  à  Tabri  pour  aller  ensuite  à  la 
recherche  des  vaches.  Son  inquiétude  augmenta  encore  lors- 
qu'en  passant  devant  la  porte  il  s'aperçut  que  la  touffe  de 
victoriales,  les  Mnihameler^  attachée  contre  le  mur,  afin  de 
garantir  le  lieu  contre  le  Malin  et  les  maléfices  des  mauvais 
esprits,  avait  disparu.  Pour  le  coup  c'était  trop  fort.  Plus  de 
doute  qu'un  grand  malheur  devait  être  arrivé.  Peut-être  les 
nains  des  brouillards,  non  pas  les  nains  bienfaisants  aux 
pfltres,  mais  les  méchants  lutins  du  Rothabach,  avaient-ils 
enveloppé  de  brumes  le  troupeau  pour  le  précipiter  par 
dessus  les  rochers  du  Schwalbennest  ou  dans  quelque  autre 
abtme  du  Hohneck.  Encore  si  maître  Mathiss  se  trouvait  là 
pour  donner  des  nouvelles.  Rien  ne  fournissait  la  moindre 
indication  sur  ce  qui  pouvait  être  arrivé.  Sur  tout  le  chemin 
de  Metzeral  au  Wormspel  notre  pauvre  ami  n'avait  rencontré 
personne,  pas  une  âme,  et  maintenant  il  se  trouvait  seul  au 
p&turage  au  milieu  de  la  nuit,  sans  savoir  de  quel  côté  aller. 
Pareilles  hésitations  s'expliquent  dans  de  telles  circonstances. 
Toutefois,  pendant  que  le  vacher  inquiet  tournait  à  pas  lents 
autciur  du  chalet,  une  forme  noire  apparut  dans  l'ombre. 
C'était  Moperlé,  le  chien  fidèle,  qui  accourut.  Pauvre  bétel 
comme  elle  était  haletante  et  ruisselante  à  la  fois  de  pluie  et 
de  sueur  1  Elle  léchait  les  mains  de  Tony,  gémissant  et  aboyant 
tour  à  tour,  le  tirait  par  le  pantalon,  courait  vers  le  haut  du 
cirque  qui  domine  le  Wormspel,  puis  revenait  comme  pour 
appeler  son  ami  et  lui  dire  :  <  Viens  au  plus  vite.  »  Ainsi  le 
malheur  que  le  pâtre  appréhendait  était  arrivé.  Point  de  doute 
possible  là -dessus.  Mais  où  et  comment?  le  chien  ne  pouvait 
le  dire.  On  ne  pouvait  faire  mieux  que  de  le  suivre.  Tony 
alluma  sa  lanterne,  prit  un  b&ton  ferré  et  ferma  avec  soin  la 
porte  du  chalet.  Moperlé  se  voyant  compris,  poussa  des  aboie* 
ments  de  reconnaissance  pour  ensuite  s'élancer  en  avant 


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LB8  NAINS  DU  HOBNBCK  97 

Malgré  la  nuit  sombre,  malgré  la  pluie  qai  recommençait, 
malgré  le  vent  qui  hurlait  dans  l'étroite  goi^e,  le  pfttre  et  ie 
chien  remontèrent  non  sans  peioe  le  mauvais  sentier  du 
Hohneck  entre  les  précipices  et  les  tas  de  pierres  éboulées.  Un 
de  ces  escarpements,  le  plus  élevé,  dressé  tout  droit,  s'appelle 
la  Roche  des  chevreuils,  parce  que  les  chevreuils  pourchassés 
sur  les  terrasses  supérieures,  en  s'élançant  par  ce  passage, 
trouvent  le  vide  et  tombent  les  membres  brisés.  Qui  sait  si 
les  vaches  du  Wormspel  n'avaient  péri  comme  cela  pendant 
l'orage?  Les  vieux  marquaires  parlent  souvent  de  la  perte 
d'un  magnifique  troupeau  tombé  jusqu'à  la  dernière  béte  au 
fond  du  lac  de  Sultzeren  après  avoir  été  surpris  par  un  vio- 
lent orage,  en  s'élançant,  affolé  par  la  terreur,  au  milieu  des 
brouillards  et  des  nuages  par  dessus  les  hauts  escarpements. 
Sous  l'impression  de  cette  pensée  pénible,  notre  ami  attei- 
gnit les  pâturages  du  plateau.  Son  chien,  toujours  en  avant^ 
courait  sur  la  ligne  de  fatte,  le  long  du  fossé  de  limite  tracé 
à  travers  les  pftturages  et  les  petits  massife  de  hêtres.  Par 
moments  la  brave  béte  se  retournait,  afin  de  voir  si  le  pâtre 
suivait  toujours.  Vers  l'approche  de  la  ferme  du  Lundebûhl, 
Tony  aperçut 'une  clarté  aux  fenêtres.  Les  gens  de  cette  censé 
devaient  encore  être  debout,  et  le  pâtre  se  dirigea  de  ce  côté. 
Mais  Moperlé  continua  à  suivre  le  fossé  en  aboyant  de  nou- 
veau, Tenant  tirer  son  maître  par  les  habits  comme  pour  lui 
dire  encore  de  ne  pas  s'arrêter  au  chalet.  Tony  étant  entré 
cependant,  Moperlé  resta  à  la  porte  avec  des  cris  de  détresse 
pour  s'éloigner  et  revenir  et  s'éloigner  encore.  Surprise  1  Le 
pâtre,  en  ouvrant  la  porte,  trouva  maître  Mathiss  Ërtlé  couché 
sur  le  lit  où  deux  hommes,  ses  hôtes,  lui  appliquaient  des 
compresses  d'arnica  sur  une  jambe.  Le  maître  et  le  garçon 
se  reconnurent.  Mathiss  s'était  cassé  la  jambe  pendant 
l'orage  près  du  col  de  la  Schlucht  en  courant  après  son  trou- 
peau dispersé,  c  Ces  maudits  lutins  me  ruinent,  dit  le  vieux 
marquaire  du  Wormspel  aussitôt  qu'il  aperçut  Tony.  Cherche 

Mouy«UB  Série  — 4«  Aimée  7 


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96  RSVtTE  d'aLSAGS 

les  vaches,  ramène  nos  bétes.  Moi  je  ne  puis  me  tenir 
debout,  mais  on  me  soignera  après.  Vite,  rendez-moi  mon 
troupeau.  Les  nains  des  brouillards  ruinent  le  Wonnspel. 
Malédiction!  malédiction I  »  —  «  C'est  vrai,  ajoutia  un  des 
fromagers  du  Lundebûbl,  jamais  ces  méchants  esprits  n'ont 
soulevé  pareille  tempête.  Ecoutez-les  encore  qui  sifflent  et 
ricanent  à  travers  la  cheminée.  »  Et  chacun  de  prêter  l'oreille 
pour  entendre  dans  la  cheminée  du  chalet  comme  un  bruit 
confus  de  voix,  de  sifflements  et  d'éclats  de  rire  attribués 
aux  vilains  farfadets.  Personne  ne  se  souvenait  avoir  vu  un 
orage  comme  celui  de  la  veille,  aussi  soudain,  aussi  effirayant. 
Sur  les  pâturages,  les  éclairs,  accompagnés  de  formidables 
craquements,  avaient  embrasé  ciel  et  terre  dans  un  feu 
immense,  foudroyant  arbres  et  rochers.  Puis  la  grêle  et  les 
nuages  avaient  répandu  des  ténèbres  plus  épaisses  que  dans 
la  nuit  la  plus  obscure.  Affolées  par  la  terreur,  les  vadbes  des 
chaumes  s'étaient  enfuies  dans  toutes  les  directions  malgré 
les  efforts  de  leurs  gardiens  pour  les  rassembler  dans  les 
étables.  Celles  qui  n'avaient  pu  être  ramenées  devaient  être 
tombées  par  dessus  les  précipices  et  perdues.  C'est  en  rame- 
nant leur  dernière  bête  que  les  pfltres  du  Lundebûhl  avaient 
trouvé  mattre  Mathiss  évanoui  au  pied  d'un  rocher,  avec  une 
jambe  cassée,  près  du  passage  de  la  Schlucht 

Sur  les  supplications  du  blessé,  qui  semblait  préférer  la 
mort  à  la  perte  de  ses  vaches,  un  des  hommes  consentit  à 
accompagner  Tony  pour  continuer  les  recherches  encore 
avant  le  jour.  Le  lendemain  matin  le  marquaire  du  Wormspel 
devait  être  transporté  à  Metzeral,  aQn  de  recevoir  les  soins 
que  réclamait  son  état.  En  attendant,  le  malheureux  souffrait 
de  la  fièvre,  et  par  moments  délirait,  bien  moins  sous  l'effet 
de  son  accident  qu'à  cause  du  préjudice  qu'il  redoutait  pour 
sa  bourse.  Perdre  la  vie  eût  été  peu  pour  le  vieil  avare,  mais 
perdre  la  valeur  de  son  troupeau,  voilà  bien  autre  chose.  Il 
restait  peu  de  chance  pour  sauver  les  vaches  perdues.  Néan- 


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LBS  N4IN8  DU  HOHNSOK  99 

moins  il  était  bon  de  s'assurer  de  la  catastrophe,  et  Tony  et 
son  compagnon  se  remirent  en  chemin,  afin  de  battre  ]a 
montagne  dans  tous  ses  recoins.  Les  deux  hommes  retrou- 
vèrent le  chien  qui,  flairant  la  présence  de  Mathiss,  n'avait 
voulu  entrer  au  Lundebûhl,  mais  qui  courut  de  nouveau 
dans  la  direction  du  fossé  frontière  avec  les  mêmes  démons- 
trations. Bien  que  la  pluie  cessât  alors  tout  à  fait,  le  gazon 
était  trempé^  ainsi  que  les  buissons  de  hêtres.  Les  pâtres 
souffraient  beaucoup  de  cette  froide  humidité,  mais  sans  y 
faire  attention.  Ce  qui  préoccupait  Tami  Tony,  c'était  la  pen- 
sée de  Lina.  Lina  lui  avait  recommandé  de  gagner  la  faveur 
des  nains  de  la  montagne,  et  voici  qu'au  lieu  d'une  faveur  il 
voyait  ses  vaches  perdues!  Gela  ne  devait  pas  et  ne  pouvait 
pas  être.  Si  les  lutins  malfaisants  avaient  par  vengeance 
voulu  punir  son  mattre,  les  petits  nains  amis  des  marquaires, 
ces  bons  esprits  invoqués  tant  de  fois  ne  lui  avaient-ils  pas 
promis  de  l'assister  toujours? 

Les  deux  pâtres  marchèrent  longtemps,  toujours  conduits 
par  leur  chien,  tantôt  d'un  côté,  tantôt  de  l'autre,  comme  sur 
une  piste  à  travers  les  escarpements  et  les  sentiers  ravinés. 
Le  ciel  reprit  sa  sérénité.  L'aube  commença  à  blanchir,  et 
bientôt  le  soleil  levant  fit  fumer  les  brumes  du  matin  sur  les 
cimes  des  Vosges.  Toujours  Moperlé,  Tony  et  le  fromager  du 
Lundebûhl  allaient  et  venaient  des  montagnes  aux  vallons 
et  des  forêts  aux  pâturages.  Point  de  vaches  nulle  part,  ni 
même  des  gens  pour  donner  une  indication.  Le  vacher  du 
Lundebtihl  trouvait  qu'il  se  donnait  beaucoup  de  peine  pour 
rien.  Le  garçon  du  Wormspel  devenait  plus  soucieux  et  à 
chaque  instant  soupirait  tout  bas  :  <  Pauvre  Lina!  pauvre 
Lina!  »  Le  chien  seul  s'animait  davantage,  allait  plus  vite  en 
flairant  Therbe  humide,  parfois  s'arrêtant  pour  lever  la  tête 
et  jeter  dans  les  fourrés  un  regard  attentif.  Tout  à  coup  un 
bruit  de  clochettes  résonna  derrière  les  grands  hêtres,  d'abord 
vague,  puis  distinct.  Une  exclamation  de  Tony  répondit  au 


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100  BEVUB  D*AL8A0B 

son  connu  des  clochettes.  Un  instant  après  apparut  dans  le 
chemin  Blanchette,  la  mattresse-yache,  puis  à  la  file  tout  le 
troupeau  du  Wormspel.  Les  bêtes  remontaient  lentement  du 
côté  de  la  montagne  pour  regagner  leur  pftturage,  quoique 
fatiguées.  Elles  mugirent  en  signe  de  reconnaissance  à  la 
vue  de  leur  gardien,  c  Voisin,  félicitons-nous,  fit  le  marquaire 
du  Lundebûhl  en  tapant  sur  Tépaule  de  Tony;  tous  ayez 
une  bonne  chance.  »  —  <  Beaucoup  de  chance,  oui,  parce 
que  le  fidèle  Moperlé  nous  a  conduits  et  parce  que  les  bons 
petits  nains  du  Hohneck  nous  protègent  I  » 

La  guérison  de  maître  Mathiss  Ërtlé  traîna  eu  longueur. 
Dans  l'impossibilité  de  faire  autrement,  le  vieux  marquaire 
chargea  son  garçon  de  soigner  les  afiTaires  de  la  ferme,  et  lui 
envoya  un  aide  pour  le  transport  journalier  du  fromage  dans 
la  vallée.  C'était  )à  un  surcroit  de  dépenses  dont  il  fallut 
longtemps  gémir.  En  fin  de  compte,  mieux  valait  encore 
nourrir  une  bouche  de  plus  et  sacrifier  quelques  écus,  que 
si  lors  du  grand  orage  tout  le  troupeau  avait  été  perdu.  Tony, 
laborieux  et  économe,  s'acquitta  bien  de  sa  tâche,  tellement 
que  son  maître,  au  grand  étonnement  de  tout  le  monde,  ne 
se  plaignit  plus  du  rendement  de  la  ferme.  Les  vaches  profi- 
taient à  vue  d'œil,  et  chaque  jour  les  ânes  apportaient  de  la 
montagne  un  surcroît  de  fromage.  Maître  Mathiss  en  vint  à 
se  demander  si  depuis  sa  chute,  depuis  le  jour  malheureux 
où  les  vaches  du  Wormspel  fiiillirent  se  perdre  toutes,  les 
petits  nains  n'avaient  pas  pris  Tony  sous  leur  protection. 
Tout  de  même,  cette  année  permettait  l'achat  d'une  nouvelle 
pièce  de  pré  dans  la  vallée  ou  d'une  étendue  de  bois  à  la 
montagne. 

Mais  Tony  était  bien  plus  content  encore.  Ce  qui  le  réjouis* 
sait,  lui,  ce  n'était  pas  l'augmentation  de  ses  fromages,  mais 
la  pensée  de  redescendre  bientôt  dans  la  rbllée.  En  efTet,  la 
Saint-Michel  approchait  Vers  cette  époque,  la  gelée  et  les 
premières  chutes  de  neige  ramènent  les  vaches  à  la  maison. 


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LBB  NAINS  DU  HOHNBCK  101 

Pendant  les  veillées  d'biver  il  devait  avoir  l'occasion  de  voir 
plas  souvent  au  village  la  nièce  du  marquaire,  qui,  Tété 
durant,  était  venue  au  chaume  les  dimanches.  Se  rapprocher 
de  Lina,  vivre  aux  lieux  où  elle  serait,  quelle  plénitude  du 
bonheur  1  Combien  la  montagne  où  la  jeune  fllle  avait  paru 
quelques  instants  était  belle,  combien  serait  plus  délicieux  le 
séjour  enchanté  par  sa  présence  de  tous  les  instants!  Cette 
pensée  fidsait  vivre  notre  ami,  et  la  vie  lui  semblait  bonne  et 
souriante  et  le  del  plein  d'espérances  et  d'illusions.  Pleins 
d'illusions  tous  ses  rêves I  Pauvre  Tony!  L'avant-demîer 
dimanche  de  septembre,  le  pfttre  attendit  à  l'heure  accoutu- 
mée la  visite  de  Lina  à  la  ferme,  mais  elle  ne  vint  pas  et 
Tony  fiit  triste.  Une  douleur  poignante  l'accabla  avec  la  nou- 
velle racontée  par  des  bûcherons  de  passage  au  Wormspel 
que  la  nièce  du  maître  marquaire  avait  quitté  Metzeral 
l'avant-veillé  pour  aller  aux  colonies,  bien  loin  au  delà  des 
mers.  Lina  était  partie  sans  que  Tony  n'en  sût  rien.  Cela 
ne  pouvait  être,  et  pourtant  cela  était.  • 

Un  profond  déchirement,  une  détresse  immense  pour  le 
jeune  vacher.  Tout  ce  monde  des  montagnes,  tout  à  l'heure  si 
ravissant  et  plein  d'attrait,  était  en  un  instant  devenu  vide 
et  morne.  La  nature  ne  faisait  que  refléter  l'état  intérieur  de 
son  âme.  Pour  vivre  dans  la  solitude  des  hauts  pftturages,  au 
milieu  d'humbles  occupations,  l'ami  des  petits  nains  du 
Hohneck  n'en  avait  pas  moins  un  cœur  accessible  aux  sen- 
timents élevés  et  tendres.  Quand,  dans  le  cours  d'une  exis- 
tence pénible,  un  rayon  doux  et  chaud  vous  efiEleure'ou  vous 
touche,  faut-il  éviter  le  rayon  de  lumière  parce  qu'il  est  bien- 
faisant? Le  sourire  de  Lina  fut  pour  Tony  ce  bienfaisant 
rayon  de  lumière.  Triste,  las,  la  poitrine  pleine  de  sanglots 
refoulés,  le  pfttre,  après  le  départ  de  la  jeune  fille,  sans  dire 
à  personne  la  cause  de  son  chagrin,  sans  se  plaindre  jamais, 
allait  chaque  soir  gagner  le  Rocher  des  chevreuils  qui  domine 
le  Wormspel,  où  d'un  regard  vous  embrassez  à  la  fois  les 


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102  REVUE  D'aLSAOE 

montagnes,  les  yallées,  la  plaine  avec  leur  vaste  perspective 
et  leur  magnifique  horizon.  Devant  vous,  les  Spitzekœpf  se 
dressent  avec  leurs  cimes  pointues  et  grises,  posées  les  unes 
au  dessus  des  autres  comme  des  tours  amoncelées,  entre  le 
Wormspel  et  le  Nid  d'Hirondelle.  Una  s'était  souvent  assise 
sur  ce  rocher  comme  dans  un  lieu  de  prédilection.  En  s'enve- 
loppant  de  son  souvenir,  Tony  méditait  ce  feuillet  d'un  vieux 
livre  trouvé  sur  le  rocher  :  «  L'amour  est  une  grande  chose 
et  un  grand  bien.  Seul  il  allège  toute  peine^  subit  toutes  les 
traverses  avec  un  égal  courage,  supporte  sans  Ich  sentir  les 
plus  lourds  fiirdeaux.  H  donne  de  la  douceur  à  ce  qui  est 
amer;  il  rend  agréables  les  contnariétés.  Un  amour  élevé 
pousse  aux  nobles  actions;  il  tend  en  haut  et  ne  veut  pas 
ramper  sur  la  terre.  Il  veut  être  libre  et  ne  souffire  aucun 
lien  qui  le  retienne  ou  qui  entrave  son  élan.  Au  ciel  ni  sur  la 
terre  il  n'y  a  rien  de  plus  aimable,  de  plus  puissant,  de  plus 
relevé,  de  plus  heureux,  de  plus  parfait  que  Tamour.  Le 
cours  de  Tamour  est  rapide^  son  vol  est  haut,  son  essor 
indomptable.  L'amour  donne  tout  pour  tout  et  possède  tout 
pour  tout.  Point  de  mesure  pour  lui.  Son  zèle  dépasse  toute 
mesure.  L'amour  ne  sent  aucun  poids  et  il  ne  compte  pas  le 
travail.  Jamais  dans  ses  aspirations  il  ne  se  demande  :  où 
prendrai-je  mes  forces?  Rien  ne  lui  paraît  impossible,  car  il 
croit  tout  pouvoir  et  tout  permis.  Pour  cela  même  l'amour 
est  capable  de  tout.  Pendant  que  celui  qui  n'aime  pas  se 
laisse  abattre  et  se  décourage,  celui  qui  aime  accomplit  beau- 
coup de  choses.  Même  pendant  le  sommeil  Tamour  veille  et 
ne  dort  pas.  Nulle  fatigue  ne  le  lasse  ;  il  vit  à  l'étroit  sans 
éprouver  de  gêne,  et  nul  effroi  ne  le  trouble.  Pareil  à  une 
vive  flamme,  comme  un  flambeau  ardent,  il  monte  avec  force, 
certain  de  pénétrer  partout ....  Tu  es  tout  à  moi,  je  suis  tout 

à  toi,  dit  l'amour Que  mon  âme  ressente  combien  il  est 

doux  d'aimer  I  Je  veux  t'aimer  plus  que  moi-même  et  ne 
m'aimer  que  pour  toi,  et  aimer  en  toi  tout  ce  que  tu  aimes. 


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LES  NAINS  DU  HOHNKCK  103 

L^amouT  est  prompt,  sincère,  ardent,  aimable,  fort,  magna- 
nime, patient,  constant,  courageux.  Jamais  il  ne  se  cherche 
soi-même.  Pour  lui  point  de  désespoir,  car  il  est  plein  de  con- 
fiance, même  dans  la  douleur.  Qui  n'est  pas  déterminé  à  tout 
souffirir  pour  son  amour,  n'est  pas  digne  d*aimer.  Qui  aime, 
doit  trouver  doux  ce  qui  est  amer,  et  agréable  ce  qui  est 
pénible,  par  afiection  pour  ce  qu'il  aime  I » 

Charles  Grad. 


Au  chalet  de  la  Schlucht,  Octobre  1873. 


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FAITS  MÉMORABLES 


DU 


BLOCUS  ET  DU  SIÈGE  DE  BELFORT 

Du  84  Déoembre  1818  au  16  AviQ  1814 


Journal  tenu  par  M.  TRIPONE,  François-Joseph,  notaire 
à  Bélfort,  membre  du  Conseil  général  du  Haut-Rhin.^ 


La  place  est  sous  les  ordres  de  M.  Jean  Legrand,  comman- 
dant d'armes  des  ville  et  château. 

La  garnison  consiste  dans  les  dépôts  du  68*  régiment 
d'infanterie  de  ligne,  commandé  par  M.  Kail,  membre  de  la 
Légion  d'honneur,  colonel  ;  et  du  14*  régiment  de  chasseurs 
à  cheval,  sous  les  ordres  de  M.  Delorme,  membre  de  la 
Légion  d'honneur,  major,  n'ayant  que  60  chevaux. 

Le  château  est  armé  de  78  bouches  à  feu.  Le  commandant 
d'artillerie  est  M.  Labombardière,  membre  de  la  Légion  d'hon- 
neur, chef  de  bataillon  au  SI*  régiment  d'artillerie  à  pied.  Il 
n'a  pas  de  canonniers,  excepté  deux  officiers. 

Il  n'y  a  presque  pas  de  subsistances  pour  la  garnison. 

On  parle,  pendant  tout  le  mois  de  décembre  1818,  de 
l'approche  des  armées  alliées,  mais  on  ne  sait  rien  d'officiel. 
Le  bruit  de  la  veille  est  détruit  par  le  bruit  du  lendemain. 

^  Nous  avons  fait  de  vaines  recherches  pour  avoir  en  communication 
l'original  de  ce  document.  On  ne  sait  le  sort  qu'il  a  subi.  Son  édition 
est  faite  d'après  une  copie  qui  appartient  à  M.  le  receveur  municipal  de 
la  ville  de  Belfort,  et  qui  a  été  obligeamment  mise  à  notre  disposition. 


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LE  BLOOUS  ET  LB  SlAOB  DB  BBLFOBT  BN  1814       106 


22  DÉCEMBRE  181S.  —  Vers  1  heure  da  matin  on  a  été 
informé  que  Tennemi  avait  passé  le  Rhin  sur  le  pont  de  Bftle 
et  qu'une  colonne  arriverait  ici  incessamment. 

Le  commandant  a  retenu  plusieurs  détachements  de  cons- 
crits —  la  plupart  Piémontais  —  de  divers  régiments;  quel- 
ques soldats  du  train  qui  se  rendaient  à  Strasbourg,  et  dont 
plusieurs  avaient  déjà  dépassé  Belfort 

Par  ce  moyen,  la  garnison  a  été  composée  de  8,000  hommes 
et  50  choraux.  Les  soldats  du  train  et  les  chasseurs  démontés 
ont  été  destinés  au  service  de  l'artillerie.  Beaucoup  de  finmilles 
ont  quitté  la  ville  et  les  finubourgs.  J*ai  remis  au  courrier 
Moqueris  une  caisse  d'argenterie  et  un  paquet  de  mes  titres 
et  papiers  personnels  à  l'adresse  de  ma  cousine,  à  la  Visita- 
tion à  Troyes. 

On  a  ramassé  quelques  subsistances  dans  les  villages  les 
plus  rapprochés. 

28  DÉCEMBRE.  —  Les  renseignements  de  la  veille  sont  con- 
firmée. L'alarme  est  à  son  comble.  Les  portes  sont  fermées 
toute  la  journée.  Il  part  encore  beaucoup  d'habitants. 

24  Décembre.  —  Mon  fils  Florentin,  et  Michel  Heaume, 
mon  clerc,  poussés  par  une  indiscrète  curiosité,  vont  se  pro- 
mener à  Pérouse  pour  voir  les  ennemis;  ne  les  apercevant 
pas  encore,  ils  dépassent  le  village  et  s'approchent  de  Chèvre- 
mont.  Ils  sont  bientôt  arrêtés  par  les  coureurs  qui  les  con- 
duisent devant  les  of&ciers  à  Ghèvremont.  De  là  ils  sont  tra- 
duits devant  plusieurs  généraux  à  Bessoncourt,  interrogés  et 
renvoyés  sous  l'escorte  d'un  cavalier,  jusqu'aux  avant-postes 
français.  Partis  dès  le  matin,  ils  n'ont  été  de  retour  qu'après- 
midi  à  1  heure. 

Vers  2  heures  après-midi,  le  chftteau  a  commencé  à  tirer 
sur  l'ennemi.  Les  troupes  bavaroises  se  sont  approchées  par 
Ghèvremont,  Pérouse,  Offemont,  tandis  qu'une  autre  colonne 


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106  BEVUE  D*ÀLSACE 

arrivait  par  Délie  sur  Danjoutin.  Avant  la  nuit,  la  place  a  été 
investie  de  toute  part. 

La  famille  Steullet,  juge  de  paix,  et  celle  du  juif  Dreyfus, 
se  sont  réfugiées,  avec  leurs  effets,  dans  mon  ancienne  maison. 

25  DECEMBRE.  —  Le  château  a  tiré  une  cinquantaine  de 
coups  de  canon,  principalement  sur  le  fiiubourg  de  France 
occupé  par  l'ennemi,  qui  était  logé  dans  quelques  maisons. 
Le  fauboui*g,  pris  et  repris,  a  enfin  été  évacué  par  Tennemi, 
et  il  a  tenu  ses  sentinelles  vers  les  extrémités,  après  avoir 
commis  quelques  pillages,  notamment  chez  M.  Digue,  hor- 
loger, et  perdu  quelques  fantassins  et  cavaliers.  La  garnison 
a  perdu  une  trentaine  d'honmies,  tant  prisonniers  que  tués. 
La  maison  de  M.  Gh.  Blétry,  celle  de  M.  François  Dauphin, 
celle  de  M.  Bely  et  autres  ont  reçu  des  boulets  du  château. 

26  DÀXMBRE.  —  Le  château  a  beaucoup  tiré  dans  la  mati- 
née sur  les  postes  qui  se  faisaient  voir  au  bord  du  bois  de  la 
Perche;  il  a  cessé  Taprès-midi  à  cause  du  brouillard.  La 
fusillade  a  continué  toute  la  journée  entre  les  avant-postes. 
On  répand  le  bruit  que  des  secours  pour  la  garnison  s'ap- 
prochent. 

On  a  brûlé  le  moulin  neuf,  plusieurs  maisons  voisines  au 
Fourneau,  la  maison  de  bois  du  Faubourg,  au  bout  du  pont, 
sur  la  rive  droite  de  la  Savoureuse;  la  petite  maison  de  la 
bascule,  la  maisonnette  en  planches  de  La  FeuiUade,  perru- 
quier, celles  des  jardins  de  TEspérance. 

Dans  la  crainte  d'un  prochain  bombardement,  nombre  de 
fiamilles  ont  déposé  leurs  meubles  et  réfugié  leurs  personnes 
dans  le  magasin  à  poudre  des  tours  bastionnées.  J'ai  mis  mes 
meilleurs  effets  dams  celle  de  la  manutention.  J'ai  eu  dix  sol- 
dats logés  dans  mon  bureau. 

27  DÉCEMBRE.  —  La  fusillade  a  continué  entre  les  avant- 
postes. 

Le  château  a  tiré  quelques  coups  de  canon.  Le  comman- 


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LK  BLOOUB  ET  LB  SIÉOB  DE  BELFORT  BM  1814        107 

dant  a  fait  abattre  toutes  les  palissades  et  une  partie  des  murs 
de  clôture  des  jardins  du  fiiubourg  de  Brisach.  On  a  mis  le 
feu  à  la  maison  et  aux  bftiiments  de  la  veuve  Tuebert,  aux 
maisons  etgloriettes  de  ces  jardins,  excepté  celle  de  M.  Boillot. 
J'ai  retiré  mes  effets  du  magasin  à  poudre  et  les  ai  fait 
descendre  dans  une  cave  voûtée.  Ma  femme  est  accouchée  à 
7  heures  du  soir  d'un  enfant  mftle.  , 

S8  Décembre.  —  Le  château  n'a  pas  tiré.  Une  partie  de  la 
garnison  a  été  occupée  à  transporter  au  ehftteau  des  subsis- 
tances prises  en  réquisition  chez  les  habitants  et  surtout  chez 
les  négociante. 

A  10  heures  du  soir  l'alarme  a  été  donnée,  et  toutes  les 
troupes  ont  pris  les  armes.  On  croyait  que  l'ennemi  prépa- 
rait l'escalade  du  rempart  près  de  la  glacière.  La  lumière  des 
pote  à  feu  jetés  du  ehftteau  dans  le  fossé,  a  fait  voir  que  per- 
sonne ne  s'était  approché. 

29  Décembre.  —  Bien  d'extraordinaire  pendant  la  matinée. 
A  midi  un  détachement  est  allé  recueillir  du  grain  chez  Henri 
Piqnard,  au  fiiubourg  de  France.  On  continue  à  monter  au 
ehftteau  toute  sorte  d'approvisionnemente. 

J'ai  feit  murer  la  porte  de  ma  cave  voûtée  pour  préserver 
mes  effete  et  minutes  du  feu.  J'ai  fait  enfouir  l'argent. 

SO  Décembre.  —  Depuis  4  heures  du  matin  jusqu'à  6  heures, 
l'ennemi  a  lancé  sur  le  ehftteau  1,300  obus.  Plusieurs,  tombés 
dans  la  ville,  y  ont  fait  des  ravages,  entre  autres  à  l'hôtel  de 
la  sous -préfecture  (collège  actuel),  dans  la  salle  du  café  du 
sieur  Léopold  Gilles,  etc.  Le  feu  n'a  été  communiqué  nulle 
part.  A  midi,  le  commandant  m'a  accordé  un  factionnaire 
pour  la  sûreté  de  mon  dépôt  public;  à  S  heures  après-midi 
la  garnison  a  fait  une  sortie  avec  600  hommes,  80  chevaux  et 
ane  pièce  d'artillerie  de  campagne.  Le  but  était  de  s'emparer 
d'une  batterie  enjiemie  sous  la  pierre  de  la  Miotte.  U  n'a  pas 
été  atteint,  et|le  tout  s'est  borné  à  une  vive  fusillade  qui  a  tué 


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106  BEYCn  D'aL8AGB 

et  blessé  quelques  hommes  de  part  et  d'autre.  A  6  heures, 
transport  de  M.  T...  à  la  tour  bastionnée,  avec  ses  enfants. 
Florentin  et  les  filles  sont  demeurées  à  la  maison  pour 
veiller  et  éteindre  le  feu  en  cas  de  malheur.  BfM.  SteuUet  et 
Beaume  ont  aussi  passé  la  nuit  dans  ma  maison. 

SI  Décembre.  —  Vers  S  heures  du  matin  Tennemi  a 
recommencé  son  feu  d'obusiers  et  de  canon  ;  il  a  été  terrible 
et  le  chftteau  n'a  pas  riposté.  Un  boulet  a  traversé  chez  moi 
un  corps  de  cheminée  au  dessus  du  toit.  Un  obus  a  éclaté 
dans  le  magasin  de  M.  Ugonin,  contigu  à  ma  maison.  L'hdtel- 
de-yille  et  plusieurs  autres  bâtiments  ont  été  atteints  La 
maison  du  juif  Rueff  a  beaucoup  de  dommages. 

Les  chefs  militaires  prétendent  tenir  pendant  deux  mois. 
Aucun  bourgeois  n'a  de  vivres  pour  aussi  longtemps.  La 
disette  se  fait  déjà  sentir.  Le  temps  est  serein,  sec  et  froid 
depuis  le  commencement  du  siège.  Les  habitants  ne  prennent 
aucune  part  à  la  défense  de  la  place. 

1**  Janvier  1814.  —  Depuis  hier,  à  9  heures  du  soir,  une 
grêle  d'obus,  de  boulets  et  même  quelques  petites  bombes  ont 
foudroyé  touteb  les  parties  de  la  ville;  nombre  de  maisons 
sont  fracassées  dans  l'intérieur,  beaucoup  d'autres  à  leurs 
couvertures.  Celle  où  je  demeure  a  été  légèrement  endomma- 
gée au  bord  du  toit,  vers  l'angle  méridional. 

A  11  heures  du  soir  l'explosion  d'une  bombe  de  60  pesant, 
tombée  dans  la  rue  à  deux  pouces  du  seuil  de  la  boutique 
occupée  dans  ma  maison  par  M.  Rameau,  a  fracassé  vingt 
grands  carreaux,  beaucoup  de  petits  et  une  quantité  plus 
grande  encore  dans  mon  ancienne  maison.  Le  cousin  Prique- 
1er  a  reçu  deux  obus  dans  la  maison  Bevalot.  L'afiluence 
dans  la  casemate  témoigne  assez  la  crainte  des  habitants 
pour  la  nuit  prochaine. 

2  Janvier.  —  Le  chftteau  a  beaucoup  tiré  pendant  la  nuit.  Le 
feu  de  l'ennemi  a  été  vif  et  principalement  dirigé  sur  le  fort. 


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LB  BLOCUS  ET  LB  SIÂGS  DB  BBLPORT  EN  1814       109 

Vers  midi,  ou  a  remarqué  beaucoup  de  mouvement  chez 
]eB  assiégeants;  on  a  vu  passer  de  Baviiliers  à  Danjoutin  et 
du  Yaldoie  dans  la  forêt  d'Âraotde  la  cavalerie  et  des  caissons. 

3  Janvier.  —  L'ennemi  n'a  pas  tiré  un  seul  coup  pendant 
la  nuit.  Son  silence  et  le  mouvement  de  la  ville  faisaient  pré- 
sumer qu'il  s'était  éloigné,  mais  au  jour  on  a  reconnu  ses 
sentinelles  placées  comme  les  jours  précédents.  A  8  heures 
le  chftteau  a  tiré  quelques  coups  de  canon  et  lancé  quatre  à 
cinq  bombes  dans  la  plaine  de  Brasse. 

Nous  craignons  d'être  forcés  d'évacuer  la  casemate  qui 
nous  sert  d'asile;  on  parle  d'y  déposer  les  militaires  malades 
et  blessés.  On  fait  la  perquisition  et  l'inventaire  du  bois  de 
chauffage  chez  les  particuliers.  Les  habitants  craignent 
l'enlèvement  de  leurs  provisions.  Les  mesures  prises  pour 
placer  les  malades  et  les  blessés  dissipent  notre  crainte  d'être 
obligés  de  sortir  du  magasin  à  poudre. 

4  Janvier.  —  La  nuit  a  été  tranquille.  Deux  coups  de 
canon  sont  partis  du  château.  L'ennemi  n'a  pas  tiré,  mais  il 
a  surpris  un  poste  de  cinquante  hommes  dans  la  maison  de 
la  dame  veuve  Royer,  sur  la  route  de  Roppe.  Le  sieur 
Engerran,  sergent-fourrier  au  68*,  beau-frère  du  sieur  Anto- 
nin,  a  été  pris  avec  quarante-trois  hommes.  Un  soldat  et  un 
sergent  se  sont  seuls  échappés.  On  assure  que  les  mouve- 
ments de  dimanche  étaient  pour  changer  tous  les  postes  qui 
jusque-là  étaient  composés  de  troupes  bavaroises,  et  qui  ont  été 
remplacés  par  des  Saxons  et  des  Autrichiens.  Aujourd'hui, 
pour  la  première  fois  depuis  le  blocus,  la  porte  de  Brisach  a  été 
ouTorte  pour  relever  les  postes  avancés,  qui  ont  été  doublés. 
Le  chftteau  a  tiré  pendant  cette  journée  quelques  coups  de 
canon  et  d'obusiers.  Les  soldats  ont  été  retirés  dans  les 
casernes  pendant  la  nuit,  mais  ils  resteront  le  jour  chez  les 
habitants.  Il  a  été  question  de  mesures  à  prendre  par  les 
principaux  habitants  pour  se  préserver  des  violences  de  la 


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110  *  msvuB  d'alsaoii 

multitude,  qui  presque  manque  de  subsistances.  M.  Jobert, 
ingénieur,  a  proposé  d'obtenir  du  commandant  d'armes  la 
iacttlté  d'instituer  un  comité  qui  s'occuperait  des  moyens  de 
parer  à  ce  grave  inconvénient. 

5  Janvier.  —  On  n*a  rien  entendu  pendant  la  nuit  Vers 
9  heures  le  cbftteau  a  tiré  quelques  coups  de  canon  et  lancé 
deux  ou  trois  bombes.  On  promet  à  la  garnison  qu'elle  sera 
incessamment  secourue. 

Quantité  de  bourgeois  sont  commandés  chaque  jour  pour 
travailler  au  cbftteau,  et  pour  continuer  à  y  monter  des 
approvisionnements  et  des  matériaux.  Le  plus  grand  tour- 
ment est  d'ignorer  ce  qui  se  passe  au  dehors.  On  n'a  pas  la 
moindre  notion  sur  la  situation  des  places  du  Rhin,  sur 
Besançon  I  Même  mystère  sur  les  forces  des  ennemis,  sur 
leurs  marches,  sur  leurs  progrès.  On  croit  que  le  comman- 
dant a  tâché  de  sortir  de  cette  anxiété  en  envoyant  quelqu'un 
à  la  découverte. 

6  Janvier.  —  Nuit  parfaitement  tranquille.  Rien  de  fftcheux . 
ne  s'étant  passé  pendant  les  quatre  dernières  nuits,  nous 
nous  sommes  décidés  à  quitter  le  magasin  à  poudre,  sauf  à  y 
rentrer  au  besoin.  Nous  y  avons  laissé  nos  bois  de  lit  Â 
8  heures  du  matin,  Beaume,  Steullet,  Tintin  et  moi,  nous 
avons  rapporté  ma  femme  à  là  maison  par  une  grande  pluie. 

7  Janvier.  —  Le  calme  le  plus  profond  pendant  la  nuit. 
Arrivée  de  Breymann  venant  de  Vesoul  avec  des  nouvelles 
insignifiantes. 

8  Janvier.  —  Un  seul  coup  de  canon  tiré  du  ch&teau  pen- 
dant la  nuit  n  est  tombé  de  la  neige  abondamment  jusqu'à 
midi.  Le  château  a  tiré  quelques  bombes  et  quelques  boulets 
sur  les  ennemis  formant  des  retranchements  sur  les  hauteurs. 
A  10  heures  du  soir,  nous  venions  de  nous  coucher,  lorsque 
Beaume  est  venu  nous  donner  l'avis  qu'il  avait  reçu  de 
M.  Emon,  commandant  du  génie,  l'ordre  de  se  renfermer  dans 


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LB  BLOCCB  BT  LB  BSÊQK  DB  BBLFORT  BK  1814  111 

tes  casemates,  attendu  que  la  nuit  serait  orageuse.  Nous  nous 
sommes  levés  aussitôt  et  renfermés  dans  le  magasin  à  poudre, 
où  nos  trois  lits  étaient  restés.  Depuis  11  heures  le  feu  n'a 
pas  cessé;  une  multitude  d'obus  et  de  boulets  ont  frappé 
presque  toutes  les  maisons.  Le  feu  avait  pris  dans  qtielques- 
unes  et  a  été  éteint.  La  femme  Yemier,  née  Garandal,  la 
tante  de  la  femme  du  sieur  Jobin  Bergatte,  ont  été  tuées.  La 
serrante  de  Mme  Grandidier  a  eu  la  jambe  cassée;  on  lui  a 
fait  Tamputation.  Plusieurs  autres  personnes  ont  été  blessées, 
La  charpente  du  magasin  à  poudre  sud-ouest  a  été  brûlée. 

9  Janvier.  —  Le  même  feu  a  duré  pendant  toute  la  nuit 
et  la  journée.  Vers  10  heures  un  obus  a  frappé  la  cheminée 
de  la  cuisine  de  mon  ancienne  maison,  à  la  hauteur  du  toit; 
il  est  tombé  sans  éclater  près  de  la  porte  de  Brisach,  et  Tintin 
Ta  ramassé.  Plusieurs  autres  ont  frappé  mes  deux  maisons; 
à  5  1/3  heures  un  autre  est  entré  dans  mon  salon  par  la 
fenêtre,  a  éclaté  sur  le  seuil  de  la  porte  de  la  chambre  à  cOté, 
a  fracassé  la  glace  du  salon,  brisé  celle  de  la  chambre,  le 
parquet,  plusieurs  meubles,  les  portes,  etc.,  etc.  Un  autre, 
entré  dans  mon  ancienne  maison  par  la  fenêtre,  a  percé  te 
plancher  et  le  plafond  de  mon  ancien  bureau,  a  éclaté  dans 
la  paillasse  de  M.  Steullet  On  a  éteint  le  feu  à  Tinstant.  On 
a  compté  dans  deux  jours  1,800  coups.  Les  ravages  de  la 
nuit  et  de  la  journée  sont  immenses.  Â  8  heures  du  soir  un 
parlementaire  ennemi  a  apporté  la  nouvelle  sommation  de 
rendre  la  place,  à  dé&ut  de  quoi  on  la  réduirait  en  cendres. 
D  doit  avoir  été  répondu  verbalement  qu'il  était  trop  tard 
pour  que  te  Conseil  de  défense  pût  délibérer,  mais  qu'on 
ferait  cesser  le  feu  du  château  si  Tennemi  faisait  arrêter  celui 
qu'il  dirigeait  sur  les  habitants  paisibles.  Le  feu  a  discontinué 
toute  la  nuit. 

10  Janvier.  —  Le  Conseil  de  défense  a  délibéré  dès  le 
matin  ;  trois  ou  quatre  coups  de  canon  tirés  du  château,  vers 


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1  la  BKVtTB  D*AIi8àGB 

8  heures,  ont  redonné  Téponyante.  On  a  su  que  le  comman- 
dant avait  dépéché  un  parlementaire  au  général  ennemi 
Blanchi  pour  rassurer  que  les  coups  étaient  partis  sans  ordre. 
On  attend  arec  anxiété  les  résultats  des  délibérations  du 
Conseil  et  la  détermination  de  Fonnemi.  Il  parait  constant 
que  notre  malheureuse  ville  va  être  brûlée  si  on  ne  se  con- 
cilie pas. 

On  rapporte  que  les  désastres  du  samedi  au  dimanche  sont 
la  suite  de  Tindignation  du  général  autrichien,  qui  avait 
envoyé  un  parlementaire  sur  lequel  les  conscrits  ont  tiré,  que 
Ton  a  fait  attendre  plus  de  quatre  heures,  et  qui  enfin  s'en 
est  retourné  sans  réponse. 

A  10  heures  du  matin  M.  le  colonel  Eail  est  parti  en  voi- 
ture comme  parlementaire,  chargé  des  pouvoirs  du  comman* 
dant  et  d'un  projet  de  capitulation  arrêté  par  le  Gonseii  de 
guerre.  On  dit  quUl  est  allé  jusqu'à  la  maison  de  M.  Gasner, 
où  le  général  Blanchi  est  venu  pour  Técouter;  au  retour  du 
colonel,  vers  S  heures,  le  bruit  s'est  répandu  que  le  général 
ennemi  n'avait  pas  pris  sur  lui  de  répondre  au  projet,  mais 
qu'il  l'avait  envoyé  au  général  en  chef  Schwartzenberg. 

On  dit  que  le  projet  est  de  rendre  la  ville  dans  huit  jours 
si  dans  l'intervalle  elle  n'est  pas  secourue;  que  la  garnison 
se  retirerait  alors  au  château;  que  la  ville  serait  neutre  et 
que  les  bourgeois  se  garderaient  eux-mêmes;  que  l'ennemi 
ne  pourrait  pas  s'avancer  plus  près  du  côté  de  la  ville  que 
ses  postes  actuels;  que  les  personnes  et  les  propriétés  seraient 
respectées.  Voilà  ce  que  j'ai  pu  recueillir  des  bruits  courants, 
n  paraît  que  jusqu'à  la  décision  du  général  en  chef  il  y  aura 
suspension  d'armes.  Le  général  Bianchi  doit  avoir^  appris  au 
parlementaire  qu'on  s'occupait  de  la  paix. 

Nous  sommes  sortis  pour  la  deuxième  fois  du  magasin  à 
poudre  pour  venir  coucher  au  milieu  des  ruines  de  notre 
maison,  heureux  dans  nos  malheurs  s'ils  doivent  se  borner  là. 


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LB  BLOOIXB  8T  tS  SOlOB  I«  BBLt^RT  SN  I8l4  113 

11  Janvixr.  —  La  naît  a  été  tranquille.  On  ramasse  tout 
le  bois  àe  chaufEage  que  l'on  peut  se  procurer  dans  les  fau- 
bourgs,  et  on  le  porte  au  cbftteau.  On  prétend  savoir  par  des 
gazettes  allemandes  qui  ont  pénétré,  que  des  retranchements 
s'établissent  autour  de  Paris.  Une  trentaine  d'Autrichiens 
amenés  à  Belfortpar  desyoiluriers  de  Ghfttenois,  qui  croyaient 
que  la  yille  était  rendue,  ont  été  renvoyés. 

12  Janvier.  —  Tout  a  été  depuis  hier  dans  le  calme.  On 
monte  toujours  au  château  du  bois  de  chauffage  et  des 
planches.  On  a  saisi  pour  la  même  destination  des  grains  et 
farines  déposés  par  des  gens  de  la  campagne  chez  le  sieur 
Ugonin  et  la  dame  Glavey,  née  Royer.  On  attend  toujours 
avec  inquiétude  quelle  sera  la  détermination  du  général  en 
chef  ennemi. 

Le  froid  de  la  nuit  dernière  a  été  très  vif.  11  est  tombé 
beaucoup  de  neige  jusqu'à  midi,  alors  l'air  s'est  radouci.  A 
10  heures  du  soir  on  nous  a  annoncé  que  tout  était  à  peu 
près  d'accord,  et  que  nous  pouvions  dormir  en  sécurité. 

18  Janvibr.  —  La  neige  a  diminué  pendant  la  nuit.  Un 
vent  assez  impétueux  a  brisé  la  plupart  de  nos  carreaux  de 
papier.  On  ne  sait  encore  rien  de  positif  sur  la  capitulation, 
mais  on  nous  assure  que  nous  serons  tranquilles  jusqu'à  la 
décision  du  général  eu  chef.  On  a  vu  aiyourd'hui  une  procla- 
mation de  ce  général  ainsi  conçue  : 

Français, 

La  yictoire  a  conduit  les  années  alliées  sur  votre  frontière.  Elles  vont 
la  franchir.  Noas  ne  fiiisons  pas  la  guerre  à  la  France,  mais  nous  repous- 
sons loin  de  nous  le  joug  que  votre  gouvernement  voulait  imposer  à  nos 
pays  qui  ont  les  mêmes  droits  à  Findépendance  et  ont  les  mêmes  droits 
que  le  vôtre. 

Magistrats,  propriétaires,  cultivateurs,  restez  dans  vos  foyers.  Le  main- 
tien  de  Tordre  public,  du  respect  pour  les  propriétés  particulières,  la 
disdpllne  la  plus  sévère  marqueront  le  passage  et  le  séjour  de  nos 
armées;  elles  ne  sont  animées  de  nul  esprit  de  vengeance;  elles  ne  veulent 
pas  rendre  a  la  France  les  maux  sans  nombre  dont,  deimis  vingt  ans, 
eUe  a  accablé  ses  voisins  et  les  contrées  les  plus  éloignées;  d^autres  prinp 

Nour«dle  Série  -  4*  Annéf  8 


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114  taswE  d'alsacs 

cipes  et  d'autres  vues  que  celles  qui  ont  conduit  vos  armées  chez  nous, 
président  au  Conseil  des  monarques  alliés.  Leur  gloire  sera  celle  d'avoir 
procuré  la  fin  la  plus  prompte  aux  malheurs  de  FEurope.  La  seule  con- 
quête qu'ils  ambitionnent  est  celle  de  la  paix,  mais  d'une  paix  qui  assure 
à  leurs  pays,  à  la  France,  à  TËurope  un  véritable  état  de  repos.  Nous 
espérions  la  trouver  avant  de  toucher  au  sol  français;  nous  allons  Ty 
chercher. 
Au  quartier  général  de  Lœrrach,  le  21  décembre  1813. 

Signé  :  Le  maréchal,  prince  de  Schwarlzenberg, 
commandant  en  chef  de  la  grande 
armée  des  alliés, 

14  Janvier.  —  La  nuit  et  la  journée  ont  été  fort  tranquilles. 
On  a  fiiit  des  visites  domiciliaires  pour  constater  les  quan- 
tités de  farine  et  de  blé  de  chaque  particulier.  Le  Conseil 
municipal  a  été  assemblé  pour  désigner  les  bouches  inutiles 
que  le  commandant  a  le  projet  de  faire  sortir  de  la  ville; 
mesure  peu  exécutable,  car  il  reste  à  savoir  si  l'ennemi  les 
laisserait  passer.  On  a  commencé  à  soupçonner  que  les  len- 
teurs apportées  à  la  conclusion  de  la  capitulation  n'étaient 
pas  rassurantes.  Ce  qui  m'a  inquiété,  c'est  d'apprendre  que 
l'ennemi  travaillait  à  l'instant  même  à  ses  batteries.  Â 
10  heures  du  soir  nous  avons  été  avertis  que  les  négociations 
étaient  rompues,  et  qu'il  n'y  avait  pas  un  instant  à  perdre 
pour  regagner  le  magasin  à  poudre;  nous  nous  y  sommes 
rendus  la  mort  dans  le  cœur,  et  jamais  il  n*y  eut  tant  de 
monde. 

Vers  minuit  le  feu  de  l'ennemi  a  commencé;  il  a  lancé 
environ  200  obus,  dont  la  direction,  venant  des  hauteurs  de 
Bavilliers,  d'Ëssert  et  de  Danjoutin,  paraissait  être  contre  le 
château;  mais  beaucoup  de  maisons,  et  surtout  celles  placées 
au  pied  du  fort,  ont  été  endommagées.  La  neige  abondante 
qui  tombait,  a  vraisemblablement  interrompu  le  feu,  qui  a 
cessé  vers  S  heures. 

L'ennemi  tire  de  temps  en  temps;  le  château  riposte  par 
quelques  coups.  On  continue  les  visites  domiciliaires.  M.  Wild^ 
accompagné  d'un  of&cier  de  chasseurs  à  cheval,  s'est  présenté 


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ut  BLOCUS  BT  LK  SIÉaS  DB  BBLFOBT  BN  1814       115 

diez  moi,  et  on  s'est  contenté  de  la  déclaration  de  Florentin 
qu'il  nous  .restait  peu  de  fiirine  et  de  blé.  J'ai  fait  descendre 
dans  la  cave  les  miroirs,  marbres,  porcelaines,  etc.  Rien 
n'égale  l'anxiété. 

Nous  craignons  que  l'intérêt  des  habitants  soit  nul  dans 
l'esprit  des  militaires,  et  nous  n'avons  plus  d'espérance  que 
dans  la  pensée  que  l'ennemi  n'usera  pas  d'une  rigueur 
inutile  à  ses  vues;  la  continuation  d'un  simple  blocus  devant 
toujours  le  rendre  maître  de  la  place,  quoique  un  peu  tard, 
et  toute  idée  de  secours,  même  éloigné,  paraissant  ridicule. 

16  Janvier.  —  Au  grand  étonnement,  il  n'a  pas  été  tiré 
un  seul  coup  pendant  la  nuit.  Dans  la  matinée,  la  garnison  a 
monté  au  château  une  assez  grande  quantité  de  fagots  pris 
chez  Dorvaux  au  magasin  à  bois;  tout  convient  à  ces  mili- 
taires. Ils  ont  fait  hier  chez  les  marchands  une  perquisition 
de  morue  pour  mettre  cette  denrée  en  réquisition  comme 
approvisionnement  de  siège. 

On  a  enterré  hier  dix-sept  ou  dix-huit  soldats  morts  de 
maladie  à  l'hôpital.  Le  bastion  du  Trou-du-Renard  servant 
aigourd'hui  de  cimetière,  sera  bientôt  insufBsant. 

n  y  a  un  mouvement  chez  les  assiégeants.  Les  troupes  du 
blocus  ont  marché  en  avant  et  sont  remplacées  par  d'autres, 
qu'on  dit  russes.  Les  gens  du  faubourg  ont  entendu  pendant 
la  nuit  dernière  le  bruit  des  chariots. 

17  Janvier.  —  La  nuit  a  été  tranquille.  Dans  la  matinée, 
le  château  a  tiré  dix  à  douze  coups  d'obusiers  et  de  mortiers 
sur  les  batteries  ennemies,  au  delà  du  faubourg  de  France. 

On  parle  d'un  emprunt  forcé  de  8.000  francs  demandé  par 
les  cheb  militaires  aux  habitants,  qui  ne  paraissent  pas  en 
état  de  le  fournir. 

On  annonce  que  le  château  veut  brûler  les  maisons  Gasner, 
Klopfiteiii  et  Lapostolet,  occupées  par  l'ennemi. 

On  doit  abattre  aujourd'hui  les  chevaux  amenés  par  les 


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116  ttiSVtnB  D*AIJ9A0B 

soldats  du  train  qui  font  le  service  de  l'artillerie,  et  les 
employer  à  la  subsistance  de  la  garnison.  Les  chevaux  sont 
au  nombre  d'environ  quarante,  après  quoi  il  restera  une 
trentaine  de  chevaux  du  14*  régiment  de  chasseurs.  D  n'y  a 
plus  de  viande  chez  aucun  boucher.  Le  dernier  mouton  que 
noQS  avons  eu,  a  coûté  75  centimes  la  livre. 

18  JAirnBR.  —  Nuit  et  journée  tranquilles.  Vingt-cinq  fan- 
tassins piémontais  ont  déserté  pendant  la  nuit.  La  mauvaise 
nourriture,  la  btigue,  le  dégel  et  la  pluie  augmentent  le 
nombre  des  malades.  A  10  heures  est  arrivé  un  parlemen- 
taire ennemi,  ofiBcier  du  génie.  Il  est  entré  en  ville  les  yeux 
bandés,  et  a  été  conduit  chez  le  commandant,  où  il  a  dîné. 
La  musique  du  6S*  lui  a  donné  des  sérénades.  Il  est  reparti 
à  5  heures.  On  est  bien  impatient  d'apprendre  ce  qui  a  été 
conclu  avec  lui. 

On  répand  que  le  quartier  général  ennemi  est  à  Langres; 
que  les  troupes  passées  et  passantes  sont  en  très  grand 
nombre;  que  sur  la  route,  les  habitants  ont  chaque  jour  jus- 
qu'à quarante  hommes  à  loger  par  maison.  Les  troupes 
quittent  la  grande  route  à  Pérouse  pour  éviter  le  canon  du 
château,  et  passer,  les  unes  vers  Offemont  pour  gagner  le 
Yaldoie,  Gravanche  et  Essert,  et  les  autres  derrière  le  bois 
de  la  Perche  pour  arriver  au  même  point  par  Danjoutin  et 
Bavjlliers,  d'autres  encore  par  le  canton  de  Délie. 

On  dit  qu'il  y  a  un  autre  passage  de  troupes  et  d'artillerie 
par  la  vallée  de  Saint-Âmarin  et  le  département  des  Yosgee. 

On  dit  que  beaucoup  de  troupes  ont  passé  par  Giromagny, 
et  ont  pris  la  route  d'Auxelles-Bas  pour  se  porter  en  avant 
par  Ronchamp. 

Les  bruits  varient  sur  l'objet  de  l'entrée  du  parlementaire. 
Les  uns  disent  qu'il  est  venu  engager  le  commandant  à  ne 
pas  brûler  les  maisons  Gasner,  Klop&tein  et  Lapostolet  en 
promettant  qu'il  ne  serait  pas  tiré  sur  la  ville;  d'autres,  qu'il 


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us  BLOCUS  KT  LB  BlAOK  DE  BBLFORT  EN  1814       117 

est  yenn  pour  reprendre  les  conférences  du  premier  projet 
de  la  capitulation.  On  ne  sait  rien  de  positif. 

Il  a  dû  annoncer  que  les  alliés  avaient  Mt  sauter  le  châ- 
teau de  Blamont;  qu'ils  étaient  en  possession  de  Genëye; 
que  les  habitants  de  Langres  ayant  voulu  opposer  de  la  résis- 
tance, avaient  été  traités  rigoureusement;  que  Farmée  mar- 
chait en  avant,  et  qu'une  grande  bataille  déciderait  incessam- 
ment du  sort  de  la  France. 

19  Janvier.  —  Aucun  bruit  pendant  la  nuit.  La  pluie  et  le 
dégel  continuent.  On  a  vu  une  multitude  de  voitures  et 
transports  d'artillerie  couvrii'  la  route  de  Danjoutin  jusqu'au 
chemin  de  Bavilliers.  Beaucoup  étaient  arrêtées  et  dételées. 
Le  chemin  de  traverse  de  Bavilliers  est  tellement  rompu,  que 
l'ennemi  est  obligé  de  doubler  l'attelage. 

20  Janvier.  —  Môme  calme  pendant  la  nuit.  J'ai  vu  Issen- 
si^hmid,  d'Ëssert,  revenant  de  Giromagny.  Il  nous  a  confirmé 
le  passage  des  alliés  par  Giromagny  depuis  Les  Errues;  il 
nous  a  même  assuré  que  les  gardes  impériales  prenaient 
cette  route  et  devaient  défiler  aujourd'hui  ou  demain. 

Le  commandant  a  reçu  hier  soir  une  nouvelle  sommation 
de  rendre  la  place;  il  y  a  été  répondu  négativement,  à  ce 
qu'on  assure. 

On  aperçoit  des  mouvements  et  des  transports  de  muni- 
tions par  caissons  dans  les  batteries  ennemies.  Le  château  a 
tiré  une  quinzaine  de  coups  de  canon,  bombes  et  obus,  sur  les 
batteries  dans  l'après-midi.  Nous  craignons  que  la  nuit  ne 
soit  pas  tranquille. 

Le  passage  des  convois  d'artillerie,  voitures  bâchées  et 
même  de  carrosses,  n'a  pas  discontinué  aujourd'hui  de  Dan- 
joutin à  Bavilliers.  Je  suis  sorti  aujourd'hui  de  la  ville  pour 
la  première  fois  depuis  le  blocus.  J'ai  vu  le  faubourg  de 
France  et  le  Fourneau  fort  tristes  et  presque  déserts. 


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118  BEVOT  D'aLRAOB 

21  Janvier.  —  Contre  notre  attente,  la  nuit  a  été  tranquille 
Vers  7  heures  du  eoir,  une  sentinelle,  placée  à  la  porte  de 
Brisacb,  avait  donné  une  fiiusse  alerte',  de  là  quelques  coups 
de  canon  et  de  fusil  tirés  au  hasard. 

Rien  de  remarquable  dans  la  journée.  La  gelée  a  repris. 

22  Janvier.  —  Nuit  très  calme;  le  froid  est  vif  et  le  temps 
serein.  On  voit  des  fourgons  et  convois  ennemis  sur  la  route 
de  Danjoutin. 

28  Janvdsr.  —  Rien  de  nouveau.  On  prétend  que  la  garni- 
son est  réduite  à  1,100  hommes  efiectifis  parla  mort,  maladie 
et  désertion.  On  a  aussi  répandu  le  bruit  que  la  ville  de 
Besançon  était  rendue,  mais  que  la  citadelle  tenait;  que  les 
empereurs  de  Russie,  d'Autriche  et  le  roi  de  Prusse  avaient 


24  Janvier.  —  La  nuit  a  été  fort  tranquille.  Le  matin«  le 
chftteau  a  tiré  deux  coups  de  canon.  On  dit  qu'il  continue  à 
passer  de  Danjoutin  à  Bavilliers  beaucoup  de  cavalerie.  Nous 
avons  quitté  pour  la  troisième  fois  le  magasin  à  poudre  en  y 
réservant  notre  place  et  y  laissant  nos  bois  de  lit.  Pouvons-nous 
espérer  de  n'être  pas  obligés  d'y  retourner?  Voilà  trente-un 
jours  de  blocus;  combien  durera-t-il  encore? 

On  a  entendu  ou  cru  entendre  de  la  canonnade  et  de  la  fusil- 
lade du  côté  de  Lure;  plusieurs  personnes  m'ont  assuré  avoir 
entendu  lire  une  proclamation  du  commandant  de  place 
qui  exhorte  à  la  patience,  au  courage,  et  tait  espérer  un  pro- 
chain secours  Bien  des  gens  n'en  attendent  plus,  et  croient 
que  les  bruits  de  la  proclamation  sont  des  moyens  imaginés 
pour  arrêter  la  désertion  qui  continue. 

26  Janvier. —  Nuit  tranquille.  On  assure  que  les  canonnades 
et  fusillades  continuent.  A  supposer  que  cela  soit  vrai,  je  l'attri- 
bue à  toute  autre  cause  qu'à  cette  prétendue  arrivée  de  secours. 
Les  ennemis  font  peut-être  l'exercice  à  feu  ;  ils  peuvent  célébrer 
quelques  réjouissances  sur  l'arrivée  de  leur  souverain;  on  peut 


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LE  BLOCUS  XT  LE  SIÈGE  DE  BBLFORT  EN  1814       119 

entendre  d'ici  le  canon  de  Besançon;  celui  d'Haningue,  répété 
par  récho,  peut  paraître  tiré  d'un  côté  opposé.  Des  membres  du 
Ck)nseil  municipal  ont  parcouru  aujourd'hui  les  maisons  pour 
recevoir  les  souscriptions  volontaires  des  personne^  qui  vou- 
dront venir  au  secours  des  indigents.  La  contribution  court 
depuis  le  dimanche  28  ;  on  paie  tous  les  cinq  jours  et  d'avance. 

26  Janvier.  —  Nuit  tranquille.  On  a  vu  dans  la  matinée, 
sur  le  chemin  de  Danjoutin,  la  marche  rétrograde  de  quelques 
caissons  d'artillerie.  Nous  avons  su,  par  un  homme  venu  de 
Giromagny,  que  tout  y  était  tranquille;  qu'il  n'y  passait  plus 
de  troupes  depuis  quelques  jours;  que  les  denrées  y  sont  aux 
prix  anciens.  Il  est  encore  question  de  faire  évacuer  par  les 
habitants  le  magasin  à  poudre,  pour  y  mettre  les  malades.  Il 
nous  reste  beaucoup  d'inquiétude  au  sujet  du  peu  de  subsis- 
tances, que  nous  craignons  de  nous  voir  enlever.  On  parlait 
encore  d'un  emprunt  forcé  pour  payer  la  solde  militaire;  mais 
je  crois  qu'on  commencera  par  faire  payer  les  contributions 
encore  dues  sur  1818,  des  acomptes  sur  1814^  et  tout  ce  qui 
peut  rester  en  arrière  des  divers  impôts  et  des  revenus  de  la 
ville.  En  général,  le  présent  et  plus  encore  l'avenir  ne  me 
présentent  que  des  idées  effrayantes.  Nous  sommes  tranquil- 
lisés par  M.  Emon  sur  divers  bruits  annonçant  de  nouvelles 
attaques  sur  la  ville. 

27  Janvier.  —  Le  château  a  tiré  dans  la  matinée  beau- 
coup de  coups  de  canon,  bombes  et  obus.  Le  feu  protégeait 
une  sortie  de  la  garnison  faite  pour  prendi'e  des  vivres  dans 
la  ferme  de  M.  Gasner,  provenant  des  Schuller.  On  a  ramené 
deux  vaches,  des  grains  pris  chez  Joseph  Klopfstein,  et 
deux  sacs  appartenant  aux  soldats  ennemis,  qui  ont  pris  la 
fuite  au  nombre  de  sept.  Mais  ensuite  l'ennemi  ayant  paru 
ep  force,  le  détachement  s'est  retiré. 

28  Janvier.  —  â  1  heure  de  l'après-midi,  un  obus  a  frappé 
la  maison  de  M.  Gunin,  est  tombé  dans  la  rue  et  a  éclaté  en 


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120  BEVIJE  D'ALSAOB 

renversant  un  soldat,  qui  n'a  pas  été  blessé.  Encore  plusieurs 
autres  sont  tombés  sur  la  ville.  Le  feu  est  occasionné  par  la 
crainte  d'une  sortie. 

29  Janvier.  —  La  garnison,  au  nombre  de  six  cents  hommes 
d'infanterie,  trente  hommes  de  cavalerie,  treize  pièces  de 
campagne,  a  fait  une  sortie.  Les  troupes  se  sont  portées  vers 
la  maison  de  M.  Gasner,  et  ont  trouvé  les  batteries  vides  sur 
le  chemin  d'Essert  et  la  ferme  de  Schuller.  Partout  l'ennemi, 
peu  nontibreux,  s'est  retiré  dabord,  ensuite  il  est  revenu  en 
force.  La  fusillade  a  été  très  vive;  l'ennemi  n'a  pas  montré 
de  cavalerie;  il  a  ensuite  fait  feu  avec  quelques  pièces  de 
campagne  amenées  de  BaviUiers  à  Ëssert.  Le  chftteau  a  beau- 
coup tiré.  La  garnison  a  mis  le  feu  à  la  maison  et  à  la  grange 
de  Jacques  Elopfetein;  elle  a  ramené  une  trentaine  de  vaches, 
des  cochons,  des  volailles  et  des  denrées.  Elle  a  perdu  une 
quarantaine  d'hommes  tués  et  blessés;  elle  a  fiait  une  dou- 
zaine de  prisonniers.  On  dit  que  quelques  hommes  de  la 
garnison  se  sont  livrés  au  pillage  de  linge  et  argent  dans  les 
maisons  du  faubourg. 

30  Janvier.  —  La  nuit  et  la  journée,  il  ne  s^est  rien  pré- 
senté de  remarquable. 

81  Janvier.  —  Même  situation.  On  annonce  que  la  garnison 
fera  une  nouvelle  sortie  demain,  et  que  tous  les  chevaux  de 
trait  et  chariots  sont  commandés. 

l**  Février.  —  La  nuit  a  été  tranquille.  Plusieurs  per- 
sonnes ont  reçu  par  la  voie  de  Fennemi  des  lettres  de  nos 
concitoyens  réfugiés  à  Yesoui  et  à  Lure.  Elles  annoncent 
qu'un  officier  russe  les  a  accompagnés  depuis  Langres,  d'où  la 
plupart  étaient  allés  jusqu'à  Vesoul,  et  se  louaient  de  cet  offi- 
cier. M.  Réchoux  mande  à  M.  Haas  qu'il  feut  prendre  courage 
et  que  nous  serons  bientôt  réunis.  L'officier  ennemi,  qui  a 
apporté  ces  lettres  jusqu'aux  avant-postes  firançais,  a  dû  dire 
que  sous  peu  de  jours  la  paix  serait  annoncée.  La  sortie  n'a 


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LB  BL0008  BT  LB  SIÉ6B  DB  BELFOBT  EN  1814  1S21 

pis  été  fiiite.  Dans  Taprès-midi  le  château  a  tiré  sept  coups 
de  canon  sur  la  batterie  de  Pérouse,  où  l'on  voyait  des  tra- 
▼ailleurs. 

S  Févribr.  ~  La  nuit  et  la  journée  tranquilles,  sans  évé- 
nements ranarquables.  A  10  heures  du  soir  on  a  crié  au  feu 
et  battu  la  géuérale.  Le  feu  avait  été  mis  méchamment  à 
rhôtel-de-ville;  dans  les  coulisses  de  la  salle  de  spectacle,  on 
a  cherché  à  persuader  que  c*était  un  complot  de  Tennemi, 
qui  aurait,  durant  llncendie,  pu  tenter  un  coup  de  main. 
Mais  d'autres  personnes  ont  soupçonné  que  cette  méchanceté 
avait  d'autres  motife.  Le  feu  a  bientôt  été  éteint. 

8  FÉVRIER.  —  Il  y  a  quelques  jours  que  le  petit  Rameau, 
étant  allé  avec  sa  mère  dans  la  maison  de  son  grand'père 
(maison  Lebleu),  accompagné  d'un  caporal  ennemi,  celui-ci  a 
demandé  pourboire  et  a  obtenu  8  francs.  Il  a  demandé  quelle 
heure  il  était,  et  le  jeune  homme  ayant  tiré  sa  montre  d'argent, 
le  caporal  la  demanda  à  emporter  jusqu'à  4  heures,  promet- 
tant de  la  rendre  sous  parole  d'honneur.  Cette  montre  d'argent 
ayant  été  ensuite  inutilement  réclamée,  M""*  Rameau  en  a 
écrit  au  général  ennemi  à  Bavilliers,  et  j'ai  vu  la  lettre  en 
réponse  datée  du  2,  par  laquelle  le  général,  en  lui  renvoyant 
la  montre  et  même  les  8  francs,  la  remercie  de  lui  avoir  pro- 
curé l'occasion  d'exercer  la  discipline  qui  doit  distinguer  les 
troupes  alliées.  Réception  de  divers  bulletins  annonçant 
bataille  à  Bar-sur-Âube  et  perte  de  2,000  Français.  Lyon 
occupé  par  les  alliés.  Le  duc  d'Ângouléme  à  Bflle,  coureurs 
ennemis  sous  les  murs  de  Paris. 

4  Février.  —  Nuit  et  journée  tranquilles.  L'officier  du 
génie  arrivé  en  parlementaire  le  18  janvier,  est  revenu 
aujourd'hui  à  10  heures.  Introduit  les  yeux  bandés  chez  le 
commandant,  il  en  est  reparti  à  5  heures  du  soir.  Une  heure 
après  un  autre  envoyé  est  venu  rechercher  un  papier  oublié 
par  le  premier. 


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123  REVUE  D* ALSACE 

5  FÉVRIER.  —  Rien  de  nouveau  que  le  bruit  que  les  alliés 
sont  près  de  Paris,  et  que  le  parlementaire  d'hier  en  est  venu 
annoncer  la  nouvelle  au  commandant. 

6  FÉVRIER.  —  MM.  Emon,  Tcard  et  quelques  officiers  de  la 
garnison  sont  allés  à  midi  dîner  avec  Tofficier  du  génie  parle-  { 
mentaire  chez  M.  Gasner,  sur  la  route  de  Bavilliers.  On  i 
conjecture  qu'il  n'est  plus  question,  pour  la  reddition  des  { 
ville  et  chftteau  de  Belfort,  que  du  plus  ou  moins  d'avantages 

pour  la  garnison  dans  les  conditions  de  la  capitulation.  Le 
pain  bis  se  vend  1  franc  la  livre.  Les  autres  denrées  sont 
rares  et  à  un  prix  exorbitant 

7  FÉVRIER.  —  Dénonciation  faite  contre  moi,  chez  le  com- 
mandant, de  vingt  à  trente  sacs  de  blé  cachés;  visite  rigou- 
reuse et  ouverture  du  caveau;  il  n'y  a  rien  été  trouvé. 

8  Févrusr.  —  Rien  de  remarquable. 

9  Février.  —  Mise  en  réquisition  de  SOO  à  400  sacs 
d'avoine  chez  le  sieur  Bely  et  C*,  au  faubourg,  et  de  vins  chez 
diSërents  marchands. 

10  Février.  —  Assemblée  de  boulangers,  qui  ont  promis 
douze  sacs  de  blé  pour  éviter  les  visites  domiciliaires. 

i  1  Février.  —  Le  château  a  tiré  six  ou  sept  coups  de  canon 
pendant  la  nuit;  on  dit  que  l'ennemi  travaille  à  ses  batteries. 

1 2  Février.  —  Une  fusillade  entre  les  postes,  sur  les  rochers, 
s'est  fait  entendre  depuis  minuit;  dans  la  matinée,  le  ch&teau 
a  tiré  plusieurs  coups  de  ce  côté. 

18  Février.  —  Â  10  heures  du  matin,  la  garnison  a  fait  une 
sortie  au  nombre  d'environ  600  hommes  d'infanterie,  42  chas- 
seurs, 8  pièces  de  campagne  et  des  travailleurs.  On  s'est  dirigé 
principalement  sur  Danjoutin,  d'où  l'on  a  ramené  quelques 
sacs  de  grains  et  de  fiirine,  une  paire  de  bœu6,  quelques 
vaches,  veaux  et  moutons.  Une  seconde  voiture  de  fiirine 
est  restée  en  route,  parce  que  les  chevaux  avaient  été  tués 


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LE  BLOCUS  KT  LB  BIÉaB  DB  BELFORT  EN  1814       123 

par  un  obus.  Un  autre  détachement  s'est  porté  sur  le  chemin 
de  Pérouse,  mais  n'est  pas  entré  au  village.  On  a  ramené 
une  trentaine  de  prisonniers.  Nous  avons  perdu  quarante 
blessés  et  autant  de  tués  et  de  prisonniers.  Tout  était  rentré 
à  i  heure.  Le  château  a  tiré  environ  trois  cents  coups. 

Un  nommé  Barbarot,  demeurant  au  Fourneau,  soldat  du 
6S%  a  été  tué  d'un  boulet.  Le  sieur  Houssel  a  reçu  une  balle 
à  l'épaule.  Tous  deux  étaient  allés  par  dissipation  ou  curio- 
sité. 

14  Février.  —  Nuit  tranquille;  rien  de  remarquable  dans 
la  journée. 

16  Février.  —  Il  entrait  dans  le  projet  du  commandant  de 
soumettre  les  habitants  à  un  impôt  en  argent  sous  le  nom 
d'emprunt.  A  cet  effet,  il  a  invité  le  maire  à  lui  fournir 
8,600  francs  pour  donner  à  la  garnison  un  acompte  sur  la 
solde. 

Le  Conseil  municipal  a  délibéré  et  a  nommé  des  commis- 
sions pour  visiter  les  caisses  publiques. 

Ces  mesures  ne  produisaient  rien  ;  on  en  est  venu  à  la  suite 
légitime,  qui  consiste  à  fiiire  payer  l'arriéré  des  contributions 
de  1818,  et  les  contribuables  ont  été  sommés  à  son  de  trompe 
de  les  acquitter. 

Dîné  chez  Dauphin. 

On  fabrique  du  pain  composé  moitié  d'avoine,  et  on  annonce 
que  cette  ressource  permettra  à  la  garnison  de  tenir  encore 
un  mois.  La  ration  est  de  8  onces  de  pain,  S  onces  de  riz  ou 
gruau  d'avoine,  2  onces  de  viande  (celle-ci  est  remplacée  par 
un  peu  d'huile)  et  un  demi-litre  de  vin. 

16  FÉVRIER.  —  Rien  de  remarquable.  À  8  heures  du  soir 
on  a  mis  pour  la  seconde  fois  le  feu  à  l'hôtel-de- ville,  qui  fut 
aussitôt  éteint. 

17  FÉVRIER.  -—  Calme  parfait.  Visites  domiciliaires  et  enlè- 
vement de  blé  et  d'avoine  chez  quelques  propriétaires. 


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1<M  BEVUE  D*ALBAGB 

18  FimiBR.  —  Tranquillité  parfidte.  Beaucoup  de  fausses 
nouvelles  se  répandent.  Il  est  passé  hier  quarante  pièces  de 
canon  ennemies  par  Sermamagny  et  Lachapelle,  allant  en 
avant.  Le  passage  des  ennemis  est  continuel. 

20  Février.  —  Calme  parfait.  Le  maire  a  convoqué  les  plus 
imposés  des  habitants  pour  aviser  aux  moyens  de  fournir  au 
commandant  3,600  francs  qu'il  demande  pour  cinq  jours  de 
solde  aux  militaires.  On  a  nommé  une  commission  composée 
de  MM.  Georges,  Guenin  et  moi,  pour  vérifier  la  situation  de 
caisse  du  receveur  de  la  commune;  il  a  été  reconnu  qu'en 
argent  comptant  et  en  cote  de  contributions  de  1818  qui  peut 
être  exigée,  il  y  avait  au  delà  de  8,600  francs. 

il  Février.  —  Nuit  tranquille,  malgré  la  fausse  annonce 
d'un  bombardement. 

22  Février.  —  Nuit  calme.  Le  château  a  tiré  quelques 
coups  de  canon  sur  des  convois  et  troupes  passant  de  Dan- 
joutin  à  Bavilliers. 

28  Février.  —  Deux  coups  de  canon  pendant  la  nuit.  On 
abat  les  arbres  de  la  promenade  de  la  grande  place  pour 
donner  le  bois  aux  indigents. 

24  Février.  —  Convocation  de  cinquante-cinq  des  plus 
imposés;  peu  s'y  trouvent,  et  la  demande  du  commandant  en 
secours  n'a  aucun  résultat.  La  mortalité  et  la  désertion 
réduisent  la  garnison  à  800  hommes. 

25  Février.  —  Quelques  coups  de  canon  tirés  sur  des 
troupes  et  convois  entre  Danjoutin  et  Bavilliers;  fusillade 
entre  les  avant-postes,  près  de  la  forge. 

26  et  27  Février.  —  Rîen  de  remarquable. 

28  Février.  —  Fausses  nouvelles  non  accréditées. 

1^  Mars.  —  L'état-major  a  vendu  des  bois  en  gros  qui 
avaient  été  amenés  sur  les  glacis  pour  palissader  la  place. 


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LB  BLOCUS  BT  LE  SIAgB  DB  BBLFORT  BK  1814       1S5 

2  Mâbs.  —  Une  pièce  de  24  surchargée  a  crevé;  plusieurs 
coups  de  canon  sur  les  convois  de  Danjoutin  à  Bayilliers. 

5  Mars.  —  Invitation  à  son  de  trompe  à  tous  les  habitants 
de  déclarer  à  la  mairie  la  quantité  de  vin  qu'ils  ont,  sous 
peine  de  visites  domiciliaires.  Cette  démarche  répand  l'épou- 
vante. On  est  prêt  à  manquer  de  tout,  exposé  à  se  voir  arra- 
cher les  dernières  ressources. 

La  viande  se  vend  26  sous  la  livre,  le  cheval  8  sous. 

4  Mars.  —  On  a  mis  en  réquisition  environ  150  mesures 
de  vin  chez  divers  négociants.  On  parle  de  Tincendie  de 
Troyes. 

B  Mars.  —  Rien  de  nouveau,  à  l'exception  de  quelques 
coups  de  canon  tirés  au  château.  On  a  saisi  neuf  ou  dix  sacs 
d'avoine  chez  le  sieur  Baume. 

6  Mars.  —  Quelques  personnes  ont  reçu  la  pièce  suivante 
imprimée  : 

•  NùuceUes  offideUes  de  Fartnée.  —  Le  24  février,  le 
maréchal  BlQcher,  avec  l'armée  de  Silésie,  a  passé  l'Aube  à 
Baudemont.  Le  maréchal  Marmont,  battu  le  même  jour,  a  été 
repoussé  de  Sézanne  sur  la  Ferté-sous-Jouarre.  Le  maréchal 
Bltlcher  est  arrivé  le  27  avec  son  armée  à  la  Ferté-sous- 
Jouarre,  où  il  s'est  réuni  avec  une  partie  de  celle  du  Nord. 
Cette  armée,  que  l'empereur  Napoléon  a  dit  détruite,  est  forte 
de  plus  de  200,000  hommes.  Elle  marche  par  Meaux  direc- 
tement sur  Paris.  Le  feld-marécbal  commandant  en  chef,  le 
prince  de  Schwarzenberg,  après  avoir  eu  de  nouveaux  succès, 
est  toujours  à  la  poursuite  de  l'armée  française.  » 

On  travaille  â  retenir  l'eau  de  la  grande  rivière  pour  la 
reverser  dans  le  canal  de  la  ville,  et  obtenir  par  là  le  roule- 
ment du  moulin.  On  a  construit  des  moulins  à  chevaux  dans 
le  hangar  placé  sur  la  rampe  du  château  ;  ces  entreprises  ne 
peuvent  avoir  des  résultats  avantageux,  et  rappellent  le  tort 
que  l'on  a  eu  de  brûler  le  moulin  neuf. 


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126  KBVxm  d'alsagb 

On  espère,  des  suites  d'une  explication  qui  a  eu  lieu 
aujourd'hui  entre  le  commandant  et  M.  Parrot,  procureur 
impérial,  qu'il  n^y  aura  plus  de  visites  domiciliaires  chez  les 
habitants  non  marchands  de  subsistances.  Ce  dernier  lui  a 
démontré,  le  décret  du  24  décembre  1811  à  la  main,  que 
celles  qu'il  avait  ordonnées  et  les  enlèvements  de  denrées 
étaient  illégales,  vexatoires  et  punissables. 

7  Mars.  —  Les  nouvelles  arrivées  hier  se  répandent  et 
sont  crues  authentiques. 

8  Mass.  —  Vers  8  heures  après-midi,  un  parlementaire  a 
apporté  une  dépêche  au  commandant,  n  n'a  pas  été  fait  de 
réponse  aujourd'hui.  On  a  fait  entrer  en  ville  tous  les  che- 
vaux du  fauboui^  et  saisi  les  avoines  de  M , 

maître  de  poste. 

9  Mars.  —  Circulaire  et  invitation  du  commandant  aux 
habitants  les  plus  aisés  de  verser  chez  M.  Haas,  receveur  de 
l'arrondissement,  les  uns  200  francs,  les  autres  plus  ou  moins  ; 
total  6,000  francs,  desUnés,  dit  la  lettre,  à  augmenter  la  ration 
du  soldat.  Le  tout  à  compte  des  contributions  de  1814.  J'étais 
invité  pour  200  francs. 

M.  Malesherbes,  officier  au  14'  chasseurs  à  cheval,  de  ser- 
vice à  l'artillerie  du  château,  a  disparu  la  nuit  dernière.  Les 
uns  disent  qu'il  a  déserté;  d'autres  disent,  avec  plus  de  vrai- 
semblance, que  la  dépêche  apportée  hier  par  un  parlemen- 
taire et  que  l'on  a  dit  au  public  ne  contenir  que  la  demande 
de  trois  jeunes  Juifé,  renfermait  aussi  des  nouvelles  très 
importantes  et  décisives,  que  l'ennemi  a  proposé  au  com- 
mandant de  faire  vérifier  par  un  officier  qui,  muni  de  son 
passeport,  avait  la  fiiculté  d'aller  aux  informations  en  traver- 
sant les  lignes  du  blocus;  que  le  commandant,  acceptant  cette 
offre,  a  fait  partir  M.  Malesherbes.  Les  trois  jeunes  Juifis  ont 
été  conduits  aux  avant-postes  autrichiens. 

10  Mars.  —  J'ai  réponda  à  M   le  commandant  et  lui  ai 


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LE  BLOOUB  BT  Lfi  SIÉGS  Dfi  BBLFORT  EN  1814  là? 

manifesté  Timpossibilité  absolue  de  rien  payer  sur  mes  con- 
tributions de  1814,  tant  que  durera  le  blocus. 

Un  officier  du  81'  régiment  de  ligne  et  sept  soldats  ont  déserté 
la  nuit  dernière.  —  On  travaille  à  une  saignée  qui  doit  con- 
doire,  de  la  rivière,  des  eaux  dans  le  canal  de  la  ville;  sous 
Touvrage  à  corne;  Fennemi  tire  des  coups  de  fusil  sur  les 
travailleurs,  qui  sont  des  gens  de  corvée.  Le  château  les 
protège  par  quelques  coups  de  canon.  L'état-major  continue 
la  vente  commencée  il  y  a  quelques  jours,  des  chène^i  et 
sapins  amenés  sur  le  glacis  avant  le  blocus  pour  palissader 
la  place  ;  ils  les  donnent  à  vil  prix. 

11  Mars.  —  On  a  placé  une  pièce  de  12  sur  l'ouvrage  à 
corne,  pour  protéger  le  travail  qui  doit  donner  de  Teau  au 
canal.  Nous  avons  fait  une  promenade  au  château,  pour  voir 
la  vente  des  bois. 

12  Mars.  —  La  batterie  du  Trou-du-Renard  a  lancé,  vers 
7  heures  du  matin,  quarante  obus  sur  la  hauteur  de  la  po- 
tence. On  présume,  d'après  la  démolition  des  baraques  brûlées 
dans  un  jardin  du  faubourg  de  Brisach,  démolition  à  laquelle 
des  hommes  de  corvée  sont  journellement  occupés,  que  la  gar- 
nison, affaiblie  par  la  mort  et  la  désertion  journalière,  ne 
tardera  pas  à  abandonner  les  postes  extérieurs.  La  ration  de 
vin  est  diminuée  de  moitié  :  un  litre  pour  quatre  hommes.  Les 
moulins  a  chevaux  et  à  bras  ne  fournissent  que  cinq  sacs  et 
demi  par  jour.  A  8  heures  de  l'après-midi,  l'officier  du  génie 
qui  est  déjà  venu  deux  fois  en  parlementaire,  après  avoir  fait 
demander  une  heure  au  commandant,  est  arrivé  et  a  été 
conduit  en  ville  les  yeux  bandés.  Il  est  reparti  à  6  heures. 
On  dit  qu'il  était  venu  l'inviter  à  rendre  la  place  et  à  proposer 
une  capitulation  en  faisant  sentir  que  la  garnison  et  les  habi- 
tants, réduits  aux  extrémités,  seraient  encore  obligés  d'at- 
tendre en  état  de  blocus  la  ratification  de  la  capitulation 


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128  BBVntt  D*At8AGB 

pendant  huit  jours.  Le  Conseil  de  défense  a  remis  au  lende- 
main la  réponse. 

18  Mars.  —  Deux  obus,  l'un  lancé  à  10  heures  du  soir, 
Tautre  à  6  heures  du  matin,  partis  du  château,  et  une  fusillade 
entre  les  avant-postes,  ont  fait  présumer  que  la  réponse  du 
Conseil  était  négative.  En  effet,  on  dit  qu'elle  arait  été  envoyée 
sur  ce  pied  au  général  ennemi,  yenu  pour  la  recevoir  dans  la 
maison  Gasner. 

14  Mars.  —  On  a  commencé  la  vente  des  tabacs  de  l'en- 
trepôt. Celui  en  poudre,  de  première  qualité,  a  été  adjugé 
de  12  à  16  francs.  Lies  citoyens  les  plus  notables  de  In  ville 
sont  convoqués  en  grand  nombre  pour  demain^  10  heures,  à 
la  demande  du  commandant  On  présume  qu'il  sera  fait  à 
cette  assemblée,  par  le  Conseil  de  défense,  qui  doit  y  assister, 
une  nouvelle  demande  de  fonds.  Le  chftteau  lance  des  obus 
et  des  boulets  dès  le  matin.     ^ 

15  Mars.  —  Le  résultat  de  l'assemblée  a  été  de  payer  le 
premier  quart  des  impositions  de  cette  année  entre  les  mains 
de  commissaires  nommés  par  les  habitants,  pour  être  employé 
à  l'achat  de  subsistances  distribuées  tant  à  la  garnison 
qu'aux  habitants  pauvres.  Il  reste  à  savoir  si  ce  paiement  à 
des  receveurs  illégalement  nommés,  libérera  valablement  les 
contribuables. 

Le  chftteau  a  continué  son  feu,  et  le  canon  placé  sur  Fou- 
vrage  à  corne  a  tiré  toute  l'après-midi  sur  les  ennemis,  infan- 
terie et  cavalerie,  qui  se  montraient  entre  Gravanche  et  la 
Forge.  Pendant  la  nuit,  l'ennemi  a  lancé  des  obus  et  boulets 
sur  la  ville  ;  le  faubourg  a  beaucoup  souffert,  et  l'on  craint 
que  ce  soit  un  prélude  pour  la  nuit  prochaine. 

16  Mars.  —  Journée  tranquille,  à  l'exception  de  quelques 
fusillades  entre  les  avant-postes. 

17  Mars.  —  Contre  notre  attente,  la  nuit  a  été  tranquille; 
il  parait  que  le  bombardement  de  l'avant-demière  nuit  a  été 


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LB  BL00C8  XT  LB  6IÉGB  DB  BBLFOBT  BN  1814       129 

attiré  par  les  provocations  et  les  railleries  aussi  indécentes 
qa'inQtiles  de  mardi.  On  accuse  le  commandant  Labombar- 
diëre  d'être  monté  sur  Taffût  d'une  pièce  de  4,  près  la 
chapelle  de  Lorette,  d'avoir  provoqué  Tennemi  du  geste  et  de 
la  voix,  et,  pour  lui  fiiire  croire  que  les  bourgeois  prenaient 
part  à  la  défense  de  la  place,  d'avoir  crié  :  <  Courage,  braves 
habitants  de  Belfort,  ne  craignez  pas  ces  cochons,  ces  coquins, 
etc.  •  >  On  dit  aussi  que  le  château  a  beaucoup  tiré  sur  le 
général  ennemi,  qui  faisait  à  cheval  une  tournée  près  des 
avant-postes,  du  côté  de  Gravanche. 

18  Mars.  —  A  une  heure  après  minuit,  le  canon  s'est  fait 
entendre  et  a  répandu  Talarme.  L'ennemi  a  tiré  une  vingtaine 
de  coups  de  canon  et  d'obusier,  depuis  les  bains  de  la  Forge, 
sur  la  pièce  de  l'ouvrage  à  corne,  dans  le  dessein  de  la 
démonter,  n  n'a  pas  atteint  son  but.  Le  chftteau  a  beaucoup 
tiré.  Les  obus  et  les  boulets  de  l'ennemi  sont  tombés  au  Four- 
Dean  et  au  Faubourg. 

On  a  beaucoup  travaillé  au  batardeau,  par  lequel  on  espère 
donner  de  l'eau  au  moulin.  Les  ouvriers  étaient  protégés  par 
des  troupes  et  par  deux  pièces  de  4  disposées  près  du  jardin 
de  M.  Jobect,  à  VE^^anee.  Le  feu  n'a  pas  discontinué  toute 
la  journée. 

On  a  vu  dans  la  matinée  un  piquet  de  cavalerie  et  un 
peloton  d'infanterie  entre  Ëssert  et  Gravanche.  On  assure  que 
des  bulletins  ennemis  annoncent  la  défaite  complète  de  Mar- 
mont  et  de  Bonaparte,  qui  avait  eu  quelques  succès  les 
premiers  jours  du  mois.  Les  sentinelles  ennemies  ont  crié 

toute  la  journée:  <  M pour  Bonaparte!  etc.  Mangeurs 

de  cheval,  venez  chercher  du  pain  1  » 

Quelqu'un  qui  se  dit  bien  informé,  assure  que  les  subsis- 
tances ne  peuvent  pas  atteindre  le  81  mars. 

19  Mars.  —  On  a  achevé  le  batardeau  qui  doit  verser  les 
eaux  de  la  rivière  dans  le  canal  ;  le  soir,    l'eau  est  en  effet 

Nouvelle  Série  —  4«  Annéi*  «^ 


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130  RBYnB  d'alsacb 

arrivée  en  Tille,  et  le  moulin  a  été  mis  en  mouvement  Mais, 
à  8  heures  du  soir,  ce  travail,  mal  conçu  et  sans  solidité,  a 
été  détruit  en  un  instant  par  Tirruption  des  eaux.  On  s'est 
mis  aussitôt  à  réparer^  mais  cet  établissement  à  la  légère  et 
sans  principe  ne  peut  se  soutenir.  Les  travailleurs  sont  tou- 
jours protégés  par  Tartillerie  et  l'infanterie. 

20  Mars.  —  Il  a  été  envoyé,  dans  la  matinée,  un  message 
au  général  ennemi.  La  réponse  est  arrivée  aussitôt.  A  Tinstant 
on  a  donné  Tordre  de  cesser  toute  hostilité  et  tous  travaux, 
notamment  ceux  du  batardeau.  Il  paraît  que  le  Conseil  de 
défense  veut  enfin  proposer  une  capitulation.  La  garnison  a 
été  passée  en  revue  par  M.  le  colonel  Kail.  Vers  8  heures, 
M.  Emon  et  le  colonel  sont  partis  pour  BaviUiers  ;  ils  ont 
laissé  leur  voiture  aux  avant-postes,  et  ont  continué  leur  route 
dans  celle  du  général  ennemi,  envoyée  pour  les  recevoir. 

21  Mars.  —  Il  y  a  espoir  de  succès  dans  les  négociations.  On 
renvoie  à  Tennemi,  sans  condition,  les  prisonniers  faits  dans 
les  sorties.  Ils  sont  partis  à  11  heures  du  matin.  A  11  heures 
et  demie  on  a  chanté  un  Te  Deum  et  tiré  vingt  et  un  coups 
de  canon,  pour  célébrer  Tanniversaire  du  roi  de  Rome. 

On  arrête  les  travaux  du  batardeau,  et  M.  Ch.  Bletry,  arrivé 
aux  avant-postes,  n'apporte  aucune  nouvelle.  Beaucoup  de 
bourgeois  sont  allés  causer,  dans  l'après-midi,  avec  les 
ennemis. 

22  Mars.  —  On  répand  la  nouvelle  de  victoires  remportées 
sur  les  Français  ;  l'état-major  en  fait  répandre  une  en  sens  con- 
traire. Il  paraît  que  le  Conseil  de  défense  n'a  encore  préparé 
aucune  capitulation,  et  même  que  le  colonel  du  63*  et  le  com- 
mandant d'artillerie  résistent  à  l'ouverture  d'une  négociation. 
Le  général  Men^ud  s'est  retiré  aujourd'hui  du  Conseil,  après 
avoir  inutilement  cherché  à  amener  une  détermination  con- 
traire. —  Nouvelle  publication  pour  déclarer  les  grains  et 
farines  pour  plus  de  six  semaines. 


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L8  BLOCUB  BT  L8  BlAOB  DB  BBLFORT  BN  1814       131 

28  Mars.  —  Nouveaux  travaux  pour  le  batardeaa  ;  habi- 
tants et  soldats,  tout  est  occupé.  Proclamation  d'une  récom- 
pense de  200  francs  et  plus  à  celui  qui  donnerait  grains  et 
fiuînes  en  dépôt. 

24  Mars.  —  Continuation  des  travaux  da  batardeau.  Le 
moulin  roule  à  deux  tournants.  Depuis  quelques  joars  on 
n'entendait  ni  canonnade,  ni  fusillade;  les  hostilités  ont  recom- 
mencé aujourd'hui  par  deux  obus  lancés  à  11  heures  du 
matin  du  bastion  au-dessus  du  Fourneau,  sur  les  postes  enne- 
mis, et  la  fusillade  a  suivi. 

25  Mars.  —  Proclamation  qui  enjoint  de  payer  six  mois 
de  contributions  de  1814;  autre  qui  défend  d'approcher  de 
l'ennemi,  de  lui  parler,  et  ordonne  aux  avant-postes  de  faire 
feu  sur  les  contrevenants. 

26  Mars.  —  Rien  de  nouveau  qu'une  visite  chez  M.  Juster, 
sur  dénonciation  de  riz.  On  n'y  a  rien  trouvé.  La  veuve 
Schai^el  avait  vendu  quinze  sacs  de  blé  à  l'état-major,  à 
100  francs  l'un;  on  lui  a  donné  500  francs,  et  un  bon  pour 
le  surplus. 

27  Mars.  —  Vers  4  heures,  l'oflader  du  génie  Gerusdorff, 
déjà  venu  plusieurs  fois  en  parlementaire,  est  entré  en  ville, 
les  yeux  bandés,  et  a  été  conduit  chez  le  commandant,  où  il 
est  resté  jusqu'à  6  heures.  On  dit  qu'il  a  apporté  une  lettre 
du  prince  de  Schwartzenberg,  qui  autorise  le  général  comman- 
dant le  blocus  à  accorder  à  la  garnison  une  capitulation 
avantageuse  et  honorable.  On  répondra  demain. 

21  Mars.  —  Toujours  de  fimx  bruits  et  nouvelles.  —  Nou- 
velle convocation  de  citoyens  notables,  qui  fut  peu  nombreuse. 
M.  George  a  déclaré  qu'il  répugnait  à  la  plupart  des  habitants 
d'être  présidés  par  un  maire  Iflche,  immoral  et  injuste. 
Quelques  personnes,  en  petit  nombre,  ont  fait  des  dons  volon- 
taires en  argent,  billets,  etc.  Il  entre  chaque  nuit  du  blé,  de 
la  fiurine,  du  bétail,  de  la  viande,  de  la  volaille  et  autres  den- 


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182  BEvuB  d'alsaob 

Fées;  voilà  ce  qui  prolonge  nos  malbeurs.  Les  habitants 
cupides  fournissent  da  blé  à  la  garnison  à  raison  de  100  firancs 
le  sac.  Cette  manœuvre  (Mige  les  habitants  à  une  dépense 
excessive  pour  obtenir  quelques  aliments. 

29  Mabs.  —  On  a  annoncé,  d^  le  matin,  que  les  ennemis 
étaient  en  retraite,  et  autres  bruits.  Pendant  toute  la  journée 
on  a  vu  défiler  sur  toutes  les  routes  un  grand  nombre  de 
chariots,  de  chevaux,  des  hommes  armés  et  désarmés.  J'ai 
vu,  depuis  le  chftteau,  avec  un  télescope,  une  ou  plusieurs 
rangées  de  voitures  couvertes  de  toiles  blanches,  parquées 
à  La  Ghapelle-sous-Ghaux,  depuis  Téglise  jusqu'à  la  route; 
d'autres  voitures,  des  chevaux  et  des  hommes,  descendant 
dans  le  même  village  et  filant  sur  Chaux;  d'autres  descen- 
dant par  la  hauteur  sur  le  Valdoie  ;  d'autres  par  la  forêt 
d'Ârsot.  Les  deux  pièces  d'artillerie  placées  sur  l'ouvrage  à 
corne  ont  fait  feu  plusieurs  fois  sur  les  convois  passant  au 
bord  de  cette  forêt.  On  a  barré  le  canal  à  la  sortie  de  la  yille, 
pour  inonder  les  fossés. 

80  Mars.  —  La  marche  rétrograde  des  convois  ennemis  n'a 
pas  été  aussi  forte  qu'hier.  On  a  aperçu  aujourd'hui  une 
trentaine  de  voitures  seulement,  et  quelques  escortes.  Il  est 
très  douteux  que  ce  soit  là  une  retraite  ;  il  est  présumable 
que  les  convois  sont  à  vide  et  vont  chercher  des  vivres. 

On  a  publié  deux  proclamations  du  commandant  :  la  pre- 
mière invite  les  gardes  nationaux  infirmes,  exempts  ou  âgés 
de  60  ans,  à  faire  leur  déclaration  à  une  Commission  ;  et  la 
deuxième  convoque  tous  les  citoyens  composant  la  garde 
nationale  à  se  réunir  demain,  à  10  heures,  au  Manège,  pour 
y  être  passés  en  revue.  On  annonce  des  perquisitions  de  vin 
chez  les  habitants.  Les  avant-postes  tout  autour  de  la  place 
ont  échangé  des  coups  de  fusil  sans  interruption  toute  la 
journée.  Nous  avons  eu  un  homme  tué  et  plusieurs  blessés. 


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LB  BLOCUS  BT  IJB  BIÉOS  DB  BBLFOBT  BN  1814  133 

81  Mars.  —  Il  ne  s'est  présenté  pour  la  formation  de  la 
garde  nationale  que  quelques  officiers.  M.  le  colonel  Kail 
nous  a  lu  un  discours  et  a  annoncé  des  mesures  rigoureuses. 
A  S  heures,  un  parlementaire  ennemi,  annoncé  avant  midi,  a 
été  intlroduit  en  ville,  les  yeux  bandés,  et  a  apporté  la  nou- 
velle d'une  victoire  décisive  remportée  par  les  alliés  dans  les 
plaines  de  la  Champagne,  de  leur  entrée  très  prochaine  dans 
Paris,  et  de  Fimpossibilité  où  se  trouve  l'empereur  Napoléon, 
cerné  de  toutes  parts,  de  s'opposer  à  leurs  progrès.  Il  a 
promis  d'annoncer  sous  peu  de  jours  des  événemente  d'une 
importance  majeure  ;  il  a  remis  au  commandant  des  bulletins 
et  proclamations  du  prince  de  Schwartzenberg,  très  rassu- 
rantes pour  les  Français.  La  venue  de  ce  parlementaire, 
nommé  Yung,  aide-de-camp  du  général,  était  bien  à  propos 
pour  nous  rassurer  contre  les  mesures  de  rigueur  et  de 
terreur  dont  nous  étions  menacés  par  les  che&  militaires.  Il 
a  demandé  une  suspension  d'armes  pour  pouvoir  célébrer 
demain  les  réjouissances  de  la  victoire  des  alliés. 

1"  Aybsl.  —  Pendant  la  nuit  et  la  matinée,  rien  vu  ni 
entendu,  excepté  quelques  coups  de  feu  isolés.  A  4  heures 
du  matin,  l'ennemi  a  fait  une  salve  de  60  coups  de  canon, 
entre  Essert  et  Bavilliers,  pour  célébrer  la  victoire.  Le  feu 
du  château  et  la  fusillade  ont  commencé  à  midi.  On  a  décou- 
vert le  magasin  à  poudre,  pour  en  convertir  la  charpente  en 
bois  de  chauffage.  Une  nouvelle  proclamation,  faite  dans  la 
sohrée,  somme  la  garde  nationale  à  se  réunir  demain,  à  11 
heures,  sur  la  place  du  Manège,  pour  être  passée  en  revue. 

S  AvBH..  —  Quelques  correspondances  attestent  l'entrée  à 
Pftris  du  prince  de  Schwartzenberg.  Trente-deux  hommes  de 
la  garde  nationale  se  sont  réunis,  à  11  heures,  sur  la  place 
du  Manège.  M.  le  colonel  Kail  a  témoigné  son  mécontentement 
et  fiiit  tenir  note  des  présents.  La  majorité  des  habitants 
refiise  énergiquement  de  porter  les  armes.  A  midi,  M.  Guenin 


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134  BXVUB  d'albacob 

a  été  arrêté  et  mis  en  prison  ;  il  est  lieutenant  et  n'a  pas 
paru  à  la  réunion  ;  on  eroit  que  c'est  le  motif  de  son  arresta- 
tion. Il  a  été  iftché  avant  la  nuit  On  a  traeé  une  tête  de  pont 
en  avant  du  pont  du  Faubourg  ;  on  croit  que  le  Faubourg  sera 
abandonné  par  la  garnison.  Les  militaires  ne  doivent  plus 
coucher  chez  les  habitants,  mais  dans  la  Halle  au  blé,  au- 
devant  de  laquelle  on  va  placer  deux  canons.  Toutes  ces 
mesures  tendent  à  en  imposer  aux  habitants  et  à  leur 
inspirer  la  terreur. 

S  Avril.  —  On  a  soustrait,  pendant  la  nuit,  six  chevaux  de 
particuliers  qui  devaient  être  tués  et  distribués  à  la  garnison. 
Les  deux  chevaux  de  carrosse  de  M.  Kail,  colonel,  qui  devaient 
être  abattus,  lui  ont  été  renvoyés,  d'après  le  vœu  des  proprié- 
taires d'autres  chevaux,  qui  ont  consenti  que  les  leurs 
fussent  distribués  en  primes,  en  vue  d'adoucir  le  chef. 

Il  a  semblé  que  cette  déférence,  et  quelques  autres  circon- 
stances, avaient  calmé  les  militaires.  Ils  ont  paru  aujourd'hui 
plus  civils  envers  les  habitants.  On  n'a  pas  encore  commencé 
le  travail  de  la  tête  de  pont,  ni  disposé  de  canon  sur  la  place. 
La  fusillade  a  duré  toute  la  journée  entre  les  postes  de  l'Es- 
pérance et  du  Moulin  neuf.  A  ce  poste,  un  factionnaire  firan- 
çais  a  été  tué  d'une  balle  entrée  par  la  nuque  et  sortie  par 
le  ventre.  Dn  autre  a  été  tué  dans  la  rue  des  Barres. 

4  AvKCL,  —  A  10  heures  du  soir,  une  fusillade  vive  s'est 
Sût  entendre  à  l'ouvrage  à  corne.  Le  château  a  lancé  plusieurs 
boulets  et  obus.  A  minuit,  même  bruit.  On  a  su  le  matin  que 
des  pourvoyeurs,  ayant  tenté  de  firanchir  les  postes  ennemis, 
avaient  été  repoussés,  que  notre  poste  de  l'ouvrage  à  corne 
avait  cru  que  l'ennemi  approchait  pour  détruire  le  batardeau, 
et  que  les  coups  de  fiisil  et  la  canonnade  n'avaient  pas  d'autres 
causes. 

Dans  la  matinée,  un  factionnaire  français,  qui  avait  fidt 


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LB  BLOOnS  ET  LE  SIÈGE  DE  BBLFOBT  EN  1814       135 

feu  SOT  le  poste  ennemi,  à  l'entrée  du  faubourg  de  France,  a 
été  ajusté  et  tué  raide  par  un  chasseur  tyrolien. 

On  a  lu  en  viUe  la  déclaration  des  puissances  alliées  expo- 
sant les  motifs  qui  les  avaient  déterminées  à  consentir  au 
congrès  de  Ghfttillon,  et  à  le  dissoudre;  Tordre  du  prince  de 
Scfawartzenberg,  du  SS  mars,  et  un  bulletin  annonçant  la 
vietoire  remportée  par  les  alliés  à  la  Ferté-Gbampenoise,  le 
S5  mars,  et  au  combat  du  lendemain. 

5  AvBiL.  —  La  nuit  a  été  par&itement  calme.  La  garnison 
n'a  plus  ni  vin  ni  eau-de-vie,  ni  huile,  ni  médicaments,  riz 
et  autres  provisions,  et  malgré  soixante-quinze  sacs  d'avoine 
vendus  par  Gœtzmann  pour  1,800  francs,  et  payés  comptant 
et  d'avance,  il  ne  lui  reste  plus  que  pour  six  jours  de  vivres 
et  quelques  chevaux.  Une  dizaine  d'hommes  ont  déserté  la 
nuit  dernière  et  pendant  la  journée. 

6  Avril.  —  Pendant  la  nuit,  l'ennemi  a  tenté  de  surprendre 
le  poste  de  l'hôpital  militaire.  Un  de  nos  soldats  ayant  déserté 
du  poste  de  l'Espérance,  à  10  heures  du  matin,  on  lui  a  tiré 
une  vingtaine  de  coups  de  fiisil  sans  l'atteindre.  Les  Autri- 
chiens, étant  venus  le  recevoir,  la  fusillade  s'est  engagée; 
l'ouvrage  à  corne  et  le  chftteau  ont  tiré  sur  ce  point  des 
boulets  et  des  obus.  L'ennemi  s'était  logé  dans  les  baraques 
brûlées  de  TEspérance.  Gela  a  duré  jusqu'à  midi. 

Un  parlementaire  est  annoncé  pour  S  heures.  En  effet,  à 
cette  heure,  MM.  Gerusdorff  et  Yung  ont  été  reçus  par  l'adju- 
dant de  place  Ycard,  et  ont  été  conduits  en  ville,  les  yeux 
bandés,  dans  la  voiture  du  colonel  Kail.  Ils  ont  annoncé  la 
nouvelle  déjà  répandue  le  matin  :  l'entrée  des  alliés  à  Paris, 
la  reddition  de  cette  capitale,  Louis  XVIII  proclamé  par  les 
Parisiens,  la  disparition  de  Napoléon.  Us  sont  repartis  à 
5  heures.  M.  Gerusdorff  doit  revenir  demain  pour  traiter  de 
la  capitulation  de  la  place.  On  croit  qu'elle  sera  rendue 


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196  *    BBVUE  d'alsacb 

lundi.  Les  partisans  de  Bonaparte  sont  consternés*  —  La 
joie  est  dans  les  cœurs. 

Jbudi-Saint,  7  ÂTRiL.  —  Le  parlementaire  n'est  pas  renu . . . 
Ge  sera  à  nos  gou7ernants>  qui  ont  Tair  de  révoquer  en  doute 
les  nourelies  d'hier,  à  fidre  les  démarches  de  la  capitulation. 
Ds  n'ont  plus  de  yiyres  et  s'obstinent  à  tenir.  Les  alliés  ont 
célébré  la  reddition  de  Paris  à  10  heures,  au  devant  d'BsBert» 
par  une  salve  d'artillerie  de  100  coups  de  canon.  Les  hosti- 
lités ont  recommencé  à  midi.  Nous  avons  lu  le  bulletin  du 
SI  mars,  contenant  :  1°  Une  proclamation  du  prince  de 
Schwartzenberg,  donnée  sous  les  murs  de  Paris  ;  H^  la  capitu- 
lation ;  S""  la  déclaration  des  puissances  alliées,  concernant 
leur  engagement  de  ne  plus  traiter  avec  Bonaparte,  de 
respecter  l'intégrité  de  l'ancienne  France,  et  de  garantir  la 
Constitution  que  le  peuple  français  se  donnera;  4''  et  l'histo- 
rique de  l'occupation  de  Paris.  On  vend,  à  l'arsenal,  les 
ferrailles,  outils,  moules  de  boulets,  et  même  une  pièce  de 
canon  de  24,  que  l'on  a  sdée  par  morceaux. 

8  Avril.  —  Les  Autrichiens  ont  brûlé,  ce  matin,  la  petite 
maison  du  jardin  de  Blum,  près  de  la  blanchisserie  militaire. 
L'ouvrage  à  corne  et  le  château  ont  beaucoup  tiré  sur  la 
maison  des  bains  de  la  Forge,  où  l'ennemi  a  un  poste.  Dans 
l'après-midi,  des  visites  domiciliaires  ont  élé  faites  au  faubouig 
de  France,  chez  MM.  Dauphin,  aubergiste,  et  Dépîerre.  On  a 
saisi  chez  ce  dernier  six  chevaux,  dont  deux  appartenant  au 
sieur  Toublon,  trois  à  Jean-Glaude  Ménétré  le  jeune,  de 
Pérouse.  Ils  ont  été  conduits  en  ville  pour  être  abattus. 

9  AviUL.  —  On  annonce  la  vente  des  draps  et  fournitures 
d'habillement  du  68*  de  ligne  et  du  14*  chasseurs  à  cheval. 
On  contihue  la  vente  des  ferrailles,  outUs  et  cuivres  de  l'ar- 
senal. Vers  2  heures,  a  paru  un  décret  du  2  avril,  qui 
nomme  un  gouvernement  provisoire,  déclare  Bonaparte  déchu 
du  trône,  et  délie  les  Français  du  «  serment  de  fidélité^  et 


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us  BLoons  XT  iM  mtOM  vm  bxlfobt  bn  1814  197 

Tadresse  da  Sénat  aux  armées.  Le  colonel  Kail  étant  allé  aux 
avant-poBtes  ennemis»  les  actes  loi  ont  été  notifiés,  et  il  a  été 
convenu  d'une  suspension  d'annes  depuis  7  heures  du  soir 
jusqu'à  nouvel  ordre. 

Dans  la  matinée,  le  chiteau  a  tiré  une  cinquantaine  de 
coups  de  canon;  on  ne  sait  sur  quoi;  on  présume  que  c'est 
pour  décharger  les  pièces,  ou  pour  user  les  munitions.  Un 
Autrichien  a  tué  d'un  coup  de  fusil  le  jardinier  Grille,  fils 
aîné,  dans  son  jardin,  à  la  suite  d'une  querelle. 

DuANCHB,  JOUR  DE  Paqitbs,  10  AVRIL.  —  Ou  S  reçu  un 
bulletin  du  4  courant  contenant  la  nomination  des  commis- 
saires du  gouvernement  provisoire  aux  différents  ministères, 
les  motift  et  le  texte  du  décret  du  Sénat  du  2;  l'acte  du  Corps 
législatif  qui  y  adhère  ;  et  une  adresse  de  la  Cour  de  cassation 
au  Sénat  Les  chefti  militaires  feignent  de  révoquer  en  doute 
ces  actes. 

Beaucoup  d'habitante  ont  communiqué  librement  avec  les 
avant-postes  ennemis,  par  le  temps  superbe  qui  a  marqué 
cette  journée. 

11  Avril.  —  M.  de  Gerusdorff  a  annoncé  à  plusieurs  per- 
sonnes, aux  avant-postes,  l'arrestation  de  Bonaparte,  par 
ordre  du  prince  de  Neuchfttel  (Berthier),  et  sa  translation  à 
Àlba,  l'une  des  îles  Ioniennes,  avec  600,000  fr.  de  pension. 
L'impératrice  Marie-Louise  est  en  Bretagne,  et  va  partir  pour 
l'Autriche.  On  a  communiqué  assez  librement  avec  les  avant- 
postes  autrichiens.  Les  of&ciers  du  14*  chasseurs  ont  donné 
an  goûter  aux  bains  du  Fourneau  à  une  douzaine  d'officiers 
autrichiens  de  toutes  armes,  venus  de  Danjoutin  avec  le 
maire  et  le  curé  du  village.  La  capitulation  a  été  portée  dans 
la  matinée  aux  avant-postes,  par  le  colonel  Eail  et  l'officier 
du  génie  Emon. 

IS  AVRIL.  —  Enfin,  on  a  proclamé  à  son  de  trompe  que  la 
capitutation  était  signée.  Elle  Ta  été  vers  4  ou  6  heures  du 


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IdB  BBVUI  d'alsagb 

soir,  et  on  a  annoncé  que  demain,  vers  6  heures  du  matin, 
les  postes  extérieurs  français  seraient  retirés,  que  les  Autri- 
chiens occuperaient,  à  7  heures,  la  porte  de  France  et  celle 
de  secours,  conjointement  avec  les  Français,  que  les  com- 
munications seraimt  rétablies  à  7  heures  du  matin,  et  enfin, 
que  la  place  serait  rendue  le  16. 

18  Avril.  —  Les  postes  français  à  l'extérieur,  excepté  à 
l'ouvrage  à  corne,  ont  été  retirés  à  5  heures  du  matin,  et  à 
7  heures  les  Autrichiens  ont  occupé  la  porte  de  France,  con- 
jointement avec  les  Français. 

Dès  le  matin,  une  affluence  considérable  de  gens  de  la 
campagne  et  des  subsistances  de  toute  espèce  sont  entrées  en 
ville.  J'ai  été  me  promener  à  Bavilliers  avec  M.  Ecoffet.  Je 
suis  sorti  de  ville  avec  la  cocarde  blanche  ;  je  l'ai  ôtée  à  mon 
retour,  parceque  j'ai  appris,  avant  de  rentrer  en  ville,  que  la 
garnison,  et  surtout  les  chasseurs,  maltraiteraient  ceux  qu'ils 
en  trouveraient  décorés. 

14  Avril.  —  Pendant  toute  la  journée,  les  chasseurs  se 
sont  promenés  d'un  air  menaçant  ;  ils  ont  l'air  de  chercher 
querelle  aux  Autrichiens. 

15  Avril.  —  Proclamation  du  commandant  pour  remercier 
les  habitants  des  secours  qu'ils  ont  fournis  à  la  garnison  et 
à  la  défense  de  la  place,  et  pour  leur  exprimer  ses  regrets 
de  quitter  Belfort. 

Marché  considérable  de  toute  espèce  et  à  bas  prix.  Nos 
inquiétudes  ne  sont  pas  dissipées  ;  aucune  des  nouvelles 
reçues  n'est  of&cielle.  Depuis  le  6,  il  n  y  a  plus  de  bulletin  ; 
il  n'arrive  pas  de  courrier  de  Paris.  On  répand,  d'une  part, 
que  Bonaparte  occupe  encore  les  bords  de  la  Loire  avec  des 
forces  considérables,  et  a  remporté  plusieurs  succès  ;  d'autre 
part,  on  dit  que  ses  généraux  et  ses  troupes  l'abandonnent  de 
jour  en  jour,  que  lui-même  a  abdiqué  et  a  envoyé  son  épée  à 
l'empereur  de  Russie  ;  que  les  Autrichiens  et  alliés  vont 


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ut  BLOOnS  BT  LB  BlftGS  DE  BELFOBT  BN  1814  189 

repasser  le  Rhin,  et  qu'il  ne  restera  plus  en  France  qu'une 
année  russe,  jusqu'à  la  consolidation  du  gouvernement  de 

Louis  xym. 

Vers  4  à  5  heures  du  soir,  une  colonne  russe,  composée 
d'infanterie,  de  cavalerie  et  d'artillerie,  a  passé  sous  les 
murs  de  la  ville  et  a  campé  {«rès  EsfiNert  pour  continuer  la 
route  sur  Paris. 

16  A.VIUL.  —  Reddition  définitive  de  la  place;  dans  la  nuit, 
200  soldats,  à  qui  on  avait  insinué  que  malgré  les  clauses  de 
la  capitulation,  la  garnison  serait  conduite  au  delà  du  Rhin, 
ont  déserté. 

A  7  heures,  le  commandant  Legrand  et  le  reste  de  la  gar- 
*  nison  sont  sortis  avec  les  honneurs  de  la  guerre,  musique  en 
tête,  tambour  battant,  deux  canons,  deux  caissons,  et  mèches 
allumées.  Rendue  au  delà  du  faubourg,  sur  la  hauteur  d'Essert, 
cette  garnison  a  déposé  les  armes  en  présence  des  troupes  et 
du  général  baron  Drexler,  commandant  le  blocus.  Les  offi- 
ciers ont  conservé  leurs  épées  et  les  soldats  leurs  sacs. 

Elle  a  été  conduite  sur  Lure  par  une  compagnie  de  cosa- 
ques. Aussitôt  le  général  autrichien  et  ses  troupes,  composées 
d'une  compagnie  de  hussards,  d'infanterie,  de  dragons,  et  dix 
pièces  d'artillerie,  ont  fait  leur  entrée  en  ville.  Ils  ont  été 
reçus  aux  portes  par  le  n^aire  et  le  Conseil  municipal,  au  son 
des  cloches.  La  porte  de  Brisach  et  le  château  ont  été  occupés 
par  les  Autrichiens  et  les  uhlans.  Les  cosaques  ont  monté 
la  garde  à  la  place. 

Le  reste  des  troupes  s'est  retiré  dans  les  villages  jusqu'à 
ce  que  les  réparations  aux  casernes  soient  faites.  Quelques 
officiers  sont  logés  chez  les  bourgeois.  Le  général  a  son  loge- 
ment chez  M.  Antonin  (sous-préfecture  actuelle). 

La  Gazette  de  France,  du  8,  reçue  aujourd'hui^  donne  le 
texte  de  la  nouvelle  Constitution  de21a  France.  Cette  gazette 
est  arrivée  par  Nancy,  Epinal. 


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140  IBVUB  D'ALSAOB 

DiMANGHBf  17  Ayul  1874  —  Un  7k  Deum^  chanté  après 
la  grand'mesae. 

Le  général  Drezler  y  a  assisté. 

n  a  été  tiré  trois  salves  de  trente  coups  de  canon. 

Le  mardi,  IS  avril,  on  a  publié  à  son  de  trompette  la 
signature  de  la  capitulation  vers  6  heures  du  soir  ;  ^e  porte . 


CAPITULATION 

du  premier  Uocm  de  Béfort,  du  22  décembre  1813, 
au  13  (mil  1814. 

Article  preiiier. 

La  ville  et  le  château  de  Belfort  seront  reçus  par  les  Âutnchiens,  pour 
le  gouvernement  provisoire  français,  le  16  avril.  Les  portes  de  France  et 
de  secours  seront  occupées  par  eux,  le  15  avril.  La  porte  de  Brisach, 
ooi^ointement  avec  la  garnison. 

Art.  % 

La  garnison  sortira  avec  les  honneurs  de  la  guerre,  deux  canons  et  deux 
caissons. 

Art.  3. 

La  garnison,  arrivée  sur  la  route  de  Paris,  mettra  bas  les  armes,  qui 
seront  livrées,  canons,  caissons  et  chevaux,  aux  Autrichiens.  Les  officiers 
garderont  leurs  épèes  et  les  soldats  leurs  bagages. 

Art.  4. 

La  garnison  prêtera  serment  de  ne  pas  porter  les  armes  contre  les 
puissances  alliées  Jusqu'à  la  paix  ;  en  échange,  les  conscrits  rentreront 
chez  eux  ;  les  vieux  soldats  attendront  les  ordres  du  gouvememenU  Les 
offlderg  sont  libres  de  suivre  la  troupe  ou  de  rentrer  chez  eux. 

Art.  5. 
On  fournira  des  voitures  pour  les  soldats  blessés  ou  malades. 

Art.  6. 

Les  malades  ou  blessés  qui  ne  pourront  suivre,  seront  traités  par  des 
officiers  de  santé  firançais,  désignés  par  le  commandant. 


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LE  BLOCUS  ET  LE  SIÉaS  DE  BBLFOBT  EN  1814       141 

Art.  7. 

On  fournira  des  voitores  ponr  le  iranap^rt  des  caisses  et  papiers  de 
l'administration  du  corps  ;  mais  les  objets  relatifs  à  la  place  :  cartes,  plans, 
seront  remis  entre  les  mains  de  commissaires  nommés  pour  cette  partie. 

Art.  8. 

Les  habitants,  soulagés  pour  le  passage  des  troupes,  il  en  sera  de 
même  de  la  garnison.  Le  général  décidera  des  impositions  de  guerre; 
nul  ne  sera  inquiété  pour  son  opinion  politique  ;  les  personnes  et  les 
propriétés  seront  respectées.  Libre  aux  bourgeois  de  se  retirer  ailleurs  avec 
leurs  effets. 

Art.  9. 

Le  gouvernement  français  décidera  de  Tbospice  civil. 

Art.  10. 
La  garnison  voyagera  comme  les  troupes  alliées. 

Art.  li. 
Les  articles  douteux  seront  interprétés  à  l'avantage  de  la  garnison. 

Signé  à  la  maison  Gasner,  le  12  avril  1814. 

YuNG,  wu^  ;  Gkrosdorff,  ct^pUame  du  génie, 

Vtt  et  vérifié  : 

liSGRiivDy  comnumdmU  d^armei. 
Le  baron  Drkxlbr,  général  de  diinskm  cmmnmdaiU  le  Mom». 

Le  cUmaache,  17  arril,  Te  Deum  chanté  après  la  messe  au 
bruit  da  canon. 


Louis  Xlïï  fit  don  des  terres  et  cbAteau  de  Bellort  à 
La  Soze,  son  général. 

Belfort  a  été  assiégé  par  le  duc  de  la  Fertéi  qui  fit  un 
siège  très  savant  et  très  bien  conduit;  il  M  sanglanL  On  fit 
mine  vers  la  Tour  des  Bourgeois.  Bdfort  fut  livré  le  3S 
lévrier  1664,  et  cette  cougudte  mit  VAlsace  et  la  Lorraine  w 

sûreté. 


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BIBLIOGRAPHIE 


Eine  Inzemische  Gesandtsohaft  am  Hofe  Ludwigr  XI., 
par  Th.  de  Liebenau.  —  Gomplainote  de  TEglise  fidèle 
svr  la  persecvtion  fàiote  à  ses  enfàns  dans  le  royavlme 
de  France,  l'^in  1551  ;  Genève,  impr.  J.-6.  Figk. 

II  me  vient  de  la  Suisse  deux  opuscules  qui  se  rattachent 
tout  à  la  fois  à  son  histoire  et  à  celle  de  la  France,  et  aux- 
quels j'ai  plaisir  à  souhaiter  la  bienvenue.  Nulle  branche 
des  études  n'est  aussi  florissante  en  Suisse  que  les  recherches 
historiques  :  c'est  un  exemple  qu'on  peut  citer  à  toute  l'Eu- 
rope, sans  excepter  la  docte  Allemagne.  En  Suisse  la  con- 
naissance du  passé  fait  partie  des  mœurs  politiques  ;  on  y  sait 
que  la  politique  n'est  que  de  l'histoire  en  action,  et  cette 
habitude  constante  de  fidre  marcher  de  front  le  passé  et  le 
présent,  de  rechercher  incessamment  dans  l'histoire  l'âme  du 
pays  et  l'esprit  dont  il  doit  s'inspirer,  contribue  certainement 
pour  beaucoup  à  donner  à  ce  modèle  des  Etats  modernes  la 
sagesse  pratique  dont  il  fait  habituellement  preuve.  Dans 
tous  les  cas,  si  j'en  crois  ce  qu'un  de  mes  amis  m'écrivait  de 
Berne,  les  études  historiques  n'auraient  pas  été  sans  influence, 
il  y  a  deux  ans,  sur  le  rejet  de  la  révision  fédérale. 

Le  premier  des  opuscules  dont  je  parle  :  Eine  luzemi9che 
Oesandtschaft  am  Hofe  Ludicig  Xl^  de  M.  Th.  de  Liebenau, 
est  une  brève  analyse  de  quelques  documents  des  archives 
de  Lncerne:  l'auteur  en  a  tiré  la  relation  d'une  ambassade 
envoyée  par  cette  ville  au  roi  Louis  XI,  pour  obtenir  une 
pension  dont  elle  avait  alors  un  besoin  urgent.  En  dépit  des 


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BÎBLlOQnkVmB  143 

trésors  conquis  sur  Gharles-le-Téméraire,  Lucerne  était,  au 
lendemain  des  guerres  de  Bourgogne,  en  proie  à  d'incroya- 
bles embarras  d'argent  non  parce  qu'il  n'avait  pas  eu  part 
au  profit,  ou  que  la  France  l'eût  exclu  de  ses  largesses,  mais 
parce  que,  d'une  part,  on  avait  dissipé  ces  ressources  inatten- 
dues et  que,  de  l'autre,  au  lieu  de  profiter  au  fisc,  l'argent 
du  roi  s'était  arrêté  en  chemin  dans  l'escarcelle  des  patri- 
ciens, qui  tenaient  alors  et  qai  ont  tenu  jusque  de  notre 
temps  le  gouvernail  du  vaisseau  du  petit  Etat  On  reconnaît 
dans  ces  extraits  la  main  sûre  d'un  archiviste,  qui  ne  charge 
sa  palette  que  des  couleurs  empruntées  à  ses  documents, 
mais  qui,  dans  ces  teintes  un  peu  grises  de  poussière,  n'en 
anime  pas  moins  les  personnages  qu'il  met  en  scène. 

Le  second  opuscule  forme  une  mince  plaquette  in-16''  de 
12  ff.,  intitulé  :  Gompkdncte  de  F  Église  fidèle  svr  la  persecv- 
Uon  fakte  à  ses  enfans  dans  le  royavhne  de  France,  Fan 
ioSi,  imprimé  (m  tout  bien)  par  le  parfait  typographe 
M.  J.-6.  Fick.  Ce  sont  trois  cantiques  tirés  de  la  bibliothèque 
du  D*  J.-Ch.  Coindet  par  M.  Ph.  Plan,  et  l'éditeur  suppose 
qu'ils  ont  été  composés  à  Genève  par  un  réfugié  de  France. 
Le  premier  s'applique  à  la  fuite  et  à  l'exil  des  protestants 
persécutés,  l'autre  à  leur  emprisonnement;  le  troisième  est 
une  paraphrase  du  cantique  de  Zacharie  (Luc.  I).  Le  mérite 
littéraire  de  ces  poésies  est  contestable  ;  mais  on  oublie  leurs 
défauts  quand  on  se  reporte  à  la  situation  où  le  sentiment 
religieux  pouvait  s'exhaler  dans  des  strophes  comme  celles-ci 

Las  ie  n^ay  peur  ne  doubte 
Que  mise  en  cendre  toute 
Ma  chair  on  iecte  au  vent 


La  l>ande  antechrestîenne 
N*a  dessus  Tame  mienne 
Aulcune  authorité, 
Pour  exercer  la  sienne 
Grande  seuerité. 


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144  BBTDB  D'aLSàOI 

Mon  coipa  de  chair  mortelle. 
Consumé  de  mort  telle 
Que  bon  luy  semlilera, 
Nèantmoîns  malgré  elle 
RetsuBcité  aéra. 

Mab  en  dure  souffrance 
Donne  moj  la  constance 
De  ton  nom  boubstenir» 
Fay  qu>n  persuerance 
Le  puisse  maintenir 

Car  en  peine  si  forte 
Si  tu  ne  me  conforte 
Je  pourrois  tresbucher, 
Sathan  à  ce  m^exhorte 
Et  infirme  est  ma  chair. 

Gomme  on  voit,  cette  poésie  respire  une  odeur  de  roossi, 
et  ce  qui  aide  encore  à  Tillusion,  c'est  l'impression  en  carac- 
tères civilité,  qui  reproduit  jusqu'à  l'écriture  du  temps. 

X.  M. 


>-'l«yt'l— toY— vBa^arAOto. 


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MATERIAUX 

poar  servir  à,  l'histoire  de 

L'INVASION  DES  ARMAGNACS 

n^ij  dis  Archi*ues  de  la  *uilU  di  Colmar 


11  n'est  pas  nécessaire  de  rappeler  ce  que  fut  pQur  TAlsace 
l'invasion  des  Armagnacs.  Elle  a  partout  laissé  des  traces 
ineffaçables,  et  cependant  c'est  un  des  épisodes  les  plus  mal 
connus  de  notre  histoire.  Peu  de  témoins  contemporains  Font 
embrassé  dans  tous  ses  détails;  un  seul  peut-être  fait  excep- 
tion :  c'est  l'auteur  de  la  chronique  que  mon  ami  çt  collabo- 
rateur, M.  Rodolphe  Reuss,  a  publiée  naguère  sous  ^e  nom  de 
Gironique  de  /.-/.  Meyer}  Hors  de  là  tout  est  incotiérent  et 
incomplet,  et  faute  de  pouvoir  ramener  les  faits  conni^s  à  des 
vues  d'ensemble,  toutes  les  idées  qu'on  s'en  fait,  flottei\t  dans 
le  vague. 

Le  beau  livre  de  M.  A.  Tuetey  :  Les  Ecorcheurs  mis 
Oèarles  Vll\  a  rétabli  l'ordre  et  la  clarté  dans  ce  chaos. 
D  a  pris  les  Armagnacs  à  leurs  débuts,  au  moment  où  la  paix 
d'Arras,  22  septembre  i4S5,  mit  en  disponibilité  ces  bandes 
qui,  depuis  si  longtemps,  faisaient  la  guerre  aux  Anglais,  et 
pour  lesquelles  le  métier  des  armes  était  devenu  l'unique 
moyen  de  subnister.  Au  lieu  de  se  dissoudre,  elles  allèrent 
vivre,  en  les  ravageant,  sur  la  Bourgogne  et  la  Lorraine, 

^  Strasbourg,  187%  S». 

'  Montbéliard.  Henri  Barbier,  1874;  2  vol.  8°. 

Nottrelto  Séné.  —  4^  Année.  10 


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146  REVTTK  d'ALHACE 

firent  en  1489,  une  première  pointe  en  Alsace;  puis  au 
moment  où  elles  étendaient  leurs  excès  aux  proyinces  de  la 
France  proprement  dite,  sur  Tappel  de  la  maison  d'Autriche 
et  de  rempereur  Frédéric  III,  en  .guerre  avec  les  Gantons 
confédérés,  Charles  VII  proflta  de  cette  circonstance  pour 
débarrasser  ses  Etats  de  ces  soudards,  et  pour  les  envoyer, 
sous  le  commandement  supérieur  du  Dauphin,  devenu  depuis 
le  roi  Louis  XI,  guerroyer  contre  les  Suisses. 

J'ose  croire  que  le  contingent  que  j'apporte  à  cette  histoire; 
ne  passera  pas  inaperçu.  Il  y  a  là  bien  des  faits  inédits  qui, 
sans  compter  qu'ils  reconstituent  pour  cette  période  les 
annales  de  Golmar,  éclairent  d'un  jour  nouveau  certaines 
pages  du  livre  de  M.  Tuetey.  En  attendant  qu'il  nous  en 
donne  une  nouvelle  édition,  ce  que  malheureusement  il  ne 
nous  laisse  pas  prévoir,  ce  simple  regeste  permettra  de  com- 
pléter son  récit  sur  bien  des  points.  Je  ne  me  dissimule  pas 
cependant  que,  telles  que  je  les  présente,  ces  sèches  analyses 
rebuteront  d'abord  quelques  lecteurs.  J'ai  tenu  à  ne  négliger 
aucun  des  nombreux  documents  que  j'avais  entre  les  mains, 
et  il  est  certain  que  ce  cadre,  déjà  employé  par  M.  E,  WUlcker 
pour  faire  connaître  les  documents  de  la  même  époque,  qui 
se  trouvent  conservés  dans  les  archives  de  Francfort-sur-Ie- 
Mein  ^,  s'y  prétait  mieux  que  tout  autre  :  il  est  d'ailleurs  assez 
élastique  pour  servir  encore  à  ceux  qui  viendront  après  moi, 
sans  compter  qu'il  y  a  pour  les  amis  de  l'histoire  des  grâces 
d'état  qui  leur  feront  trouver  de  l'attrait  même  à  un  récit  en 
voie  de  formation.  Ils  finiront  même  par  juger  que  ces  notes 
mises  bout  à  bout  ont  une  saveur  si  franche,  un  tel  air  de 
vérité,  qu'à  bien  des  égards  elles  l'emportent  sur  tous  les 
artifices  de  l'historien. 

Les  documents  que  j'avais  à  dépouiller,  sont  de  divers  ordres- 


*  Urkunden  nnd  Sehreiben  betreffend  dm  Zug  der  Armagnaken; 
Frankfurt,  1873,  4% 


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l'invasion  DBS  ARlCAGNACB  EN  AL8A0E  147 

Tout  d'abord,  à  partir  du  mois  de  février  1436  —  le  lec- 
teur remarquera  cette  date,  qui  est  antérieure  au  traité 
d^Arras  —  j'ai  fait  l'extrait  des  dépenses  occasionnées  à  la 
ville  de  Golmar  par  les  Armagnacs;  nos  archives  possèdent 
sous  le  nom  de  Eaufhaushitch,  une  collection  incomparable 
de  comptes  de  la  recette  et  de  la  dépense,  qui  remonte  à 
Tannée  1892,  et  qui,  pour  certaines  périodes  de  notre  his- 
toire, constitue  une  source  d'informations  extrêmement  abon* 
dantes  et  parfaitement  coordonnées.  Les  extraite  tirés  de  ces 
registres  se  distingueront  par  les  initiales  E-B,  avec  le  renvoi 
à  l'année  et  à  la  page. 

Le  seul  inconvénient  de  ces  notices  est  leur  brièveté.  Heu- 
reusement qu'à  partir  de  1442,  un  registre  de  correspondance, 
Liber  missivarum^  le  plus  ancien  que  nous  possédions,  m'a 
fourni  des  textes  plus  amples.  Les  extraite  de  cette  prove- 
nance portent  en  tète  les  lettres  L-M. 

A  ces  deux  sources  vient  s'ajouter  un  registre  de  décrète 
du  Magistrat  et  du  Conseil,  Stettebuchy  espèce  de  plumitif  dont 
les  dispositions  les  plus  importantes  ont  été  reportées  dans  les 
deux  codes  connus  sous  le  nom  de  Livres  rouges,  mais  qui 
en  renferme  un  certain  nombre  dictées  par  les  circonslances, 
transitoires  par  conséquent,  et  qu'on  ne  retrouve  que  là.  De 
ce  nombre  sont  les  mesures  édictées  à  l'occasion  de  l'invasion 
des  Armagnacs,  mesures  qui  jettent  un  grand  jour  'sur  la 
situation  de  la  cité  et  sur»  l'esprit  de  la  population  pendant 
cette  crise.  Dans  le  regeste,  ces  extraite  sont  marqués  St-B. 

Enfin  le  fonds  des  archives  connu  sous  le  nom  de  Rechnwigs- 
gewSlb,  qui,  à  côté  de  bien  des  paperasses  inutiles,  renferme 
les  documente  les  plus  précieux  pour  notre  histoire,  m'a  fourni 
un  dossier  d'une  certaine  importance,  relatif  au  projet  d'al- 
liance et  d'expéditions  contre  les  Armagnacs,  dont,  après  leur 
retraite,  Golmar  paraît  avoir  été  le  principal  promoteur.  On 
reconnaîtra  l'origine  des  notes  que  cette  liasse  ma  fournies, 


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148  BBVUS  d'alsaob 

aux  initiales  R-6  et  au  numéro  de  la  layette  (89)  où  elle  était 
renfermée. 

Voilà  les  sources  où  j'ai  puisé  mes  matériaux,  et  comme  la 
curiosité,  qui  porte  naturellement  les  recherches  vers  FinédU 
et  l'inconnu,  ne  suffit  peut-être  pas  pour  me  justifier  d'avoir 
évoqué  ces  souvenirs,  je  me  permettrai  de  me  citer  moi-même 
et  de  reproduire  ici  le  passage  suivant  tiré  d'un  récent  article 
critique  :  ^ 

<  Je  ne  sais  ce  qui  pousse  en  ce  moment  nos  érudits  à 
mettre  en  lumière  précisément  les  pages  les  plus  sombres  de 
nos  annales.  On  dirait  que  les  événements  par  lesquels  nous 
venons  de  passer,  nous  portent  à  rechercher  dans  le  passé  des 
catastrophes  non  moins  lamentables,  afin  de  fortifier  notre 
courage  par  l'exemple  des  épreuves  que  nos  pères  avaient 
subies  avant  nous.  Ce  qui  pique  le  plus  notre  curiosité,  ce 
sont  les  fkits  que  nous  considérions  naguère  conoime  des  ano- 
malies, des  monstruosités  de  notre  passé,  et  qui  aujourd'hui 
nous  paraissent  à  vrai  dire  la  substance  fiitale  de  notre  his- 
toire. C'est  surtout  à  l'Alsace  que  s'applique  ce  vers  : 

Quidquid  délirant  reges,  plectuntur  AMm. 

<  On  dirait  que  le  sort  de  notre  malheureuse  province  est 
attaché  à  toutes  les  grandes  questions  qui  se  débattent  sur 
notre  continent.  Que  ce  soient  l'équilibre  européen,  la  liberté 
de  conscience  ou  le  pouvoir  temporel  qui  sont  en  jeu,  c'est 
l'Alsace  qui  paie  la  rançon  de  ceux  à  qui  la  solution  du  pro- 
blème donne  tort.  Et  ce  n'est  pas  seulement  à  la  géographie 
qu'elle  doit  le  rôle  navrant  qu'elle  ne  cesse  de  jouer  :  il  tient 
aussi  à  sa  situation  historique.  Non  qu'elle  n'ait  pas  essayé 
de  réagir  contre  le  sort  qui  ne  cesse  de  la  menacer  :  avant 
même  que  Schwilz,  Unterwald  et  Un  eussent  secoué  le  joug 
des  Habsbourg,  Golmar  tendait  instinctivement  de  se  sous- 
traire à  l'étreinte  des  grandes  puissances,  et  si  son  entreprise 

^  Industriel  akacien  du  9  septembre  1874. 


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l'invasion  DBS  ARMAGNACS  EN  ALSACE  149 

n'obtînt  pas  le  saccès  dû  au  grand  cœur  de  Walther  RoBssel- 
mann,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que,  grftce  aux  empereurs 
des  maisons  de  Luxembourg;  de  Bavière  et  Palatine,  nos 
villes  impériales  étaient  arrivées  peu  à  peu  à  une  indépen- 
dance qui  les  rendait  à  bien  des  égards  les  égales  des  can- 
tons saisses,  et  qui  aurait  dû  préparer  le  rapprocbement, 
Tassimilation  des  deux  pays.  Gomment  se  fit-il  que  ces  pré- 
mices n'aient  eu  d'autre  conclusion  que  Falliance  de  Mul- 
house avec  Berne  et  avec  Soleure,  et  plus  tard  avec  les 
Treize  cantons?  L'histoire  ne  nous  le  laisse  nullement 
ignorer.  D'une  part  l'élévation  de  Frédéric  III  au  trône  de 
Gharlemagne  désapprit  aux  cités  de  la  Haute-Alsace  leur 
salutaire  opposition  à  la  maison  d'Autriche,  à  l'ennemi 
commun  des  cantons  confédérés  et  des  villes  impériales; 
d'autre  part,  le  traité  de  paix  perpétuelle  conclu  entre  les 
archiducs  et  les  Suisses,  au  début  des  guerres  de  Bourgogne, 
arrêta  net  la  force  d'expansion  de  la  Confédération,  et  mit  fin 
à  ses  conquêtes  du  côté  des  Pays  antérieurs,  aux  dépens  des- 
quels, depuis  un  siècle  et  demi,  elle  n'avait  cessé  de  s'agrandir. 
Puis  vint  la  scission  confessionnelle,  dont  la  Suisse  et  l'Alsace 
ressentirent  également  les  effets,  et  qui,  chez  nous  du  moins, 
ne  permit  plus  à  une  grande  pensée  commune  de  dominer 
les  conflits  religieux.  > 


1*88 


19-25  février  1485.  —  Voyage  des  stettmestres  Marquard       i 
(de  Ruest)  et  Gilles  (KempfTe  ^)  à  Strasbourg,  poUr  prendre  1435^^3^ 
part  à  la  diète  convoquée  par  le  duc  Etienne  ^  pour  tenir  con- 
seil à  l'occasion  des  Armagnacs  (von  der  Armm  Jacken  toegen)  ; 

^  Le  noble  Marquard  de  Ruest  fait  son  apparition  dans  les  listes  des 
stettmestres  de  Colmar  à  partir  de  1422;  il  en  disparsdt  en  1439;  Gilles 
Kempffe  s'y  maintient  depuis  1424  jusqu'en  1448. 

'  Etienne,  duc  de  Simmern  et  de  Deux-Ponts,  fils  de  Tempereur 
Robert  et  frère  de  l'électeur  palatin  Louis  III  le  Barbu,  lieutenant  du 
grand-bailli  d'Alsace,  1410-59. 


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150  BBYUB  d' ALSACE 

leur  absence  dure  cinq  jours,  et  leur  dépense  monte  pour  eux 
et  dnq  chevaux,  à  4 1.  14  s.  9  d.^ 

2  26  février  —  8  mars  1486.  —  Nouveau  voyage  du  stett- 

K-R 

1480^  mestre  Marquard  de  Ruest  à  Strasbourg,  quand  la  diète 
^'       tomba  d'accord  d'une  alliance  contre  les  Armagnacs.  Son 
absence  fut  de  cinq  jours,  et  sa  dépense  pour  lui  et  pour  trois 
chevaux  monta  à  8  1.  19  d.     • 


3  4- 10  mars  1486.  —  Voyage  du  stettmestre  André  (de  West- 
1435-M  haus*),  à  Ribauvillé,  quand  messire  Frédéric  de  Parrey* 

demanda  de  conférer  avec  des  députés  de  Colraar,  au  sujet 
des  Armagnacs.  La  dépense  fut  de  5  s.  10  d. 

4  11-17  mars  1486.  —  Troisième  voyage  du  stettmestre 
M85-86  Marquard  de  Ruest  à  Strasbourg,  pour  assister  à  une  nouvelle 

diète  au  sujet  des  Armagnacs.  Les  délibérations  ne  pouvant 
aboutir,  la  diète  s'ajourna  au  lundi  après  les  Rameaux  (2  avril). 
L'absence  avait  duré  trois  jours,  et  pour  lui  et  ses  trois  che- 
vaux, le  député  dépensa  2  1.  10  s. 

Entrée  en  campagne  contre  les  Armagnacs  :  achat  de  cinq 
creusets  de  Vienne  à  Strasbourg  pour  la  fonte  de  canons. 
Goût  :  2  florins,  soit  1  1.  S  s.  2  d. 

Achat  de  serge  pour  serrer  le  fourrage  et  l'avoine  néces- 
saires à  l'expédition.  Goût  :  15  s. 

5  l"-7  avril  1486.  —  Voyage  du  stettmestre  Marquard  de 
1495^36  Ruest  à  Molsbeim,  sur  la  convocation  de  Schlestadt,  qui  s'était 


p.  46 


^  Je  ne  me  permettrai  pas  de  faire  l'évaluation  de  la  monnaie  qui 
fiçrure  dans  ces  comptes  ;  il  y  faadrait  ane  compétence  qui  n'appartient 
en  Alsace  qu'à  M.  Tabbé  Hanauer.  Je  me  borne  à  faire  remarquer  que  la 
livre  en  question,  commune  aui  villes  de  Bâle,  de  Fribourg  et  de  Brî- 
sach,  était  la  livre  rappe,  dont  six  valaient  cinq  livres  de  Strasbourg. 
À  cette  époque,  le  llorin  valait  11  Vi  sous  de  la  monnaie  de  rappe. 

'  Le  noble  André  de  Westhaus  figure  dans  les  listes  des  stettmestres 
de  1431  à  1457. 

»  Ferry  de  Paroye,  membre  du  Conseil  de  Lorraine.  Cf.  Tubtbt,  Les 
EcorcheurSi  II,  p.  61. 


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l'invasion  DBS  AAMAGNAOS  EN  ALSACE  151 

entremis  pour  accommoder  le  différend  de  la  ville  de  Stras- 
bourg avec  son  évèque  \  et  de  là  à  Strasbourg  pour  prendre 
part  à  la  diète  au  sujet  des  Armagnacs.  Absent  pendant  six 
jours  avec  trois  chevaux,  l'envoyé  dépensa  S  1.  15  s.  11  d. 

9-15  novembre  1487.  —  Voyage  du  stettmestre  André  de      6 
Westhaus  à  Molshdm,  se  rendant  à  la  diète  convoquée  par  ias?^ 
la  ville  de  Strasbourg,  pour  se  concerter  sur  les  mesures  de    ^ 
défense  à  prendre  contre  les  Wallons  (^Walhe)  qui  menaçaient 
d'envahir  le  pays.  L'absence  fut  de  quatre  jours,  et  pour  lui 
et  ses  trois  chevaux,  l'envoyé  dépensa  2  1.  10  s.  16  d. 

28-29  novembre  1488.  —  Voyage  du  stettmestre  André  de      7 

K-B 

Westhaus  à  Strasbourg,  où  il  se  rend  sur  la  convocation  de  1437-88 

p.  68 

Févéque  de  Strasbourg,  pour  aviser  aux  mesures  à  prendre 
contre  le  peuple  nommé  les  Ecorcheurs  (Schinder),  qui  se 
proposait  d'envahir  le  pays.  Le  député  fut  absent  cinq  jours, 
et  dépensa  pour  lui  et  ses  trois  chevaux,  8  1.  2  s.  14  d. 

7-18  décembre  1488.  —  Voyage  du  stettmestre  Gilles      « 
Eempffe  à  Strasbourg,  tant  à  l'occasion  des  Ecorcheurs  que  iast^^ 
sur  la  convocation  du  grand-bailli.'  Son  absence  dura  six 
jours,  et  pour  lui  et  ses  trois  chevaux,  la  dépense  monta  à 
4  1.  4  d. 

29  décembre  1488  —  8  janvier  1489.  —  Voyage  du  stett-      9 
mestre  Gilles  Kempffe  à  Molstaeim,  où  révoque  de  Strasbourg  1437^ 
avait  convoqué  une  Diète  au  sujet  des  Armagnacs  {Armen-    ^' 
yicken),  de  là  à  Strasbourg,  pour  ouïr  les  propositions  du 
grand-bailli.  Le  député  fut  absent  pendant  huit  jours,  et 
dépensa  pour  lui  et  ses  trois  chevaux  51.  10  b. 

H-17  janvier  1489.  —  Voyage  du  stettmestre  André  de      «o 
Westhaus  à  Molsheim,  au  sujet  de  l'alliance  à  conclure  contre  1487-88 

>  Gnillanme  de  Diest,  1393-1439. 

'  L'EIeotear  palatin  Louis  lY  }e  Bon,   on  son  lieutenant  René  de 
ffeiperg. 


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15^  REVUE  D'ALSAGB 

les  ArmaffnacsS  lorsqu'il  fut  décidé  qu'elle  serait  couehée  par 
écrit.  L'absence  dura  sept  jours,  et  la  àépeûBd  de  Tenvoyé 
avec  trois  chevaux  monta  à  5  1.  9  s.  4  d. 

11  25-Sl  janvier  1489.   —  Voyage  du  stettmestre  Gilles 
1487-39  Kempffe,  à  Holsbeim,  au  sujet  des  changements  à  introduire 

^'  ^'  dans  la  rédaction  du  traité  contre  les  Armagnacs,  en  réser- 
vant l'approbation  de  leurs  commettants  :  les  envoyés  tom- 
bèrent d'accord  que  l'évéque  de  Strasbourg  et  ceux  qui 
tenaient  avec  lui,  y  figureraient  pour  moitié.  Le  stettmestre 
était  chargé  en  outre  de  donner  réponse  au  grand-bailli  sur 
ce  qu'il  avait  proposé  précédemment  aux  députés  des  dix 
villes,  réunis  à  Strasbourg.  L'envoyé  fut  absent  sept  jours,  et 
dépensa  pour  lui  et  ses  trois  chevaux  4  1.  16  s.  8  d. 

12  15-21  février  1489.—  Voyage  du  stettmestre  Gilles  Kempffe 
1487-8»  à  Schlestadt,  pour  se  concerter  sur  la  diète  des  dix  villes  impé- 

^  riales,  qu'à  l'occasion  des  projets  conire  les  Armagnacs,  le. 
grand-bailli  voulait  réunir  à  Rosheim  L'envoyé  passa  la 
nuit  à  Schlestadt  avec  trois  chevaux,  et  dépensa  18  s.  11  d. 
Voyage  du  même  pour  se  rendre  à  la  diète  de  Rosheim, 
où  il  resta  quatre  jours.  Pour  lui  et  une  suite  de  trois  che- 
vaux, la  dépense  fut  de  2  1.  4  s.  8  d. 

13  22-28  février  1489.  —  Voyage  du  stettmestre  André  de 
1487^9  Westhaus  à  Molsheim,  où,  sur  la  demande  du  grand-bailli, 

^'  '  révêque  de  Strasbourg  avait  convoqué  une  diète  pour  déli- 
bérer sur  les  mesures  à  prendre  contre  les  Armagnacs.  L'ab- 
sence dura  quatre  jours,  et  la  dépense  monta  à  2  1.  7  s.  1  d. 

14  1*^-7  mars  1489.  —  Le  stettmetttre  Gilles  Kempife  se  rend 
1487^  à  deux  reprises  à  Schlestadt,  à  l'occasion  de  l'entrée  des 

^'  Ecorcheurs  en  Alsace.  La  dépense  pour  les  deux  voyages 
monta  à  16  s.  8  d. 


^  Cf  L.  Spagh,  Un  Trcàté  d*alUance  contre  Us  Armagnacs  {Œuvres, 
t.  III,  p.  475). 


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l'invasion  DBB  itBMAGNAOS  BN  ALSACE  153 

De  son  cMé,  l'obristmestre,  arec  quelques  stettmestres  et 
conseillers  qui  lui  avaient  été  adjoints,  fait  la  visite  des  fossés, 
pour  voir  s'il  ne  faudrait  pas  en  creuser  de  nouveaux,  et  com- 
ment on  disposerait  rartillerie  entre  les  fossés.  La  dépense, 
tant  pour  les  magistrats  et  les  sergents  ou  valets  qui  les 
accompagnaient)  que  pour  l'éclairage  des  séances  nocturnes 
du  Conseil,  monta  à  1 1. 10  s.  1  d. 

8-14  mars  1489.  —  Séjour  du  grand-baillî  à  Colmar,  où  il      ,g 
vient  à  l'occasion  des  Armagnacs.  La  ville  lui  offre  10  quartaux  ^J^'^ 
d  ayoine,  coûtant  8 1. 18  s.  4  d.,  et  un  saumon  valant  1  1.  iO  s.     p*  '* 

Passage  des  Armagnacs  qui  gagnent  le  pays  haut.  Occupés 
entre  les  remparts,  dans  la  ville,  dans  les  champs  où  ils 
tenaient  des  postes  d'observation  (die  wartm  zuuerslahendé), 
les  magistrats,  les  serviteurs,  les  sergents  et  les  valets,  occupés 
de  toutes  les  manières,  firent  une  dépense  de  8  1. 8  s.  6  d. 

Différents  voyiiges  de  Jean  Meyger  et  de  Nicolas  Pflûger,  à 
Schlestadt  et  à  Bergheim,  pour  recueillir  désinformations 
sur  les  Armagnacs.  La  dépense  monte  à  12  s.  4  d. 

Payé  à  Gdpffrit,  pour  le  bois  qu'on  a  brûlé  pendant  qu'on 
montait  la  garde  entre  les  remparts,  5  s. 


15-21  mars  1489.  —  Dépense  faite  pour  les  serviteurs  et 


16 


p.  80 


les  valets  de  la  ville  qui,  pendant  cette  alerte,  avaient  fait  des     k^ 
allées  et  des  venues  sans  nombre  au  Waagkeller  ^  :  1  1.  p-''^ 

22-28  mars  1489.--  Voyage  du  stettmestre  André  de  West-      ,7 
haus  à  Berghcim,  où  il  s'était  rendu  comme  envoyé  de  la  ville,  iJ^;^ 
sur  rappel  du  grand-bailli,  pour  y  conférer  au  sujet  des  Arma- 
gnacs. La  dépense  fut  de  4  s.  S  d. 

Voyage  du  stettmestre  Gilles  Kempffe  à  Strasbourg,  sur 
l'invitation  de  cette  ville,  qui  avait  été  mise  en  demeure  de 
prendre  part  à  une  campagne  contre  les  Armagnacs;  de  là  à 
Schlestadt,  pour  s'entendre  avec  une  députation  à  envoyer  au 

^  La  cave  à  la  balance  ou  maison  de  ville. 


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154  BBVUB  d'alback 

roi  des  Romains  Frédéric  ED.  Son  absence  dura  dnq  jours, 
avec  trois  cheTSiix,  et  la  dépense  monta  à  3  1.  S  s. 

18  29  mars  —  4  avril  14S9.  —  Voyagé  du  stettmeatre  Mar- 
1487^  qoard  de  Ruest  à  Haguenau,  où  il  s'était  rendu  avec  tr<MS 

^'  cbeTaox^  sur  la  convocation  du  grand*bailli,  pour  prendre 
part  à  une  diète  des  villes  impériales,  spécialement  rassem- 
blée pour  s'entendre  sur  une  expédition  contre  les  Arma- 
gnacs. L'envoyé  fut  absent  six  jours,  et  dépensa  4  1.  8  s.  6  d. 
Payé  à  Nicolas  zem  Balmen^  le  mattre  artilleur,  et  à  son 
fils  Jean,  à  chacun  onze  journées  de  travail,  pour  avoir  mis 
les  canons  en  batterie  entre  les  fossés  à  l'occasion  du  passage 
des  Armagnacs.  En  tout  2  1. 4  s. 

19  6-19  avril  1489.  —  Dépense  de  Henri  Priburger  à  Thann 
14871^  et  à  Gemay,  où  il  avait  été  envoyé  en  observation  pour  sur- 
veiller les  mouvements  des  Armagnacs  :  en  tout  5  fl.  2  s., 
soit  en  argent  2  1.  19  s.  6  d. 

Dépense  à  l'occasion  du  tracé  et  du  piquetage,  par  le  magis* 
trat,  du  fossé  derrière  Saint-Pierre,  qu'on  a  entrepris  de 
creuser  auiç  féte^  de  Pftques  :  7  s.  10  d. 

20  12-18  avril  1489.  —  A  Spengelin  le  faiseur  darbalètes, 

K-B 

i487--8e  pour  avoir  aidé  Wernlin  Armbroster,  à  roccasion  du  pas- 

D*  84 

sage  des  Armagnacs  :  16  s.  4  d.;  item  à  Knore  le  cordonnier, 
pour  des  pulvérins  en  cuir  :  5  s.;  et  à  Breitenstein,  pour  des 
sacs  à  balles  en  serge  :  4  s.  Total  :  1 1.  5  s.  4  d. 

21  19-25  avril  14S9.  —  Dépense  de  Matthieu  de  Sarburg  à 
i*»7-j»  Thann,  où  il  avait  été  envoyé  à  l'occasion  des  Armagnacs  : 

*"■        18  s. 

22  26  avril  —  2  mai  1489.  —  A  Nicolas  zem  Balmen,  pour 
i4«7-8»  avoir  fait  rentrer  l'artillerie,  et  mettre  en  sûreté  la  poudre  et 

p>  86 

les  autres  accessoires,  payé  12  s. 

^  Nicolas  Westermann,  surnommé  zum  Balmen,  de  la  maison  qu'il 
habitait,  a  passé  au  service  de  la  ville,  comme  maître  artilleur,  en  1431. 
Cf.  Archives  de  Colmar,  E,  32,  7. 


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p.8 


l'invasion  DBS  ABHAONAOS  BN  ALSAOB  155 

A  ThoBoas  Keser,  qui  avait  été  fait  prisonnier  par  les 
Armagnacs,  payé,  suivant  convention,  pour  le  cheval,  pour 
Tarmure  et  pour  le  reste,  18 1.  fidsant  40  fi. 

St-27  juin  1489.  —  Voyage  du  stettmestre  Gilles  Kempffe  23 
à  Strasbourg,  où  il  s'était  rendu  avec  les  députés  des  autres 
Tilles  impériales,  pour  délibérer  sur  un  message  de  Tévéque 
de  Mayence*  et  du  duc  Othon,  ccmoemant  les  Armagnacs,  et 
sur  un  autre  message  du  roi  des  Romains,  demandant  du 
secours.  Absent  pendant  quatre  jours,  avec  trois  chevaux,  sa 
dépense  monte  à  8  1.  2  s.  2  d. 

Autre  voyage  du  même  à  Schlestadt,  au  sujet  de  la  diète 
convoquée  à  Mayence  :  9  s.  6  d. 

1218 juillet  1439.  —Voyage  du  stettmestre  Gilles  Kempffe  24 
à  Mayence,  pour  prendre  part  à  la  diète  convoquée  par  les  hm-ai 
électeurs,  pour  s'entendre  sur  les  mesures  à  prendre  contre 
les  Armagnacs,  et  aussi  pour  aviser  aux  prestations  que 
demandait  le  roi  des  Romains.  La  dépense  de  l'envoyé  et  de 
deux  serviteurs  à  sa  suite,  pendant  les  quinze  jours  qu'ils 
furent  absents,  monta  à  10  1.  3  s.  9  d.  Il  semble  que  les 
autres  villes  impériales  ont  dû  y  contribuer  au  môme  titre 
que  Golmar. 

6-12  mars  1440.  —  A  Henny  Swartz«    qui   avait    été     25 
envoyé  à  Mulhouse  pour  s'informer  si  le  bruit  du  retour  des 
Armagnacs  était  ou  non  fondé,  payé  6  s.  2  d. 

28  septembre  1442.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  2e 
mandent  à  Tévéque  Robert  de  Strasbourg,  landgrave  d'Al-  U4»^ 
sace,  qu'à  leur  retour  de  Saveme,  où  Sa  Grflce  les  avait  con- 
voqués, les  députés  de  la  ville  ont  apporté  la  nouvelle  qu'un 
peuple  étranger  était  sur  le  point  d'envahir  le  pays;  reste  à 
savoir  ce  que  l'on  se  propose  de  faire.  En  ce  qui  les  concerne, 
le  maître  et  le  Conseil  se  conformeront  dans  cette  circonstance, 

«  Thierry  d'Erpach,  1434-59. 


K-B 
p.  41 


rss 


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156  RBvuB  d'albacb 

comme  toujoars,  à  tout  ce  que  les  princes,  les  seigneurs  et  les 
▼illes  décideront  de  fidre  pour  la  défense  commune. 
Vendredi  a^ant  la  Saint-Michel  1442. 

27  21-27  octobre  1442. — Voyage  du  stettmestre  Gilles  Kempfife 
i44s'-4s  à  Obernay  et  de  là  à  Molsheim,  où  il  se  rend  auprès  de  Tévèque 

de  Strasbourg  relativement  au  péage  (de  Matzenheim)  et  au 
peuple  étranger  qui  menace,  dit-on,  d'envahir  le  pays.  Retour 
à  Obernay,  pour  délibérer  sur  une  alliance  à  conclure.  Absent 
pendant  six  jours  avec  trois  chevaux,  l'envoyé  dépensa  8  I. 
18  s.  6  d. 

28  H-17  novembre  1442.  —  Voyage  du  stettmestre  Gilles 
144S-48  Kempfle  à  Saverne,  encore  au  sujet  des  Armagnacs  (^Arme 

Jecken),  et  aussi  relativement  au  différend  de  Schlestadt  avec 
Henri  Grëfe.  Il  fut  absent  six  jours,  avec  trois  chevaux.  De  là 
il  se  rendit  à  Bflle,  qui  avait  prié  Colmar  de  lui  envoyer  une 
députation  à  l'occasion  du  péage  de  Neuenburg.  Pour  les  deux 
voyages,  la  dépense  monta  à  5  1.  6  s.  6  d. 

29  25  novembre  —  1**  décembre  1442.  —  Voyage  du  stett- 
mestre Walther  Thurant*  à  Molsheim,  au  sujet  des  Arma- 
gnacs; de  là  à  Strasbourg  pour  rejoindre  son  collègue  Gilles 
Kempffe,  et  conférer  de  la  valeur  des  marcs  (von  der  marcken 
u>egm)i  et  pour  assister  au  plaid  contre  Pierre  Blflmelin.*  Le 
voyage  dura  huit  jours,  et  la  dépense  avec  deux  chevaux  monta 
à21. 19  s.  6d. 

31         10-16  février  1448.  —  Voyage  du  stettmestre  Walther 

K-B 

144S-4S  Thurant  à  Ribauvillé,  se  rendant  auprès  du  sire  de  Ribau- 

p.  S8 

pierre^  qui  avait  invité  Golmar,  Schlestadt  et  Kaysersberg  à 
venir  se  concerter  avec  lui  sur  ce  qu'il  y  aurait  à  faire,  si  le 

^  Figure  dans  le  Magistrat  de  1442  à  1458. 

'  Pierre  Bliimelin  a  soutenu  contre  Colmar,  au  sujet  d'une  succession 
qa11  prétendait,  un  long  procès  entremêlé  de  voies  de  fait.  Il  finit  par 
être  tué  an  cours  de  ce  litige,  en  1452. 

'  Maximin  de  Ribaupierre,  f  1450. 


144S-4S 

p.  M 


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p.  u 


l'invasion  DBS  ARMAGNaGS  EN  ALSACE  157 

peuple  étranger  enyahissait  le  pays  et  s'emparait  d'une  place 
forte.  La  dépense  monte  à  S  s.  5  d. 

14-20  avril  1448.  —  Voyage  de  Jean  de  Virdenheim^  à     3i 
Ribauvillé,  pour  assister  à  la  conférence  réunie  par  le  sire  de  i4a-4d 
Ribaupierre,  afin  de  s'entendre  sur  les  mesures  de  défense  à    ^' 
opposer  à  l'invasion  dont  le  pays  est  menacé.  Pour  deux  jours 
d'absence  avec  trois  chevaux,  la  dépense  monta  à  18  s.  2  d. 

6-12  octobre  1448.  —  Â  Brunheitz,  un  varlet  du  comte  de     32 

K-B 

Ltltzelstein,  qui  avait  donné  avis  de  la  marche  d  un  corps  1443-44 
d'armée,  contre  lequel  il  croyait  que  la  ville  devait  se  tenir  en 
garde,  payé,  sur  Tordre  de  quelques  stettmestres,  14  s.  pour 
une  casaque. 
18-19  octobre  1448.  —  Voyage  d'Antoine  de  Wittenheîm     33 

'    ^  K-B 

k  Ribauvillé,  pour  parler  au  sire  de  Ribaupierre  de  quel- 
ques informations  qu'on  avait  reçues  touchant  un  peuple 
étranger  qui  aurait  pénétré  en  Alsace.  Sa  dépense  monta  à 
4  s.  6  d. 

Aux  servileurs  qui,  par  ordre,  étaient  allés  en  observation, 
payé  pour  leur  dépense  7  s.  4  d. 

20-26  octobre  1448.  —  A  Jean  von  Tberg  et  à  Henri  Smydt,      34 
chargés  d'escorter,  le  jour  de  la  Saint-Gall,  les  bourgeois  qui  i44»-44 

p.  15 

se  rendaient  à  Mulhouse  pour  le  marché  (ou  foire  de  Diden- 
heim),  payé  pour  leur  dépense  14  s.  4  d. 

A  Henri  Friburger  et  à  SchQtzelin,  qui  avaient  servi  d'es- 
corte aux  bourgeois  qui  se  rendaient  au  marché  de  Guebwiller, 
payé  8  s.  10  d. 

i^'l  décembre  1448.—  Aux  serviteurs  de  la  ville  qui,  le     35 

K-B 

jour  de  la  Sainte-Catherine,  ont  servi  d'escorte,  à  l'aller  et  au  mC^u 
retour,  aux  bourgeois  qui  se  rendaient  au  marché  de  Berg-    '*' 
heim  et  de  Guebwiller,  plus  à  ceux  qui  ont  été  en  observation 
et  partout  où  on  les  envoyait,  payé  en  tout  1 1.  17  s. 

^  Le  noble  Jean  de  Virdenheim  figure  dans  les  listes  des  stettmestres 
de  1442  à  1464. 


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158  fiSvtJB  d'alsagb 

36  26  ami  -^  2  mai  1444.  —  A  Pierre  BcBkelin  et  à  d'antres 
L448-44  varlets  qui,  pendant  les  dernières  fêtes  de  Pâques,  s'étaient 

rendus  à  MUnster  poar  escorter  à  leur  retour  les  bourgeois 
revenant  du  marché,  payé  pour  leur  dépense  7  s.  5  d. 

Aux  capitaines  et  aux  yarlets,  quand  ils  firent  choix  de 
postes  d'observation  et  de  gardes,  payé  pour  leur  dépense 
1 1.  9.  s.  11  d. 

37  17-28  mai  1444.  —  Aux  six  hommes  qui  ont  servi  d'escorte 

K-B 

jusqu'à  Bftle  à  des  marchanda  de  Berne  et  de  Soleure,  payé 
pour  leur  dépense  1  1.  4  s.  j 


p.  46 


p.« 


38  24-80  mai  1444.  —  A  cenx  qui  ont  servi  d'escorte  aux 
bourgeois  qui  s'étaient  rendus  au  dernier  marché  de  Bflhl 
(jSOAe/),  et  aux  serviteurs  qui  ont  été  chaque  jour  en  obser- 
vation, payé  pour  leur  dépense  2  1.  9  s.  6  d. 

A  Henri  Smydt,  qui  s'était  rendu  à  Bûhl  pour  donner  pro- 
tection aux  bourgeois  qui  prenaient  part  au  marché,  payé  sa 
dépense  pendant  deux  jours,  6  s.  2  d. 

39  14  juillet  1444.  —  Sur  les  explications  que  leur  ont  don- 
ii4s-4s  nées  leurs  confédérés  de  Schlestadt,  touchant  les  deux  diètes 

convoquées  à  Molsheim,  au  sujet  de  l'invasion  dont  on  est 
menacé,  la  première  pour  le  jeudi  après  la  Sainte-Marguerite 
(16  juillet)  par  l'évéque  de  Strasbourg,  l'autre  pour  la  Sainte- 
Madeleine,  par  l'électeur  palatin  Louis  lY,  le  Bon,  le  maître 
et  le  Conseil  de  Golmar  leur  mandent  que  des  alBbires  urgentes 
ne  leur  permettront  pas  de  prendre  part  à  la  première  confé- 
rence, qui  d'ailleurs  ajournera  probablement  son  vote  à  la 
réunion  suivante,  à  laquelle  ils  espèrent  pouvoir  se  rendre. 
En  conséquence,  ils  prient  leurs  voisins  de  Schlestadt  de  les 
représenter  à  cette  première  diète,  et  si  l'on  y  délibère  sur 
les  moyens  de  se  défendre,  de  ne  pas  y  &ire  d'opposition 
intempestive. 
Mardi  avant  la  Sainte-Marguerite  1444. 


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l'invasion  DBS  ARMAQNAOS  EN  ALSACE  150 

t**  août  1444.  —  Le  mittre  et  le  Conseil  de  Golmar  mandent  40 
au  chevalier  Reinbard  de  Neiperg,^Iieutenant  du  grand-bailli  lui-^ 
d'Alsace,  qu'ils  n'avaient  pas  manqué  de  mettre  leurs  députés 
en  route  pour  se  rendre  à  la  diète  convoquée  à  Haguenau 
par  rélecteur  palatin;  mais  arrivés  à  Strasbourg,  les  envoyés 
apprirent  que  la  réunion  était  contremandée,  ce  qui  les  obligea 
à  revenir  sur  leurs  pas,  au  grand  déplaisir  de  leurs  commet- 
tants, qui  les  Vivaient  spécialement  chargés  d'entrenir  le  repré- 
sentant du  grand-bailli  de  l'attaque  dont  la  ville  venait  d'être 
l'objet  du  fait  de  Pierre  BlQmlin.  Si  depuis  la  députation  ne 
s'est  pas  rendue  tout  spécialement  auprès  de  lui,  cela  tient 
aux  dangers  auxquels  le  pays  est  exposé  de  la  part  du  peuple 
étranger  qui  menace  de  l'envahir,  ainsi  que  la  nouvelle  en 
arrive  de  tous  côtés.  Toutefois  pour  ne  pas  laisser  ignorer 
plus  longtemps  au  sire  de  Neiperg  ce  qui  s'est  passé,  le 
maître  et  le  Cionseil  lui  rapportent  que  le  jeudi  après  la 
Sainte-Marguerite,  à  2  heures  du  matin,  Pierre  BlOmiin  et  ' 
ses  auxiliaires  se  sont  jetés  sur  le  bétail  et  les  chevaux  de 
Golmar,  qui  se  rendaient  au  pftturage  de  nuit,  et  les  ont 
eomienés.  Aussitôt  prévenus,  les  bourgeois  se  mirent  à  la 
poursuite  des  ravisseurs,  qu'ils  atteignirent  à  près  de  5  milles 
de  là.  On  en  vint  aux  mains,  et  outre  le  bétail  qui  fut  repris, 
les  assaillants  eurent  plusieurs  hommes  pris  et  tués,  tandis 
que  les  Golmariens  ne  perdirent  que  deux  des  leurs,  un  garçon 
tué  et  un  prisonnier.  Il  est  question  aujourd'hui  de  la  conclu* 
sien  de  la  paix  ou  d'un  armistiee:  mais  quoi  qu'il  arrive,  la 
ville  ne  tardera  pas  à  envoyer  ses  députés  au  chevalier  de 
Neiperg,  pour  prendre  conseil  sur  cette  affaire. 
Samedi,  jour  de  la  Saint-Pierre-ès-Iiens  1444. 


( )  Décret  du  maître  et  du  Cionseil  de  Golmar     4i 

qui,  sur  la  nouvelle  que  le  peuple  étranger  se  proposait  d'en-  im^ 
vahir  le  pays,  rendent  libre  l'entrée  et  la  sortie  des  denrées 
qu'on  voudrait  réfugier  en  ville,  les  affranchissent  du  péage 


p.isi 


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160  RBYUB  D'ALSAOK 

et  de  tous  aatres  droits,  et  défend  à  qui  que. ce  soit  de  s'en 
nantir  ou  saisir. 

En  même  temps  ils  prescrivent  à  leurs  ressortissants 
d'amener  en  yilie  tout  ce  qui  leur  appartient  au  dehors,  ou 
du  moins  de  le  mettre  en  lieu  sûr. 

Sans  date. 

42  9-16  août  1444.  —  A  Conrad  Meyger  et  à  Pierre  BrOstelin, 
140^  qui  avaient  été  envoyés  vers  le  pays  haut,  pour  prendre  des 

^'  informations  sur  les  Ecorcheurs  et  sur  différentes  autres 
choses,  et  qui  étaient  restés  absents  pendant  dix  jours,  payé 
pour  leur  dépense  et  pour  leur  salaire,  1 1.  18  s. 

A  quatre  autres  varlets  qui  étaient  allés  aux  informations, 
pays  haut  et  pays  bas,  et  qui  étaient  restés  dehors  une  nuit 
et  une  demi-journée,  8  s. 

43  16-S2  août  1444.  —  Pour  les  serviteurs  de  la  ville  qui  ml 

K-B 

uA4r-^  été  en  observation  et  qui  ont  rempli  d'autres  missions,  et  pour 
*'  les  membres  du  Magistrat  qui  ont  inspecté  les  créneaux  et 
délibéré  sur  les  mesures  à  prendre  dans  les  graves  circon- 
stances où  Ton  se  trouve,  payé  19  s.  1  d. 

Aux  tribus  qui  avaient  monté  la  garde  pendant  quatre 
nuits,  lors  du  séjour  du  grand-bailli  à  Gohnar  au  sujet  du 
peuple  étranger,  payé  pour  du  vin  8  s. 

A  George  Enderlin,  pour  convertir  en  balles  2  quintaux 
moins  8  livres  de  plomb,  payé  8  1.  8  s.  4  d. 

Lorsqu'on  démolit  le  rempart  près  du  cimetière  des  jui&^ 
et  qu'on  rasa  ledit  cimetière,  payé  pour  deux  mesures  de 
vin  et  pour  gratifications  1 1.  9  s.  4  d. 

a         2S-Î9  août  1444.  —  Au  prévôt  Walther  Thurant,  chargé 
I 

^  Ce  cimetière,  qui  semble  avoir  été  contip  an  fossé,  occapait  rem- 
placement où  fnt  depnis  bâti  la  tnilerie  de  la  ville,  devant  la  porte  de 
Brisach.*  Cette  usine  a  été  remplacée  de  notre  temps  par  nne  maison 
d'habitation  constroite  par  MM.  Birkel  et  Kress. 


p.  10 


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l'invasion  DBS  ARMAGNACS  £K  ALSACE  161 

d*aller,  entre  autres,  à  Schlestadl  pour  y  visiter  les  forlifica- 

tions  (Bolwergke)^  payé 

A  Jean  de  Malines,  pour  2  quintaux  et  8  livres  de  plomb, 
41.  6d. 

29  aeûl  1444.  —  En  réponse  au  sire  Maximin  de  Ribau-      ^o 
pierre,  qui  s'était  plaint,  au  nom  des  juifs  de  ses  domaines,  144V- 4s 


103 


de  la  profanation  du  cimetière  des  juifs  à  Golmar,  soi-disant 
propriété  commune  de  la  juiverie  d'Alsace,  dont  la  ville  avait 
rasé  les  murs  et  enlevé  les  tombes,  le  maître  et  le  Conseil  de 
Golmar  lui  mandent  que  les  mesures  prises  par  eux  n'ont 
rien  que  de  régulier,  alors  que  le  pays  est  désolé  par  une 
guerre  furieuse.  Dans  de  pareilles  conjonctures,  c'est  le  droit 
de  chacun  de  démolir  ce  qui  peut  lui  porter  dommage,  et  la 
ville  n'a  pas  plus  épargné  les  constructions  des  autres  bour- 
geois que  le  cimetière  des  juifs;  il  n'est  même  pas  impossible 
qu'on  fasse  subir  le  même  sort  à  des  églises  consacrées  \ 
comme  à  toutes  les  bâtisses  dont  l'ennemi  pourrait  se  couvrir. 
Du  reste,  le  maître  et  le  (Conseil  se  réservent  de  répondre 
plqs  amplement  à  Sa  Grflce,  quand  le  danger  sera  passé;  pour 
aujourd'hui,  ils  sont  tout  entiers  au  soin  de  leur  défense. 
Samedi  après  la  Saint-Barthélemy  1444. 

Au  bailli  de  Riquewihr  et  à  la  viUe  de  Bergheim,  qui  avaient 
aussi  transmis  les  doléances  de  leurs  ressortissants  juifs,  le  maître 
et  le  Conseil  répondent  bOus  la  même  date  et  dans  les  mêmes 

termes. 

80  août  —  6  septembre  1444.  —  A  Nicolas  zem  Balmen,      «6 
pour  avoir  fabriqué  1  quintal  de  poudre,  1  1.  uïi'-is 

A  Fritschi  Kremer,  pour  3  quintaux  de  plomb,  6  1.  19  d.       ^' 
A  deux  varlets  envoyés  en  reconnaissance  vers  le  pays 
haut,  12  s. 

1^  s'agit  de  la  chapelle  de  Sainte-Anne,  qui  a  donné  son  nom  à  l'an- 
cien   cimetière,    à    un    bastion   (Sant-Ànmi'Wehr}   el   à  un  lieu  dil 

No'i^elle  Sénc.  -  4^  Année.  1 1 


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162  BEVinB  d'albaoj^ 

47  15  septembre  1444.  —  Le  bourgmestre  et  le  Conseil  de 
1442-48  Colmar  écrivent  à  Louis  de  Vienne,  Dauphin  de  France,  pour 
^^^  le  prier  de  mettre  fin  aux  excès  de  ses  troupes  sur  le  terri- 
toire de  la  ville,  puisqu'elles  ne  sont  venues  dans  le  pays  que 
pour  porter  secours  à  la  maison  d'Autriche.  Chaque  jour  les 
soldats  mettent  à  mort,  blessent,  dépouillent  ou  rançonnent 
des  bourgeois  de  Colmar,  exercent  d'odieuses  violences  sur 
des  femmes,  des  vierges,  des  enfants;  il  n'est  plus  possible 
aux  habitants  de  tirer  parti  de  leurs  terres.  Cependant  la 
ville  n'a  pas  cessé  de  prouver  son  attachement  à  la  maison 
d'Autriche;  elle  n'a  fait  aucun  traité  avec  ses  ennemis.  Aussi 
est-elle  convaincue  que  c'est  contre  le  gré  du  Dauphin,  prince 
éminemment  chrétien,  que  ses  soldats  maltraitent  ainsi  un 
membre  du  Saint-Empire,  dont  le  chef  est  laîné  de  la  maison 
d'Autriche;  une  cité  sous  la  protection  du  comte  palatin  du 
Rhin,  qui  lui  a  écrit  pour  lui  garantir  sa  sécurité  pendant 
cette  guerre;  une  ville  qui  n'a  jamais  rien  eu  à  démêler  avec 
la  couronne  de  France.  En  conséquence,  le  bourgmestre  et  le 
Conseil  supplient  le  Dauphin  de  les  épargner,  en  promettant 
de  lui  tenir  compte  de  la  bienveillance  qu'il  leur  témoignera 
en  cette  circonstance. 

Mardi,    lendemain    de   l'Exaltation    de    la    Sainte-Croix 
1444. 

Quoique  le  messager  chargé  de  cette  lettre  fût  muni  d'un  sauf- 
conduit,  délivré  par  un  capitaine  français  nommé  Pouchon  de 
Ryyière^  (sic),  qui  était  posté  pour  lors  à  Munzenheim,  il  ne  par- 
vint pas  d'abord  à  la  remettre  au  Dauphin.  Arrivé  au  dessus  de 
Rouffach,  il  rencontra  des  soldats  qui  lui  enlevèrent  son  habit, 
sa  ceinture,  sa  gibecière,  sa  dépêche  et  son  argent,  et  l'emme- 
nèrent avec  eux.  La  ville  dut  envoyer  un  autre  messager  avec  un 
dtiplicala  de  la  lettre  ci-dessus. 


^  Pochon  de  Rivière,  capitaine  gascon,  tué  au  siège  de  Saint-Hippo- 
lyte,  en  Alsace,  et  enterre  à  Isenheim.  Cf.  A.  Tubtet,  1  c.  t.  r%  p.  2T7, 


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L'mVÂSIOK  DBS  ÀRMAGNAOS  EN  ALSA.GB  163 

15  septembre  1444.  —  Dans  rextrémité  où  ils  se  trouvent     43 
et  qu'ils  lui  exposeut  dans  les  mêmes  termes  qu'au  Dauphin,  iJf2^8 
le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  font  appel  au  margrave    ^  ^^ 
Guillaume  de  Hochberg-Sausenberg  \  grand-bailli  des  domaines 
autrichiens,  pour  qu'il  intervienne  en  leur  faveur  auprès  de 
ce  prince,  et  qu'il  procure  à  leur  messager  une  réponse 
comme  ils  la  demandent. 

Mardi,  lendemain  de  l'Exaltation  de  la  Sainte-Croix  1444. 

18  septembre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar     4» 
rappellent  au  chevalier  Reinhard  de  Neiperg,  lieutenant  du  1442-48 
grand-bailli  en  Alsace,  l'entretien  qu'ils  avaient  eu  avec  lui,  «*  ^  1^ 

^  ^  '     verso 

la  dernière  fois  qu'il  était  chez  eux,  au  sujet  du  peuple 
étranger  qui  a  envahi  l'Alsace,  et  des  excès  de  tous  genres 
qu'il  commet,  tuant,  maltraitant,  rançonnant  les  hommes, 
violant  et  déshonorant  les  femmes  et  les  enfants,  dévastant 
tout  le  pays.  A  son  passage  à  Schlestadt  et  à  Haguenau,  il 
devait  entretenir  leurs  alliés  des  mesures  à  prendre  pour 
mettre  fin  à  ces  horreurs  ;  mais  on  ne  sait  pas  encore  ce  que 
ces  villes  ont  répondu.  Cependant  l'insolence  de  ces  étrangers 
devient  de  jour  en  jour  plus  intolérable,  et  il  est  à  craindre 
que  quelques  petites  villes  du  voisinage  ne  soient  distraites  • 
de  l'Empire.  A  cette  situation  s'ajoute  encore  un  autre  dan- 
ger :  des  rapports  certains  annoncent  que  le  petit  peuple  des 
villes  et  des  campagnes,  impatient  des  maux  dont  il  souffre, 
prétend  se  rassembler  et  se  défendre  lui-même,  si  ses  sei- 
gneurs ne  peuvent  le  secourir.  La  ville  craint  fort  que  si  on 
laisse  le  peuple  s'armer,  qu'il  ne  se  soulève  contre  la  noblesse  • 
et  contre  les  cités;  pour  aujourd'hui  on  ne  peut  qu'appeler 
l'attention  des  princes,  des  seigneurs  et  des  communes  sur  ce 
qui  pourrait  arriver  si  cette  menace  se  réalisait.  L'irritation 
du  peuple  est  extrême.  «  Nous  avons,  dit-il,  rois,  grands- 
baillis  et  seigneurs;  chacun  ne  demande  qu'à  prendre,  mais 

*  1428-73, 


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164  RBVUS  d'âlsage 

en  échange  on  est  tenu  de  protéger  le  paya,  de  garantir  la 
sûreté  des  récoltes  et  des  habitants  ;  malgré  cela  on  n'obtient 
de  secours  nulle  part.  »  Tout  cela  est  fort  sérieux,  et  la  ville 
ne  peut  le  laisser  ignorer  ni  au  chevalier  Reinhard,  ni  au 
grand-bailli,  le  duc  Louis  IV  ;  il  est  temps  d'aviser  aux  moyens 
de  parer  au  double  danger  auquel  on  est  exposé.  En  ce  qui 
concerne  Colraar  en  particulier,  le  maître  et  le  Conseil  mandent 
que  journellement  des  bandes  traversent  et  ravagent  son  ter- 
ritoire, et  insultent  la  ville  ;  les  dommages  qu'elles  causent, 
sont  incalculables;  avec  Talde  de  Dieu,  on  est  résolu  de  se 
bien  défendre,  mais  il  est  à  craindre  que  ces  étrangers,  qui 
sont  en  force,  ne  s'arrêtent  dans  le  pays  haut,  et  ne  traitent 
d'autres  villes  de  la  même  manière.  On  dit  que  le  duc  de 
Savoie^  et  les  Confédérés  suisses,  avec  la  ville  de  Bâle,  ont 
envoyé  des  députés  au  Dauphin,  en  ce  moment  à  Ensîsheim, 
mais  on  ignore  Tobjet  de  leurs  missions. 

Par post-scriptum,  le  maître  et  le  Conseil  annoncent  encore 
au  sire  de  Neiperg  que,  de  l'autre  côté  du  Rhin,  près  de 
13,000  hommes  du  peuple,  de  la  Forêt-Noire  et  du  Brisgau, 
sont  réunis  en  armes  sous  le  commandement  de  quelques 
nobles,  bien  résolus  de  défendre  l'entrée  de  leur  pays,  pour 
qu'il  ne  lui  arrive  pas  malheur  comme  à  l'Alsace.  Il  est  à 
craindre  que  cet  exemple  n'encourage  les  mécontents  de  ce 
côté-ci  du  Rhin  à  en  faire  autant. 

Avant  de  clore  la  lettre,  on  a  encore  reçu  la  nouvelle  que 
les  agents  seigneuriaux  de  Sainte-Croix  ont  livré  cette  vîllette 
au  Dauphin,  et  que  ses  soudards  en  ont  pris  possession.  Le 
Dauphin  doit  aussi  avoir  envoyé  des  sommations  pour  se  faire 
ouvrir  les  portes  de  Rouffach,  de  Guebwiller  et  de  Herlisheim. 

Vendredi  avant  Saint-Matthieu,  apôtre  et  évangéliste,  1444. 

50  18  septembre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar 

1    M 

u4»-48  exposent  leur  situation  et  celle  du  pays  à  leurs  bons  amis  de 

f»  107-08 

^  Lonis,  due  de  Savoie,  1434-65. 


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l'invasion  des  armagnacs  en  ALSACE  165 

Hagueiiau,  à  pea  près  dans  les  mêmes  termes  qu'au  chevalier 
de  Neiperg,  et  leur  demandent  des  nouvelles  des  mesures 
qu'il  devait  prendre  de  concert  avec  eux  pour  le  salut  com- 
mun. Il  était  question  notamment  d'envoyer  une  députation 
à  l'Ëlecteur  palatin,  au  besoin  même  an  roi  des  Romains,  et 
quelque  difQcile  qu'il  soit  dans  ce  moment  de  se  mettre  en 
rapport  les  uns  avec  les  autres,  il  aurait  été  bien  à  désirer 
que  ce  concert  fût  déjà  établi.  Quant  aux  dispositions  où  se 
trouve  le  petit  peuple  et,  qui  sont  si  inquiétantes,  ils  les  . 
prient  de  prendre  tout  particulièrement  l'avis  de  la  ville  de 
Strasbourg. 

Vendredi  avant  la  Saint-Malthîeu  1448. 

49  septembre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar  51 
informent  leurs  bons  amis  de  Haguenau,  qu'après  le  départ  1448-48 
de  leur  lettre  de  la  veille,  la  nouvelle  s'est  répandue  que  la 
villette  et  forteresse  de  Sainte-Croix  avait  ouvert  ses  portes 
au  Dauphin.  Ils  n'ont  pu  le  croire  d'abord,  et  pour  s'en  assu- 
rer, ils  ont  envoyé  pendant  la  nuit  aux  informations.  Leur 
éclaireur  vient  de  revenir,  et  il  rapporte  que  les  ennemis 
occupent  la  villette  et  le  château.  On  a  lieu  de  craindre  que 
les  autres  petites  villes  des  environs  n'en  fassent  autant;  du 
moins  cela  se  dit,  et  à  Colmar  on  n'airae  pas  l'entendre  dire. 
L'invasion  s'appesantit  de  plus  en  plus  sur  le  pays,  et  elle 
menace  de  s'étendre  et  de  durer  si  l'on  n'y  obvie.  Le  maître 
et  le  Conseil  prient  là  ville  de  Haguenau  d'en  parler  au 
grand-bailli,  pour  voir  ce  qull  y  aurait  à  faire.  D'après  ce 
qu'on  entend  dire,  les  bonnes  gens  de  Sainte-Croix  se  lamen- 
tent et  pleurent  leur  honneur,  leur  vie,  leurs  biens,  leurs 
femmes  et  leurs  enfants,  tout  ce  qui  leur  est  cher  et  qui 
court  les  plus  grands  dangers. 

Samedi  avant  la  Saint-Matthieu  1444. 


22  septembre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar     l-m 

*^  1442—48 


52 
L-M 

142-^ 
M09b 


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166  BEVUE  D*AL6ACE 

mandent  au  noble  Martin  de  Helmstatt^  l'aîné,  qu'à  son 
retour  le  messager  qu'ils  avaient  envoyé  au  Dauphin  leur  a 
vanté  la  bienveillance  dont  il  avait  été  Tobjet  de  sa  part,  et 
les  facilités  qu'il  lui  avait  procurées  pour  raccomplissement 
de  sa  mission.  Ils  Peu  remercient  et  l'informent  en  même 
temps  que  les  troupes  de  ce  prince  ne  cessent  de  leur  causer 
les  plus  grands  dommages  :  ce  ne  sont  que  meurtres,  arres- 
tations, blessures  graves,  femmes  et  enfants  outragés,  pillages 
et  le  reste.  Cependant  ils  n'ont  donné  sujet  ni  à  la  maison 
d'Autriche,  à  laquelle  le  Dauphin  est  venu  porter  secours,  ni 
à  la  couronne  de  France  de  les  traiter  ainsi,  et  l'Electeur 
palatin  dont  ils  relèvent,  en  sa  qualité  de  vicaire  de  l'Empire, 
a  lui-même  reconnu  que  Golmar  et  les  autres  villes  impé- 
riales avaient  droit  à  des  sauf-conduits,  mais  jusqu'ici  lis 
n'ont  reçu  aucune  réponse  du  Dauphin.  Gomme  ils  ont  ouï 
dire  que  le  noble  de  Helmstatt  e^t  bien  à  sa  cour,  et  que 
d'un  autre  côté  il  est  vassal  de  l'Electeur  palatin,  ils  le 
prient  d'intervenir  pour  leur  procurer  la  cessation  des  voies 
de  fait  dont  ils  sont  l'objet,  et  la  faculté  de  tirer  parti  de  leur 
territoire. 
Lendemain  de  la  Saint-Matthieu  1444. 

53         24  septembre  1444.  —  Le  sire  Maximin  de  Ribaupierre 

1442-48  ayant  proposé  à  la  ville  de  Colmar,  de  la  part  de  René  d'Anjou, 

roi  de  Sicile,  duc  de  Bar  et  de  Lorraine,  de  renouveler  le  traité 

de  protection  par  lequel  elle  s'était  précédemment  liée  avec 

lui,  et  qui  était  expiré ^  sous  la  promesse quele  roi  de  France 


*  Appelé  par  M.  A.  Tuetey,  Martin  de  Halmestadt-  (Cf.  1.  c,  t.  I*, 
pp.  17i2,  174,  213).  Il  fut  on  des  négociateurs  autrichiens,  gui  attirèrent 
le  Dauphin  en  Suisse  et  en  Alsace. 

'  Le  premier  traité  de  protection  avec  la  Lorraine  remontait  à  1399. 
Il  comprenait  les  deux  villes  de  Golmar  et  de  Schlestadt,  et  avait  été 
conclu  avec  le  duc  Charles  le  Hardi,  moyennant  un  tribut  de  100  florins 
de  Florence,  payable  par  chacune  d'elles  ;  ce  prince  garantit  leurs  res- 
sortissants contre  toute  voie  de  fait  de  la  part  de  ses  vassaux,  et  de  leur 


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l'invasion  des  armagnacs  BN  ALSACE  167 

et  son  filB  le  Dauphin  le  confirmeraient  et  le  reconnaîtraient, 
le  maître  et  le  Conseil  lui  répondent  qu'ils  prendront  ses 
ouvertures  en  sérieuse  considération,  surtout  si  la  France 
devait  reconnaître  et  respecter  le  nouveau  traité. 

Jeudi  après  la  Saint-Matthieu,  apôtre,  1444. 

87  septembre—  8  octobre  1444.  —  Pour  cinq  mesures  de     54 
vin  offertes  au  grand-bailli,  qui  avait  récemment  passé  à  uu^ 
Colmar  avec  son  corps  de  gens  d'armes,  1  1.  19  s.  6  d.  ^' 

A  Martin  de  Guiselingen,  pour  des  sacs  à  poudre,  80  s. 

,Aux  deux  guetteurs  et  au  sacristain,  qui  s'étaient  tenus 
pendant  le  jour  en  observation  sur  la  tour  de  l'église,  pour 
signaler  l'approche  du  peuple  étranger,  payé  80  s. 

29  septembre  1444.  —  En  réponse  au  chevalier  Gaspard  ss 
Beyer,  qui  leur  avait  demandé  de  laisser  acquitter  certaines  lui^ 
rentes  en  grains^  que  quelques-uns  de  leurs  bourgeois  lui 
devaient,  le  maître  et  le  Conseil  de  Gdlmar  lui  expriment 
leurs  regrets  de  ne  pouvoir  déférer  à  son  désir.  Quand  leur 
ville  est  chaque  jour  inquiétée,  menacée,  insultée  par  des 
forces  supérieures,  et  que  dans  leur  insolence  ces  étrangers 
vont  jusqu'à  se  promettre  de  la  réduire  et  de  s'en  emparer; 
quand  d'un  autre  côté  l'administration  et  la  commune  se  sont 
engagés  réciproquement  à  ne  laisser  sortir  de  blé  sous  aucun 
prétexte,  il  serait  à  craindre  qu'une  exception  à  la  règle  qu'on 
s'est  imposée,  et  dont  on  ne  s'est  écarté  pour  personne, 
n'ameutât  la  population  contre  ses  magistrats.  Ils  espèrent 
que  le  réclamant  ne  leur  saura  pas  mauvais  gré  de  leur 
refus,  sur  lequel  ils  pourront  peut-être  revenir  plus  tôt  qu'on 
ne  pense. 

Jour  de  la  Saint-Michel  1444. 

côté  les  villes  promettent  aux  Lorrains,  dans  l'étendae  de  leur  ressort, 
le  même  traitement  qu'à  lears  propres  bourgeois.  Les  deax  villes 
payèrent  leur  contribution,  portée,  en  1431.  à  110  florins,  jusqu'en  1440. 
Lors  du  renouvellement  de  1431,  le  traité  avait  été  étendu  à  la  ville  de 
Raysersberg.  Cf.  Archives  de  Colmar,  scr.  I,  L.  1,  n®  3. 


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1112—48 
f»  111 


16S  EBVITK  d'aLBàGE 

56  1*'  octobre  1444.  —  Le  maître  et  le  Gooâeil  de  Golmar  font 
part  à  leurs  bons  amis  de  Eaysersl>erg,  de  Munster,  de  Tûrk- 
heim,  de  Schlestadt  et  de  Mulhouse,  de  ce  qui  s'est  passé  à 
la  dernière  diète,  le  dimanche  27  septembre.  La  députation 
de  Golmar  dut*  faire  le  trajet  à  pied,  à  Taller  et  au  retour,  et 
elle  ne  rencontra  à  Strasbourg  que  les  représentants  de 
Haguenau  et  de  Wissembourg.  Par  contre,  le  grand-bailli  y 
était  en  personne,  et  il  entretint  les  députés  de  divers 
objets  dont  ils  se  sont  chargés  de  faire  leur  rapport  à  leurs 
commettants.  11  a  recommandé  en  particulier  à  ceux  de  Gol- 
mar de  réunir  les  villes  supérieures  pour  conférer  avec  elles 
sur  les  questions  à  l'ordre  du  jour,  qu'il  vaut  mieux  traiter 
verbalement  que  par  écrit,  dans  un  temps  où  les  lettres  cou- 
rent grand  risque  |d'être  interceptées.  Si  les  villes  craignent 
de  mettre  en  route  des  personnages  importants,  elles  pour- 
raient envoyer  des  hommes  moindres,  assez  intelligents  cepen- 
dant pour  rendre  compte  de  ce  qu'ils  auront  entendu,  et  sim- 

'  plement  munis  de  lettres  de  créance.  Gomme  le  grand-bailli 
demande  une  réponse  immédiate,  Golmar  fixe  la  réunion  au 
samedi  3  octobre,  et  la  ville  espère  que  ses  alliés  auront  de 
la  satisfaction  à  entendre  la  communication  qu'elle  doit  leur 
faire,  et  qui  est  pour  tous  un  sujet  de  confiance  et  de  sécu- 
rité. 
Jeudi  après  la  Saint-Michel,  archange,  1444. 

57  i«  octobre  1444.  —  Eu  réponse  au  noble  Martin  de  Helm- 
1442-48  statt  l'alné,  qui  leur  avait  mandé  qu'en  arrivant  la  veille  à 

Sainte-Groix,  il  avait  trouvé  quelques-uns  de  leurs  bourgeois 
prisonniers,  et  que  sur  leurs  instances  il  s'était  entremis 
auprès  des*  capitaines  pour  leur  faire  rendre  la  liberté,  mais 
qu'ils  exigeaient  pour  cela  500  florins,  2S  aunes  de  drap  gris, 
autant  de  drap  noir  et  14  livres  d'épices,  sans  compter  le 
destrier  qui  venait  de  leur  être  enlevé  dans  l'Au  *,  et  qu'ils 

^  Partie  de  la  piaiae  au  sud  de  Colmar. 


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L*INVA8I0N  DES  ABMAGMAC8  EN  ALSACE  16D 

ont  déjà  fait  réclamer  par  d*autres  prisonniers  reiflchés  sur 
parole,  le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  le  remercient  du 
bon  vouloir  qu'il  leur  témoigne  ;  mais  quant  à  payer  une 
pareille  rançon  pour  des  gens  qui  ne  pourraient  pas  même  y 
eontribaer  pour  un  tiers,  il  ne  peut  pas  en  être  question. 
Tout  au  plus  pourrait-on  intervenir^auprès  de  ceux  des  bour- 
geois qui  ont  capturé  le  cheval  pour  le  troquer  contre  les 
prisonniers;  si  les  capitaines  ne  consentaient  pas  à  ce  marché, 
il  ne  resterait  à  la  ville  qu'à  s'en  remettre  à  la  volonté  de 
Dieu,  qui  ne  laissera  pas  impunis  ces  meurtres,  ces  viols,  ces 
dévastations,  auxquels  la  ville  n'a  nullement  donné  sujet; 
toutefois  elle  ne  manquera  pas  de  prendre  les  dispositions 
qu'elle  croit  utile  à  sa  conservation,  et  le  maître  et  le  Conseil 
terminent  en  priant  le  noble  de  Helmslatt  de  continuer  à 
suivre  cette  affaire  et  de  faire  pour  le  mieux. 
Jeudi  après  la  Saint-Michel  1444. 

2  octobre  1444.  —  Décret  du  Magistrat,  du  Conseil,  des      58 
zuiïflraestres  et  das  échevins  de  Colmar,  promulgué  par  le  i4^y-  'r.j 
maître  et  le  Conseil,  •  ^' 

Considérant  que  depuis  nombre  d'années  on  ne  cesse  de 
s'élever  au  sein  du  Conseil  contre  l'ancien  usage  de  tenir 
foires  et  marchés  le  jour  de  l'Ascension,  le  jour  de  la  Fête- 
Dieu  et  le  jour  de  la  Sainl-Marlin,  qu'il  en  a  été  aussi  ques- 
tion en  chaire,  et  que,  notamment  dans  ces  derniers 
temps,  plusieurs  hommes  pieux  ont  représenté  au  Conseil 
combien  cette  vieille  coutume  était  répréhensible,  et  qu'il  se 
pourrait  qu'elle  et  d'autres  péchés  sur  lesquels  on  ne  s'explique 
point,  eussent  amené  Dieu  à  tourner  sa  colère  contre  la  ville 
et  à  lui  retirer  sa  mi.séricorde,  comme  il  résulte  clairement 
des  grands  dommages  que  le  méchant  peuple  étranger  lui 
occasionne  chaque  jour; 

Pour  ces  causes  et  dans  l'espoir  de  fléchir  la  colère  de  Dieu 
et  de  lui  être  agréable,  ainsi  qu'à  M.  saint  Martin,  le  patron 


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170  REVUE  D*ÂLSAOE 

et  le  protecteur  de  la  ville,  défense  est  fidte  de  tenir  les  mar- 
chés qui  tombent  sur  les  trois  fêtes  ci-dessus,  et  qui  seront 
remis  au  jour  suivant,  à  moins  que  ce  ne  soit  un  dimandie; 
dans  ce  cas  le  marché,  ou  pour  mieux  dire  la  foire  serait 
remise  au  lundi.  Pour  perpétuer  la  mémoire  de  ce  décret,  il 
sera  inséré  dans  le  livre  du  Conseil,  et  tous  ceux  qui  y  con- 
treviendront seront  passibles  des  peines  les  plus  graves.  Le 
tout  sans  préjudice  pour  les  us  et  les  franchises  de  la  ville. 
Vendredi  après  la  Saint-Michel  1444. 

59  4-10  octobre  1444.  —  Aux  corps  de  métiers,  quand  ils  ont 
ua^  travaillé  au  fossé  devant  la  porte  de  la  Steinbruck*,  délivré 

^'  "    un  foudre  de  vin  coûtant  6  1.  8  s. 

Quand  le  prévôt,  accompagné  d'Oswald  Heinrich  et  de  deux 
varlets,  flt  par  eau,  quelquefois  à  pied,  le  voyage  de  Stras- 
bourg, pour  assister  à  la  diète  avec  le  grand -bailli  et  les 
autres  députés  des  villes,  afin  de  s'entendre  sur  un  plan  de 
campagne  contre  le  peuple  étranger,  son  absence  dura  cinq 
jours,  pendant  lesquels  il  dépensa  S  1.  7  s. 

60  6  octobre  1444.  —  En  réponse  à  une  lettre  de  leurs  bons 
u^\  amis  de  Kaysersberg,  qui,  en  leur  transmettant  les  ouvertures 

recto  du  sire  de  Ribaupierre  relatives  à  la  protection  de  la  Lor- 
raine, leur  avaient  annoncé  qu'ils  étaient  disposés,  de  même 
que  Schlestadt,  à  l'accepter,  le  mattre  et  le  Conseil  de  Colmar 
ne  cachent  pas  l'étonnement  que  leur  cause  une  résolution  si 
prompte,quand  on  a  donnéson  àdhésionaux  projets  dont  Colmar 
a  entretenu  les  villes  supérieures  delapartdu  grand-bailli.  Le 
mattre  et  le  Conseil  craignent  que  ces  deux  démarches  n'impli- 
quent contradiction,  et  que  l'on  ne  s'attire  des  désagréments 
de  la  part  de  la  gracieuse  seigneurie  ^  et  des  villes,  soit  libres, 
soit  impériales,  dont  on  pourrait  compromettre  les  desseins. 
Aussi  ne  peuvent-ils  pas  accéder  aux  intentions  de  leurs 

^  Porte  de  Bàle. 

'  C'est  sans  douté  de  l'Ëlecteur  palatin  qu'il  est  question. 


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L'mVABIOM  DES  ABMAOMACS  BN  ALSACE  171 

Yoisins.  Cependant,  comme  la  proposition  du  roi  de  Sicile  a 
beaucoup  d'importance,  la  yille  ne  se  refuse  pas  à  l'examiner, 
quand  on  sera  débarrassé  des  périls  et  des  tracas  présents, 
et  son  avis  est  que  ses  alliés  remettent  aussi  à  plus  tard  la 
suite  à  donner  à  cette  affaire. 
Mardi  après  la  Saint-François,  confesseur,  1444. 

6  octobre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar  ei 
annoncent  au  lieutenant  du  grand-bailli  d'Alsace,  le  chevalier  14!^^ 
Reinhard  de  Neiperg,  que  leur  député  leur  a  rendu  compte  verso 
de  ce  qui  s'était  passé  à  la  dernière  diète  de  Strasbourg,  et 
des  recommandations  qu'il  leur  avait  fait  faire.  En  consé- 
quence, ils  ont  convoqué,  le  samedi  3  octobre,  les  représen- 
tants de  Schlestadt,  de  Mulhouse,  de  Eaysersberg,  de  MQnster 
et  de  Tûrkheim,  qui* sont  venus  à  l'exception  de  ceux  de 
Mulhouse  :  leurs  commettants  n'auront  sans  doute  pas  osé  les 
mettre  en  route  dans  un  moment  si  périlleux.  N'ayant  pas  de 
pouvoirs  ad  hoc^  les  députés  ont  admis  les  propositions  du 
grand-bailli  ad  rrferendum^  et  Colmar  a  reçu  jusqu'ici  les 
réponses  de  Eaysersberg,  de  Munster  et  de  Tûrkheim.  Ces 
trois  villes  sont  d'accord  pour  adopter  le  plan  qui  leur  a  été 
soumis,  et  promettent  d'y  rester  fidèles.  De  son  côté,  Colmar 
y  adhère  avec  non  moins  de  bonne  volonté,  et  n'a  rien  de  plus 
à  cœur  que  de  voir  ces  résolutions  exécutées,  comme  il  l'a 
toujours  demandé.  Quant  à  l'argent  que  les  villes  doivent 
fournir,  il  ne  leur  est  malheureusement  pas  possible  de  se  le 
procurer  par  ces  temps  calamiteux  ;  mais  le  grand-bailli  n'aura 
qu'à  l'emprunter  en  leur  nom,  et  eUes  promettent  de  faire 
honneur  à  ses  engagements.  Schlestadt  n'a  pas  transmis  sa 
réponse,  probablement  parce  qu'il  l'envoie  directement  au 
grand-bailli,  et  pour  ce  qui  est  de  Mulhouse,  quoiqu'il  se 
soit  dispensé  de  se  rendre  à  la  convocation,  Colmar  ne  doute 
pas  qu'il  ne  soit  dans  les  mêmes  dispositions  que  les  autres 
villes.  Le  maître  et  le  Conseil  terminent  en  suppliant  le  grand- 


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172  BBVUB  d'alsaox 

bailli  de  faire  son  possible  pour  hftter  l'accomplissement  des 
desseins  dont  il  a  parlé  à  Ôtrasbourg,  afin  de  Urer  les  villes 
de  l'abandon  où  elles  sont. 

Dans  un  postscriptum  séparé,  le  maître  et  le  Conseil  entre- 
tiennent encore  le  grand-bailli  des  propositions  qui  leur  sont 
faites,  ainsi  qu'à  Schlestadt  et  à  Eaysersberg,  par  des  sei- 
gneurs et  par  d'autres  personnages  qu'il  apprendra  à  connaître, 
de  se  replacer  sous  la  protection  welche  de  la  Lorraine,  et  lui 
font  part  de  l'accueil  différent  que  les  intéressés  ont  fait  à  ces 
ouvertures.  Quelle  que  soit  sa  répugnance  à  accepter  ce  patro- 
nage, la  rille  ne  dissimule  pas  au  grand-bailli  que  si  les  pro- 
jets dont  il  a  parlé  à  Strasbourg  ne  devaient  pas  se  réaliser, 
elle  aurait  avantage  à  se  prêter  à-un  arrangement  qui  la  met- 
trait à  l'abri  de  l'ennemi  présent;  mais  elle  préfère  n'attendre 
son  salut  que  de  la  seigneurie  et  du  grand-bailli. 

Mardi  après  la  Saint-François  (6  octobre)  1444. 

28  1 1  octobre  1444.  —  En  réponse  au  receveur  et  au  Conseil 

1448-48  de  Sainte-Croix,  réclamant  les  vachas  et  les  chevaux  qu'on 
leur  avait  pris,  le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  leur  mandent 
que,  pour  leur  part,  il  ne  croient  pas  avoir  quoi  que  ce  soit 
à  leur  restituer,  et  quant  au  duc  Louis  (l'Electeur  palatin), 
de  qui  les  gens  de  Sainte-Croix  se  réclament,  ils  n'ont  nul 
sujet  de  le  faire.  Il  est  rrai  que  quelques  bourgeois  et  des 
réfugiés  dont  la  ville  n'a  pas  à  répondre,  leur  ont  enlevé 
du  bétail;  ils  reconnaissent  même  que  si  Sainte-Croix  n'avait 
pus  renié  son  légitime  suzerain,  il  serait  juste  de  le  rendre. 
Mais  bien  loin  de  lui  rester  fidèles,  ses  vassaux  ont  prêté 
hommage  à  d'autres  seigneurs  étrangers,  et  leur  ont  ouvert 
leur  forteresse  au  grand  dommage  du  pays.  C'est  de  là  et 
avec  le  concours  des  habitants,  que  ces  ennemis  du  pays  font 
leurs  expéditions  contre  les  gens  de  Colmar,  qu'ils  pillent, 
assassinent  et  violent;  c'est  là  qu'ils  mènent  leurs  prison- 
niers, qu'ils*  les  rançonnent  ou  les  accablent  de  mauvais 


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L*INVASI0N  DBS  ARMAGNACS  EN  ALSACE  178 

traitements.  C'est  du  bétail  de  Sainte-Croix  que  ces  troupes 
se  nourrissent,  avec  ses  chevaux  qu'elles  transportent  le  vin 
volé  à  Cohnar  Voilà  les  raisons  qu'allèguent  ceux  qui  dé- 
tiennent ce  bétail  et  ces  chevaux,  parmi  lesquels  il  y  en  a  qui 
ont  des  parents  prisonniers  à  Sainte-Croix,  et  ils  croient 
qu  ils  ne  doivent  ni  restitution  ni  réparation. 
Dimanche  après  la  Saint-Denys  1444. 

11-17  octobre  1444.  —  Aux  varlets  qui  avaient  servi  d'es-      83 

K-B 

corte  à  la  députation  de  Schlestadt,  à  son  départ  de  Colmar,  144^45 
où  elle  était  venue  d'après  les  ordres  du  grand-bailli,  payé 
12  s. 

Aux  corps  de  métiers,  pour  un  foudre  de  vin,  quand  ils 
travaillaient  au  fossé  près  de  la  tuilerie,  jusqu'à  celui  des 
Bonnes-Gens  S  payé  6  I.  8  s. 

18  octobre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar      64 
mandent  à  leurs  bons  amis  de  Kaysersberg,  qu'ils  viennent  i4i^^48 
d'apprendre,  au  retour  de  leur  députation,  où  en  sont  leurs    recto 
projets  et  ceux  de  Schlestadt  relativement  au  patronage  de  la 
Lorraine.  Pour  ce  qui  concerne  Colmar,  ses  alliés  ne  doivent 
pas  ignorer  que  la  ville  est  peu  disposée  à  s'engager;  elle  ne 
trouve  aucun  avantage  au  traité  proposé;  il  lui  convient  bien 
mieux  d'attendre  les  mesures  prochaines  qui  se  préparent, 
et  dont  ses  alliés  ont  connaissance;  en  tous  cas,  il  leur  serait 
plus  honorable  de  l'imiter.  Après  cela,  qu'ils  fassent  ce  que 
bon  leur  semble;  quant  à  Colmar,  son  salut,  son  honneur  et 
ses  biens  le  préoccupent  plus  que  les  propositions  de  la  Lor- 
raine. 

Mardi  avant  la  Saint-Gall.  confesseur,  1444. 

20  octobre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmclr  con-      15 
firment  au  chevalier  René  de  Neiperg,  lieutenant  du  grand-  1442-48 

^  La  léproserie,  située  en  avant  de  la  tailerie,  à  l'angle  compris  entre 
la  roate  de  Brisach  et  celle  du  Ladhof.  C'est  cet  établissement  qui  a 
donné  son  nom  au  canton  Hinter  Guthleuten. 


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174  RBVTTE  D'âLSACB 

bailli,  la  réponse  qu'ils  ont  faite  à  la  lettre  où  il  leur  promet- 
tait de  les  assister,  et  où  il  leur  demandait  quelles  dispositions 
ils  avaient  prises  pour  convertir  mille  quartaux  de  blé  en 
pain,  conformément  à  une  recommandation  du  duc  Louis,  qui 
ne  leur  était  point  parvenue.  La  lettre  en  question  lui  man- 
dait qu*on  n'attendait  à  Golmar,  pour  préparer  ce  pain,  que 
de  recevoir  avis  de  l'époque  où  on  en  aurait  besoin;  mais 
comme  le  chevalier  n'a  depuis  plus  donné  de  ses  nouvelles, 
on  craint  que  cette  dernière  missive  ne  lui  soit  point  par- 
venue. Cependant  le  maître  et  le  Conseil  sont  bien  anxieux 
de  savoir  ce  qui  se  passe  dans  le  bas  pays,  à  la  suite  de  la 
conférence  qui  doit  avoir  eu  lieu  à  Haguenau,  et  ils  trouvent 
que  le  secours  qu'on  leur  avait  promis,  se  fait  bien  attendre. 
L'ennemi  leur  cause  de  plus  en  plus  de  dommage;  mais  quoi- 
que serrée  de  près,  la  ville  résiste  de  son  mieux,  en  attendant 
le  secours  dont  elle  a  un  si  pressant  besoin. 
Mardi  après  la  Saint-Luc,  évangéliste,  1444. 

66         25-31  octobre  1444.  —  Lorsque  le  grand-bailli  passa  récem- 

1444^-45  ment  (nehst)  à  Colmar,  avec  sa  suite  ou  son  corps  de  troupes 

^'       (mit  sinem  gezuge),  marchant  contre  l'ennemi  (urider  daz 

fremde  volk\  et  qu'on  fournit  au  poêle  de  la  Couronne  des 

cruches  (Krtisen)  et  d'autre  vaisselle,  comme  aussi  600  torches 

soufrées,  dépensé  en  tout  4  1.  6  s. 

A  Nicolas  zem  Balmen,  pour  avoir  rafraîchi  vingt  quintaux 
de  poudre  éventée,  12  1. 

87  6  novembre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar 
1442^  mandent  au  chevalier  Reinhard  de  Neiperg,  lieutenant  du 
grand-bailli  de  l'Empire,  qui  leur  avait  écrit  précédemment 
de  convertir  en  pain  mille  quartaux  de  blé  (pour  la  subsis- 
tance du  corps  expéditionnaire),  et  qui  les  informait  mainte- 
nant que,  d'accord  avec  le  roi  des  Romains,  on  avait  reculé  de 
quinze  jours  l'expédition  contre  les  Armagnacs,  préparée  dans 
le  bas  pays,  qu'après  avoir  attendu  patiemment  Texpiration 


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l'invasion  DBS  ARMAGNACS  EN  AL8A0B  175 

de  ce  délai,  ils  sont  plus  incertains  que  jamais  sur  ]es  mesures 
annoncées.  Cependant  la  situation  s'aggrave  de  plus  en  plus  : 
récemment  encore  la  ville  a  perdu  plusieurs  de  ses  bourgeois 
qui,  obligés  de  rentrer  leurs  récoltes  pendant  la  nuit,  avaient 
été  surpris  dans  les  champs  par  les  ennemis;  quelques-uns 
ont  été  misérablement  tués,  d'autres  emmenés  prison- 
niers. Le  pays  environnant  est  encore  plus  maltraité  que  la 
ville.  Quand  les  parents  des  prisonniers  se  présentent  pour 
les  racheter,  afin  de  leur  extorquer  une  plus  grosse  rançon, 
quatre  ou  cinq  de  ces  malandrins  se  jettent  sur  le  prisonnier 
et  le  rouent  de  coups,  au  point  que  la  mort  serait  préférable 
pour  lui,  et  que  plusieurs  ont  expiré  sous  les  yeux  des  gens 
qui  venaient  pour  les  délivrer.  Pour  ceux  dont  ils  ne  peuvent  rien 
tirer,  ils  s'en  débarrassent  en  les  pendant  aux  arbres  autour 
des  chftteaux,  ou  en  les  assommant  à  coups  de  hache.  Les 
femmes  et  les  enfants  subissent  les  derniers  outrages.  Il  n'y 
a  personne  que  ces  horreurs  ne  révoltent,  et  Colmar  espère 
que  les  princes,  les  seigneurs,  les  villes,  en  un  mot  tous  les 
honorables  états,  s'entendront  pour  y  mettre  fin.  Si  elles  se 
prolongeaient,  il  serait  à  craindre  que  les  petites  villes  impé-  ^ 
riales  oe  finissent  par  succomber.  Quoiqu'il  ait  résisté  jus- 
qu'à présent,  Colmar  même  n'est  pas  rassuré  sur  son  sort. 
Cette  situation  appelle  tous  les  soins  du  grand-bailli.  Cepen- 
dant le  bruit  s'est  répandu  que  les  princes  et  les  seigneurs 
actuellement  réunis  à  Brisach,  auraient  déclaré  que  le  projet 
d'expédition  dont  il  est  question,  n'aura  pas  de  suite.  La  ville 
s'en  alariïie  beaucoup,  mais  ne  veut  pas  croire  qu'il  en  soit  ainsi. 
Elle  demande  des  nouvelles  au  grand-bailli,  pour  savoir  com- 
ment se  gouverner  dans  des  circonstances  si  critiques. 
Vendra  après  la  Toussaint  1444. 

8-14  novembre  1444.  —  Aux  guetteurs  qui  se  tiennent  de     68 

jour  en  observation  sur  la  tour  de  l'église,  payé  15  s. 

Quand  on  fit  le  fossé  immédiatement  en  avant  de  la  porte     ^^^ 


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176  RKVtTE  D*ALSAOE 

de  Deinheim  \  près  de  ravancée,  donné  aux  corps  de  métiers 
un  foudre  de  vin,  coûtant  6  I.  3  d. 

69  28  novembre  1444.  —  En  réponse  au  sire  Maximin  de 
1448^48  Ribaupierre,  qui  leur  avait  transmis  une  lettre  où  le  roi  de 

yQi6o  Sicile  leur  parlait  du  traité  de  protection,  comme  si  eux- 
mêmes  avaient  demandé  à  le  renouveler,  le  maitre  et  le 
Conseil  de  Golmar  lui  mandent  qu'il  n'est  pas  impossible  que 
des  démarches  aient  été  faites,  mais  non  de  leur  part.  Ils  n'ont 
formé  ni  par  écrit  ni  verbalement  de  demande  semblable,  et 
même  quand  la  proposition  a  été  portée  à  leur  connaissance, 
ils  Font  rejetée  à  deux  reprises.  En  tous  cas?  si  la  pensée  leur 
en  venait,  ils  seraient  obligés  d'en  conférer  avec  Schlestadt 
'  et  Kaysersberg,  puis  d'envoyer  des  députés  à  Ribauvillé  et 
ailleurs,  ce  qui  est  bien  difficile  dans  un  temps  si  troublé. 
Obligée  de  remettre  sa  résolution  à  plus  tard,  la  ville  prie 
Sa  Grâce  de  présenter  ses  excuses  au  roi  de  Sicile. 
Lundi  avant  la  Sainte-Catherine,  vierge,  1444. 

70  12  décembre  1444.  —  Décret  du  magistrat  et  du  Conseil 
uît^  de  Golmar,  qui  défend  de  racheter  les  prisonniers  faits  par 

les  Armagnacs,  au  moyen  de  denrées,  telles  que  souliers, 
chausses,  bottes,  épices,  fers  à  cheval,  clous,  arbalètes,  tours 
à  arbalètes,  sel;  et  qui  prescrit  de  ne  payer  les  rançons  qu'en 
numéraire. 

Samedi  avant  la  Sainte-Luce,  1444. 

Autre  décret  du  même  jour,  qui,  pour  obvier  au  manque 
de  bois  dont  on  souffre  par  suite  de  l'invasion,  aatorise  tout 
le  monde,  et  plus  particulièrement  les  pauvres,  à  faire  du 
bois  dans  les  communaux  et  dans  les  plus  proches  forêto  de 
TAu,  du  moins  autant  qu'on  en  peut  porter,  et  sans  se 
servir  de  voitures  et  de  charrettes.  Sont  exceptées  :  les  plan- 
tations d'osiers  sar  les  champs  et  les  prés  appartenant  aux 

'  Porte  de  Brisach. 


,p*  2^ 


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l'invasion  des  ARUAGNâGS  sn  alsacs  177 

particuliers,  qu'on  sera  tenu  de  respecter,  ou  de  payer  à  leurs 
propriétaires. 

19  décembre  1444.  —  Décret  du  maître  et  du  Cionseil  de      7i 
Golmar,  qui,  alléguant  la  funeste  habitude  de  jurer  à  tout  im^-en 
propos,  et  surtout  à  l'occasion  du  jeu^  par  laquelle  on  outrage    ei'sse 
Dieu  et  l'on  blasphème  ses  membres  (sine  glider  verstoerenf) 
au  point  qu'il  n'est  pas  impossible  que  ce  soit  là  ce  qui  a 
attiré  sur  le  pays  l'inv^asion  des  Armagnacs,  défend  sous  les 
peines  les  plus  sévères  de  jurer  et  de  blasphémer.  Aux  servi- 
teurs de  la  ville  ou  aux  sergents,  comme  aux  conseillers,  il 
est  prescrit  de  dénoncer  tous  ceux  qui  jurent,  que  ce  soit 
dans  les  Poêles  des  corps  de  métiers,  dans  les  hôtelleries  ou 
ailleurs,  et  pour  ceux  qui  croient  que  tant  qu'on  n'y  mêle  pas 
le  sang  (dasferch),  on  peut  impunément  jurer  par  les  mem- 
bres de  Dieu,  de  sa  digne  Mère  ou  de  ses  saints,  qu'ils  sachent 
qu'ils  encourront  la  même  peine  que  s'ils  employaient  la  for- 
mule aggravante. 

Samedi  avant  la  Saint-Thomas,  apôtre,  1444. 

Autre  décret  du  même  jour,  par  lequel  le  Conseil,  visant 
une  défense  faite  en  chaire  (sur  la  place  publique),  de  jouer 
à  aucun  jeu,  et  à  laquelle  les  bourgeois  trouvent  moyen  de 
contrevenir  par  les  interprétations  les  plus  captieuses,  pro- 
hibe d'une  manière  générale  tous  les  jeux  qui  peuvent  faire 
perdre  ou  gagner  de  l'argent,  sauf  les  jeux  d'échecs  ou  de 
dames  (brettspile)  et  les  cartes,  à  condition  que  l'enjeu  ne 
dépasse  pas  un  denier. 

Autre  décret  de  ce  jour,  par  lequel  le  maître  et  le  Conseil, 
se  plaignant  de  l'inobservance  des  prescriptions  édictées  naguère 
contre  le  concubinage,  qui  se  maintient  nonobstant  et  fleurit 
de  plus  en  plus,  et  considérant  que  ce  péché  est  peut-être  un 
de  ceux  qui  ont  attiré  sur  le  pays  les  calamités  actuelles, 
ordonne  à  tous  les  concubins,  bourgeois  ou  étrangers,  de 
quitter  la  ville  dans  un  délai  de  quinze  jours,  en  menaçant 

Nonrelle  S«ri~-  —  4"«  Année.  12 


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178  SSVUB  D^ALBâOB 

de  prendre  d'autres  mesures  contre  tous  ceux  qui  n  obéiraient 
pas. 

Autre  décret  du  même  jour,  par  lequel  le  maître  et  le 
Conseil  défendent  à  qui  que  ce  soit,  sous  peine  d'une  amende 
d'une  livre  denier,  de  déranger  ou  de  déplacer  les  canons  qui 
avaient  été  mis  en  batterie  entre  les  remparts  et  sur  d'autres 
points,  attendu  que  les  hommes  chargés  du  service  de  Tar- 
tillerie,  pourraient  en  être  empêchés  au  moment  du  danger. 

72  20-26  décembre  1444.  —  A  Ersthein  Henselin,  pour  cer- 

K-B 

1444-46  cler  les  barils  où  l'on  serre  la  poudre,  6  s. 
^'  A  Odile  Ecksteyn,  pour  12  livres  de  suif  servant  à  l'édai- 

rage  entre  les  remparts,  6  s. 

Aux  varlets  qui  ont  reconduit  ceux  de  Kaysersberg,  payé 
sur  leur  dépense,  6  s. 

73  22  décembre  1444*  —  Après  avoir  oui  le  rapport  de  la 
1448-48  députation  qu'ils  avaient  envoyée  àKiensheim,  sur  l'invitation 

reno  du  comte  Jean  de  Lapffen,  landgrave  de  StOhlingen  et  sei- 
gneur de  Hoh-Landsberg,  pour  s'entendre  avec  lui  et  d'autres 
Etats  sur  les  mesures  à  prendre  contre  les  Armagnacs,  le 
maître  et  le  Cionseil  lui  mandent  qu'ils  ne  sont  pas  d'avis 
d'envoyer  un  message  au  comte  palatin  du  Rhin,  Louis  lY, 
grand-bailli  d'Alsace.  Eux-mêmes  lui  ont  déjà  écrit  à  plusieurs 
reprises,  ainsi  qu'à  son  lieutenant,  pour  demander  son  secours  ; 
ils  eu  ont  chaque  fois  obtenu  les  promesses  les  plus  rassu- 
rantes, sous  la  réserve  de  délais  qui  sont  tous  écoulés,  sans 
qu'aucune  de  ces  promesses  se  soit  réalisée.  Cependant  toutes 
ces  temporisations  coûtent  cher  au  pays  et  aux  habitants.  Le 
mieux  serait  de  s'en  tenir  aux  résolutions  prises  à  Strasbouig, 
qui  doivent  être  exécutées  prochainement,  et  auxquelles  la 
ville  vient  d'adhérer,  en  promettant  d'y  concourir  de  son 
mieux,  par  ses  actes  et  ses  conseils,  pour  mettre  fin  aux 
ravages.  Gela  n'empêchera  pas  de  faire  son  possible  dans  le 
pays  haut  pour  la  défense  commune,  et  Golmar  s'engage  à 


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L^mVASlON  D&8  AttUAGNAGS  ËK  AL8A0Ë  l'^d 

TayaDce  à  prendre  part  à  toutes  les  mesures  également  salu- 
taires et  praticables  que  le  comte  pourrait  proposer. 
Lendemain  de  la  Saint-Thomas,  apôtre,  1444. 

28  décembre  1444.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar  74 
informent  le  comte  de  Ltlpffen  que  la  convocation  qu'il  les  i44s-^ 
avait  chargé  d'adresser  à  leurs  bons  amis  de  Schlestadt,  ne 
leur  est  point  parvenue  assez  à  temps  pour  prendre  part  à 
la  diète;  mais  par  une  lettre  qu'on  leur  remet  à  Tinstant, 
leurs  confédérés  leur  mandent  qu'ils  feront  cause  commune 
avec  le  premier  qui  entreprendra  quelque  chose  contre  les 
envahisseurs.  Or,  comme  à  la  diète  qui  s'est  tenue  le  lundi 
précédent  à  Kiensheim;  le  chanoine  Conrad  de  Bussnang\  le 
sire  de  Ribaupierre,  les  villes,  etc.,  étaient  dans  les  mêmes 
dispositions,  il  appartiendrait  à  Sa  Grftce  de  prendre  l'afiaire 
en  main.  Pour  leur  part,  le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar 
contribueront  de  leur  aide  et  de  leurs  conseils  à  tout  ce  qui 
se  fera  pour  la  défense  du  pays. 

Mercredi  avant  Noël  1444. 

Le  mattre  et  le  Conseil  de  Gohnar  mandent  à  leurs  bons     7s 

I    M 

amis  de  Strasbou^;,  qui,  de  leur  côté,  provoquaient  une  ii4s-^ 

f*  iiO 

entente  contre  les  Armagnacs,  qu'à  son  retour  la  députation  et  m 
de  Colmar  a  rendu  compte  de  la  motion  à  laquelle  on  s'était 
arrêté  dans  la  diète  tenue  dans  leur  ville  :  chacun  devait 
concourir  à  la  défense  commune  par  l'envoi  d'un  contingent 
dont  il  fixerait  lui-même  le  chiffre.  Pour  ce  qui  est  de  Colmar, 
la  ville  est  d'autant  mieux  disposée  à  s'associer  à  ces  mesures, 
ijue  l'évêque  de  Strasbourg  y  a  donné  son  assentiment,  et 
que  le  grand-bailli  semble  aussi  devoir  y  adhérer.  Pour  en 

^  Evêqae  de  Strasbourg,  qoi  avait  résigné  en  1489,  Tannée  môme  de 
son  élection,  en  favenr  de  Robert  de  Bavière,  et  qai  avait  obtenu, 
comme  dédommagement,  la  jouissance  da  Mnndat  de  Roufiach,  domaine 
de  Féglise  de  Strasbourg  dans  la  Hante-Alsace.  Cf.  L.  Spàch,  Conrad  de 
Buêinoâng,  évêque  de  Stroêbowrg  (Œtivres,  t.  II,  p.  71.) 


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180  REVUE  D*ALSAC£ 

hfller  TexécutioD,  la  ville  a  communiqué  le  projet  à  Kaysers- 
berg,  à  Munster  et  à  Tûrkheim  qui,  de  leur  côté,  ont  promis 
leur  concours.  Golmar  fournira  pour  sa  part  400  hommes,  et 
les  autres  villes  sans  doute  pas  moins  de  200.  Golmar  regrette 
de  ne  pouvoir  faire  plus;  mais  tant  que  les  Armagnacs  auront 
leurs  principales  forces  dans  le  proche  voisinage  de  la  ville, 
à  Markolsheim,  à  Sainte-Croix,  à  Herlisheim  et  à  Eguisheim, 
d'où  ils  exercent  journellement  leurs  ravages  à  ses  dépens,  il 
ne  lui  sera  pas  possible  de  se  dégarnir  de  toutes  ses  forces. 
Elle  fait  encore  ses  réserves  pour  le  cas  où  le  projet  de  défense 
commune,  que  le  comte  de  Lûpffen  vient  de  proposer  au  cha- 
noine Conrad  de  Bussnang,  au  sire  de  Ribaupierre  et  à  quel- 
ques villes  impériales  et  autres,  devait  aboutir,  attendu  que 
ses  troupes  seraient  retenues  par  les  opérations  militaires 
dans  la  Haute- Alsace.  Mais  si  les  troupes  de  Strasboui^  et  de 
ses  alliés  pouvaient  déloger  les  Armagnacs  des  places  qu'ils 
occupent  dans  la  Basse- Alsace,  et  les  refouler  au  Sud,  Golmar 
pourrait  beaucoup  renforcer  son  contingent.  En  terminant,  la 
ville  s'excuse  de  n'avoir  pas  répondu  plus  tôt  ;  la  députation 
a  eu  quelque  peine  à  rentrer,  et  les  conférences  avec  le 
comte  de  Lttpflén  et  les  villes  impéiiales  ont  paiement  pris 
du  temps. 
Mercredi  avant  Noël  1444. 

76         27  décembre  1444  —  2  janvier  1445.  —  Voyage  du  prévôt 
xu^iA  se  rendant  avec  une  escorte  à  Strasbourg,  où  il  avait  été 
convoqué  au  sujet  du  peuple  étranger.  Dépensé  5  1.  10  s.  6  d. 


,28 


f  12S 


77  1**  janvier  1445.  —  En  réponse  à  une  lettre  de  leurs  bons 
^'^  amis  de  Eaysersberg,  qui  les  entretenaient  pour  la  seconde 
fois  de  dangers  dont  leur  ville  serait  menacée,  et  qui  leur 
demandaient  un  renfort  de  quelques  archers,  le  mattre  et  le 
Conseil  de  Golmar  essaient  de  combattre  ces  craintes  qui  leur 
paraissent  exagérées,  sans  vouloir  cependant  détourner  leurs 
voisins  d'être  sur  leurs  gardes  contre  les  agressions  qui  pour- 


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l'invasion  des  armagnacs  en  ALSACE  181 

raient  se  produire;  ces  craintes  ne  sont  dans  tous  les  cas  pas 
assez  fondées  pour  dispenser  Kaysersberg,  comme  le  prétend 
sa  municipalité,  de  fournir  à  Fentreprise  convenue  à  Stras- 
bourg, le  contingent  qu'elle  avait  chargé  Ck)Imar  de  promettre 
de  sa  parL  S'il  se  réalisait,  ce  projet  serait  d'une  utilité  si 
marquée  pour  le  pays,  que  Eaysersberg  ne  pourrait  à  aucun 
titre  s'en  abstenir.  Cependant  à  Golmar  on  n'a  encore  rien 
appris  touchant lexécution;  seulement  les  députés  de  la  ville 
sont  actuellement  à  Strasbourg,  où  se  tient  une  diète  pour 
laquelle  ont  été  convoqués  l'évêque,  le  grand-bailli,  une  partie 
de  la  chevalerie  et  des  villes;  on  attend  le  retour  de  ces 
envoyés,  et  on  fera  part  à  Kaysersberg  des  nouvelles  qu'ils 
rapporteront. 

Vendredi  jour  de  la  Circoncision  1445. 

1"  janvier  1445.  —  Au  bailli,  au  receveur  et  au  Conseil  de      78 

L*M 

Biquewihr,  qui  leur  avaient  écrit  pour  les  prier  de  tenir  la  i4as-48 
main  à  ce  que  les  vassaux  du  comte  de  Wurtemberg,  réfugiés 
dans  leur  ville  avec  leurs  récoltes,  acquittassent  la  taille  dont 
ils  étaient  redevables  envers  leur  seigneurie,  mais  à  qui  leur 
première  réponse  n'était  point  parvenue,  attendu  que  le  por- 
teur était  tombé  entre  les  mains  des  Armagnacs  (Arme 
Tegken),  qui  Tavaient  mené  à  Herlisheim,  le  mattre  et  le 
Conseil  de  Colmar  mandent  que  leur  gracieux  seigneur  le  duc 
Louis,  comte  palatin  du  Rhin,  leur  a  aussi  écrit  au  sujet  de 
la  taille  et  du  blé  des  ressortissants  wurtembergeois-,  et  qu'ils 
ont  donné  communication  de  sa  lettre  à  ceux  qu'elle  concer- 
nait, lesquels  ont  répondu  que  l'invasion  les  a  réduits  à  la 
misère,  et  que  le  peu  de  blé  qui  leur  restait  était  à  peine 
suflSsant  pour  l'entretien  de  leurs  familles.  Dans  cette  situa- 
tion, on  ne  saurait  exiger  d'eux  qu'ils  payassent  actuellement 
la  taille,  mais  si  jamais  ils  pouyaient  retourner  chez  eux,  ils 
seraient  prêts  à  acquitter  toutes  les  redevances  auxquelles  ils 
sont  tenus. 

Vendredi  jour  de  la  Circoncision  1445. 


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182  BBVUB  D'àLSACË 

79  6  janvier  1445.  —  Le  mattre  et  le  Conseil  de  Colmar  font 
iiiîîÎ48  P*"^*  ^  l^urs  bons  amis  de  Schlestadt  de  la  diète  tenue  le 
P-  ^  samedi  précédent  (2  janvier)  à  Strasbourg,  où  leur  députation 
8*est  rencontrée  devant  le  Conseil  de  la  ville  avec  les  conseil* 
1ers  de  l'évéque  de  Strasbourg,  le  sire  Jacques  de  Lfltzelstein, 
le  grand-bailli,  Sigfrid  d'Oberkirch,  Ulric  de  Ratzamhausen, 
et  les  députés  de  Haguenau  et  de  Wissembourg.  Après  avoir 
parlé  de  choses  et  d'autres,  on  a  ajourné  les  résolutions  jus- 
qu'après la  diète  des  électeurs  de  l'Empire  et  des  villes  de 
Souabe,  qui  doit  se  réunir  le  jour  des  Rois  à  Mergentheim, 
pour  délibérer  sur  les  mesures  à  prendre  contre  les  Arma- 
gnacs, et  dès  que  Colmar  aura  connaissance  du  récte,  il  le 
communiquera  à  ses  voisins  de  Schlestadt.  Après  la  séance, 
les  députés  de  Haguenau  entretinrent  celui  de  Colmar  d'une 
proposition  du  comte  palatin  du  Rhin,  le  duc  Louis,  qui  avait 
fiiit  demander  combien  de  troupes  les  villes  supérieures  laisse- 
raient entrer  dans  leurs  murs,  s'il  venait  à  leur  secours 
contre  les  Armagnacs.  Sans  fixer  de  chifire,  on  lui  fait  réponse 
qu'on  admettrait  autant  de  troupes  qu'on  en  pourra  loger, 
et  même  au  delà  (?).  Il  avait  aussi  été  question  précédem- 
ment entre  les  villes  impériales  de  mettre  sur  pied,  à  Tocca- 
sion  de  cette  guerre,  un  corps  de  gens  d'armes;  la  députation 
de  Haguenau  a  remis  le  projet  sur  le  tapis,  et  a  parlé  de 
porter  ce  corps  à  SOO  hommes.  Mais  Colmar  craint  que  la 
charge  ne  soit  trop  lourde  pour  les  petites  villes,  et  propose 
de  le  réduire  à  200  hommes,  sauf  à  le  renforcer  selon  que  la 
nécessité  l'exigera.  Il  demande  à  ses  voisins  de  joindre  leur 
avis  au  sien,  et  de  transmettre  Tun  et  l'autre  à  Obernai,  qui 
en  fera  part  à  Haguenau.  La  députation  lui  a  aussi  rapporté 
que  Schlestadt  attend  l'arrivée  d'un  corps  de  troupes,  avec 
lequel  on  pourrait  peut-être  tenter  un  coup  contre  les  Arma- 
gnacs. Si  oui,  Colmar  prie  qu'on  l'avertisse;  il  ne  demande 
pas  mieux  que  de  prendre  part,  avec  les  forces  du  voisinage, 
à  une  expédition  qui,  bien  conduite,  pourrait  procurer  du 


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l'invasion  DHB8  ARMAaNAOS  SN  AL8ACB  188 

batÎDy  sans  s'exposer  à  de  grands  risques.  Hais  il  faudrait 
s'entendre  pour  cela,  ainsi  qu'il  convient  à  deux  villes  plus 
unies  entre  elles  qu'avec  aucune  autre.  Enfin  Golmar  demande 
à  Schlestadt  de  fiiire  tenir  au  grand-bailli,  à  son  arrivée,  la 
lettre  par  laquelle  il  donne  son  avis  sur  les  matières  traitées 
à  Strasbourg,  et  termine  en  priant  FEnfant  qui  vient  de 
naître,  d'octroyer  à  ses  voisins  bonheur,  salut,  prospérité  et 
éterneUe  félicité. 

Mardi,  veille  de  l'Epiphanie  1445. 

10-16  janvier  1446.  ~  Nouveau  voyage  du  prévôt  à  Stras-     go 
bourg,   où  la  diète  s'ajourna  pour  attendre  les  résolutions  X4u^ 
qui  seront  prises  à  Mergentheim;  la  dépense  monte,  tant    ^' 
pour  la  nourriture  que  pour  le  bateau  à  l'aller  et  le  voiturage 
au  retour  (Séh^fflon  fmdfùrlon),  ainsi  que  pour  l'escorte  qui 
a  conduit  l'envoyé  à  Brisach,  et  une  gratification  pour  lui- 
même,  à  la  somme  de  4  1. 12  s.  S  d. 

9  janvier  1446.  —  En  réponse  à  leurs  voisins  de  Munster,     si 
qui  leur  avaient  écrit  pour  leur  exprimer  leurs  regrets,  au  i44i-48 
sujet  de  la  rencontre  qu'ils  avaient  eue,  le  lundi  précédent    recto 
C4  janvier),  avec  les  Armagnacs,  et  qui,  disait-on,  leur  avait 
été  très  funeste,  le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  leur  man- 
dent que  leurs  pertes  n'ont  pas  été  si  graves,  ainsi  qu'ils 
peuvent  en  juger  par  le  récit  suivant 

Des  habitants  d'Ân^^olsheim  réfugiés  à  Ck)lmar  avaient 
formé  le  projet  de  chercher  du  blé  encore  dans  sa  paille, 
qu'ils  avaient  laissé  dans  leur  village:  ils  partirent  avec  un 
grand  nombre  de  voitures  escortées  de  près  de  deux  cents 
bourgeois,  et  aussitôt  arrivés,  ils  se  mirent  à  faire  leur  char- 
gement. Malheureusement  les  étrangers  postés  à  Sainte-Croix 
et  ailleurs,  eurent  connaissance  de  cette  expédition,  et  ils 
accoururent  avec  des  forces  supérieures.  Les  bourgeois  ne  se 
laissèrent  pas  déconcerter;  ils  se  rallièrent  et  se  défendirent 
assez  longtemps  pour  que  leur  cri  d'alarme  rçtenttt  jusqu'en 


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184  BBVUB  d'alsagb 

ville.  Un  grand  nombre  se  porta  aussitôt  à  leur  secours;  le 
combat  reprit  avec  une  nouvelle  ardeur,  et  dura  trois  heures 
et  plus.  A  la  fin  les  gens  de  Golmar  firent  leur  rentrée  en  ville 
les  armes  à  la  main.  Panni  les  bourgeois  la  perte  ne  fut  que 
de  trois  lues;  parmi  les  réfugiés  qui  avaient  pris  part  à  Texpé- 
dition,  de  huit  ou  neuf,«et  les  Armagnacs  ne  firent  en  tout 
que  huit  ou  dix  prisonniers;  cette  perte  est  moindre  qu'on 
aurait  pu  le  craindre,  et  l'on  sait  de  bonne  part  qu'elle  a 
codté  cher  aux  ennemis. 
Samedi,  lendemain  de  Saint-Ërhard,  évêque,  1445. 

82         16  janvier  1445.  —  Décret  du  maître  et  du  Conseil  qui,  se 


St-B 
^S8f 


référant  à  la  défense  antérieure  de  payer  la  rançon  des  pri- 
sonniers faits  par  les  Armagnacs  autrement  qu'en  numéraire, 
et  alléguant  leur  nouvelle  prétention  d'y  faire  comprendre 
des  chevaux,  dont  ils  se  serviraient  pour  porter  dommage  à 
la  ville,  interdit  à  qui  que  ce  soit,  sous  peine  de  20  livres 
rappe  d'amende  et  même  plus,  d'ajouter  des  chevaux  aux 
rançons  dont  on  tombera  d'aa^rd  avec  l'ennemi,  et  dont 
avant  tout  le  Magistrat  veut  être  intormé. 
Samedi  après  la  Saint-Hilaire,  évêque,  1446. 

83  81  janvier  —  6  février  1445.  —  Voyage  du  prévôt  pour 
assister  à  la  diète  convoquée  à  Strasbourg  par  le  duc  Louis, 
pour  délibérer  sur  la  cédule  rédigée  à  Trêves.  Son  absence 
dura  neuf  jours,  pendant  lesquels  il  dépensa  pour  les  varlets 
qui  raccompagnaient,  pour  sa  nourriture,  pour  la  voiture 
par  terre  et  par  eau,  etc.,  5  I.  9  s.  9  d. 

84  7-18  février  1445.  —  Dépense  occasionnée  récemment  par 
i4u^  l'expédition  à  laquelle  une  entreprise  (de  l'ennemi)  avait 

^'  ^    donné  lieu  :  distribution  de  vin  aux  corps  de  métiers,  à  leur 

retour;  repas  offerts  aux  hommes  d'armes  au  Wagkeller, 

tant  à  leur  départ  qu'à  leur  rentrée  en  ville,  etc.,  le  tout 

montant  à  5  1. 1  d. 

Pour  le  bois  brûlé  entre  les  remparts,  9  l.  IS  s.;  pour  le 


K-B 

LA44-45 

p.  89 


i 


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l'invasion  D£S  AJUIAGNAOS  en  ALSACE  185 

siaif  ou  les  chandelles  dont  les  hommes  qui  y  étaient  postés  se 
sont  éclairés,  8  s. 

18  février  1445.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  font  ss 
part  à  leurs  bons  amis  de  Brisach  des  propos  que  tiennent  i^^ 
certaines  gens  qui  ont  été  récemment  à  Markolsheim  ;  ils 
prétendent  avoir  vu  des  ressortissants  de  Brisach  venir  avec 
des  voitures  et  des  charrettes  chargées  de  marchandises,  qu'ils 
troquaient  contre  la  vaisselle,  les  ustensiles  de  cuisine  et  les 
autres  meubles  volés  aux  pauvres  gens  des  environs;  on 
a£Brme  même  que  le  stettmestre  de  Brisach  a  reçu  une  char- 
rette pleine  d'objets  de  cette  provenance.  Précédemment  déjà 
ils  avaient  ouï  dire  que  ces  étrangers  qui  ont  envahi  le  pays, 
se  procuraient  à  Brisach  le  drap,  les  chaussures,  les  harengs, 
le  poisson,  le  vin  et  toutes  les  choses  nécessaires,  et  que  c'est 
plus  particulièrement  un  de  leurs  hérauts  qui  est  l'intermé- 
diaire de  ce  commerce,  qui,  dit-on,  n'agrée  guère  à  la  popu- 
lation, si  ce  n'est  à  ceux  à  qui  il  profite.  S'il  en  était  réelle- 
ment ainsi,  ce  que  pour  leur  part  les  autorités  de  Golmar  ne 
croient  pas,  cela  ferait  peu  honneur  à  Brisach,  attendu  que 
c'est  en  procurant  ces  facilités  à  l'ennemi,  qu'on  lui  donne  le 
moyen  de  continuer  ses  violences  et  ses  ravages.  Gomme  la 
réputation  de  leurs  voisins  leur  tient  à  cœur,  le  maître  et  le 
Conseil  croient  devoir  les  avertir  des  discours  qui  se  tiennent 
sur  leur  compte. 

Samedi  avant  le  dimanche  Invoeavit  1445. 

14-20  février  1445.  —  A  Pierre  Klûpffel,  qui,  accompagné     se 
de  varletH,  avait  été  envoyé  auprès  du  sire  de  LûpAen  au  sujet     ^'^ 
des  Armagnacs,  et  qui  passa  deux  nuits  dehors,  6  s.  S  d. 


p.  35 


5  mars  1445.  —  Informés  que  plusieurs  des  ennemis  sont     g? 


tombés  entre  les  mains  de  leurs  bons  amis  de  Brisach,  le  1442*48 
maître  et  le  Gonseil  leur  mandent  que  l'occasion  serait  pro-    ^^^ 
pice  pour  feiire  remettre  en  liberté  ceux  des  bourgeois  de 
Golmar  qui  sont  retenus  prisonniers  à  Markolsheim  et  à 


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186  REVUB  d'alsaoe 

Sainte-Croix.  En  conséquence  ils  les  prient  d'agir  soit  par 
leurs  captiË,  soit  autrement,  pour  qu'au  moyen  d'une  rançon 
raisonnable,  leurs  ressortissants  puissent  retourner  chez  eux. 
Vendredi  ayant  le  dimanche  Z^ftira  4445. 


88  5  mars  1445.  —  Le  maître  et  le  (Conseil  de  Golmar  infor- 
lài^  ment  le  chevalier  Reinhard  de  Neiperg,  lieutenant  du  grand- 

Terso  bailli  d* Alsace,  que  le  duc  Louis,  comte  palatin  du  Rhin,  leur 
recto  a  adressé  le  récès  de  la  diète  récemment  tenue  à  Trêves, 
avec  un  extrait  du  traité  conclu  par  ledit  comte  palatin  avec 
le  roi  de  France  et  le  Dauphin,  son  fils,  portant  entre  autres 
que  leurs  troupes  quitteront  le  pays  jusqu'au  20  mars  pro- 
chain ;  que,  dans  Tintervalle,  elles  n'attaqueront,  ne  forceront, 
ne  mettront  à  contribution  ni  villes'  ni  châteaux;  que  par 
contre  on  ne  les  inquiétera  pas  dans  les  places  qu'ils  occu- 
pent. Le  comte  palatin  recommande  particulièrement  à  la 
ville  de  Golmar  de  se  conformer  à  cette  dernière  disposition. 
Quant  aux  prisonniers  faits  en  dernier  lieu,  il  est  stipulé  qu'on 
les  rendra  de  part  et  d'autre  sans  conditions.  Mais  la  ville 
fait  observer  que  les  Wallons  logés  à  Markolsheim,  à  Sainte- 
Croix  et  ailleurs,  qui  retiennent  prisonniers  des  bourgeois  et 
même  des  ressortissants  du  comte  palatin,  refusent  de  les 
remettre  en  liberté  sans  rançon.  En  conséquence,  le  maître 
et  le  Conseil  prient  le  chevalier  de  Neiperg  d'intervenir 
auprès  de  la  ville  de  Strasbourg,  et  de  faire  en  sorte  qu'elle 
ne  Iftche  ses  captifs  wallons  qu'après  que  les  Armagnacs 
auront  de  leur  côté  délivré  les  prisonniers  qu'ils  retiennent 
encore. 
Vendredi  avant  le  dimanche  Lœtare  1445. 

89  6  mars  1445.  —  Décret  du  maître  et  du  Conseil  qui,  lors- 
i4f9-63  que  le  peuple  étranger  est  en  campagne  et  que  le  guetteur 

^'  *  du  clocher  corne  à  coups  redoublés,  défend  à  qui  que  ce  soit 
de  se  rendre  aux  portes  ou  aux  endroits  indiqués  par  le  dra- 
peau arboré  h  l'église.  Quand  l'alarme  sera  donpée,  chacun 


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L'INYASION  DBS  ABMAONAOS  BM  ALSACE  187 

devra  s'anner  et  se  porter  au  lieu  de  ralliement  (letze)  qui 
lai  est  assigné. 
Samedi  avant  Lœtare  1445. 

7-18  mars  1445.  —  A  Pierre  Klûpffel,  qui  s'est  rendu,  avec     90 
quelques  compagnons,  à  la  diète  convoquée  à  Ribauvillé  à  lui^ 
Poccasion  des  conjonctures  (bnffe)  actuelles,  pour  sa  dépense,    ^' 
1 1.  6  s.  12  d. 

22  mars  1445.  —  En  réponse  au  noble  Antoine  de  Hatt-  9i 
stadt,  qui  leur  avait  rappelé  une  lettre  que  feu  son  père,  son  ^^-^ 
frère  et  lui  leur  avaient  écrite  pour  leur  demander  compte  de 
certains  bruits  qui  avaient  couru  à  leur  sujet  à  Ck)lmar,  le 
maître  et  le  Conseil  s'excusent  du  retard  qu'ils  ont  mis  à 
s'en  expliquer,  et  qui  ne  se  justifie  que  trop  par  les  soucis 
que  la  dernière  invasion  leur  a  donnés;  ils  conviennent  du 
reste  que  non-seulement  leurs  ressortissants,  mais  encore  les 
étrangers  qui  s'étaient  réfugiés  dans  leur  ville,  imputaient 
aux  sires  de  Hattstadt  d  avoir  ouvert  la  forteresse  de  Herlis* 
heim  à  Tennemi,  nonobstant  l'engagement  que  les  habitants 
avaient  pris  de  se  défendre,  comme  il  convient  à  de  braves 
gens,  et  la  promesse  que  Golmar  leur  avait  faite  de  se  porter 
à  leur  aide,  s'ils  étaient  attaqués.  Comme  la  place  s'est  rendue 
malgré  cela,  le  peuple  en  a  pris  sujet  de  tenir  bien  des  dis- 
cours, qui  sont  encore  trop  récents  pour  qu'il  soit  sage  de  tenter 
actuellement  de  les  réfuter.  Quand  les  esprits  seront  un  peu 
moins  échauffés,  on  pourra  plus  jGsicilement  s'en  expliquer  de 
part  et  d'autre,  et  pour  leur  part,  le  maître  et  le  Conseil  ne 
demandent  pas  mieux  que  de  voir  Antoine  de  Hattstadt  se 
disculper. 

Lundi  après  le  dimanche  des  Rameaux  1445. 

25  mars  1445.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar  entre-  gj 

tiennent  leurs  bons  amis  de  Strasbourg  de  leur  différend  ^^J^^ 

avec  Pierre  Blûmlin.  L'armistice  qui  avait  suspendu  les  hos-  ^  *" 
ti)ités  jusqu'à  Noël,  se  trouve  expiré,  sans  que  la  ville,  uni- 


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188  REVUS  d'alsacb 

quement  préoccupée  de  la  dernière  inyasion,  y  ait  pris  garde; 
mais  aujourd'hui  que  rennemi  est  parti,  et  que  Pierre  Blûm- 
lin  a  pris  momentanément  du  service  à  Strasbourg,  le  maître 
et  le  Conseil  prient  celte  ville  de  leur  bire  savoir  où  en  sont 
leurs  affaires  avec  lui,  pour  pouvoir  se  régler  en  conséquence. 
Samedi,  jour  de  FÂnnonciation  1445. 

La  date  est  évidemment  erronée;  en  1445,  rAnnonciation  tom- 
bait sur  un  jeudi  et  non  sur  un  samedi. 

93  27  mars  1446.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  man- 
litt^s  dent  aux  députés  des  villes  impériales  qui  vont  se  réunir  le 

recto  mardi  de  Pftques  à  Strasbourg,  pour  s'occuper  entre  autres 
des  affaires  de  Bosheim,  que,  dans  ces  moments  critiques  où 
les  Armagnacs  occupent  encore  toutes  les  positions  autour 
de  leur  ville,  et  leur  portent  plus  de  dommage  que  partout 
ailleurs,  il  ne  leur  est  pas  possible  de  mettre  des  envoyés  en 
route.  En  conséquence,  ils  prient  leurs  confédérés  de  les 
excuser  et,  en  leur  absence,  de  prendre  les  meilleures  mesures 
qu'ils  pourront,  sauf  à  leur  faire  part  des  résolutions  de  la 
diète. 
Samedi,  veille  de  Pftques  1446. 

94  27  mars  1446.  —  En  réponse  au  noble  damoiseau  Maximin, 
sire  de  Ribaupierre  et  de  Hobnack,  qui  s'était  entremis  pour 
justifier  le  noble  Jean-Ulric  de  Hattstadt  au  sujet  de  la  red- 
dition de  Herlisheim,  le  mattre  et  le  Conseil  de  Colmar 
reconnaissent  qu'on  impute  en  effet  aux  nobles  de  Hattstadt 
d'avoir  livré  cette  place  aux  ennemis,  et  d'aroir  occasionné 
par  là  les  plus  graves  dommages  au  pays;  mais  aujourd'hui 
que  les  Armagnacs  occupent  encore  la  contrée  et  que  la 
colère  bout  au  cœur  des  habitants,  mieux  vaut  ne  point 
s'arrêter  à  ces  bruits,  et  attendre,  pour  les  combattre,  que 
l'ennemi  soit  parti  et  que  les  esprits  se  soient  calmés.  Une 
fois  ce  moment  venu,  ils  se  prêteront  volontiers  à  tout  ce  qui 
sera  de  nature  à  justifier  le  sire  de  Hattstadt. 

Veille  de  Pftques  1446. 


1442—48 
fMS9 


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'invasion  DBS  ▲BMAGMACS  EN  AL8A0B  189 

3  avril  1445.  —  Décret  du  CSonseil  qui,  d'accord  avec  le      95 
chapitre  de  Saint-Martin,  et  pour  remercier  le  ciel  de  la  1429-es 
retraite  du  peuple  étranger  qui  avait  si  longtemps  opprimé  et 
dévasté  le  pays,  ordonne  pour  le  lundi  suivant  une  procès* 
sion  en  Thonneur  de  Dieu,  de  sa  sainte  Mère  et  de  tous  les 
^saints.  Elle  fera  des  stations  et  chantera  un  Te  Deum  dans 
chacun  des  couvents  de  la  ville,  et,  à  son  retour  à  la  collé- 
giale, la  communauté  assistera  à  une  grand'messe  solennelle; 
des  offices  semblables  seront  célébrés  dans  les  différentes 
églises  conventuelles,  pour  demander  à  Dieu  de  préserver 
dorénavant  la  ville  de  calamités  semblables. 
Samedi  avant  le  dimanche  Quasmodo  1445. 

4-10  avril  1445.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (Kempfl)     96 
à  Strasbourg,  où  il  se  rend  à  l'occasion  de  la  diète  de  Trêves  liui^ 
concernant  les  coojonctares  présentes,  ainsi  qu'au  sujet  de    ^ 
Bosheim  et  des  autres  a£Eaires  qu'on  lui  a  commises.  Parti 
avec  trois  chevaux,  son  voyage  dura  sept  jours,  et  la  dépense 
monta  en  tout  à  S  1. 15  s.  1  d. 

Aux  deux  serviteurs  qui,  au  départ  du  peuple  étranger,  le 
suivirent  dans  sa  retraite  jusqu'à  Montbéliard,  19  s. 


^  180 


5  avril  1445.  —  Informé  qu'on  leur  impute  auprès  de  Sa  97 
Grftce  d'avoir  refusé  Feutrée  de  leur  ville  à  ses  ressortissants, 
alors  que  le  méchant  peuple  étranger  était  dans  le  pays,  le 
maître  et  le  Ciouseil  écrivent  au  chanoine  Conrad  de  Bussnang 
pour  se  disculper  de  ce  reproche.  Les  gens  de  Rouffach  ont 
toujours  trouvé  chez  eux  le  meilleur  accueil,  tant  de  jour  que 
de  nuit;  il  n'en  a  pas  été  de  même  des  gens  d'Eguisheim,  qui 
avaient  ouvert  leur  villette  aux  Armagnacs,  et  à  qui  Ton  a 
effectivement  refusé  de  leur  venir  en  aide,  de  peur  que  cela 
ne  profitât  à  l'ennemi.  On  en  a  usé  de  même  pour  tous  ceux 
qui  avaient  pactisé  avec  lui,  et  on  n'en  agirait  pas  autrement 
encore  aujourd'hui,  si  le  pays  n'était  pas  débarrassé  de  sa 
présence.  Cependant  après  son  départ,  quand  les  bourgeois  se 


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190  ftimn  D'AtsAOtt 

rendirent  à  Eguisheim  pour  cultiver  leurs  biens,  ou  pour 
d'autres  affaires,  les  habitants  prétendirent  les  en  empêcher, 
ce  qui  détermina  la  ?ille  de  Golmar  à  les  repousser  à  son 
tour  ;  toutefois,  depuis  qu'Eguisheim  a  fiiit  retour  aux  domaines 
de  Sa  Grflce,  on  est  revenu  sur  cette  mesure.  Les  gens  de 
Dambach  n'ont  pas  été  moins  bien  traités,  et  s'ils  se  plaignent»* 
c'est  à  tort.  Quant  aux  griefs  que  Welschin  Lamprecht»  le 
vassal  du  chanoine,  prétend  avoir  contre  Pierre  Eltlpffel, 
voici  à  quoi  cela  se  réduit  :  un  jour  que  ce  dernier  était  de 
garde  à  la  porte  de  la  ville,  Lamprecht  se  présenta  à  l'avancée 
et  demanda  à  entrer;  Eiapffel  le  fit  passer  par  le  degré 
(Katzemtege)  entre  les  deux  portes,  et  l'admit  dans  le  corpe- 
de-garde  (J^ubeHn),  où  la  femme  de  Fulweiss,  qui  fut  pré- 
venue, lui  envoya  à  boire  et  à  manger.  Une  fois  repu,  Lam- 
precht voulut  s'en  aller,  tenant  à  la  main  une  paire  de  souliers 
neufs.  KlUpffel^  lui  fit  remarquer  qu'il  ne  pourrait  pas  les  lui 
laisser  emporter,  de  crainte  qu'ils  ne  tombassent  entre  les 
mains  des  ennemis;  mais  il  ne  s'en  inquiéta  pas  autrement^ 
et  il  ignore  encore  s'il  se  conforma  ou  non  à  son  observation. 
Tels  sont  les  faits,  et  le  mattre  et  le  Conseil  supplient  Sa 
Grflce  de  ne  pas  croire  trop  facilement  tout  ce  qu'on  pourrait 
lui  dire  contre  eux  dans  ces  temps  si  critiques. 
Lundi  après  Quasknodo  1446. 

98         15  avril  144K.  —  Lettre-circulaire  du  maître  et  du  Gon- 

L-M 

144S-48  seil  de  Golmar  aux  villes  de  Kaysersberg,  d'Ânunerschwihr, 
i«cto  |}e  Ttirkheim,  de  Munster  et  de  Bergheim,  qui  leur  avaient 
demandé  de  céder  à  chacune  du  blé.  Gomme  ils  ont  à  pourvoir 
à  l'entretien  d'une  nombreuse  population,  et  que  dès  le  début 
de  la  guerre  ils  s'étaient  engagés,  de  concert  avec  la  com- 
mune, à  ne  pas  laisser  de  grains  sortir  de  la  ville,  il  leur  est 
bien  difDcile  de  faire  une  exception  en  leur  faveur,  d'autant 
plus  que  les  hostilités  ne  cessent  pas,  que  l'inventaire  qu'ils 
viennent  do  dresser  des  approvisionnements  existants  n'a  pas 


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L^mVAJBIOK  DES  ▲BMAOMA.OS  BM  ÂtSAOfi  191 

donné  les  résultats  attendus,  et  que  les  terres  n'ont  été  ense- 
mencées gu^en  partie.  Cependant,  pour  témoigner  de  leur 
Lonne  volonté,  ils  offrent  à  chacune  des  villes  50  quartaux, 
pour  être  distribués  particulièrement  aux  pauvres,  attendu 
que  les  riches  trouveront  bien  à  se  pourvoir  sans  cela. 

Jeudi  avant  le  dimanche  JuMlate  1445. 

17  avril  1445.  —  En  réponse  à  une  lettre  du  bourgmestre     99 

I  —M 

et  du  Conseil  de  Brisach,  qui  s'étaient  plaint  des  imputations  i4J~48 
dont  ils  étaient  Tobjet  de  la  part  des  gens  de  Gohnar,  et  des  et  ^  iss 
▼oies  de  fait  dont  ils  les  menaçaient,  le  maître  et  le  Conseil 
de  Colmar  conviennent  que  les  relations  des  gens  de  Brisach 
avec  le  peuple  étranger  avaient  en  effet  donné  lieu  à  des 
propos  Iftcbeux,  sur  lesquels  les  deux  villes  s'étaient  précé- 
demment expliquées  dans  leur  correspondance.  Sans  vouloir 
revenir  là-dessus,  le  maître  et  le  Conseil  reconnaissent  que 
non-seulement  leurs  ressortissants,  mais  d'autres  encore  qui 
ont  perdu  leurs  parents  et  leur  bien,  ne  ménagent  pas  les 
gens  de  Brisach,  qu'ils  accusent  d'avoir  favorisé  les  Arma- 
gnacs en  les  fourm*ssant  de  vivres  et  en  leur  donnant  accès 
chez  eux,  sans  égard  pour  les  meurtres,  les  brigandages,  les 
incendies,  les  outrages  aux  femmes  et  aux  enfiints  dont  ils  se 
rendaient  coupables.  Loin  d'avoir  éprouvé  de  l'horreur  pour 
des  excès  pareils,  ce  sont  les  ressortissants  de  Brisach  qui 
s'accommodaient  à  vil  prix  des  produits  de  leurs  pilleries, 
meubles,  linge,  armes,  au  lieu  de  laisser  aux  propriétaires  la 
bcnlté  de  les  racheter.  C'est  cette  connivence  qui  a  permis 
aux  Armagnacs  de  prolonger  plus  de  moitié  leur  séjour  dans 
le  pays,  n  n'y  a  rien  d'étonnant  si  cette  conduite,  qui,  il  faut 
l'avouer,  fiiit  peu  honneur  à  Brisach,  a  soulevé  à  Colmar  et 
ailleurs  une  indignation  générale;  mais  quant  à  prétendre 
qu'elle  pourrait  porter  les  gens  de  Colmar  à  user  de  repré- 
sailles et  à  recourir  à  des  voies  de  fait,  c'est  leur  faire  tort, 
et  au  besoin  la  ville  saurait  bien  les  en  empêcher. 
Samedi  avant  le  dimanche  JtUrilate  1445. 


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192  REVUE  D'âI£AC& 

100  18  avril  1445.  —  Décret  du  Conseil  qui^  se  référant  à  des 
1429-62  mesures  prises  antérieurement  contre  les  femmes  mariées 
qui  vivent  en  concubinage,  mesures  à  l'exécution  desquelles 
rinvasion  des  Armagnacs  avait  empêché  de  tenir  la  main, 
prescrit  aux  coupables  de  sortir  de  la  ville  dans  un  délai  de 
huit  jours,  faute  de  quoi  elles  seront  traitées  de  manière  à 
regretter  de  n'être  pas  parties  volontairement. 
Dimanche  Jubilaie  1445. 


101  18-24  avril  1446.  —  Maître  Gilles  (Kempff)  se  rend  à 
Ribauvillé  auprès  de  messire  Maximin,  au  sujet  de  la  lettre 
que  la  ville  a  reçue  de  Jean-Ulric  de  Hattstadt.  Sa  dépense 
est  de  9  s.  8  d. 


K-B 
p.45 


L-M 
44S-H 
MS8b 


102  20  avril  1445.  —  Le  maître  et  le  Cionseil  de  Golmar  expo- 
sent au  chevalier  Sigismond  de  Weyspernach,  majordome  de 
la  seigneurie  d'Autriche,  que  le  peuple  étranger  venant  de 
quitter  l'Alsace,  deux  de  leurs  bourgeois  avaient  repris  le 
commerce  du  vin  avec  le  pays  haut,  mais  sans  jamais  dépas- 
ser Bftle,  et  chaque  fois  ils  avaient  acquitté  le  péage  à  Ensis- 
heim,  pour  pouvoir  transporter  leur  vin  plus  loin.  Cependant 
la  dernière  fois,  en  arrivant  à  Ottmarsheim,  ils  ont  été  arrê- 
tés par  le  prévôt  de  Landser,  qui  leur  a  pris  une  partie  de 
leur  marchandise,  et  qui  leur  a  fiiit  promettre  de  se  repré- 
senter devant  lui  à  la  Pentecôte.  Le  maître  et  le  Conseil  ne 
peuvent  s'expliquer  ce  procédé  violent,  que  leur  conduite 
vis-à-vis  de  la  maison  d'Autriche,  dont  le  chef  est  en  même 
temps  leur  très  gracieux  seigneur  le  roi  des  Romains,  ne 
motive  nullement;  ils  rappellent  qu'ils  ne  pactisent  pas  et 
n'ont  aucune  alliance  avec  les  confédérés  ou  Suisses.  En  con- 
séquence, ils  prient  le  majordome  de  faire  rendre  leur  vin  à 
leurs  ressortissants,  et  de  les  dispenser  de  se  rendre  à  Landser. 
Mardi  avant  la  Saint-George  1445. 


X.  MOSSMAlfN. 


fLa  suite  h  la  prochaine  livraison  J 


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COLLECTIONS 

ET 

COLLECTIONNEURS  ALSACIENS 

I6OO-I82O 

Q^ntiquitiSy  oMonnaieSy  oMedailles^  Tableaux^  ^Manuscrits 
Gravures^  Curiosités^  etc. 

Suite  ♦ 


Un  des  plus  ardents  collectiosnears  de  tout  ce  qui  avait 
rapport  à  l'histoire  naturelle  et  à  toutes  ses  branches,  fiit  le 
professeur  à  l'Ëcole  de  médecine  Jean  Hermann^  né  à  Barr^ 
en  17S8y  correspondant  de  Tlnstitut.  Il  avait  acquis  à  très 
haut  prix  les  modèles  en  cire  faits  par  Joseph  Poli,  et  d'après 
lesquels  ont  été  dessinés  et  coloriés  les  animaux  qui  habitent 
les  coquilles,  et  qui  sont  représentés  dans  le  précieux  ouvrage 
de  ce  savant.  A  la  mort  d'Hermann,  le  cabinet  du  Jardin  des 
Plantes  de  Paris  acheta  ces  modèles.  Voici  ce  qu'il  dit  lui- 
même  de  sa  collection  :  ^ 

c  Le  cabinet  de  M.  HermanUy  docteur  en  médecine  et  en 
hiêioire  naturelle.  —  Gomme  M.  Hermann  donne  des  cours 
publics  et  particuliers  d'histoire  naturelle,  il  s'est  étendu 
également  sur  toutes  les  parties  de  cette  dernière  science,  et 

•  Voir  la  précédente  livraison  (Janvier-Février-Mars  1875). 
'  C.  Gaérin  a  gravé  son  portrait. 
'  Catalogue  Eeiiz, 

Nouvelle  Série  —  4*  année  13 


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194  REVUE  D* ALSACE 

il  se  pique  plutôt  de  pouvoir  donner  une  idée  nette  des  pro- 
ductions de  la  nature  en  tout  genre  que  d'en  posséder  les 
plus  rares  et  les  plus  brillants.  Sa  collection,  commencée  en 
176S,  consiste  en  préparations  anatomiques,  quadrupèdes  et 
oiseaux  empaillés,  poissons  qu'il  prépare  d'une  façon  qui  lui 
est  propre,  insectes,  coquilles,  plantes  marines,  herbiers, 
minéraux,  etc.  »  (Il  y  avait  près  de  160  espèces  de  mammi- 
fères.) <  Les  curieux  sont  surtout  satisfaits  de  la  propreté  et 
de  l'ordre  lumineux  qui  règne  dans  ce  cabinet. 

<  L'habile  possesseur  a  tout  lieu  d'être  jaloux,  notamment 
de  la  netteté  avec  laquelle  il  a  conservé  les  insectes  indigènes 
du  pays,  dont  il  a  une  très  ample  suite  et  de  magnifiques 
échantillons  de  plantes  sèches,  dont  le  nombre  monte  à  plus 
de  4,000;  le  tout  est  étiqueté,  selon  le  système  du  célèbre 
Lynnœus,  excepté  le  règne  minéral. 

«  Un  grand  nombre  d^objets  préparés  pour  le  microscope, 
choisis  dans  ce  qu'il  parait  de  plus  piquant  pour  cet  effet 
dans  les  trois  règnes,  et  accompagné  d'un  index  bien  r^é, 
ne  peut  qu'ajouter  au  mérite  de  cette  collection.  » 

Hermann  recueillait  aussi  les  pièces  sur  l'histoire  locale  ; 
il  avait  deux  feuillets  représentant  les  caractères  que  l'on 
trouvait  chez  l'imprimeur  Dolhopf,  en  1678.  Sur  l'une  de 
ces  feuilles  étaient  des  caractères  allemands  ;  sur  l'autre  des 
caractères  grecs,  latins,  hébraïques,  rabiniques,  syriaques  et 
arabes. 

Un  jeune  soldat  strasbourgeois  avait  donné  au  professeur 
le  seul  oiseau  qui  restait  de  la  superbe  collection  d'oiseaux 
du  Carsberg,  où  le  duc  de  Deux-Ponts  avait  transporté  le 
cabinet  du  docteur  Mauduyt,  de  Paris.  Citons  encore  de  la 
collection  Hermann,  un  loup  colossal,  tué  en  1799,  d'un  coup 
de  hache,  par  un  paysan,  dans  la  forêt  de  Haguenau,  où  il 
passait  pour  un  loup-garou.  Des  personnes  croyaient  voir, 
sous  la  forme  de  cet  animal,  un  brigand  du  pays  puni  de  la 


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COLLECTIONS  BT  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS        195 

peine  de  mort  pour  ses  crimes.^  En  1818,  M  de  Gîmbernat 
tira  de  la  gélatine  d'un  morceau  d'un  os  de  baleine  que  Ton 
Yoyail  à  Strasbourg  depuis  plus  de  trois  siècles,  et  qui  était 
passé  dans  le  cabinet  Hermann.  Deux  peintres  strasbourgeois, 
Haldenwangen  (1780)  et  Hans,  farent  souvent  employés  à 
dessiner  les  animaux  les  plus  curieux  qu'Hermann  destinait 
à  Touvrage  de  Schreber. 

Ce  professeur  a  publié  un  ouvrage  qui  intéresse  fort  les 
bibliophiles  :  c'est  un  traité  très  curieux  sur  les  miles  qui 
rongent  les  livres.  Ce  travail  fut  jugé  digne  d'un  prix  en  1778, 
par  l'Université  de  Gôttingue.  L'avant-demier  bibliothécaire 
de  la  ville  de  Strasbourg,  M.  A.  Schweighœuser,  avait  acquis 
pour  la  bibliothèque  un  recueil  manudcrit  de  lettres  d'Her- 
mann.  En  parcourant  cette  curieuse  correspondance  du  Linné 
du  Rhin,  on  voit  que  le  gouvernement  républicain  lui  était 
devenu  odieux,  à  la  suite  des  excès  commis  dans  Strasbourg, 
et  surtout  depuis  la  mort  de  son  fils,  dette  haine  des  nou- 
veaux principes  était  un  des  grieCs  que  lui  reprochait  le 
nouveau  directeur  de  l'Ecole  de  médecine  Noël,  qui  ne  pou- 
vait supporter,  ainsi  que  ses  collègues  venus  de  l'intérieur,  le 

^  locT.  VHermite  en  province,  t.  XI,  p.  117.  Bottin.  Annuaire  du 
£a9-Rhin,  an  II. 

D'après  une  note  d'HermanD,  ce  brigand  serait  Ealoge  Schneider. 
D*aatres  disaient  qae  c'étaient  G.  Schwob  et  H.  Herrwig,  de  Hagaenan, 
exécatés  à  Strasbourg  ponr  vols  à  main  armée  snr  les  routes-  On  voyait 
encore  dans  le  cabinet  Hermann  denx  manchots  des  mers  australes  et 
d'antres  objets  très  rares,  don  du  naturaliste  Fœrster,  le  compagnon  du 
capitaine  Cook;  le  desman  de  Russie  envoyé  par  Pallas.  Deux  mission- 
naires dans  les  Indes,  les  révérends  John  et  Bottier,  avaient  donné  deux 
roussettes,  une  grande  musaraigne  et  divers  oiseaux,  le  mérion  de 
rinde,  etc.  Les  publications  de  Gœrtner  sur  les  fruits,  et  d'Esper  sur  les 
zoophytes,  renferment  beaucoup  de  dessins  dont  les  originaux  sont 
encore  dan«  les  galeries  de  Strasbourg  Le  poisson  le  plus  curieux  de  la 
collection  était  le  Stemoptyx  diaphane.  Au  mois  de  nivôse  an  XIII, 
l'inventaire  officiel  du  cabinet  Hermann  porte,  entre  autres,  200  mam- 
mifères empaillés  et  montés,  900  oiseaux,  200  poissons,  des  racines,  des 
semences,  des  bois  sciés  et  polis,  etc. 


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196  REvtJE  d'alsacs 

surnom  A*étrcmgers  que  leur  donnaieat  les  anciens  professeurs 
de  l'Université.* 

Le  médecin  Thomas  Lauth  a  publié  la  yie  de  son  ami 
Hermann,  qui  mourut  le  4  octobre  1800,  des  suites  d'un 
refroidissement,  après  une  excursion  botanique  dans  les 
environs  de  Haguenau.  Guvier  a  écrit  son  article  dans  la 
Biographie  universelle,  et  trente  et  un  ans  après,  le  professeur 
Lereboullet,  en  parlant  du  buste  d'Hermann,  qui  se  voit  dans 
le  Muséum,  dont  il  était  le  gardien,  lui  a  payé  un  nouveau 
tribut  d'éloges.*  U  semble  encore,  comme  il  le  fit  trois  jours 
avant  sa  mort,  veiller  aux  soins  que  comporte  une  collection: 
Tertio  ante  mortem  dte,  dit  Lauth,  varia  quœ  mueœtim  apec- 
tantj  spectavit  :  tnanuit  examnanda  esee  quadrupeda^  aves, 
aliaque  ne  inêeciis  infeetentur^  designavit  epecimina  eUbano 
eommittenda,  quo  destruatur  qui  forte  irrepserat  dermester 

fur Pridie  mortis  libellos  fwnnulos^  quos  modo  aceeperat 

fugitm  oculo  lustravit,  et  quœdam  notavit. . .  * 

La  ville  de  Strasbourg,  voulant  profiter  de  la  loi  du  il  flo- 
réal an  X,  portant  qu'il  serait  établi  trois  Ecoles  d'histoire 
naturelle,  sollicita  et  obtint  l'autorisation  d'acheter,  pour  la 
somme  de  40,000  francs,  le  cabinet  Hermann,  considérable- 
ment enrichi  par  les  soins  de  son  gendre,  le  professeur 
Hammer,  de  Golmar,  qui  en  fut  nommé  le  conservateur.  Cette 
acquisition  était,  pour  les  héritiers,  une  faible  indemnité  des 
quarante  années  passées  et  de  l'argent  dépensé  par  leur  père 
à  augmenter  ses  collections. 


^  Déjà  à  cette  époque,  les  professeurs  français,  pour  ûdre  cesser  une 
situation  intolérable,  avaient  demandé  le  transfert  à  Nancy  de  TEcole  de 
médecine.  (Voir  les  factums  de  Noël,  d'Ehrmann,  de  Lobstein,  etc.) 

'  Annuaire  du  Bas-Rhin.  1833,  p.  383. 

*  Fitam  J.  Hermann,  scripsit  T.  LoAUh,  Argent,  I  (1801,  p.  57.) 

Piton,  ordinairement  très  exact  et  très  impartial,  assure  que  la  coUec- 
tion  Hermann,  peu  importante  à  son  origine,  s'accrut  par  un  grand 
nombre  de  dons.  Son  gendre  était  un  bon  minéralogiste. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS        197 

Hermann  possédait  en  outre  une  bibliothèque  de  plus  de 
10,000  Yolumes.  Sa  maison  canoniale  de  Saint-Thomas  était 
occupée,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  par  feu  le  professeur 
Jung.  Toutes  les  personnes  (fiii  ont  fréquenté  la  bibliothèque 
de  Strasbourg,  ont  conservé  de  cet  excellent  bibliothécaire  le 
plus  agréable  souyenir  de  son  extrême  complaisance  et  de 
son  inépuisable  érudition.  Il  était  une  véritable  encyclopédie 
virante  pour  les  chercheurs  de  passage  à  Strasbourg.  Gomme 
le  professeur  Hermann,  il  est  mort  regretté  de  tous,  au 
nodlieu  de  ses  livres  chéris. 

Frédérîc-Louis  Ehrmann,  né  à  Strasbourg  en  1741,  mort  en 
1799,  fût  professeur  à  TUniversité,  puis  à  FEcole  centrale.  Il 
était  membre  de  plusieurs  Sociétés  savantes  et  de  la  Société 
philharmonique  du  régiment  de  Metz  (artillerie),  association 
fondée  en  1785,  avec  Tapprobation  de  Mesmer,  et  qui  fut 
dispersée  à  la  Révolution.^  Toute  la  fortune  et  tout  le  travail 
du  professeur  s'étaient  fondus  dans  son  beau  cabinet  de 
physique,  un  des  plus  complets  de  France.  Chaque  partie  de 
cette  science  y  avait  sa  place.  Ehrmann  avait  trouvé  dans  sa 
femme,  une  compagne  dévouée  et  une  élève  assidue  pour 
Taider  dans  ses  expériences.  Il  était  physicien  de  la  ville,  et 
demeurait  rue  de  la  DenteUe. 

La  création  du  musée  des  Unterlinden  à  CSolmar,  œuvre 
pahriotique  s'il  en  fut,  nous  permet  de  citer  les  noms  de  quel- 
ques braves  citoyens  qui,  malgré  les  lois  sévères  du  temps, 
crurent  devoir  cacher  et  sauver  des  objets  d'art  un  peu  trop 
aristocratiques.  Le  premier  de  ces  courageux  collectionneurs 
est  l'avocat  Raspieler,  une  des  lumières  de  l'ancien  barreau 
alsacien,  qui  avait  caché  dans  sa  cave,  pendant  la  Terreur, 
ce  joli  groupe  en  biscuit  de  porcelaine  représentant  une  allé- 
gorie ayant  trait  au  mariage  du  dauphin  et  de  Marie- Antoi- 

^  Voir  sur  cette  Société  les  Mémoires  de  la  baronne  d'Oherkirch  et  le 
jï"  2442  da  Cata^gue  Heitz. 


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198  REVUS  D'ALSACE 

nette,  groupe  unique  attribué  avec  beaucoup  de  vraisemblance 
à  Lemire,  sculpteur  attaché  à  la  faïencerie  de  Niederwiller, 
près  Sarrebourg,  usine  dont  M.  de  Beyerlé,  alors  directeur  de 
la  Monnaie  de  Strasbourg,  étaitipropriétaire,  et  qui  appartint 
ensuite  au  général  Gustine  qui  habita  longtemps  Strasbourg; 
ce  groupe  est  un  des  ornements  du  musée  Schdnghauer.^ 

Le  docteur  Morel  *,  bien  avant  la  Révolution,  était  en  cor- 
respondance avec  Oberlin  pour  lui  signaler  les  trouvailles  des 
environs,  et  principalement  celles  de  l'antique  OUno  (Œden- 
berg),  aujourd'hui  de  la  commune  de  Biesheim;  il  avait 
réuni  des  vases,  des  briques,  dont  deux  marqués  >.  S.  L.  XXI, 
des  médailles,  et  enfin  le  beau  bas-relief  du  Gaulois  luttant. 
Dès  1778  il  en  avait  envoyé  le  dessin  à  Oberlin,  qui  ne  le  fit 
paraître  dans  son  Almanach  d'Alsace  qu'en  1789.  Le  fils  du 
docteur  Morel,  maire  de  Golmar,  Ta  donné  au  même  musée. 

Le  musée  Schdngauer  a  encore  un  souvenir  de  M.  Mar- 
quaire,  homme  de  loi  à  Golmar.  C'est  une  tête  monstrueuse 
tenant  à  la  bouche  un  gland,  et  qui  paraît  provenir  de  quel- 
que édifice  de  l'époque  romane.  Le  légiste  Marquaire  et  le 
chroniqueur  colmarien  Billing'  avaient  été  chargés  avec  le 
peintre  Gasimir,  de  décrire  en  l'an  II  les  beaux  vases  de 
Ribeauvillé.  G'est  peut-être  grâce  à  eux  que  l'on  peut  admirer 
encore  ces  ouvrages  d'orfèvrerie  d'une  époque  éloignée.  En 
1782,  Billing  avait  recueilli  un  bas-relief  représentant  une 
femme  assise  sur  un  siège  carré,  et  à  laquelle  deux  génies 
offrent  des  raisins;  ses  héritiers  ont  déposé  cette  sculpture 
au  musée  colmarien.  Sigismond  Billing  mourut  en  1796; 
Wachsmuth,  décédé  professeur  de  dessin  à  TËcole  Saint-Gyr, 

^  Catalogue  du  musée,  1866,  p.  115.  Â.  Teinturier,  Anciennes  indus^ 
tries  d'Alsace  et  de  Lorraine^  (Bibliographie  alsacienne^  t.  IV,  p.  138). 

'  La  lithofçraphie  du  docteur  Morel  a  para  d'après  un  portrait  de 
Weinzorn. 

*  Sghœpflin-Ra VENEZ,  t.  III,  p.  157.  M.  Rathgeber  vient  de  publier 
sa  Chronique  de  Colmar, 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS        199 

a  lithographie  son  portrait  d'après  un  dessin  fait  de  mémoire 
par  Casimir. 

Une  des  plus  remarquables  galeries  de  tableaux  de  pro- 
yince  était  celle  du  négociant  Hayno,  dont  la  Revue  nF Alsace^ 
a  publié  dernièrement  une  intéressante  notice.  Mayno  avait 
au  plus  haut  degré  le  goût  des  arts,  et  ce  qui  reste  de  sa 
belle  collection  excite  encore  des  cris  d'admiration.  L'école 
hollandaise  flamande  était  représentée  par  deux  paysages  de 
Teniers;  une  Tabagie  par  le  père  de  ce  peintre,  un  portrait 
par  Van  Dyck,  un  petit  tableau  sur  bols  par  Rembrandt, 
une  tête  de  vieillard.  Guerchin,  André  delSarto,  André  Sacchi 
et  d'antres  tenaient  le  haut  bout  de  l'école  italienne.  Largillère 
et  deux  grandes  batailles  du  Bourguignon  brillaient  dans 
l'école  française.  Les  petits  maîtres  alsaciens  étaient  au  grand 
complet  :  Heimlich,  Melling,  Loulherbourg,  l'émailliste  Weyler, 
etc.  Mayno  avait  fait  faire  par  Melling  un  grand  tableau  allé- 
gorique sur  la  Révolution,  et  il  l'avait  donné  à  la  ville.  Cette 
peinture  disparut  un  jour  sans  que  jamais  on  ait  su  où  elle 
était  passée.  ' 

Longtemps  Mayno  crut  avoir  un  Corrège  authentique, 
Vénus  désarmant  r Amour ,  mais  ce  n'était  qu'une  fort  bonne 
copie  gravée  par  C.  Guérin  en  1789  (hauteur  0",59,  largeur 
0-,89).* 

La  collection  fut  partagée  entre  ses  héritiers,  MM.  Barrois 
et  Joseph  Ârrois,  négociant.  Celui-ci  eut  plus  tard  plus  de 
deux  cents  tableaux.  (Le  Guide,  Guerchin,  A.  Sacchi,  Tre- 
visano,  G.  Lorrain,  Lebrun,  Lemoine,  Vien,  Jordaens,  Bour- 
guignon.  Van  Dyck,  D.  Teniers,  Van  Berghem,  Wouverraans, 
Ruysdaël,  Breughel,  Van  Heyden,  A.  Durer,  Meyer,  Louther- 
bourg,  Melling,  Weyler,  Heimlich,  etc.)  Le  Claude  Lorrain 
était  un  paysage  avec  flgures.  Les  autres  toiles  remarquables 


^  E.  Bartb.  MayfWf  notice  avec  portrait,  1874. 
*  Il  y  en  a  des  épreuves  avant  la  lettre. 


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•200  REVUE-  D*ALSAC5B 

étaient  la  Tabagie  par  Teniers  père,  un  Orand-Prêtre  par 
Lesueur,  deux  esquisses  de  Rubens  et  une  de  Paul  Véro- 
nèse;  deux  beaux  émaux  peints  avec  beaucoup  de  feu  par 
Weyler,  représentant  B.  FramkHn  et  sa  première  femme, 
née  IhdeUOaarieowrt^^  un  Terburg,  un  paysage  d'Obéma,  une 
bataille  et  un  paysage  de  Bergheim,  un  paysage  de  Rembrand. 

M.  Barrois,  directeur  de  l'enregistrement  à  Strasbourg,  fut 
aussi  un  amateur  d'antiquités;  il  avait  plusieurs  beaux 
bronzes  antiques,  entre  autres  un  Mercure  trouvé  à  EU. 
Gomme  neveu  de  Mayno,  il  avait  eu  sa  part  dans  les  tableaux 
cités  plus  haut. 

Un  autre  neveu  strasbourgeois,  M.  Simonis,  eut  la  copie  du 
Gorrège.  M.  Philippe  Burty,  rendant  compte  dans  la  Gazette 
des  beaux-arta  du  1*'  avril  1864  de  sa  visite  dans  la  galerie 
de  cet  amateur,  signale  deux  statuettes  d'enfant  par  Pigalle, 
un  magnifique  site  de  montagne  signé  A.  V.  EVERDINGEN; 
la  Vierge  de  Carlo  Dulci;  deux  Hondekœter;  deux  compo- 
sitions flamandes,  r  Automne  et  F  Eté;  Un  butor  culbuté  par 
un  (Men  barbet  par  Oudry  (Salon  de  1725);  une  nature  morte 
par  Van  Es;  sur  une  cheminée,  deux  admirables  brûle-parfums 
Louis  XVI  en  marbre  de  Sienne,  forme  de  trépied,  montés  en 
cuivre,  etc. 

c  Dans  un  quartier  tranquille,  dans  une  rue  solitaire,  est 
une  maison  modeste  et  commode.  Plusieurs  cabinets  éclairés 
d'un  demi-jour,  qui  invite  à  la  méditation,  ont  leurs  murs 
couverts  de  livres  utiles,  tous  à  la  portée  de  la  main,  parce 
qu'on  les  consulte  tous  et  souvent;  dans  les  intervalles, 
quelques-unes  de  ces  pancartes  ou  tableaux  qui  facilitent  les 
recherches,  les  portraits  d'Erasme,  de  Juste  Lipse,  de  Schœpflin. 
C'est  un  sanctuaire  où  l'on  n'entre  pas  sans  une  impression 
de  respect;  on  vient  y  rendre  un  juste  hommage  au  savant 

^  Cabinet  Mayno,  Annuaire  de  1806.  La  collection  Arrois  fut  vendue 
en  1836. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS        201 

Oberlin.*  »  Ce  digne  élève  de  Schœpflin  recevait  de  tous  les 
côtés,  comme  son  maître,  des  témoignages  d'affection  et  de 
reconnaissance.  Sachant  son  goût  pour  les  choses  rares,  le 
prince  de  Metternich,  qui  venait  de  quitter  TUniversité,  lui 
envoyait  la  médaille  du  couronnement  du  dernier  empereur 
d'Allemagne  de  la  maison  d^Âutriche.  Le  poète  Pfeffel  entre- 
tenait l'érudit  des  découvertes  faites  dans  les  environs  de  sa 
ville  natale.  En  1785,  il  lui  soumettait  un  petit  cachet  antique. 
Hais  la  Révolution  vint  empêcher  pour  quelque  temps  ces 
paisibles  liaisons,  et  Oberlin,  puisant  dans  *son  amour  des 
arts  le  courage  civil,  ne  craignit  pas  de  dénoncer,  au  péril  de 
sa  vie,  les  excès  qu'une  tourbe  infâme  avait  commis  dans 
Strasbourg.  Grégoire  les  flétrit  pour  toujours  dans  ses  fameuses 
lettres  sur  le  vandalisme  révolutionnaire.*  Mais  le  mal  était 
fait.  Oberlin,  échappé  au  torrent  révolutionnaire,  style  du 
temps,  accepta  une  chaire  de  bibliographie  à  TEcole  centrale; 
peu  de  temps  après,  il  était  nommé  correspondant  de  l'Insti- 
tut. Le  savant  professeur,  dont  la  vie  a  été  retracée  par 
SchweighsBuser  et  Winckler,  eut  à  ranger,  comme  bibliothé- 
caire de  la  ville,  les  immenses  amas  de  livres  venus  de  tous 
les  coins  des  départements,  soit  des  châteaux,  soit  des  monas- 


^  Camus,  Voyage  dans  les  départements  nouveUenient  réunis,  cité  par 
Â.  Stœber.  En  1788,  Oberlin  demenrait  près  des  Petits-Capucins.  Son 
ex  Wbris  consiste  dans  sa  signatare,  reproduite  par  la  gravure.  11  se 
levait,  hiver  comme  été,  dès  4  heures  du  matin.  En  hiver,  il  allumait 
lui-même  son  feu,  arrangeait  sa  lampe  et  se  mettait  immédiatement  à 
rétude  (Dibdin). 

'  G.  Wedekind  a  aussi  écrit  en  l'an  III  à  Grégoire  pour  lui  signaler  les 
nombreuses  destructions  d'objets  d'art  à  Strasbourg  (écrit  en  allemand). 
Voir  aussi  les  articles  de  J.  Lamoureux  sur  ce  sujet  dans  le  BuUetin  du 
Bibliophile  et  le  catalogue  des  autographes  de  cet  amateur  nancéien.  La 
brochure  de  Wedekind  a  paru  à  Strasbourg  chez  Treuttel  et  Wurtz, 
Jacohiner-Strasse,  n*  15,  16  pages.  Heitz  possédait  le  portrait  original 
au  crayon  noir  par  Ch.  Schuler  du  savant  Oberlin.  Il  a  été  reproduit 
par  la  gravure.  Sa  série  de  chartes  allemandes  et  françaises  et  sa  corres- 
pondance furent  achetées  par  la  Bibliothèque  royale, 


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202  BBVUB  d'àLSAOB 

tères.  Par  son  énergie,  il  fit  réintégrer  à  la  bibliothèque  an 
manuscrit  précieux,  dont  l'Europe  savante  déplorera  toujours 
la  perte.  On  me  permettra  de  dire  quelques  mots  des  péré- 
grinations de  VHortus  delidarum  pendant  la  Révolution. 

Ce  manuscrit,  œuvre  de  Tabbesse  de  Hohenbourg,  Herrade 
de  Landsperg,  après  la  dispersion  des  sœurs  de  Sainte-Odile, 
fut  recueilli  par  les  évéques  de  Strasbourg  dans  leur  chftteau 
de  Saverne,  et  Tun  d'eux,  le  cardinal  de  Lorraine,  le  com- 
muniqua en  1600  au  savant  jésuite  hollandais,  Pierre  Busée, 
qui  en  parle  dans  son  édition  de  Pierre  de  Blois,  imprimée  à 
Mayence  cette  année.^  Les  chartreux  de  Molsheim  possédèrent 
ensuite  VHortus;  ils  ne  le  montraient  à  personne.  En  1790, 
la  bibliothèque  du  district  vint  s'en  emparer,  et  peu  après 
l'abbé  Rumpler,  de  très  querelleuse  mémoire,  le  fit  rendre, 
en  souvenir  de  l'abbesse  Herrade,  à  un  M.  de  Landsperg, 
dont  les  parents  réclamaient  depuis  plus  d'un  siècle  ce  sou- 
venir de  famille.  Enfin,  il  fut  réintégré  quelques  mois  après 
au  dépdt  public  des  livres  à  Strasbourg.  <  Echappé  récemment, 
écrit  en  1861  Tauteur  des  Lettres  sur  les  archives  déparie^ 
mmtak^  du  Bas-Rhin,  à  une  catastrophe  imminente,  et  réservé. 
Dieu  seul  le  sait,  à  quelles  destinées  encore *  »  Paroles  tris- 
tement prophétiques  :  VHortus  delidarum  n'existe  plus 

L'abbé  Rumpler,  pendant  le  peu  de  temps  que  le  manu- 
scrit d'Herradc  fut  entre  ses  mains,  crut  devoir  faire  acte  de 
propriété  en  y  inscrivant  quelques  élucubrations  de  sa  façon, 
n  écrivit  en  grosses  lettres  sur  le  titre  refait  à  la  moderne  : 

Opira  F.  Ludovici  Rumpler  Can,  Varsoviœ  famiUœ  Landsperg 
resiitutus  armo  1794. 

Puis,  lorsque  les  membres  du  Directoire  l'eurent  forcé  à  une 
juste  restitution,  il  ne  dissimula  pas  son  dépit;  il  s'exécuta. 

^  Gh.  GéRARD. 

'  M.  L.  Spach  vent  sans  doute  parler  de  l'incendie  da  Gymnase,  dont 
les  bâtiments  touchent  la  Bibliothèque. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS       203 

Mais  il  eut  soin  de  faire  une  nouvelle  réclame,  en  écrivant  à 
la  dérobée  sur  le  verso  du  feuillet  350  les  lignes  suivantes  : 

AD.  REI  MEMORIAM. 
Apostrophe  à  la  postérité. 

Je  sais  fâché  de  me  voir  dans  le  cas  de  vous  apprendre,  mes  cher&  con- 
citoyens de  la  génération  future,  que  ce  manuscrit,  restitué  à  Charles  de 
Landsperg  en  novembre  dernier  par  le  Directoire  du  district  jacobin,  lui 
a  été  repris  trois  mois  après  par  Tadministration  des  patriotes  de  1789, 
afin  qu*il  ne  soit  pas  dit  que  des  Jacobins  ont  fait  un  acte  de  justice  en 
leur  vie. 

Strasbourg,  ce  18  février  1795. 

RuMPLER,  mandataire  de  C.  Landsperg, 
qui  proteste  contre  cette  violence. 

Engelhard,  Dibdin,  ViolIet-le-Duc*,  ont  reproduit  quelques 
dessins  de  YHortus  deliciamm. 

Sur  ses  vieux  jours,  Rumpler  vint  habiter  le  mont  Saint- 
Odile  qu'il  avait  acheté  ;  il  fut  bientôt  en  butte  aux  tracasse- 
ries de  ses  voisins,  et  il  ne  cessa  de  plaider  que  lorsque  ses 
forces  furent  entièrement  éteintes.  Sur  un  exemplaire  des 
Pensées  de  Cicéron  par  l'abbé  d'Olivet,  1746,  il  écrivit  en 
peu  de  mots  une  espèce  d'autobiographie,  qui  témoigne 
d'une  certaine  fermeté  d'âme  :  * 

L.  Rumpler,  juriste  en  1750, 

écrit  /  CocUs  en  1800, 
en  <  Coecus  en  1803, 
1804  (  Defunctus  en  1804. 


*  Dictionnaire  du  Mobilier  français,  t.  III;  Paris,  1869. 

*  On  possède  plusieurs  portraits  de  Tabbé;  c'est  bien  une  tête  de 
«  momie  judaïque  ».  Des  vers  élogieux  se  lisent  au  bas  de  chacun. 
J.  Striedbeck  a  gravé  son  ex  libris. 


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204  BEVUE  D  ALSACE 


DIX-NEUVUîME  SIÈCLE. 

M.  Bogner,  place  d'Armes  à  Stitisboorg,  possédait  une  belle 
collection  de  minéraux,  de  pétriiications,  de  coquillages,  etc.  ; 
son  Gis  et  un  de  ses  amis  Taidaieat  dans  les  soins  à  donner  à 
sa  collection. 

M.  Petersen,  professeur  d'un  cours  de  physique  à  Tusage 
des  dames,  avait  aussi  un  beau  cabinet  de  physique  expéri- 
mentale, collection  choisie  de  machines,  d'instruments,  d'appa- 
reils, etc.  Je  n'ai  pu  me  procurer  des  renseignements  sur  ce 
professeur,  qui  devançait  de  plus  d'un  demi-siècle  les  cours 
libres  à  l'usage  des  jeunes  filles.  En  1804,  M.  Petersen  lut  à 
la  Société  des  arts  et  des  sciences  un  travail  sur  le  galvanisme. 

Les  docteurs  Roederer  et  Daniel  Lobstein,  au  Broglie,  avaient 
l'un  un  beau  cabinet  d'instruments  d'accouchement,  l'autre 
un  de  bandages.^  Ces  deux  collections  passèrent  à  l'Etranger. 

Le  professeur  Thomas  Laiith  laissa  à  la  Faculté  de  méde- 
cine sa  belle  collection  de  préparations  anatomiques  et  patho- 
logiques? 

  Golmar,  M.  Bartholdi  avait  aussi  un  intéressant  cabinet 
de  physique. 

M.  Sébastien  de  Schauenbourg  fils,  enlevé  en  1818  trop 
tôt  aux  sciences  et  à  ses  amis  par  une  mort  violente  et  subite, 
avait  dans  son  château  d'Herlisheim  un  herbier  très  précieux 
contenant  presque  toutes  les  plantes  de  l'Alsace.  Il  avait  été 
l'élève  d'Hermann,  et  il  donna  dans  Y  Annuaire  de  tan  XIU 

^  Et  autres  machines  servant  au  soulagement  de  l'humanité  souffrante. 
^Ghaffenaubr). 
*  Grafpknaueu, 


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GOLLBOTIONS  BT  COLLEOTIONNEURS  ALSACIEMS       305 

la  liste  des  plantes  les  plus  rares  du  Haut-Rhin.^  Le  profes- 
seur Eirschleger  estimait  fort  ce  travail.' 

Dès  le  XVII*  siècle,  Tragus  et  Tabermontanus  avaient 
décrit  dans  des  ouvrages  volumineux  les  plantes  qu'ils  avaient 
connues  en  Alsace.  Puis  vint  le  docteur  Mappus,  dont  il  existe 
nn  beau  portrait  gravé.  Son  HisloriapUmtarum  fut  publié  en 
1742  par  Ëhrmann.  Le  docteur  Lindem,  de  Strasbourg, 
auteur  de  VHortas  botanicus^  a  été  immortalisé  par  une 
plante  alsacienne,  le  Lindemi  Pyxidena  Allions 

Le  manuscrit  de  Schauenbourg  sur  les  plantes  passa  entre 
les  mains  du  digne  professeur  Nestler,  pharmacien  en  chef 
de  Thospice  civil  de  Strasbourg,  qui  commençait  alors  à  fon- 
der sa  réputation  en  publiant  avec  le  docteur  Hougeot  de 
Bruyères  les  Centuries  des  cryptogames  de  T Alsace  et  des 
Vosges.  Nestler  avait  aussi  les  manuscrits  sur  la  botanique 
laissés  par  Hermann.  Ce  dernier  avait  formé  une  foule  de 
jeunes  botanistes,  dont  nous  ne  devons  pas  taire  les  noms  les 
plus  connus  :  Oberlin^  fils  du  vénérable  pasteur  du  Ban  de 
la   Roche;    le   pasteur   Stoltz^    gouverneur  à  la  fin  du 


^  Selon  lai,  les  cerfs,  pendant  la  Révolntion,  disparurent  de  l'Alsace 
et  se  réfiigièrent  dans  la  vallée  de  Saint-Âmarin,  dans  les  îles  du  Rhin 
et  dans  la  principauté  de  Porrentruy,  où  on  en  voyait  encore  en  1805. 

'  Liste  des  plantes  lei  moins  connues  dans  Aufschlager. 

'  Citons  encore  le  médecin  en  chef  de  Belfort,  M.  Garlhan,  mort  en 
1776,  botaniste  distingué,  et  le  respectable  docteur  Sultzer,  de  Barr, 
dont  la  Retue  d^ Alsace  a  donné  la  biographie,  dont  «  les  plantes  et  les 
livres  sont  le  seul  luxe.  »  Ceux-ci,  couverts  d'annotations  précieuses, 
ont  été  au  pilon.  Mange,  inspecteur  général  des  hôpitaux  d'Alsace,  avait 
réuni  des  notes  sur  l'histoire  naturelle  de  cette  provinca  Vers  1789,  son 
neveu,  Benoît-Duvemin,  médecin  à  Castres,  avait  en  sa  possession  les 
deux  volumes  manuscrits  in-folio,  fruit  de  ses  observations. 

^  Il  avait  commencé  par  étudier  la  médecine,  puis  il  devint  pasteur- 
adjoint  de  son  père.  Il  a  travaillé  la  chorographie  du  Ban  de  la  Roche 
et  des  environs. 

*  Stoltz  parcourut  toute  l'Alsace;  il  rapporta  de  9%»  excursions  une 
foule  de  plantes  rares  ;  il  a  publié  un  catalogue  des  plantes  de  l'Alsace. 


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206  BBVUE  D*ALS/iCB 

XYin*  siècle  dans  une  famille  du  Haut-Rhin.  Les  docteurs 
Gochnat,  mort  trop  jeune,  Frédéric  Kirschleger,  dont  le  nom 
est  bien  connu  des  botanistes  alsaciens,  représentaient  la 
nouvelle  école  sous  les  ordres  de  Nesller. 

Jean-Marcel  Cadet  ^  né  à  Metz  en  1751,  était,  au  commen- 
cement de  ce  siècle,  directeur  des  contributions  directes  à 
Strasbourg.  Littérateur  et  minéralogiste,  il  joignait  à  des 
lumières  très  étendues  la  plus  belle  âme;  tendrement  aimé 
de  sa  fille  unique,  il  était  respecté  de  tous  ceux  qui  le  con- 
naissaient Un  long  séjour  en  Corse,  où  il  avait  connu  le 
général  Paoli  et  la  famille  Bonaparte,  lui  avait  donné  Tidée 
de  faire  un  plan  en  relief  de  cette  île  remarquable,  avec  la 
disposition  des  divers  terrains.  Ce  travail  serait  d*un  grand 
secours  pour  la  minéralogie  de  ce  pays,  le  relief  étant  formé 
avec  les  matières  mêmes  du  sol.  En  1806,  la  collection  de 
M.  Cadet  n'était  plus  que  l'ombre  de  ce  qu'elle  avait  été.  Elle 
présentait  cependant  des  restes  curieuz  d'une  collection  brû- 
lée avec  beaucoup  de  ses  livres  pendant  la  période  révolu- 
tionnaire. M.  Fargès-Mericourt  y  a  encore  trouvé  une  tête 
humaine  avec  un  seul  œil;  une  grosse  pyrite  cubique  martiale 
en  décomposition,  et  dont  il  croyait  pouvoir'tirer  d'importantes 
conséquences;  quelques  jaspes  de  Corse;  un  manuscrit  de 
Didier,  Thabile  fondeur  de  la  statue  du  prince  Charles  de  Lor- 
raine à  Bruxelles,  concernant  la  manière  de  fondre  le  bronze 
avec  des  dessins.  Enfin  la  perle  de  sa  collection  était  son 
grand  rouleau  de  papyrus  égyptien,  long  de  11  mètres  6  déci- 


le doctenr  Bacbholz  s'est  occupé  des  plantes  du  pays  de  Wissembonrg 
et  M.  Ordinaire  de  celles  des  environs  de  Belfort.  (Statistique  du  dépar- 
tement du  Haut-Rhin,  Mulhouse,  1831,  in-4*) 

*  V.  BéoiN,  Biographie  de  la  Moselle,  1829,  t.  I,  p.  221.  —  Fargès- 
Mericourt,  Annuaire  du  Bas-Rhin,  1806.  — Càdbt-Gassicourt,  Voyage 
en  Allemagne,  Paris,  1819.  —  Cauos,  Voyage  dati'S  les  nouveaux 
départements.  —  Â.  Sghrbiber,  Guide  du  voyageur  sur  le  Rhin,  1822, 
p.  61. 


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OOLLROTIONB  BT  C0LLBGTI0NNBUR8  ALSA.CISM8  207 

mètres,  qu'il  avait  eu  la  patience  de  coller  sur  toile,  de  copier 
et  d'expliquer  ;  la  hauteur  était  de  21  centimètres. 

M.  Cadet,  qui  demeurait  place  d'Armes  n*'  35,  était  secré- 
taire de  la  Société  des  arts  et  sciences  du  Bas-Rhin  ;  il  se 
liyra  à  de  bonnes  recherches  sur  la  mécanique  céleste,  la 
minéralogie,  Vtle  de  Corse  et  sur  les  secousses  des  tremble- 
ments de  terre.  L'histoire  fabuleuse  par  suite  de  la  possession 
de  son  papyrus,  avait  été  aussi  l'objet  de  ses  études.  Cadet- 
Gassicourt  le  jugeait  tout  à  fait  digne  d'être  de  la  9^  classe  de 
rinstitut. 

En  1806,  le  cabinet  de  M.  Pasquay  ^  était  un  des  ornements  . 
de  sa  maison  de  campagne  située  à  l'extrémité  de  la  prome- 
nade du  Contades.  Il  était  riche  en  minéraux,  métaux  et 
cristaux,  et  il  faisait  l'admiration  des  connaisseurs  tant  par  la 
richesse  des  pièces  que  par  Tordre  avec  lequel  elles  étaient 
disposées. 

Le  cabinet  de  M.  Pasquay  fut  acheté  par  M.  Mathieu,  ban- 
quier*; «  Le  6  avril  1809,  dit  Cadet-Gassicourt  •,  on  m'a  fait 
voir  ce  cabinet  de  minéralogie;  j'y  ai  remarqué  de  belles 
roches  composées,  de  beaux  échantillons,  des  minéraux  nou- 
velIemeLt  découverts,  tels  que  le  chrome,  le  tellure,  le  tung- 
stène, le  molybdène,  etc.,  des  feldspaths  magnifiques,  et  une 
pépite  d'or  d'un  volume  considérable.  > 

En  1869,  à  la  rente  du  restant  de  la  bibliothèque  de  l'hel- 
léniste Brunck,  outre  de  beaux  et  bons  livres,  il  y  avait 

^  M.  Pasqnay,  ex-officier  municipal  à  Strasboarg,  avait  deux  ex  lihrin, 
l'on  représentant  des  ouvriers  travaillant  dans  des  mines,  l'antre  son 
blason.  U  avait  d'importantes  fabriques  à  Wasselonne. 

■  Far6BS-M6rigourt,  Ann/uaire  du  Bas-Rhin,  1808,  p.  147-153.  — 
GRAFrBKADBR,  Topoçraphte  de  Strasbourg ^  1816,  p.  394. 

*  Voyage  en  Allemagne,  Paris,  1819,  p.  13.  Admis  au  Casino,  le  phar- 
macien de  l'empereur  y  vit  beaucoup  de  gens  de  mérite,  hellénistes, 
antiquaires,  minéralogistes,  bibliographes.  On  fait  grand  cas  de  l'érudi- 
lion  à  Strasbourg,  observe-t-il. 


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206  KBVUE  d'alsagb 

quelques  tableaux  qui  furent  tirés  sans  doute  avec  d'autres 
du  château  de  Dachstein  pour  subir  le  feu  des  enchères^ 
mais  qui  n'appartenaient  pas  à  ce  savant.  Citons  parmi  ces 
toiles  un  beau  portrait  aux  trois  crayons  du  préfet  Lezay- 
Marresia.  Guérin  Ta  supérieurement  reproduit  par  la  gra- 
vure; M''*  de  Lezay-Marnesia,  en  costume  du  premier  Empire, 
en  était  le  pendant.  Ce  pastel  était  dû  à  un  amateur  de  Stras- 
bourg nommé  Cousin.  M"^  de  Lezay-Maraesia,  née  de  Ganisy, 
avait  épousé  en  premières  noces  M.  de  Briqueville.  On  remar- 
quait encore  un  portrait  de  Gagliostro,  épave  du  château  de 
Savenie,  et  trois  tableaux  par  M"*  Daniche,  qui  peignit  i 
Strasbourg,  sous  TËmpire,  de  si  charmants  portraits  d'enfieuits. 
Ces  toiles  représentaient  des  jeunes  filles  avec  des  lapins,  un 
chien,  un  mouton. 

Les  volumes  de  Brunck  sont  reconnaissables  à  leur  belle 
et  bonne  reliure,  et  à  Vex  Ubm  armorié  gravé  par  J.  Stried- 
beck.  Brunck,  né  à  Strasbourg  en  1729,  y  mourut  en  1802. 
Ses  éditions  d'auteurs  grecs  et  latins  sont  très  estimées.^ 

M.  Mathieu  Faviers,  inspecteur  aux  revues  des  armées  de 
Moreau  et  de  l'empereur,  avait  formé  une  collection  de 
tableaux,  parmi  lesquels  brillaient  deux  Salvator  Rosa,  des 
Teniers,  un  tableau  de  l'école  de  Van  Dyck,  et  de  bonnes 
toiles  de  l'école  espagnole.  Plus  tard,  il  en  transporta  beau- 
coup à  Paris,  entre  autres  le  jeune  Tobie  guidé  par  l'ange 
d'après  Raphaël,  et  gravé  en  1812  par  C.  Guérin.  D  laissa 
cependant  à  Strasbourg  un  beau  Murillo,  un  paysage  de 
Tempesta  et  un  saint  Jérôme  par  un  peintre  inconnu.  V Alsace 
nobk  a  reproduit  les  traits  du  baron  Mathieu-Faviers. 

Quelques  tableaux  et  deux  paysages  par  Teniers  se  voyaient 
chez  M.  Charles  Rins. 


^  Gh.  Mehl,  La  Bibliothèque  de  R.  Brtmok,  Strasbourg,  1870.  Tous 
les  livres  ne  provenaient  pas  de  Brunck. 


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GOLLBCnONS  BT  OOLLECTTONNEURS  ALSACIENS  209 

M.  Scbœnlaub  possédait  le  portrait  de  l'empereur  Maximi- 
Uen  peint  en  1506  et  envoyé  dans  le  temps  au  commandeur 
de  l'ordre  de  Saint-Jean  à  Strasbourg,  qui  l'avait  hébergé 
ayec  sa  suite. 

M.  BouTet,  membre  du  directoire  des  hôpitaux  militaires, 
avait  collecté  de*  beaux  tableaux  et  de  bonnes  gravures.  D 
avait  deux  Philippe  de  Champagne  et  plusieurs  maîtres 
flamands  et  français. 

Le  chirurgien-dentiste  Laforgue,  pensionnaire  du  roi, 
demeurant  place  d'Armes,  n""  5,  était  un  collectionneur  pas- 
sionné; il  avait  un  médaillier  de  plus  de  2,000  pièces,  tant 
anciennes  que  modernes,  toutes  d'une  belle  conservation  et 
quelques-unes  très  rares;  quelques  tableaux  et  des  cartons 
de  gravures  d'Ëdelinck,  de  Drevet,  d'Audran,  de  Wille  et  de 
tous  les  maîtres  connus.  Laforgue  fils,  dentiste  comme  son 
père,  était  comme  comique  accompli  l'un  des  amateurs  les 
plus  aimés  du  théâtre  français  de  Bienfaisance  (1798-1799). 
Les  amateurs  et  curieux  étaient  toujours  sûrs  de  trouver 
quelque  chose  à  acheter  ou  à  brocanter  chez  Laforgue  ^  père, 
dont  Beyer  a  lithographie  le  portrait. 

La  destruction  de  cinq  tableaux  et  de  plus  de  cent  cinquante 
dessins  de  Benjamin  Zix,  l'artiste  strasbourgeois  par  excel- 
lence, qu'avait  réunis  avec  tant  de  peine  pour  le  musée  de 
Strasbourg  son  dévoué  conservateur  Ëgmont  Massé,  nous 
engage  à  citer  très  sommairement  les  amateurs  de  son  œuvre. 
Benjamin  Zix,  à  qui  l'on  doit  les  dessins  de  trois  bas-reliefs 
de  la  colonne  Vendôme,  fut  tour  à  tour  volontaire  à  l'armée  du 

^  Strasbourg  avait  alors  deux  marchands  de  tableaux,  qui  se  mêlaient 
en  même  temps  des  réparations  :  Fachs,  quai  des  Pêcheurs,  et  Langer, 
quai  des  Bateliers.  On  trouvait  quelquefois  de  bonnes  toiles  chez  eux. 
Le  dernier  avait  acheté  delà  ville  quatorze  grands  tableaux  allégoriques  ; 
il  les  nettoya  et  en  publia  la  description.  l\  en  croyait  trois  d'Albert 
Durer  ou  de  son  école,  et  il  espérait  les  revendre  à  la  ville.  Ces  petites 
m^ventures  locales  n'arrivent  que  trop  souvent. 

Nouvelle  Série  —  4*  année  1^ 


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^10  RByUB  D*ALRACE 

Rhin,  dessinateur,  grayeor  attaché  au  grand  quartier  général 
de  Tempereur.  Vivant  Denon,  bon  juge  en  fait  d'art,  Testimait 
beaucoup.  Il  mourut  en  1811,  dans  Ja  force  de  TAge,  à  Pérouse; 
il  dessinait  alors  les  champs  de  bataille  dltalie. 

L'admirable  esquisse  de. la  bataille  d'ËylHu,  qui  a  inspiré 
le  baron  Gros  pour  son  tableau,  était  chez  âon  neveu  M.  Gh. 
Bœrsch,  rue  des  Tonneliers,  à  Strasbourg.  F.  Schuler,  archi- 
tecte, son  ami  d'enfance,  avait  soixante-douze  compositions 
pour  les  Métamorphoses  éFOvide^  datant  du  commencement 
du  siècle.  En  J870,  ces  dessins,  moins  deux,  passèrent  au 
musée  et  devinrent  la  proie  des  flammes.^ 

Heitz,  le  libraire,  avait  dix-huit  dessins  ou  aquarelles  et 
cinquante-huit  pièces  gravées;  Egmont  Massé  en  avait  réuni 
neuf.  Le  général  de  Schauenbourg,  commandant  le  corps 
d'armée  chargé  d'opérer  en  Suisse  contre  les  petits  cantons, 
avait  distingué  notre  dessinateur,  alors  sous-officier  d'infan- 
terie. Il  l'attacha  à  son  état-major  et,  à  la  paix,  Zix  fut  reçu 
chez  lui  comme  un  ami  ;  il  donna  des  leçons  aux  enfants  du 
général,  et  l'un  d'eux,  ancien  pair  de  France,  possède  encore 
de  lui  des  portraits  de  famille,  cinq  sujets  des  campagnes  en 
Suisse  de  son  père,  l'entrée  à  l'abbaye  de  celui-ci  en  179S,  la 
reprise  du  fort  de  Eehl  par  1,500  Français,  dont  une  partie 
était  de  la  garde  nationale  de  Strasbourg;  enfin  des  yues  de 
la  maison  de  campagne  de  Geudertbeim.' 

Un  autre  artiste  strasbourgeois,  moins  célèbre  que  B.  Zix, . 
quoique  ayant  fourni  une  plus  longue  carrière,  est  Christophe 
Guérin,  décédé  en  1830,  conservateur  du  musée  de  la  ville  k 

^  Avec  \^Féte  du  Village,  la  Danse  de  VOurs,  les  Musiciens  ambulants, 
Orphée  et  Eurydice;  souvenir  d'Oberlln,  Pfeffel  et  Winckel,  dessins;  les 
Musiciens  du  régiment,  tableau 

■  V.  Zix,  par  le  baron  de  Schauenbourg,  1881;  CataL  Heitz,  1868; 
Cotai.  Massé,  1864;  Cotai,  du  musée  de  Strasbourg,  1841,  Pitou,  Hbr- 
MANN,  etc.  Les  œuvres  de  Zix  se  trouvent  même  à  Vienne  (Belvédère, 
galerie  Gzernin,  etc.). 


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COLLBCnONB  ET  0OLLB0TI0MNBUB8  AL8A0IEMB  211 

rftge  de  62  ans.  Beyer  nous  a  conservé  sa  sympathique  phy- 
sionomie. Il  avait  réuni  quelques  gravures,  quelques  toiles, 
un  Rembrandt  et  un  Salvator  Rosa,  et  des  dessins.  Il  avait  été 
se  perfectionner  à  Paris,  et  avait  eu  pour  maîtres  Jolain  et 
MfiUer  de  Stuttgart  DrôUing  père  passant  à  Strasboui^  eu 
1785,  fit  son  portrait  en  deux  heures.  Guérin^  dessina  presque 
tous  les  hommes  remarquables  de  TAlsace.  Il  était  non-seule- 
ment un  bon  peintre,  mais  encore  un  amateur  éclairé.  Une 
fois,  cependant,  son  zèle,  pour  augmenter  par  la  qualité  et 
non  par  la  quantité,  le  dépôt  artistique  qui  lui  était  confié, 
fut  récompensé  d'une  singulière  façon.  Il  avait  acheté  pour  la 
minime  somme  de  1,500  francs  un  petit  chef-d'œuvre,  une 
scène  de  cabaret  par  Van  Ostade;  tous  les  amateurs  qui  visi- 
taient le  musée  en  conservaient  le  souvenir  le  plus  agréable; 

à  une  vente  à  Paris,  ce  prix  aurait  été  plus  que  quintuplé 

Un  blâme  lui  fut  infligé  par  le  Conseil  municipal.'  Ce  Van 
Ostade  pourrait  bien  provenir  de  la  collection  de  M.  Ebrard, 
amateur  qui  avait  prêté  pour  Texposition  des  amis  des  arts 
de  183S,  une  scène  militaire  de  Lantara  et  des  buveurs  par 
Van  Ostade.  —  M.  R.  de  Bussière  avait  envoyé  le  beau 
tableau  de  Gérard,  Corinne  au  cap  de  Micène. 

La  demeure  d'un  autre  artiste  naturalisé  Strasbourgeois, 
Ohmacht)  ressemblait  à  un  véritable  temple  des  arts.  Dans 
un  salon  arrangé  avec  goût,  on  remarquait  ses  deux  statues 
d'Hébé.  Ces  deux  figures  toutes  olympiques,  Tune  vêtue, 
Fautre  presque  nue,  offraient  aux  regards  du  spectateur 
enchanté  tout  ce  que  la  jeunesee  et  les  grftces  avaient  de  plus 
séduisant.  Ces  statues  en  marbre  étaient  de  grandeur  natu- 
relle et  agenouillées,  la  coupe  céleste  dans  la  main.  Une 
Vénus  en  marbre  sortant  du  bain  faisait  le  digne  pendant  à 


^  U  était  le  frère  da  célèbre  portraitiste  Jean  Guérin. 
*  Bibliographe  alsacien,  1863,  p.  139 


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21^  REVUS  d'alsagb 

ces  deux  œuvres  d'art  Quelques  tableaux  de  bons  maîtres 
ornaient  les  murs.^ 

Dans  une  très  intéressante  notice  sur  les  développements 
du  dessin  d'impression  de  toiles  peintes  en  Aibace,  feu  H.  Lebert 
a  donné  dans  la  Revue  d Alsace^  année  1865,  de  curieux  ren- 
seignements sur  les  artistes  qui  appliquaient  au  siècle  dernier 
leur  talent  aux  travaux  de  Tindustrie.  Il  nous  montre  Pille- 
ment,  le  dessinateur  des  chinoiseries.  Ses  capricieux  dessins 
à  la  mine  de  plomb,  touchés  par  des  couleurs  au  pastel  un 
peu  estampées,  sont  charmants  de  goût  et  de  gracieuse  com- 
position. Sa  collection  gravée  ne  peut  donner  qu'une  faible 
idée  de  la  touche  spirituelle  de  l'original.  Toutefois  ce  genre 
de  dessin  n*est  qu'un  style  bâtard  du  chinois  compris  avec  la 
libre  allure  d'un  artiste  de  l'époque  de  Louis  XV.  L'établisse- 
ment de  M.  Eoecblin,  à  la  Cour  de  Lorraine  à  Mulhouse,  en 
possédait  une  grande  collection.  Henri  Hofer,  peintre  mulhou- 
sien,  avait  deux  dessins  de  Pillement;  il  les  donna  à  LeberL 
Ce  dernier  conservait  dans  <  son  journal  >  beaucoup  de  des- 
sins qui  avaient  servi  à  la  fabrication  des  tissus,  genres  Wat- 
teau  et  Boucher;  sujets  tirés  de  Lafontaine,  de  Jean- Jacques 
Rousseau,  Métamorphoses  dOvide,  etc.,  et  un  fragment  du 
rideau  du  lit  de  Voltaire  à  Femey.  <  Amateur  d'un  art  qu'il 
aimait  avec  une  ardeur  juvénile,  Lebert  mourut  à  Golmar  en 
1886,  à  77  ans.  >  U  laissa  aussi  quelques  dessins  de  Saint- 
Quentin,  le  portrait  en  pied  de  ce  dernier  par  B.-M.  Lebert 
père,  ainsi  que  le  calque  d'un  dessin  semblable  du  portrait 
de  M.  Pierre  Dollfus  en  commandant  de  la  garde  nationale. 

Saint  Quentin,  qui  se  qualifiait  de  peintre  du  roi,  donna 
pour  les  tissus  beaucoup  de  dessins  genre  Pompadour;  il 
reçut  l'hospitalité  la  plus  gracieuse  chez  H.  EnoU,  de  Colmar, 
amateur  passionné  des  arts. 

M.  Hausmann,  de  Logelbach,  avait  beaucoup  de  croquis  de 

•  Àlhum  alsacien,  1838,  p.  131. 


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COLLEOTIONB  ET  OOLLEOTIONMEURS  ALSACIENS        213 

cet  artiste,  et  on  traîneau  dont  les  panneaux  peints  à  Thuile 
sont  dans  le  goût  Pompadour. 

Voici  comment  le  révérend  Th.  Fragnall-Dibdin,  de  pas- 
sage à  Strasbourg  en  1818  S  décrit  l'appartement  d'une  des 
sommités  du  haut  commerce  de-  Strasbourg  :  €  Le  comptoir 
mérite  d'être  yisité  sous  plus  d'un  rapport.  Il  est  orné  de 
divers  portraits  représentant  les  bons  aïeux  de  la  famille 
Franck;  vous  y  voyez  des  respectables  gentlemen,  vêtus  du 
costume  en  usage  chez  nous  sous  le  règne  des  deux  Charles, 
plume  à  la  main,  papier  sur  la  table,  pourpoint  de  velours, 
jabot  de  dentelles  à  gros  tuyaux.  On  les  prendrait  pour  des 
ministres  d'Etat  ou  des  membres  du  Conseil  privé.  Au  fond 
de  l'appartement,  on  voit  une  dame  de  petite  taille,  la  plume 
dans  une  main,  probablement  une  lettre  dans  l'autre.  Le 
modèle  est  vivant,  et  ce  portrait  n'est  rien  moins  que  celui 
de  Madame  elle-même.  »  Quelques  jours  plus  tard,  M"'*' Franck 
fit  voir  à  notre  Anglais  le  profil  en  marbre  blanc  de  sa  petite 
fille  par  Ohmacht  C'est,  selon  Dibdin,  le  meilleur  ouvrage  de 
cet  artiste.  C'est  une  production  suave  et  délicate,  exécutée  à 
la  grecque.' 


*  Voyage  bibliographique,  archéologique  et  pittoresque  en  France,  tra- 
duit de  l'anglais  avec  dea  notes,  par  Crapelkt.  Paris,  1825,  t.  IV,  p.  384, 
414.  —  Ces  bons  aïeux  occupaient  de  hauts  emplois  dans  la  ville  libre 
de  Strasbourg;  l'un  d'eux,  dit  «  le  grand  patriote  »,  fut  élu  deux  fois 
de  suite  ammeistre  après  la  guerre  de  Trente-Ans.  Ils  étaient  plus  que 
des  ministres  d'Etat,  car  ils  étaient  souverains  Un  ammeistre  du 
XVn*  siècle,  J.-F.  Wurtz,  s'est  fait  peindre  dans  le  splendide  costume 
du  temps,  tenant  une  lettre  à  la  main,  sur  laquelle  on  lit  sa  qualification 
de  marchand  tout  au  long;  devant  lui  est  son  grand  livre.  Et  cet  homme 
donnait  audience  à  des  ambassadeurs  quand  il  le  voulait.  (Voir  la  gra- 
vure non  signée  de  ce  beau  portrait.) 

'  Voir  sur  la  famille  Franck  ce  qu'en  dit  la  baronne  d'Oberkirch,  t.  I, 
p.  l'/3,  2"  édition. 

En  1788,  H.  de  Franck,  membre  du  corps  des  marchands,  demeurait 
quai  Saint-Nicolas 


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214  REYUB  D'aLSACB 

A  la  Meinau,  maison  de  campagne  près  Strasbourg,  on 
voyait  encore  d'autres  œuvres  d'Ohmacht.  Les  statues  en 
marbre  de  Flore  et  de  Vénus  ornaient  une  salle  splendide; 
dans  le  jardin,  un  jeune  faune  en  pierre  assis  sur  un  rocher, 
et  près  la  pièce  d'eau  un  Neptune  de  grandeur  colossale.  Le 
propriétaire  de  ces  belles  choses  ^  avait  fait  son  habitation 
digne  du  mattre  qui  gouvernait  alors  le  monde.  En  1809, 
l'impératrice  Joséphine  et  sa  fille,  la  reine  Hortense,  vinrent 
souvent  visiter  ces  lieux  enchanteurs.  De  retour  à  la  Malmai- 
son, l'impératrice  envoya  à  la  Meinau  des  fleurs  rares  pour 
embellir  encore  ce  lieu  charmant.  Mais  l'invasion  terrible  et 
inexorable  arriva;  tout  ce  que  Joséphine  aimait  fut  abtmé  et 
détruit.  La  Meinau  ne  s'en  releva  plus;  elle  est  aujourd'hui 
un  domaine  rural.  Le  Neptune  d'Ohmacht  fut  transporté  chez 
M.  Hartmann  à  Munster,  et  les  trois  autres  statues  furent 
vendues  à  la  ville,  qui  les  plaça  dans  son  musée.  Elles  ont 
subi  le  sort  malheureux  de  l'Aubette.  Ohmacht  avait  sculpté 
deux  fois  le  buste  de  M"'''  Schulmeister. 

La  numismatique  était  représentée  par  le  collaborateur  de 
Millin^  qui  l'avait  institué  son  légataire  pour  une  partie  de  sa 
bibliothèque  et  de  ses  collections.  F.  Winckler,  né  à  Stras- 
bourg en  1771,  employé  au  cabinet  des  médailles  de  la 
Bibliothèque  impériale,  promettait  d'égaler  son  maître  et  son 
ami,  lorsque  la  mort  le  ravit  au  mois  de  février  1807.  Capi- 
taine de  volontaires  au  commencement  de  la  Révolution,  il 
avait  été  fait  prisonnier  au  fort  Vauban,  puis  conduit  en 
Hongrie.  Son  portrait  peint  par  Sers  a  été  gravé  par  Mecou.^ 

^  Charles  Schulmeister,  chef  des  observateurs  militaires  sonsFEmpire. 
Voir  le  parafi^raphe  que  lui  consacre  Gadet-^ïassicourt  U  est  Tanteor 
d'un  Vocabulaire  pour  apprendre  Vargot  ou  le  langage  des  gueux  et  dee 
fUous,  à  l'usage  de  la  gendarmerie  et  des  fonctionnaires  de  police. 
Magdebourg,  1813;  dédié  au  duc  de  Rovigo.  (Argot  français,  italien, 
hollandais,  allemand). 

'  MiLLiN,  Diêcowre  prononcé  aux  obsèques  de  M,  Winckler.  Paris,  s.  1. 
n.  d..  in-4%  suivi  d'une  ode  en  allemand  par  D.  Meyer. 


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GOLLBCnONS  ST  GOLLBCTIONMKURS  ALSACIENS  215 

Ramoud  du  Pouget  (G.-Ë.-B.),  frère  du  baron  Ramond  de 
la  Garbonnières,  dont  l'éloge  funèbre  fut  prononcé  par  le 
grand  Gurier,  laissa  d'importantes  suites  numismatiques 
dont  le  catalogue  fut  imprimé  en  1826.  Il  était  né  à  Stras- 
bourg et  mourut  en  1828  à  Paris,  dont  il  avait  décrit  avec 
soin  les  diverses  enceintes.^  MM.  de  Montjoie,  d*Hirsingen, 
possédaient  un  médaillier  très  complet  de  pièces  romaines 
trouvées  à  Hirsingen  même.  Ce  trésor,  par  un  sort  néfaste, 
fîit  jeté  dans  TIU  en  1792  et  n'a  pu  être  retrouvé. 

Le  célèbre  baron  G.-J.-A.  de  Berstett,  né  à  Gerstheim,  et 
doDtrhOlel  de  famille  était  situé  sur  remplacement  actuel  de 
la  VUle  de  Paris^  est  Tauteur  d'un  ouvrage  très  recherché 
sur  les  monnaies  alsaciennes,  imprimé  en  1840.  Dans  la 
préface,  il  avoue  que  pendant  près  d'un  demi-siècle  il  a 
recherché  tout  ce  qui  avait  un  rapport  numismatique  avec 
TAlsace.  Aussi  son  médaillier  était-il  des  plus  complets. 
M.  Dorlan,  avocat  à  Schlestadt,  l'acquit  à  sa  mort,  et  l'héri- 
tier de  celui-ci  le  vendit,  il  y  a  deux  ans,  à  la  bibliothèque 
de  rUniversité  de  Strasbourg. 

A  Paris,  le  général  Rapp  \  dont  la  statue  se  voit  à  Golmar, 
avait  un  somptueux  hôtel.  Dans  sa  chambre  à  coucher  étaient 
exposés,  sur  des  patères  d'or,  les  sabres  donnés  par  Mourad 
Bey,  d'autres  armes  conquises  en  Egypte,  et  le  couteau  du 
jeune  illuminé  de  SchSnbrunn.  Le  beau  tableau  de  Gros, 
YÂmour  et  Ryché,  acheté  depuis  par  le  musée  du  Louvre, 
était  suspendu  vis-à-vis  du  lit  Plus  tard  le  général  acheta 
pu*  7,000  francs  le  portrait  en  pied  de  l'impératrice  José- 
phine en  costume  officiel,  peint  par  son  compatriote,  le  peintre 
Casimir,  de  Golmar.' 

*  BiQnoL-RiSTBLHUBER,  UAlsace  ancienne  et  moderne^  1865,  p.  542. 

*  L.  Spach,  Le  général  Rapp  {Revue  d'Alsace,  1855,  p.  439). 

'  Casimir  laissa  tons  ses  dessins  et  ses  tableaux  à  une  nièce  de  sa 
femme.  M-  Babois  (1770-1829). 


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316  REVUE  D*ALBACK 

Le  général  Glarcke  avait  orné  son  habitation  de  NeuwiUer 
d'un  superbe  vase  grec,  enrichi  de  figures  peintes  en  plusieurs 
couleurs,  au  milieu  desquelles  on  remarque  un  Apollon  Husa- 
gète,  touchant  la  lyre  au  moyen  d'un  plectrum.  Cette  belle 
sculpture  passa  ensuite  dans  le  château  de  ReichshofCen,  chez 
le  vicomte  Renouard  de  Bussiëre.^ 

Le  facteur  de  pianos  Sébastien  Erard,  né  à  Strasbourg  en 
1752,  avait  dans  sa  belle  habitation  de  la  Muette,  près  Paris, 
une  belle  collection  de  tableaux  anciens  des  trois  écoles.  Il 
mourut  en  18âl,  après  une  douloureuse  maladie,  ayant  rendu 
les  étrangers  tributaires  de  la  France  pour  les  pianos.'  Le 
professeur  Arnold,  l'original  auteur  du  Lundi  de  la  Pente- 
côtey  était  aussi  un  amateur  éclairé  des  beaux-arts.  Il  avait 
parcouru  l'Italie  et  il  avait  su  se  former  une  collection  de 
tableaux  qui  attestait  son  goût 

Botaniste,  géologue,  antiquaire,  Engelhardt,  mort  récem- 
ment à  Niederbronn,  où  la  confiance  éclairée  de  la  famille 
Dietrich  l'avait  placé  à  la  tête  de  ses  importants  établisse- 
ments, avait  commencé  de  bonne  heure  de  fortes  études 
scientifiques.  En  1820,  il  publia  son  Voyage  en  Alsace  (Won- 
derungen  durch  die  Vogesen),  Il  avait  rapporté  de  ses  excur- 
sions un  herbier  complet  et  une  belle  suite  de  minéraux. 
H.  Engelhardt  est  le  fondateur  du  musée  d'antiquités  de 
Niederbronn,  que  la  générosité  de  la  famille  Dietrich  a  aug- 
menté de  beaucoup  d'objets. 

Arrivé  au  but  que  j'ai  cherché  à  atteindre,  j'allais  oublier 
le  pasteur  Oberlin,  le  bienfaiteur  du  Ban  de  la  Ro(ihe.  Je 
vais  décrire  son  modeste  intérieur  en  citant  textuellement  les 
récits  des  personnes  qui  ont  eu  le  plaisir  de  l'approcher. 
€  Dans  le  cabinet  de  travail,  les  murs  sont  garnis  de  rayons 

^  D'  RuHN,  Niederbronn,  1835,  p.  215.  La  bibliothèque  du  maréchal 
Clarcke  fat  vendue  à  sa  mort. 
*  PorPraits  et  hùtoires  des  hommes  utiles,  1836.  N*  3. 


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OOLLBCTIOMS  ET  C0LLEGTI0NNEUB8  ALSACIENS        217 

chargés  de  liyres,  de  gravures,  de  peintures  utiles  à  Thistoire 
naturelle,  de  portraits,  de  cartes.  Près  d'une  croisée  est  le 
bureau  du  pasteur,  couvert  de  divers  volumes  et  de  papiers 
ouverts.  Sur  d'autres  tables  sont  rassemblés  des  minéraux» 
des  pierres  taillées  et  de  différentes  couleurs,  un  crâne 
étiqueté,  des  herbiers  et  une  foule  d'objets  divers  trop  longs  à 
détailler.  Les  murs  des  autres  chambres  sont  garnis  de  cartes 
géographiques,  de  dessins  et  de  vignettes;  au  dessus  des 
portes  sont  des  passages  de  la  Bible.  >  Plus  loin,  Oberlin 
avait  un  atelier  où  se  trouvait  un  tour,  une  presse,  des  outils 
complets  de  charpentier,  une  presse  d'imprimeur  et  de  relieur.^ 

Le  professeur  Schweighœuser  fils  présente  dans  son  rap- 
port sur  les  antiquités  du  Bas-Rhin,  inséré  dans  VAnniuiire 
pour  1822,  les  noms  de  quelques  personnes  du  département 
auxquelles  on  doit  d'importantes  découvertes  dans  le  domaine 
de  Tart  ancien,  et  principalement  sur  la  poterie  antique. 
C'est  d'abord  M"~  la  baronne  de  Coëhorn,  veuve  du  général, 
propriétaire  de  l'ancien  prieuré  dlttenwiller,  commune  de 
Saint-Pierre,  qui,  dans  les  fouilles  faites  dans  un  pré  situé 
près  de  la  maison,  trouva  une  foule  de  vases  en  pflte  très  fine 
de  couleur  rouge,  ornés  de  figures  dessinées  avec  goût,  et 
représentant  des  danses,  des  joueurs  d'instruments  et  des 
divinités  païennes,  Œdipe  s'arrachant  les  yeux,  des  lièvres  à 
cdté  de  têtes  h!imaines,  etc.  Quelques  fragments  portaient  des 
croix,  ce  qui  ferait  supposer  que  la  fabrique  commencée  du 
temps  du  paganisme  avait  contmué  après  l'introduction  du 
christianisme.' 

H.  Lambert,  juge  de  paix  de  Lauterbourg,  ville  célèbre 
par  ses  trouvailles  de  vieilles  monnaies  dès  la  première 

1  Le  capitaine  P.  Merlin,  Promenades  alsaciennes,  p.  100;  E-Touyelle, 
Le  pasteur  Oberlin  et  le  Ban  de  la  Roche,  1824  —  Visite  faite  en  479S 
(A.  Stœber). 

'  Il  est  à  regretter  que  je  n'ai  pu  avoir  aacun  renseigneoient  sur  Gol- 
béry  et  les  collections  de  sa  petite  maison  de  la  rue  aux  Bleds  à  Golmar. 


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218  BEVUE  d'alsagb 

moitié  da  siècle  dernier,  avait  réuni  beaucoup  d^antiquités 
provenant  de  Rheinzabem,  dont  le  nom  était  encore  inconnu. 
Le  musée  de  Strasbourg,  grâce  à  M.  Lambert,  s'enrichit  de 
vases  antiques,  de  moules  de  Rheinzabern,  et  de  la  moitié 
d'une  énorme  amphore  remplie  de  monnaies  romaines,  tirée 
en  1810  des  profondeurs  de  TErlenbach. 

Enfln  le  respectable  curé  d^Heiligenberg,  Tabbé  Euntz, 
avait  découvert,  non  loin  de  ce  village,  tout  un  établissement 
de  poterie  antique,  urnes  cinéraires,  vases  en  terre  rouge 
très  fine,  ornés  de  figures,  etc.,  dont  il  s'était  fait  un  petit 
musée  accessible  à  tous  les  amateurs.  Pendant  plus  de  qua- 
rante ans  qu'il  desservit  la  paroisse  d'Heiligenberg,  l'abbé  Kuntz 
recueillit  plus  de  six  cents  médailles  ou  pièces  de  monnaie  à 
l'efBgie  des  empereurs  romains,  depuis  Augaste  jusqu'à  la 
chute  de  l'Empire.* 

D'autres  amateurs  alsaciens  n'avaient  pas  eu  le  bonheur 
de  trouver  de  quoi  former  de  suite  une  collection  locale.  Mais 
leurs  efiorts  signalés  par  Schweighœuser  méritent  d'être  dtés. 
Ainsi  le  pasteur  Lange,  à  Bouxwiller,  était  possesseur  d'un 
vase  en  verre  et  de  deux  cachets,  dont  un  d'oculiste,  trouvés 
à  Ingwiller.  Il  n'avait  pas  malheureusement  noté  la  présence 
de  beaucoup  d  autres  objets.  Sa  petite  collection  alla  se  fondre 
avec  la  suivante  dans  celle  de  la  ville  de  Strasbourg.  Deux 
amphores  trouvées  dans  les  fossés  de  Seltz  et  des  médailles 
étaient  chez  M.  Stahl,  de  Scbilligheim.  Des  débds  antiques, 
des  médailles,  des  fragments  du  zodiaque  du  Spacbbach,  se 
trouvent  au  château  de  Frdschwiller.  Ce  sont  les  fruits 
d'explorations  intelligentes  dans  les  environs. 


^  Voir  lettre  da  16  mai  1816,  adressée  à  M.  le  maire  de  Strasbourg  par 
les  bibliothécaires  de  la  ville  (Kentzingbr,  Strasbourg  et  V Alsace,  18^.) 
—  fRevue  d^ÀlsaceJ,  Excursion  au  village  éPHeiligenhergt  t  I,  p.  459. 
(A.  Stœber). 


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COLLECTIONS  BT  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS       219 

Le  docteur  Weinura,  ancien  maire  de  Haguenau,  avait 
réuni  tout  ce  qu'il  avait  trouvé  sur  Brumath  :  un  petit  Her- 
cule en  bronze,  d'un  dessin  barbare,  à  genoux,  la  massue  sur 
la  tête;  un  cachet  en  serpentine,  etc. 

Enfin  la  jolie  petite  collection  d*antiquités  de  M.  Schnœ- 
ringer  fils  est  citée  déjà  par  le  savant  professeur.  On  sait 
qu*elle  devint  une  des  plus  importantes  de  l'Alsace.  Elle 
mériterait  une  notice  spéciale,  qui  ne  peut  avoir  sa  place  ici, 
à  mon  grand  regret,  sa  formation  étant  postérieure  à  la  limite 
que  je  me  suis  tracée.  Dès  sa  plus  tendre  jeunesse  il  avait 
marqué  son  goût  naissant  de  collectionneur,  en  formant  un 
riche  cabinet  de  fossiles  provenant  du  sol  de  sa  commune 
natale.  En  1866,  M.  de  Montrichard  lui  avait  légué  ses 
médailles  et  ses  vases  étrusques. 

Telles  sont  les  collections  purement  locales  que  cite  Schweig- 
h»user  à  la  suite  de  longues  explorations  archéologiques  dans 
le  Bas-Rhin.  Lui-même  aimait  à  s'entourer  des  débris  des 
figes  anciens.  C'est  ce  qu'a  parfaitement  rendu  un  de  ses  der- 
niers historiens  : 

<  En  passant  près  d'une  maison  de  vieille  apparence, 
c  autour  de  l'église  Saint-Thomas  de  Strasbourg,  écrit 
c  M.  Spach,  vous  auriez  peut-être  vu  Schweighseuser  fils  se 
«  promener  dans  le  petit  jardin  attenant  à  la  maison  pater- 
«  nelle.  Dans  ce  musée  à  ciel  découvert,  oti  quelques  frag- 
«  ments   de  statues,  quelques  bas-reliefs  antiques   et  un 

<  baptistère  *  donnaient  au  visiteur  le  pressentiment  et  l'avant- 

<  goût  de  la  conversation  qui  l'attendait  auprès  du  collecteur 

<  de  ces  richesses  archéologiques  et  artistiques.  »  C'était  bien 
là  VAtrium  digne  du  consciencieux  auteur  des  Antiquités  de 
r Alsace,  et  tel  qu'on  peut  en  souhaiter  un  à  tout  amateur  de 
province.  Arthur  BENOrr. 

fia  (in  h  la  prochaine  livraisonj 

^  M"*  Sehweighœaser  donna  ce  baptistère  moyen-âge  à  la  ville. 


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LES 

ARCHIVES  DE  BELFORT 

en  1731 


S'il  est  vrai,  comme  on  Ta  écrit  il  y  a  longtemps,  que  les  archives  de 
Belfort  sont  demeurées  dans  un  abandon  regrettable,  et  qu'à  la  faveur  de 
llndifférence  dont  elles  ont  été  Tobjet,  des  titres  importants  ont  disparu; 
si  cela  est  vrai,  disons-nous,  l'inventaire  qui  va  suivre,  tout  incomplet 
qu'il  est,  sera  utile  à  ceux  qui  voudront  enfin  donner  à  ce  qui  existe 
encore  des  monuments  écrits  du  passé  belfortain,  les  soins  auxquels  ils 
ont  droit.  C'est  à  ce  titre  surtout  que  nous  jetons  le  document  dont  il 
s'agit  dans  la  circulation. 

Quant  aux  personnes  qui  ont  le  culte  du  sol  natal  et  l'amour  de  notre 
histoire,  elles  lui  accorderont  une  attention  que  nous  n'avons  pas  besoin 
de  solliciter.  Elles  sauront  gré  à  la  Retme  d'Alsace  des  régestes  rudi- 
mentaires  qu'elle  met  à  leur  disposition. 

Le  document  que  nous  avons  transcrit  et  que  nous  éditons,  nous  a  été 

communiqué  par  M.  Ed.  Casser.  Nous  lui  en  exprimons  ici  toute  notre 

reconnaissance. 

(Note  de  la  directUm.) 


Titres  de  Bdfort 

Gejourd'hui  premier  juin  1781,  nous  magistrats  de  la  yille 
de  Belfort  connaissant  le  désordre  dans  lequel  sont  les  titres 
et  papiers  de  cette  ville  par  le  temps  et  les  peines  infinies, 
souvent  inutiles,  que  Ton  emploie  à  faire  la  recherche,  dans 
le  besoin,  des  titres  pour  nos  affaires  les  plus  intéressantes, 


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LB8  AROHIVXS  DB  BBLFOBT  EN  1731  2Sil 

par  la  confusion  dans  laquelle  ils  sont,  desquels  il  n'y  a  jamais 
eu  d'inventaire^;  étant  d'ailleurs  à  craindre  qu'on  en  détourne 
quelques-uns  à  notre  préjudice,  ces  considérations  nous 
auraient  portés  de  délibérer  de  charger  une  personne  de 
mettre  lesdits  titres  et  papiers  en  ordre,  par  liasses  numéro- 
tées et  inventoriées  en  détail,  moyennant  une  reconnaissance; 
et  le  sieur  François  Simon,  notre  greffier,  ayant  offert  de 
faire  ce  travail  dans  Tordre  susdit^  en  avons  accepté  Tofire  et 
ordonné  qu'en  présence,  alternativement,  de  quelques-uns 
d'entre  nous  ledit  inventaire  sera  fait,  et  ensuite  sera  pourvu 
à  son  paiement. 
Fait  les  jour  et  an  que  dessus. 

Blétrt  l'alné;  Lacroix;  HonaLESSAux; 
P.-F.  CuENiN,  maître  du  Commun, 

INVENTAIRE 
Comptes. 
Liasse  N*  i.  —  Une  liasse  de  comptes  depuis  1482  à  1606. 
»      JV"  i.  —  Idem,  depuis  1607  jusque  et  y  compris  1598. 
•      JV'  3.  —  Idem,  depuis  1602—1688. 
.      iV'  4.  —  Idem,  depuis  1684—1716. 
.      N^  B.  —  Idem,  depuis  1720—1 729. 
»      N"  6.  —  Une  liasse  de  cotes  de  répartition  depuis 

1648—1698. 
»      N"  7.  —  Idem,  depuis  1701—1780. 

Justice. 

Liasse  iV'  8.  —  Une  liasse  vingt  pièces  de  procédure.  — 
Procès  des  magistrats  avec  le  duc  de  Mazarin  pour  la  justice. 

Copie  d'un  arrôt  du  Conseil  d'Etat  du  28  juin  1678,  con- 
cernant les  juges  des  comtés  de  Belfort,  Ferrette,  etc. 

'  L'inventaire  qui  va  suivre  en  signale  pourtant  un  à  la  date  de  1619. 


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2S2  BBVus  d'alsaœ 

Deux  copies  collationnées  d'un  ordre  de  Catherine  de 
Hourgogne,  qui  défend  aux  officiers  du  comté  de  Belfort  de 
traduire  les  bourgeois  à  leur  justice,  de  Tan  1412. 

Un  arrêt  du  Conseil  d'Etat  du  21  février  1684,  qui  main- 
tient les  magistrats  de  Belfort  dans  Texercice  de  la  justice. 

Une  requête  des  magistrats  et  un  décret  de  la  maîtrise  des 
eaux  et  forêts  du  4  juillet  1697,  qui  maintient  les  magistrats 
de  Belfort  dans  la  connaissance  des  délits  commis  dans  les 
bois. 

Un  arrêt  du  Conseil  d'Etat  en  faveur  des  magistrats  de 
Belfort  contre  le  sieur  Chappuis,  procureur  fiscal,  qui  loi 
dé/end  de  siéger  avec  eux. 

Idem,  du  27  octobre  1719,  sur  la  forme  de  procéder  à 
l'élection  des  magistrats. 

Pièces  et  titres  concemaiit  le  Salbert 

Liasse  JV*  9.  —  Un  titre  en  parchemin  pour  le  Salbert  de 
l'an  1487. 

Un  autre  titre  de  la  moitié  du  Salbert,  à  charge  de  payer 
6  livres  de  cire  à  la  Saint-Martin  de  chaque  année,  de  Tan 
1442. 

Une  copie  allemande  de  la  lettre  de  fhmchise  pour  la 
moitié  du  Salbert,  avec  deux  copies  en  français  de  1442. 

Autres  pièces  relatives  aux  entreprises  et  usurpations 
réprimées  par  les  magistrats  contre  les  communes  de  Cra- 
vanche,  Evette  et  Sermamagny.  {N-B.  Ego.)* 

Des  remontrances  faites  par  M.  le  duc  de  Mazarin  aux 
magistrats  de  Belfort  au  sujet  du  Salbert,  et  Us  réponses  à 
icelles. 

Un  jugement  de  la  maîtrise  des  eaux  et  forêts,  qui  confirme 
à  la  ville  de  Belforl  la  possession  du  Salbert. 

N.'B,  -  Le  29  juillet  1667  —  20  février  1669. 

^  Cette  annotation  est  d'une  antre  main. 


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LES  ARCHIVES  DB  BBLFORT  BN  1731  228 

^  magistrats  avaient  vendu  au  duc  de  Mazarin  la  coupe 
^uSalbert. 

Tentative  —  Les  écrits  perdus,  le  duc  se  serait  prévalu 
^^  coupes  pour  établir  sa  propriété.  —  Histoire  de  tous  les 
^^pôt8  seigneuriaux. 


Titres  et  papiers  ooncemant  le  droit  de  ohasse. 

^osse  N"*  iO.  —  Une  enquête  touchant  le  droit  de  chasse. 

^o  acte  de  la  part  des  Mœrsberg  (Morimont)  pour  la  chasse. 

un  décret  de  Son  A.  S.  Ferdinand,  archiduc  d'Autriche, 

î^'  confirme  le  droit  de  chasse  et  défend  aux  officiers  de  la 

^^©uirîe   de  molester  les  bourgeois  dans  leur  possession 

an  1589. 

^   litre  original,  en  allemand,  du  droit  de  chasse  aux 
l^'^geoîs  de  Belfort,  de  1617. 
*^^oî3   copies  françaises  de  ce  titre. 


la^tfcres  d'acquisition  —  Âceensement  —  Obligations. 

^^^'««c  N"  11.  —  Une  copie  de  lettre  du  roi  des  Romains, 
P*r  lacjvielle  il  assigne  des  hypothèques  pour  sûreté  d'une 
fiomoa^  cle  6,500  florins  dont  la  ville  s'était  rendue  cautiofi. 


Oa 


^     copie  de  lettre  de  Ferdinand,  roi  des  Romains,  pour 
'  ^  Horins  affectés  sur  les  revenus  d'Angeot 
^^^^Ocile  de  Constance  —  Les  créanciers  de  l'empereur 
"^^ràt  de  le  laisser  partir  avant  d'avoir  payé.) 
^^li^e  d'achat  pour  la  ville  d'un  pré  au  dessous  des  Four- 

^'-^-re  d'achat  de  la  maison  de  l'Eture,  1425. 

—        Paquis  de  Brasse,  10  noTembre  1428. 

^^Vres  titres  d'achat  jusqu'à  1481. 

^'^Hat  d'une  pièce  de  pré  située  sur  le  Vid-Bourg,  du 
^*  iuin  1478. 


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2SU  BBVT7B  D'ALSACE 

Billet  du  comte  de  La  Suze,  par  lequel  il  doit  à  la  ville 
SS  1.  4  s.  bftlois,  du  12  janvier  1650. 
Autres  acquisitions  bannales  jusqu'en  1728. 

Dillârentes  pièces. 

Liasse  jV»  i2.  —  Un  état  de  la  perte  faite  par  la  ville  lors 
de  la  guerre  des  Suédois. 

Un  vieux  cahier  des  droits  et  franchises  de  la  ville. 

Une  donation  de  la  ville  de  Belfort  et  autres  lieux,  faite  par 
Fempereur  Charles  au  prince  Ferdinand  d'Espagne,  à  chai^ 
de  maintenir  les  bourgeois  dans  leurs  droits  et  privilèges. 

Un  acte  contenant  le  refus  fait  par  les  magistrats  de  prêter 
serment  à  M.  de  Morimont  à  raison  de  ce  qu'il  ne  voulait  pas 
promettre  de  les  maintenir  dans  leurs  privilèges  et  franchises. 

Une  copie  des  privilèges  et  franchises  par  Renaud  de  Bour- 
gogne, de  1807.* 

Consultation  (avis  de  droit),  en  allemand,  sur  les  difficultés 
de  la  ville  avec  M.  de  Morimont. 

Copie  de  la  défense  de  Catherine  de  Bourgogne,  de  1412. 
(Voir  là-dessus  Justice^ 

Une  copie  de  confirmation  des  privilèges,  par  Âlbrecbt,  de 
1446. 

Une  copie  du  titre  qui  concède  à  la  ville  le  bois  des  Barres, 
1461. 

'  Noos  possédons  nne  copie  de  ce  titre  an  snjet  dnqnel  notre  collabo- 
rateur, M.  Henri  Bardy,  s'exprime  ainsi  :  «  L'acte  original  n'existe  plus  ; 
«  mais  aux  archives  de  la  ville  doivent  se  trouver  deux  copies,  l'une  en 
«  allemand,  l'autre  en  français,  à  la  suite  de  l'urbaire  de  1472.  » 

M.  Bardy  a  publié  en  1864,  dans  la  Revue  d* Alsace,  pages  529  à  537. 
avec  un  foc  simile  de  l'écriture  du  temps,  la  copie  puisée  dans  l'urbaire 
dont  il  parle.  Cette  copie  diffère  de  la  nôtre  en  plusieurs  points.  La 
nôtre  est  en  outre  suivie  des  «  droits,  us  et  coutumes  »  dont  on  a  joui  à 
Belfort  depuis  1307  jusqu'à  la  réunion  de  l'Alsace  à  la  France. 

Nous  publierons  ce  document  fort  important  pour  l'histoire  de  Belfort 
et  du  droit  public  de  la  contrée. 


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LES  ARCHIVES  DE  BELFORT  EN  1731  SS5 

1468.  --  Une  confirmation  de  la  charte  deBelfort,  de  146S. 

1467.  —  Idem  de  Sigismond,  archiduc  d*Âutriche. 

1492.  —  C!opie  de  la  cession  faite  par  Maximilien,  archiduc 
d'Autriche^  des  chftteau  et  seigoeurie  de  Belfort  à  M.  de  Mori- 
mont 

1500.  —  Titre  confirmatif  de  la  charte  de  Belfort,  de 
Charles,  rd  des  Romains  :  en  allemand. 

Une  copie  du  règlement  des  arquebusiers  de  Montbéliard. 

1644.  —  Mandement  impérial  qui  fait  défense  au  sieur  de 
Morimont  de  troubler  la  ville  de  Belfort  dans  ses  franchises 
et  privilèges, 

1544.  —  Une  copie  des  franchises  et  privilèges  de  Belfort, 
par  Jean-Jacques  de  Morimont. 

1568.  —  Lettre  de  don  de  800  florins  à  la  ville  pour  bâtir 
les  halles,  par  Ferdinand. 

1570,  18  décembre.  —  Copie  du  titre  confirmatif  des  pri- 
vilèges et  franchises  de  la  ville,  par  Ferdinand. 

1589.  —  Copie  d'un  accord  entre  le  prévôt  et  les  magis- 
trats. 

1598.  —  Sentence  sur  la  dlme  novale  d'Essert. 

1615.  —  Permission  de  barrer  les  biens  du  seigneur  de 
Ferrette. 

1619.  —  Inventaire  des  titres  et  papiers  de  la  ville  de  Bel- 
fort. 

—  Une  copie  sous  date  du  règlement  de  la  Chambre  d'Ën- 
sisheim  entre  le  prévôt  et  les  magistrats. 

—  Un  avis  des  magistrats  à  la  régence  d'Ensisheim,  con- 
cernant la  succession  des  enfants. 

—  Une  ordonnance  de  M.  de  Baussant,  qui  défend  de 
troubler  les  magistrats  dans  l'exercice  de  la  justice. 

1628.  —  Un  livret  des  bourgeois  résidant  dans  les  com- 
munes voisines  qui  doivent  les  non-résidences. 

1662,  7  janvier.  —  Une  requête  à  Colbert  avec  son  décret 

NonrelU  Sénm.  —  4^  Année.  15 


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926  REYU£  d'alsaob 

au  bas,  qui  défend  à  toute  personne  de  troubler  la  nlle  dans 
ses  privilèges. 

1684.  —  Ârrét  du  C!onseil  d'Etat,  qui  défend  au  duc  de 
Mazarin  de  troubler  les  prévôt  et  magistrats  dans  Texercice 
de  la  justice. 

1692,  1"  juin.  —  Une  ordonnance  de  M.  de  Norton,  gou- 
verneur de  Belfort,  qui  défend  aux  ofSciers  et  soldats  de  faire 
pftturer  leurs  bestiaux  sur  le  finage  de  Belfort. 

1698,  22  février.  —  Un  état  des  terres  vendues  par  la 
ville  pour  Tabonnement  des  charges  royales. 

1694.  —  Accord  avec  le  prévôt  de  Belfort  touchant  le  ser- 
ment à  faire  par  les  maîtres  des  maîtrises. 

1696.  —  Requête  des  magistrats  et  ordonnance  au  bas  de 
M.  de  La  Grange,  qui  ordonne  que  le  receveur  des  revenus 
du  duc  de  Mazarin,  refusa/ni  de  mpporkr  sa  part  des  charges^ 
les  supportera.  —  Encore  acte  de  seigneur  1 

1698.  —  Consultation  des  avocats  de  Golmar  au  sujet  du 
prévôt. 

1698,  13  août.  —  Un  acte  de  refus  par  le  magistrat  de 
recevoir  le  sieur  Stadel  à  la  chaîne  de  prévôt,  sur  ce  qu'il 
n'était  pas  bourgeois. 

1698,  8  octobre.  —  Un  état  pour  les  armoiries  des  bour- 
geois de  Belfort. 

1699.  —  Requête  de  plusieurs  particuliers  de  Belfort 
pour  leurs  armoiries. 

1702,  5  mai.  —  Un  état  ou  inventaire  des  titres  de  la 
ville  que  le  sieur  J.-G.  Guenin  a  remis  au  sieur  Drouineau, 
procureur  à  Golmar. 

1718, 10  juin.  —  Une  requête  et  ordonnance  de  pftturage 
(règlement)  à  l'égard  des'habitants. 

Pièces  et  titres  conoemant  le  débit  de  sel. 
Liasse  iV"  iS,  —  1487.  —  Titre  original  en  parchemin  du 


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LB8  ARCHIVES  DB  HELFORT  EN  1731  2^ 

droit  de  saulnerie  en  faveur  de  Belfort,  par  Wilhelm,  mar- 
grave de  Hohberg,  au  nom  de  la  maison  d'Autriche. 

1449.  —  Copie  du  titre  coafirmatif  des  privilèges  de  Bel- 
fort  par  Frédéric,  roi  des  Romains. 

1450.  —  Le  titre  original  en  parchemin  du  privilège  de 
débit  du  sel,  par  Âlbrecht  d'Autriche. 

1463.  —  Autre  titre  pour  le  même  débit,  par  le  même. 

1469.  —  Le  titre  original  en  parchemin  de  la  confirmation 
du  privilège  pour  le  débit  de  sel  et  umgelt.  par  Pierre  de 
Hagenbach,  au  nom  du  duc  de  Bourgogne. 

1649.  —  Ordonnance  du  comte  de  La  Suze  «au  sujet  du 
débit  de  sel  à  Giromagny. 

Titres  originaux. 

Première  liasse  du  N""  14.  —  L'original  des  franchises  de 
Belfort  du  mois  de  mai  1S07. 

1817.  —  Une  lettre  de  franchise  des  jducs  de  Bourgogne  à 
des  particuliers  après  les  premières  franchises. 

1322.  —  Confirmation  du  titre  de  1307. 

1826.  —  Idem. 

1881.  —  Idem  (Redemont,  marquis  de  Badeu). 

1840.  —  Idem. 

1857,  26  mai.  —  Une  traduction  du  français  en  allemand 
des  franchises,  impositions  et  servitudes  données  à  Belfort 
par  Alexis,  margraff. 

Deuxième  Kasse  du  JV^  14.  —  1875.  —  Copie  de  la  confir- 
mation des  privilèges,  par  l'archiduc  Léopold. 

1406.  —  Titre  par  lequel  Catherine  de  Bourgogne  promet 
laisser  la  ville  de  Belfort  dans  ses  franchises  après  la  mort 
de  son  mari. 

1412.  —  Reconnaissance  par  la  ville  de  Besançon  donnée 
à  la  ville  de  Belfort,  déposant  ses  titres  à  l'église  de  Saint- 
Jean. 


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SS8  BKVtn  d'alsagb 

1425.  —  Lettre  de  Catherine  de  Bourgogne  ordonnant  que 
ceux  du  val  de  Rosemont  doivent  nettoyer  les  fossés. 

1485.  —  Une  lettre  de  donation  des  fossés  avec  même 
ordonnance  que  ci-dessus. 

1426.  —  Confirmation  des  privilèges  par  TarchiducAlbrecht 
1426.  —  Idem,  par  Tarchiduc  Frédéric. 

1441.  —  Idem,  par  le  tuteur  du  duc  Sigismond. 

1448.  —  Une  lettre  du  serment  prôté  par  Jacob  de  la 
Petite-Pierre,  qui  confirme  les  droits  de  Belfort. 

1442.  —  Une  autre  du  serment  du  tuteur  du  duc  Sigis- 
mond. 

1448.  —  Une  autre  du  serment  du  châtelain,  promettant 
de  maintenir  le.  ville  dans  ses  franchises. 

1448.  —  Confirmation  des  privilèges  par  l*eropereur  Maxi- 
milien. 

1449.  —  Serment  du  châtelain. 
1451.  —  Idem,  EmenhofF. 
1458.  —  Idem. 

1458.  —  Serment  du  prévôt  de  Belfort. 
1460.  —  Echange   du  bois  des  Barres  contre  la    vmine 
pâture  devers  Denney. 

1468.  —  Lettre  de  confirmation  par  Pierre  de  Morimont 
1467.  —  Idem,  du  prévôt  de  Belfort,  par  Sigismond. 

1469.  —  Idem,  du  duc  Charles  de  Bourgogne. 
1469.  —  Idem  (copie),  par  Sigismond. 

1487,  11  septembre.  —  Acquisition  de  la  voûte  sur  le 
puits  sous  réglise. 

1492,  24  avril.  —  Serment  de  Morimont  de  maintenir  les 
privilèges  et  droits  de  Belfort 

—  Une  lettre  par  laquelle  M.  de  Morimont  permet  à  la 
ville  de  prendre  les  magasins  de  Brisach  pour  assurance 
(garantie)  de  600  livres  qu'il  devait  à  la  ville. 

Troisième  Haaae  du  iV*  i4.  —  1518.  —  Serment  prêté  par 
M.  de  Morimont. 


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LBS  ABCH1VB8  DE  BBLFOBT  EN  1731  229 

1530.  —  Confirmation  des  privilèges  par  Fempereur  Charles. 

1521.  —  Confirmation  du  don  d'un  canton  derrière  le 
Salbert. 

1528.  —  Confirmation  des  privilèges  par  Ferdinand,  infant 
d'Espagne. 

1588.  —  Serment  de  Morimont. 

1584? —  Lettre  de  prestation  de  serment  des  bourgeois  à 
Frédéric,  comte  de  Furstemberg. 

1542.  —  Idem,  à  M.  de  Morimont. 

1661.  —  Lettre  de  garantie  de  6,500  florins  assignée  par 
l'empereur  Ferdinand  sur  les  mines  de  sel  du  Tyrol.  — 
Autres  engagements. 

1562.  —  Confirmation  des  privilèges  par  Ferdinand. 

QîÂatrième  Ragse  du  N""  14,  —  1529.  —  Deux  cahiers  par- 
chemin. —  Procès  de  Belfort  avec  les  villes  de  Thann,  Alt- 
kirch,  Ferrette  et  Landser,  touchant  des  institutions. 

1570,  18  décembre.  —  Confirmation  des  privilèges  par 
Tarchiduc  Ferdinand. 

1581. —Idem. 

1590.  —  Une  quittance  pour  l'étang  de  Rettenans,  avec  le 
titre  dicelle,  6  juin  1590. 

1627.  —  Confirmation  des  privilèges  par  Tarchiduc  Lèopold. 

1661.  —  Reconnaissance  de  M.  le  comte  de  La  Suze  au 
sujet  du  bois  de  La  Perche. 

1684,  17  juin.  —  Titre  de  fondation  de  la  chapelle  de 
Lorette. 

1698,  8  décembre.  —  Titre  constatant  le  droit  de  nomi- 
nation du  chapelain  de  Lorette  par  les  magistrats. 

1698,  27  octobre.  —  Brevet  confirmatif  des  armoiries  de 
BeUbrt. 

1812.  —  Le  titre  de  fondation  de  la  chapelle  de  Sainte- 
Catherine  érigée  à  Essert  à  la  nomination  du  prévôt  du  cha- 
pitre et  des  maîtres-bourgeois  de  Belfort. 


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330  REVUB  d'alsaob 

Titres  du  droit  d'angall  on  mnjnialt. 
Liasse  lY'  i6.  —  Différents  titres  de  1418,  1422,  1426' 
1482,  1497, 1498. 
La  ville  avait  le  ban-vin . 


Etat-major  et  garnison. 

Liasse  N"  il.  —  1662,  7  janvier.  —  Une  requête  du 
Magistrat  et  ordonnance  de  Golbert  qui  fait  défense  au  com- 
mandant à  Belfort  de  rien  exiger  de  la  ville. 

1679.  —  Information  concernant  les  exactions  de  Tétat- 
major. 

1688.  —  Une  lettre  relative  aux  coupes  faites  par  les  oiB- 
ders  dans  le  bois  des  Barres. 

Casernes  JVM.  —  Bâties  par  la  ville,  1699  à  1708. 


Procédnres. 

Liasse  N"*  24.  —  Un  dossier  pour  les  magistrats  de  Belfort 
contre  le  nommé  Antonin,  marguillier.  1696. 

Un  sac  de  procès  pour  la  ville  de  Belfort  contre  le  duc  de 
Hazarin  au  sujet  de  la  pâture. 

Liasse  N"  28.  —  Une  liasse  d'ordonnances  particulières 
pour  la  ville  de  Belfort. 

Liasse  N""  29.  —  Deux  liasses  de  vieux  titres,  contrats  et 
papiers  inutiles,  dont  partie  sont  des  actes  particuliers  de 
nous  inconnus. 

Liasse  N""  30.  —  Titre  de  cession  faite  à  la  ville,  le 
29  septembre  1772,  par  M.  Pierron,  curé  à  Belfort,  d'une 
maison  près  de  la  glacière,  au  bas  du  château,  laquelle  est 
destinée  aux  sœurs  de  Tlnstitution  chrétienne. 


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LES  ARCHIVES  DE  BBLFORT  EN  1731  331 

Et  cejoord'hui,  28*  jour  du  mois  d'août  1781,  nous  magis- 
trats de  Belfort  avons  clos  le  présent  inventaire  contenant 
vingt-deux  feuillets,  que  nous  avons  cotés  et  paraphés;  et 
après  la  visite  que  nous  avons  faite  des  archives,  avons  trouvé 
tous  les  papiers  dans  Tordre  désiré  et  qui  était  prescrit  par 
le  procès-verbal  ci-devant,  dont  nous  sommes  satisfeits,  et 
ordonnons  qu'il  sera  payé  par  notre  receveur  la  somme  de 
100  lÎTres  au  sieur  Simon,  tant  pour  sa  peine  à  Tarrange- 
ment  des  archives  que  pour  les  deux  doubles  du  présent 
qu'il  nous  a  remis,  Tun  desquels  a  été  mis  sous  la  clé  aux- 
dites  archives  et  l'autre  dans  l'armoire  des  affaires  courantes, 
pour  y  avoir  recours  dans  le  besoin.  Fait  les  jour  et  an  que 

dessus. 

Blétrt  l'aîné,  Thomas,  Lacroix,  MomLLESEAuXi 

GiJBNiN,  maître  du  Commun . 

E.  G. 


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CURIOSITÉS 


DE 


L'HISTOIRE  DE  MONTBÊLIARD 

Suite* 

II. 
TRIBUNAUX  ET  LÉGISLATION 


Tribunaux. 

Exclusivement  pour  la  ville  de  Hontbéliard,  la  justice  était 
rendue  par  le  tribunal  de  la  mairie  composé  des  neuf  maîtres- 
bourgeois  de  la  ville  et  présidé  par  le  maire,  qui  n'avait  que 
voix  consultative.  Dans  les  causes  criminelles,  les  neuf  maî- 
tres-bourgeois devaient  être  assistés  de  quatre  chézeb  on 
notables.  Pour  les  habitants  des  campagnes  du  comté,  la  jus- 
tice était  rendue  par  la  prévôté. 

La  ville  d'Héricourt  avait  aussi  son  tribunal  de  la  mairie, 
et  les  populations  rurales  étaient  jugées  par  la  prévôté. 

Le  bailli  d'Héricourt  connaissait  de  toutes  les  affaires  con- 
cernant les  habitants  de  la  seigneurie  du  Ghfttelot,  et  celui 
de  Blamont  jugeait  celles  relatives  aux  sujets  des  terres  de 
Blamont  et  de  Glémont. 

Ces  tribunaux  avaient  remplacé  en  1620  un  assez  grand 
nombre  de  justices  inférieures  provenant  des  établissements 

*  Voir  la  précédente  livraison  (Janvier-Février-Mars  1875). 


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OURIOSirÉS  DB  l'hibtoibe  db  montbéliabd  283 

ecclésiastiques  supprimés  ou  des  vassaux  dont  les  fiefs  avaient 
été  réunis  au  domaine  du  prince. 

Les  appels  de  ces  tribunaux  étaient  portés  devant  le  Con- 
seil de  régence,  qui  était  tout  à  la  fois  corps  administratif 
supérieur  et  corps  judiciaire  jugeant  en  dernier  ressort  II 
prenait  le  nom  de  cour  et  chancellerie  lorsqull  connaissait 
des  affaires  jugées  en  premier  ressort  par  les  tribunaux  du 
comté,  et  de  souverain  buffet  pour  celles  provenant  des  jus- 
tices des -seigneuries. 

Le  chef  de  la  magistrature  était  le  cfianceKer,  auquel,  lors- 
que son  âge  et  ses  nombreux  travaux  Texigeaient,  était 
adjoint  un  vice-chancelier.  La  charge  de  chancelier  fut  sup- 
primée au  commencement  du  XVIIP  siècle;  dès  lors  il  n'y 
eut  plus  qu'un  directeur  de  la  chancellerie. 


LégldatioiL 

Les  lois  civiles  qui  régissaient  la  principauté  de  Montbé- 
liard  étaient  :  les  us  et  coutumes  du  pays,  les  lois  fondamen- 
tales de  l'Empire  germanique,  les  ordonnances  des  comtes  de 
Montbéliard;  enfin  le  droit  romain,  lorsque  ces  diverses  lois 
étaient  muettes  sur  une  question  litigieuse. 

La  législation  criminelle  était  celle  de  l'Empire,  modifiée 
par  de  nombreuses  ordonnances  ou  coutumes  locales.  Les 
lois  pénales  étaient  d'une  rigueur  inouïe.  En  15S9,  un  homme, 
qui  avait  parcouru  les  rues  de  Montbéliard  en  costume  de 
femme,  i  fut  mis  es  mains  du  maître  de  la  haute  justice, 
pour  être  placé  mr  une  échelle  avec  deux  quenouilles  es  côtés^ 
puis  fustigé  et  banni  des  terres  et  seigneuries  de  Son  Excel- 
lence. »  On  plongeait  trois  fois  dans  l'eau  les  maraudeurs, 
après  les  avoir  exposés  dans  une  cage  une  heure  à  la  risée 
du  public.  L'adultère  par  seconde  récidive  entraînait  la  décol- 
lation pour  l'homme  qui  s'en  était  rendu  coupable,  et  sa 
complice  était  noyée.  Les  banqueroutiers  subissaient  la  peine 


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284  RBVT7B  D'aLSAGB 

du  carcan  et  du  bannissement.  Les  faux-monnayeurs  étaient 
roués;  les  infanticides  étaient  noyés.*  Les  sorciers  et  sorcières 
étaient  condamnés  au  bûcher.'  On  marquait  au  front  et  à  la 

^  Le  13  mai  1645,  une  fille,  convaincue  d'infanticide,  snbit  le  dernier 
supplice  devant  le  grand  pont  de  Montbéliard.  Elle  reçut  quatre  coups 
de  tenailles  ardentes,  un  à  chaque  mamelle  et  un  à  chaque  bras  ;  ensuite 
l'exécuteur  lui  coupa  la  main  droite  et  la  mit  dans  un  sac  qui  fut  jeté 
au  plus  profond  de  la  rivière,  pour  être  noyée  et  suffoquée  en  icdle. 

*  La  dernière  sentence  de  mort  prononcée  pour  le  prétendu  crime  de 
sorcellerie,  fut  exécutée  le  11  avril  1660  contre  une  malheureuse  femme 
d'Àllanjoie.  Condamnée,  suivant  l'usage,  à  être  brûlée  vive,  elle  fat,  par 
grâce,  décapitée  devant  le  grand  pont;  son  corps  fut  jeté  dans  les 
flammes  et  réduit  en  cendres.  Plus  de  cinquante  victimes  de  l'ignorance 
et  de  la  barbarie  de  nos  ancêtres  ont  ainsi  péri  du  dernier  supplice, 
tant  à  Montbéliard  qu'à  Blamont  et  surtout  à  fléricourt,  depuis  l'année 
1481  jusqu'au  milieu  du  XVII*  siècle. 

Au  mois  de  septembre  1697  le  prévôt  de  Montbéliard  fit  une  infor- 
mation contre  Sara  Marion,  bergère  au  village  du  Vemoy;  elle  était 
accusée  d'avoir,  par  sortilèges  et  maléfices,  introduit  deux  diables  dans 
le  corps  d'un  garçon  de  14  ans.  Le  ministre  de  la  paroisse,  Jean-Georges 
Parrot,  adoptant  aveuglément  la  prévention,  avait  pratiqué  des  exor- 
cismes  auxquels  les  esprits  malins  et  diaboliques  résistèrent,  quoique  le 
nom  de  Dieu  eut  été  invoqué  à  réitérées  fois.  Ce  ne  fut  qu'à  la  favenr 
d'une  bouillie,  appelée  paipai,  que  ces  diables  demandèrent,  et  qu'on 
leur  donna  par  l'organe  de  la  bouche  du  garçon,  que  l'on  parvint  à  les 
expulser;  ce  paipai  fut  composé  de. farine  blanche  et  de  cinq  œufs 
pondus  par  une  poule  noire  et  trouvés  dans  le  râtelier  du  bétail.  Après 
leur  sortie,  qui  fut  précédée  de  sifflements  que  tous  les  assistants  ouïrent 
très  bien,  l'enfant  fut  aussitôt  guéri  et  put  de  nouveau  se  livrer  à  ses 
occupations.  Nous  ignorons  si  la  sorcière  fut  emprisonnée  et  poursuivie  ; 
nous  aimons  à  croire,  pour  l'honneur  des  juges,  que  l'afiaire  en  resta  là. 
La  plupart  des  malheureuses  accusées  du  prétendu  crime  de  sorcel- 
lerie ou  genaulcherie,  confessaient  ingénument  qu'elles  avaient  fait  un 
pacte  avec  le  démon,  qu'elles  étaient  allées  au  sabbat  et  avaient  usé  de  leur 
pouvoir  magique  pour  grever  bêtes  et  gens  et  jeter  sur  eUes  un  mauvais 
sort-  Toutefois,  ces  aveux  devaient  être  confirmés  par  le  sceau  du  diable, 
marque  ou  empreinte  sur  une  partie  quelconque  du  corps,  qui  montrait 
clairement  que  la  sorcière  s'était  tout  à  fait  donnée  à  lui  et  l'avait  pris 
pour  son  maître,  quittant  Dieu.  Là  où  se  trouvait  cette  marque,  on  en- 
fonçait des  aiguilles;  si  le  patient  n'éprouvait  aucun  sentiment  de  dou- 
leur, la  preuve  de  son  crime  était  acquise,  et  le  juge,  dupe  de  son  aven- 
glement  et  de  ses  préjugés,  n'hésitait  plus  à  prononcer  la  peine  de  mort. 


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ouRiosrrËs  de  l'bistoibe  de  montbéliârd  2S5 

joue  ceux  qui  se  mêlaient  d'arts  divinatoires.  Les  paillards 
subissaient  la  peine  du  fouet,  puis  étaient  bannis  du  pays. 
On  coupait  la  langue  ou  les  oreilles  aux  blasphémateurs  et 
aux  calomniateurs.  Les  suicidés  étaient  traînés  sur  la  claie  et 
enterrés  au  pied  du  gibet.  Les  cadavres  des  individus  tués 
en  duel  demeuraient  pendant  trois  heures  suspendus  par  les 
pieds  à  la  potence,  sous  laquelle  ils  étaient  ensuite  inhumés. 
Enfin,  toute  exécution  capitale  était  précédée  de  la  torture; 
jamais  elle  ne  fut  abrogée;  mais  dans  la  seconde  moitié  du 
XVIII*  siècle  on  cessa  d'avoir  recours  à  ce  moyen  barbare 
d'obtenir  l'aveu  d'un  crime  ou  la  dénonciation  des  complices. 
A  chaque  exécution  capitale,  les  pères  et  les  mères  y  faisaient 
assister  leurs  enfants,  et  afin  de  mieux  imprimer  dans  ces 
âmes  encore  tendres  l'horreur  et  le  souvenir  du  crime,  ils  les 
fustigeaient  sur  le  lieu  même  du  supplice.  Les  pasteurs  de  la 
Tille,  le  maire  et  le  procureur  général,  les  neuf  raaîtres- 
lM)urgeois  et  les  quatre  chasez  ou  notables  adjoints  au  tribu- 
nal de  la  mairie,  assistaient  à  toute  exécution  à  mori;  qui 
avait  lieu  à  Montbéliârd. 

Les  peines  contre  les  braconniers  étaient  excessivement 
rigoureuses.  D'après  l'ordonnance  sur  les  forêts  du  !•'  août 
i  595,  les  tireurs  de  venaison  trouvés  pour  la  première  fois, 
étaient' punis  d'une  amende  de  40  livres  et  d'un  mois  de  pri- 
son ;  leur  arbalète  était  confisquée,  et  ils  étaient  privés  du 
droit  de  porter  une  arquebuse  ou  d'autres  armes.  Ils  devaient 
en  outre  dire  ce  qu'ils  avaient  tiré  et  dénoncer  leurs  com- 
plices, s'ils  en  avaient;  sinon,  ils  étaient  mis  à  la  question, 
et  avant  d'être  élargis,  ils  devaient  prendre  l'engagement  de 
ne  plus  commettre  de  délits  de  chasse.  En  cas  de  récidive,  on 
leur  mettait  un  collier  où  était  suspendue  une  corne  de  cerf 
en  fer,  afin  qu'ils  pussent  être  reconnus.  Ils  étaient,  en  outre, 
emprisonnés  pendant  huit  jours,  et  leur  arquebuse  était  con- 
fisquée. S'ils  enlevaient  la  corne  de  cerf  qu'ils  portaient  au 
cou,  ils  étaient  condamnés  à  la  peine  capitale. 


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2S6  BEVUE  d'alsaob 

L'ordonnance  sur  les  forêts  du  8  février  1779  était  un  peu 
moins  sévère.  Les  braconniers,  sujets  du  prince,  étaient  con- 
damnés à  un  mois  de  prison,  et  au  bannissement  en  cas  de 
récidive.  S'ils  commettaient  des  voies  de  fait  envers  les  agents 
forestiers,  ils  pouvaient  être  condamnés  à  une  peine  afBictive 
et  même  à  mort.  Les  braconniers  étrangers  au  pays,  s'ils 
étaient  surpris  commettant  un  délit,  n'étant  pas  plus  de  deux, 
étaient  condamnés  à  50  livres  d'amende,  et  obligés  de  rester 
en  prison  jusqu'au  parfait  paiement  de  ladite  somme  et  des 
frais  de  poursuite  et  de  détention.  S'ils  étaient  trouvés  en 
troupe,  ou  masqués  et  déguisés,  ou  s'ils  avaient  opposé  de  la 
résistance,  ils  étaient  poursuivis  extraordinairement  punis 
même  corporellement,  et  leurs  armes  confisquées. 

Les  délits  de  moindre  importance,  qui  n'étaient  passibles 
que  de  l'amende  ou  de  la  prison,  étaient  punis  arbiirairemmi 
par  le  juge.  Le  corps  ecclésiastique  avait  le  droit,  en  ce  qui 
concernait  les  infractions  aux  mœurs  ou  à  la  religion,  d'appli- 
quer, sous  le  nom  de  cahmge,  une  remontrance  publique 
pendant  le  service  divin  aux  coupables  qui,  à  cet  efiTet,  étaient 
placés  en  évidence  dans  le  chœur  de  l'église,  et  qui  étaient 
ensuite  exclus  de  la  communion  pendant  un  temps  plus  ou 
moins  long. 

Epreuves  judiciaires. 

Nos  lois  modernes  ne  permettent  à  personne  de  se  rendre 
justice  et  de  se  battre  en  duel.  Il  n'en  était  pas  ainsi  au 
moyen-flge,  époque  où  les  combats  singuliers  étaient  très 
communs,  et  parfois  ordonnés  par  les  autorités  judiciaires,  à 
défaut  de  preuves,  dans  les  procès  civils  ou  criminels.  lie 
vaincu  était  toujours  censé  avoir  tort,  et,  s'il  n'était  pas  tué, 
il  devait  satisfaction  au  vainqueur  et  payer  une  amende  au 
seigneur.  De  là  vient  le  proverbe  :  Les  vaincus  paient  Pamende. 

L'histoire  de  notre  pays  offre  plusieurs  exemples  de  celte 
coutume  curieuse.  En  l'année  1340,  un  bourgeois  de  Mont- 


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GUBIOSITÉS  DS  L*HISTOIBB  DE  MOKTBÉLIABD  237 

béliard  accusa  de  vol  le  bâtard  de  Mandenre,  et  le  dta  devant 
la  juridiction  du  maire.  Mais  les  maîtres-bourgeois  revendi- 
quèrent le  jugement  comme  devant  leur  appartenir,  et  adju- 
gèrent le  champ-clos.  Les  bourgeois,  craignant  que  le  résultat 
du  combat  ne  fût  défavorable  à  leur  concitoyen,  prirent  la 
résolution  de  l'empêcher.  D'un  autre  côté,  pour  prévenir  toute 
espèce  de  désordre,  la  justice  du  comte  de  Montbéliard  défendit, 
sous  des  peines  corporelles,  d'y  venir  en  armes.  Malgré  cette 
défense,  au  jour  fixé  pour  la  lutte,  les  bourgeois,  ostensible- 
ment armés  et  en  nombre  considérable,  arrivèrent  au  lieu  du 
combat,  rompirent  les  barrières  où  étaient  enfermés  les 
champions,  assaillirent  et  maltraitèrent  le  bfttard  de  Man- 
deure,  et  tout  cela  sous  les  yeux  du  chfttelain  de  Montbéliard. 
Les  bourgeois  aggravèrent  leurs  torts  en  chassant  les  ser- 
gents placés  aux  portes  de  la  ville  par  la  justice  seigneuriale 
pour  empêcher  des  actes  de  violence;  plusieurs  de  ces  gardes 
furent  même  blessés  grièvement.  Les  bourgeois  se  refusèrent 
en  outre  à  toute  réparation  réclamée  par  le  comte. 

Non  loin  de  Montbéliard,  au  village  de  Mandeure,  existait 
une  épreuve  judiciaire  digne  d'être  rapportée.  Lorsqu'un  vol 
avait  été  commis  dans  la  localité,  tous  les  habitants  étaient 
invités  à  comparaître  le  dimanche  suivant,  après  Vêpres,  au 
lieu  ot  se  rendait  habituellement  la  justice.  L'un  des  maires^ 
sommait  le  coupable  de  restituer  l'objet  volé,  et  d'éviter  la 
société  des  honnêtes  gens  pendant  six  mois.  S'il  ne  se  mon- 
trait pas,  on  en  venait  à  la  déoMon  du  bâton.  Les  deux 
maires  tenaient  entre  eux  un  bftton  assez  haut  pour  qu'un 
homme  pût  passer  dessous.  Tout  le  monde  devait  y  passer, 
et  il  n'y  avait  pas  d'exemple  que  le  coupable  eût  osé  le  faire; 
il  restait  seul  et  se  trouvait  ainsi  découvert.  S'il  eût  passé 

^  Le  village  de  Mandenre  appartenait  an  comte  de  Montbéliard  et  à 
Farchevêque  de  Besançon,  et  chacnn  d'eux  y  avait  nn  maire  qni  rendait 
la  jastice  en  son  nom. 


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238  REYUB  d'alsacb 

sous  le  bâton  et  qu'ensuite  on  Teût  reconnu,  personne  ne  lui 
aurait  jamais  parlé;  tous  l'auraient  fui  comme  une  bête  dan- 
gereuse. (MiCHELET,  Origines  du  droit  français.) 


Droit  de  tuer  les  enfknts  diffonneB. 

A  Montbéliard,  lorsqu'un  enfant  difforme  ou  monstrueux 
Tenait  au  monde,  il  était  permis  de  le  tuer,  et  c'était  aux 
matrones  ou  sages-femmes  qu'était  confiée  cette  barbare  mis- 
sion. Le  28  juillet  1764,  le  Cionseil  de  régence,  sur  les  obser- 
vations du  corps  des  pasteurs,  défendit  aux  matrones  d'agir 
de  la  sorte  avant  la  visite  du  médedn-physicien  de  la  prifici- 
pauté.  Celui-ci  devait  décider  s'il  y  avait  lieu  de  détruire  ou 
de  laisser  vivre  le  malheureux  enfant  difforme  qui  venait  de 
naître. 


Les  juib  et  ruBure. 

Aux  XIIP  et  XIV'  siècles  il  y  avait  peu  ou  point  de  com- 
merce; les  routes  n'étaient  point  créées;  les  marchands  et  les 
voyageurs  risquaient  à  chaque  pas  d'être  détroussés  par  les 
voleurs  et  par  les  nobles  eux-mêmes,  dont  les  châteaux 
n'étaient  souvent  que  des  repaires  de  brigands.  C'étaient  les 
juife,  ces  descendants  de  la  race  malheureuse  d'Israël,  mépri- 
sés et  maudits  par  les  chrétiens  et  en  butte  à  toute  espèce 
de  vexations  et  de  spoliations,  qui  entretenaient  le  peu  de 
transactions  commerciales  existantes  alors  dans  les  centres 
de  population.  En  France  on  les  accusait  d'empoisonner  les 
fontaines  pour  entraver  les  préparatifs  d'une  nouvelle  croi- 
sade; mais  leur  véritable  crime  était  d'avoir  acquis  des 
richesses  considérables  au  moyen  de  l'usure.  Les  nobles  leur 
engageaient  leurs  châteaux  et  leurs  biens.  C'est  ainsi  que  le 
comte  Othon  de  Bourgogne  avait  été  ruiné  par  eux.  Jean  de 
Châlon-Arlay  I**  leur  devait  en  1809  douze  mille  livres  de 


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CURIOSITÉS  DB  L'HISTOIRB  DE  MONTBÉLIABD  299 

bons  estevenants,  c'est-à-dire  150,000  francs  de  notre  mon- 
naie actuelle.  Ils  auraient  ruiné  au  XIV*  siècle  les  sires  de 
Châlon-Arlay,  si  ceux-ci  n'avaient  pas  eu  l'habitude  d'emprun- 
ter sans  jamais  rendre.  Us  tenaient  des  tables  de  change  dans 
plusieurs  villes  de  la  Franche-Comté,  à  Poligny,  à  Arbois,  à 
Montmorot,  à  Bletterans,  à  Arlay,  à  Vesoul.  Mais  Philippe  de 
France,  duc  et  comte  de  Bourgogne,  les  chassa  de  cette  pio- 
yince  et  donna  leurs  dépouilles  à  Jeanne  II,  son  épouse,  c  Ils 
chassèrent,  dit  Gollut,  tous  les  Lombards  et  les  usuriers 
Cpractiquans  la  banque)  dehors  du  pays,  et  mesmement  des 
Tilles  de  Vesoul,  Gray,  Montbason,  Apremont  et  Fondremont. 
Toutefois,  cette  Termine  ne  peut  estre  tellement  estainte,  que 
encore  soubs  dame  Marguerite  ne  se  trouvassent  plusieurs  de 
leur  sorte  qui  furent  chassés  à  la  requeste  des  ecclésiastiques 
du  pals,  qui  promirent  à  la  princesse  de  faire  dès  lors  prières 
annuelles  pour  son  salut,  en  souvenance  et  recagnoissance  de 
ce  bienfait.  » 

Les  juifs  se  retirèrent  dans  la  cité  impériale  de  Besançon 
et  dans  la  ville  de  Montbéliard,  y  établirent  leurs  tables  de 
change^  leurs  comptoirs,  leurs  magasins  renfermant  des  draps, 
des  soieries,  des  marchandises  de  toute  espèce.  Mais  dans  ces 
deux  villes  ils  payaient  un  certain  tribut,  étaient  astreints  à 
I)orter  des  vêtements  avec  des  marques  blanches  et  rouges, 
et  avaient  des  cimetières  à  part.  L'endroit  où  ils  étaient 
inhumés  près  de  Montbéliard,  est  encore  désigné  sous  le  nom 
de  Combe  auxju\fs^  et  l'on  y  a  extrait  une  grande  quantité 
d'ossements. 

On  possède  un  curieux  document  sur  la  présence  des  juifs 
ou  lombards  à  Montbéliard  au  XIV*  siècle;  par  cet  acte,  qui 
est  daté  du  S2  septembre  1336,  Henri  de  Montfaucon  et  Agnès, 
sa  femme,  font  des  concessions  avantageuses  à  des  Lombards 
d'Asti  établis  dans  notre  ville,  et  prient  Louis,  comte  de  Neu- 
chfttel,  en  Suisse,  Gérard  de  Montfaucon,  seigneur  d'Orbe^  et 
Jean  de  Gbftlon,  sire  d' Arlay,  de  se  rendre  cautions  de  l'obser- 


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240  BEVUB  d'alsaob 

vation  des  clauses  de  ce  traité,  et  leur  promettent  de  les 
dédommager  des  pertes  qu'ils  pourraient  essuyer  en  cette 
occasion.  Cet  acte,  daté  du  château  de  Montfaucon,  permet 
aux  Lombards  y  dénommés  de  s'établir  à  Montbéliard  pour 
vendre,  acheter,  prêter  de  Targent,  et  faire  toutes  les  opéra- 
tions commerciales  qu'ils  jugeront  convenables;  le  comte 
s'oblige  de  ne  point  permettre  qu'à  Montbéliard  s'établis- 
sent d'autres  marcha/nds  ^gypUmSj  corsins,  provençaux, 
turcs  ou  juifs,  ni  d'autres  personnes  pouvant  prêter  de 
Targent,  pendant  le  terme  stipulé  de  quinze  ans,  excepté 
Pauxe  le  juif  et  sa  famille;  les  objets  qu'ils  ont  reçus  en  gage 
ne  peuvent  être  vendus  par  eux  qu'au  bout  d'un  an  et  d'un 
jour;  si  aucun  terme  n'a  été  convenu  entre  les  parties,  ils 
doivent  être  crus  sur  leur  serment  dans  toutes  les  difficultés 
qui  s'élèveront  relativement  à  leur  négoce,  et  ils  devront  être 
jugés  par  le  comte  ou  par  sa  justice  ;  les  objets  volés  qu'ils 
auront  reçus  en  gage,  ne  devront  être  restitués  par  eux 
qu'autant  qu'on  leur  remboursera  la  somme  qu'ils  auront 
avancée  sur  ces  objets  ;  le  comte  s'engage  à  ne  point  s'emparer 
de  leurs  personnes  ni  de  leurs  biens,  y  serait-il  requis  par  le 
pape  ou  par  d'autres  princes;  ils  sont  libres  de  s'en  aller 
quand  bon  leur  semblera;  ils  ne  peuvent  être  poursuivis 
devant  aucun  juge  séculier  pour  cause  d'usure  passée  ou 
future;  enfin  ils  s'obligent  à  payer  au  comte  chaque  année  la 
somme  de  100  livres  estevenantes  pour  les  privilèges  qui 
viennent  de  leur  être  accordés. 

Près  de  quinze  ans  après,  le  2  mars  1S50,  le  comte  Henri, 
Agnès,  sa  feoune,  et  Etienne,  leur  fils,  reconnurent  avoir 
reçu  800  florins  de  Demoinges  de  la  Court,  citoyen  et  mar- 
chand d'Asti,  demeurant  à  Montjustin;  il  leur  paya  cette 
somme  pour  être  leur  bourgeois,  demeurer  et  marchander  à 
Montbéliard,  à  Granj^es  ou  en  quelque  autre  lieu  en  leurs 
terres  qui  mieux  lui  plaira,  ainsi  qu'à  ses  compagnons. 

Par  une  ordonnance  du  6  mai  1772,  le  (Conseil  de  régence 


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CUBiosrrÊs  de  l^hibtoibs  db  montbélubd  341 

décida  que  tout  juif,  de  quelque  âge  ou  sexe  qu'il  fût,  devait 
payer  chaque  jour  6  sous  et  9  deniers.  Pareille  somme  était 
due  par  les  juifs  chaque  fois  qu'ils  franchissaient  les  portes 
de  la  ville.  Deux  barres,  tracées  à  la  craie  sur  le  devant  de 
leur  chapeau,  indiquaient  le  paiement  de  ce  droit  de  péage. 
Au  XV*  siècle  on  percevait  5  sous  eskvenans  des  héritiers 
d'un  juif  décédé,  pour  qu'il  pût  être  enterré  dans  le  cimetière 
qu'ils  avaient  au  lieu  dit  la  Oontbe  des  juifs. 

Malheureusement  ce  n'étaient  pas  seulement  les  juifs,  mais 
encore  les  chrétiens  qui  faisaient  l'usure.  Celte  plaie  s'était 
étendue  sur  tout  notre  pays,  et  y  faisait  au  moyen-âge  et 
beaucoup  plus  tard  de  r.ombreases  victimes.  Nous  allons  don- 
ner quelques  exemples  de  prêts  usuraires  exorbitants,  dont 
les  victimes  furent  de  pauvres  paysans  accablés  déjà  par  tant 
d'autres  impôts  qu'ils  devaient  à  leur  seigneur.  En  1495  un 
habitant  de  Pierrefontaine-les-Blamont  emprunta  20  livres 
tournois  à  la  cerne  annuelle  d'un  franc^  et  il  fournit  à  titre 
d'hypothèque  sa  maison,  son  verger,  une  chènevière  et 
diverses  pièces  de  champs  et  de  prés,  contenant  en  totalité 
170  ares.  En  1S46  un  autre  débiteur  assura  à  son  créancier 
une  rente  annuelle  de  14  quarts  de  froment  pour  un  prêt  de 
60  francs. 

Les  comtes  de  Montbéliard,  dans  le  but  de  réprimer 
l'usure,  publièrent  sur  le  prêt  à  intérêt  plusieurs  ordonnances 
en  1545,  1558  et  1584;  mais  elles  ne  parvinrent  point  à 
remédier  au  mal.  malgré  les  peines  qu'elles  édictaient,  et  qui 
consistaient  dans  la  confiscation  de  la  moitié  du  capital  prêté, 
dans  la  restitution  des  intérêts  perçus,  et  dans  une  amende 
arbitraire.  Le  7  novembre  1621,  une  nouvelle  ordonnance  du 
Conseil  de  régence  interdit  les  contrats  usuraires;  l'intérêt 
légal  fut  fixé  à  57o,  à  l'exception  des  rentes  perpétuelles,  qui 
pouvaient  être  de  6  1/2  7o. 


KoiiTeUe  Séné.  —  4««  Année.  to 


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242  RfivuB  d'alsàos 

Droits  Beignenrianx  onrienz. 

De  toutes  les  charges  sous  lesquelles  étaient  courbées  les 
malheureuses  populations  rurales  pendant  le  moyen-âge,  la 
plus  lourde  et  la  plus  odieuse  était  la  mam-morte.  Selon 
Dunad  de  Gharnage  {Observations  sur  la  coutunèS  du  comté 
de  Bourgogne)^  celui  qui  y  était  soumis  ne  pouvait  disposer 
de  ses  biens,  ni  par  acte  entre  vifs  sans  le  consentement  de 
son  seigneur,  ni  par  acte  de  dernière  volonté,  à  moins  que  ce 
ne  fût  en  faveur  de  ceux  qui  vivaient  en  communauté  avec 
lui.  D'après  plusieurs  coutumes,  le  main-mortable  ne  pouvait 
se  marier  à  des  personnes  d'une  autre  condition,  c'est-à-dire 
à  des  individus  de  franche  condition  ou  qui  étaient  les  serfs 
d'un  autre  seigneur.  La  contravention  à  cette  défense  s'appe- 
lait for-mariags^  et  alors  le  seigneur  prenait  le  tiers  des 
meubles  et  immeubles  situés  dans  sa  terre;  en  outre,  si  le 
main-mortable  ne  lui  avait  point  demandé  Tautorisation  de 
se  marier,  il  lui  devait  payer  une  amende. 

En  128S,  les  habitants  de  Hontbéliard  furent  afEranchis 
entièrement  de  la  main-morte  et  de  toute  espèce  de  charges 
féodales  par  le  comte  Renaud.  En  1808,  ceux  de  Blamont,  en 
1888,  ceux  du  bourg  de  Glémont,  en  1874,  ceux  dHéricourt, 
obtinrent  la  même  faveur.  Plus  tard,  les  habitants  des  cam- 
pagnes furent  successivement  affranchis  de  la  main-morte, 
en  restant  néanmoins  soumis  aux  chaînes  connues  sous  les 
noms  de  taiUeSy  corvées,  prestations,  etc.  Dans  un  acte  du 
81  mars  1584,  le  comte  Frédéric  affranchit  et  adHbera  de  la 
macule  de  la  main-morte  tous  ceux  de  ses  sujets  qui  en  étaient 
encore  affectés,  tant  à  cause  de  son  comté  de  Montbéliard  que 
chapitre  de  Saint-Haimbœuf,  abbaye  de  Belchamp  et  mairie 
de  Bélieu,  en  la  forme  et  manière  et  aux  conditions  de  ses 
autres  francs  sujets  corvéables. 

Hais,  chose  triste  à  dire,  en  plein  XVIII'  siècle,  les  senti- 
ments de  liberté  et  de  dignité  personnelle  étaient  si  peu  déve- 


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CDBIOBrrÊS  DE  L'HISTOOffi  DE  MONTBÉLIARt)  043 

loppés  cbez  nos  campagnards,  que  certains,  qui  étaient  sim- 
plement taiilables  et  corvéables,  désirant  acquérir  des  meiiC 
(héritages)  de  main-morte,  consentirent  à  aliéner  leur  liberté 
personnelle,  et  à'asm0ettir  leurs  corps  et  ceux  de  leurs  enfcmts 
à  cette  macule  pour  la  modique  somme  de  200  ou  SOO  livres, 
qui  leur  fut  payée  par  le  domaine  du  prince. 

Parmi  les  usages  bizarres  que  la  main-morte  avait  intro- 
duits dans  le  comté  de  Montbéliard,  on  doit  signaler  les 
droits  de  gésine  et  de  douvoL  Le  premier  prescrivait  à  la 
fiUe  d'un  main-mortable  de  gésir  (coucher)  en  la  maison  de 
son  père  la  première  nuit  de  ses  noces,  sous  peine  d'être 
privée  de  sa  succession.  Le  deuxième,  qui  était  en  vigueur 
dans  la  seigneurie  d'Héricourt,  consistait  pour  le  seigneur  à 
prendre  dans  toute  hérédité  collatérale  ht  meilleure  béte^  le 
meUleur  meUbk  ou  B  sols  à  son  choix.  Ce  droit  avait  proba- 
blement pour  but  de  favoriser  les  mariages  et  de  punir  le 
célibat. 

Un  autre  droit  non  moins  curieux  était  celui  d'après  lequel 
les  main-mortables,  appelés  aussi  stijets  féodaux,  étaient 
exclusivement  chargés  d'escorter  les  criminels  jusqu'au  lieu 
du  supplice,  de  former  le  cercle  autour  du  gibet,  et  d'y 
adosser  TécheUe  par  laquelle  le  patient  devait  monter  pour 
être  pendu. 

Au  moyen-flge,  les  couvents,  les  églises  et  certaines  loca- 
lités possédaient  le  droit  d'asile,  en  vertu  duquel  les  malfai- 
teurs, qui  avaient  pu  se  réfugier  dans  ces  lieux,  étaient  à 
l'abri  des  poursuites  de  la  justice. 

Ainsi,  le  11  mai  1467,  le  maire  de  Montbéliard  était  allé 
saisir  un  individu  prévenu  de  vol,  sur  un  terrain  appartenant 
à  l'abbaye  de  Belchamp,  et  l'avait  fiait  conduire  dans  les  pri- 
sons de  la  ville.  Mais,  sur  les  réclamations  de  l'abbé  et  des 
religieux,  il  fut  obligé,  en  réparation  des  atteintes  qu'il  avait 
commises  à  la  justice  et  aux  privilèges  du  couvent,  de  recon- 
duire son  prisonnier  dans  le  lieu  même  où  il  l'avait  arrêté. 


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2U  BBVtTB  D'AtSACS 

Le  15  mai  1637,  un  moine  noir,  arrêté  à  Montbéliard 
pour  un  certain  délit,  avait  été  conduit  à  Gierval,  afin  d'être 
remis  aux  officiers  de  Tarcbevêque  de  Besançon  qui  en  avait 
demandé  [^extradition.  Elle  venait  d'avoir  lieu  à  la  porte 
même  du  château  de  Glerval,  quand  le  prisonnier,  à  quelques 
pas  delà,  fut  enlevé  du  milieu  de  son  escorte  par  les  femmes  de 
la  localité  qui  Tattendaient  dans  la  rue,  et  qui  le  firent  aussi- 
tôt évader.  Elles  prétendaient  en  vertu  d'un  antique  privi- 
lège, avoir  le  droit  de  mettre  en  liberté  tous  les  prisonm'ers 
passant  par  leur  ville,  autres  que  ceux  du  seigneur. 

Les  habitants  de  Bussurel,  village  de  la  seigneurie  d'Héri- 
court,  devaient^  le  jour  de  Noël,  chacun  5  sols  4  deniem  pour 
le  droit  de  gîte  aux  chiens  (garde  des  chiens  du  seigneur). 
Le  receveur  du  domaine  pouvait  saisir  et  faire  enlever  les 
portes  des  maisons  de  ceux  qui  n'avaient  pas  acquitté  cette 
prestation,  et  s'ils  les  replaçaient  sanK  l'avoir  payée,  ils 
étaient  condamnés  à  une  amende  de  60  sols. 

Un  droit  féodal  de  la  plus  grande  barbarie  était  celai  en 
vertu  duquel  les  comtes  de  La  Roche  Saint-Hippolyte  et  les 
seigneurs  de  Maiche,  lorsqu'ils  étaient  à  la  chasse  pendant 
riiiver,  pouvaient  faire  éventrer  deux  de  leurs  serfs  pour  se 
réchauffer  les  pieds  dans  leurs  entrailles  fumantes! 

Au  temps  jadis  la  coutume  ne  voulait  pas  qu'un  gentil- 
homme sût  faire  quelque  chose.  Accusé  d  avoir  dérogé  à  cet 
usage  et  de  s'être  livré  à  des  travaux  manuels,  le  sieur  de  La 
Salle,  descendant  des  Montagnon  de  Bavans,  vit  le  prince  de 
Montbéliard,  son  suzerain,  ordonner  en  1602  une  enquête 
judiciaire  sur  sa  conduite.  Elle  lui  fut  favorable,  car  elle 
constata  :  t  qu'il  se  tenait  d'ordinaire  en  sa  portion  du  cbft- 
teau  de  Mandeure,  vivant  noblement  de  son  revenu,  sans 
faire  aumne  œuvre  mécanique,  ne  faisant  autre  chose  que 
d'aller  à  la  cliasae,  s  exercer  et  sepourmener.  » 


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CURIOSITÉS  D£:  L'HISTOIRE  DE  MONTBÉLIARD  S45 

IIL 

DIVERTISSEMENTS 

Nous  allons  parler  de  la  procession  de  la  messe  de  minuit, 
des  étreiines  de  Noël  et  de  la  Tante- Arie,  des  aubades  de  la 
nouvelle  année,  de  la  fête  de  mai,  des  visites  nocturnes,  du 
Mont-Bart  et  des  Campenotes,  de  l'ancienne  danse  du  pays 
appelée  Ajouhtte^  des  représentations  dramatiques,  des  bouf- 
fons, des  tournois,  des  pas  d'armes,  du  tir  à  Tarquebuse, 
enfin  de  la  milice;  choses  qui  la  plupart  ont  disparu  depuis 
bien  longtemps,  mais  qui  n'en  ont  pas  moins  d'intérêt,  parce 
qu'elles  nous  font  connaître  le  caractère  et  les  goûts  de  nos 
aïeux. 

Procession  de  la  messe  de  minuit. 

Parnîi  les  folies  et  même  les  profanations,  dît  Duvernoy 
dans  ses  Ephémérides,  qui  ont  précédé  la  Réforme  dans  le 
comté  de  Montbéliard.  nous  signalerons  la  procession  bur- 
lesque qui  avait  lieu  dans  l'église  Saint-Maimbœuf  pendant  la 
célébration  de  la  messe  de  minuit.  Les  chanoines,  revêtus  de 
leurs  habits  de  chœur,  jouaient  du  cornet  à  bouquin  et  fai- 
saient de  ridicules  gambades,  en  promenant  autour  du  maître- 
autel  différents  animaux,  tels  que  des  chèvres,  des  porcs,  des 
chiens.  Ils  étaient  suivis  d'une  populace  ignorante,  qui  hurlait 
dans  le  sanctuaire  des  chants  dignes  de  cette  cérémonie  scan- 
daleuse.^ 

^  Quoique  une  pareille  cérémonie  fut  blâmable  ù  tous  les  points  de 
vue,  parce  qu'elle  profanait  la  majesté  du  lieu  saint,  il  faut  reconnaître 
qu'elle  n'avait  pas  lieu  seulement  à  Montbéliard,  mais  dans  un  grand 
nombre  d'autres  localités.  C'était  une  manière  naïve  et  grossière  de  rap- 


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^6  REVUE  d'AUSAGB 


EtrenneB  de  Noël. 

L*us8ge  des  étrennes  de  Noël  est  très  ancien  parmi  nous. 
Au  XV  comme  au  XVI*  siècle,  le  Magistrat  de  Montbéliard 
s'empressait,  le  25  décembre  de  chaque  année,  de  présenter 
au  souverain  un  cadeau  consistant  en  un  certain  nombre  de 
pièces  d'or  renfermées  dans  une  bourse  de  velours;  il  en 
ofErait  aussi  au  bailli  du  comté  et  aux  principaux  officiers. 

Encore  aujourd'hui  c'est  aux  fêtes  de  Noël  que  des  cadeaux 
sont  censés  donnés  aux  enfants  par  la  lante-Arie,  dont  nous 
parlerons  plus  loin,  et  par  leurs  parrains  et  marraines.  Dans 
les  villages  de  l'ancienne  seigneurie  de  Neuchfltel  (près  de 
Pont-de-Roide),  ils  consistent  dans  un  gros'pain  de  fleur  de 
farine  pétrie  avec  du  lait,  sur  lequel  on  enfonce  à  moitié  une 
pièce  de  monnaie.  Ge  pain  est  vulgairement  appelé  ct/^/etiti. 
Cette  espèce  d'étrennes  date  du  temps  de  la  féodalité,  où  les 
serfs  et  les  pauvres  paysans  n'avaient  rien  de  meilleur  à 
donner  que  du  pain  de  bonne  qualité.  Aussi,  dans  la  seigneu- 
rie de  Neuchâtel,  le  pain  dit  cugneuU  formait-il  une  des  prin- 
cipales redevances  seigneuriales. 

La  Nouvelle-Année. 

La  veille  du  jour  de  l'an,  pendant  la  nuit,  les  jeunes  gens 
parcourent  les  rues  de  chaque  village  en  chantant  le  Bon-Ân^ 
et  s'arrêtent  devant  les  maisons  des  principaux  habitants 
pour  demander  quelque  chose  : 

1. 

Voici  lou  bon-an  qu'a  veni, 
Que  toul  lou  monde  a  rédjoyi; 
Atant  lie  grands  que  lie  petets. 

peler  au  peuple  que  le  Sauveur  du  monde  était  né  dans  une  étable  au 
milieu  de  toute  espèce  d'animaux  domestiques.  —  N'était-ce  pas  plutôt 
une  réminiscence  traditionnelle  des  bacchanales  ? 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIRE  DE  MONTBÊLIÂBD  247 

Refrain. 

Due  vos  boutai  tant  bouenne  onnaye, 
Tant  bouenne  onnaye  que  vos  souhaitai. 


Beillie'  nos  de  vos  étchàlons  (noix),  [Bis.] 
Que  saut  pés  dedans  vos  mazons. 

3. 

Beillie  nos  de  vos  bons  toutchai  (gi^teaux)  [Bis.] 
Que  saut  dans  Tairche  a  pie  di  lai  (lit).* 

4. 

Beillie  nos  de  vos  bons  côtis  [Bis,] 
Que  sant  pendus  ai  vos  rentis. 

5. 

Beillie  nos  de  vos  bons  tchambons  (jambons)  [Bis.] 
Que  sant  pendus  ai  vos  bfttons. 

6. 

Copai  (coupez)  a  lai  (lard)  sans  rededjai  (regarder)  [Bis.] 
Bailliez  vos  vadje  de  vos  côpai  (couper). 

7. 

Beillie  nos  lou  pô  (porc)  tout  entie  [Bis.] 
Lie  du  (deux)  oroilles»  li  quatre  pie; 

8. 

Lai  poignie  d'ordgent  sans  comptai;  [Bis.] 
Beillie  vos  vadje  de  vos  trompai. 

9. 

Due  bénisse  cette  mazon,  [Bis.] 
Et  tos  les  dgens  que  dedans  sont. 

10. 

Se  vos  ne  vliaies  ren  nos  beillai,  [Bis.] 
Ne  nos  laichie  pé  erratai  ; 


*  Variante  :  Tchampai  (jetiez). 

*  Idem  :  Que  sont  paitris  a  hian  laissai  (au  blanc  lait). 


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2d8  BEVUE  d'albagb 

11. 

Nos  an  lai  pie  tôt  edjolai,  [Bis.] 
El  lai  bairbe  toie  (Qivrai  (givrée). 

12. 

Due  vos  boutai  dai  rettes  ("rats)  aissai,  [Bis.] 
Pea  de  tchai  (chats)  pour  les  ottropai. 

RefiriUn. 

Due  vos  boutai  tant  boenne  onnaye, 
Tant  boenne  onnaye  que  vos  souhaitai. 

7ête  de  mai 

Lorsque  les  froidures  de  l'hiver  ont  disparu,  que  les  tîèdes 
Jialeines  du  printemps  commenœnt  à  se  faire  sentir,  et  que 
sous  leur  douce  influence  la  terre  se  pare  de  fleuri  et  de  ver- 
dure, la  joie  réjouit  tous  les  cœurs;  les  forces  nouvelles  qui 
animent  la  nature  retrempent  le  courage  de  l'homme;  le 
sang  appauvri  du  vieillard  se  réchauffé  aux  rayons  d'un  soleil 
bienfaisa!!t,  et  la  jeunesse,  en  qui  se  réveillent  l'amour  et  le 
besoin  des  plaisirs,  fête  par  des  chansons  et  des  danses  le 
retour  du  joli  mois  de  mai.  Pour  présider  à  leurs  joyeux 
ébats,  les  jeunes  gens  du  pays  de  Montbéliard  font  choix 
d'une  mairiotte  (reine  de  mai)  parmi  les  filles  les  plus  jolies 
et  les  plus  sages  du  village.  C'est  aussi  dans  la  nuit  du 
1"  mai  qu'ils  placent  devant  les  maisons  où  il  y  a  des  filles 
à  marier,  des  arbres  déjà  couverts  de  leurs  feuilles,  et  appelés 
mais.  Si  cet  arbre  est  un  hêtre,  il  est  une  distinction  flatteuse 
pour  la  personne  qui  en  est  l'objet;  un  cerisier  annonce  des 
mœurs  suspectes;  un  saule,  une  verne  ou  tout  autre  arbre 
à  feuilles  tombantes,  le  déshonneur. 

Visites  nooturnes. 

Dans  nos  villages,  comme  dans  ceux  du  pays  de  Porrentruy 
et  de  la  Suisse  française,  les  garçons  vont  pendant  la  nuit  et 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIBB  D£  MOMTBÉLIiLElD  240 

sur  le  point  du  jour  chanter  des  aubades  sous  les  fenêtres 
des  maisons  où  il  y  a  de  jeunes  et  jolies  filles.  C'est  ordinaire- 
ment la  yeille  du  dimanche  qu'ont  lieu  ces  rondes  amoureuses 
et  nocturnes.  Leurs  chansons  roulent  sur  la  guerre  el  l'amour, 
sur  le  rossignol  qui  aime  et  chante  comme  eux,  sur  la  lune 
qui  les  guide,  sur  le  chien  qui  aboie,  et  sur  les  charmes  de 
leurs  maîtresses  qu'ils  prient  de  les  introduire  auprès  d'elles. 
Ces  chansons  sont  ordinairement  en  patois  et  d  une  mélodie 
simple  et  traînante,  qui  permet  de  les  chanter  à  gorge  déployée 
et  de  faire  retentir  les  échos  d'alentour.  Les  paroles  et  sur- 
tout la  musique  ont  un  caractère  national  et  antique,  telles 
que  celles-ci  : 

Ouvrez-moi  votre  porte, 
Belle,  si  vous  m'aimez,  etc. 

*  * 
Ça  les  gâchons  de  mintenant 
Que  s'en  vant,  que  s'en  vant 
Voêre  les  filles,  grillenant, 
Grilienant  les  briques  (morceaux)  de  verre, 
En  guise  d'ordgent. 

La  jeune  villageoise  attend  ordinairement  ses  amoureux 
et  veille  près  du  foyer;  si  elle  est  couchée,  elle  se  relève  pour 
les  recevoir.  Ceux  qu'elle  favor^jse,  passent  la  nuit  sur  le 
même  lit,  et  ce  qu'il  y  a  de  plus  singulier,  c'est  que  les 
parents  ne  mettent  aucun  obstacle  à  ces  familiarités,  les 
favorisant  même  quelquefois,  et  qu'il  est  très  rare  qu'elles 
aient  des  suites  fâcheuses  pour  la  réputation  de  la  belle. 

Nous  reproduisons  une  chanson  relative  à  cet  antique 
usage,  devant  lequel  ont  échoué  le  blâme  sévère  des  mora- 
listes et  les  prohibitions  pénales  du  gouvernement  de  l'ancienne 
principauté  de  Montbéliard  : 

1. 

Po  in  duemoëne,  aipré  soupai. 
Me  vint  aine  aivisai  : 


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250  BEVUE  D'ALSACE 

Ai  lai  puotche  mai  bio-aimai 
Tout  drait  m'en  s6-troUai.  (Bis.) 

2. 

Euvrît  rai  puotch',  lai  belle,  euvrie 
Lai  beir,  se  vos  m'aimai  ;  — 

Et  d'aine  main  me  vint  euvri, 
De  l'atre  m'embraissi.  (Bis.) 

3. 

—  Devétie  vos,  détchassie  vos, 
Mon  aimi,  couetchie  vos;  — 
Ai  ne  fut  pé  chitût  i  lé, 
Lou  golant  s'endermé.  (Bis.) 


Révoillie  vos,  revirie  vos, 

Virée  vos  devé  moi. 
Dis  que  les  nues  airaient  tra  (iijous, 

Dremirai  vos  tuodge?  (Bis.) 

5. 

—  Aine  atre  fois  qui  rêverai, 
I  vos  contenterai;  — 

—  Aine  atre  fois  que  te  vérai. 
Lai  puotche  fromerai.  —  (Bis.) 

6. 

Quand  te  tignos  lai  caye  es  biais, 

Te  daivos  lai  plumai; 
Quand  te  tignos  lai  pie  a  nid, 

Te  daivos  lai  saisi.  (Bis.) 


Le  Mont-Bart  et  les  Campenottes. 

A  une  petite  lieue  à  Touest  de  Montbéliard  se  trouve  une 
montagne  élevée,  le  Mont-Bart,  du  sommet  de  laquelle  on 
découvre  une  vue  magnifique.  Chaque  année,  au  printemps, 
elle  se  pare  de  perce-neige  et  de  belles  fleurs  jaunes  appe- 


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CURIOSITÉS  DE  l'histoibe  db  montbêliabd  251 

léee  dans  le  pays  Campenottes  (Faux- Narcisse).  Les  jeunes 
gens  de  la  ville  et  des  environs  s'y  rendent  en  foule  pour  les 
cueillir,  et  en  former  des  guirlandes  et  des  couronnes  qu'ils 
rapportent  chez  eux.  En  descendant  de  celte  montagne,  ils 
s'arrêtent  dans  un  cabaret  du  village  de  Bart,  renommé  pour 
ses  fritures^  et  s'y  livrent  aux  joyeux  ébats  de  la  danse. 

Le  Mont-Bart  et  les  Gampenottes  ont  inspiré  à  un  poète  de 
Montbéliard  les  vers  suivants  : 

1. 

C'est  le  MoiU-Bart,  ce  beau  mont,  qui  m'inspire  \ 
C'est  du  sommet  de  sa  roche  au  corbeau, 
Si  ses  échos  répondaient  à  ma  lyre, 
Que  je  peindrais  un  ravissant  tableau. 

2. 

Sur  cette  roche,  où  jadis  le  Druide 
De  sa  feux  d*or  allait  couper  le  gui, 
On  voit  encore  une  pierre  homicide 
Que  Ton  gravit  sans  horreur  aujourd'hui. 


Des  vieux  Gaulois  quand  j'écrirai  l'histoire. 
J'aurai  recours  à  Tacite,  à  César; 
Mais  aucun  d'eux,  si  j'ai  bonne  mémoire, 
N'alla  jamais  visiter  le  Mont-Bart. 

4. 

De  Montbéliard  c'est  un  pèlerinage  ; 
D'avril  en  mai,  sur  ses  flancs  arrondis, 
On  va  cueillir,  sous  le  naissant  feuillage, 
La  belle  fleur  qui  dore  le  taillis. 

5. 

La  Campenotte!  A  ce  nom  je  m'incline. 
De  mon  enfance  6  l'heureux  souvenir  ! 
Même  au  retour  de  l'âge  qui  décline, 
On  la  revoit  toujours  avec  plaisir. 


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253  RBVUS  D*ALBAOB 

L'Ajoulotte. 

I/Ajoulotte,  appelée  aussi  VoUkn,  était  une  danse  qui  a 
pris  son  nom  du  pays  d'Ajoie,  dont  l'ancien  comté  de  Mont- 
béliard  faisait  partie.  Elle  était  d'un  caractère  gai  et  cham- 
pêtre, et  remontait  à  la  plus  haute  antiquité.  Suivant  Masson, 
l'auteur  de  la  Nouvelle- Astrée,  elle  se  composait  d'un  rang  de 
danseurs  entremêlés  de  danseuses.  Il  n'y  avait  que  le  pre- 
mier couple  qui  dansait  en  tournant  et  en  formant  une 
spirale  rentrante.  Quand  ce  couple  avait  fini,  il  se  détachait, 
et  le  suivant  lui  succédait.  Cette  danse  n'est  plus  usitée  dans 
le  pays  de  Montbéliard. 

Beprésentationa  diamatiques. 

Les  comptes  de  l'hôtel-de- ville  de  Montbéliard  ou  missions, 
nous  fournissent  quelques  détails  curieux  sur  les  représenta- 
tions théâtrales  qui,  sous  le  nom  de  mystères,  jeux,  sotties  ou 
moralités,  ont  fait  les  délices  de  nos  ancêtres.  La  foi  naïve 
respire  dans  les  mystères,  dont  tous  les  sujets  étaient  pris 
dans  les  Saintes  Ecritures;  la  satyre  ou  l'ironie  dans  les  sot- 
ties; le  précepte  dans  les  moralités.  Toutes  ces  œuvres,  qui 
sont  l'expression  de  l'art  dramatique  dans  son  enfance,  méri- 
tent d'être  étudiées  au  point  de  vue  surtout  des  traits  de 
mœurs,  des  détails  minutieux,  des  peintures  locales  qu'elles 
renferment,  et  qui  dorment  une  idée  exacte  de  celte  époqiic 
reculée. 

Au  XV*  siècle,  les  représentations  dramatiques  étaient 
assez  fréquentes  à  Montbéliard.  On  les  donnait  de  préférence 
aux  jours  des  grandes  fêtes  de  l'Eglise,  et  même  pendant  la 
semaine  sainte,  sur  la  place  des  Halles,  où  elles  attiraient  un 
nombre  considérable  de  spectateurs. 

La  représentation  d'un  mystère  était  une  opération  diiBcile 
et  compliquée,  qui  demandait  des  préparatifs  longs  et  coû- 


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CTîRiosiTÉs  DE  l'histoire  dk  montbéltard  253 

teux,  surtout  lorsque  ce  spectacle  devait  avoir  lieu  dans  une 
petite  ville  comme  Montbéliard,  car  il  fallait  faire  venir  de 
loin  les*  costumes,  les  décors,  et  souvent  les  acteurs  eux- 
mêmes 

Pour  la  représentation  des  mystères,  la  scène  était  divisée 
en  trois  parties  distinctes:  la  partie  élevée  représentait  le 
paradis,  où  se  tenaient  Dieu  et  ses  anges;  la  partie  du  milieu 
était  consacrée  à  la  scène  proprement  dite,  où  se  jouait 
Faction;  enGn  dans  la  partie  basse  se  trouvait  Tenfer,  réservé 
à  Satan  et  à  ses  noirs  acolytes.  Le  diable  était  représenté 
hab'tuellement  par  un  dragon  à  la  gueule  béante  et  vomis- 
sant des  flammes. 

En  1488  et  1487,  les  compagnons  (acteurs)  représentèrent 
un  mystère  dont  le  titre  n'est  pas  arrivé  jusqu'à  nous.  En 
1456  et  1457  ils  donnèrent  kjeu  de  la  résurrection  Kostre 
Seigneur;  en  1479  et  1495  ils  jouèrent  la  Passion;  en  1489 
on  célébra  le  jeu  Mgr  Saint- Maimbœiif,  patron  de  la  ville, 
dans  lequel  figuraient  les  anges,  le  diable,  la  gueule  d'enfer 
et  le  navire  du  saint. 

Les  dépenses  occasionnées  à  la  ville  pour  cette  dernière 
représentation,  furent  assez  considérables.  Ainsi  la  ville  donna  : 
«  S2  gros  blancs  pour  les  dépens  d'un  Allemand,  de  Tbann, 
qui  avait  apporté  certains  habits  pour  les  anges,  et  audit 
njaîlre,  pour  les  ailes  des  anges,  pour  une  couronne  et  deux 
chefs  (probablenent  deux  coiffures)  de  poids,  2  francs  ot 
8  gros;  et  pour  avoir  été  quérir  ledit  Allemand  à  Thanii. 
6  sols  bftlois.  11  fut  dépensé  pour  les  compagnons  qui  firent 
\es  parquets  (décors?)  de  la  Passiœt  en  Thostel  de  Regnault 
Trinquate,  27  gros  et  demi  pour  six  livres  de  pâte  poîir 
refaire  la  gueule  (f  enfer.  » 

Le  mystère  de  saint  Maimbœuf  devait  avoir  d'autant  plus 
d'attrait  pour  les  habitants  de  Montbéliard,  que  l'on  se  propo- 
sait de  mettre  en  action  et  de  glorifier  la  vie  et  le  martyre 
d'un  saint  vénéré  dans  tout  le  pays,  en  l'honneur  duquel  avait 


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254  RBVUK  D^ALSACfi 

été  bâtie  une  église  et  fondé  un  chapitre  dans  Tenceinle 
même  du  château. 

Il  fut  donné  à  Huguenin  le  peintre  :  <  7  francs  et  demi 
pour  avoir  fait  la  gorge  d'enfer  et  le  navire  du  jeu  Mgr  saint 
Maimbœuf.  et  ce  pour  la  part  de  la  ville  par  marché  fait  avec 
ledit  Huguenin  par  MM.  du  chapitre  et  par  MM.  les  bour- 
geois, et  en  ont  payé  lesdits  seigneurs  du  chapitre  autant.  > 

Le  registre  de  la  vie  de  Mgr  saint  Maimbœuf  fut  composé 
par  un  beau-père  Cordelier,  qui  reçut  7  francs  pour  ses 
peines  et  salaires,  et  aussi  pour  avoir  fait  grand  séjour  au 
racorder  les  personnages,  2  francs  et  demi  (pour  avoir  dirigé 
les  répétitions  de  l'ouvrage). 

La  représentation  eut  lieu  sous  les  halles,  où  Ton  avait 
construit  des  loges,  et  elle  dura  deux  jours.  Cela  n'a  rien 
d'étonnant  si  l'on  songe  que  ces  sortes  d'ouvrages  étaient 
fort  longs,  et  comprenaient  quelquefois  plusieurs  milliers  de 
vers. 

En  1503  eut  lieu  une  nouvelle  représentation,  mais  cette 
fois  ce  fut  le  jeu  de  Mgr  saint  Sébastien.  Dans  ce  mystère, 
comme  dans  celui  de  saint  Maimbœuf,  se  trouvent  la  gaUéé 
(le  navire)  et  la  gorge  cFenfer.  D'après  le  compte  que  l'on  en 
possède  encore,  il  fut  baillé  22  gros  et  demi  à  Jacquot  Quarré 
c  pour  de  la  toile  prise  vers  lui  pour  faire  lu  gallée  et  la 
gorge  d'enfer  dudit  jeu  ;  de  même  3  gros  et  demi  à  Jean 
Buerry  par  l'ordonnance  des  peintres  pour  du  noir  pour  pein- 
turer la  gallée  et  gorge  d'enfer.  » 

Le  bruit  de  Tenfer  était  imité  au  moyen  de  tambourins, 
comme  cela  résulte  du  passage  suivant  :  c  Item,  baillé  à 
Nicolas  le  bourrelier  pour  deux  peaux  de  poUaing  (poulains) 
pour  avoir  fait  des  fonds  de  tambourin  pour  enfert,  pour 
chacune  peau  6  blancs.  »  Le  même  compte  mentionne  aussi 
à  diverses  reprises  certains  individus  engagés  par  la  ville 
pour  mener  le  tambourin  pendant  le  jeu. 


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CURÎOSTTÉS  DB  L^HISTOItUE  DE  MONTBÊLIARD  355 

Dans  les  mimons  ou  comptes  pour  le  jeu  de  Mgr  saint 
Sébastien,  figure  à  chaque  instant  maisire  Pierre  k  sueur, 
qui  reçut  pour  ses  peines  et  salaires  10  florins  d'or.  A  en 
juger  par  le  chiffre  élevé  de  ses  appointements,  ce  maître 
Pierre  devait  avoir  un  riMe  important  dans  le  spectacle.  Comme 
semble  l'indiquer  son  surnom,  il  était  Tun  des  principaux 
acteurs,  et  peut-être  même  le  directeur  chargé  d'organiser  la 
représentation. 

Pour  la  représentation  de  ce  mystère,  la  municipalité  de 
Montbétiard  fit  encore  venir  le  frère  Claude  et  deux  corde- 
liers,  qui  turent  non-seulement  logés  et  nourris,  mais  encore 
habillés  à  neuf  de  pied  en  cape  aux  frais  de  la  ville.  Parmi 
les  dépenses  nombreuses  qu'ils  firent,  s'en  trouvent  qui  sont 
relatives  à  des  figues,  des  dragées,  de  Thuile  d'olive  qu'on 
leur  fournit.  On  ne  les  laissa  point  avoir  soif;  ainsi  frère 
Claude  prit  27  channes  de  vin  pour  fiiire  collation  (62  litres). 
Il  faut  croire  qu'il  ne  but  pas  tout  ce  liquide  en  une  seule 
fois.  La  ville  fut  même  assez  généreuse  pour  envoyer  au 
couvent  des  Cordeliers,  à  titre  de  cadeau,  6  francs,  un  franc 
d'épices  et  six  stoquefices  (harengs  fumés). 

Les  mystères  de  saint  Maimbœuf  et  de  saint  Sébastien 
n'ont  pas  été  conservés;  aussi  regrettons-nous  de  ne  pouvoir 
en  donner  l'analyse. 

En  1588,  les  élèves  des  écoles  de  Montbéliard  donnèrent 
sur  la  place  des  Halles  la  représentation  d'une  pièce  en  vers 
intitalée  Tragique  comédie,  «  en  laquelle  l'histoire  de  deux 
très  grièves  tentations,  desquelles  le  saint  patriarche  Abra- 
ham a  été  exercé  (l'expulsion  d'Agar  et  d'Ismaël  et  le  sacri- 
fice d'Abraham)  est  représentée.  >  Cette  pièce  dramatique, 
qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  celle  de  Théodore  de  Bèze, 
intitulée  Abraham  sacrifiant,  avait  été  composée  par  Jean 
George,  maître  d  école  à  Saint- Julien,  qui  la  fit  imprimer  le 
29  août  1609  à  Montbéliard.  Elle  fut  aussi  représentée  au 
village  de  Saint-Julien. 


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256  ftËVtJfi  d'alsaos 

Plus  tard,  et  notamment  en  1604,  des  comédiens  du  roi  de 
France  vinrent  donner  «  des  représentations  de  plusieurs 
belles  tragédies  tirées  de  la  Sainte  Ecriture  et  autres,  ten- 
dantes à  rinstruction  et  consolation  >;  ce  qui  détermina  le 
Conseil  de  régence  à  les  gratifier,  pour  récompense  de  leurs 
peines,  d'une  somme  de  30  francs  forts. 

Le  13  février  1627,  les  écoliers  de  Montbéliard  donnèrent 
en  présence  du  duc  Louis-Frédéric,  de  sa  Cour  et  des  mem- 
bres de  son  Conseil,  dans  une  des  salles  du  chftteau,  une 
représentation  de  la  ti*agédie  sainte  intitulée  David  combat- 
tant  Le  surlendemain  eurent  lieu  deux  nouvelles  représen- 
tations à  l'hôtel-de-ville,  en  présence  d'un  nombreux  public, 
la  première  de  8  à  11  heures  du  matin  et  la  seconde  de  midi 
à  2  heures. 

Il  parait,  dit  Duvernoy  dans  ses  Ephémérides^  que  les 
représentations  dramatiques,  souvent  renouvelées,  donnèrent 
à  certains  élèves  des  écoles  latines  de  Montbéliard  l'envie 
d'embrasser  une  profession  dans  laquelle  on  obtenait  à  la 
fois  des  applaudissements  et  des  bénéfices.  L'ordre  suivant, 
émané  de  la  régence,  en  fournit  la  preuve  :  <  Les  conseillers 
Lory,  Belleney,  superintendants,  ministres  et  maîtres  d'école 
de  ce  lieu,  manderont,  au  premier  jour  que  faire  se  pourra, 
par  devant  eux,  les  stipendiaires  estants  soubs  la  charge  et 
discipline  de  maistre  Jacques  Euvrard,  pour  savoir  d'eux 
qui  sont  les  auteurs  de  la  résolution  qu'ils  auraient  prise  de 
s'en  aller  par  pays  et  de  se  rendre  comédiens,  où  ils  ont  pris 
l'argent  de  quoi  ils  ont  fait  faire  aucuns  habillemens  propres 
à  l'effet  susdit;  les  reprendront  et  tanceront  sérieusement  de 
ladite  témérité,  signamment  les  coulpables  qu'ils  menaceront 
de  chastoy  convenable,  en  tant  ils  ne  se  corrîgeroient  ;  et  par 
même  advertiront  aussi  sérieusement  ledit  Euvrard  d'être 
plus  diligent  et  avoir  plus  égard  sur  eux  qu'il  n'a  eu  du 
passé,  et  aussi  sur  ses  autres  écoliers.  Fait  au  Conseil,  ce 
21  juin  1609.  Signé  6.  de  Landaw,  gouverneur.  > 


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CUBIOSITÉS  DE  L'HESTOIBE  DB  MONTBÉLIARD  2Ô7 


Bouffons. 

Au  moyen-âge  la  ville  de  Monlbéliard  avait  un  bouffon 
attitré,  comme  cela  résulte  de  plusieurs  comptes  de  la  muni- 
cipalité. Dans  le  compte  de  1425,  présenté  Tannée  suivante, 
figure  cette  mention  :  «  Pour  la  façon  de  la  robe  de  Girard 
k  fol  et  pour  les  migks  (singes?)  2  groH  blancs.  »  Dans 
celui  de  l'an  1486  on  lit  :  «  Item,  acheté  à  Jean  Tixerand 
5  aulnes  de  gros  pour  faire  la  robe  de  Girard  le  fol  que 
coûte  19  gros.  Item,  baillé  pour  la  façon  de  ladite  robe,  2  gros. 
Item,  baillé  pour  les  cyngles  qui  sont  à  ladite  robe.  »  On  fît 
des  dépenses  analogues  en  1438. 

La  charge  de  bouffon  était  très  ancienne  à  la  Cour  des 
comtes  de  Montbéliard.  Ainsi,  parmi  les  témoins  d'un  diplôme 
de  l'an  1150,  relatif  à  l'abbaye  de  Belchamp,  figure  Simon 
Joculator.  En  1579  le  bouffon  du  comte  Frédéric,  nommé 
Mefchior,  s'évada  et  ne  fut  rattrapé  qu'à  Spire.  En  1589  le 
même  prince  en  avait  un  autre,  du  nom  de  Paul,  qui  l'accom- 
pagna dans  un  voyage  qu'il  fit  à  Stuttgart.  Dans  la  seconde 
moitié  du  XVII'  siècle,  le  duc  George  avait  un  fou  du  nom  de 
Biret.  Léopold  Eberhard,  fils  et  successeur  du  prince  George, 
en  avait  également  un  qui  était  marié  et  père,  car  on  lit  dans 
les  registres  de  décès  de  la  ville  que  k  26  octobre  1706  un 
enfant  cm  bouffon  de  Son  Altesse  sérénissime  fut  enseveli 


Tournois. 

Au  moyen-âge  et  même  jusqu'à  la  fin  du  XVP  siècle,  la 
noblesse  donnait  en  temps  de  paix  des  tournois  ou  fêtes 
guerrières,  où  les  combattants,  armés  de  toutes  pièces,  lut- 
taient les  uns  contre  les  autres,  mais  à  armes  courtoises  ou 
émoussées  ;  ce  qui  n'empêchait  pas  le  sang  de  couler  quel- 


NoaTelle  Sénc.  —  4»^  Anoée.  17 


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258  REVUE  D*AL8ACE 

Lorsqu'un  tournoi  était  décidé,  dans  Fendroit  où  il  devait 
avoir  lieu  on  élevait  des  estrades  et  des  écbafiiuds  ornés  de 
riches  tentures,  sur  lesquels  se  plaçaient  les  juges  appelés  à 
décider  des  coups,  et  les  dames  chargées  de  décerner  des 
récompenses  aux  vainqueurs.  La  lice  était  entourée  de  bar- 
rières, et  c'était  là  que  devaient  lutter  les  combattants.  La 
noblesse  de  toute  une  province  et  souvent  de  tout  un  royaume 
s'empressait  d'assister  à  ces  joutes,  qui  étaient  l'image  en 
petit  de  la  guerre. 

Plusieurs  tournois  eurent  lieu  à  Montbéliard.  La  place  des 
Halles,  l'enceinte  du  château,  les  prés  dits  sous  les  cotewuz^ 
servaient  alternativement  d'arènes  à  ces  jeux  guerriers. 

Le  comte  Etienne  offrit  en  1379  une  magnifique  hospitalité 
à  Philippe-le-Hardi,  duc  de  Bourgogne,  à  son  épouse  et  à 
Jjéopold  d'Autriche.  Des  fêtes  brillantes  et  un  tournoi  eurent 
lieu  à  cette  occasion. 

Quelques  années  plus  tard,  au  mois  de  mai  1896,  Jean  de 
Nevers,  fils  de  Philippe-le-Hardi,  suivi  de  l'élite  de  la  cheva- 
lerie bourguignonne,  s'arrêta  au  château  de  Montbéliard  en 
se  rendant  en  Hongrie  pour  combattre  les  Turcs.  Le  comte 
Etienne  leur  fit  un  noble  accueil,  et  son  fils  Henri,  seigneur 
d'Orbe,  les  ayant  suivi  dans  cette  expédition,  périt  à  la  funeste 
bataille  de  Nicopolis. 

Au  XVP  siècle  il  y  eut  plusieurs  tournois  à  Montbéliard. 
C'est  aiusi  que  le  9  mars  1545  il  y  en  eut  un  sur  la  place 
des  Halles,  auquel  assistèrent  le  duc  Christophe  et  son  épouse, 
sou  oncle  le  comte  George,  le  marquis  de  Bade  et  d'autres 
seigneurs,  et  que  le  l*"  mars  1657  un  autre  se  tint  au  même 
endroit,  et  fut  honoré  de  la  présence  du  con^te  George,  de 
son  épouse  et  d'une  grande  quantité  de  noblesse. 

Le  1"  mars  1586  il  y  eut  course  de  bagues  devant  les 
Halles,  où  se  trouvaient,  dit  Bois-de-Chesne  dans  sa  chro- 
nique, à  la  suite  du  comte  Frédéric,  plusieurs  seigneurs 
français  :  «  nommément  les  sieurs  de  Villarmon,  ceux  d'Arcey; 


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CDBIOSITÊS  DB  L'hIBTOIRK  DE  MONTBÊLIARD  259 

le  sieur  d'Araine  fut  porté  par  terre  d'un  coup  de  pique  sans 
autre  acddent.  Le  lendemain  Ton  combattit  à  la  barrière  avec 
la  pique,  la  hallebarde,  Tépée,  et  lorsqu'on  en  vint  à  com- 
battre en  gros  avec  Tépée,  la  barrière  qui  prenoit  tout  le 
long  estoit  remplie  de  fusées,  et  quand  ce  vint  au  plus  fort, 
Ton  y  mit  le  feu  et,  pour  ce  qu'il  semblait  qu'il  y  eut  quelque 
coup  de  pistolet,  Ton  se  retira  honnestement.  » 

Ce  divertissement  termina  les  fêtes  du  baptême  du  jeune 
prince  Louis-Frédéric,  qui  avait  eu  lieu  le  27  février  précé- 
dent. 

Pas  d'armes. 

U  arrivait  parfois  que  l'humeur  belliqueuse  des  seigneurs 
les  poussait  à  se  provoquer  à  de  véritables  combats  singu- 
liers, où  les  armes  courtoises  étaient  remplacées  par  des 
armes  bien  affilées,  et  qui  avaient  pour  résultat  d'entraîner 
la  mort  de  l'un  ou  de  l'autre  des  adversaires.  Plusieurs  de  ces 
combats  à  outrance,  appelés  pas  darmes,  sont  restés  fameux 
dans  l'histoire.  Les  mémoires  de  l'illustre  maison  de  Saint- 
Mauris-en-Montagne  nous  révèlent  un  exemple  curieux  de 
l'esprit  d'aventure  qui  survivait  encore  au  milieu  du  XVP  siècle 
à  l'extinction  de  la  chevalerie  errante. 

C'était  vers  l'an  1664;  Pierre,  Jean  et  Nicolas  de  Saint- 
Mauris  étaient  réunis  dans  le  château  de  Sainte-Marie,  près 
de  Lure;  trois  chevaliers  viennent  les  y  trouver  et  leur  pro- 
posent un  combat  à  outrance.  Le  défi  est  accepté  ;  les  cheva- 
liers sont  hébergés  au  château,  et  traités  avec  toute  la  cour- 
toisie et  la  recherche  imaginables.  La  journée  se  passe  en 
fêle;  le  lendemain,  les  six  champions  partent  ensemble  de 
bonne  intelligence,  choisissent  près  du  village  de  Breuche 
une  éminence  entourée  d'arbres  pour  servir  de  théâtre  à  leur 
valeur,  et  là,  sans  autres  témoins  que  le  soleil,  ils  s'y  dispu- 
tent avec  la  vie  le  prix  de  l'adresse  et  du  courage.  Deux  des 


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2tX)  RBVUB  D'aLSACB 

agresseurs  sont  tués;  le  troisième  demande  merci.  Alors  les 
trois  frères  le  reconduisent  à  Sainte-Marie,  soignent  ses  bles- 
sures arec  les  leurs,  et  le  premier  usage  qu'ils  font  du  réta- 
blissement de  leur  santé,  est  de  planter  sur  le  lieu  du  combat 
deux  croix  de  pierre  chargées  d'inscriptions  dévotes. 


Tir  à  l'arbalète  et  à  l'arquebuse. 

Dès  Tan  1450,  et  sans  doute  antérieurement,  la  population 
mâle  de  la  ville  et  des  campagnes  se  livrait  au  tir  à  Tarba- 
lète;  celui  qui  frappait  le  plus  près  le  but,  était  proclamé  m; 
mais  sa  royauté  ne  durait  que  Tespace  de  temps  séparant 
deux  exercices.  Lorsque  la  poudre  à  canon  devint  d'un  usage 
plus  fréquent,  on  s'exerça  aussi  au  tir  au  mousquet  et  i 
l'arquebuse. 

Ces  exercices  avaient  lieu  tous  les  ans,  pendant  vingt- 
quatre  dimanches,  à  Montbéliard,  devant  les  loges  du  Grand- 
Pont,  et  dans  différentes  communes  rurales  qui  formaient 
chacune  autant  de  chefs-lieux  d'une  compagnie  des  compa- 
gnons  du  trait} 

Les  compagnons  du  trait  de  Montbéliard  étaient  divisés  en 
deux  compagnies,  celle  des  arquebusiers  ou  coulef^vriniers^  et 
celle  des  arbalestriers.  Elles  avaient  chacune  un  règlement 
particulier;  on  trouve  dans  celui  de  l'an  1599  la  disposition 
suivante  :  <  Item,  tout  compagnon  étant  audit  trait,  et  que 
l'un  jure  le  diable  ou  autres  juremens,  icelui  est  pour  un 
blanc  au  profit  de  la  boîte.  » 

Dès  le  XVIP  siècle  on  se  borna  au  tir  au  mousquet  Après 
avoir  cessé  quelque  temps,  il  recommença  le  20  mai  1665 
devant  le  Grand-Pont,  où  l'on  avait  reconstruit  les  loges 

^  Ces  villages  étaient  Abbévilliers,  Aibre,  àllanjoie,  Aodincoart, 
Bart,  Bavans,  Béthonconrt,  Magny-d'Anigon,  Mandeure,  Rainans,  Sainte- 
Marie,  Sochanx,  Valentigney  et  Vonjaucourt. 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIRB  DE  MOKTBÉLIABD  261 

détruites  pendant  les  guerres.  Le  prince  Léopoid-Frédéric  et 
sa  Cour  assistèrent  à  cet  exercice,  où  se  trouvaient  soixante- 
quinze  compagnons  du  trait.  Dès  lors  il  eut  lieu  chaque 
dimanche  jusqu'en  1676,  époque  où  il  cessa  entièrement.  Des 
prix  en  argent  étaient  donnés,  les  uns  par  le  domaine,  les 
autres  par  la  ville. 


Milice  boTurgeoise. 

Montbéliard  avait  une  milice  bourgeoise  divisée  en  quatre 
compagnies.  Depuis  1787  il  y  eut  deux  compagnies  de  cha- 
cune cent  hommes,  une  troisième  de  soixante  grenadiers  et 
une  quatrième  d'autant  de  dragons.  L'organisation  de  cette 
milice  remontait  aux  franchises  accordées  à  la  ville  en  1288 
par  le  comte  Renaud.  Supprimée  pendant  l'occupation  fran- 
çaise en  1676,  reconstituée  au  mois  de  décembre  1699,  elle 
subsista  jusqu'en  1793. 

Le  chef  de  la  milice  était  le  baiidelier,  qui  était  nommé  par 
le  souverain  et  qui  portait  la  bannière  de  la  ville  de  gueules 
à  la  croix  d'argent,  avec  une  étoile  d'azur  à  cinq  pointes  au 
milieu.  Puis  venaient  les  autres  officiers  choisis  par  les  neuf 
maîtres-bourgeois  et  confirmés  par  le  Conseil  de  régence. 

La  milice,  dès  la  fin  du  XYII*  siècle,  avait  l'habit  bleu  aux 
parements  et  revers  blancs.  Les  officiers  portaient  en  outre 
une  écharpe  de  taffetas  noir  et  jaune  (couleurs  de  la  maison 
de  Wurtemberg),  et  étaient  armés  d'une  pique.  La  compagnie 
de  cavalerie,  formée  en  1787,  avait  l'uniforme  rouge,  les 
revers  et  parements  en  velours  noir. 

En  1789  les  membres  de  l'ordre  des  avocats  témoignèrent 
de  la  répugnance  de  faire  partie  de  la  milice  bourgeoise, 
malgré  les  circonstances  difficiles  du  moment.  Le  Magistrat 
ayant  adressé  à  ce  sujet  des  représentations  au  duc  Frédéric- 
Eugène,  celui-ci  demanda  l'avis  de  la  régence  par  une  déci- 
sion préliminaire  qui  renfermait  ces  mots  remarquables  : 


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262  REVUE  D'ALSACaS 

«  Si,  en  confondant  leur  qualité  d'avocat  avec  celle  de  bour- 
geois, pour  mettre  Tune  et  l'autre  au  dessus  de  leurs  conci- 
toyens, ils  trouvaient  au  dessous  d'eux  d'être  ad  hoc  sous  la 
direction  des  chefs  naturels  de  la  bourgeoisie,  je  tâcherais  de 
mettre  tout  le  monde  d'accord  en  allant  commander  moi- 
même  la  garde  bourgeoise.  J'ai  déjà  passé  tant  de  nuits  blanches 
au  bivouac,  que  j'en  passerai  encore  avec  plaisir  une  ou  plu- 
sieurs, s'il  le  faut,  pour  faire  dans  cette  circonstance  le  bien 
de  la  bourgeoisie,  dont  je  me  déclare  avec  plaisir  d'être 
membre,  quoique  duc  de  Wurtemberg.  » 

P.-E.   TUEFFERD. 


fLa  fin  h  la  prochaine  livraisonj 


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RECHERCHES 


SUR  LES 


REVENUS  DE  L'ÉVÊGUÉ  DE  STRASBOURG 


ET 


ÉTAT  DE  SES  RECETTES  ET  DÉPENSES 


Les  personnes  familiarisées  avec  Thistoire  d'Alsace  savent 
que  la  puissance  temporelle  des  évêques  de  Strasbourg 
remonte  aux  temps  les  plus  reculés  du  moyen-âge,  c'est-à- 
dire  aux  premiers  temps  de  Tinstitulion  de  cette  Eglise. 
Dagobert  II,  roi  d'Austrasie,  donna  vers  Tan  695  à  révoque 
saint  Arbogaste,  qu'on  vénère  comme  le  patron  du  diocèse,  la 
souveraineté  temporelle  de  Rouffach  et  de  son  territoire,  qu'on 
a  depuis  appelé  le  Haut-Mundat\  et  cette  splendide  donation 
servit  de  base  à  l'édiQce  de  la  puissance  temporelle  que  se 
construisirent  les  successeurs  de  ce  saint  prélat.  ' 

L'influence  que  les  évoques  de  Strasbourg  exercèrent  au 
milieu  des  luttes  et  des  querelles  sanglantes  qui  boulever- 
saient l'Allemagne,  devait  leur  donner  de  la  puissance  et 
leur  procurer  de  beaux  domaines.  Les  empereurs  leur  accor- 
dèrent insensiblement  quelques-unes  de  leurs  prérogatives 
régaliennes,  et  accumulèrent  sur  eux  les  donations,  les  con- 
cessions, les  investitures  de  droits,  de  domaines  et  d'hon- 
neurs. A  la  faveur  des  grands  désordres  du  moyen-âge,  les 

^  Mandat  dérive  d'immunitas  et  signifie  un  territoire  affranchi,  une 
terre  libre  (Maurer,  Die  Bauemkœfe,  t.  III,  p.  272). 
*  Grandidier,  Bisioire  de  V Eglise  de  Strasbourg,  1. 1,  p.  213. 


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264  REVUE  D'ALSACE 

évêques  de  Strasbourg,  membres  de  la  hiérarchie  civile  en 
même  temps  que  de  la  hiérarchie  ecclésiastique,  réunissaient 
dans  leurs  mains  le  pouvoir  temporel  et  le  pouvoir  spirituel; 
ils  jouissaient  de  la  plus  haute  considération  et  avaient  atteint 
au  but  le  plus  élevé  de  leurs  désirs  et  de  leur  ambition;  ils 
étaient  devenus  maîtres  et  souverains  de  leur  Eglise,  à  eux 
étaient  attribués  tout  droit  et  toute  juridiction,  les  péages,  les 
chasses,  les  moulins,  les  monnaies,  les  douanes,  les  impôts, 
les  routes,  les  barrières,  les  ponts,  les  mines,  les  trésors  de  la 
terre,  les  métaux,  les  prestations,  la  taiille,  les  droits  d'es- 
corte, le  droit  de  gîte,  l'exercice  de  la  justice,  le  droit  de 
grâce,  les  prévotés,  les  menses,  les  prieurés,  les  cours,  les 
fiefs,  les  serfs  et  les  manants.  Souverains  territoriaux  des 
terres  de  leur  Eglise,  sauf  le  domaine  suprême  de  TEmpire, 
ils  firent  valoir  par  tous  les  moyens  l'exercice  de  la  puissance 
temporelle  qui  leur  avait  été  concédée  ou  dont  ils  s'étaient 
emparés;  ils  avaient  leurs  chevaliers,  leurs  vassaux,  leurs 
grands  officiers  et  leurs  bannières,  symbole  de  la  supériorité 
territoriale. 

L'évêché  de  Strasbourg,  qui  passait  pour  le  plus  riche  de  la 
chrétienté,  était  Tobjet  de  Tambition  des  seigneurs  les  plus 
riches  et  les  plus  puissants;  il  avait  acquis  une  puissance  et 
un  éclat  qui  dépassait  tout  ce  qui  était  grand  et  élevé  sur  les 
deux  rives  du  Haut-Rhin;  Tiiifluence  et  l'activité  des  évêques 
s'étendaient  partout,  et  les  plus  nobles  seigneurs  recher- 
chaient leur  protection,  se  rangeaient  sous  leur  bannière  et 
reconnaissaient  leur  suzeraineté. 

Antérieurement  au  XVI'  siècle,  on  ne  trouve  que  de  rares 
documents  qui  puissent  servir  à  la  fixation  des  revenus  de 
l'évêché,  les  comptes  de  ses  revenus  généraux  n'existent  plus. 
Toutefois  se^  revenus  étaient  très  considérables  vers  la  filn  de 
ce  siècle,  et  s'élevaient  à  la  somme  de  40,000  écusd'or.*  Cette 

*  Chron.  Ursperg.  paraUpomma^  et  Wiiiphblimg,  De  Episcop,,  p.  102. 


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I£S  REVENUS  DE  L'ÉYÊCHÊ  DE  STRASBOURG  265 

brillante  situation  fut  entamée  par  les  dissipations  de  Tévêque 
Guillaume  de  Diest  (1394-1489),  et  par  les  folles  prodigalités 
de  son  successeur  Robert  de  Bavière  ;  mais  ce  dernier,  dès 
que  la  fougue  des  passions  fut  passée,  chercba  à  rétablir  par 
de  sévères  économies  les  biens  de  son  évêché,  qui  avaient  été 
dissipés  ou  aliénés. 

Anciennement  l'évêché  avait  à  son  service  deux  rece- 
veurs généraux  ;  Tun,  nommé  Landschreiber,  était  chargé  de 
la  recette  de  tous  les  impôts  et  revenus  qui  se  percevaient  en 
argent;  l'autre,  nommé  Oberkellner  (dans  l'idiome  vulgaire 
Oberkeller),  était  chargé'de  percevoir  les  grains,  vins  et  toutes 
autres  denrées  dans  à  Tévêché,  à  quelque  titre  que  ce  fût. 

Avant  la  guerre  de  Trente  Ans,  les  revenus  de  l'évêché, 
après  payement  et  déduction  de  toutes  charges  ordinaires  et 
extraordinaires,  ainsi  que  des  rentes  de  capitaux  qu'il  avait 
empruntés,  s'élevaient  en  argent  à  69,927  florins,  à  600  fou- 
ires  de  vin,  à  1,726  rezeaux  de  froment,  à  4,625  rezeaux  de 
seigle,  à  1,727  rezeaux  d'orge  et  à  4,522  rezeaux  d'avoine. 

L'évêché  avait  tellement  souffert  de  la  guerre,  qu'en  1658, 
cinq  ans  après  la  paix  de  Westphalie,  ses  plaies  n'étaient  pas 
encore  cicatrisées,  et  que  ses  revenus  étaient  diminués  de 
près  de  moitié;  à  peine  s'élevaient-ils  en  argent  à  31,803  flo- 
rins, en  vin  à  274  foudres,  en  froment  à  991  rezeaux,  en 
seigle  à  2,239  rezeaux,  en  orge  à  1,083  rezeaux,  et  en  avoine 
à  2,192  rezeaux. 

Après  que  le  domaine  de  l'évêché  eut  été  annexé  à  la  cou- 
ronne de  France,  en  exécution  de  l'arrêt  de  réunion  rendu 
par  le  Conseil  souverain  d'Alsace,  le  9  août  1680,  M.  Philippe 
de  Josten,  conseiller  au  Parlement  de  Metz  et  chancelier  de 
révêché  de  Strasbourg,  fit  en  1682  un  mémoire  sur  les 
revenus  en  argent  de  la  partie  de  cet  évêché  située  en  deçà 
du  Rhin,  et  sur  la  nature  des  droits  produisant  ces  revenus. 
En  voici  l'énumération  : 


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Wb  BEVUE  D  ALSACE 

1.  La  Bethe  ou  la  taille  rapportant  annaelleineat       Livres 
environ 10,786 

L'impôt  connu  sous  le  nom  de  Bethe  exprime 
ce  qu'en  France  on  a  appelé  taille;  il  est  très 
ancien,  et  vient,  selon  quelques  auteurs,  de 
Beten  (prier,  supplier,  demander),  parce  que 
dans  Torigine  les  impositions  étaient  des  dons 
gratuits  demandés  par  les  souverains.  Selon 
d'autres,  Bethe  vient  de  gebieten  (ordonner,  ou 
assigner  telle  somme  sur  tel  bien).* 

2.  Le  droit  ditSchatzung  rapportant  annuellement 
environ 80,000 

Ce  droit  a  été  imposé  sur  les  sujets  de  Tévèché 
pour  payer  les  intérêts  des  dettes  qu'il  a  con- 
tractées pendant  les  guerres  de  religion. 

8.  Les  péages  rapportant  annuellement  environ . .  8.000 
Tous  ces  péages  ont  été  accordés  à  Tévêché 
par  des  privilèges  des  empereurs,  et  lui  ont  été 
confirmés  par  les  Constitutions  de  l'Empire  et 
les  capitulations  des  empereurs  subséquents; 
l'évêché  les  a  possédés  pendant  plusieurs 
siècles.^ 

4.    Les  droits  d'umgeld  et  de  masspfenning,  rap- 
portant tous  les  ans  environ 11,000 

L*umgeld  est  un  droit  consistant  ordinaire- 
ment en  un  impôt  de  six  pots  par  mesure  des 
vins  qui  se  débitent  en  détail.  Il  a  été  introduit 
depuis  un  temps  immémorial,  mais  il  varie 

A  reporter 59,786 

^  Cette  dernière  étyrnologie  est  celle  qni  est  généralement  admise 
aujourd'hui. 

'  Les  péages  ont  été  supprimés  par  les  lettres-patentes  de  1684  que 
Louis  XIV  accorda  à  l'évêque  Guillaume-Egon  de  Furstemberg,  qui  fat 
autorisé  à  percevoir  en  leur  lieu  et  place  les  droits  de  lods  et  ventes. 


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LES  REVENUS  DE  L'ÉVÉCHÊ  DE  STRASBOURG  267 

Livres 

Report 59,786 

selon  les  différents  endroits  quant  à  la  quantité 
de  pots  qui  se  prennent  par  mesure,  le  nombre 
de  six  pots  n'étant  pas  certain  partout.  Le  mass- 
pfenning  est  un  autre  droit  plus  ou  moins  fort 
qui  se  prend  aussi  sur  chaque  mesure. 

5.  Le  droit  d'accise  rapportant  annuellement  envi- 
ron        11,600 

Ce  droit  consiste  en  10  sols  sur  chaque 
mesure  de  vin  qui  se  vend  par  pots  dans  les 
cabarets  ou  maisons  bourgeoises,  en  4  deniers 
sur  chaque  livre  de  viande  qui  se  vend  par  les 
bouchers,  en  iO  sols  par  rezal  de  farine  que  les 
boulangers  emploient,  et  en  8  sols  par  chaque 
rezal  d'avoine  que  les  cabaretiers  débitent  aux 
voyageurs,  de  droit  est  établi  depuis  environ 
trente  années  pour  subvenir  aux  grandes 
charges  de  l'évêché,  et  particulièrement  pour 
les  appointements  des  ofiKciers  de  justice  et 
autres,  qui  contribuent  au  bien  public. 

6.  Le  débit  de  sel  rapportant  environ 16,000 

Ce  droit  est  établi  non-seulement  dans  tout 
révéché  et  dans  toute  l'Alsace,  mais  encore  dans 
tout  l'Empire. 

7.  Le  débit  de  fèr  rapportant  environ 800 

Ce  droit  est  aussi  en  usage  dans  tout  l'Em- 
pire. 

8.  Les  amendes  rapportant  environ 1,000 

9.  Le  droit  de  confiscation. 

Ce  droit  rapporte  si  peu,  qu'il  ne  mérite 
aucune  considération. 
10.  Le  droit  de  protection  perçu  des  Juifs  pouvant 

rapporter  annuellement 1,500 

A  reporter 90,686 


I  Digitized  by  VjOOQIC 


/d68  EEVUE  d'alsaob 

Livres 

Beport 90,686 

Ce  droit  est  payé  par  toat  rEmpire,  et  parti- 
culièrement depuis  un  temps  immémorial  dans 
repêché;  au  moyen  de  ce  droit,  les  Juifs  sont 
affranchis  de  toutes  autres  charges  ordinaires. 

11.  Le  droit  de  gîle  (atzgeld),  rapportant  environ .  850 

Le  droit  de  gtte  ou  d'hébergement  est  payé 
par  quelques  villages  seulement,  et  particu- 
lièrement par  celui  de  Weyersheim. 

12.  Il  y  a  encore  plusieurs  autres  petits  droits, 
comme  de  petits  cens  seigneuriaux,  certains 
deniers  par  livre  du  prix  de  la  vente  des  bes- 
tiaux et  du  prix  de  la  vente  des  grains  qui  se 
vendent  aux  marchés,  les  droits  mortuaires, 
les  canons  emphythéotiques,  les  di-oits  de  glan- 
dée,  les  droits  payés  par  les  usagers  dans  les 
forêts  domaniales,  les  droits  de  réception  des 
bourgeois,  les  droits  d'émigration,  les  droits  sur 
les  boutiques  des  marchands  forains  aux  foires, 
les  droits  de  pontenage,  les  droits  provenant 
du  charroi  et  de  la  fente  des  bois,  les  droits  de 
vouerie,  les  droits  du  vice-dôme,  les  droits  de 
la  porte  du  palais,^  les  droits  des  forains.  Tous 
ces  droits  sont  très  anciens  et  peuvent  se  jus- 
tifier par  les  comptes  les  plus  anciens;  ils  rap- 
portent ensemble  environ  un  total  de 5,0 14 

Dans  rénumération  de  ces  droits,  le  chance- 
lier de  révôché  en  a  oublié  plusieurs,  tels  que 
le  droit  de  déshérence,  le  droit  de  salpêtre,  les 
droits  de  corvées,  les  biens  caducs,  les  induits 


A  reporter 96,000 

^  Ghaqae  abbaye  du  diocèse  devait  annuellement  à  Tévêché  trois  écas 
d'empire,  pour  droit  dit  du  portier  de  la  cour. 


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LB8  REVENUS  DB  L'fiVÊOHft  DB  STRASBOURG  S69 

Lirrei 

iîepor* 96,000 

de  tester,  Timpôt  connu  sous  le  nom  d'avoine 
des  chiens/  etc.  Il  fait  ensuite  l'addition  du 
produit  annuel  de  tous  les  droits  qu'il  vient 
d'énumérer,  lequel  se  monte  à  la  somme  de. .      96,000 

Ghabgks  de  l'évêghé. 

H.  de  Josten  fait  ensuite  rénumération  des  charges  de 
l'évêché,  et  les  apprécie  de  la  manière  suivante  : 

1.  Les  gages  des  ofûcîers  séculiers  de  l'évêché, 
savoir  du  vice-dôme,  du  grand -prévôt,  et  à  la 
somme  de '. 2,890 

2.  Les  gages  des  quatre  grands-baillis  de  l'évê- 
ché, qui  sont  du  corps  des  chanoines  du  grand- 
chapitre,*  à 4,800 

S.  Ceux  des  conseillers  et  officiers  tant  de  la  jus- 
tice que  des  finances  de  l'évêché  à  Saverne  et 

dans  les  bailliages,  à 14,000 

4.   Ceux  des  officiers  de  la  maîtrise  des  eaux  et 

forêts,  à 2,800 

M.  le  chancelier  fait  remarquer,  dans  ce 

A  reporter 24,490 

*  Cet  impôt  tirait  son  origine  de  Tobligation  imposée  anciennement 
par  les  évèques  à  lenrs  sujets  et  même  à  des  localités  qui  ne  faisaient 
point  partie  da  temporel  de  l'évêché,  de  nourrir  leurs  chiens  de  chasse. 
En  dernier  lieu,  il  ne  consistait  qu'en  un  certain  nombre  de  sacs 
d'avoine,  que  les  abbayes  de  Saint-Jean-des-Ghoux  et  de  Marmontier 
livraient  à  Tévèché.  (V.  Arrêta  notables  du  Conseil  souverain  d*Alsace, 
1 1'%  p.  254.) 

*  Le  domaine  de  l'évêché  était  alors  divisé  en  quatre  arrondissements 
ou  gouvernements  [Statthallereien)  ;  le  premier  comprenait  les  bailliages 
du  Kochersperg  et  de  la  Wanzenau  ;  le  second,  les  bailliages  de  Schir- 
meck,  Dachstein,  Benfeld  et  Marckolsheim  ;  le  troisième,  le  Haut-M undat, 
et  le  quatrième,  les  possessions  d'ontre-Rhin  ;  le  bailliage  relevait  direc- 
tement de  la  régence  de  l'évêché;  cette  division  n'eut  qu'une  durée 
éphémère. 


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270  BEVITE  D'ALBACfi 

LiTTtt 

Repart S4,490 

qui  est  détaillé  et  spécifié  ci-dessus,  on  n'a 
compris  que  les  officiers  indispensablement 
nécessaires  et  dont  on  ne  peut  se  passer,  tant 
pour  Tadministration  de  la  justice  que  pour  ce 
qui  regarde  le  temporel. 

5.  Les  gages  des  officiers  ecclésiastiques  qui  sont 

à  la  charge  de  l'évêque,  à 4,4SO 

6.  Les  frais  de  la  chancellerie,  à 900 

7.  Les  frais  d'entretien  des  bâtiments  et  des  jar- 
dins de  révêché,  à 6,000 

8.  Les  ports  de  lettres,  à 8,000 

9.  Les  frais  des  procès  et  les  frais  de  voyage  des 
officiers  de  la  régence,  pour  la  conduite  et  l'ad- 
ministration des  affaires,  à 2,500 

10.  La  compétence  des  curés,  des  marguilliers,  des 
maîtres  d  école,  des  organistes,  etc.,  à 2,785 

11.  Et  les  intérêts  de  la  dette  de  l'évéché,  à 41,000 

Le  total  des  charges  de  Tévêché  se  monte  à.      85,105 

Balance. 

Les  revenus  en  argent  sont  de 96,000 

Et  les  dépenses  s'élèvent  à 85,105 

Déduction  faite,  il  y  a  un  excédant  de  recette  de.      10,895 

A  quoi  il  faut  ajouter  les  revenus  en  argent  des 
deux  bailliages  d'Oberkirch  et  d'Kttenheim,  situés 
sur  la  rive  droite  du  Rhin,  lesquels  se  montent 
annuellement  à 25,000 

Ainsi  l'excédant  des  revenus  en  argent  de  tout 

révêché  sur  les  dépenses  est  de 85,895 

A  quoi  il  faut  encore  ajouter  les  revenus  en  grains  et  en 
vin,  et  le  produit  de  la  vente  des  bois  des  forêts  domaniales. 


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LBS  REVENUS  DE  L'âVÊGHÊ  DE  STRASBOURG  SÎ71 

A  cette  époque,  la  totalité  des  revenus  de  l'évêché  était 
afTermée  à  un  sieur  Faudel,  avec  lequel  Téréché  eut  en  1682 
des  difficultés  qui  ne  tardèrent  pas  à  être  aplanies.  À  chaque 
nouveau  bail  le  revenu  grandissait,  mais  les  dépenses  suivaient 
la  même  progression. 

En  1714,  le  cardinal  Armand-Gaston  de  Rohan  donna  à 
titre  de  bail  à  prime,  pour  six  années,  la  totalité  des  revenus 
de  son  évêché  aux  sieurs  Pierre  Germain  et  Boudard,  de 
Paris,  pour  un  canon  de  cent  cinquante  mille  livres,  et  à 
charge  par  les  preneurs  de  payer  les  charges  de  Tévêché 
suivant  deux  états  arrêtés  par  Son  Altesse  éminentissime, 
l'an  se  montant  à  58,900  livres  par  semestre  ou  demi-année, 
et  l'autre  à  2,936  livres,  18  foudres  de  vin,  354  rezeaux  de  fro- 
ment, 924  rezeaux  de  seigle,  206  rezeaux  d'orge  et  92  rezeaux 
d'avoine.  Les  fermiers  percevaient  les  revenus  et  ne  payaient 
pas  les  charges.  Cette  négligence  de  la  part  des  fermiers 
d'exécuter  les  conditions  à  eux  imposées  par  le  bail,  fit  jeter 
de  hauts  cris  et  engagea  le  procureur  fiscal  de  l'évêché  à  les 
assigner  en  1717  devant  le  Conseil  de  la  régence,  où  il  fut 
autorisé  par  provision  à  saisir  tout  ce  qui  pouvait  leur  appar- 
tenir. On  ressentit  enfin  les  inconvénients  de  la  mise  en 
ferme  des  revenus  de  révêché;  ce  système  fut  abandonné,  et 
l'on  revint  à  lancien  mode  de  faire  administrer  ses  domaines 
et  faire  pen'^voir  ses  revenus  par  les  receveurs  des  bail- 
liages. 

La  conservation  des  forêts  domaniales  de  l'évêché  fut  Tobjet 
de  la  constante  sollicitude  de  Louis-Constantin  de  Rohan, 
qui  fut  élu  évêque  de  Strasbourg  en  1756  ^;  dès  qu'il  eut  saisi 
le  gouvernail  de  Tadministration,  il  fut  effrayé  du  désordre 
dans  lequel  il  les  trouva,  et  chercha  par  un  règlement  aussi 
sage  que  devenu  nécessaire,  à  interrompre  le  cours  des  dégra- 
dations qui  s'y  commettaient  journellement,  et  à  y  rétablir 

'  n  ne  fut  créé  eardinal  qu'en  1762. 


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272  RBVUB  d'alsàcb 

Tordre  d'ane  bonne  administration.  Ce  règlement,  qui  est  du 
5  novembre  1759,  ne  fat  fait  qu'après  différentes  visites  dans 
toutes  les  forêts  de  Tévêché  et  sur  Tavis  de  personnes  expé- 
rimentées et  au  fait  de  la  police  des  bois;  il  contient  un  grand 
nombre  de  dispositions  qai  toutes  avaient  pour  but  le  réta- 
blissement du  bon  ordre  dans  l'exercice  des  droits  d'usage, 
une  meilleure  exploitation  des  bois,  et  l'extirpation  des  abus 
et  des  fraudes  que  les  adjudicataires  des  coupes  avaient  l'ha- 
bitude de  commettre  dans  leur  exploitation;  le  Conseil  souve- 
rain d'Alsace,  par  son  arrêt  d'homologation  du  19  novembre 
1769,  en  a  consacré  et  ordonné  l'exécution.  À  partir  de  cette 
époque,  le  produit  de  la  vente  des  coupes  s'améliora  sensible- 
ment; le  nouveau  règlement,  tout  en  augmentant  les  revenus 
de  révêcbé  et  en  lui  conservant  un  bien  qui  devenait  tous 
les  jours  plus  précieux,  mit  un  frein  à  des  abus  séculaires, 
et  fut  pour  les  usagers  une  ressource  dont  ils  ne  tardèrent 
pas  à  ressentir  le  bienfait,  parce  que  son  objet  n'avait  pour 
but  que  de  les  mettre  dans  Timpossibilité  de  dévaster  les 
fonds  sur  lesquels  leurs  droits  étaient  affectés. 

Cependant  ce  règlement  produisit  dans  le  principe  des 
débats  incessants  entre  l'évêché  et  les  usagers.  Ceux-ci  se 
plaignirent  aussi  de  Tardeur  avec  laquelle  le  prince  évêque 
de  Strasbourg  se  livrait  à  l'exploitation  de  ses  forêts,  et  loi 
donnèrent  le  surnom  de  Louis-le-Fagotier  (Wellenwickel). 

En  1766,  les  recettes  particulières  des  bailliages  de  l'évêché, 
situés  en  Alsace,  versèrent  dans  la  caisse  générale,  savoir  : 

Livres         S.     D. 

Roufifach 46,466  18    8 

Marckolsheim 11,689  12  — 

Benfeld 66,996 

Ehly 4,389  —    5 

Ittenwiller 9,180 

Hohenbourg 7,980 

Arepm^ter 146,641  25    8 


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LES  REVENUS  DE  L'ÉVÊOHÉ  DE  STRASBOURQ  273 

Lirrei  S.    D. 

Rqport 146,641  25  8 

Schirmeck 23,698    5  11 

Dachstein 58,698    4  6 

La  Wanzenau 20,277  11  6 

Saverne  et  Kochersperg 49,265    7  2 

Total 298,576  14    9 

Dépenses. 

Les  gages,  pensions,  rentes  et  redevances 
montèrent  à 93,200    8    6 

Les  traitements  des  inspecteurs  et  gardes 
forestiers  étaient  de 8,506 

Et  ceux  d^  officiers  et  domestiques  de  la 
maison  de  l'évoque 18,256    8    8 

Total 119,962  17     2 

Balance. 

La  recette  fut  de 298,576  14  9 

La  dépense  de 119,962  17  2 

Partant,  il  y  eut  un  excédant  de  recette 

de 178,614  17  7 

Le  sieur  André  Pettmesser,  qui  fut  pendant  plus  de  qua- 
rante ans  receveur  général  de  Tévêché,  rend  ainsi  compte 
de  l'exercice  1787,  qui  est  le  dernier  de  sa  gestion  : 

Recettes. 
Il  porte  en  recette  : 
liCS  versements  que  lui  a  faits  M.  Junker, 

receveur  de  rObermundat 61,653    5    9 

Les  versements  de  M.  Neegert,  receveur 

du  bailliage  de  Marckolsheîm 23,520 

Ceux  de  M.  Kuhn,  receveur  du  bailliage  de 

Benfeld 54,100 

A  reporter 189,278    5    9 

Nouvelle  Série  —  4«  année  18 


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i 

J 


274  BEYUB  d'albagb 

Livret        8.    D. 

Report 189,273    B    9 

Ceux  de  M.  MuUer,  receyeur  de  la  sei- 
gneurie d'Ehly 8,741  12  - 

Ceux  de  M.  Guntz,  receyeur  de  la  seigneu- 
rie d'Ittenwiller 18,896 

Ceux  de  M.  Geiger,  receveur  de  la  Wan- 
tzenau 16,468 ' 

Ceux  de  M.  Lienhart,  receveur  du  bailliage 
de  Schirmeck 18,800 

Ceux  de  M.  François-Antoine  Pettmesser, 
receveur  du  bailliage  de  Dachstein 52,488  —    î 

Ceux  de  M.  Wolbrett,  receveur  des  bail- 
liages de  Saveme  et  du  Kochersberg 87,000 

Ceux  de  M.  Procop,  receveur  du  bailliage 
d'Oberkirch 84,286    7    7 

Ceux  de  M.  Stœlcker,  receveur  du  bail- 
liage d'Eltenheim 18,248 

Ceux  de  M.  Eauffmann,  receveur  des  deux 
fondations  (hôpital  et  prémissairie)  de  Rhin- 
au 1,200 

Les  versements  que  lui  a  faits  la  commune 
de  Hammerspach,  savoir  :  pour  droit  de 
protection  et  droit  de  poules. .     805    9    1 J 

Et  pour  100  rezeaux  d'à-  >     1,005    9    1 

voine 700 ) 

Le  produit  des  vins  vendus 4,950  14    4 

Le  canon  pour  la  ferme  du  débit  de  sel  en 
Alsace 21,600 

Le  produit  des  bois  vendus 85,618    5    6 

Le  versement  du  sieur  Scheck,  deRhinau, 
pour  la  ferme  de  Zilsheim 6,000 

Les  canons  des  étangs  de  la  faisanderie, 


A  reporter 448,019  14    6 


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LES  RETENUS  DE  L'ÉVÊOHâ  DE  STRASBOURG  275 

Livres         S.     D. 

Report,,.,.  448,019  14    5 
de  Greifenstein  et  des  pièces  du  canal  de 

Saverne 1,800 

Le  produit  des  greffes  et  des  concessions 
de  chasses 5,912 

Le  produit  du  droit  de  paulette 628 

Total  de  la  recette  de  l'exercice  1887 .    456,854  14    5 

A  quoi  il  faut  ajouter  le  reliquat  du  compte 
de  1786 63,199  13    2 

Ce  qui  porte  le  total  de  la  recette  génc^rale 
à 620,054    7     7 

Dépenses. 

n  porte  en  dépense  : 

Le  traitement  des  officiers  du  Cionseil  de 
la  régence  de  l'évêché 15,850 

Celui  des  officiers  de  la  Chambre  des 
comptes 8,820 

Celui  des  officiers  de  la  maîtrise  des  eaux 
et  forêts 8,400 

Celui  des  baillis 1,410 

La  gratification  accordée  à  M  Knepfler 
<  pour  le  travail  dans  les  affaires  alle- 
mandes » 400  —  — 

Les  rentes  constituées 22,056  19    8 

Les  frais  extraordinaires  de  la  chambre 
des  comptes 1,404 

Les  pensions  et  don  gratuit 25,498  16    8 

Les  appointements  des  sieurs  Pinot,  archi- 
tecte, et  Kolb,  géomètre 775 

Le  traitement  des  gentilshommes  attachés 
à  S.  Em.  le  cardinal  de  Rohan 4,500 

A  reporter 78,614  15  11 


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276  RBYUB  d'alsaCB 

LiTies         S.      B. 

Report 78,614  IB  H 

La  pension  de  Mgr  l'évêque  de  Dora 8,000 

Celle  de  Tabbé  d'Eymar,  vicaire  général..       2,260 

Celle  de  M.  de  la  Jonchère,  ancien  prési- 
dent du  Conseil  de  la  régence 5,000 

Celle  de  M.  Lefebvre,  ancien  directeur  de 

la  chambre  des  comptes 1,000 

Celle  de  M.  Alexandre  Dubois,  ancien  con- 
seiller à  la  régence 1,000 

Les  intérêts  des  capitaux  dus  par  révéché^  18,204    3    î 

Les  rentes  viagères  et  les  gratifications. .  S,19i  13    4 
Les  frais  de  la  capitainerie  et  inspection 

des  chasses 4,822 

Les  payements  faits  à  S.  Em.  le  cardinal 

de  Rohan 181,280 

Ceux  faite  à  M.  Duboc 145,000 

Ceux  faite  à  M,  Cerfber  » 15,800 

Les  frais  de  la  maison  de  S.  Em.  le  cardinal  8,914  16  — 

Ceux  de  la  conciergerie  de  Saveme 775    2    6 

Les  frais  du  blanchissage 280    1    6 

Ceux  de  la  conciergerie  du  palais  de  Stras- 
bourg   2,107  11  - 

Ceux  des  écuries 12,085  11    9 

Les  déboursés  pour  les  travaux  ordinaires  19,862  19    5 

A  reporter 454,188  15    7 

'  C'étaient  les  capitaux  emprantés  par  le  cardinal  de  Rohan  pour  la 
reconstruction  du  château  de  Saveme,  qui  avait  été  incendié  le  8  sep- 
tembre 1779. 

'  Le  cardinal  de  Rohan  avait  été  condamné  envers  le  sieur  Cerfber, 
banquier  à  Domblaine,  au  paiement  d'une  somme  de  270,804  livres 
3  sols  7  deniers,  par  sentence  rendue  au  Châtelet  de  Paris,  le  8  mai 
1787,  et  revêtue  d'un  arrêt  de  pariatis  du  Conseil  souverain  d'Alsace  du 
9  juin  suivant,  et  le  paiement  de  ladite  somme  devait  se  faire  des  reve- 
nus de  l'évêché  de  Strasbourg,  par  trimestre  de  15,000  livres,  par  soo 
receveur  général. 


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LES  REVENUS  DE  L'ÉYÊCHÉ  DE  STRASBOURG  277 

LiYre»         S.     D. 

Repart 484,188  15    7 

Ceux  pour  la  bfttisse  du  chftteau  de  Sa- 

yerne 15,104  15    5 

Ceux  pour  pierres  de  taille 4,924  19  — 

Les  payements  faits  aux  sculpteurs  et  archi- 
tectes   5,981     8  10 

Ceux  faits  pour  achat  de  matériaux 1,985 

Les  déboursés  pour  les  chasses 2,588    1    8 

Ceux  pour  les  aumônes 4,175    1  — 

Les  dépenses  diverses 7,259    6    2 

Celles  du  palais  de  Strasbourg. 761     5    6 

Celles  faites  en  Allemagne 8,008    1     7 

Le  remboursement  d'une  dette 600 

Les  payements  faits  à  compte  de  Texercice 

1788 880    6    8 

La  somme  retenue  par  le  sieur  Pettmesser, 
pour  remboursement  de  la  finance  de  l'office 
de  receveur  général  de  Tévêché,  et  la  grati- 
fication à  lui  accordée  par  le  cardinal  de 

Roban,  lors  de  sa  démission 14,187  10  — 

Total  de  la  dépense 519,994    5    6 

La  recette  s'élevant  à 520,054    7    7 

Défalcation  faite,  il  y  a  un  excédant  de 

recette  de 60    2    2 

Le  sieur  Nebel  succéda  au  sieur  Pettmesser  dans  les  fonc- 
tions de  receveur  général  de  Tévêché;  le  compte  qu'il  rendit 
de  l'exercice  1789  accuse  une  recette  de  .    587,502  16  8  V„ 

Et  une  dépense  de 457,588  17  8% 

Partant  un  excédant  de  recette  de *. . .      79,968  19  4  "/„ 

Telles  étaient  les  recettes  et  les  dépenses  de  la  principauté 
épiscopale  de  Strasbourg  dans  les  derniers  temps  de  son  exis- 

'  Archivée  du  Bas-Rhin,  L.  G.,  2,563. 


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278  RBVUB  d'alsaœ 

tence.  Les  prélèvements  que  faisaient  les  princes-évéques  de 
Strasbourg  sur  les  revenus  de  leur  évêcbé  constituaient  ce 
qu'on  peut  appeler  leur  liste  civile,  et  comme  ils  étaient 
insuffisants  pour  la  vie  somptueuse  qu'ils  étaient  habitués  à 
mener  à  l'ombre  du  trône  de  France,  ils  surent  faire  passer 
en  leur  possession  de  grasses  abbayes,  d'opulents  bénéfices  et 
des  sinécures  de  toute  sorte.  Le  dernier  cardinal-évêqne, 
Louis-René-Ëdouard,  prince  de  Roban-Guéméné,  ne  négligea 
pas  plus  que  ses  prédécesseurs  de  faire  valoir  par  tous  les 
moyens  Tinfluence  et  la  baute  position  de  sa  famille,  pour 
obtenir  des  honneurs,  des  dignités  et  des  richesses.  Il  sut  8e 
faire  nommer  grand-aumônier  de  France,  proviseur  de  Sor- 
bonne,  administrateur  de  l'hôpital  des  Quinze-Vingts  et  abbé 
de  Saint- Waast  ;  ce  dernier  bénéfice  ne  lui  valait  rien  moins 
que  trois  cent  mille  livres  de  rente.  Nul  prince  ecclésiastique 
ne  pouvait  se  glorifier  d'une  aussi  grande  richesse  en  terres 
et  en  objets,  ni  d'une  puissance  aussi  considérable  que  celle 
dont  il  jouissait. 

c  C'est  le  troisième  ou  même  le  quatrième  cardinal  du  nom 
de  Rohan,  dit  M"'  la  baronne  dOberkirch,*  qui  soit  évêque 
de  Strasbourg;  de  sorte  qu'il  regarde  un  peu  les  terres  de 
l'Eglise  comme  lui  appartenant  par  droit  d'héritage;  il  a  bftti 
et  arrangé  à  Saverne  une  des  plus  charmantes  résidences  da 
monde.  C'est  un  beau  prélat,  fort  peu  dévot,  fort  adonné  aux 
femmes,  plein  d'esprit  et  d'amabilité,  mais  d'une  faiblesse, 
d'une  crédulité  qu'il  a  expiées  bien  cher,  et  qui  a  coûté 
bien  des  larmes  à  notre  pauvre  reine  dans  la  misérable  his- 
toire du  Collier.  > 

A  la  Révolution,  les  nombreuses  propriétés  de  l'évêché 
furent  vendues  comme  biens  nationaux,  à  l'exception  des 
forêts,  qui  furent  déclarées  forêts  domaniales. 

Dagobert  Fischer. 
*  Mémoires,  t.  V%  p.  129. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE 


I.  Cathédrale  de  Strasbourg.  —  Projet  de  couronnement  à 
établir  sur  la  coupole  du  chœur.  —  Strasbourg,  imp.  de 
R.  Schultz  et  C'j  successeur  de  Berger-Levrault,  1875;  broch. 
în-8"  de  7  pages,  avec  6  planches  photographiques. 

Toutes  les  fois  qu'il  s'agit  de  travaux  de  nature  à  intéres- 
ser Teosemble  du  monument  au  point  de  vue  de  l'art  et  de 
rblstoire,  l'architecte  de  l'œuvre,  M.  Klotz,  ne  manque  pas  de 
faire  un  appel  franc  et  loyal  à  l'opinion  compétente  ou  seule- 
ment sentimentale.  Il  expose  la  question  ;  il  indique  le  pour 
et  le  contre;  en  un  mot,  il  ouvre  l'enquête  avant  de  proposer 
définitivement  la  solution  qui  aura  paru  la  meilleure.  C'est 
ce  qu'il  vient  de  faire  dans  l'opuscule  dont  le  titre  précède; 
et,  afin  de  mettre  le  public  en  mesure  de  se  prononcer,  il 
s'est  adjoint  le  concours  d'un  autre  artiste,  M.  Charles  Winter, 
qui  a  préparé  les  six  magnifiques  photographies  qui  accom- 
pagnent le  rapport  de  l'architecte,  afin  de  mettre  le  public 
intéressé  en  mesure  d'exprimer  son  jugement  en  pleine  con- 
naissance de  cause. 

Le  public  se  sera  sans  doute  déjà  prononcé  pour  la  mitre 
représentée  par  la  photographie  n""  5,  correspondant  mieux  que 
les  autres  aux  exigences  de  l'art  et  de  l'histoire. 

On  ne  peut  que  féliciter  M.  Klotz  et  M.  Winter  de  l'excel- 
lent procédé  qu'ils  viennent  de  mettre  en  œuvre. 

Bombardée  à  outrance  par  le  conquérant,  la  merveille 
alsacienne  n'a  que  plus  de  droits  encore  à  notre  attachement 
et  à  nos  égards. 


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380  REVUE  D'ALSACE 


IT.  Les  chroniques  d'Alsace.  —  Johan  Joner'ê  Notanda 
tàgliehe  Notizen  eines  Stettmeisters  von  Colmar  zur  Zeit  Lui- 
ung's  XIV  (1678-1705),  herausgegeben  von  Julien  Sée.  — 
Colmar,  imprimerie  de  J.-B.  Jung,  1878,  1  vol.  în-8*  de 
xi-124  pages. 

M.  Julien  Sée,  qui  a  quitté  TÂlsace  depuis  l'annexion,  avait 
le  projet  d'éditer  suixessivement  les  documente  inédits  con- 
cernant l'Alsace  qu'il  trouverait  oubliés  soit  dans  nos  dépôts 
publics,  soit  entre  les  mains  de  particuliers.  Quatre  fascicules 
ont  paru,  dont  les  deux  premiers  ont  été  signalés  par  la 
Reme.  Celui  dont  nous  venons  de  transcrire  le  titre  est  le 
n**  8  de  la  série.  Il  contient  les  notes  de  l'un  des  derniers 
stettmestres  de  la  ville  de  Colmar  après  la  réunion  de  l'Alsace 
à  la  France,  Ce  fascicule  est,  comme  le  dit  son  éditeur,  inté- 
ressant à  consulter  pour  l'étude  de  notre  situation  morale, 
politique  et  municipale  à  cette  époque. 


m.  Ambros  MvM&r'a  Stamm-  tmd  Z^Umch,  Hauschronih  eines 
Bûrgers  von  Colmar  zur  Zeit  Ludmgs  XIV  {1678-1708, 
herausgegeben  von  Julien  Sée.  —  Colmar,  imp.  de  J.-B.  Jung, 
1878,  1  vol.  in-8°  de  xv-74  pages. 

Ce  fascicule  est  le  n"*  4  des  documents  édités  par  M.  Sée. 
Le  mémorial  d'Ambroise  MuUer  offre  l'heureuse  coïncidence 
de  refléter  une  tendance  opposée  à  celle  qui  règne  dans  les 
notes  de  Joner  pour  la  même  époque.  Joner  appartenait  au 
culte  catholique,  tandis  que  MuUer  appartenait  au  culte  pro- 
testant. Cela  explique,  selon  l'éditeur,  la  divergence  qui  per- 
met de  se  faire  «  une  idée  assez  fidèle  de  notre  Hituation 
morale  dans  les  années  qui  suivirent  l'introduction  définitive 
du  régime  français  en  Alsace.  > 


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BULLETIN  BIBLIOaRAPHIQUE  281 


IV.  Jacobi  WifnpfeHngii  Germcmia  odRempublicamargenti- 
nensem.  —  Thomœ  Murneri  ad  Rempublkam  argmUnam 
Germania  fwwa.  —  Genève,  imprimerie  de  J.-6.  Fick,  1874, 
in'-4**  de  88  pages  non  numérotées. 

Le  Bibliographe  alsacien  publiait,  il  y  a  quelques  années, 
une  notice  qui  révélait  aux  amateurs,  nombreux  en  Alsace, 
un  alsatique  inconnu,  la  Germania  nova  de  Thomas  Mumer. 
D'après  l'auteur  de  la  notice,  Tédition  tout  entière,  si  nos 
souvenirs  sont  exacts,  avait  été  détruite,  et  il  essayait  de 
reconstituer  l'œuvre  par  la  voie  des  conjectures. 

Un  des  anciens  professeurs  de  notre  université  de  Stras- 
bourg, M.  Ch.  Schmidt,  a  eu  la  bonne  pensée  de  la  faire 
revivre  au  moyen  du  seul  exemplaire  connu  d'un  petit 
nombre  de  travailleurs,  et  de  la  faire  précéder  de  la  thèse 
contraire  soutenue  par  Wimpfeling. 

Ces  deux  opuscules,  imprimés  avec  des  caractères  con- 
formes à  ceux  des  premières  éditions,  par  les  soins  de  J.-6. 
Fick,  imprimeur  à  Genève,  forment  la  magnifique  et  précieuse 
plaquette  que  nous  signalons. 


y.  Der  Pftngsimontag  —  Le  Lundi  de  Pentecôte,  Lustpiel  in 
Strassburger  Mundart,  von  J.-C.-D.  Arnold  —  Nouvelle  édi- 
tion avec  une  préface  littéraire  et  historique  de  L.  Spach. 

C'est,  si  nous  ne  nous  trompons,  la  quatrième  édition  que 
Ton  donne  à  Strasbourg  de  l'œuvre  si  connue  et  si  estimée 
d'Arnold.  La  première,  illustrée  par  Théophile  Schuler,  est 
in-folio  et  à  côté  la  traduction  française  de  Michiels,  à  laquelle 
les  planches  de  l'édition  originale  ont  encore  servi;  une  édi- 
tion populaire  in-8''  a  précédé  l'édition  française,  et  celle  que 


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282  REVUB  d'alsaob 

nous  annonçons  a  été  faite  pour  donner  à  Tœuyre  du  maître 
le  cachet  classique  auquel  elle  a  des  droits. 

Le  volume  sort  des  presses  de  Schultz  et  G%  successeur  de 
Berger-Levrault.  Il  est  en  petit  in-4°  sur  beau  papier  chiné, 
avec  encadrements  en  rouge,  de  xxxiy-249  pages. 

Cette  édition  est  digne,  à  tous  égards,  de  la  réputation 
acquise  à  la  maison  Berger-Levrault  et  successeur. 


VI.  Nous  avons  encore  sous  la  main  quatre  fascicules  sortis 
des  presses  de  Schultz  et  G",  et  dont  la  matière  a  été  fournie 
par  Tadministration  actuelle  de  la  province;  ce  sont  : 

l"*  Le  recensement  de  la  popttkUion  des  communes  de  P  Alsace- 
Lorraine  classées  par  cantons  et  districts,  c'est-à-dire  confor- 
mément à  la  nouvelle  division  politique  de  nos  trois  anciens 
départements.  Ce  fascicule,  imprimé  sur  beau  papier,  genre 
officiel,  contient  128  pages  in-8°,  et  présente  comme  résultat 
général  du  recensement  une  population  de  1,517,494  habi- 
tants. 

2°  Un  supplément  à  cette  première  statistique,  traitant  de 
la  consistance  de  la  population  selon  Tétat  de  mariage,  de 
veuvage,  de  célibat,  etc.  Ce  supplément  se  compose  de  xrv-184 
pages. 

3^  La  statistique  territoriale  de  toutes  les  communes  pré- 
sentant la  consistance  en  champs,  prés,  vignes,  forêts,  vei^ers, 
maisons,  routes,  rivières,  etc.,  etc.  Ce  fascicule  se  compose 
de  xni-155  pages. 

4''  Le  résumé  d^  observations  hydrographiques  faites  sur 
le  Rhin  et  la  Moselle  en  Alsace-Lorraine  depuis  1807  à  1872 
inclusivement.  Ce  résumé,  dressé  par  H.  Grebenau,  se  com- 
pose de  69  pages  in-8'  et  de  11  planches  Indiquant  les  hau- 
teurs hydrographiques  à  toutes  les  époques  de  Tannée. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUB  283 

Ces  quatre  fascicules  sont  écrits  en  allemand,  mais  avec 
des  caractères  français.  L'impression  en  est  très  soignée.  On 
peut  se  les  procurer  chez  Schultz  et  G%  successeur  de  Berger- 
Levrault,  rue  des  Juifs,  à  Strasbourg,  et  dans  les  principales 
librairies  de  TAlsace-Lorraine. 


Vil.  Les  Ecorcheurs  sous  Charles  VIL  Episodes  de  l'histoire 
militaire  de  la  France  au  XV  siècle,  d'après  des  documents 
inédits,  par  A,  Tuetey,  archiviste  aux  Archives  nationales. 
Montbéliard,  imprimerie  de  Henri  Barbier,  i874,  2  vol.  in-8^ 
de  iv-422  et  565  pages.  Prix  :  15  francs. 

Ces  deux  volumes,  édités  sous  les  auspices  de  la  Société 
d'émulation  de  Montbéliard,  forment  un  travail  considérable 
et  important  pour  l'histoire  de  l'Alsace  et  de  la  Lorraine  pen- 
dant les  dernières  années  de  la  première  moitié  du  XV*  siècle. 
Le  premier  contient  le  récit  des  faits  et  gestes  des  ecorcheurs 
en  Bourgogne,  en  Lorraine  et  en  Alsace;  la  campagne  du 
Dauphin  contre  les  Suisses,  des  études  historiques  sur  la 
situation  militaire  de  la  France,  de  la  Suisse  et  de  l'Allemagne, 
sur  le  Dauphin  et  son  armée,  et  sur  tous  les  épisodes  qui 
ont  marqué  et  caractérisé  cette  expédition  dans  les  trois  pro- 
vinces de  Bourgogne,  de  Lorraine  et  d'Alsace,  ainsi  que  la 
bataille  de  Saint-Jacques  qui  en  a  été  la  fin.  En  entreprenant 
ce  long  travail,  M.  Tuetey  avait  moins  en  vue  de  rassembler 
ce  que  les  auteurs  ont  écrit  sur  cet  épisode  de  Thistoire  de 
France,  que  de  s'appuyer  sur  les  nombreux  documents  iné- 
dits, disséminés  dans  divers  dépôts  publics.  Après  avoir 
groupé  autour  des  matériaux  trouvés  aux  archives  nationales 
une  riche  moisson  faite  à  Dijon,  à  Nancy,  à  Strasbourg,  à 
Bftie,  à  Zurich  et  ailleurs,  M.  Tuetey  a  été  en  mesure  d'écrire 
le  récit  très  complet  des  causes  et  des  phases  de  cette  agres- 
sion qui  a  laissé  des  traces  malheureuses  dans  l'histoire  de 
nos  provinces  de  l'Est  jusqu'au  Rhin. 


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284  BEVUE  d'alsacb 

Le  second  volume  n'est  composé  que  des  pièces  justifica- 
tives à  Tappui  du  récit  que  le  premier  renferme. 

Telle  est  Tœuvre  de  M.  Tuetey,  œuvre  utile  et  précieuse 
entre  toutes  à  cause  du  caractère  sérieux  et  authentique  que 
Fauteur  n'a  pas  cessé  un  instant  de  lui  conserver. 

En  localisant  autant  que  possible  la  division  des  matériaux 
mis  en  œuvre,  notre  auteur  a  rendu  un  véritable  service  à 
notre  histoire  locale,  et  la  Société  d'émulation  de  Montbéliard 
mérite  les  félicitations  du  monde  des  sciences  historiques  en 
accordant  son  patronage  à  la  publication. 


YIII.  Bulletin  de  la  Société  dhistoire  naturelle  de  Cahnar, 
14*  et  15*  années,  1878  et  1874.  —  Golmar,imp.  de  G.  Decker, 
i  vol.  în-8''  de  558  pages. 

Le  travail  le  plus  important  de  ce  volume  est,  à  notre  avis, 
le  catalogue  de  la  bibliographie  scientifique  de  l'Alsace  dressé 
par  M.  le  docteur  Faudel,  secrétaire  de  la  Société.  En  volume, 
il  forme  plus  de  la  moitié  du  Bulletin  ;  il  en  remplit  en  efiet 
282  pages.  Une  pensée  excellente,  une  pensée  patriotique  a 
inspiré  Tauteur;  elle  se  dégage  nettement  de  l'introduction 
qu'il  a  placée  en  tête  de  son  minutieux  et  aride  inventaire. 
Le  monde  littéraire  de  la  province  en  demande  depuis  long- 
temps un  semblable  pour  les  publications  spéciales  qui  sont 
de  son  domaine;  on  Ta  jusqu'ici  à  peine  esquissé.  Le  monde 
scientifique  a  maintenant  le  sien,  et  c'est  M.  Faudel  qui  l'en 
a  doté.  Nous  l'en  félicitons. 

M.  Faudel  a  eu  la  bonne  intention  de  l'isoler  en  en  fiiisant 
faire  un  tirage  à  part  que  Ton  peut  se  procurer  en  librairie. 
Gela  était  nécessaire,  car  le  Bulletin  étant  destiné  aux  seuls 
membres  de  la  Société  d'histoire  naturelle,  le  catalogue,  qui 
est  un  instrument  de  travail,  peut  ainsi  être  mis  à  la  disposi- 


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BULLETIN  BtBUOOBAPHIQUB  285 

tion  de  tous  les  hommes  d'étude  ne  faisant  point  partie  de  la 
Société,  et  auxquels  il  peut  être  d'une  grande  utilité. 

Le  Bulletin  contient  ensuite  des  Etudes  historiques  sfwr  les 
naturatistes  dAkace^  par  M.  Ch.  Grad,  et  notamment  une 
notice  biographique  sur  Joseph  Kœchlin-Schlumberger,  ancien 
maire  de  Mulhouse,  fort  estimé  pour  ses  travaux  géologiques. 
M.  Henri  Lebert  a,  de  son  côté,  fourni  au  Bulletin  une  notice 
bi(^aphique  sur  le  chimiste  H.  Lœwel,  M.  Faudel  sur 
M.  Kampmann;  le  Bulletin  se  termine  par  un  supplément  au 
catalogue  des  lépidoptères  d'Alsace. 


IX.  Actes  de  la  Société  jurassienne  d'émulation,  réunie  à 
Bienne  le  16  septembre  1878;  24'"*  session.  —  Porren- 
truy,  împ.  de  V.  Michel,  1874,  1  vol.  in-8"  de  247  pages. 

Malgré  la  sil  nation  défavorable  aux  travaux  de  l'esprit 
dans  la  Suisse  française,  la  Société  d'émulation  poursuit  ses 
travaux  avec  une  persévérance  digne  des  meilleurs  éloges. 
En  jetant  un  coup  d'oeil  sur  les  actes  de  cette  Société,  on  ne 
peut  s'empêcher  de  s'associer  aux  encouragements  que  lui 
donnait  un  homme  impartial  et  non  prévenu  qui  visitait 
naguère  sa  bibliothèque  :  «  Bravo,  courage  et  persévérance.  > 

Le  volume  que  nous  signalons,  ne  le  cède  en  rien  à  ceux 
qui  l'ont  précédé.  On  y  trouve  des  travaux  variés  et  non 
moins  intéressants  les  uns  que  les  autres  sur  les  diverses 
branches  des  connaissances  humaines.  M.  Aug.  Quiquerez  lui 
cfQ  a  fourni  un  certain  nombre  que  les  lecteurs  de  la  Revue 
liront  toujours  avec  autant  de  fruit  que  de  plaisir. 


X.  Curiosités  de  voyages  en  Alsace,  tirées  d'auteurs  français 
allemands,  suisses  et  anglais,  depuis  le  XYP  jusqu'au 
XIX*  siècle,  et  annotées  par  Auguste  Stgbbsr.  —  Mulhouse, 


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286  BEVUE  D*ALSACB 

imp.  de  Risler,  Kœnig  successeur,  1874,    1    vol.  in-8*  de 
vin-877  pages.  —  Colmar,  E.  Barlh,  libraire.  Prix  :  8  fr.  60. 

Le  titre  indique  ce  que  le  recueil  contient.  Nous  nous  bor- 
nerons à  dire  que  M.  Stœber  a  mis  dans  la  recherche  et  le 
choix  des  matières  Tamour  qui  le  guide  dans  ses  travaux  et 
l'éclectisme  qui  caractérise  son  patriotisme.  Les  lecteurs  alsa- 
ciens et  les  lecteurs  français  lui  sauront  gré  d'avoir  réuni 
dans  ce  premier  volume  une  partie  des  nombreux  documents 
perdus  ou  disséminés  dans  d'autres  publications,  et  que  l'on 
pourra  désormais  consulter  avec  fruit  pour  l'étude  de  notre 
histoire  locale. 

Nous  ne  pouvons  que  l'encourager  à  poursuivre  l'œuvre 
qu'il  a  si  heureusement  commencée. 


XL  Bibliographie  alsadenm,  1873,  S"*  série.  —  Histoire 
contemporaine,  littérature,  nécrologie,  variétés  curieuses,  par 
P.  RiSTELHUBER.  —  Lausauue,  imp.  G.  Bridel,  1874.  —  Stras- 
bourg, chez  J.  Noiriel,  libraire.  Prix  :  8  fr.  50. 

Les  lecteurs  de  la  Revue  connaissent  la  publication  biblio- 
graphique et  littéraire  de  M.  Paul  Ristelhuber.  Elle  résume 
ce  que  l'auteur  appelle  les  faits  importants  de  l'année. 

Le  volume  de  1874  se  fait  surtout  remarquer  par  sa  dédi- 
cace à  M.  Edouard  Teutsch,  député  de  Tarrondissement  de 
Saveme  au  Reichstag  de  Berlin. 

Sa  partie  bibliographique  remplit  les  conditions  voulues; 
sa  partie  littéraire,  toujours  fort  intéressante,  a  valu  à  l'auteur 
une  condamnation  à  quatre  mois  de  forteresse,  qu'il  subit  au 
moment  où  nous  écrivons,  mais  qui  est  sur  le  point  d'expirer. 


XIL  Oeschichte  der  Stadt  Zabem  —  Histoire  de  la  ville  de 
Saverne  depuis  sa  fondation  jusqu'à  nos  jours,  écrite  d'après 


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BULLETIN  BIBLIOaRAPHIQUE  287 

les  sources  par  Dagobert  Fischer.  —  Saverne,  chez  H.  Fuchs, 
1874,  1  vol.  in-8'  de  vn-248  pages,  avec  une  vue  de  la  ville 
et  les  sceaux  de  Fancienne  cité. 

S'occupant  depuis  de  longues  années  de  l'histoire  de  sa 
ville  natale,  M.  Fischer  avait  communiqué  à  la  feuille  d'an- 
nonces de  la  localité  de  nombreux  chapitres,  qui  avaient  fini 
par  constituer  un  premier  livre  portant  le  même  titre  que 
celui  que  nous  signalons.  Mais  beaucoup  de  parties  intéres- 
santes n'avaient  pu  entrer  dans  le  volume  précédent,  et  c'est 
pour  combler  les  lacunes  que  le  volume  dont  nous  nous  occu- 
pons, a  été  imprimé  à  Lahr  à  la  façon  allemande ,  c'est-à- 
dire  compacte  et  à  justification  disgracieuse. 

Cette  remarque  ne  saurait  toucher  l'auteur,  car  en  pro- 
vince c'est  la  loi  de  l'éditeur  qui  prévaut^  surtout  quand  on  a 
aftaire  à  l'éditeur  allemand. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'on  doit  savoir  gré  à  M.  Fischer  de 
n'avoir  pas  reculé  devant  cet  inconvénient,  car  notre  littéra- 
ture alsacienne  est  enrichie  d'une  bonne  histoire  particulière 
de  la  ville  de  Saverne. 


Xm.  De  rarganisatbn  judiciaire  et  de  la  législalûm  éPAhaee 
avant  1789^  par  M.  Jules  Kruq-Basse,  docteur  en  droit,  pré- 
sident du  tribunal  civil  de  Bergerac.  —  Paris,  imp.  Arnous 
de  Rivière  et  C*,  1874,  brochure  in-8°  de  20  pages. 

C'est  dans  cet  étroit  espace  que  l'auteur  a  condensé  des 
notions  générales  sur  les  diverses  institutions  judiciaires  qui 
existaient  en  Alsace  dans  les  premiers  temps  de  la  réunion 
de  cette  province  à  la  France.  L'opuscule  est  un  extrait  de  la 
Rmme  critique  de  législation  et  de  jurisprudence. 


XIV.  CuUure  du  houblon. — Moyens  d'augmenter  son  rende- 
ment, par  Eugène  Perrin,  ingénieur  diplômé  de  l'Ecole  des 


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288  RBVUE  D'ALSACE 

mines,  etc.,  etc.,  avec  3  planches  lithographiées.  —  Strasbourg, 
imp.  R.  Schuitz  et  C*,  1874,  brochure  in-12  de  107  pages. 
Prix  :  2  fr.  50. 

Système  de  palissage  pour  le  fmiàlon,  imaginé  par  le  même. 
—  Strasbourg,  même  imprimerie,  1874,  livret  in-12  de 
24  pages.  Prix  :  50  centimes. 

Ces  deux  brochures  spéciales  ont  été  imprimées  à  Tocca- 
sion  de  l'exposition  agricole  organisée  à  Haguenau  Tan  der- 
nier. 

TIRAGES  A  PART  : 

XV.  De  la  Revue  d'Alsace.  1**  Noii4^  sur  Sébasiim  Brant, 
par  Ch.  Schmidt,  in-8**  de  156  pages; 

2**  Pierre  Mayno,  notice  biographique,  par  Et.  Baath,  in-8' 
de  47  pages,  avec  un  portrait; 

8°  Notice  historique  sur  MmiswiUer  (le  vittage  et  le  pèleri- 
nage) et  Zomhoff,  par  Dag.  Fischer,  in-8*  de  46  pages; 

4"*  Description  des  drapeaux  et  étendards  des  régimmts 
fra/nçais  des  anciennes  provinces  d'Alsace,  de  Franche-Comté 
et  de  Lorraine,  par  Arth.  Benoit,  in-8*  de  20  pages; 

6°  Petite  chronique  alsacienne^  16004748,  par  le  même, 
in-8*  de  16  pages; 

6''  Etude  sur  les  monnaies  alsaciennes  du  cabinet  de  France, 
par  Arth.  Engel,  in -8°  de  81  pages  avec  une  planche; 

T  Chronique  du  serrurier  Dominique  Schmutz,  de  Colmar, 
nu  à  1800,  par  J.  Liblin,  în-8"  de  181  pages. 

XYI.  Du  Bulletin  de  la  Société  industrielle  de  Mul- 
house. —  Note  sur  le  Musée  historique  du  Vieux-Mulhouse, 
par  M.  Engel-Dollfus,  in-8°  de  11  pages. 

Frédéric  Kurtz. 


Kmllunu*.  —  Imprimerie  Venvo  Bader  Jb  de. 


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LA  DISSOLUTION 


DE 


L'ORDRE  DES  JÉSUITES 

EN  ALSACE 


ÉTUDE    HISTORIQUE 


Incorruptam  fidem  professis,  née  amore 
quisquam,  et  sine  odio  dicendua  est. 

Taciti,  Histor.,  lib.  1.  cap.  1. 


L'arrêt  du  Parlement  de  Paris  du  6  août  1762  qui  ordon- 
nait la  dissolution  de  la  Société  des  Jésuites  et  la  fermeture 
de  toutes  les  maisons  de  Tordre,  rencontra  de  la  résistance 
auprès  de  quelques  Parlements  du  royaume,  qui,  considérant 
cette  mesure  comme  inique,  se  prononcèrent  hautement  en 
faveur  de  la  remuante  corporation.  Au  Conseil  souverain  d'Al- 
sace, le  premier  président,  M.  Christophe  de  Elinglin,  était  en 
désaccord  radical  avec  sa  compagnie.^  Il  était,  lui,  fort  sym- 
pathique aux  Jésuites,  et  le  Conseil  souverain,  quoiqu'il  fût 
loin  de  partager  cet  engouement,  plia  sous  ses  volontés  et 
refusa  de  s'associer  à  la  mesure  du  Parlement  de  Paris.  Mais 

*  MM  PiLLOT  ET  DE  Netrekand,  Histoire  du  Conseil  souverain  d*Al- 
sou,  p.  385. 

4*»  Année  Nourelle  Série.  19 


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290  RBVXJB  D'ALSACE 

lorsque  vint  l'édil  du  roi  Louis  XV  du  mois  de  novembre 
1764,  qui  prononçait  l'extinction  de  la  Société  de  Jésus,  même 
dans  le  ressort  des  Parlements  qui  s'étaient  ouvertement  pro- 
noncés en  sa  faveur,  toute  résistance  s'évanouit.  Le  Gon^l 
souverain  d'Alsace  s'inclina  devant  la  volonté  du  roi,  et  enre- 
gistra le  15  décembre  1764  cet  édit,  qui  sanctionnait  tous  les 
arrêts  de  proscription  prononcés  contre  la  célèbre  Société. 

Le  surlendemain  de  cet  enregistrement,  le  Parlement  alsa- 
cien, toutes  les  chambres  assemblées,  rendit  sur  le  réquisitoire 
de  M.  Neef,  procureur  général,  un  arrêt  solennel  par  lequel 
il  s'associa  à  toutes  les  mesures  prises  contre  les  jésuites.  Il 
ordonna  qu'il  serait  dressé  par  des  commissaires  du  Conseil 
nommés  à  cet  effet,  des  états  exacts  de  tous  les  prêtres,  des 
écoliers  et  de  toutes  les  autres  personnes  qui  se  trouvaient 
dans  les  collèges  et  les  prieurés  d'Alsace,  et  que  ces  Etats 
renfermeraient  les  noms  des  religieux,  leurs  surnoms,  leur 
âge,  le  lieu  de  leur  naissance,  l'époque  de  leur  entrée  dans 
la  Société,  la  nature  des  vœux  faits  par  eux,  les  fonctions  et 
les  grades  qu'ils  remplissaient  dans  la  Société  ou  dans  la 
maison,  la  distinction  du  profès  du  troisième  vœu  et  du  profës 
du  quatrième  vœu,  celle  des  coadjuteurs  spirituels  ou  tem- 
porels, le  nom  de  la  province  où  ils  avaient  été  reçus  et  l'é- 
poque où  ils  avaient  été  reçus,  et  l'époque  où  ils  avaient  été 
admis  dans  les  collèges  ou  les  maisons  situés  dans  le  ressort 
du  Conseil. 

Il  ordonna  en  outre  que  chacun  des  commissaires  dresserait 
un  inventaire  des  titres  de  fondation  des  collèges,  des  sémi- 
naires et  des  maisons  situés  dans  la  province,  ainsi  que  de  tous 
les  biens  meubles  et  immeubles  appartenant  à  quel  titre  que 
ce  fût  à  ladite  Société  dans  chacune  de  ses  maisons,  que 
chaque  inventaire  contiendrait  la  distinction  des  biens  de 
fondation  et  de  dotation  de  ceux  qui  avaient  été  acquis,  comme 
aussi  la  qualité  des  bénèûces  qui  avaient  été  unis  ou  incor- 
porés auxdites  maisons,  ainsi  que  l'état  des  revenus  desdits 


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DISSOLUTION  DB  L'OBDBB  DBS  JÉSUITES  291 

biens  et  celui  des  dettes  actives  et  passives  soit  exigibles,  soit 
constituées. 

Le  Conseil  a  encore  ordonné  qu'il  serait  fait  inventaire  de 
tous  les  vases  et  ornements  sacrés,  ainsi  que  du  linge,  qui  se 
trouveraient  dans  les  chapelles  tant  intérieures  qu'extérieures, 
et  qui  serviraient  aux  congrégrations  et  aux  confréries  de 
Tordre,  qu'inventaire  serait  également  fait  des  bibliothèques 
et  des  meubles  meublants  qui  existeraient  dans  lesdites 
maisons,  que  lesdits  inventaires  et  procès-verbaux  seraient 
dressés  en  présence  des  recteurs,  chanceliers,  directeurs,  supé- 
rieurs et  procureurs  des  divers  établissements,  que  chacun 
d'eux  serait  tenu  d'en  affirmer  la  fidélité,  et  qu'il  serait  encore 
tenu  d'affirmer  par  serment  de  n'avoir  détourné,  aliéné,  recelé 
directement  ni  indirectement,  aucuns  titres,  papiers,  docu- 
ments, biens  et  meubles,  et  de  signer  sa  déclaration,  que  tous 
les  titres,  meubles  et  effets  seraient  laissés  aux  recteurs  et 
aux  supérieurs  des  divers  établissements,  à  charge  par  eux 
de  s'en  charger  et  de  les  représenter  toutes  fois  et  quantes 
fois  ils  en  seraient  requis. 

De  plus  il  fut  ordonné  que  les  jésuites  continueraient  à 
jouir  librement  jusqu'au  1"  octobre  de  l'année  1768  de  tous 
leurs  biens  généralement  quelconques  comme  du  passé,  à 
charge  par  les  recteurs  et  supérieurs,  procureurs  et  autres 
économes  de  leurs  établissements,  de  tenir  des  états  exacts 
et  détaillés  de  leurs  recettes  et  dépenses  et  d'affirmer  ces  états 
sincères  et  véritables,  quand  ils  en  seraient  requis. 

Le  Conseil  fit  ensuite  défense  aux  jésuites  de  faire  rentrer 
1^  deniers  et  capitaux  portés  par  les  constitutions  de  rente, 
obligations  ou  tels  autres  contrats  que  ce  pût  être,  comme 
aussi  de  percevoir  aucuns  cens,  canons  et  autres  redevances 
avant  leur  échéance. 

Il  a  encore  fait  inhibition  et  défense  à  toutes  personnes 
d'acheter,  de  vendre  ou  de  receler  directement  ou  indirecte- 


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2d2  RBVUB  d'alsaoe 

ment  aucuns  effets  appartenant  à  la  dite  Société,  soit  à  titre 
de  dépôt  ou  autrement.  * 

Les  commissaires  nommés  par  le  souverain  pour  procéder 
aux  opérations  ordonnées  par  son  arrêt  du  17  décembre 
1764  furent: 

1**  M.  Henri-Charles  Poirot,  conseiller  doyen,  pour  le  collège 
d'Ensisheim  et  ses  dépendances. 

2**  M.  Joseph-Antoine -Jean-Chrysostome-François-Xavîer 
Muller,  conseiller,  pour  les  collèges  de  Schlestadt,  de  RoufFach 
et  de  Golmar. 

8**  M.  François-Joseph  Bourste,  conseiller,  pour  le  collège  de 
Strasbourg  et  ses  dépendances. 

4°  M.  Valentin-Michel-Ântoine  Holdt,  conseiller,  pour  les 
collèges  de  Molsheim  et  de  Haguenau. 

5°  Et  M.  André-Simèon  Duconte,  conseiller,  pour  les  prieu- 
rés de  Saint-Morand  et  d'Œlenberg. 

A  peine  cet  arrêt  était-il  signifié  à  chacun  des  collèges  ou 
maisons  de  la  province,  qu'une  brochure  microscopique  qui 
sortait  d'une  imprimerie  clandestine  et  qui  se  distribuait 
secrètement  dans  le  ressort  du  Conseil  souverain,  fut  saisie 
par  la  police;  elle  était  de  la  teneur  suivante: 

DISCOURS  DE  M.  DE  BOUG^  CONSEILLER  COMMISSAIRE  DU  CONSEIL  SOUVERAIN 
D'ALSACE  AUX  JÉSUITES  DE  STRASBOURG,  LE  VINGT- NEUF  DÉCEMBRE  MIL  SEPT 
CENT  SOIXANTE-QUATRE. 

Mes  Révérends  Pères. 

Député  du  conseil  souverain  de  cette  province,  je  viens  vous  annoncer 
ses  dispositions  sur  TEdit  registre  le  15  de  ce  mois.  L'exemple  des  autres 
Parlements  n'a  fait  sur  luy  aucune  impression,  il  a  donné  des  preuves 
éclatantes  de  son  zèle  pour  une  compagnie  aussi  célèbre  aujourd'huy  |nr 
ses  malheurs,  que  par  les  services  importants  qu'elle  a  rendus  au  public 

^  Recueil  factice  des  ordonnances  d'Alsace,  omises  dans  le  recueil  pu- 
blié en  1775  par  M.  de  Boug,  T,  III.  N*  107.  (Bibliothèque  de  runivei^ 
site  de  Strasbourg.) 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  2&3 

et  à  la  Religion,  il  lui  continuerait  encore  sa  protection  s'il  ne  pouvait 
G(M)sulier  que  son  inclination  pour  elle  et  la  haute  estime  qu'il  a  de  ses 
mérites  ;  mais  le  Roy  a  parlé  et  les  Magistrats  dépositaires  de  son  autorité 
ont  été  obligés  d'obéir. 

Je  m'apperçois,  mes  Révérends  Pères,  que  je  renouvelle  votre  douleur, 
je  me  hâte  de  vous  annoncer  les  honorables  intentions  de  la  cour  et  de 
vous  assurer  de  sa  part  qu'elle  tâchera,  sinon  de  vous  faire  oublier,  du 
moins  d'adoucir  vos  maux. 

Vous  êtes  de  vrays  et  parfaits  Religieux,  vous  scavez  à  quelle  source  il 
laul  puiser  les  motifs  de  consolation  et  de  patience,  la  divine  Providence, 
qui  conserve  encore  cette  compagnie  dans  différentes  parties  de  l'Europe, 
scaura  la  rétablir  en  France  aux  temps  marqués  dans  ses  décrets  étemels. 
Je  sens.  Mes  Pères,  combien  mon  ministère  est  triste  et  pénible,  je 
tâcherai  dans  le  cours  de  mes  fonctions  de  vous  marquer  ma  profonde 
vénération  pour  votre  illustre  compagnie  et  l'estime  dont  je  suis  pénétré 
pour  tous  les  membres  qui  la  composent 

J'espère  que  vous  me  fournirez  les  connaissances  nécessaires  pour  rem- 
plir les  devoirs  de  ma  commission.  Vous  ne  démentirez  pas  cette  candeur, 
cette  bonne  foy,  cette  probité  que  vous  avez  tant  de  fois  enseignées  par 
vos  leçons  et  vos  exemples;  C'est  surtout  aux  Révérends  Pères  Recteur, 
Directeur,  Chancelier  et  Procureur  que  je  m'adresse.  * 

Ce  discours  portait  en  tête  le  nom  d'un  magistrat  qui  ne 
pouvait  pas  en  être  Fauteur,  car  il  était  constant  que  M.  de 
BoQg  se  trouvait  depuis  le  mois  de  septembre  dernier  à  la 
Cour  de  Versailles,  qu'il  n'avait  pas  été  nommé  commissaire 
pour  faire  l'inventaire  au  collège  de  Strasbourg,  et  que  cet 
inventaire  avait  été  régulièrement  dressé  par  le  commissaire 
délégué  à  cet  effet  ;  et  comme  Tauteur  du  discours  semblait 
fronder  l'édit  du  roi  du  mois  de  novembre  concernant  la  Société 
des  Jésuites,  qu'il  faisait  même  entrevoir  un  certain  désir  de 
voir  dans  la  suite  rétablir  en  France  une  Société  qui  venait 
d'être  proscrite,  et  qu'il  témoignait  un  regret  d'avoir  été 
obligé  d'obéir  à  la  volonté  du  roi,  le  procureur  général  déféra 
l'imprimé  en  question  au  Conseil  souverain,  où  il  conclut  à  sa 

'  Même  recueil,  t.  III.  n*  106. 


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294  BEVUB  d'alsacb 

suppression;  un  arrêt  du  Conseil,  rendu  le  81  mars  1766, 
toutes  les  chambres  assemblées,  ordonna  que  l'imprimé  dont 
il  s'agit  serait  et  demeurerait  supprimé,  il  fit  défense  à  tous 
libraires  et  colporteurs  de  vendre,  débiter  ou  autrement  dis- 
tribuer ledit  imprimé  ni  aucun  autre  semblable. 

Selon  une  copie  manuscrite  de  ce  discours,  conservée  aux 
archives  de  la  ville  de  Strasbourg  \  M.  Bourste,  conmiissaire 
du  Conseil  souverain  d'Alsace  pour  Texécution  de  l'édit  qui 
ordonnait  la  suppression  de  l'ordre  des  Jésuites,  en  serait 
l'auteur;  il  l'aurait  prononcé  aux  Jésuites  de  Strasbourg  le  24 
décembre  1764. 

Après  que  Tagitation  produite  par  la  publication  de  ce  pam- 
phlet se  fût  calmée,  les  coounissaires  délégués  par  le  Conseil 
souverain  achevèrent  les  inventaires  des  meubles  et  immeu- 
bles, des  vases  et  ornements  sacrés,  et  de  tous  les  objets  que 
possédaient  les  divers  établissements  des  Jésuites,  situés  en 
Alsace,  ainsi  que  des  titres  de  fondation  et  de  dotation  de  ces 
maisons,  et  dressèrent  l'état  exact  et  détaillé  des  revenus  de 
chaque  établissement,  ainsi  que  celui  des  Pères  et  des  Frères 
qui  s'y  trouvaient. 

L'édit  du  roi  Louis  XY,  qui  ordonnait  la  dissolution  des 
Jésuites  en  France  et  la  fermeture  de  leurs  maisons,  ne  sévit 
point  contre  les  membres  pris  individuellement;  il  leur  permit 
de  vivre  en  particuliers  sous  l'autorité  spirituelle  des  Ordi- 
naires en  se  conformant  aux  lois  du  royaume  et  en  se  com- 
portant en  toutes  choses  comme  de  bons  et  de  fidèles  sujets. 
Le  gouvernement  leur  accorda  même  des  pensions  viagères 

^  Liasse  sans  numéro  renfermant  les  documents  relatifs  aux  Jésuites. 
M.  François-Joseph  Bourste,  qui  avait  été  reçu  en  1746  au  Conseil  souve- 
rain d'Alsace,  fut  mis  à  la  retraite  en  1771  il  était  à  peine  âgé  de  54  ans. 
Le  cardinal  Louis-Constantin  de  Rohan  évêque  de  Strasbourg,  le  dédom- 
magea amplement  de  la  perte  de  sa  charge,  en  le  nommant  vice-dome 
président  du  Conseil  de  la  régence  de  l'évêché  et  Oberschultheiss  de 
Saverne.  M.  Bourste  mourut  en  cette  ville  le  7  août  1777,  à  l'âge  de 
60  ans  et  fut  enterré  au  cimetière  des  récollets. 


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DISSOLUTION  DE  L'OBDHB  DES  JÉSUITES  205 

sur  les  biens  de  la  Compagnie,  et  les  admit  aux  fonctions  de 
llJniTersité  et  du  clergé  séculier.  Le  maximum  de  la  pension 
du  jésuite  prêtre  fut  fixé  à  la  somme  de  400  livres,  les  frèf es 
laïcs  reçurent  aussi  des  pensions  viagères  dont  le  montant  ne 
pouvait  excéder  la  somme  de  200  livres.  Ainsi  les  Jésuites 
pouvaient  vivre  sous  l'empire  des  lois,  comme  sujets  fidèles  et 
simples  citoyens,  et  il  leur  était  interdit  de  se  mêler  en  rien 
de  l'éducation  publique,  c'est-à-dire,  d'avoir  des  collèges  comme 
corps,  mais  non  pas  d'être  individuellement  maître  ou  pro- 
fesseur dans  un  Collège.  Un  Jésuite  pouvait,  comme  tout  autre 
homme,  être  appelé  à  ces  fonctions  dans  un  collège  par  les 
chefe  de  l'Université,  ou  dans  un  petit  séminaire  par  l'évêque. 
Les  personnes  qui  applaudissaient  à  la  suppression  de  la 
Gompngnie  de  Jésus,  ne  pouvaient  s'empêcher  de  s'apitoyer  sur 
le  sort  des  particuliers,  sur  la  misère  de  tant  d'hommes 
recommandables  par  leur  flge,  leur  savoir,  leurs  services,  et 
frappés  d'une  manière  aussi  terrible  qu'inopinée. 

Gomme  les  collèges,  qui  étaient  tenus  en  Alsace  par  les 
membres  de  la  Société  de  Jésus,  pouvaient  éprouver  quelque 
embarras  par  l'exécution  de  l'édit  de  suppression,  le  roi  écri- 
vit le  28  décembre  1764  au  cardinal  Louis-Constantin  de 
Rohan,  qu'il  était  nécessaire  de  prolonger  à  l'égard  de  l'Alsace 
le  terme  de  l'exécution  dudit  édit  jusqu'au  mois  d'octobre  de 
Tannée  prochaine. 


Maison  de  Strasbourg. 

En  1688,  l'évêque  Guillaume-Egon  de  FOrstenberg,  qui 
venait  de  remplacer  son  frère  François-Egon  sur  le  siège  épis- 
copal  de  Strasbourg,  fonda  dans  cette  ville  un  séminaire  qu'il 
établit  avec  le  consentement  du  grand-chapitre  dans  l'ancien 
hôtel  du  Bruderhof,  situé  derrière  la  cathédrale,  et  il  en  confia 
l'enseignement  aux  Jésuites  français  de  la  province  deCham- 


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296  BEVUB  d'alsaob 

pagne,  dont  le  zèle  et  Taptitade  lui  étaient  connus.  Le  traité, 
qu'il  fit  le  6  juillet  1688.  avec  le  R.  P.  Jean  Dez,  recteur  du 
collège  de  Sedan,  fut  confirmé  par  lettres  patentes  du  roi 
Louis  XIY,  du  mois  de  septembre  suivant.  ^ 

En  1685,  Louis  XIY  fonda  à  Strasbourg  un  collée  qu'il 
remit  aussi  entre  les  mains  de  la  Compagnie  de  Jésua  Pour 
augmenter  la  dotation  du  séminaire  et  du  collège,  le  roi  leur 
fit  don  en  1687  des  biens  de  l'abbaye  de  Sainte- Walburge 
dans  la  forêt  de  Haguenau,  et  en  1692  il  y  ajouta  une  partie 
des  biens  de  lancienne  abbaye  de  Seitz.  Il  transféra  par  lettres 
patentes  du  mois  de  novembre  1701  l'université  de  Molsheim 
dans  la  ville  de  Strasbourg  pour  y  être  unie  au  collège  royal 
des  Jésuites;  cette  translation,  confirmée  par  de  nouvelles 
lettres  patentes  du  mois  de  février  1702,  eut  lieu  le  20  juin 
suivant  ;  elle  ne  porta  aucune  atteinte  au  collège  èpiscopal  de 
Molsheim,  qui  continua  à  subsister  en  son  entier.  ' 

Le  «x)llége  des  Jésuites  était  contigu  à  la  cathédrale,  et  élevé 
sur  l'emplacement  de  plusieurs  maisons  canoniales  du  grand- 
chapitre  et  de  quelques  maisons  qu'ils  avaient  achetées  suc- 
cessivement. Il  fut  reconstruit  en  1756,  et  occupe,  outre  rem- 
placement de  ces  maisons  de  chanoin&s,  celui  de  Thôtellerie 
du  Thiergarten  (parc),  où  l'on  dit  que  Gutenberg  a  fait  ses 
premiers  essais  de  l'imprimerie  et  où  ont  logé  Enée  Silvius, 
qui  ceignit  plus  tard  la  tiare  sous  le  nom  de  Pie  II,  et  Louis 
XIV.  Il  a  conservé  sa  destination  primitive. 

L'ancien  Bruderhof,  où  était  établi  le  séminaire  èpiscopal, 
était  attenant  au  collège  et  masquait  avec  lui  le  chœur  de  la 
cathédrale;  il  fut  remplacé  en  1769  par  un  bâtiment  massif, 
qui  fut  changé  pendant  la  Révolution  en  une  prison,  où  ont 
été  détenues  des  milliers  de  personnes.  Plus  tard,  on  y  plaça 


'  Archives  Communales  de  Strasbourg,  liasse  citée, 
•  Grandidirr,  Œuvres  historiques  inédites,  t.  VI,  p.  88,  et  Ordon- 
nances d'Alsace,  t.  I,  p.  331. 


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DIB80LUTI0K  DB  L'OBDRB  DES  JÉSUITES  397 

les  Facaltés  et  le  Muséum;  en  <833  il  a  été  rendu  à  sa 
destination  primitive. 

Dès  leur  arrivée  à  Strasbourg,  les  Jésuites  eurent  des  dif- 
ficultés avec  le  Magistrat.  M.  GQntzer  ^  syndic  du  roi,  en 
informa  Louvois,  le  puissant  ministre  de  Louis  XIV,  qui  lui 

fit  la  réponse  suivante  : 

A  Versailles,  ce  27  octobre  1683. 

J^ay  receu  vostre  lettre  du  22  de  ce  mois  qui  ne  désire  de  réponse  que 
pour  vous  dire  que  Fintention  du  roy  n'est  point  que  les  Pères  Jésuites  de 
Strasboui^  jouissent  d'aucune  exemption  des  droits  que  payent  les  habi- 
tants et  qu'ainsy  vous  ne  devez  point  appréhender  qu'ils  obtiennent  rien 

de  ce  qu'ils  prétendent  à  cet  égard. 

De  Louvois. 

Les  Jésuites  ne  se  tinrent  pas  pour  battus,  et  avant  que 
cinq  années  se  fussent  écoulées,  ils  obtinrent,  à  force  de  solli- 
citations, Texeinption  de  tous  les  droits  auxquels  les  habitants 
de  la  ville  étaient  assujettis.  Le  syndic  Gûntzer  en  fut  informé 
par  la  lettre  suivante  que  lui  écrivit  M.  de  Louvois  le  23  mai 
1688. 

Je  vous  prie  d'expliquer  au  magistrat,  que  Tintention  du  Roy  est  que 
les  Jésuites  de  Strasbourg  soient  exempts  de  payer  aucuns  droits  appar- 
tenants à  la  dite  ville,  leur  collège  ayant  été  fondé  par  sa  majesté,  à  quoy 

elle  vous  recommande  de  tenir  la  main. 

De  Louvois. 

Cette  lettre  fit  cesser  toute  discussion,  et  les  Jésuites  se 
virent  affranchis  des  nombreux  droits  que  payaient  les  habi- 
tants de  Strasbourg. 

Le  nombre  des  Jésuites  chargés  de  la  direction  du  Sémi- 
naire se  composait  dans  le  principe  de  14 Pères,  savoir:  du 

*  M.  Gûntzer  a  joué  un  rôle  très  actif  dans  les  négociations  et  intrigues 
secrètes,  concernant  la  réunion  de  Strasbourg  à  la  France;  il  a  été  nommé 
par  le  roi,  le  9  novembre  1681  son  syndic  et  directeur  de  la  chancellerie 
de  Strasbourg  ;  il  abjura  le  protestantisme  et  reçut  pour  sa  conversion, 
en  sas  de  sa  charge,  une  pension  sur  le  Trésor  royal. 


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296  BEVUE  D' ALSACE 

directeur,  du  procureur,  de  deux  prédicateurs,  de  quatre  pro- 
fesseurs de  théologie,  de  deux  professeurs  de  philosophie,  de 
deux  ouvriers  spirituels  et  de  deux  missionnaires,  et  enfin  de 
deux  frères  laïcs  ;  et  après  que  le  collège  fondé  par  Louis  XIV 
lui  eut  été  incorporé,  le  personnel  des  Pères  s'augmenta  de 
quatre  professeurs  de  droit  canon,  de  quatre  professeurs  de 
mathématiques  et  de  quatre  professeurs  des  langues  française 
et  allemande  ;  le  roi  affecta  une  pension  annuelle  de  quatre 
mille  livres  à  l'entretien  de  ces  douze  professeurs.  * 

Le  collège  royal  de  Strasbourg  était  un  établissement  avan- 
tageux non-seulement  à  cette  ville,  mais  à  toute  la  province. 
Louis  XIV  l'avait  enrichi  de  ses  bienfaits  et  y  avait  fondé 
vingt  bourses  royales  alsaciennes  uniquement  destinées  à  de 
jeunes  séminaristes  alsaciens,  et  quatre  bourses  royales  fran- 
çaises; huit  bourses  épiscopales  y  avaient  été  fondées  par  le 
cardinal  Guillaume-Egon  de  Fiirstenberg,  évoque  de  Stras- 
bourg; six  de  ces  places  gratuites  étaient  à  la  disposition  de 
révêque,  et  deux  à  celle  du  grand-chapitre.  Un  arrangement 
postérieur  mit  également  ces  deux  bourses  à  la  disposition  de 
révêque. 

Vers  la  fin  du  XVir  siècle,  il  y  avait  près  de  quarante 
Pères  Jésuites  dans  le  collège  de  Strasbourg;  à  cette  époque,  ils 
étaient  obligés  de  fournir  des  prédicateurs  à  la  cathédrale 
durant  l'année,  savoir  :  trois  prédicateurs  allemands  et  un 
prédicateur  français.  * 

Après  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes,  les  Jésuites  établis 
à  Strasbourg,  s'occupèrent  sérieusement  à  ramener  les  pro- 
testants à  la  religion  catholique.  Aucun  moyen,  aucune  séduc- 
tion, aucune  contrainte  ne  furent  négligés  pour  obtenir  des 
abjurations.  Le  nombre  des  Luthériens  qu'ils  réussirent  à 
convertir,  fut  très  nombreux.  Dans  les  deux  années  1688  et 

*  Ordonnances  d'Alsace,  t.  I,  p.  151. 

*  Lagrângb,  Mémoire  numv^crit  &ur  VAlsace,  1697  ;  il  en  existe  on 
grand  nombre  de  copies. 


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DISSOLUTION  DB  L'OBDRE  DES  JÂBUITES  299 

i686,  ils  eurent  la  satisfaction  de  ramener  à  la  religion  catho- 
lique 8426  personnes.  Mais  à  l'exception  du  préteur  royal 
Ulric  Obrecht,  du  syndic  royal  Gûntzer  et  du  syndic  de  la 
noblesse  Kempfer  et  de  quelques  gentilshommes,  on  ne  trouve 
guère  de  Strasbourgeois  tant  soit  peu  considérés,  qui  aient 
changé  de  religion  depuis  que  la  ville  a  été  réunie  à  la  cou- 
ronne de  France.  * 

Le  recteur  du  collège,  le  R.  P.  Dez  *,  publia  en  1687  une 
série  de  dissertations  pour  établir  institution  divine  de  la 
messe,  et  il  dédia  son  livre  à  Louis  XIV  en  lui  donnant  pour 
titre  :  La  réunion  des  protestants  de  Strasbourg  à  V Eglise 
romaine^  où  il  s'efforçait  de  démontrer  que  les  protestants 
devaient  en  conscience  faire  cesser  le  schisme  et  rentrer  dans 
le  giron  de  l'Eglise  catholique. 

En  1699,  les  Jésuites  de  Strasbourg  firent  l'acquisition  de 
la  censé  dite  îfeuhof,  située  près  de  la  Gansau,  sur  le  sieur 
Wenther,  bailli  de  Lahr,  ou  plutôt  sur  les  enfants  que  sa 
femme  avait  procréés  en  premières  noces  avec  le  sieur  Haan. 
Le  Magistrat  de  Strasbourg  dispensa  lesRR.  Pères,  par  grâce 
spéciale,  de  l'observation  du  statut  qui  portait  >  qu'aucuns 
biens  immeubles  ne  doivent  passer  entre  des  mains  étran- 
gères et  à  d'autres  qu'à  des  bourgeois,  ainsi  que  de  celuy  fait 
en  l'année  1S28  portant  défense  aux  communautés  ecclésias- 
tiques de  faire  acquisitions  de  maisons,  biens  fonds  el  autres 
immeubles  situés  dans  la  ville  et  la  banlieue.  » 


s 


*  Hermann,  Notices  historiques  sur  Strasbourg,  t.  I,  p.  182.  Ulric 
Obrecht,  savant  jurisconsulte,  avocat  de  la  ville  de  Strasbourg,  se  con- 
vertit au  catholicisme,  à  Paris.  Il  en  fui  récompensé  par  la  charge  de 
préteur  royal  à  Strasbourg.  Kœmpfer  était  beau-frère  de  Christophe 
Gûntzer,  et  reçut  pour  sa  conversion  une  gratification  de  mille  écus  et 
une  augmentation  de  ses  appointements.  (Vanhuffbl,  Documents  inédits 
concernant  V histoire  de  France,  Paris  1840,  p.  133J. 

'  Le  P.  Dez  mourut  le  12  septembre  1712,  âgé  de  près  de  70  ans. 

•  Archives  communales  de  Strasbourg.  Liasse  citée. 


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900  BEVUB  D'ALSACE 

Les  Jésuites  établirent  dans  la  maison  censière,  à  Tnsage  de 
leurs  journaliers  et  de  leurs  domestiques,  une  petite  chapelle 
domestique  qu'ils  dédièrent  à  la  Sainte-Vierge.  Un  R.  Père  y 
donnait  Tinstruction  religieuse  et  le  saint  sacrifice  y  fat  offert 
jusqu'à  l'époque  de  la  suppression  de  l'ordre  en  France.  Les 
terres  que  les  Jésuites  exploitèrent  au  Neuhof  reçurent  de 
leurs  possesseurs  lenomàeJemiterfeldqu'eWeB^rlent encore 
de  nos  jours. 

La  chapelle  construite  par  les  Jésuites  fut  vendue  pendant 
la  Révolution;  les  catholiques  la  rachetèrent  de  leurs  deniers 
le  9  germinal  an  VIII  (30  mars  1800);  elle  servit  au  culte 
jusqu'en  1807,  où  son  insufQsance  pour  contenir  tous  les 
fidèles  la  fit  démolir. 

Les  lettres  patentes  que  le  roi  Louis  XIV  avait  délivrées 
au  mois  de  février  1702  à  l'Université  de  Strasbourg,  éten- 
dirent les  privilèges  de  cet  établissement.  Gomme  toutes  les 
universités,  elle  conférait  les  grades  jusqu'à  celui  de  docteur 
exclusivement,  elle  formait  un  corps  distinct  du  séminaire 
épiscopal  fondé  en  1688  par  l'évêque  Guillaume-Egon  de 
Fûrstenberg,  ainsi  que  du  collège  royal  fondé  par  Louis  XIV, 
en  1688.  Ses  assemblées  se  tenaient  dans  une  salle  du  sémi- 
naire. Elle  était  composée  des  Facultés  de  théologie  et  des  arte. 
L'ouverture  s'en  fit  en  grande  pompe  le  20  juin  1702  *  et 
«  pour  que  ce  corps  ^  brillât  à  jamais  aux  yeux  de  la  popu- 
«  lation  protestante  de  l'éclat  insigne  et  exclusif  de  la  faveur 
«  royale,  on  institua  une  procession  solennelle  de  docteurs, 
«  qui  se  célébra  depuis,  chaque  année,  au  commencement  de 
«  juillet.  Mais  malgré  tout  le  faste  dont  s'entourait  cet  éta- 
•  blissement,  il  eut  de  la  peine  à  se  faire  reconnaître  par  les 


*  Le  passage  placé  entre  guillemets  est  extrait  textuellement  du  Mé- 
moire composé  pour  la  fondation  de  Saint-Thomas  de  Strasbourg  par 
M.  Ignace  Chauffour,  intitulé:  Réponse  atix  observations  publiées  par 
Jf .  Emile  Detroyes.  Colraar,  1856,  in-8'  p.  460. 


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DISSOLUTION  DB  l'ORDRB  DBS  JÉSUITES  901 

«  autres  Universités,  qui  persistèrent  longtemps  à  ne  lui 
<  donner  que  le  titre  de  Schola  episcopalis.  > 

Le  roi  Louis  XVI  réunit  par  lettres  patentes  de  Tannée 
1776  à  la  Faculté  de  théologie  celle  de  droit  canon. 

Le  personnel  de  TUniversité  catholique  se  composait  d'un 
recteur  et  d'un  chancelier  perpétuels,  de  sept  professeurs  de 
théologie  et  de  droit  canon,  et  de  deux  professeurs  dans  la 
Faculté  des  arts.  Il  y  avait  en  outre  un  syndic  et  un  doyen.* 
Cet  établissement  a  subsisté  jusqu'à  la  Révolution.  Son  der- 
nier recteur  fut  l'abbé  Jean-Jacques  Lantz,  évêque  de  Dora, 
sufifragant  et  grand-vicaire  de  l'évôché  de  Strasbourg. 

Lors  de  la  suppression  de  la  Société  de  Jésus,  le  cardinal 
Louis-Gonstantin  de  Rohan,  évêque  de  Strasbourg,  s'intéressa 
vivement  à  la  conservation  de  ce  collège  où  l'on  professait 
l'enseignement  des  humanités  et  de  la  philosophie,  du  droit 
canon,  de  la  théologie  dogmatique  et  morale,  des  mathéma- 
tiques et  des  sciences  naturelles,  et  à  la  prière  de  ce  prélat, 
cet  établissement  fut  maintenu  par  lettres  patentes  du  roi 
Louis  XVdu6  septembre  1765,  mais  il  fut  agrégé  à  l'université 
et  fut  confié  à  des  prêtres  séculiers,  c'est-à-dire  >  aux  Pères 
Jésuites  en  habits  de  prêtres  séculiers  sous  la  jurisdiction  du 
Seigneur-Evêque  »  qui  les  protégeait  secrètement. 

Les  fonctions  de  principal  furent  dévolues  au  I>  François 
Schmaltz  ;  le  D' Jean-Antoine  Geiger  fut  nommé  préfet  des 
études,  le  IK  François-Matthias  Zsepffel  sous-principal,  et 
Georges-Antoine  Weimer,  procureur;  l'enseignement  de  la 
physique,  des  mathématiques  et  de  la  logique  fut  confié  aux 
PP.  Jean-Baptiste  Durosoy,  Pierre  Humbert  Lault  et  Burckard  ; 
le  P.  Jean-Baptiste  Kunemann  fut  nommé  préfet  des  classes  ; 
la  chaire  de  rhétorique  fut  confiée  à  Ignace  Weisrock.  Etienne 
Beck,  Jean-Heiuî  Guyon,  François  Ignace  Jobin  furent  nommés 
professeurs  de  seconde,  de  troisième  et  quatrième,  et  Eléonore 

^  Obbelin,  Almanach  d^Alsace,  1783,  p.  21. 


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302  BEYU£  D'aLS^OB 

Guyon  fut  chargé  des  chaires  de  dnquiëme  et  de  sixième. 
«  Tous  les  Jésuites  ci-dessus  nommés  sont  prêtres,  à  l'excep- 
tion des  quatre  derniers  régents;  ils  sont  tous  Alsadeiis,  à 
Texception  du  professeur  de  mathémathiques,  qui  est  du  Niver- 
nais (Montigny),  et  du  régent  de  cinquième,  qui  est  de  la  Lor- 
raine allemande  (Faulquemonl)  ;  ils  savent  tous  les  deux 
langues,  ils  sont  tous  profès  des  quatre  vœux,  excepté  les 
cinq  régents  des  basses  classes  pour  lesquelles  on  n*a  pu 
trouver  de  profès  ;  ils  sont  tous  de  la  maison  de  Strasbourg, 
à  l'exception  des  deux  régents  des  basses  classes.  »  ^ 

Le  traitement  du  principal  était  de  800  livres  et  celui  du 
préfet  des  études  de  700  livres  ;  le  sous-principal,  le  procureur, 
et  les  professeurs  de  physique,  de  mathématiques  et  de 
logique  et  le  préfet  des  classes  n'avaient  qu'un  traitement  de 
600  livres  ;  celui  du  professeur  de  rhétorique  n'était  que  de 
500  livres  et  les  régents  des  basses  classes  ne  touchaient  que 
400  livres  pour  leur  traitement.  La  pension  de  ces  professeurs 
et  celle  de  six  domestiques  attachés  au  collège  était  évaluée 
à  la  somme  de  6,400  livres. 

Grâce  à  la  sage  administration  que  le  cardinal  Louis-Ck)n8- 
tantin  de  Rohan  avait  introduite  dans  le  collège,  ses  revenus 
ne  tardèrent  pas  à  s'augmenter,  et  sur  la  proposition  de  ce 
prélat,  le  roi  y  fonda  dix  bourses  en  faveur  de  dix  gentils- 
hommes catholiques  de  la  province  d'Alsace.  Suivant  lettres 
patentes  données  à  Marly  au  mois  de  juin  1778,  les  candidats 
étaient  tenus  de  faire  preuve  de  quatre  degrés  de  noblesse  du 
côté  paternel,  et  d'autant  de  degrés  du  côté  maternel.  Le  roi 
nommait  à  ces  bourses,  sur  la  présentation  de  l'évêque  de 
Strasbourg.  Parmi  les  boursiers  on  voit  figurer  les  descendants 
des  plus  nobles  maisons  d'Alsace,  UM.  D'Andlau,  de  Ferrette 
deFlorimont,  deReinach,  deRathsamhausen,  deMonljoiedela 
Roche,  de  Serpes  de  Paye,  de  Girardi  de  Castell.  ' 

^  Archives  de  Strasbourg.  Liasse  citée. 
'  Archives  du  Bas-Rhin,  D.  206. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  808 

G^est  au  collège  de  Strasbourg  que  professait  le  Père  Jean- 
François  Georgel  qui,  né  le  29  janvier  1781  à  Bruyères  dans 
les  Vosges,  avait  été  admis  fortjeune  dans  Tordre  des  Jésuites. 
La  réputation  qu'il  avait  acquise  dans  l'enseignement  en  pro- 
fessant avec  succès  les  humanités  et  les  mathématiques,  dans 
les  collèges  de  Pont-à-Mousson  et  de  Dijon,  l'avait  précédé  à 
Strasbourg  et  c'est  dans  celte  dernière  ville  qu'il  se  fit  remar- 
quer du  prince  Louis-René-Edouard  de  Rohan,  coadjuteur  du 
prince-évêque  Louis-Constantin  de  Rohan,  son  oncle,  et  en 
1764,  c'est-à-dire  à  la  dissolution  de  la  Compagnie  de  Jésus, 
ce  prélat  se  l'attacha  particulièrement  et  lui  donna  toute  sa 
confiance.  L'abbé  Georgel  y  répondit  par  un  grand  dévoue- 
ment dont  il  a  donné  des  preuves  non  équivoques  dans  plu- 
sieurs circonstances  critiques.  Ce  prince  le  combla  de  bienfaits, 
en  lui  conférant  d'abord  la  dignité  de  grand-vicaire  de  l'é- 
vêché  de  Strasbourg  et  de  la  grande-aumônerie  de  France  et 
en  le  faisant  ensuite  nommer  administrateur  de  l'hôpital  des 
Quinze-Vingts,  prieur  de  Ségur  en  Auvergne.  Forcé  de  quitter 
la  France  à  Fépoque  de  la  Révolution,  il  alla  s'établir  à  Fri- 
bourg.  En  1802,  le  gouvernement  français  lui  accorda  la  per- 
mission de  rentrer  dans  sa  patrie. 

L'abbé  Georgel  mourut  le  14  novembre  1818,  âgé  de 
82  ans,  9  mois  et  12  jours. 

Dans  les  dernières  années  de  l'existence  de  la  Compagnie 
de  Jésus  vivait  au  collège  de  Strasbourg  un  jeune  religieux 
de  cet  ordre  célèbre,  nommé  Jean-François-Nieolas  Danzas 
il  naquit  à  Colmar  le  26  septembre  1727,  et  avait  été  &it 
prêtre  le  20  mai  1758  à  Strasbourg  où  il  professait  ce  qu'on 
appelait  les  basses  classes.  Il  avait  su  s'attirer  la  bienveillance 
du  prince  Louis-René-Edouard  de  Rohan,  coadjuteur  de  Stras- 
bourg, et  à  la  prière  de  ce  prélat,  le  roi  Louis  XVI  lui  donna 
le  21  septembre  1774  un  brevet  de  joyeux  avènement  par 
lequel  il  lui  accorda  le  premier  canonicat  qui  viendrait  à 
vaquer  dans  le  chapitre  collégial  de  Saverne.  M.  Danzas  fit 


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a04  REVXJE  D*ALSAOB 

signifier  ce  brevet  au  chapitre  le  2  novembre  de  la  même 
année.  Lorsque  le  chanoine  François-Joseph  Nicart  mourut 
le  7  juillet  1775,  Tabbé  Danzas,  qui  était  saisi  de  plein  droit 
du  bénéfice  au  moment  où  il  était  venu  à  vaquer,  le  requit  le 
10  du  même  mois  et  en  fut  investi  le  même  jour  par  M.  Ba- 
taille, prévôt  du  chapitre.  Il  obtint  le  23  septembre  1775,  du 
Conseil  souverain  d'Alsace,  un  arrêt  pour  la  prise  de  possession 
du  canonicat  que  le  brevet  de  joyeux  avènement  lui  avait 
assuré;  et  en  prit  possession  dans  Téglise  collégiale  de  Saverne, 
le  6  octobre  suivant.* 

Lors  de  la  restauration  du  culte,  Tabbé  Jean-Pierre  Sau- 
rine  ^  ancien  évêque  constitutionnel  du  département  des  Landes, 
fut  nommé  évêque  de  Strasbourg.  Après  qu'il  eut  pris  posses- 
sion de  son  siège,  au  mois  de  juin  1802,  comme  il  passait 
pour  Fun  des  rares  défenseurs  de  TEglise  gallicane,  il  sentit 
la  nécessité  de  donner  satisfaction  au  clergé  alsacien  connu 
par  son  attachement  aux  doctrines  ultramontaines;  il  prit  en 
conséquence  pour  coMaborateur  Tex-jésuite  Danzas,  auquel  il 
conféra  la  dignité  de  grand-vicaire  du  diocèse.  L'abbé  Danzas 
mourut  en  1818,  à  Tâge  de  85  ans. 


*  Archives  de  Sa/oeme.  Liasse  536. 

*  L'abbé  Sanrine,  né  à  Saint-Pierre  d'Eysey,  département  des  Basses- 
PyrénéeS;  le  11  mars  1753,  fat  nommé  député  aux  Etats-généraux  par 
le  clergé  de  son  diocèse.  Dès  l'ouvertare  des  Etats,  il  se  réunit  aux 
députés  du  tiers-état,  et  rota  toutes  les  réformes  proposées;  les  électeurs 
du  département  des  Landes  lui  conférèrent  l'épiscopat.  La  confiance  qu'il 
inspira  à  ses  diocésains  et  ses  principes  républicains,  qu'ils  connaissaient, 
le  firent  choisir  pour  député  à  la  Convention  nationale  ;  dans  le  procès 
du  roi,  il  vota  pour  la  détention  jusqu'à  la  paix,  il  protesta  avec  une 
vertueuse  indignation  contre  les  extravagances  du  culte  de  la  Raison. 
Entré  au  Conseil  des  Cinq-cents,  il  y  déploya  le  même  caractère  et  rendit 
les  mêmes  services  qu'à  la  Convention  nationale  et  à  l'Assemblée  consti- 
tuante. En  1813,  étant  en  tournée  pour  la  confirmation,  il  mourut  le 
9  mai,  frappé  d'apoplexie,  dans  l'ancien  couvent  des  Capucins,  situé  en 
dehors  de  la  ville  de  Soultz  (Haut-Rhin),  et  servant  de  nos  jours  d'hô- 
pital civil. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDBE  DBS  JÉSUITES  305 

CoUégre  de  Molsheim. 

L'évêque  de  Strasbourg  Jean  de  Manderscheid  revint  en 
Tannée  1571  d'un  voyage  sur  les  bords  du  Rhin,  accompagné 
de  plusieurs  Jésuites,  auxquels  il  assigna  pour  séjour  le  cou- 
vent des  déchaussés  de  Saverne.  ^  En  introduisant  les  Jésuites 
dans  son  diocèse,  il  avait  conçu  le  projet  d'y  fonder  un  collège 
où  les  études  profanes  devaient  marcher  de  pair  avec  les  études 
sacrées.  Dès  qu'ils  furent  établis  au  couvent  de  Saverne,  les 
Jésuites  cherchèrent  à  s'emparer  de  l'instruction  de  la  jeunesse, 
obtinrent  la  confiance  universelle,  gagnèrent  tous  les  cœurs  et 
combattirent  avec  énergie  les  innovations  de  la  Réforme.  L'é- 
vêque Jean  jugeant  que  l'Eglise  attaquée  de  toutes  parts  ne 
pouvait  avoir  trop  de  défenseurs  et  que  l'instruction  supérieure 
était  la  digue  la  plus  puissante  à  opposer  aux  doctrines  anti- 
catholiques, résolut  de  créer  sous  la  direction  des  Jésuites  un 
vaste  établissement,  où  Ton  enseignerait  non-seulement  la 
théologie,  mais  aussi  les  lettres  et  les  sciences.  Il  s'adressa  en 
1579  au  général  de  leur  ordre,  Everard  Mercurien  à  Rome, 
pour  lui  représenter  la  nécessité  de  fonder  dans  le  diocèse  de 
Strasbourg  une  maison  et  un  collège  selon  leur  règle.  Le 
général  des  Jésuites  accueillit  favorablement  cette  demande,  on 
s'entendit  facilement,  et  en  1580,  l'évoque  Jean  autorisa  les 
Jésuites  à  ériger  un  collège  à  Molsheim,  ville  dépendant  du 
temporel  de  l'évêché,  et  renommée  par  son  site  agréable  et 
son  climat  salubre  et  tempéré.*  La  direction  du  nouvel  éta- 
blissement fut  confiée  au  R.  Père  Jacques  Ensfelder  qui  en  fut 
le  premier  recteur. 

L'évêque  Jean  combla  ces  religieux  de  ses  bienfaits  ;  en 
1581,  il  fit  construire,  sur  l'emplacement  de  l'hôpital  de  Mols- 
heim, une  vaste  et  magnifique  maison  dont  il  fit  les  frais  et 

*  Strobrl,  Histoire  d'Alsace,  t.  IV,  p.  160. 

'  Archives  d/u,  Bas-Rhin.  Série  D.  Gart  1. 

4-  Année  Nouvelle  Série.  -^ 


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306  REVUE  D*ALSAGE 

posa  la  première  pierre;  il  employa  à  cette  construction  plus 
de  20,000  florins,  et  comme  cette  somme  était  loin  d'être 
suffisante,  il  força  les  opulentes  abbayes,  les  monastères  et 
les  chapitres  du  diocèse  à  venir  à  son  aide,  quoique  plusieurs 
d'entre  eux,  qui  ne  goûtaient  pas  son  projet,  eussent  essayé 
de  lui  résister.  Lorsque  cet  édifice  fut  achevé,  il  en  fit  don  au 
collège  des  Jésuites,  de  Tagrément  et  du  consentement  du 
grand  chapitre,  et  lui  incorpora,  par  acte  du  là  décembre  1590, 
la  chapelle  de  Sainte-Marie  avec  le  patrimoine  des  pauvres, 
c'est-à-dire  les  terres,  prés,  vignes,  cens,  rentes  et  tous  les 
droits  appartenant  à  Thôpital  de  Molsheim  qui  avait  été  fondé 
en  1819  par  l'évéque  Jean  de  Dirpheim.  Il  pria  le  R.  Père 
Aquaviva  *,  qui  avait  été  promu  au  généralat  de  Tordre  de  la 
Compagnie  de  Jésus,  de  vouloir  bien  accepter  cette  donation, 
de  conserver  et  de  protéger  le  collège,  comme  les  autres  mai- 
sons de  l'ordre,  d'en  prendre  soin  et  d'y  placer  toujours  des 
religieux  qui  pussent  soigneusement  augmenter  les  biens 
spirituels  et  affermir  la  foi  de  la  population  catholique.  Il 
donna  et  réunit  encore  au  collège  des  Jésuites  sept  bénéfices 
0U  prébendes  qui  avaient  été  fondés  dans  l'église  de  l'hôpital 
de  Molsheim  pour  y  faire  célébrer  l'office  divin,  et  prit  ensuite 
l'engagement  que,  si  ces  revenus  réunis  n'allaient  pas  à  la 
somme  principale  de  2,000  florins,  de  faire  assigner  aux 
Révérends  Pères  sur  les  revenus  de  l'évêché  la  somme  néces- 
saire pour  parfaire  ces  2,000  florins.' 

Vers  la  fin  du  mois  de  novembre  1 58 1  une  maladie  épidémique 
qui  sévissait  à  Molsheim  et  dans  les  environs,  força  les  Jésuites 
de  se  réfugier  avec  leurs  élèves  à  Saverne,  où  ils  continuèrent 
leurs  classes  avec  tant  de  succès,  que  les  habitants  de  cette 

^  Claude  Aquaviva,  était  frère  du  duc  d'Atria  de  Naples.  Il  se  sentit 
attiré  dans  la  maison  professe  de  Rome,  par  les  exemples  de  vertu  de 
saint  François  de  Borgia,  et  il  y  puisa  cet  esprit  de  sagesse  et  de  piété  qui 
rendit  si  glorieux  le  généralat  dont  il  fut  revêtu  dans  la  suite. 

»  Archives  du  Bas-Rhin,  G.  1826 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  307 

ville  demandèrent  avec  instance  qu'on  laissât  pour  toujours 
le  collège  dans  leurs  murs.  L'évêque  Jean  était  sur  le  point 
de  déférer  à  leurs  désirs,  mais  le  nouveau  général  Claude 
Aquaviva  s'y  opposa  de  toute  son  autorité. 

Dès  que  l'air  se  fut  purifié  à  Molsheim,  les  Jésuites  y  retour- 
nèrent et  y  reprirent  l'enseignement,  le  18  avril  1882.  Mais 
au  moment  où  l'on  s'y  attendait  le  moins,  il  y  eut  une  recru- 
descence de  la  maladie  contagieuse  qui  atteignit  principale- 
ment rétablissement  des  Jésuites.  Outre  quelques  élèves,  trois 
professeurs  et  deux  autres  personnes  du  collège  furent  enle- 
vés par  le  terrible  fléau.  L'évêque  Jean,  afiOigéde  ces  pertes, 
ordonna  que  les  professeurs  se  retirassent  pour  la  seconde  fois 
à  Saveme,  où  l'on  respirait  toujours  l'air  le  plus  sain.  ^ 

Cependant,  quoique  la  contagion  continuât  à  sévir  à  Mols- 
heim, les  travaux  de  construction  du  collège  n'y  furent  pas 
interrompus,  et  le  principal  bâtiment  était  presque  achevé, 
lorsque  Tévêque  de  Strasbourg  revînt  de  la  Diète  d'Augsbourg 
à  laquelle  le  recteur  du  collège  l'avait  accompagné.  Sa  satis- 
faction en  fut  d'autant  plus  vive,  qu'à  son  arrivée  au  château 
de  Dachstein,  il  apprit  que  le  grand-chapitre  de  Strasbourg 
approuvait  tout  ce  qu'il  avait  fait  pour  l'établissement  de  ce 
collège.  Les  chanoines  signèrent  l'acte  de  fondation  du  12  mars 
1580  de  leur  propre  main,  et  y  apposèrent  le  grand  sceau  du 
chapitre,  le  2  juillet  1582. 

Le  collège  fondé  par  l'évêque  Jean  de  Manderscheid  eut  un 
brillant  succès,  et  devint  un  des  établissements  les  plus  consi- 
dérables de  l'Alsace;  les  Jésuites  y  enseignaient  les  humanités 
et  la  philosophie,  ils  y  tenaient  même  un  séminaire  qui  était 
soumis  à  l'ordinaire  ;  l'enseignement  y  était  gratuit.  Le  per- 
sonnel de  cet  établissement  se  composait  ordinairement  d'une 


^  Histoire  du  collège  épiscopal  de  Molsheim,  f Revue  catholique  d'Aï- 
Mce,  t.  XI,  p.  466). 


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308  RBvuB  d'alsacb 

quarantaine  d'individus,  tant  pères  que  régents  et  frères  laïcs 
de  ia  proyince  du  Haut-Rhin. 

Les  successeurs  de  Févèque  Jean  sur  ie  siège  de  Strasbourg, 
Charles,  cardinal  de  Lorraine,  et  Léopold,  archiduc  d'Autriche, 
exercèrent  leur  munificence  envers  le  collège  de  Molshdm,  et 
les  Révérends  Pères  firent  éclater  hautement  leur  reconnais- 
sance pour  leurs  illustres  bienfaiteurs.  Ce  collège,  qui  était,  con- 
formément à  Tesprit  qui  avait  présidé  à  sa  création,  une  institu- 
tion essentiellement  catholique,  prit  sous  la  haute  direction  de 
l'archiduc  Léopold  un  développement  extraordinaire  ;  comme  on 
n'y  enseignait  jusqu'alors  que  les  basses  classes  et  les  huma- 
nités, ce  prince  y  établit  en  1617  les  deux  Facultés  de  théo- 
logie et  des  arts,  et  l'éleva  au  rang  d'une  Université.  Le  pape 
Paul  V  approuva  cette  fondation  par  une  bulle  du  1""  février 

1617,  et  l'empereur  Mathiasla  confirma  par  lettres  patentes 
du  1"  septembre  suivant.  Enfin  l'évéque  Léopold  assigna,  par 
acte  du  30  juin  1618,  au  collège  de  Molsheim  des'  revenus 
nécessaires  à  l'entretien  des  nouveaux  professeurs. 

L'année  1618  vit  s'achever  l'élégante  église  des  Jésuites  de 
Molsheim,  dont  la  beauté  est  d'autant  plus  remarquable,  qu'a- 
lors l'architecture  monumentale  était  tombée  dans  une  pro- 
fonde décadence.  Cette  église,  qui  se  glorifiait  d'avoir  reçu  en 
dépôt  les  reliques  sacrées  des  martyrs  thébains  et  celles  de 
saint  Materne  et  de  saint  Augustin,  fiit  consacrée  le  26  août 

1618,  par  l'évéque  de  Bàle  Joseph-Guillaume  Rinck  de  Bar- 
denstein,  assisté  d'Adam  Petz,  évéque  de  Tripoli.  suflFragant 
de  Strasbourg,  et  de  sept  abbés  du  diocèse,  sous  l'invocation 
de  la  bienheureuse  Vierge  Marie.'  Cette  cérémonie  se  fit  en 
présence  de  Tarchiduc  Léopold  et  d'un  grand  nombre  de 
députés  envoyés  par  les  villes  d'Alsace.  Les  habitants  des  cam- 
pagnes et  des  villes  voisines,  abandonnant  leurs  travaux, 
s'étaient  rendus  en  foule  à  Molsheim  pour  assister  à  cette 

^  Descripiio  templx  molfh,  (Inaugur.  CoUeg,  MoUk),  1619,  p.  168. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDBE  DBS  JÉSUITES  309 

solennité;  l'évêque  Léopold  leur  fit clistribuer  deux  charretées 
de  vin,  et  un  bœuf  quïl  avait  fait  rôtir  tout  entier. 

Le  lendemain  eut  lieu  Tinauguration  de  la  nouvelle  Uni- 
versité, en  présence  de  Tévêque  fondateur  et  d'un  grand  nom- 
bre de  personnages  de  distinction.  Le  panégyrique  de  la 
nouvelle  Université  fut  prononcé  par  le  R.  P.  Jodoque  Coccius  * 
et  imprimé  à  Molsheim  sous  le  titre  ^LArchiétacaMs  Academia 
Molshemenm  expUeata  panegyrico,  quem  LeopoJdo  archiduci 
Austriœ  episœpo  argmUnemi  àixit^  dicamt,  comecravit  CoUe- 
gwm  Academicum  societatU  Jésus  mofshemense.  Mobh,  Anno 
M.  D.  a  XllX, 

Cette  Université  obtint  également  de  la  réputation,  et  exerça 
bientôt  une  influence  marquée  sur  l'instruction  de  la  jeunesse 
alsacienne;  elle  subsista  jusqu'en  1701,  où  elle  fut  transférée 
à  Strasbourg. 

Le  pape  Urbain  VIII  accorda  aux  Jésuites  de  Molsheim  la 
confirmation  de  leurs  biens  et  privilèges  par  une  bulle  émise 
au  mois  d'août  1623.'  Le  roi  Louis  XIII  et  ses  généraux  leur 
délivrèrent  plusieurs  sauf-conduits  pendant  la  désastreuse 
guerre  de  Trente  ans.'  Louis  XIV,  devenu  maître  de  l'Alsace,  les 
maintint  dans  leurs  possessions,  droits,  privilèges,  franchises 
et  exemptions,  par  lettres  patentes,  émises  les  unes  au  mois 
de  janvier  1645,  et  les  autres  au  mois  de  janvier  1689  *  ;  il  les 
déchargea  même  du  payement  des  subsides,  et  les  exempta  de 
la  fourniture  des  fourrages  et  du  logement  des  gens  de 
guerre. 

Les  évoques  de  Strasbourg,  qui  ont  toujours  traité  favora- 
blement les  Jésuites  de  Molsheim,  ont  poussé  leur  générosité 
jusqu'à  consentir  qu'il  leur  fiït  délivré  chaque  année  la  quan- 

*  J.  Goccias  (Koch)  était  de  Trêves;  il  mourut  à  RoufFach,  le  25  octo- 
bre 1622. 

*  Archives  du  Bas-Rhin,  D.  liasse  4. 

*  Ibidem,  D.  liasse  9. 

*  Grandidisr,  Œuvres  inédites  t.  VI,  p.  87. 


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310  BEVUE  D'ALSACE 

tité  de  soixante  cordes  de  bois  de  hêtre  dans  les  forêts  de  Té- 
vêché  pour  leur  chauffage.* 

Le  gouvernement  français  ne  pouvait  voir  sans  déplaisir 
que  les  Jésuites,  qui  peuplaient  les  trois  maisons  de  Molsheim, 
Haguenau  et  Schlestadt,  situées  dans  la  Basse- Alsace,  étaient 
presque  tous  des.  Allemands  non  sujets  du  roi,  et  comme  il 
manifestait  la  velléité  de  ne  plus  tolérer  cet  état  de  choses, 
qui  pouvait  devenir  préjudiciable  à  FEtat,  les  RR.  PP.  Con- 
rad Haan,  Joseph  Gelti  et  George  Lossmann,  recteurs  des 
trois  établissements,  adressèrent  en  1728  une  humble  sup- 
plique au  roi  Louis  XV  pour  conjurer  le  danger  qui  les  mena- 
çait. Ils  y  disaient  «  que  leur  zèle  à  combattre  les  hérésies  les 
«  avait  fait  appeler  en  Alsace,  il  y  a  cent  cinquante  ans,  que 
<  depuis  ce  temps  il  n'avaient  pas  faibli  à  leur  tâche,  et  qu'ils 
«  avaient  été  invariablement  attachés  à  leurs  devoirs.  »  Le 
roi  se  laissa  fléchir,  mais  avant  que  six  années  se  fussent 
écoulées,  il  ordonna,  en  1729,  que  des  sujets  français  pour- 
raient seuls  devenir  les  supérieurs  des  collèges  et  établisse- 
ments des  Jésuites,  situés  en  Alsace.' 

Le  collège  des  Jésuites  de  Molsheim  compta  au  nombre  de 
ses  élèves  des  jeunes  gens  issus  de  la  plus  haute  noblesse: 
le  jeune  duc  Ernest  de  Croy  (1603),  trois  fils  du  comte  de 
Saligny  (1607),  les  rhîngraves  Louis  et  Léopold  (1626),  le 
jeune  Casimir  de  Rathsamhausen  (1720),  qui  fut  élevé  en  1756 
à  la  dignité  de  prince-abbé  de  Murbach,  deux  comtes  de 
Wiser  et  un  jeune  comte  de  Hatzfeld  (1729).* 

Lors  de  la  suppression  de  Tordre  des  Jésuites,  la  ville  de 
Molsheim,  qui  convoitait  leurs  richesses,  cherchait  à  obtenir 

*  Mémoire  pour  le  prince  Louis-Constantin  de  Rohan,  cardinal-évêque 
de  Strasbourg,  concernant  les  droits  d'usage  dans  les  forêts  de  Vévêchéy 
p.  13. 

»  Archives  du  Bas-Rhin,  D.  206. 

•  Revue  catholique  de  l* église  et  des  écoles  d'Alsace,  pour  Vannée  48ài, 
(en  allemand),  p.  342. 


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DISSOLUTION  DE  L'OBDRE  DES  JÉSUITES  311 

les  biens  qai  avaient  été  donnés  à  Thôpital  fondé  en  1319 
par  réyêque  Jean  de  Dirpheim,  dans  son  enceinte,  et  qui 
avaient  été  consacrés  à  la  création  du  collège;  elle  réclama 
aussi  le  rétablissement  de  cet  hôpital  avec  les  prébendes  y 
attachées.   <  L'abolition  des  Jésuites   eu  Alsace,  disait-elle, 
«  loi  était  un  événement  absolument  indifférent,  ses  droits 
«  antérieurs  de  près  de  trois  siècles,  à  la  naissance  de  cette 
«  société,  étaient  entièrement  indépendants  de  son  existence 
<  et  de  son  extinction.  La  ville  de  Molsheim  ne  vint  pas  à 
«  rînstar  des  autres  villes  de  la  province,  pour  conserver  un 
«  bien  purement  ecclésiastique  ou  qui  a  commencé  son  ori- 
«  gine  avec  les  Jésuites  et  qui  devait  expirer  avec  eux,  mais 
«  elle  réclama  des  droits  particuliers  réels,  établis  par  titre 
«  et  sur  possession.^  »  Toutes  les  réclamations  de  la  ville  de 
Molsheim  furent  inutiles,  et  le  collège  de  cette  ville  fut  main- 
tenu comme  établissement  universitaire  sur  les  vives  instances 
du  cardinal  Louis-Gonstantin  de  Rohan,  par  lettres  patentes 
de  Louis  XV,  en  date  du  6  septembre  1765.* 

Les  Jésuites  de  Molsheim  célébrèrent  poiir  la  dernière  fois 
le  saint  sacrifice  de  la  messe  dans  leur  église  le  80  septembre 
1765,  en  présence  d'une  foule  considérable  de  fidèles,  accourus 
de  tous  côtés  '  ;  le  lendemain,  ils  quittèrent  la  ville,  empor- 
tant les  regrets  de  toute  la  population.  Leur  personnel  était 
de  quarante-sept,  dont  huit  frères:  vingt  des  religieux  et  les 
huit  frères  qui  étaient  nés  étrangers,  retournèrent  dans  les 
collèges  de  la  provijice  du  Haut^Rhin,  en  Allemagne.  * 

Après  leur  départ,  la  direction  du  collège  fut  confiée  à  des 
prêtres  séculiers,  ses  cours  se  rouvrirent  dès  le  mois  de 
novembre  suivant  ;  quatre  des  anciens  Jésuites  furent  incor- 

'  Archives  de  la  Basse-Alsaee,  G.  343. 
'  Ordonnances  d* Alsace,  t.  II,  p.  706. 

'  Revue  catholique  de  V église  et  des  écoles  d'Alsace,  pour  l'année  4844 
(en  allemand),  p.  345. 
*  Archives  de  la  Basse- Alsace ^  G.  343. 


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312  REVUE  D'ALSACE 

pores  dans  le  nouveau  corps  enseignant,  et  reprirent  leurs 
anciennes  chaires  pour  y  enseigner  les  humanités  et  la  philo* 
Sophie. 

Les  professeurs  s'appliquaient,  comme  du  temps  des  Jésuites, 
à  donner  des  leçons  de  piété,  de  modestie  et  d'humilité  à  leurs 
écoliers,  ils  leur  faisaient  entendre  tous  les  jours  la  messe, 
ils  les  obligeaient  à  se  confesser  chaque  mois  ;  ils  commen- 
çaient toujours  leurs  exercices  par  la  prière,  et  saisissaient 
toutes  les  occasions  d'inspirer  l'amour  des  biens  célestes  à 
ceux  qui  fréquentaient  leurs  classes. 

Le  collège  de  Molsheim  continua  à  exercer  une  grande 
influence  sur  l'éducation  ;  il  est  sorti  de  cet  établissement, 
outre  un  grand  nombre  de  fonctionnaires  distingués  et  d'ecclé- 
siastiques vertueux  et  éclairés,  deux  hommes  qui  sont  deve- 
nus l'honneur  du  sacerdoce  alsacien,  MM.  les  grands-vicaires 
Thiébaut  Lienhart  et  Brunon-François-Léopold  Lîebermann, 
auteurs  tous  les  deux  d'un  cours  de  théologie.  Le  pensionnat 
jouissait  d'une  réputation  justement  méritée;  il  était  accessible 
aux  bourses  les  plus  modiques.  Lasituationde  l'établissement 
dans  le  quartier  le  plus  sain  et  le  plus  aéré  de  la  ville,  pré- 
sentait aux  parents  sous  le  rapport  hygiénique  toutes  les  garan- 
ties désirables. 

En  1783,  on  comptait  au  nombre  des  pensionnaires  le 
prince  Guillaume  Salm,  qui  payait  la  somme  de  1,200  fr. 
pour  sa  pension,  et  celle  de  l'abbé  Barbier,  son  gouver- 
neur et  d'un  valet  de  chambre.  Une  pareille  somme  de 
1,200  fr.  était  payée  en  1787,  par  le  prince  Henri  de 
Rohan-Rochefort,  pour  sa  pension  et  celle  de  son  gouverneur 
et  d'un  valet  de  pied.^  Dans  ce  prix  n'étaient  pas  compris  les 
menus  frais,  fournitures  de  papier  et  dépenses  de  luminaire. 
Le  pensionnat,  quoiqu'il  s'administrât  pour  le  compte  du 
collège,  avait  sa  comptabilité  particulière  et  tout  à  fait  dis- 

»  Archives  du  Bas-Rhin,  S.  D.  166  et  168 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDRB  DBS  JÉSUITES  SiS 

tincle.  Le  compte  général  de  l'année  1788  présente  les  résul- 
tats suivants  :  ^ 

Livres  S.         D. 

Dépense  en  denrées  évaluées  en  argent.      4,988 

Dépense  en  argent 9,866  15 

Total  de  la  dépense 14.854  15 

Recette  générale 14,031  16 

Partant  doit  le  pensionnat  au  collège. . .  .         822  19 

Reliquat  des  années  précédentes 9,149  16    l'A 

Total  dû  pur  le  pensionnat  au  collège. . .       9,972  15    TA 


Le  déficit  qu'offrait  tous  les  ans  la  gestion  du  pensionnat 
était  facilement  comblé  par  le  collège,  qui,  possesseur  des 
biens  de  l'ancien  hôpital  de  Molsheim  et  des  dotations  de  la 
maison  des  Jésuites,  jouissait  de  plus  de  40,000  livres  de  rente. 
Avec  de  telles  recettes,  cet  établissement  pouvait  aisément 
faire  face  aux  dépenses,  soit  ordinaires,  soit  extraordinaires. 

L'église  paroissiale  de  Molsheim,  que  l'évêque  de  Stras- 
bourg, Charles  cardinal  de  Lorraine,  avait  érigée  en  1605  au 
rang  de  cathédrale,  qu'elle  perdit  après  que  la  cathédrale  de 
Strasbourg  eut  été  restituée  aux  catholiques  en  1681,  a  été 
démolie  au  commencement  delà  Révolution,  et  depuis  la  res- 
tauration du  culte  en  Alsace,  l'ancienne  église  des  Jésuites  sert 
de  paroisse. 

Cette  église,  placée  sous  le  vocable  de  saint  Georges,  est  un 
noble  édifice  qui  mérite  toute  l'attention  de  rarchéologue  ;  sa 
forme  est  celle  d'une  croix  latine  dont  les  branches  s'étendent 
du  nord  au  midi,  et  dont  la  tète  est  figurée  par  le  chœur 
tourné  vers  l'est.  Elle  est  divisée  par  deux  rangées  de  piliers 

*  Archives  du  Bas-Rhin,  D.  169. 


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314  BBVUB  D'ALSACE 

en  trois  nefs  qui  sont  voûtées  en  ogive;  celle  du  milieu,  remar- 
quablement élevée,  est  d'un  effet  imposant.  Des  tribunes,  où 
se  tenaient  jadis  les  élèves  du  collège,  s'appuient  aux  piliers 
des  collatéraux.  Deux  chapelles  s'ouvrent  dans  les  transepts, 
celle  de  droite  est  dédiée  à  la  bienheureuse  Vierge  Marie,  et 
celle  de  gauche  à  saint  Ignace.  Le  chœur,  percé  de  hautes 
fenêtres,  est  très  long  et  très  élevé;  il  appartient,  comme  tout 
l'édifice,  au  style  gothique  marié  avec  celui  de  la  renaissance. 
Ses  deux  clochers,  qui  s'élancent  sveltes  et  légers  dans  les 
airs,  produisent  un  effet  admirable  On  voit  au  fond  du  chœur 
un  grand  tableau  dû  au  pinceau  de  M.  Gabriel  Guérin.  Les 
orgues,  un  des  chefs-d'œuvre  d'André  Silbermann,  sont  dans 
un  état  parfait  de  conservation. 

Pendant  le  Consulat  et  le  premier  Empire,  Molsheim  avait 
rang  de  cheMieu  de  la  sénatorerie  des  deux  départements 
du  Rhin,  qui  était  dotée  d'un  revenu  de  25,000  fr.  et 
dont  était  pourvu  le  maréchal  Kellermann,  duc  de  Valmy  ; 
l'ancien  collège  de  cette  ville  était  affecté  au  siège  de  la  séna- 
torerie, et  le  maréchal  Kellermann  était  tenu  d'y  résider  au 
moins  trois  mois  chaque  année. 

A  partir  de  1820,  cet  édifice  reçut  de  nouveau  des  hôtes 
ecclésiastiques  ;  il  fut  habité  pendant  quelque  temps  par  l'é- 
vêque  de  Strasbourg,  Gustave-Maximilien-Juste,  prince  de 
Groy;  ses  successeurs,  Glaude-Marie-Paul  Tharin  et  Jean- 
François-Marie  Lepape  de  Trevern,  en  firent  leur  résidence 
d'été;  ce  dernier  y  établit  une  école  de  hautes  études  ecclé- 
siastiques, qui  fut  transférée  en  1834  à  Marlenheim,  où  elle 
resta  jusqu'à  la  mort  de  ce  prélat.  Les  religieuses  de  la  con- 
grégation de  Notre-Dame  de  Dieuze  en  ont  fait  ensuite  l'ac- 
quisition, le  transformèrent  en  couvent,  et  y  tiennent  un  pen- 
sionnat de  demoiselles  justement  renommé,  un  externat  et  des 
écoles  primaires  gratuites. 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDRB  DBS  JÉSUITES  315 

Collège  de  Hagaenau. 

Les  collèges  deHaguenau  et  de  Schlestadt  furent  supprimés 
par  lettres  patentes  du  roi  Louis  XVdu  5  juillet  1766,  malgré 
la  protestation  des  Magistrats  de  ces  deux  villes;  mais  comme 
par  suite  de  cette  suppression,  celles-ci  étaient  entièrement 
deshéritées  d'établissements  d'instruction  secondaire,  il  fut 
créé  pour  ses  habitants,  dans  chacun  des  collèges  de  Molsheim 
et  de  Strasbourg  dix  bourses,  entièrement  gratuites,  et  il  fut 
ordonné  qu'il  serait  prélevé  tous  les  ans  sur  les  revenus  des 
deux  établissements,  la  somme  de  6,000  livres,  qui  serait 
affectée  à  l'entretien  de  vingt  boursiers  dans  les  deux  établis- 
sements de  Molsheim  et  de  Strasbourg.* 

Vers  la  lin  du  XVP  siècle  et  dans  les  premières  années 
du  XVII-  (1595  à  1603),  le  R.  Félix  Schwaan,  curé  du 
Vieil-Hôpital  de  Haguenau,  c'est-à-dire  de  la  paroisse  de 
Saint-Nicolas  avait  appelé  de  temps  en  temps  dans  celte  ville, 
quelques-uns  des  Pères  de  la  Compagnie  de  Jésus  qui  rési- 
daient à  Molsheim,  pour  lui  apporter  le  secours  de  leur  minis- 
tère. Les  Jésuites  avaient  combattu  avec  zèle  les  hérésies  dans 
cette  ville,  avaient  gagné  presque  tous  les  cœurs  et  affermi  la 
foi  des  catholiques  ébranlée.  Le  Magistrat  se  montrait  satis- 
fait de  ces  heureux  résultats,  et  en  1604,  lorsque  la  cure  de  la 
paroisse  de  Saint-Georges  fut  devenue  vacante  par  la  mort  du 
titulaire,  il  envoyçi,  sur  les  vives  instances  de  l'empereur 
Rodolphe  II,  quelques  délégués  auprès  du  Père  provincial 
Théodore  Busœus,  pour  le  prier  de  lui  envoyer  quelques 
religieux,  qui  seraient  chargés  de  la  desserte  de  l'église  parois- 
siale. Le  R.  P.  provincial  déférant  à  cette  prière,  envoya  deux 
Pères  de  Molsheim,  Jean-Roch  Pirchinger  et  Henri  Werr  à 
Haguenau  pour  y  remplii*  les  fonctions  curiales.  Ils  combal- 

'  Archives  de  la  Basse- Alsace.  C.  343. 


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i 


316  BEVUE  D'AL8â.CB 

talent  les  innovations  de  la  Réforme,  répandirent  la  prédica- 
tion de  la  parole  de  Dieu  avec  une  prodigalité  inépuisable,  et 
opposèrent  une  digue  puissante  au  torrent  de  l'hérésie.  Le 
succès  couronna  leurs  efforts.*  En  1612  mourut  Jean  Hausen, 
le  dernier  prieur  du  couvent  des  Guillelmites  de  cette  ville; 
Tarchiduc  Léopold  d'Autriche,  évêque  de  Strasbourg,  engagea 
le  Magistrat  de  Haguenau  à  donner  ce  bâtiment  aux  Jésuites, 
pour  qu'ils  y  fondassent  un  collège  destiné  à  l'enseignement 
des  humanités  et  de  la  philosophie  ;  l'archiduc  Maximilien, 
Oberlandvogt  d'Alsace,  et  l'empereur  Mathias  I,  lui  expri- 
mèrent le  même  désir.  De  telles  prières  étaient  presque  un 
ordre  pour  le  Magistrat.  Le  stettmeistre  Florent  Scheid,  quoi- 
qu'il professât  la  religion  protestante,  s'empressa  d'entamer 
des  négociations  avec  le  B.  P.  provincial  au  sujet  de  la  fon- 
dation projetée.  Après  bien  des  pourparlers,  le  R.  P.  Jean 
Reuss,  recteur  du  collège  de  Molsheim,  délégué  parle  R.  P.  pro- 
vincial se  rendit  à  Haguenau  et  s'entendit  facilement  avec 
le  Magistrat  au  sujet  de  la  fondation  d'un  collège  qui  devait 
relever  le  drapeau  de  la  vieille  foi.  L'instrument  de  fondation, 
signé  le  3  juin  1614  par  le  greffier  de  la  ville  Melchior  Greiner  *, 
et  scellé  du  grand  sigillé  de  la  ville,  fut  solennellement  remis 
au  R.  P.  recteur  du  collège  de  Molsheim  par  une  députatîon 
du  Magistrat. 

Les  Jésuites  furent  mis  immédiatement  en  possession  de 
l'ancien  couvent  des  Guillelmites,  et  cette  possession  leur  fut 
confirmée  à  la  prière  de  l'évèque  de  Strasbourg,  Léopold 
d'Autriche,  par  une  bulle  du  pape  Paul  V,  laquelle  commence 
ainsi  :  Laboriamm  et  indefessam  operam,  quam  sodetas  Jesa 
m  militcmtis  Eccksiœ  agro  colendo,  et  vepribîtë  purgando.. . 
assidue  prœstat, 

*  Livre  de  prières  et  du  pèlerinage  de  Marienthal  (en  allemand)* 
Strasbourg  1749,  1  vol.  in-18,  p.  101. 

*  Il  professait  la  religion  protestante. 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDBE  DES  JÉSTUTES  317 

Le  nouveau  collège  fut  placé  sous  la  direction  du  R.  P.  Pîr- 
chinger,  et  le  Magistrat  de  la  ville  lui  unit  en  1627  la  caisse 
des  pauvres  étudiants.* 

En  1617,  à  la  prière  del'évêque  de  Strasbourg,  Léopold 
d'Autriche,  le  Magistrat  de  Haguenau  remit  au  recteur  Henri 
Roest  et  aux  Pères  de  la  Compagnie  de  Jésus  qui  résidaient 
dans  cette  ville,  le  couvent  de  Marienthal  qui  était  une  dépen- 
dance du  couvent  des  Guillelmites  de  la  ville  L'instrument 
de  cession  fut  solennellement  remis  au  R.  P.  recteur  par  une 
députation  du  Magistrat,  à  la  tète  de  laquelle  se  trouvait  le 
stettmeistre  Othon-Henri  Westermayer.  J.  U.  L. 

Le  couvent  des  Guillelmites  de  Marienthal,  situé  à  4  kilo- 
mètres de  Haguenau,  n'était  dans  Torigipe  qu'un  modeste 
ermitage  qui  avait  été  fondé  au  comment  ement  du  treizième 
siècle  par  le  chevalier  Albert  de  Wangen,  dans  la  forêt  sainte, 
auprès  d'un  ruisseau  appelé  Rothbachkin.  La  tradition  raconte 
que  ce  seigneur  s'y  consacra  à  la  vie  erémitique  et  y  plaça 
une  image  de  la  sainte  Vierge,  qu'il  se  plaisait  à  décorer  des 
dons  gracieux  de  la  nature,  de  fleurs,  de  verdure,  de  mousse; 
les  gens  du  voisinage  qui  virent  sa  retraite  l'appelèrent  Marien- 
thal (vallée  de  Marie).  En  12S5,  Bourcard,  dommus  et  mil^ 
in  Wangen,  et  sa  femme  Ita  de  Vinstingen,  firent  construire, 
en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge,  une  église  près  de  l'humble 
cellule  de  l'anachorète.  Au  bout  de  quelque  temps,  Albert  de 
Wangen,  lorsqu'il  fut  las  de  la  vie  solitaire  qu'il  menait, 
embrassa  l'état  ecclésiastique  et  entra  dans  la  congrégation 
religieuse,  instituée  par  saint  Guillaume  de  Malaval.  U  fit 
ériger,  en  1240,  de  concert  avec  son  frère  Engelhard  et  sa 
sœur  Igna,  femme  d'Anselme  de  Wangen,  sur  l'emplacement 
où  s'élevait  son  ermitage,  un  couvent  dont  il  disposa  en  faveur 
des  religieux  de  son  ordre.  Le  souverain  pontife  Innocent  IV 
laissa  tomber  des  regards  favorables  sur  ce  monastère,  et  émit 

^  Archives  de  la  Basse- Alsace.  D.  12. 


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318  BEVUE  d'àlsaob 

en  1245  une  bulle  en  sa  faveur,  aux  termes  de  laquelle  il  le 
prit  sous  sa  protection  et  sous  celle  du  siège  apostolique,  et 
confirma  son  incorporation  dans  Tordre  des  Guillelmites.  Ge 
couvent  ne  fut  entièrement  achevé  qu'en  1257,  époque  à 
laquelle  il  fut  l'objet  de  grandes  libéralités  de  la  part  de  ses 
fondateurs,  et  la  tradition  veut  qu'Albert  de  Wangen  en  ait 
été  le  premier  prieur. 

Après  la  mort  d'Albert  de  Wangen,  ses  neveux  Frédéric 
et  Seemann  de  Wassichenstein  firent,  en  1272,  donation  au 
couvent  de  Marienthal  d'un  emplacement  propre  à  la  construc- 
tion d'un  moulin  et  du  terrain  nécessaire  pour  le  creusement 
de  Tétang  qui  devait  alimenter  cette  usine. 

Sous  la  direction  des  Jésuites,  l'église  de  Marienthal  dédiée 
à  la  bienheureuse  Vierge  Marie,  devint  un  lieu  de  pèlerinage 
célèbre,  et  ne  fut  plus  assez  vaste  pour  contenir  la  foule  qui 
y  affluait  les  jours  consacrés  à  la  Mère  du  Sauveur  ;  elle  fut 
l'objet  d'un  grand  nombre  de  lettres  d'indulgence  émises  par 
les  souverains  pontifes  pendant  le  XVIP  et  le  XVIIP  siècle  ; 
elle  fut  entièrement  renouvelée  et  restaurée  en  1728,  et 
richement  dotée  par  la  reine  Marie  Leczynska. 

Les  revenus  des  Jésuites  de  Haguenau  étaient  de  4,000  ou 
5,000  livres  de  rentes  ;  le  nombre  des  religieux  était  de  sept 
ou  de  huit  qui  tenaient  un  collège  pour  les  basses  classes  et 
prêchaient  tous  les  dimanches  en  allemand,  dans  la  paroisse 
de  Saint-Georges.* 

Après  la  dissolution  du  corps  des  Jésuites,  l'église  de  Marien- 
thal fut  mise,  par  arrêt  du  Conseil  d'Etat  du  7  mars  1766,  à 
la  disposition  de  l'évêque  de  Strasbourg,  et  il  fut  ordonné  que 
les  biens  et  revenus  de  cet  établissement  seraient  administrés 
par  ce  prélat.  Le  cardinal  Louis-Constantin  de  Rohan  se  mit 
en  possession  de  ce  célèbre  pèlerinage,  en  fit  gérer  les  biens 

^  Lagiungb,  hco  citato. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  319 

et  les  revenus  par  un  receveur,  et  nomma  désormais  les  ecclé- 
siastiques chargés  de  le  desservir.^ 

Lors  de  la  suppression  de  Tordre  des  Jésuites,  il  y  avait  à 
Haguenau  douze  religieux  et  trois  frères  laïcs;  six  pères  et  les 
trois  frères  étaient  nés  étrangers,  ils  se  rendirent  dans  les 
établissements  de  leur  ordre,  situés  en  Allemagne. 

Une  caserne  de  cavalerie  occupe  aujourd'hui  l'emplacement 
de  Tancien  collège  des  Jésuites,  gui  lui-même  avait  été  cons- 
truit sur  remplacement  où  s'élevait  autrefois  le  célèbre  châ- 
teau de  l'empereur  Frédéric  Barberousse.  Le  Magistrat  avait 
abandonné  aux  Révérends  Pères  le  burg  impérial  par  acte  du 
il  octobre  16S8,  sous  la  condition  qu'ils  renonceraient  à  tous 
les  droits  etpriviléges  qui  en  dépendaient  et  qu'ils  en  conserve- 
raient le  principal  édifice  remarquable  par  sa  forme  antique. 

Au  commencement  de  la  Révolution,  Téglise  de  Marienthal 
et  les  bâtiments  et  biens  qui  en  dépendaient,  furent  vendus 
comme  propriété  nationale.  Après  la  restauration  du  culte,  l'é- 
vêque  de  Strasbourg,  M^  Saurine,  se  rendit  le  dernier 
dimanche  du  mois  de  juin  1804  à  Marienthal  pour  y  reconci- 
lier l'église  et  la  purifier  de  ses  souillures.  La  cérémonie  se 
fit  au  milieu  d'un  grand  concours  d'ecclésiastiques  et  de  fidèles 
accourus  de  tous  côtés.  En  1824,  le  propriétaire  de  l'église  qui 
avait  nom  Lenhart  et  qui  demeurait  à  Haguenau,  la  revendit 
avcc  les  bâtiments  qui  en  dépendaient,  moyennant  la  somme 
de  18,000  fr.  à  l'évêché  de  Strasbourg,  qui  depuis  long- 
temps avait  senti  la  nécessité  de  racheter  ce  célèbre  pèleri- 
nage. Les  terres  dont  il  ne  crut  pas  devoir  se  rendre  acqué- 
reur, demeurèrent  réservées  au  vendeur. 

L'évêché  afiecta  l'ancien  cloître  à  une  maison  de  retraite  pour 
les  prêtres  âgés  et  infirmes,  qui  y  desservent  les  autels  et 
reçoivent  les  pèlerins  dont  l'afQuence  est  toujours  considérable. 

Depuis  longtemps  les  dimensions  de  l'église  de  Marienthal 

*  Archives  de  la  Basse-Alsace.  G.  343. 


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320  BEVUE  d'âlsàob 

étaient  reconnues  insuffisantes,  surtout  aux  jours  de  grand 
concours,  où,  une  partie  notable  de  pèlerins  était  obligée  de 
stationner  à  l'extérieur  pendant  les  offices.  Pour  remédier  à 
cet  Inconvénient,  Tévêché  fît  agrandir  l'église  ;  grâce  au  gêné* 
reux  concours  des  fidèles  la  nef  fut  entièrement  reconstruite 
et  le  chœur  subit  une  restauration  qui  lui  a  rendu  son  carac- 
tère monumental.  Ces  travaux  commencés  en  1864,  d'après 
les  plans  de  M.  Morin,  architecte  du  département,  ont  été 
promptement  achevés  et  le  pèlerinage  le  plus  fréquenté  du 
diocèse  se  trouve  doté  d'une  église  belle  et  spacieuse,  cons- 
truite en  style  ogival. 

La  nouvelle  église  fut  consacrée  le  12  septembre  1866  par 
S.  Em.  le  cardinal  Mathieu,  archevêque  de  Besançon,  en 
présence  de  M^f  Rsess,  évAque  de  Strasbourg,  de  Ketteler, 
évéque  de  Mayence,  de  plusieurs  autres  prélats,  et  d'environ 
quatre  cents  ecclésiastiques  et  au  milieu  d'une  foule  immense 
attirée  par  la  solennité.  La  cérémonie  dura  de  6  heurbs  à 
midi,  sans  que  Tofficiant  trahit  la  moindre  fatigue,  malgré  le 
fardeau  de  ses  70  ans.* 

Les  établissements  des  Jésuites  situés  en  Alsace  portaient 
les  armoiries  de  leur  ordre,  c'est-à-dire  d'azur  au  monogramme 
supercroiseté  de  JHS  soutenu  des  trois  clous  de  la  passion 
appointés  le  tout  d'or,  entouré  d'un  cercle  oval  et  rayonnant 
de  même.  Les  sigillés  qu'ils  portaient,  représentaient  dans  un 
ovale  entouré  de  guirlandes  entrelacées  ces  mêmes  armoiries 
avec  la  légende:  LAVDABILE  NOMEN  DOMINI. 

Le  séminaire  que  l'archiduc  Léopold  d'Autriche,  évêque  de 
Strasbourg,  fonda  en  1617  à  Molsheim  \  et  dont  il  confia  la 
direction  aux  Jésuites,  avait  un  sceau  particulier.  Ce  sceau,  de 
0",035  de  diamètre,  représentait  un  guerrier  (probablement 


^  Reime  catholique  d'Alsace,  année  1866,  p.  424. 
*  Le  séminaire  fondé  en  1607  par  Charles,  cardinal  de  Lorraine,  évêque 
de  Strasbourg,  fat  réuni  en  1628  au  séminaire  Léopoldinien. 


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DISSOLUTIONS  DE  L'ORDBB  DES  JÉSUITES  321 

Tarchiduc  Léopold  lui-même),  revêtu  de  son  armure,  portant 
la  couronne  archiducale.  et  tenant  de  son  bras  dextre  un  dra- 
peau semé  de  fleurs,  et  dans  sa  main  senestre  une  église  et 
un  écusson  de  gueules  à  une  fasce  d'argent  qui  est  d'Au- 
triche, posé  sur  les  pieds  du  prince.  On  lit  autour:  SI6ILLVM 
SEMINARH  LEOPOLDIANL 

Le  chrismon  ou  le  jnonogramme  du  Christ  JHS,  est  formé, 
comme  on  sait,  des  trois  premières  lettres  du  nom  grec  de 
de  Jésus  (I^iiTouc)  que  Ton  traduit  aujourd'hui  par  ces  mots  : 
Jegus  hominum  ScUvator. 


Collège  de  Schlestadt. 

L'évêque  de  Strasbourg,  Léopold,  archiduc  d'Autriche,  avait 
fait  don  aux  Jésuites  de  la  province  du  Haut-Rhin,  en  1614; 
de  Téglise  de  Sainte-Foy  à  Schlestadt  et  des  bâtiments  de  la 
prévôté  en  dépendant,  pour  garantir  cette  ville  de  Tiavasion 
de  la  doctrine  de  Luther.  Ce  premier  établissement  fut  suivi 
de  la  fondation  d'un  collège  que  l'archiduc  Léopold  autorisa 
le  8  novembre  1618,  et  que  le  pape  Urbain  VIII  confirma  le 
15  février  1624.  L'empereur  Ferdinand  II  adressa  en  1621 
des  félicitations  à  son  frère  Léopold,  évêque  de  Strasbourg,  au 
sujet  de  l'introduction  des  Jésuites  dans  la  ville  de  Schlestadt.  ^ 

Celle-ci,  reconnaissante  des  services  que  rendaient  les 
Jésuites  à  l'enseignement,  leur  fit  construire,  en  1624,  contre 
la  tour  gauche  de  l'église,  sur  le  marché  aux  poissons,  un 
bâtiment  destiné  aux  classes.  Lorsque  cet  édifice  menaça 
ruine,  le  Magistrat  s'empressa  de  le  remplacer  par  une  nou- 
velle construction  placée  derrière  l'église.  Ce  collège  fut  rebâti 
à  neuf  par  les  Jésuites  en  1758  et  1754.* 

^  Archives  de  la  Basse-Alsace,  S.  G«  1691. 

*  I>ORLAN,  Notices  historiques  sur  Schlestadt,  V*  partie,  p.  65. 

4-  Année.  NouveUe  Série.  21 


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322  REVUE  d'alsacs 

Au  moment  de  la  suppression  de  cet  établissement,  le  nom- 
bre des  Jésuites  qu'il  renfermait,  était  de  quatorze,  dont  sept 
étaient  d'origine  française  ;  il  y  avait  en  outre  cinq  convers 
ou  frères  laïcs. 

Après  avoir  livré  à  la  Monnaie  de  Strasbourg  les  vases 
.Bacrés,  et  remis  aux  chefs  des  tribus  et  aux  élus  bourgeois 
notables,  les  effets  appartenant  à  la  Confrérie  de  Tagonie  qui 
se  tenait  dans  leur  église  ^  les  Jésuites  abandonnèrent  la 
ville  ^  ;  quatre  d'entre  eux,  nés  sujets  français,  profitant  de 
l'édit  du  roi  qui  leur  permettait  de  vivre  en  particuliers  sous 
Tautorité  spirituelle  de  Tordinaire,  revinrent  dans  la  suite  à 
Schlestadt  et  y  fixèrent  leur  résidence. 

Le  bâtiment  des  classes  que  le  départ  des  Jésuites  avait 
laissé  disponible,  fut  cédé  à  la  ville  pour  le  prix  de 
20,000  livres',  et  en  1769,  le  Magistrat  accorda  aux  Récollets 
Tautorisation  d'y  enseigner  les  classes  élémentaires.    * 

Dagobert  Fischer. 

^  La  Confrérie  de  l'agonie  fat  autorisée  en  1653,  par  le  pape  Innocent  X, 
et  confirmée  en  1693  par  le  pape  Innocent  XII. 
•  Archives  de  la  Basse- Alsace.  Car.  343. 
"  Archives  de  la  Basse-Alsace^  S.  G.  1691. 


fLa  fin  h  la  prochaine  livraison  J 


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CURIOSITÉS 


DE 


L'HISTOIRE  DE  MONTBÉLIARD 


Suite  et  fin. 

IV. 
POIDS  ET  MESURES 


Monnaies  et  prix  de  certains  objets  au  XVI?  siècle. 

Les  mesures  du  comté  de  Monlbéliard,  au  XVIP  siècle, 
étaient  les  suivantes  : 

Pour  les  grains,  la  qua/rte^  du  poids  de  40  livres,  contenant 
27"*  ,2,  divisée  en  2  bomeaux  ou  coupots  de  chacun  8  coupes 
ou  casses.  24  quartes  faisaient  le  bichot.  Le  picotin  était  un 
douzième  de  quarte. 

Pour  les  liquides,  lapmfe,  valant  1"*-,16,  divisée  en  2  cho- 
pines.  La  cfMune  valait  2  pintes;  la  fine  48  pintes  et  la  picée 
4tines. 

Pour  les  longueurs,  le  pied,  équivalant  à  10  pouces  8  lignes 
trois  dixièmes  points  de  Roi,  ou  0^^,289,  qui  se  divisait  en 
12  pouces,  et  le  pouce  en  12  lignes.  La  toise  était  de  10  pieds 
de  Montbéliard.  Vaum  était  d'environ  les  deux  tiers  de  celle  de 
Paris,  ou  0",80  à  peu  près. 

Pour  les  superficies,  le  journal,  qui  était  de  800  toises 
carrées  et  valait  28*'^'',06  environ,  divisé  en  4  quartes  chacune 


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3Qi  BEVUE  D' ALSACE 

de  2  boisseaux  ou  coupots.  Ia  fauché  Ae  pré,  de  même  con- 
tenance que  le  journal,  se  divisait  en  8  vcUemons.  Uarpent 
forestier  était  de  la  même  contenance  que  le  journal 

Pour  le  bois  de  chauffage,  la  toise  de  10  pieds  de  couche 
10  pieds  de  hauteur  et  4  pieds  de  bûche,  valant  9*^,674,  et  la 
corde  de  5  pieds  de  couche,  6  pieds  de  hauteur  et  3  pieds  de 
bûche,  valant  l^SiO. 

Pour  les  poids,  la  livre  de  Bâle,  de  489^,5^  divisée  en 
2  marcs  et  en  16  onces. 

Quant  aux  monnaies,  on  admettait  à  Montbéliard,  à  libre 
cours,  celles  d'une  partie  de  la  Suisse,  de  Tévêché  de  Bfile,  de 
l'Empire,  du  Wurtemberg,  de  Bourgogne  et  de  France,  indé- 
pendamment des  monnaies  frappées  à  Montbéliard,  et  qui 
étaient  loin  de  suffire  à  toutes  les  transactions.  Nous  nous  con- 
tenterons d'indiquer  les  monnaies  principales  et  surtout  celles 
qui,  le  plus  souvent,  étaient  employées  dans  renonciation  des 
valeurs. 

lia  monnaie  de  compte  ordinaire  était  le  franc  faible  de 
Montbéliard  ou  quart  cFécu^  qui  valait  16  sols  touinois;  il  se 
divisait  en  12  gros,  le  gros  en  4  bloflfics  et  le  blanc  en  S  mquets. 
\j^  franc  fort  de  Montbéliard  valait  20  sols  tournois,  et  avait 
les  mêmes  divisions  que  le  franc  faible.  Le  batz  de  Montbé- 
liard valait  2  sols  tournois.  Iol  livre  bâbnse  valait  27  sols  tour- 
nois, et  se  divisait  en  sols  bâlois.  Le  florin  valait  2  francs 
faibles  de  Montbéliard,  etc.  Le  ducat,  la  pistole,  Vécu  éF Empire, 
etc.,  avaient  des  valeurs  connues  qu'il  est  facile  de  réduire  en 
monnaie  de  compte  de  Montbéliard,  d'après  ce  que  nous 
venons  de  dire. 

Pour  faire  connaître  la  valeur  de  l'argent  à  Montbéliard  au 
XVn*  siècle,  nous  dirons  qu'en  1684  la  journée  d'un  manœu- 
vre, nourriture  en  sus,  valait  en  été  4  gros  et  en  hiver  2  gros; 
et  nourriture  non  comprise,  elle  valait  en  été  8  gros  et  en 
hiver  6  gros;  celle  d'un  faucheur,  d'un  vigneron,  d'un  maçon 
ou  d'un  charpentier,  valait  9  gros,  nourriture  en  sus;  celle 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIRE  DE  MONTBÉLIARTr  325 

d'un  couvreur  (taitot),  d'un  menuisier,  d'un  vitrier,  10  gros, 
dans  les  mêmes  conditions;  celle  d'une  voiture  à  3  ou  4  che- 
vaux était  payée  9  gros  par  cheval,  conducteur  y  compris.  Le 
labour  d'une  quarte  de  terre  valait  9  gros  3  blancs.  Un  tom- 
bereau de  sable  se  payait  3  gros.  Une  paire  de  roues  de  cha- 
riot variait  de  80  gros  à  8  francs  ;  une  paire  de  roues  de  car- 
rosse, avec  l'essieu,  valait  4  francs.  La  grosse  serrurerie  ou 
maréchalerie  valait  2  gros  la  livre;  une  serrure  à  ressort  et 
verrou,  IS  batz  ;  la  livre  d'étain  fin,  plats  et  assiettes,  14  à 
15  gros;  la  livre  d'étain  commun,  10  gros,  et  en  poterie, 
10  1/2  gros. 

Une  selle  piquée  valait  de  18  à  24  francs;  un  collier  de 
cheval  en  basane,  2  francs;  une  paire  de  souliers  à  trois 
semelles  pour  bourgeois  ou  laboureurs,  de  24  à  28  batz,  et  de 
bourgeoise,  entre  12  et  20  batz;  la  façon  d'un  habit  ordinaire, 
18  gros;  d'un  habit  d'étoffe  fine,  1  florin;  d'un  manteau,  de 
de  15  à  21  gros.  Le  maître  tailleur,  pris  à  la  journée  et  nourri 
chez  la  pratique,  recevait  3  gros  ;  etc. 


LE  LUXE  A  MONTBÉLIARD  ET  A  LA  CAMPAGNE 

Le  besoin  de  plaire,  inné  chez  la  femme,  lui  a  fait  de  tout 
temps  rechercher  avec  avidité  la  toilette  et  les  parures,  comme 
A  ces  choses,  dont  la  mode  ne  dure  souvent  qu'un  jour,  étaient 
capables  de  rehausser  l'éclat  d'un  beau  visage  ou  d'embellir 
des  traits  disgracieux  I 

Le  gouvernement  de  Montbéliard  essaya  maintes  fois  de  réa- 
gir contre  le  luxe,  maisses  prescriptions  furent  toujours  violées. 


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326  REVUE  d*alsàcb 

Le  10  juillet  1665,  sur  les  plaintes  des  pasteurs,  il  fut 
défendu  aux  jeunes  filles  de  la  ville  de  porter  des  floquets. 
Qu'est-ce  que  ce  pouvait  bien  être?  L'historien  Duvernoy 
nous  dit  que  c'était  une  parure  de  tête,  mais  là  s'arrête  sa 
description.  Or,  les  floquets  étaient  simplement  les  flots  ou 
nœuds  de  rubans  ornant  le  dessus  des  bonnets  (cales,  en 
patois)  que  portent  encore  les  paysannes  du  pays  de  Montbé- 
liard.  Cette  coiffure  est  ordinairement  de  soie  noire  et  ornée 
de  broderies  en  chenille,  de  grains  de  verre  de  couleur  et  de 
paillettes  de  cuivre  ;  elle  est  surmontée  d'un  large  nœud  de 
rubans  qui  ressemble  de  loin  aux  ailes  d'un  papillon.  Un  cor- 
sage dessinant  la  taille,  un  fichu  recouvrant  les  épaules  et  la 
gorge,  enfin  une  jupe  courte;  tel  est  le  costume  pittoresque  de 
nos  campagnardes. 

Au  XVII*  siècle  les  cales  ou  calots  étaient  en  velours  ou 
crêpe  noir.  Suivant  un  contemporain,  les  premiers  étaient 
garnis  de  dentelles  autour  et  dessus,  et  de  roses  de  non- 
pareilles  à  côté  et  derrière  ;  les  deuxièmes  étaient  garnis  de 
crêpe  en  bouillon  dessus  et  aux  bords,  et  de  roses  à  côté  et 
derrière,  tout  ensemble. 

Ce  genre  de  coiffure,  qui  ne  devait  pas  être  laid,  parut 
trop  simple  aux  dames  de  Montbéliard  au  commencement 
du  XVIII*  siècle.  Elles  l'ornèrent  àefontanges  ou  nœuds  de 
rubans.  Mais  mal  leur  en  prit,  car  le  16  juillet  1702  le  duc 
Léopold  Eberhard,  dont  les  mœurs  libertines  auraient  dû  faire 
supposer  plus  d'indulgence  envers  le  beau  sexe,  leur  ordonna 
de  reprendre  Fandenne  et  louable  coutume  et  mode  des  habits 
de  Montbéliard,  et  menaça  les  contrevenantes  de  fortes  amendes. 
C'est  pour  ne  s'être  pas  conformées  à  cette  ordonnance,  que 
des  dames  du  meilleur  monde,  la  baronne  Louis  de  Forstner 
et  ses  trois  filles,  furent  condamnées,  le  28  juillet  de  cette 
année- là,  chacune  à  500  francs  d'amende;  elles  avaient  porté 
des  fontanges,  et,  crime  encore  plus  grandi  elles  n'avaient  pas 


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CURIOSITÉS  DB  L'HISTOIRE  DE  MONTBÉLIARD  327 

assisté  à  nn  service  extraordinaire  dans  l'église  allemande, 
leur  paroisse.  Leurs  démarches,  pour  obtenir  la  remise  de 
cette  amende  exorbitante,  trouvèrent  les  juges  inexorables; 
elles  furent  obligées  de  la  payer. 

C'est  au  XVIP  siècle  que  les  femmes  de  la  bourgeoisie 
commencèrent  à  porter  des  fourrures,  au  grand  scandale  des 
pasteurs  qui  tonnèrent  en  chaire  contre  celte  nouvelle  mode, 
et  menacèrent,  à  défaut  d'intervention  de  Tautorilé  séculière, 
et  en  vertu  du  pouvoir  qu'ils  avaient  de  Dieu,  de  pourvoir 
autrement  (probablement  par  Texcommunication)  à  ce  péché 
et  scandale  publie,  qui  se  faisait  au  mépris  des  pasteurs  et  par 
conséquent  de  Dieu.  »  Ils  sollicitèrent  en  1665  du  duc  George 
qu'il  interdît  l'usage  des  martres;  mais  ce  prince  rejeta  leurs 
doléances,  et  l'excommunication  dont  étaient  menacées  les 
femmes  pécheresses  fut  ajournée. 

Malgré  les  peines  sévères  édictées  par  les  ordonnances  des 
princes  de  Montbéliard  et  les  plaintes  des  ministres,  le  luxe 
ne  continua  pas  moins  à  augmenter.  Un  contemporain  s'écriait 
en  1702:  <r  Qu'on  fasse  la  revue  de  la  ville,  n'y  trouvera-t-on 
pas  des  palais  en  comparaison  des  maisons  mal  bâties  et  rui- 
neuses que  les  sujets  habitaient  avant  la  rentrée  de  Son 
Altesse  sérénissime  dans  ses  Etats?  Qu'on  regarde  leurs 
habillements  et  leur  mise:  on  verra  le  bourgeois  et  la  bour- 
geoise couverts  de  fin  drap,  de  beau  linge,  d'étoffes  de  soie, 
chargés  d'argent  et  de  joyaux,  et  qui  ne  les  connaîtra,  ne 
pourra  faire  aucune  différence  entre  le  noble  et  le  roturier!  » 

A  la  fin  du  XVIII*  siècle  Jean-Léonard  Parrot  disait  (^Statis- 
tique  du  comté  de  Montbéliard):  <  Le  luxe  a  dépassé  toutes 
les  bornes  ;  aperçoit-on  nos  dames,  on  doit  supposer  que  la 
ville  est  fort  riche  ;  à  peine  une  mode  a-t-elle  paru  à  Paris, 
qu'on  la  voit  aussi  ici  ;  la  table  à  toilette  est  l'autel  le  plus  fré- 
quente des  dames,  et  le  nombre  de  ses  serviteurs  est  grand. 
Actuellement  peu  de  maisons  possèdent  un  équipage,  ce  qui 


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SaB  BBYUE  d'ALSACB 

est  cause  que  les  voitures  de  louage  sont  d'autant  plus  nom- 
breuses. Les  habitants  des  villages  sont  encore  vêtus  de  la 
même  façon  qu'il  y  a  quarante  ans;  mais  les  femmes  com- 
mencent à  porter  des  mouchoirs  de  soie  et  de  mousseline,  ainsi 
que  des  tabliers  de  coton.  Le  luxe  de  la  ville  se  montre  égale- 
ment et  dans  les  meubles  et  dans  les  bâtiments.  > 

Avant  le  milieu  du  XVITI'  siècle,  où  les  cotonnades  commen- 
cèrent à  apparaître  dans  le  pays  de  Montbéliard,  les  vêtements 
étaient  en  laine  ou  en  toile  de  chanvre.  Les  étoffes  de  laine 
fabriquées  dans  la  contrée,  étaient  appelées  droguet  ou  tier- 
cdin.  Elles  étaient  en  usage  parmi  les  classes  aisées,  et  ser- 
vaient à  faire  ces  larges  robes  ou  ces  longs  manteaux  noirs 
que  MM.  les  Neuf-Maîtres  bourgeois  de  la  ville  portaient  dans 
les  cérémonies  publiques,  avec  toques  de  velours  sur  la  tête 
et  rabats  blancs  sous  le  menton.  La  bourgeoisie  portait  encore 
des  vêtements  de  grisette,  étoffe  de  laine  et  de  coton.  Quant 
aux  pauvres  gens  et  aux  habitants  de  la  campagne,  ils  ne  se 
servaient  guère  que  de  grossières  étoffes  de  chanvre  connues 
sous  les  noms  bizarres  de  verquelures,  velours  de  gueux  ou 
diablement  forts. 


Carrosses. 

Quoique  à  la  fin  du  XYIII'  siècle  peu  de  personnes  à  Mont- 
béliard possédassent  un  équipage,  tous  les  conseillers  de 
régence  avaient  néanmoins  un  carrosse  et  deux  chevaux;  ils 
ne  touchaient  cependant  que  900  livres  d'appointements  par 
an.  Il  est  vrai  qu'à  cette  époque  tout  était  bien  moins  cher  que 
de  nos  jours. 

L'habitant  de  Montbéliard  qui  le  premier  fit  usage  d'un 
carrosse,  fut  Hector  Carray  (mort  en  1626),  parcequ'il  ne 
pouvait  supporter  les  voyages  à  cheval.  Ce  véhicule  lourd  et 
massif  ne  ressemblait  guère  aux  élégantes  voitures  de  notre 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIRE  DE  MONTBÉLIÀRD  S39 

époque;  il  était  extérieurement  garni  en  cuivre  soutenu  par  de 
petits  clous  à  grosses  tètes  jaunes,  alignés  les  uns  à  côté  des 
autres  ;  l'impériale  était  entourée  d'une  gouttière  servant  à 
l'écoulement  des  eaux  de  pluie. 


Intérieur  et  ameublement  d'nne  maison  bonrgeolBe. 

Duvernoy,  l'auteur  des  Ephémérides,  donne  la  description 
suivante  de  l'intérieur  d'une  maison  de  Montbéliard  au 
XVIP  siècle  :  «  Le  luxe  n'avait  point  encore  envnhi  les  appar- 
tements. Des  escabeUes  et  sièges  à  dossier  m  bois,  une  chaise  à 
brM  garnie  d'un  coussin  de  bourre,  un  lai^e  6î(^c/à  troisou 
quatre  portes,  quelquefois  orné  de  sculptures  grossières,  un  haut 
gctrde-robe^  des  bahuts  ferrés,  une  arche-basse  ou  boutte-pain, 
des  tables,  un  Ut,  démesurément  vaste,  surmonté  d'un  balda- 
qtdn  d'où  descendaient  d'amples  rideaux  en  serge,  garnis  de 
franges  ou  de  galons,  quelques  couchettes,  un  petit  mettrol  à 
deux  étages,  supportant  les  livres  destinés  à  l'édiûcation  jour- 
nalière ;  tel  était  à  peu  près  tout  ce  qui  composait  le  mobilier 
d'une  famille.  Les  images  des  aïeux,  non  moins  rembrunies 
que  les  cadres  qui  entouraient  ces  peintures  ;  des  traits  de 
l'Histoire  sainte  dans  des  encadrements  aussi  modestes  que 
les  gravures  mêmes;  enfin  une  glace  ovale  ou  carrée  avec  un 
pourtour  en  verre  étamé,  variaient  dans  les  appartements 
l'uniformité  des  murs  blanchis  à  la  chaux,  lorsqu'ils  n'étaient 
pas  tendus  d'une  tapisserie  en  laine  à  grands  ramages;  rare- 
ment on  trouvait  des  cheminées  ;  des  poêles  en  fonte  ou  en 
briques  vernissées  les  remplaçaient  avec  avantage  ;  enfin  les 
chambres  étaient  éclairées  par  des  jours  de  hauteur  souvent 
inégale,  et  distribués  sans  symétrie,  dont  les  vitres  en  losange 
ne  laissaient  arriver  qu'une  lumière  douteuse  ;  les  plafonds 
étaient  traversés  par  des  poutres  à  peine  dégrossies  et  bar- 


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330  REVUE  D' ALSACE 

bouîUées  de  diverses  couleurs  ;  un  escalier  en  escargot,  pra- 
tiqué dans  la  viorbe^  conduisait  aux  différents  étages.  C'est 
ainsi  qu'on  nommait  la  tourelle  adossée  à  la  maison,  qui  en 
formait  le  supplément  obligé,  et  dont  un  bourgeois  de  Mont- 
béliard  était  aussi  jaloux  que  de  la  jouissance  de  ses  fran- 
chises. » 

Jusqu'au  commencement  du  XVIIP  siècle,  époque  où  le 
verre  commença  à  devenir  commun  en  Franche-Comté,  les 
fenêtres  étaient  garnies  de  papier  huilé.  Aux  XVI*  et  XVII* 
siècles  la  vaisselle  dont  se  servaient  les  gens  riches,  était  en 
étain  ;  quant  à  celle  du  peuple,  elle  était  en  bois  ou  en  terre. 
Ce  ne  fut  que  vers  le  milieu  duXVIP  siècle  que  les  personnes 
aisées  commencèrent  à  garnir  leurs  appartements  de  boiseries 
en  chêne  ou  de  pièces  de  tapisseries  en  laine.  En  1720  les 
miroirs  étaient  très  rares,  même  dans  les  châteaux.  C'est  aussi 
vers  cette  époque  que  Ton  commença  de  se  servir  de  matelas 
en  crin  ;  auparavant  les  meilleurs  lits  étaient  faits  de  plumes. 


Intérieur  d'une  habitation  de  paysan. 

Tels  étaient  Tameublement  et  la  disposition  d'une  maison 
bourgeoise  de  la  ville.  Mais  quels  étaient  ceux  des  compa- 
gnards?  L'abbé  Richard,  dans  ses  recherches  historiques  sur 
Neufchâtel  près  du  Pont-de-Roide,  entre  à  ce  sujet  dans  des 
détails  intéressants,  qui  peuvent  parfaitement  s'appliquer  aux 
habitants  du  pays  voisin  de  Montbéliard. 

Au  XIV*  siècle,  dit  cet  auteur,  leurs  misérables  huttes 
étaient  enfoncées  de  plusieurs  pieds  dans  le  sol  ;  comme  les 
animaux,  ils  semblaient  chercher  la  chaleur  en  s'enfouissant 
dans  la  terre.  Ils  en  tournaient  ordinairement  l'entrée  vers  le 
nord.  Un  corridor  appelé  porchot  (àxxlnXin porticm),  traversait 
le  milieu  de  la  maison  ;  cette  issue  était  ménagée  sans  doute 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIRI  DE  MONTBÉLIARD  331 

pour  fuir  plus  aisément  en  cas  de  danger.  Une  partie  servait 
d'étabie  et  de  grenier  à  foin;  et  l'autre,  qui  était  le  logement, 
consistait   dans  une  seule  pièce,  sans   fenêtre^  ;  un  trou 
pratiqué  dans  la  partie  supérieure,  et  qu'on  appelait  tuez  ou 
tiÊyaUy  amenait  une  petite  lueur  et  quelque  peu  d'air  dans  ces 
sombres  et  puants  réduits.  Plus  tard;  le  besoin  de  lumière  fit 
élargir  et  élever  ces  cheminées  ;  elles  occupèrent  la  presque 
totalité  de  cette  habitation  noire  et  enfumée  ;  un  volet  établi 
en  balancier,  au  dessus  de  l'ouverture,  se  fermait  ou  s'ouvrait 
à  l'aide  d'une  corde,  et  laissait,  selon  sa  position,  pénétrer  plus 
ou  moins  de  clarté  :  ce  volet  s'appelait  louène.  Il  servait  aussi 
à  fermer  l'ouverture  des  cheminées  dans  les  mauvais  temps 
et  lorsqu'il  pleuvait.  L'usage  de  résider  sous  ces  cheminées 
est  aussi  ancien  dans  les  montagnes,  et  plus  particulièrement 
dans  le  canton  du  Pont-de-Roide,  que  les  habitations  pour  les 
hommes  qui  furent  séparées  aux  XIV*  et  XV  siècles  des 
bâtiments  réservés  au  bétail,  et  qui  ont  gardé  le  nom  de  che- 
minée. Ces  logements,  construits  en  pierres,  en  forme  de  carré 
long,  joignaient  les  granges  qui  étaient  en  bois,  et  les  sur- 
passaient par  l'élévation.  Dès  le  XIIP  siècle  chaque  maison 
eut  son  cellier;  ce  bâtiment  en  bois,  rarement  en  pierres,  et 
détaché  des  habitations,  servait  de  cave  et  de  grenier.  Depuis 
la  fin  du  XVII*  siècle  les  celliers  ont  disparu,  mais  la  distribu- 
tion ancienne  des  maisons  s'est  conservée  presque  sans  chan- 
gements jusqu'à  nos  jours. 


Vêtements  et  mobilier  d'im  serf. 

Les  arts  les  plus  nécessaires  à  la  vie,  continue  le  même 
historien,  étaient  dans  l'enfance.  Les  hommes  étaient  couverts 

^  Ce  ne  fat  qu'au  XVI'  siècle  qu'on  pratiqua  des  fenêtres  dans  les  mai- 
sons; ce  n'était  que  de  petites  ouvertures  d'un  pied  carré,  qu'on  garnit 
d'abord  de  papier  et  ensuite  de  verre. 


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382  BBVUB  d'alsaob 

de  peaux  de  bétes  oa  d'an  drap  grossier  de  laine,  fabriqué 
dans  le  pays,  et  appelé  droguet.  Ce  drap  était  mis  en  usage 
sans  avoir  été  teint  ;  sa  couleur  naturelle,  qui  est  le  gris  cen- 
dré, était  encore,  il  n'y  a  pas  longtemps,  fort  affectionnée  des 
vieillards.  De  pareils  vêtements  excitaient  des  démangeaisons 
et  produisaient  des  éruptions  cutanées;  de  là,  ces  maladies 
épidémiques  si  fréquentes,  connues  sous  le  nom  de  ladrerie  et 
de  peste,  qui  moissonnaient  des  populations  entières,  parce 
qu'on  ignorait  l'art  de  les  prévenir  ou  d'y  apporter  remède. 
Il  n'y  avait  dans  les  habitations  d'autre  ameublement  que 
quelques  coffres  de  bois  grossièrement  taillés.  Les  ustensiles 
de  ménage  et  la  vaisselle  étaient  en  bois  et  en  terre;* les  outils 
aratoires  étaient  de  la  confection  la  plus  impar&ite;  le  fer, 
rare  alors,  n'entrait  presque  pour  rien  dans  leur  structure; 
ce  ne  fut  qu'aux  XV*  et  XV!'  siècles  qu'il  commença  à  y  être 
employé  en  quantité  considérable. 

Au  commencement  du  XVHP  siècle,  dit  ailleurs  l'abbé 
Richard,  l'ameublement  des  maisons  était  encore  de  la  plus 
grande  simplicité;  on  ne  voyait  à  la  cuisine  d'autres  meubles 
qu'une  crédence  dont  les  rayons  étaient  garnis  de  vaisselle  en 
bois  et  en  terre,  de  quelques  assiettes  d'étain,  et  chez  les  riches 
d'un  chaudron  en  cuivre.  Au  poêle  (chambre)  était  un  four- 
neau énorme  en  terre  cîiite,  ou  un  plus  petit  en  fonte  de  forme 
carrée,  avec  un  ou  deux  petits  bancs  pour  servir  de  sièges. 
Non  loin  du  fourneau,  une  planche  suspendue  par  des  sup- 
ports et  des  montants  en  bois,  servait  à  entreposer  la  vaisselle, 
le  pain,  etc.  ;  de  là  ce  proverbe  :  <  Ilffadupaineurlaplanthe.  > 
Les  lits  consistaient  en  quatre  petites  colonnes  rondes  on 
carrées,  placées  aux  angles  et  assemblées  par  des  planches; 
des  tringles  en  fer  ou  en  bois  supportaient  des  rideaux  de 
serge  verte  ou  bleue  qui  entouraient  le  lit  de  tous  côtés;  une 
bande  de  la  même  étoffe  en  formait  le  ciel.  Les  buffets  com- 
mençaient à  devenir  communs,  mais  les  coffres  en  bois  de 
chêoe  ou  de  noyer  étaient  encore  plus  en  usage  pour  serrer 


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CUBIOSITÉS  DE  L'HISTOIKE  DE  MONTBÉLIARD  333 

le  linge,  les  habits,  les  denrées  et  tontes  sortes  d'objets.  Les 
chambres  avaient  à  peine  un  ou  deux  pieds  d'élévation  au 
dessus  de  la  taille  moyenne. 


Description  de  rintérieur  dn  château  de  Montbéliard  à  la  fin  du 
Xnr  siècle  et  plîifl  tard.  ^ 

Quant  aux  châteaux  du  moyen-âge,  bâtis  comme  des  nids 
d'aigle  au  sommet  des  rochers  ou  des  montagnes,  leurs  pro- 
priétaires y  avaient  accumulé  tous  les  moyens  de  défense 
connus  à  cette  époque  pour  les  rendre  inexpugnables  :  larges 
fossés,  tours  massives,  épaisses  murailles  garnies  de  nom- 
breuses meurtrières;  mais  on  y  eût  cherché  vainement  le 
confortable.  Dans  ces  forteresses  on  voyait  de  grandes  salles 
voûtées,  éclairées  par  d'étroites  fenêtres,  aux  vitres  d'inégale 
grandeur,  garnies  de  plomb  et  de  papier  huilé.  Les  murs  de 
ces  salles  étaient  entièrement  nus  ;  ce  ne  fat  qu'au  XVIP  siècle 
qu'on  les  recouvrit  de  boiseries  de  chêne  ou  de  tapis  de  laine  ; 
le  sol  en  était  garni  de  larges  dalles  de  pierre  sur  lesquelles 
on  étendait  en  hiver  de  la  paille,  et  les  parquets  en  bois  de 
chêne  ne  furent  connus  que  plus  tard,  au  Xyil*"  siècle.  Leur 
ameublement  consistait  en  sièges  et  tables  de  bois  grossière- 
ment sculptés,  en  quelques  coffres  et  bahuts,  en  vaisselle  d'étam 
et  en  quelques  gobelets  d'argent,  enfin  en  des  lits  immenses 
garnis  de  plume,  et  où  plusieurs  personnes  pouvaient  se  reposer. 

On  en  jugera  par  la  description  suivante  du  château  de 
Montbéliard  à  la  fin  du  XIII*  siècle,  description  empruntée  à 
l'histoire  manuscrite  des  comtes  de  Montbéliard,  laissée  par 
feu  l'architecte  Luc  Wetzel.  Cette  description  a  le  rare  mérite 

^  Cette  description,  qui  est  due  à  la  plame  dn  regretté  M.  L.  Wetzel, 
architecte,  montrera  ce  qu'étaient  à  cette  époque  recnlée  non-seulement 
l'ameublement  et  la  disposition  intérieure  d'une  demeure  féodale,  mais 
encore  la  vie  intime  de  ses  nobles  propriétaires. 


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334  BEYUB  D' ALSACE 

de  nous  montrer  non-seulement  ce  qu'était  à  cette  époque 
l'ameublement  d'un  château,  mais  encore  la  vie  d'intérieur 
des  seigneurs. 

Au  temps  de  Thierry  lil  le  grand  baron  (mort  à  la  fin  1285), 
le  chfttel-deyant  qui  était  seul  habité,  le  châtel-derrière  étant 
encore  en  construction,  renfermait  plusieurs  salles  et  une 
chapelle  où  était  un  antique  autel  de  pierre  sur  lequel  la  tra- 
dition prétend  qu'on  avait  dit  la  première  messe  célébrée  dans 
le  comté,  et  devant  lequel  vint  encore  s'agenouiller  en  1418 
l'empereur  Sigismond  revenant  du  concile  de  Constance.  Le 
château,  lourde  et  massive  construction,  aux  épaisses  murailles 
et  au  toit  recouvert  de  larges  dalles,  était  percé  de  petites 
fenêtres  dans  les  profondes  embrasures  desquelles  la  châte- 
laine venait  placer  sa  chayre  à  dossier  sculpté,  quand  elle 
voulait  se  distraire,  par  la  vue  des  campagnes  environnantes, 
des  longs  ennuis  de  la  vie  de  manoir.  Les  pièces  d'habitation 
étaient  en  petit  nombre,  mais  vastes  et  voûtées  pour  la  plu- 
part. Celles  qui  ne  Tétaient  pas,  laissaient  voir  les  fortes 
solives  en  chêne  grossièrement  sculptées  de  leur  plafond. 
Toutes  étaient  nues,  froides  et  sombres  ;  elles  étaient  dallées 
ou  parquetées  d'épais  plateaux  de  chêne.  Le  retrait  de  la  com- 
tesse, danj  lequel  se  trouvait  tout  le  confort  que  comportaient 
l'éppque  et  les  habitudes  d'alors,  était  seul  revêtu  de  hautes 
tapisseries  dues  à  l'aiguille  des  jeunes  châtelaines  et  de  leurs 
suivantes.  C'est  là  qu'étaient  les  meubles  précieux,  le  prie- 
dieu  sculpté  et  surmonté  de  la  statue  en  ivoire  de  la  Vierge, 
les  coffrets  renfermant  les  bijoux  et  les  riches  étoffes  du 
Levant.  Partout  ailleurs  quelques  meubles  dé  chêne  aux  fer- 
rures massives,  des  armes  et  des  engins  de  guerre  ou  de  chusse 
suspendus  aux  parois,  rompaient  la  monotonie  de  ces  vastes 
salles  à  l'aspect  sévère  et  guerrier.  La  plus  vaste  salle,  la  pièce 
d'apparat,  était  la  salk  dan)ies  qui  portait  déjà  le  nom  de 
scUle  desfitfs  ou  des  vassaux.  Une  haute  cheminée  en  pierre, 
sous  le  manteau  de  laquelle  six  personnes  pouvaient  se  tenir 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIBE  DE  MONTBÉUABD  335 

à  Taise,  occupait  un  de  ses  côtés;  elle  était  surmontée  de  Técu 
de  Monibéliard  aux  deux  poissons  adossés.  Quelques  fenêtres 
hautes  et  étroites,  ouvertes  au  nord  et  au  couchant,  donnaient 
Yue  sur  le  Ghâtelot  de  la  Grotte  (citadelle)  et  sur  la  plaine 
marécageuse  à  l'extrémité  de  laquelle  apparaissait  le  village 
de  Sainte-Suzanne  avec  sa  vieille  chapelle  dressée  sur  le  rocher 
et  but  d'un  pèlerinage  renommé  dans  toute  la  contrée.  Dans 
les  tympans  des  voûtes  et  le  long  des  murs  de  cette  salle,  les 
nombreux  écussons  des  vassaux  du  comte  étaient  groupés 
au  dessus  des  lourdes  armures,  souvenir  des  aïeux,  dont  plus 
d'une  portait  les  traces  de  coups  d'épée  ou  de  lance.  Au  milieu 
de  ces  armes,  à  la  place  d'honneur,  se  voyait  la  bannière  du 
comte  entourée  des  pennons  des  vassaux  aux  couleurs  écla- 
tantes. Un  siège  massif  et  monumental  en  chêne  sculpté, 
recouvert  d'un  large  coussin  en  cuir  de  Gordoue,  sur  lequel 
deux  personnes  pouvaient  s'asseoir,  surmonté  d'un  riche  dais, 
était  placé  sur  une  estrade,  élevée  en  face  de  la  porte  d'entrée. 
De  vastes  draperies  rouges,  sur  lesquelles  étaient  brodées  en 
or  les  armoiries  de  Montbéliard  et  de  Ferrette,  entouraient  ce 
trône  sur  lequel  le  comte  se  plaçait  aux  jours  de  reprises  de 
fiefs  pour  recevoir  l'hommage  que  ses  vassaux  lui  prêtaient  à 
genoux  et  la  main  dans  la  main.  La  comtesse  prenait  place  à 
côté  de  son  époux,  vêtue  d'une  robe  à  ses  armes  et  coiffée 
d'un  haut  bonnet  conique,  quand  le  vassal  était  de  son  fief  ou 
quand  le  comte  voulait  particulièrement  honorer  le  chevalier 
qui  venait  lui  prêter  foi  et  hommage.  Tour  à  tour  salon  féodal, 
salle  d*armes  et  de  conseil,  de  fêtes  et  de  festins,  la  salle  des 
vassaux  s'ouvrait  pour  tous  les  grands  événements  de  la  vie 
du  manoir.  Le  comte  y  recevait  les  hauts  barons  du  voisinage 
lorsqu'ils  venaient  débattre  avec  lui  les  intérêts  de  la  poli- 
tique, la  paix  ou  la  guerre,  une  ligue  pour  ou  contre  le  comte 
de  Bourgogne,  la  résistance  à  l'empereur,  ou  quelque  projet 
d'expédition  en  Terre-Sainte.  D'autres  fois  c'était  un  mariage 
dans  la  famille  du  comte,  le  baptême  de  l'héritier  de  Montbé- 


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^  BEVUE  D' ALSACE 

liard,  ou  le  retour  triomphant  du  comte  de  quelque  expédition 
périlleuse.  C'était  alors  la  table  du  festin  qui  remplissait  la 
vaste  salle,  toute  brillante  de  torches  et  de  flambeaux,  toute 
chargée  d'énormes  pièces  de  venaison,  des  grosses  carpes  da 
Doubs  et  des  belles  truites  de  TÂlsace  ;  les  lourds  harnais  de 
fer  avaient  été  suspendus  aux  murailles,  le  toquet  à  plume 
d'aigle  remplaçait  le  heaume  à  visière  grillée,  et  le  surcot  de 
velours  à  la  poitrine  armoriée,  la  cotte  de  mailles  ou  le  pour- 
point en  buiïle.  Les  nobles  châtelaines,  coiffées  d'un  haut 
bonnet  bourguignon  d^étoffe  du  Levant,  d'où  pendait  un  long 
voile,  traînaient  sur  les  dalles  grossières  la  queue  de  soie  ou 
de  velours  de  leur  jupe  étrangement  ornée  sur  le  côté  droit 
de  broderies  en  or  ou  en  passementerie  représentant  leurs 
armes.  Des  pages,  aux  11  vrées]chamarrées  d^armoiries,  versaient 
dans  de  larges  hanaps  ciselés  et  dorés  la  cervoise  et  les  vins 
brillants  de  la  Bourgogne  et  du  Rhin.  Tambourins,  violes  et 
rébesques  égayaient  les  festins  ;  et,  vers  la  fin  du  repas,  assez 
tôt  cependant  pour  que  les  convives  pussent  encore  y  com- 
prendre quelque  chose,  apparaissait  un  char  préparé  dans  une 
pièce  voisine,  ayant  la  formt  d'une  forteresse,  d'un  navire  ou 
d'une  montagne,  qui  s'avançait  sur  des  roulettes  et  qui  portait 
des  personnages  au  costume  bizarre  venant  jouer  devant  les 
nobles  invités  une  scène  rappelant  quelque  fait  d'armes  glo- 
rieux, quelque  lai  d'amour,  quelque  légende  où  figuraient 
tour  à  tour  la  vouivre  du  ruisseau  d'Allondans,  la  Dame 
blanche  de  Montbéliard,  la  tante  Arie  de  Blamont,  la  Dame 
verte  de  Glémontou  la  Mélusine  de  Mathay.  Cette  salle  de  fêtes 
s'ouvrait  aussi  quelquefois  aux  serfs  du  comté;  mais  alors  elle 
avait  de  nouveau  changé  d'aspect;  ce  n'était  que  les  jours  de 
deuil  et  quand  la  mort  avait  frappé  l'un  de  nos  comtes.  De 
sombres  tentures  et  des  cierges  nombreux  la  transformaient 
alors  en  chapelle  ardente;  la  grande  bannière  de  combat  était 
couchée  dans  la  poussière;  un  voile  noir  couvrait  le  fier  écus- 
son  aux  bars  d'or  ;  au  centre  de  la  vaste  salle,  sur  un  lit  de 


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CURIOSITÉS  DE  L'HISTOIBE  DS  MONTBâLIiLBD  8S7 

parade  entouré  de  cierges  allumés,  son  casque  à  ses  pieds,  le 
comte  mort,  revêtu  de  son  armure,  tenant  un  crucifix  dans  ses 
mains  ganteiées  et  croisées  sur  la  poitrine,  était  exposé  pen- 
dant deux  jours  aux  regards  de  tous;  deux  chapelains  priaient 
au  pied  du  lit  vers  lequel  veillaient,  la  lance  au  poing,  les 
archers  et  les  hommes  d'armes  de  la  garde  du  château. 

Petit  à  petit  le  confortable  apparut  dans  les  châteaux,  et 
au  commencement  du  XVIIP  siècle  leurs  appartements  avaient 
un  certain  luxe  qui  était  même  déjà  très  grand  dans  celui  de 
Montbéliard  en  1761,  époque  où  il  fut  reconstruit  entière- 
ment. Dans  Tancien  corps-de-logis  du  chfttel-derrière,  au  rez- 
de-chaussée,  on  voyait  une  salle,  la  plus  vaste  de  toutes,  dont 
les  murs  peints  à  fresque  représentaient  les  armoiries  de 
Montbéliard,  de  Wurtemberg,  de  Salm  et  de  Bavière,  et  celles 
des  nombreux  vassaux  du  comté.  C'était  la  scUle  des  -fiefs,  qui 
avait  remplacé  celle  qui  se  trouvait  dans  le  chfttel-devant 
lorsque  le  chfttel- derrière  fut  construit  ou   agrandi   par 
Thierry  III,  le  grand  baron,  ou  par  Renaud  de  Bourgogne,  son 
successeur.  C'est  là  qu'avaient  lieu,  comme  son  nom  l'indi- 
quait, les  reprises  solennelles  de  fief,  et  où  l'on  déposait  en 
public  les  corps  des  princes  décédés,  avant  qu'on  ne  procédât 
à  leurs  funérailles.  La  plupart  des  appartements  du  chfttel- 
derrière  avaient  des  tentures  en  bergamasque  ou  en  cuir,  dont 
la  couleur  dominante  servait  à  les  distinguer  entre  eux.  Ici 
c'était  la  chambre  peinte,  ailleurs  la  chambre  bleue,  plus  loin 
la  chambre  Jaune.  U  y  avait  la  chambre  noire  qu'avait  habitée 
le  duc  Ulric  pendant  son  exil  du  Wurtemberg,  et  dont  la 
sombre  tapisserie  et  l'ameublement  correspondaient  aux  dis- 
positions d'esprit  dans  lesquelles  il  était  alors.  Cet  appartement 
demeura  le  même  pendant  plus  d'un  siècle.  La  chambre  rouge 
était  destinée  aux  audiences:  la  tenture,  les  draperies  et  Ta- 
meuUement  de  cette  pièce  étaient  en  velours  rouge  bordé  de 
franges  et  de  crépines  en  or.  Un  rang  de  banquettes  garnis- 
sait l'un  des  côtés  dans  toute  sa  longueur.  Un  fauteuil,  élevé 

4-*  Année.  Nonvelle  Série.  22 


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888  BEVUE  d'alsagb 

sous  un  dais  richement  orné,  occupait  le  fond  ;  en  ayant  et  à 
peu  de  distance  était  placée  une  table  jaune  et  noire  (couleurs 
de  la  maison  de  Wurtemberg),  recouverte  d'un  tapis  oi  velours 
noir.  Dans  la  salk  à  manger,  tendue  de  drap  rouge  et  ornée 
de  plusieurs  tableaux  de  chasse  entremêlés  de  têtes  de  cerb 
et  de  chevreuils,  on  remarquait  six  fauteuils  de  velours  noir 
avec  leurs  coussins,  douze  tabourets  en  drap  de  même  couleur, 
un  cabinet  d'orgues  pour  accompagner  le  chant  sacré  pendant 
les  repas,  une  longue  table  recouverte  d'un  tapis  de  Turquie, 
et  plusieurs  buffets  garnis  de  vaisselle  plate  et  de  coupes  en 
argent  et  en  vermeil;  leur  nombre  était  considérable,  et 
quelques-unes  étaient  si  amples  qu'on  pouvait  à  peine  les  tenir 
d'une  main.  Il  y  avait  aussi  un  hanap  d'or  massif,  enrichi  de 
pierres  précieuses,  et  d'un  travail  achevé.  Il  fut  mis  en  gage 
entre  les  mains  d'un  banquier  de  Bâle,  avec  plusieurs  autres 
objets  de  prix,  pendant  la  guerre  désastreuse  de  Trmfe  ans. 


VI. 

TRADITIONS  ET  LÉGENDES 

La  vouivre. 

Dans  plusieurs  villages  du  pays  de  Montbéliard  et  d'Ajoie 
on  parle  d'un  serpent  ailé,  appelé  vouivre,  qui  fréquente  les 
ruines  des  vieux  châteaux  et  les  montagnes  rocailleuses.  Ce 
monstre  n'a  qu'un  œil  formé  d'une  escarbouck  ou  pierre  pré- 
cieuse qui  projette  une  lumière  si  vive,  que  ceux  qui  la 
voient  sont  frappés  de  terreur.  En  blason,  la  vmwreoM  guiore 
est  représentée  sous  la  forme  d'un  couleuvre  engloutissant  un 


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CURIOSITÉS  DE  l'HISTOIRE  DE  MONTBÉLIÂRD  339 

enfant.  Cet  animai  fantastique  figurait  dans  les  anciennes 
armoiries  du  pays  d'Ajoie,  sous  la  forme  d'un  serpent  ailé  et 
mariné  d'or,  avec  une  langue  et  un  œil  de  gueules  (rouge). 
Longtemps  ayant  Tannée  1431,  les  habitants  du  village  de 
Dung  près  Montbéliard  avaient  été  affranchis  de  toute  espèce 
de  charges,  sauf  d'une  prestation  annuelle  de  10  livres  de 
cire,  en  récompense,  dit.une  très  ancienne  tradition,  du  service 
signalé  qu'ils  avaient  rendu  à  toute  la  contrée  en  la  délivrant 
d'une  vouivre  qui  l'infestait. 

Le  château  de  Moron,  dont  on  aperçoit  encore  les  ruines 
près  du  village  de  Vaufrey,  était  aussi  hanté  par  un  monstre 
de  ce  genre.  Un  jour,  dit  la  légende,  qu'un  brave  chevalier  du 
nom  de  DôIe  avait  voulu  s'emparer  d'un  trésor  caché  dans  ce 
château,  la  vouivre  le  poursuivit,  le  contraignit  d'abandonner 
sa  pioche  et  de  descendre  la  colline  d'un  pas  précipité.  Le 
cœur  glacé  d'effroi,  il  appela  la  Vierge  à  son  secours,  et  tomba 
évanoui.  Sa  prière  fut  exaucée  :  Marie  le  protégea  des  atteintes 
du  monstre,  et  en  reconnaissance  de  ce  bienfait,  il  lui  érigea 
une  chapelle  qui  existe  encore. 


L'esprit  du  château  de  Maiche. 

A  une  faible  distance  de  Maiche,  sur  une  colline,  l'en  voit 
les  restes  d'un  antique  manoir  qui  a  sa  légende  merveilleuse. 
Dans  un  des  caveaux,  dit  l'abbé  Richard  dans  sa  monogra- 
phie sur  Maiche,  existe  un  coffre-fort  rempli  d'or  et  d'argent. 
Ce  trésor  est  le  fruit  des  épargnes  d'un  vieux  chevalier 
très  cupide,  dont  l'âme  gémit  en  purgatoire  depuis  quatre 
ou  cinq  siècles.  Une  fois  tous  les  cent  ans,  ce  chevalier, 
revêtu  d'un  manteau  blanc,  une  clef  de  feu  entre  les  dents, 
apparaît  pendant  la  nuit  de  Noël.  Il  appelle  quelqu'un  de  ses 
vassaux  ou  de  ses  sujets  pour  puiser  dans  ce  trésor,  afin  de 
faire  des  aumônes  pour  hâter  sa  délivrance;  le  restant  doit 


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840  BBVUB  d'alsaob 

appartenir  à  celai  qui  lui  rendra  ce  Berviee.  Mais  pour  cela, 
il  faut  avoir  jeftné,  être  en  état  de  grâce,  se  trouver  à  Feutrée 
du  souterrain  quand  sonne  la  messe  de  minuit,  crier  trois 
fois  :  c  Chevalier  du  trésor  /  >  et  lorsqu'il  apparaît,  lui  arracher  la 
clef  de  feu  qu'il  tient  entre  les  dents. 

Selon  Monnier  (^Du  culte  des  esprits  en  Séqucme\  Tâine  de 
ce  chevalier  prend  habituellement  la  forme  d'un  cochon  noir 
veillant  sur  le  trésor  du  château,  rôdant  parfois  autour  du 
bourg  de  Maiche.  tenant  une  clef  toute  rouge  dans  sa  gueule 
et  cherchant  un  homme  assez  hardi  pour  la  lui  prendre.  Peu 
s'en  fallut  que  le  magister  de  l'endroit  ne  s'en  emparât  un 
jour,  ainsi  que  du  trésor.  Un  soir  d'hiver,  qu'il  venait  de 
sonner  la  retraite  à  8  heures,  il  rencontre  l'âme  du  chevalier 
qui,  sous  la  forme  humaine  qu'il  lui  est  permis  de  reprendre 
quelquefois  pour  ne  pas  effrayer  les  gens,  le  prie  de  se  trans- 
porter à  minuit  précis  dans  un  souterrain  du  château.  Le 
bonhomme  en  fait  la  promesse  héroïque;  et,  comme  s'il  n'y 
avait  plus  rien  de  mortel  en  lui,  il  se  rend  à  point  nommé  au 
lieu  indiqué.  Le  porc  noir  lui  apparaît  la  gueulé  enflammée 
et  tenant  la  fameuse  clef  entre  ses  dents.  A  cette  vue,  toute  la 
pusillanimité  du  pauvre  pédagogue  se  montre,  et  son  héroïsme 
s'évanouit.  Les  yeux  égarés,  le  front  pâle,  le  crin  hérissé,  le 
malheureux  s'enfuit  à  toutes  jambes,  et  de  son  côté  l'âme 
désolée  disparaît  en  poussant  des  cris  lamentables. 


Lee  Dames  vertes  da  ohftteaa  de  Olémont  et  de  la  oombe  d'Ejan. 

Entre  le  village  de  Montécheroux  et  la  ville  de  Saint-Hip- 
polyte,  au  fond  d'un  pittoresque  vallon  dominé  par  des  rochers 
à  pic,  s'élève  une  montagne  de  forme  conique,  au  sommet  de 
laquelle  existait  autrefois  le  château  de  Glémont,  plus  célèbre 
dans  le  roman  de  la  Nouvelle  Astrée  que  dans  les  annales  de 
la  province.  Pour  se  rendre  de  Saint-Hippolyte  à  Glémont,  on 


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0UBI08IT&S  DE  L'HISTOIBE  DE  MONTBÉLURD  341 

monte  la  Combe  de  la  Dame^  ravin  profond  du  sommet  du- 
quel tombe  en  petites  cascades  le  ruisseau  de  la  Gude.  G*est  à 
la  source  fraîche  de  ce  ruisseau,  dit  Monnier  (Culte  des  esprits) 
qu'une  déesse  diasseresse,  après  avoir  fatigué  sa  meute  sous 
les  hêtres  touffus  du  Lomont,  amenait  quelquefois  le  comte 
de  Montbéliard  et  le  conviait  à  un  repas  frugal.  Les  jeunes 
filles  racontent  que  les  garçons  de  leur  connaissance  qui 
reviennent  de  la  foire  de  Saint-Hippolyte,  et  après  avoir  trop 
fêté  Bacchus,  se  sont  vus  tout  à  coup  entourés,  au  milieu  des 
pâturages  déserts,  par  une  troupe  de  jeunes  darnes^  aussi 
espi^les  que  jolies;  qu'elles  se  sont  plu  aies  lutiner,  à  égarer 
leurs  pas  et  à  pousser  de  grands  éclats  de  rire  répétés  parles 
échos  moqueurs,  et  que  la  Dame  verte,  les  dépassant  de  toute 
sa  tête,  semblait  présider  à  leurs  jeux. 

On  prétend  que  ces  déités  folâtres  ont  pour  demeures  les 
grottes  de  la  Combe  de  la  Dame,  de  la  Roche  d'âne  entre 
Villars  et  le  Pont-de-Roide,  et  de  la  Combe  dHya/n.  (Test 
dans  le  vallon  de  la  combe  d'Hyan,  entre  les  villages  de  Neuf- 
châtel  et  de  Rémoodans,  que  se  trouve  la  Roche  de  la  Dame 
verte.  C'est  là  que  se  cache  la  déesse,  derrière  un  rideau  de 
hêtres  auxquels  s'entrelacent  les  tiges  des  lianes;  c'est  là  qu'elle 
se  contente,  pendant  la  pluie,  d'un  étroit  abri,  et  qu'elle  passe 
toutes  les  nuits  qui  sont  sans  lune  pour  les  humains. 


La  Dame  blanche  du  chftteaa  da  Montbéliard. 

Le  château  de  Mbntbéliard^  comme  beaucoup  d'autres,  était 
hanté  par  une  Dame  blanche  qui  ne  se  montrait  que  lors- 
qu'un membre  de  la  famille  de  nos  comtes  devait  mourir;  on 
l'entendait  alors,  dans  les  vastes  corridors  du  manoir,  pousser 
des  plaintes  et  des  gémissements.  Cette  légende  nous  vient 
d'Allemagne^  et  Duvernoy  prétend  que  la  Dame  blanche  de 


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^3  BEVUE  D'ALSâOB 

Montbéliard  est  Tàme  d^une  mère  dénaturée,  Agnès  comtesse 
d'Orlamunde  en  Thuringe,  qui  avait  donné  la  mort  à  ses  deux 
enfante.  Cette  Agnès  était  la  belle-fille  de  Béatrice,  sœur  aînée 
d'Otton  V,  duc  de  Méranie  et  comte  paladin  de  Bourgogne  ; 
elle  aurait  épousé  Otton  I"*,  comte  d'Orlamunde. 


La  tante  Aiie  et  les  fées. 

Une  des  plus  gracieuses  légendes  du  pays  de  Montbéliard 
est  celle  de  la  tante  Arîe,  divinité  protectrice  de  l'enfance. 
Dans  la  nuit  de  Noël,  elle  visite  les  maisons  où  il  y  a  des  en- 
fante; c'est  par  la  cheminée  et  sur  un  âne  qu'elle  descend, 
pour  remplir  de  noix  et  de  noisettes  les  sabots  que  les  bambins 
ont  eu  soin  de  mettre  près  de  l'fttre.  Le  lendemain,  quand  ils 
se  réveillent,  ils  s'empressent  d'aller  voir  si  la  fée  leur  a  donné 
quelque  chose;  et  comme  elle  est  bien  bonne,  elle  n'en  a 
oublié  aucun,  pas  même  les  indociles  et  les  paresseux;  seule- 
ment ils  entendent  les  sons  de  sa  clochette  et  sa  voix  cour- 
roucée qui  les  menace  de  ne  rien  leur  laisser  à  la  Noël 
suivante,  s'ils  ne  deviennent  pas  sages  et  studieux. 

La  tante  Arie  est  aussi  la  patronne  des  jeunes  filles  labo- 
rieuses ;  elle  leur  apprend  à  filer  le  lin  et  le  chanvre.  Gare  à 
celles  que  la  paresse  ou  Tamour  détourne  du  soin  de  leurs 
fuseaux,  elles  sont  certaines  d'avoir  leur  quenouille  emmêlée 
le  jour  du  carnaval,  époque  de  l'année  où  le  printemps  va 
revenir  et  où  la  saison  de  filer  va  finir. 

La  tante  Arie  était  confondue,  au  moyen-âge,  avec  une 
autre  Arie  ou  Henriette,  comtesse  de  Montbéliard,  dontlamain 
généreuse  répandit  de  nombreux  bienfaite  sur  le  pays  de 
Montbéliard  et  de  Porrentruy. 

Si  la  tante  Arie  est  une  bonne  fée,  il  y  en  a  d'autres  très 
malfaisantes,  qui  se  rendent  pendant  la  nuit  sur  le  sommet 


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cuBiosrrés  db  l'histoibb  de  montbéliabd  343 

des  GoUines  et  des  montagnes  ou  dans  les  l)ruyères  désertes, 
pour  se  liirrer  à  des  rondes  infernales  fijecles  sorcières  et  les 
nains  noirs.  Elles  jettent  de  mauvais  sorts  sur  les  animaux  et 
les  honomes.  Les  vieillards  racontent,  le  soir  à  la  veillée,  une 
quantité  de  mauvais  tours  qu'elles  ont  joué  aux  habitants  du 
villi^e. 


L'esprit  de  Van  près  de  Olay. 

Entre  les  villages  de  61ay  et  de  Roches  se  trouve  un  vallon 
étroit,  appelé  Fem,  entouré  de  sombres  forêts  et  de  rochers 
élevés.  Les  gens  du  pays  croient  encore  qu'il  est  hanté  par 
un  esprit  qui  pousse  pendant  la  nuit  des  cris  lamentables. 
Les  plus  crédules  pensent  que  pour  se  préserver  de  ses 
atteintes,  il  faut  avoir  sur  soi  du  beurre  et  du  sel,  et  les  ber- 
gers, qui  passent  la  nuit  dans  le  voisinage,  en  portent  toujours 
dans  leurs  poches,  n  est  probable  que  cette  croyance  a  été 
occasionnée  par  les  cris  nocturnes  poussés  par  les  nombreux 
chats-huants  qui  nichent  dans  les  rochers  de  ce  vallon. 


Superstition  des  habitants  de  Lougres. 

  la  fin  du  XVI*  siècle  les  habitants  de  Lougres  rendaient 
encore  en  secret  un  culte  superstitieux  à  une  statue  de  saint 
Hilaire,  ancien  patron  de  leur  église,  que  quelques  personnes 
dévotes  avaient  soustraite  à  toute  recherche. 


Légende  dn  Pont  Sarrazin. 

En  726  les  Arabes  d'Espagne  ou  Sarrazins,  qui  pour  la 
seconde  fois  étaient  entrés  en  France,  remontèrent  le  Rhône, 


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344  RBVUH  D'ALHiLCE 

la  Sadne  et  le  Doubs,  saccagèrent  Besançon  et  les  abbayes  de 
Luxeuil  et  de  Lure.  Celle  de  Lare,  dit-on,  ne  fnt  épargnée 
que  grftce  à  l'interrention  miracnleuse  de  saint  Délie.  La 
France  ne  fat  délivrée  de  lear  présence  qu'en  7S2,  lorsqu'ils 
furent  vaincus  à  Poitiers  par  Charles  Martel. 

Certains  lieux  de  notre  pays  rappellent  par  leur  nom  le  pas- 
sage de  ces  infidèles:  la  Grotte  des  Sarrazim  à  Voujaucourti 
la  Voie  des  fées  ou  Chemin  des  Sarrazins  à  Présentevillers,  et 
le  Pont  Sarrazin  près  de  Yaudencourt. 

Le  Pont  Sarrazin  se  trouve  aufondd'nn  pittoresque  vallon, 
et  n'est  autre  qu'un  rocher  à  pic  ayant  la  forme  d'un  pont 
d'une  seule  arche,  d'où  jaillit  une  source  abondante,  qui  a  la 
propriété  de  pétrifier  promptement  les  objets  qu'on  y  met 
Suivant  une  légende,  une  jeune  fille  de  la  contrée,  poursuivie 
par  un  Sarrazin,  se  réfugia  sur  ce  pont  naturel,  l'y  attendit 
résolument,  et  le  précipita  dans  le  torrent. 


Légende  de  saint  Uaimbœnf. 

Saint  Maimbœuf,  patron  de  Montbéliard,  était  originaire 
d'Ecosse;  il  parcourait  le  monde,  enseignant  le  christianisma 
Arrivé  à  Dampierre-Ies-Bois,  il  resta  une  partie  de  la  journée 
en  prières  dans  l'église  du  lieu,  et  trouva,  en  continuant  sa 
route,  des  hérétiques  qui  voyageaient  ;  il  les  arrêta  et  leur 
prêcha  les  vérités  de  l'Evangile  ;  les  étrangers  le  voyant  bien 
vêtu,  crurent  qu'il  portait  beaucoup  d'argent.  Irrités  d'ailleurs 
de  ce  qu'il  professait  une  autre  croyance  que  la  leur,  ils  le 
tuèrent  à  coups  de  couteaux  et  de  bfttons.  On  l'inhuma  dans 
l'endroit  où  il  avait  souffert  le  martyre,  proche  d'une  fontaine 
d'eau  vive  où  plus  tard  fut  érigé  le  prieuré  de  Froide-Fon- 
taine. Mais  bientôt  le  bruit  des  miracles  qui  s'opéraient  sur 
son  tombeau,  éveilla  l'attention  publique,  et  détermina  la 


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CUBIOSITÉS  DE  L'HISTOIRB  DE  MONTBÉLIARD  845 

translation  de  son  corps,  d'abord  à  Dampîerre,  puis  dans  l'é- 
glise du  château  de  Montbéliard  qui  prit  dès  lors  le  nom  de 
Saînt-MaimboBuf.  Sa  mémoire  est  honorée  dans  le  diocèse  de 
Besançon  le  28  janvier  de  chaque  année. 


Légende  d0  SamirDisier. 

Non  loin  du  bourg  de  Beaucourt  se  trouve  le  village  de 
Saint-Dizier.  La  légende  prétend  qu'un  pieux  personnage  de 
ce  nom  fut  tué  près  du  village  de  Croix,  et  que  le  duc  de  la 
contrée,  appelle  Rabiac,  informé  de  ce  meurtre,  donna  des 
ordres  pour  que  ses  restes  fussent  recueillis  dans  l'oratoire 
voisin  de  saint  Martin.  Cette  chapelle  fut  reconstruite  en  1041, 
et  n'est  autre  que  la  belle  église  gothique  que  l'on  voit  encore 
dans  le  village  de  Saint*Dizier. 

La  crédulité  populaire  attribua  aux  reliques  de  Saint-Dizier 
des  propriétés  miraculeuses.  Il  y  a  encore  des  gens,  dit  le 
docteur  Muston  dans  ses  Recherches  (miropologiques  sur  le 
pays  de  Montbéliard,  qui  y  vont  en  pèlerinage;  d'autres  y 
amènent  des  aliénés.  Voici  ce  qui  se  passait  il  y  a  quelques 
années  :  dans  l'église  se  trouve  une  grande  cuve  en  pierre, 
longue  de  6  pieds  et  large  de  4,  offrant  une  ouverture  où  l'on 
faisait  entrer  les  fous  et  où  on  les  maintenait  pendant  un 
certain  temps,  durant  lequel  on  récitait  des  prières.  On  les 
conduisait  ensuite  au  vcU  et  on  les  plongeait  dans  la  fontaine. 
Puis  on  les  ramenait  près  de  l'église,  dans  un  certain  local 
où  on  les  enfermait  et  attachait  avec  des  chaînes  à  de  grosses 
poutres.  Ce  traitement  durait  ordinairement  neuf  jours,  et  avait 
lieu  aussi  bien  en  hiver  qu'en  été.  En  apprenant  ces  faits,  le 
docteur  Muston  s'adressa  à  l'autorité  judiciaire  pour  qu'elle 
fît  cesser  des  pratiques  aussi  barbares  que  superstitieuses,  et 
depuis  lors  le  traitement  des  fous  par  la  méthode  de  Saint- 
Dizier  a  complètement  disparu. 


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S46  BEVUB  D'ALSiLOB 

La  Pierr&i[iii-toiinie  de  Ohampqr. 

A  une  certaine  distance  de  Ghampey,  sur  le  chemin  qui 
conduit  de  ce  village  au  hameau  des  Yallettes,  se  trouve  une 
énorme  pierre  de  forme  ronde,  ayant  environ  2'',50  diamètre 
et  BO  centimètres  d'épaisseur.  On  a  cru  longtemps  que  c'était 
un  ancien  monument  druidique,  mais  ce  n'est  qu'un  bloc 
de  rocher  qui  s'est  détaché  de  l'éminence  où  il  était  primiti- 
vement fixé,  éminence  aji  pied  de  laquelle  se  trouvent  amon- 
celées d'autres  pierres  moins  considérables.  La  crédulité 
populaire  lui  attribue  la  propriété  merveilleuse  de  se  retourner 
une  fois  chaque  siècle;  aussi  Tappelle-t-on  Pierre  qui  tourne. 

P.-E.  TOBPPBRD. 


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LES    MONTBELIARDS 
EN  PALESTINE* 


En  relisant,  l'hiver  dernier,  les  récits  de  Ville-Hardoin  et  de 
Joinville,  j'ai  été  frappé  d'y  rencontrer  à  diverses  reprises  les 
noms  de  nos  comtes  de  Montbéliard.  J'en  ai  conclu  que  le 
rôle  de  ces  princes  en  Orient  avait  plus  d'importance  que 
nous  ne  le  supposions  généralement,  et  qu'il  pouvait  y  avoir 
quelque  intérêt  à  connalti*e  de  plus  près  leurs  aventures  et 
leurs  exploits  dans  ces  contrées  lointaines. 

Ha  première  pensée  était  tout  simplement  de  recueillir  et 
de  grouper  les  indications,  plus  ou  moins  complètes^  dispersées 
dans  ces  auteurs,  pour  les  lier  ensuite  autant  que  le  per- 
mettraient les  ressources  bibliographiques  dont  je  pourrais 
disposer,  et  établir  entre  les  faits  une  relation  qui  les  rendît 
intelligibles. 

Assurément  je  ne  songeais  en  aucune  façon  à  faire  une 
œuvre  sérieuse.  Dans  notre  ville,  nous  avons  malheureuse- 
ment peu  de  ressources  pour  des  recherches  suivies:  un  livre 
appelle  un  autre  livre,  celui-ci  d'autres  encore;  et  ce  n'est 
qu'à  la  condition  d'avoir  sous  la  main  des  bibliothèques  con- 
sidérables et  des  matériaux  de  toute  nature,  que  l'on  peut 
donner  aux  études  un  caractère  véritablement  scientifique. 

Cependant,  grâce   au  précieux  livre  de  Ducange  sur  les 
*  Ce  travail  a  été  In  à  la  Société  d'émulation  de  Montbéliard. 


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348  BE7T7B  D'ALSâGB 

familles  d'outre-mer,  et  aux  importantes  notes  critiques  dont 
M.  Rey  en  a  enrichi  la  publication^  je  suis  parvenu  à  donner 
à  mon  travail  plus  d'ensemble  et  de  précision  que  je  ne  Tes- 
pérais  au  début;  et,  tout  en  restant  dans  les  termes  d'une 
simple  élude,  j'ai  pu  débrouiller  suflisamment  les  &it8  et  les 
dédales  généalogiques  pour  arriver  à  quelques  résultats  bien 
incomplets,  sans  doute,  mais  qui  seront  peut-être  nouveaux 
pour  quelques-uns  d'entre  les  lecteurs  de  la  Revue  dAkace, 
comme  ils  Tont  été  pour  moi. 

On  raconte  que  Sainte-Beuve,  parlant  de  V  Histoire  de  la  litté- 
rature française  de  M.  Nisard,  disait  un  jour  :  <  Si  IL  Ampère 
eût  traité  ce  sujet,  comme  il  en  avait  l'intention,  il  eût  fait 
mieux  que  M.  Nisard;  mais  aujourd'hui  M.  Nisard  a  certaine- 
ment le  pas  sur  M.  Ampère^  car  il  a  fait  le  travail,  et  M.  Am- 
père ne  l'a  pas  fait.  » 

J'en  dirai  autant  de  ces  quelques  pages  que  j'offre  au  public» 
en  attendant  mieux. 

Au  reste,  ce  n'est  pas  sans  plaisir  que  j'ai  pu  suivre  nos 
paladins  des  bords  du  Doubs  à  ceux  du  Jourdain,  et  les  voir 
tour  à  tour  planter  leur  bannière  sur  les  montagnes  de  la 
Palestine  ou  de  la  Chypre,  en  Egypte,  ou  sur  les  rives  da 
Bosphore,  au  milieu  de  populations  si  diverses  de  mtceurs,  de 
costumes,  de  langages,  dont  bien  souvent  ils  ignoraient  même 
les  noms.  Mais  de  même  que  dans  les  courses  aventureuses 
de  la  jeunesse,  on  aime  à  s'attarder  tantôt  en  présence  de 
quelque  antique  monument  ou  sur  le  bord  de  quelque  fraîche 
fontaine,  ainsi  bien  souvent,  en  poursuivant  ce  travail,  j'aurais 
aimé  que  mon  cadre  fût  assez  large  pour  me  permettre  de 
recueillir  bien  des  récits  parfois  originaux  et  dramatiques,  ou 
simplement  naïfs  et  curieux  rapportés  par  les  chroniqueurs, 
et  de  retenir  ainsi  de  nombreux  épisodes  pittoresques  que 
nos  historiens  ont  jugé  à  propos  d'écarter  de  la  gravité  de  leurs 
récits,  mais  qui  peignent  bien  mieux  au  vif  les  temps,  les 
hommes  et  les  circonstances  que  ne  font  les  faits  généraux 


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LBS  MONTBâLIABDS  BN  PALESTINE  849 

et  l'ensemble  toujours  un  peu  vague  des  événements.  Il 
est  bon  de  butiner  parfois,  et  souvent  je  me  serais  accroché 
volontiers  aux  buissons  du  chemin.  Mais,  bien  que  n'ayant 
aucun  scrupule  à  m'attarder  ainsi,  j'ai  dû  jusqu'à  un  certain 
point  m'arrêter  aux  limites  de  mon  sujet,  que  j'ai  poursuivi 
d'ailleurs  uniquement  par  curiosité  pour  un  ensemble  de  faits 
qui,  tout  en  nous  touchant  particulièrement,  se  lie  cependant 
suflBsamment  aux  événements  généraux  de  l'histoire  pour  y 
puiser  quelque  intérêt. 

Au  moment  où,  suivant  l'expression  quelque  peu  ampoulée 
d'Anne  Comnène  \  «  les  croisades,  arrachant  l'Europe  à  ses 
fondements,  la  précipitaient  sur  l'Asie  >,  l'histoire  de  notre 
comté  de  Montbéliard  ne  remontait  pas  bien  loin  encore.  Les 
temps  antérieurs  à  l'an  mil,  et  même  ceux  qui  suivirent,  ne 
nous  offrent  qu'un  petit  nombre  de  données,  souvent  isolées, 
entourées  d'incertitudes  et  affectant  assez  fréquemment  le 
caractère  de  légendes.  On  connaît  la  tradition  de  Saint-Maimbo, 
celle  de  Saint-Dizier,  et  les  récits  d'Adson.  Ce  sont  en  quel- 
que sorte  nos  temps  fabuleux  ou  héroïques;  la  poésie  même 
s'en  est  emparée.  Dans  le  poème  de  Gérard  de  Roussilion,  nous 
voyons  le  nom  de  Montbéliard  figurer  à  quatre  reprises  dif- 
férentes; tantôt  c'est  le  preux  chevalier  Lombard  que  perdent 
nos  guerriers,  tantôt  c'est  un  personnage  du  nom  inconnu  de 
Foucher,  qui  commande  un  corps  de  sept  mille  soldats  venus 
devers  Montbéliard.  Dans  le  S.  Graal  apparaît  le  comte  Gau- 
thier, dont  nous  aurons  plus  tard  à  raconter  l'histoire,  et 
avec  lui  Hugues  de  Boron,  village  voisin  de  Délie,  appartenant 
sans  doute  à  quelque  vassal  de  nos  princes. 

  cel  temps  que  je  la  retreis 
A  Monseigneur  Gautier,  en  pès, 
Qui  de  Monbélial  estait, 
Onques  retrait  este  n'avait.* 

*  Alexiade, 

'  TuETET,  Cart.  de  ManibéUard,  p.  114.  Mém.  mss. 


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350  BBVUB  D'ALSACE 

Ailleurs,  c*est  Ruxener,  ou  Franciscus  Modios  qui  nous 
montre,  dans  ses  Pomdectea  triomphales^  nos  chevaliers  com- 
battent les  Huns,  et  disputant  le  prix  des  tournois  dans  les 
jeux  célébrés  par  Henri  l'Oiseleur  après  sa  victoire  de  Merse- 
bourg. 

Ainsi  dès  l'origine  apparaît  l'esprit  aventureux  et  guerrier 
qui  va  conduire  nos  héros  d'abord  sur  les  champs  de  bataille 
d'Italie,  bientôt  dans  ceux  de  Palestine.  Déjà  Frédéric,  fils  de 
Louis  de  Mousson,  avait  accompagné  à  Rome  son  parent  le 
pape  Léon  IX,  lors  de  son  avènement  au  trône  pontifical. 
Devenu  l'époux  d'Agnès  de  Savoie  et  marquis  de  Suze,  il 
s'était  dévoué  au  Sainfr^iége  pour  lequel  il  avait  vigoureuse- 
ment combattu  contre,  l'empereur  Henri  IV.  Sa  cousine,  la 
fameuse  comtesse  Mathilde,  fille  de  Béatrice  de  Lorraine,  veuve 
de  Boniface  d'Esté,  et  nièce  de  Sophie  de  Montbéliard,  lui 
avait  confié  le  commandement  de  ses  troupes;  et  le  pape  Gré- 
goire VU,  dont  il  s'était  fait  le  champion,  le  chérit,  au  dire  de 
Berthold  de  Constance,  comme  un  fils  bien-aimé.*  Plus  tard, 
Pierre,  l'aîné  des  fils  de  Frédéric,  fut  expulsé  d'Italie  par 
Conrad,  fils  de  Henri  IV,  et  se  retira  au  chftteau  de  Lucel- 
bourg,  dont  il  prit  le  nom. 

Mais  avant  d'aborder  le  sujet  qui  doit  spécialement  nous 
occuper,  rappelons  en  peu  de  mots,  pour  les  personnes  qui 
peuvent  avoir  perdu  de  vue  notre  histoire  locale,  quelques 
faits  généraux  propres  à  leur  servir  de  jalons  au  milieu  des 
récits  qui  vont  suivre. 

Pendant  les  huit  cents  ans  que  subsiste  notre  comté  de 
Montbéliard,  quatre  familles  ont  succesivement  occupé  le 
pouvoir.^  D'abord  la  famille  lorraine  de  Mousson,  qui  descen- 
dait probablement  des  anciens  ducs  d'Alsace,  et  dont  la 

*  Ex.  Bertoldi  :  Chronic,  Monwnentagermaniœ  historica,  t.  V,  p.  454: 
Hune  venerabilis  papa  Gregorius  qtMii  unicum  filium  amavU^ 

•  Lêop.  Eber.  Duvbrnoy,  Dissert,  inaugur.,  p.  10. 


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LES  M0NTBÊLIABD8  EN  PALESTINE  851 

domination  sur  MoQtbéliard  se  prolongea  à  partir  d'une  époque 
qu'il  est  impossible  de  déterminer,  jusqu'à  la  mort  de 
Thierry  II,  vers  1 162.  Vint  ensuite  la  famille  de  Montfaucon 
à  partir  de  la  date  ci-dessus,  jusqu'à  la  mort  de  Thierry  10, 
le  grand  baron,  en  1S85.  Puis  la  famille  de  Ghalon  ou  de 
Boai^ogne,  pendant  le  règne  de  Renaud,  de  1285  à  1821. 
Dne  seconde  fois  la  maison  de  Montfaucon,  dans  la  personne 
des  comtes  Henri  et  Etienne;  enfin  la  maison  de  Wurtemberg, 
à  dater  de  la  mort  du  comte  Etienne  en  1897,  jusqu'à  la 
réanion  de  notre  pays  à  la  France. 

Louis  de  Mouzon,  le  premier  de  nos  comtes  dont  l'histoire 
fasse  mention  avec  quelque  certitude  \  exerçait  son  autorité 
sur  des  terres  infiniment  plus  considérables  que  ne  l'était, 
dans  les  derniers  temps,  le  domaine  de  nos  princes.  Outre 
le  comté  de  Mouzon  qu'il  avait  reçu  de  ses  ancêtres,  et  celui 
de  Bar  qu'il  devait  à  sa  femme  Sophie  de  Lorraine,  Louis 
possédait  dans  l'Ëlsgau  des  terres  dont  les  limites  s'étendaient, 
depuis  Altkircb,  Porrentruy  et  Saini-Hippolyte  inclusivement 
Jusqu'au  delà  de  Lure,  de  Rougemont  et  de  Pompierre. 
C'était  un  territoire  presque  égal  à  un  département,  qui,  joint 
à  leurs  autres  possessions,  fiiisait  de  nos  comtes  les  rivaux 
redoutables  des  comtes  de  Bourgogne.  Nous  en  avons  le  témoi- 
gnage dans  la  victoire  que  Louis  remporta  sur  Renaud  de 
Bourgogne  et  Gérard  de  Genève,  sous  les  murs  mêmes  de 
Montbéliard.' 

Allié  aux  duca  de  Lorraine,  aux  maisons  de  Habsbourg,  de 
Kibourg,de  Zâhringen  et  à  presque  toutes  les  grandes  familles 
des  bords  du  Rhin,  le  comte  de  Montbéliard  figurait  à  côté  de 
l'empereur  non  comme  son  vassal,  mais  en  qualité  de  féal  ou 
fidèle;  et  ce  ne  fut  qu'à  la  suite  des  longues  luttes  soutenues 

*  GénéaX.  S,  Amul/i,  Mettensis  épiscopi.  Recueil  des  histariens  de 
France,  Tuetey,  Cari,  p.  10. 

*  Hermakn-C!ontragt.  Recueil  des  historiens  de  France,  U  II,  p*  19. 
TuKTEY,  Cart.  p.  15. 


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852  EEVtJE  d'albâoe 

par  Thierry  III  contre  Rodolphe  de  Habsboarg,  qu'il  se  vit 
contraint  de  reprendre  son  domaine  en  fief  des  mains  de  l'em- 
pereur, et  de  se  reconnaître  popr  son  vassal. 

Les  vastes  propriétés  du  comte  Louis,  augmentées  encore  du 
comté  de  Verdun  acquis  par  Thierry  P,  se  partagèrent  dès  la 
mort  de  ce  dernier,  en  1102,  et  formèrent  trois  comtés  dis- 
tincts. Nous  n'avons  point  à  entrer  dans  les  détails  que  com- 
porte ce  sujet;  il  nous  suffit  de  rappeler  que  Louis,  l'ainé,  obtint 
le  comté  de  Mouzon,  du  vivant  même  de  son  père;  que  Rainaud 
le  louche  ou  le  borgne,  devenu  comte  de  Bar  et  de  Verdun,  fat 
la  souche  des  comtes  de  Bar  ;  qu'Etienne  devint  évêque  de  Metz, 
et  que  les  terres  de  TElsgau,  partagées  en  1125  entre  Frédéric 
et  Thierry  II,  formèrent  le  comté  de  Ferrette  et  celui  de 
MontbéIJard. 

Louis  de  Mouzon,  dont  nous  venons  de  parler,  fut  le  premier 
de  nos  primées  à  prendre  part  aux  crdsades.  Il  devint  le  vaillant 
compagnon  de  Godefroi  de  Bouillon  dont  il  était  le  parent,  et 
nous  retrouvons  son  nom  dans  les  chroniques  du  temps  chaque 
fois  qu'il  s'agit  de  donner  quelque  bon  coup  de  lance.  Ifentionné 
par  Alberic^  inter  proceres  expediUoniSy  nous  le  trouvons  en 
même  temps  désigné  par  Albert  d'Aix  comme  fUkiS  Dirid  de 
UonibiUard,  ce  qui  nous  empêche  de  le  confondre  avec  un  autre 
Louis  dont  la  personnalité  est  assez  obscure,  mais  qui  figure 
comme  étant  fils  de  notre  premier  comte  Louis  et  comme 
frère  du  comte  Thierry  L* 

Il  accompagna  la  grande  armée  chrétienne  à  travers  l'Al- 
lemagne, et  Albert  d'Aix  nous  le  présente  au  siège  de  Nicée. 
plantant  ses  pavillons  en  compagnie  de  Dudon  de  Gens,  de 

*  Alberic,  tr.  f.  Histoire  de  Frmce,  i  III,  p.  088. 

*  Albert.  Aquemsis.  EisL  expedU,  Hierosol.,  t.  II»  ch.  ^. 

*  La  même  désignation  se  tronve  d'ailleurs  es  annales  écrites  parGiUes 
de  Roye,  abbé  de  Royaumont.  Ànno  do,  1096.  Àsiatica  expeditio  paeta. 
Eorwn  qui  ad  ham  expeditionem  nomina  sua  prœstiterunt  surU  hœe 
Ludov  de  Morona  Qisez  :  de  Mouzon) ,  filius  comitis  Theodorid  de 
Montpeliard. 


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LBS  MONTBÉLIABDS  EN  PALESTIKB  853 

Gozelon,  et  contribuant  activement  par  ses  exploits  et  ses 
talents  militaires  à  la  capitulation  de  la  ville.  Il  était,  dit  le 
chroniqueur,  mirabiUs  in  opère  militari.  De  là,  il  suivit  Tar- 
mée  devant  Antioche,  partageant  toutes  les  fatigues  et  tous  les 
dangers.  Dans  la  grande  lutte  que  soutinrent  les  chrétiens 
contre  Kerbogat,  sultan  deMossoul  \  il  fit  partie,  avec  Renaud, 
comte  de  Toul,  Raimbold,  comte  d'Orange,  Lambert  de  Mon- 
taigu  et  d'autres  vaillants  hommes,  d'un  corps  de  troupes  que 
les  chefs  avaient  chargé  de  renforcer  Bohémond  opposé  à 
Kilidje-Arslan  et  au  sultan  de  Damas,  qui  devaient  prendre 
les  croisés  à  revers  et  opérer  une  diversion.  Ce  corps  eut 
beaucoup  à  souffrir  de  la  vigoureuse  attaque  des  Turcs,  et  ne 
dut  son  salut  qu'à  l'arrivée  de  Godefroi  et  de  Tancrède  qui, 
après  avoir  écrasé  ceux  des  ennemis  qui  leur  étaient  opposés, 
se  retournèrent  au  secours  de  l'arrière-garde  près  de  fléchir 
sous  les  efforts  de  ses  adversaires. 

Au  siège  de  Jérusalem  \  il  combattit  à  côté  de  Tancrède, 
de  Gaston  de  Foix,  de  Gonon  deMontaigu,  de  Gérard  de  Rous- 
siion,  et  fut  un  des  premiers  à  s'élancer  de  la  haute  tour  où 
commandaient  le  duc  de  Normandie  et  le  comte  de  Flandre 
sur  las  remparts  de  la  ville  sainte.  Il  est  glorieux  de  com- 
battre en  pareille  compagnie,  et  nous  n'avons  pas  besoin 
d'autre  témoignage  de  sa  bravoure  et  de  ses  mérites  que  sa 
présence  au  milieu  de  ces  héros.  Après  la  bataille  d'Ascalon, 
viDgt  mille  croisés  demandèrent  à  rentrer  dans  leur  pays;  et 
comme  Louis  figure  en  qualité  de  témoin  dans  un  acte  de 
1102  *,  nous  devons  présumer  qu'il  fut  du  nombre  de  ceux  qui 
vinrent  raconter  dans  leur  patrie  leurs  luttes  héroïques  et  les 
merveilles  de  l'Orient.  La  chronique  d'Ëinsiedeln  ^  raconte  qu'il 

'  Albert  •—  Albebic  -  -  Guiixaumb  de  Ttb,  1. 1,  p.  263.  — Bongar 

-  TUETEY,  33. 

*  Guillaume  de  Tyb,  p.  184,  éd.  de  Bâle. 

*  TuEFFERD,  Notice  sur  MonMliard,  p.  35. 

*  ÀPUD  Pkbtz,  Monum.  Germ.  hist,  t.  III.  —  Tuetbt^  p.  34. 

4"  Année.  Nonvelle  Série.  23 


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354  BBYUB  D*AL8A0B 

fut  tué  trois  ans  après  son  retour  par  ses  serfs,  révoltés  de  sa 
tyrannie.  Un  pareil  attentat  peut  paraître  assez  étrange  à  celte 
époque;  11  n'en  était  du  reste  pas  besoin  pour  mourir  jeune 
au  retour  de  la  croisade. 

Quarante-cinq  ans  plus  tard,  deux  des  frères  de  Louis  de 
Mouzon,  révèque  de  Metz,  Etienne,  et  Renaud,  comte  de  Bar, 
prirent  part  à  leur  tour  à  la  deuxième  croisade.  Le  roi 
Louis  le  Jeune,  ou  le  Fleuri,  comme  on  l'appelait  alors, 
avait  pris  sa  route  à  travers  la  Lorraine  S  et  à  son  passage  à 
Metz,  les  seigneurs  du  pays  vinrent  rallier  Tannée  française, 
lui  amenant  leur  contingent  d'hommes  d'armes  et  de  pèlerins. 
Etienne  parut  au  siège  de  Damas,  parmi  les  princes  du  Saint- 
Empire,  avec  les  évoques  de  Toulet  de  Basle;  mais  nous  ne 
savons  rien  de  particulier  sur  la  part  qu'il  prit  à  l'expédition, 
non  plus  que  son  frère  Renaud.  Tous  deux  échappèrent  aux 
désastres  qu'essuyèrent  les  croisés,  et  purent  rentrer  en 
Lorraine.  Renaud  mourut  en  1149,  et  Etienne,  devenu  car- 
dinal, en  1168.  Henri  *,  petit-fils  de  Renaud,  prit  encore  part 
à  la  troisième  croisade,  et  mourut  devant  Saint-Jean  d'Acre. 
Thiébaut,  son  successeur,  refusa  de  commander  la  quatrième 
croisade,  tout  en  restant  au  nombre  des  guerriers  qui  s'asso- 
cièrent à  la  conquête  de  Gonstantinopie;  et  dans  la  suite,  il  n'y 
eut  pour  ainsi  dire  aucune  des  expéditions  d'outre-mer  qui  ne 
comptât  un  comte  de  Bar  au  nombre  des  croisés,  jusqu'à  ce 
malheureux  comte  Henri  qui  succomba  si  tristement  à  la 
bataille  de  Gaza. 

Depuis  la  mort  prématurée  de  Louis  de  Mouzon,  ce  comté 
avait  été  réuni  dans  les  mêmes  mains  que  celui  de  Bar; 
mais  dès  l'époque  où  nous  sommes  parvenus,  les  relations  des 
familles  de  Bar  et  de  Montbéliard  ont  cessé  de  subsister. 
Thierry  H,  mort  en  1 162,  n'avait  laisséque  des  filles;  et  lemariage 

*  Gesta  Ludov.  VIL  —  Othon  Frisino. 

*  Alberic.  Ghron.  mbten.  —  DucHESNE»  Histoire  de  Bar-U-Duc. 


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LES  MONTBÉLIARDS  BN  PALESTINE  355 

d'Agnès  avec  Richard  de  Montfaucon,  en  créant  de  nouveaux 
rapports  de  parenté,  avait  donné  aux  intérêts  des  Montbéliards 
une  direction  désormais  entièrement  étrangère  à  la  Lorraine. 
Cependant  la  commune  origine  de  nos  comtes  et  des  comtes 
de  Bar  a  laissé  sa  trace  dans  les  armes  des  deux  maisons. 
Ces  armes,  au  nombre  des  plus  anciennes  que  Ton  connaisse, 
étaient  de  gueules  à  deux  bars  adossés  d'or,  mis  en  pal; 
mais  tandis  que  Montbéliard  et  Ferrette  les  portaient  pleines 
et  timbrées  d'un  buste  de  femme  au  naturel,  aux  cheveux 
d'or,  vêtu  de  gueules,  avec  les  bars  de  Técu  en  guise  de 
bras,  les  comtes  de  Bar,  en  leur  qualité  de  cadets,  portaient 
les  bars  d'or  sur  champ  d'azur,  avec  un  semis  de  croix 
recroisetées,  au  pied  fiché  d'or;  et  c'est  ainsi  qu'elles  passè- 
rent plus  tard  dans  les  écartelures  de  l'écu  de  Lorraine. 
Quand  la  maison  de  Montfaucon  eut  relevé  avec  son  nom  les 
armes  de  Montbéliard,  celui  de  ses  membres  qui  était  comte 
de  Montbéliard  avait  seul  le  droit  de  porteries  armes  pleines; 
les  autres  membres  de  la  famille  les  portaient  brisées  d'un 
trescheur;  les  fils  aines  des  comtes  conservèrent  néanmoins 
l'habitude  de  briser  du  semis  de  croix  recroisetées  au  pied 
flché;  l'emploi  de  cette  brisure  remonte  à  la  première  croisade, 
où  le  fils  de  Thierry  I**  la  porte  déjà  sur  son  écu.  * 

C'est  quelque  chose  de  bien  étrange  que  cette  fureur  reli- 
gieuse et  guerrière  qui  pendant  deux  siècles  épuisa  l'Europe, 
sans  que  Ton  pût  attendre  de  tant  de  sacrifices  autre  chose 
que  des  souffrances  et  d'épouvantables  désastres.  Est-ce  à 
dire  qu'à  la  longue  les  croisades  n'aient  amené  aucun  résultat 
utile?  Assurément  non,  car  la  Providence  fait  toujours  sortir, 
même  des  plus  douloureux  événements,  quelque  chose  de 
bon  et  de  profitable  à  l'humanité.  Au  reste,  chaque  fois  qu'un 
sentiment  puissant  se  manifeste  dans  les  populations,  il  tend 
à  se  répandre  au  dehors,  et  à  produire  ses  conséquences 

*  Wetzel,  Mém.  manus.^  p.  35  et  36. 


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356  REVUB  D*ALSACE 

aussi  complètes  et  aussi  loin  que  possible.  Les  croimdes 
furent  la  réaction  du  monde  chrétien  contre  les  agressions 
musulmanes,  et  l'expression  de  la  puissance  des  papes  par- 
venue à  son  apogée.  L'enthousiasme  fut  si  universel,  disent 
les  chroniques,  qu'il  n'y  avait  aucune  route,  aucune  cité, 
aucune  plaine  qui  ne  fut  couverte  de  tentes  et  de  pavillons, 
d'une  foule  de  barons  el  de.  chevaliers,  d'hommes  et  de 
femmes  de  toutes  conditions,  tous  portant  la  croix  sur  leurs 
épaules.  Ils  avaient  toutes  sortes  d'instruments  de  musique, 
et  l'air  retentissait  du  son  des  cornets  et  des  trompettes.  Les 
pèlerins  avaient  des  armes  de  toute  espèce,  des  lances,  des 
épées,  des  boucliers,  des  casques,  des  arcs  et  des  bfttons  aigus. 
L'or  brillait  sur  les  tentes  des  grands;  leurs  lits  de  repos 
étaient  peints  de  diverses  couleurs.  On  voyait  sous  ces  lits 
des  marcs  d'argent  comme  on  voit  le  bois  sous  le  lit  de 
Tbomme  des  champs.  Les  princes  faisaient  transporter  de 
petites  barques  qu'ils  lançaient  sur  les  rivières,  et  leurs  filets 
se  remplissaient  de  poissons.  Ils  avaient  avec  eux  des  faucons 
qu'ils  lâchaient  contre  les  oiseaux  voltigeant  sur  leur  passage. 
On  trouvait  des  croix  implantées  sur  les  épaules  de  ceux 
qui  mouraient  en  chemin;  ces  prodiges  enflammaient  l'ardeur 
des  chrétiens,  et  de  toutes  parts  on  entendait  ce  cri  de  joie 
et  de  victoire  :  t  Bms  h  vult,  Dieu  le  veut.^  > 

11  est  vrai  aussi  que,  comme  résultats  immédiats,  les  pèle- 
rins obtenaient  des  indulgences,  qu'on  était  dispensé  de  payer 
ses  dettes,  et,  somme  toute,  mieux  valait  être  soldat  en  Orient 
que  serf  en  Occident.  D'ailleurs,  si  les  princes  rêvaient  de 
royaumes  et  d'empires  en  retour  de  leurs  exploits,  les  cheva- 
liers et  barons  voyaient  en  imagination  de  riches  comtés,  de 
romanesques  aventures,  de  nobles  héritières  à  conquérir; 
enfin,  pour  le  soldat  et  le  bandit,  c'était  le  vin  de  Chypre  et 


^  Bibliothèque  des  croisades.   Auteur  anonyme,  collection  Ifabillon. 
t.  II,  p.  457. 


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LES  MOMISÉLIARDS  EN  PALESTINE  357 

les  bénéfices  du  pillage.  Une  fois  qu'eut  passé  la  première 
ferveur  religieuse,  il  ne  resta  guère  dans  l'esprit  des  croisés 
que  de  purs  intérêts  mondains,  des  questions  de  yanité, 
d'ambition  ou  d'ayarice,  fort  peu  en  rapport  avec  les  appa- 
rences et  les  prétextes  religieux  que  Ton  mettait  en  avant. 
Lorsque  la  reine  Eléonore  vint  à  Antioche,  elle  y  trouva  la 
comtesse  de  Toulouse,  la  comtesse  de  Blois,  Sybille  de 
Flandre,  Talquerie  de  Bouillon,  et  une  foule  de  dames  célè- 
bres par  leur  naissance  et  leur  beauté.^  Bientôt  le  palais  du 
comte  Raymond,  le  plus  bel  bomme  de  son  temps,  devint  un 
foyer  d'intrigues  galantes,  résultat  inévitable  de  cette  vie 
d'aventures,  où  tous  partageaient  les  mêmes  fatigues  et  les 
mêmes  dangers.  De  jeunes  paladins  se  précipitaient  en  foule 
sur  les  pas  de  ces  brillantes  héroïnes;  mais  bientôt  ce  qui 
peut-être  n'avait  été  dans  l'origine  qu'une  sorte  de  galanterie 
chevaleresque,  en  se  répandant  dans  les  basses  classes,  y 
deyint  la  licence  la  plus  effrénée.  Il  faut  lire  dans  les  récits 
de  Jacques  de  Vitry,  évêque  d'Acre  ^  le  tableau  des  mœurs  de 
la  Palestine.  «  A  l'origine  du  royaume,  dit-il,  la  Terre-Sainte 
florissait  comme  un  paradis  de  volupté;  semblable  aux  roses, 
aux  lys  et  aux  violettes,  elle  répandait  au  loin  les  plus  doux 
parfums.  Le  Seigneur  avait  versé  sur  elle  ses  bénédictions. 
Mais  bientôt  le  démon,  suivi  des  sept  péchés  capitaux,  s'intro- 
duisit dans  ce  nouvel  Eden;  cette  terre  de  prédilection  ne 
renferma  plus  qu'une  race  corrompue  et  dégénérée,  et  l'enfer 
dut  préparer  des  logements  pour  tous  les  crimes  et  pour  tous 
les  vices.  Une  génération  méchante  et  perverse,  des  enfants 
scélérats  et  dégénérés,  des  hommes  dissolus  et  des  violations 
de  la  loi  divine,  étaient  sortis  des  premiers  croisés.  Le  clergé 
donnait  l'exemple  du  désordre,  et  parmi  les  laïcs  la  corruption 
était  devenue  d'autant  plus  grande  qu'ils  étaient  plus  puis- 

*  MiCHAUD.  t.  II,  p.  208. 

*  MiCHAUD,  Bibliothèque  des  croisades,   t,  I,  p.  176.    Histoire  de 
Jérusalem,  par  Jaoques  de  Vitry. 


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3^  BEVUE  D'ALSACE 

sants.  >  Mais  tout  le  monde  ne  répugne  pas  à  cette  vie  de 
corruption  et  de  scandale  ;  et  dans  les  derniers  temps,  cette 
terre,  dont  la  religion  avait  provoqué  la  délivrance,  ne  voyait 
plus  arriver  que  l'écume  de  l'Europe. 

Quelques  familles  cependant,  restées  recommandables  dès 
Torigine  par  leur  haute  position  et  leurs  vertus,  avaient  con- 
servé une  partie  des  sévères  traditions  de  l'Occident,  où  Ton 
prenait  encore  au  sérieux  les  expéditions  d'outre-mer. 
Dans  leur  naïveté  et  leur  ignorance,  les  bonnes  gens  de 
France  et  d'Allemagne  se  représentaient  les  désastres  de  nos 
armées,  le  tombeau  du  Christ  profané  par  les  Sarrasins,  les 
épreuves  des  martyrs  et  la  religion  outragée.  A  leur  retour 
les  croisés  racontaient  leurs  souffrances  et  leurs  exploits;  ils 
parlaient  des  merveilles  de  Gonstantinople  et  de  l'Asie,  de  la 
nécessité  de  secourir  les  royaumes  chrétiens;  mais  on  ne 
savait  rien  des  défaillances,  des  intrigues,  de  la  corruption 
des  Orientaux.  Pour  les  Européens,  l'Asie  c'était  encore  le 
berceau  du  christianisme,  le  pays  du  soleil  et  des  exploits 
héroïques;  de  loin  tout  était  gloire  et  lumière,  de  près  ce 
n'était  le  plus  souvent  que  désordre,  brigandage  et  misère. 

Il  est  certain  que  la  vie  en  Occident  n'était  joyeuse  ni  pour 
le  haut  baron  caché  derrière  ses  épaisses  murailles,  ni  pour 
le  serf  dans  sa  hutte  de  roseaux,  et  livré  à  la  merci  de  ces 
hommes  farouches  contre  lesquels  il  essayait  parfois  une 
résistance  timide  d'abord,  plus  tard  furieuse  et  désespérée. 
Avant  de  régner  sur  Montbéliard,  Thierry  II  avait  été  chassé 
de  Bar  pour  sa  tyrannie;  Louis  de  Mouzon  périt,  dit^on,  dans 
une  émeute,  et  Raymond  perdit,  par  suite  de  ses  violences, 
le  comté  de  Verdun,  qui  fut  donné  par  l'empereur  Henri  V 
(1123)  au  sire  de  Grandpré. 

Notre  château  de  Montbéliard  n'était  assurément  pas  alors 
une  résidence  plus  agréable  que  les  autres  ^  ;  et  on  comprend 

^  V.  DuvERNOY,  Le  château  de  Montbéliard  et  ses  anciens  maîtres . — ^Tdbf- 
FERD,  Notice  sur  Montbéliard.  —  Goguel,  Le  château  de  Montbéliard,  etc. 


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LES  MOMTBÉLIABDS  EN  PALESTINE  359 

combien  devaient  être  empressés  d'échapper  à  l'étreinte  de 
ses  murailles  des  jeunes  gens  bouillants,  avides  de  nouveauté 
et  d'espace,  et  bien  souvent  aussi  jaloux  de  s'afEranchir  de  la 
sévère  autorité  du  comte  ou  de  la  sombre  austérité  de  la 
famille.  Il  ne  reste  rien  aujourd'hui  des  constructions  primi- 
tives, mais,  autant  qu'on  peut  s'en  faire  une  idée  d'après 
quelques  indications  éparses  dans  des  chartes  ou  dans  quel- 
ques vieux  manuscrits,  ce  ne  pouvait  guère  être  autre  chose 
qu'une  haute  tour,  accolée  de  constructions  massives  et  de 
quelques  travaux  de  défense  suspendus  aux  rochers  qui  domi- 
nent l'angle  tracé  aujourd'hui  par  la  rue  de  Belfort  et  celle 
de  TAiguillon.  Le  promontoire  que  forme  la  colline  du  Thier- 
garten,  avait  été  coupé  à  une  époque  inconnue,  peut-être  dès 
les  temps  romains,  de  manière  à  isoler  le  plateau  dont  le 
château  occupait  l'extrémité  occidentale;  et  le  plateau  lui- 
même  était  encore  partagé  en  trois  segments  par  deux  fossés 
profonds,  dont  l'un,  au  couchant  de  Saint-Maimbœuf,  séparait 
l'église  et  les  habitations  qui  l'entouraient  des  murs  du  cas- 
trum  ;  l'autre,  au  levant  de  la  même  église,  l'isolait  des  forti- 
fications que  Thierry  III  éleva  un  peu  plus  tard  à  l'extrémité 
orientale  du  massif,  et  qui  formèrent  le  castmm  cmteriitë,  à 
l'emplacement  actuel  des  tours.  Ce  dernier  fossé,  sur  le  bord 
duquel  se  trouvait  une  haute  tour  crénelée,  faisant  proba- 
blement ofiBce  de  donjon,  n'a  disparu  qu'au  XVIIP  siècle, 
lors  de  la  construction  du  château  actuel.  On  le  voit  encore 
figurer  dans  tous  les  dessins  des  temps  antérieurs. 

Au  manoir  primitif  se  trouvaient  accolées  de  grossières 
constructions,  entourant  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  la  Cour 
des  Chèvres,  Au  midi  étaient  les  remises,  les  écuries,  les 
magasms  pour  les  machines  de  guerre  et  les  approvisionne- 
ments en  cas  de  siège.  Au  nord  étaient  les  appartements, 
percés  de  rares  fenêtres  étroites  et  profondes,  et  ressemblant 
plus  à  des  caves  qu'à  des  salons.  C'est  là  qu'habitaient  les 
châtelaines,  tristes  captives  que  venaient  bien  rarement  distraire 


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360  BEVUJB  D'ALSACB 

quelque  fête  de  faadlle,  une  reprise  de  âe&  ou  les  récits  de 
quelque  jongleur  yenu  de  Terre-Sainte.  Mais  telle  est  la  nature 
de  Thomme,  qu'il  finit  par  s'accommoder  de  tout,  et  trouve 
matière  à  s'égayer  au  milieu  même  de  circonstances  qui,  en  des 
temps  plus  heureux,  ne  paraîtraient  que  deuil  et  souffrance- 

De  l'autre  côté  de  la  Luzine,  dont  le  cours  léchait  alors  le 
pied  des  rochers  qui  supportaient  la  terrasse  du  château,  on 
voyait  à  l'angle  sud-est  des  coteaux  de  la  citadelle,  à  Tendroit 
désigné  sous  le  nom  de  Haut  Cavalier,  une  forte  tour  construite 
sur  les  ruines  de  quelque  vigie  romaine,  destinée  sans  doute 
à  surveiller  les  vallées  de  l'Allan  et  de  la  Luzine  réunies  à 
ses  pieds.  En  ce  temps,  la  ville  n'occupait  qu'une  faible  por- 
tion de  l'espace  compris  entre  les  rochers  du  château  et  les 
escarpements  de  la  citadelle.  Elle  ne  consistait  qu'en  un  petit 
nombre  de  maisons  autour  de  Saint-Maîmbœuf,  et  en  deux 
rues,  dont  l'une  était  suspendue  aux  pentes  du  rocher  au 
dessus  de  la  Luzine,  tandis  que  l'autre  contournait  le  châ- 
teau et  répondait  à  peu  près  à  la  rue  de  Belfort.  Elles  étaient 
protégées  par  des  tours  reliées  par  des  courtines.  Bientôt  la 
ville  s'augmenta  du  bourg  Vautier  ou  Gauthier,  bâti  sur  la 
rive  droite  du  ruisseau,  et  du  bourg  Saint-Martin,  qu'on  voit 
figurer  dès  le  XIÏP  siècle.  Tous  deux  étaient  compris  dans 
des  enceintes  fortifiées  dont  on  rencontre  encore  quelques 
vestiges,  et  constituaient  comme  deux  îlots  au  milieu  de  la  vallée. 

Mais  j'ai  hâte  de  sortir  du  gîte  pour  suivre  nos  paladins 
dans  leur  vol  vers  la  Palestine. 

Ce  dut  être  pour  eux  un  étrange  spectacle,  au  sortir  de 
leur  noir  donjon  et  de  leurs  forêts  gauloises,  que  la  vue  des 
grandes  cités  du  Midi  et  de  l'Orient.  «  Or,  poez  savoir,  s'écrie 
Villehardoin  à  la  vue  de  la  capitale  de  TErapire  grec  \  que 
mult   esgardèrent  Constantinople   cil  qui  onques  mie  ne 

*  Villehardoin.  N*  128. 


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LES  MOKTBÉLIABDS  fiN  PALBSTINS  361 

rayaient  veue;  que  ils  ne  pooîent  mie  cuidier  que  si  riche  ville 
peust  être  en  tôt  le  monde,  cum  ils  Tirent  ces  halz  murs  et 
ces  riches  tours  dont  ele  ère  close  tôt  entor  à  la  ronde, 
et  ces  riches  palais  et  ces  haltes  yglises  dont  il  i  avait  tant 
qae  nuls  nel  poist  croire  s'il  ne  le  voist  proprement  à  Toil;  et 
ils  Tirent  le  lonc  et  le  lé  de  la  ville  qui  de  totes  autres 
ère  soveraine;  et  sachiez  qu'il  n*i  ot  si  hardi  à  qui  la 
chars  ne  frémist.  •  —  c  Qu'elle  est  belle  et  remplie  d'églises 
et  de  palais  d'une  architecture  admirable  I  Que  d'ouvrages 
meryelUeux  ciselés  en  airain  et  sculptés  en  marbre  I  >  s'écrie 
à  son  tour  l'abréviateur  de  Foucher  de  Chartres.  Et  pour 
nous  encore  n'y  a*t-il  pas  quelque  chose  de  saisissant  à  nous 
représenter  nos  guerriers  descendant  de  leurs  montagnes, 
pour  s'en  aller,  la  lance  au  poing,  cheTauchant  dans  les  cam- 
pagnes de  la  Terre-Sainte  parmi  des  nuées  de  Musulmans  et 
de  peuples  dont  les  noms  mômes  étaient  ignorés  jusqu'alors? 
Le  tumulte  des  camps  et  le  bruit  des  batailles  avait  succédé 
en  Asie  comme  en  Europe  au  silence  des  forêts  et  au  calme 
des  déseriâ;  les  pavillons  des  guerriers  avaient  pris  la  place 
des  tentes  des  bergers;  de  hautes  tours  et  de  formidables 
remparts  se  dressaient  sur  les  montagnes  de  la  Syrie  et  de  la 
Judée,  comme  on  les  voyait  sur  les  rochers  de  la  France  et 
de  l'Allemagne,  et  en  ce  moment  où  nous  approchons  des 
rivages  de  la  Palestine,  il  semble  que  l'on  entende  par  avance 
les  éclats  des  trompettes  et  le  hennissement  des  chevaux. 
A  la  suite  de  la  conquête,  les  croisés  avaient  partagé 
le  pays  occupé  en  principautés,  en  comtés,  en  baroniea;  le 
régime  féodal  s'était  organisé  en  Syrie  comme  en  Europe  ; 
les  asmes  de  Jérusalem  en  avaient  réglementé  l'institution, 
et  chaque  nouveau  seigneur,  en  prenant  possession  de  non 
domaine,  s'était  hâté  d'élever  sa  tour  et.de  fortifier  sa  ville 
pour  se  mettre  à  l'abri  des  incursions  de  l'ennemi.  Les  flèches 
des  cathédrales  romanes  se  dressaient  à  côté  des  dômes  des 
mosquées;  les  costumes  de  l'Occident  se  confondaient  avec 


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962  REVUE  D' ALSACE 

ceux  des  Orientaux;  des  mariages  unissaient  les  vainqueurs 
aux  belles  Syriennes;  on  entendait  la  langue  des  Francs  et 
les  chants  des  Teutons  mêlés  aux  entonations  gutturales  et 
aux  cris  des  Turcs  et  des  Sarrasins;  un  monde  nouveau  se 
constituait,  comme  si,  avant  de  se  précipiter  vers  les  rivages 
de  rAmérique  et  poussés  par  ce  besoin  d'expansion  et  de 
nouveauté  qui  s'empare  périodiquement  des  esprits,  les 
peuples  de  l'Occident  eussent  essayé  de  revenir  sur  leurs  pas 
et  de  remonter  aux  lieux  où  fut  leur  berceau.  C'est  du  reste 
un  assez  triste  pays  que  la  Judée  :  le  littoral,  bien  que  brûlé 
par  le  soleil,  est,  il  est  vrai,  d'une  fertilité  extraordinaire; 
mais  les  montagnes  qui  couvrent  la  plus  grande  partie  de  la 
contrée,  n'offrent,  à  l'exception  de  quelques  vallées  riantes 
et  de  quelques  chaînons  d'un  grand  caractère,  que  des  croupes 
arides  et  monotones,  sans  végétation  et  sans  fraîcheur,  au 
point  de  faire  dire  à  l'empereur  Frédéric  II  *  que  si  Dieu 
avait  connu  le  royaume  de  Naples,  il  n'eût  certainement  pas 
choisi  la  Judée  pour  en  faire  le  séjour  de  son  peuple  préféré. 
Agnès,  fille  de  Thierry  II,  par  son  mariage  avec  Richard 
de  Montfaucon,  avait  porté  le  comté  de  Montbéliard  dans  cette 
famille,  à  l'exclusion  des  autres  branches  masculines  de  la 
maison  de  Mouzon,  encore  en  possession  de  Ferrette  et  de 
Bar.  Mais  ce  fut  Amédée,  fils  de  Richard,  qui  succéda  (1162)  à 
Thierry,  mort  dans  un  âge  très  avancé.  Je  laisse  les  détails 
que  comporte  l'histoire  de  ces  personnages;  mais  si  nous 
nous  rappelons  les  dons  faits  par  ce  prince  dans  son  testa- 
ment, ses  nombreuses  fondations  pieuses,  ses  grands  chevaux 
de  bataille,  ses  armes,  ses  équipages,  et  à  nous  le  représenter 
entouré  de  son  chambellan,  de  son  grand-veneur,  d'un  maître 
des  monnaies  et  de  ses  nombreux  officiers  et  varlets  ^  nous 
pouvons  présumer   que  nos  seigneurs  n'étaient   pas  sans 

*  Rey,  Monwment  d'arch,  militaire  des  croiséSy  in4°. 

•  Oh.  Duvernoy,  Ephémérides  du  comte  de  MontbAiard. 


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LES  MOMTBËLIABDS  EN  PALESTINE  363 

occuper  une  position  fort  respectable  dans  la  contrée,  et  pre- 
naient TOlontiers,  au  milieu  de  leur  cour  d'aspect  sans  doute 
assez  farouche,  quelques  airs  de  princes  au  petit  pied. 

Outre  Amédée,  devenu  à  la  fois  comte  de  Montbéliard  et  sire 
de  Montfiiucon,  Richard  avait  laissé  une  fille  nommée  Agnès, 
comme  sa  mère,  mariée  au  comte  de  Brienne,  Erard  II,  et  un 
autre  fils  nommé  Thierry,  qui  devint  archevêque  de  Besançon. 
Celui-ci  prit  aussi  part  aux  expéditions  d'outre-mer  \  et  malgré 
son  caractère  ecclésiastique,  fut  un  des  héros  de  la  troisième 
croisade.  Après  avoir  assisté  à  la  diète  de  Mayence,  le  quatrième 
dimanche  du  Carême  de  1188  \  il  prit  la  croix  avec  Frédéric 
Barberousse,  Léopold  d'Autriche  et  les  plus  puissants  princes 
du  Saint-Empire.  L'année  suivante,  accompagné  d'un  grand 
nombre  de  seigneurs  de  Bourgogne,  il  partit  de  Ratisbonne 
avec  l'empereur;  cependant,  comme  le  duc  d'Autriche ^  en  la 
compagnie  duquel  il  se  trouvait^  était  brouillé  avec  le  roi  de 
Hongrie,  Thierry  fit  route  avec  lui  par  l'Italie,  ainsi  que  Louis 
de  Ferrette,  son  neveu,  qui  s'était  croisé  avec  eux.*  A  la  mort 
de  Barberousse,  il  s'embarquèrent  tous  ensemble  à  Satalia  et 
parvinrent  sous  les  murs  de  Ptolemaïs.  Guy  de  Lusignan 
assiégeait  alors  cette  place,  et  Saladin  entourait  lui-même 
l'armée  chrétienne  avec  200,000  Musulmans.  A  l'arrivée 
de  quelques  seigneurs  français  qui  avaient  devancé  le  roi 
Philippe-Auguste,  Thierry  prit  place  parmi  eux  en  face  de  la 
Tour  maudite,  avec  les  archevêques  de  Nazareth,  de  Montréal, 
en  compagnie  de  Robert  de  Dreux,  des  comtes  de  Blois  et  de 
Glermont,  du  comte  Thibaut  de  Bar,  d'Erard  et  d'André  de 

'  Gun^LÀUMB  DE  Tyb,  continuât. 

•  Ajpud  Pertz.  Monum,  g.  hist.  —  Tuetby,  p.  105. 

•  Annales  Marhacemes,  Apxjd.  Pertz.  —  Tuetby,  p.  106. 

•  Louis  de  Ferrette  était  fils  de  Frédéric  I",  et  neveu  de  Thierry  II  de 
Montbéliard.  Il  disparut  pendant  la  croisade  sans  laisser  de  traces.  — 
QuiQUKRKZ,  Histoire  des  camtes  de  Ferrette.  Mémoires  de  la  Société  d'é- 
mulation de  Montbéliard,  t.  I,  2*  série. 


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364  BSVUB  d'albacb 

Brienne  dont  il  était  le  beau-frère.  Au  milieu  de  tant  dérail- 
lants hommes,  Thierry  se  distingua  par  son  habilité  à  inrenter 
diverses  machines  de  siège,  entre  autres  une  sorte  de  bélier 
qui  inspirait  tant  de  terreur  aux  ennemis  qu'ils  mirent  tous 
leurs  soins  à  s'en  débarrasser,  et  finirent  par  le  détruire  par  le 
feu  grégeois.  Ses  travaux  ont  été  racontés  dans  une  sorte  de 
légende  rimée  dont  yoid  les  premiers  yers: 

Quid  de  Archipresule  dicam  Bisuntino, 
Vir  est  totus  deditus  operi  divine, 
Orat  pro  fidelibus  corde  columbino, 
Sed  pugnat  corn  perfidis  astu  serpentine. 

Facit  liic  arietem,  quem  de  ferre  texit. 
Qui  nostrorum  animes  plurimum  erexit  etc. 

Il  mourut  de  la  peste  sous  les  remparts  de  la  ville,  sans 
avoir  eu  la  joie  d'assister  à  sa  capitulation.^  Avec  lui  avait  éga- 
lement succombé  le  comte  Erard  de  Brienne. 

Ainsi  les  Montbéliards  avait  glorieusement  figuré  à  toutes 
les  croisades;  mais  leur  renom  va  s'augmenter  encore  de  toute 
la  gloire  qui  rejaillira  sur  eux  du  fait  de  la  famille  de  Brienne. 

Il  est  difficile  de  prononcer  ce  nom  de  Brienne  sans  que  la 
pensée  se  reporte  immédiatement  à  ces  héros  dont  les 
fortes  épaules  furent  seules  pendant  un  temps  à  soutenir  le 
poids  des  empires  croulants  de  Jérusalem  et  de  Gonstantinople. 
Au  milieu  de  leurs  travaux  et  de  leurs  épreuves,  les  Montbé- 
liards furent  leurs  constants  et  dévoués  compagnons;  et  par- 
tout où  nous  rencontrons  ces  grandes  figures  de  Gauthier  et 
de  Jean  de  Brienne,  nous  sommes  sûrs  de  trouver  à  côté  d'eux 
la  fidèle  épée  des  Montbéliards. 

Erard  II  et  l'archevêque  Thierry  avaient  succombé;  mais 
leur  mort  n'avait  pu  décourager  leurs  successeurs,  et  la  guerre 
de  Palestine  était  devenue  comme  un  héritage,  une  tradition 

*  OmPLBT,  VesonUo,  p.  11,  p.  249.  —Eb.  Dxtvernoy,  ub,  sup.  p.  15 
et  note.  —  H^yiiAR  l'appelle  Gemma  derieorum.  —  Tubtbt,  p.  108. 


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LES  M ONTBÊLIABDS  BIf  PALESTINE  365 

de  famille.  Gauthier  de  Montbéliard,  petit-fils  de  Thierry  II, 
qae  nous  connaissons  déjà  comme  fondateur  du  bourg  Vauthier, 
s'était  croisé  au  tournoi  d'Ecry  en  Champagne,  arec  ses  deux 
cousins  Gauthier  et  Jean  de  Brienne,  fils  d'Agnès  de  Montbé- 
liard  \  et,  comme  lui,  petits-fils  de  Thierry  II.  Quelques  auteurs 
pensent  que  le  comte  Richard,  frère  de  Gauthier,  s  associa 
aussi  à  Texpédition  ;  cependant  son  nom  ne  figure  point  parmi 
les  seigneurs  dont  Villehardoin  donne  la  liste,  et  nous  ne  lui 
voyons  aucun  rôle  pendant  la  campagne.  Mais  pendant  les 
préparatifs  du  départ  et  les  négociations  qui  eurent  lieu  ayec 
les  Vénitiens  pour  le  transport  des  croisés,  des  événements 
inattendus  et  de  nouveaux  intérêts  avaient  contraint  les  sei- 
gneurs de  Brienne  et  de  Montbéliard  à  se  séparer  momenta- 
nément de  leurs  compagnons  et  à  prendre  leur  route  par  le 
midi  de  Tltalie. 

  la  mort  de  Guillaume  IT,  roi  de  Sicile,  les  sujets  de  ce 
prince,  redoutant  la  domination  hautaine  et  souvent  cruelle  de 
l'empereur  Henri  VI,  époux  de  Constance,  tante  du  roi  et 
reconnue  par  lui  pour  son  héritière,  avaient  porté  au  trône 
Tancrède,  cousin  de  Guillaume,  fils  naturel  de  Roger,  duc  de 
PouiUe,  et  deSybiUe  de  Lecce,  fille  de  Robert  de  Hauteville.^ 
Lorsque  Tancrède  mourut,  sa  femme  Sybille  de  Mérania  fut 
saisie  et  jetée  en  prison  par  l'empereur,  ainsi  que  son  fils 
Guillaume,  qui  mourut  bientôt  victime  de  la  cruauté  d'Henri; 
et  ce  fut  seulement  à  la  mort  de  ce  prince  que  Sybille  parvint 
à  s'affranchir  de  sa  captivité.  Exaspérée  par  ses  souffrances, 
elle  s'occupa  immédiatement  de  chercher  à  sa  fille,  Âlbcrie 

^  VHistoire  d'Erades,  empereur,  la  désigne  à  tort  comme  fille  an 
comte  Âmédée  de  Montbéliard.  Elle  était  sa  sœur.  MotiBRZ  indique 
une  seconde  alliance  du  fait  d'Ermengarde,  sœur  de  Gauthier  de 
Brienne  et  de  Jean,  devenue  l'épouse  d' Amédée  de  Montbéliard.  Voy.  au 
mot  Bbiemne,  —  TuBTBY,  etc.,  p.  115. 

*  Comte  db  Sâssbnay.  LesBriewne  de  Lecce  et  d* Athènes  Hachette, 
in.l2,  1869. 


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866  REVtJE  D'ALSACE 

OU  Marie,  un  époux  capable  de  la  protéger  et  de  soutenir  ses 
droits  contre  les  Allemands.  Sur  la  recommandation  de  Philippe- 
Auguste,  elle  fit  choix  du  comte  Gauthier  III  de  Brienne,  assez 
pauvre  seigneur  de  Champagne,  mais  de  bonne  maison,  et 
déjà  renommé  par  sa  bravoure  et  ses  exploits.  Gauthier  avait 
plus  de  80  ans  ;  déjà  il  avait  fait  le  voyage  de  Palestine, 
et  avait  joué  un  rôle  considérable  dans  la  guerre  que  Philippe 
soutint  contre  Richard  Gœur-de-Lion  dont  il  était  Tallié. 
C'était  du  reste  une  famille  superbe  que  ces  de  Brienne^  taillés 
comme  le  dieu  Mars  et  braves  comme  leur  épée.  Par  un  rap- 
prochement bizarre,  on  comparait  le  roi  Jean  à  Jésus-Christ, 
comme  à  l'idéal  de  la  beauté  humaine.  Le  mariage  eut  lieu  à 
Melun,  en  présence  de  la  cour  de  France,  dans  les  premiers 
mois  de  1200.  Après  un  premier  voyage  à  Rome  pour  s'en- 
tendre avec  le  pape  Innocent  III  qui,  bien  que  tuteur  du  jeune 
Frédéric,  héritier  d'Henri  VI,  protégeait  néanmoins  secrète- 
ment le  parti  de  ses  adversaires  par  haine  des  Allemands, 
Gauthier  revint  en  Champagne  pour  chercher  des  troupes  et 
de  l'argent;  et;  riche  de  1,000  livres  tournois,  Use  mit  en  route, 
en  avril  lâOl,  à  la  tête  de  soixante  cavaliers,  parmi  lesquels 
figuraient  son  frère  Jean,  Gauthier  deMonlbéliard,  Robert  de 
Joinville,  pour  reconquérir  le  royaume  de  sa  femme,  ou  tout 
au  moins  les  comtés  de  Lecce  et  de  Tarente  qu'il  réclamait 
seuls  ouvertement  comme  son  domaine  particulier.^  Tandis  que 
nos  pèlerins  chevauchaient  à  travers  le  Mont-Cenis,  ils  ren- 
contrèrent le  sénéchal  de  Champagne  et  ses  compagnons  qui 
revenaient  de  Venise  où  ils  avaient  conclu  avec  le  Doge  les 
arrangements  nécessaires  au  transport  des  croisés.  Tous  se 
donnèrent  rendez-vous  sur  les  bords  de  l'Adriatique  ;  mais, 
comme  dit  Viliehardoin,  les  aventures  arrivent  ainsi  qu'il  plaît 
à  Dieu,  et  nos  chevaliers  n'eurent  plus  occasion  de  rejoindre 
l'armée  qui,  comme  on  sait,  renonça  à  la  conquête  de  Jéru- 

^  ViLLBHABDOm,  33. 


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LES  MONTSÉLIÂRDS  BK  PALESTINE  367 

salem  pour  celle  de  Gonslantiaople.  En  quelques  mois  les 
princes  de  Brienne,  vainqueurs  une  première  fois,  à  Capoue 
(10  juin  1201,)  et  une  seconde  fois  à  Cannes  (1"  octobre) 
de  Diepold  de  Bohbourg,  comte  d'Âcerra,  se  virent  maîtres  de 
tout  le  midi  de  Tltalie,  de  Naples  à  Brindes,  et  Gauthier  put 
se  faire  proclamer  roi  de  Naples  et  de  Sicile. 

Après  la  victoire  de  Cannes,  les  compagnons  du  nouveau 
roi,  voyant  ses  afiaires  en  bon  état,  et  désireux  de  remplir 
l'engagement  quils  avaient  contracté  au  château  d'Ecry,  le 
quittèrent  successivement  pour  continuer  leur  voyage  en 
Palestine.  Mais  les  Italiens  ne  s'accommodaient  pas  plus  de  la 
domination  du  Saint-Siège,  dont  les  soldats  faisaient  la  prin- 
cipale force  de  Gauthier,  que  de  celle  des  Allemands:  et  sur 
la  iBiusse  nouvelle  de  la  mort  d'Innocent  III,  le  royaume  de 
Naples  se  souleva  presque  tout  entier.  Les  Allemands  profi- 
tèrent de  ce  mouvement  qu'ils  appuyèrent,  et  il  fallut  recom- 
mencer la  conquête  du  royaume.  Diepold,  vaincu  encore  une 
fois  près  de  Salerne,  se  réfugia  au  château  de  Sarno  où 
Brienne  vint  l'assiéger.  Mais  pendant  une  nuit,  le  1 1  juin  1206, 
quelques  émissaires  du  comte  d'Acerra  ayant  gagné  les  gardes 
de  son  adversaire,  se  glissèrent  au  milieu  du  camp,  et  péné- 
trant jusqu'à  la  tente  de  Gauthier,  en  coupèrent  les  cordes  et 
l'ensevelirent  sous  les  toiles,  où  il  fut  percé  de  coups  et  fait 
prisonnier  avant  d'avoir  pu  se  mettre  en  défense.  Diepold  le 
traita  avec  ménagement,  et  le  roi  eût  pu  s'entendre  avec  lui 
en  le  laissant  se  tailler  un  comté  dans  le  royaume.  Mais  sa 
hauteur  et  son  orgueil  finirent  par  irriter  ce  seigneur  ;  et  lui- 
même  ne  voulant  pas  devoir  la  vie  à  un  ennemi  qu'il  méprisait, 
arracha  les  bandages  qui  fermaient  ses  blessures,  et  mourut 
des  suites  de  sa  violence.  On  l'enterra  dans  la  vieille  église  de 
Santa-Maria,  près  des  sources  du  Sarno. ^  Alberie  resta  enpos- 

*  Voir  sur  ce  sujet  Michaud,  t.  III,  p.  340-6.  —  Conrad,  abbé  d'Us- 
perg,  et  Robert,  moine.  ~  Albbric,  chro.  —  Muratori,  t.  III.  — 
Les  gestes  d'Innocent  UL  —  Comte  de  Sassekay. 


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868  REVTJB  D'ALSACE 

sessiou  de  son  comté  de  Lecce  où  elle  finit  par  se  réfugier  après 
une  existence  assez  aventureuse.  Elle  avait  eu  du  comte  de 
Brienne  un  fils  posthume,  Gauthier  lY,  qui  fut  élevé  sous  la 
tutelle  de  son  oncle  Jean,  et  que  nous  ne  tarderons  pas  à 
retrouver  en  Palestine.  Héritier  des  terres  de  Brienne  qui  lui 
furent  remises  par  Thibaut  IV  de  Champagne,  lors  de  sa  ma- 
jorité, il  fut  en  même  temps  comte  de  Jaffa,  et  ne  se  rendit 
pas  moins  illustre  par  ses  exploits  et  ses  malheurs  queTavait 
été  son  père;  il  mérita  même  le  titre  de  Grand. 

Jean,  qui  avait  quitté  son  frère  en  1203,  pour  continuer  son 
voyage  en  Palestine,  ne  tarda  pas  à  revenir  en  Europe,  et 
rentra  en  France,  peut-être  avec  son  neveu,  après  le  désastre 
de  Sarno.  Gauthier  de  Montbéh'ard,  au  contraire,  se  fixa  défini- 
tivement en  Terre  sainte.  A  cette  époque  les  royaumes  d'outre- 
mer, réunis  sous  Tautorlté  sage  et  modérée  d'Amaury  de  Lusi- 
gnan  S  quatrième  mari  d'Isabelle  de  Jérusalem,  veuve  successi- 
vement d'Hunfroi  de  Thoron,  de  Conrad  de  Montferrat  et  de 
Henri  de  Champagne,  essayaient  de  sortir  des  ruines  qu'avaient 
faites  les  terribles  famines  de  1202  et  de  1203  ^  et  les  tremble- 
ments de  terre  qui,  dans  les  mêmes  années,  avaient  renversé 
jusqu'aux  remparts  de  Damas,  de  Balbeck,  de  Tyr  et  de  Pto- 
lémaïSy  les  villes  chrétiennes  comme  celles  des  Musulmans. 
Gauthier  épousa  Bourgogne  ',  fille  aînée  du  roi,  issue  d'un 
premier  mariage  avec  Eschive  d'Ibelin,  et  devint  par  ce 
mariage,  connétable  de  Jérusalem.  Amaury  mourut  en  1205, 
et  comme  il  n'administrait  le  royaume  de  Jérusalem  qu'en 


*  DucANGE.  Les  familles  d'outre-mer.  Documents  inédits  sur  l'Histoire 
de  FfâQce,  in-4%  Imprimerie  nationale. 

■  Cant.  GuttLAUMB  de  Tyb,  XXVI,  ch.  21. 

'  Histoire  d^Erades,  empereur,  XXI,  ch.  5.  —  Tuetey  se  trompe  en 
mettant  cet  événement  sons  la  date  de  1194.  U  pense,  d'après  Tart  de 
vérifier  les  dates,  qu'elle  fut  mariée  d'abord  à  Raymond  VI,  comte  de 
Toulouse.  Cette  opinion  est  contredite  par  Ducange. 


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LES  MONTBâLIABDS  BN  PALESTINE  369 

qualité  de  bail,  et  du  fait  de  son  mariage  avec  Isabelle,  dont 
rbéritiëre  était  Marie  Jolande,  fille  de  cette  princesse  et  du 
marquis  de  Montferrat,  il  ne  laissa  à  son  fils  Hugues  que  la 
Chypre  dont  il  avait  hérité  de  son  frère  Guy.  Gauthier  de  Mont- 
béliard  fut  alors  chargé  par  les  Etats  du  royaume,  delà  tutelle 
du  jeune  roi,  son  beau-frère,  et  fut  fait  en  même  temps  bailli 
de  Chypre.  Il  essaya,  pendant  son  administration  \  de  faire 
revivre  une  convention  conclue  antérieurement  entre  le  roi 
Amaury  et  Henri  de  Champagne,  relativement  au  mariage  de 
leurs  enfants  et  au  comté  de  Jaffa.  Innocent  IH,  que  Gauthier 
avait  prié  d'intervenir,  écrivit  même  à  ce  sujet  au  patriarche 
de  Jérusalem  pour  voir  s'il  y  avait  utilité  à  suivre  cette 
afiiaire  qui  n'aboutit  du  reste  à  aucun  résultat.  L'adminis- 
tration de  Gauthier  ne  paraît  pas  avoir  été  parfaitement  sage 
et  exempte  de  tout  reproche.  Il  s'attira  par  ses  dilapidations 
l'aversion  du  jeune  roi  qui,  parvenu  à  sa  majorité,  lui  demanda 
un  compte  sévère  de  ses  actes,  et  réclama  la  restitution  de 
200,000  besans  d'or  pris  dans  le  trésor  d' Amaury,  plus 
40,000  besans  à  titre  de  dommages.^  Gauthier,  cité  devant 
la  cour  des  pairs  et  menacé  par  le  roi  de  voir  tous  ses  biens 
confisqués,  s'enfuit  pendant  la  nuit  avec  sa  femme,  emportant 
tout  son  argent  et  tous  ses  meubles.  Il  vint  débarquer  à 
Castries,  où  le  comte  de  Tripoli,  son  ami,  lui  envoya  des  vais- 
seaux pour  le  transporter  à  Acre.  Il  y  fut  reçu  avec  grande  joie 
par  Jean  de  Brienne  qui  venait  d'y  arriver  pour  épouser 
Marie  Yolande,  et  qui  se  trouva  tout  heureux  de  rencontrer 
de  nouveau  son  vieux  compagnon  d'armes  des  guerres  d'I- 
talie. De  son  côté  Innocent  III  écrivit  de  nouveau  au  patriarche 
de  Jérusalem  pour  tâcher  de  ramener  la  paix  entre  les  deux 
beaux-frères;  cependant  Gauthier  continua  à  résider  à  Acre, 


*  Lettres  d* Innocent  III,  30  mars  1206  et  14  septembre  1211.  — 
De  Ma8-Latrie,  II,  p.  34.  —  Tuetby,  117. 
'  Hist.  d'ErackSf  empereur,  L  31,  c.  5. 

i-"  Année.  Noayelle  Série.  24 


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370  REVUB  D* ALSACE 

OÙ  il  menait  grand  train,  ayant  toujours,  pendant  plus  d  un 
an,  quarante  cavaliers  autour  de  lui.  U  entreprit  vers  cette 
époque,  une  expédition  à  Satalie,  qui  ne  parait  pas  avoir  été 
heureuse.  Les  historiens  arabes  racontent  que  les  Francs  furent 
assiégés  dans  le  château  de  la  place  et  faits  prisonniers. 
Racheté  peu  de  temps  après,  et  toujours  aventureux,  peut- 
être  aussi  jaloux  de  réparer  l'échec  qu'il  avait  essuyé,  et  de 
refaire  sa  position  compromise,  Gauthier  fit  une  nouvelle 
expédition  vers  Damietle,  où.  suivant  Thislorien  de  l'empereur 
Brades  \  il  «  monta  contre  mont  tresque  à  un  casai  que  l'on 
apele  Bore  et  fit  grand  gaing  et  s'en  retourna  à  Acre.*  »  On 
n'est  pas  bien  fixé  sur  l'époque  de  cette  excursion,  que  quelques 
historiens  font  remonter  à  l'époque  du  séjour  de  Gauthier  en 
Chypre.  Quelque  temps  avant  sa  mort,  il  rendit  à  son  cou- 
sin, le  roi  Jean,  la  connétablie  de  Jérusalem,  moyennant 
5,000  besans.'  Il  paraît  être  mort  vers  1212,  on  ne  sait  à  quel 
âge.  Ipse  cornes,  dit  Jaques  de  Vitry,  muUa  bona  fecU  ;  fuit 
mim  homo  prudmUssimuB.  Il  laissa  de  Bourgogne  de  Lusi- 
gnan  une  fille  nommée  Eschive  qui  épousa  successivement 
Gérard  de  Montaigu  et  Balian  d'Ibelin,  et  peut-être  un  fils 
Eudes  de  Montbéliard,  qui  devint  à  son  tour  connétable  de 
Jérusalem. 

Outre  les  enfants  de  Gauthier,  la  famille  de  Montbéliard  en 
Palestine  se  composait  encore  d'une  dame  nommée  Alix,  que 
quelques  auteurs  pensent  avoir  été  aussi  fille  de  Gauthier,  mais 
que  Ducange  et  M.  Rey  considèrent  comme  sa  sœur.  Les  filia- 
tions présentent  ici  quelque  obscurité  sur  deux  points.  Il 
n'est  pas  sûr  qu'Eudes  hit  été  le  fils  de  Gauthier.  Ducange*  dit 

*  Histoire  d^Eracles,  1. 31,  ch  5.  —  De  Mas-Latrie.  —  Tuetkt,  121. 

*  Multa  casalia  destruxit  et  civitatem  cancos.  Jacques  de  VrrBT. 

*  Le  basant,  d'après  Leblanc,  Traité  des  monnaies,  p.  198,  valait 
10  sous  tournois,  et  le  sou  19  d'à  présent  ;  ainsi  le  besant  valait  9  francs 
50  cent,  environ.  M.  de  Vailly,  estime  le  son  à  1.  013,  ce  qui  porte  le 
besant  à  10.  13.  JoiNvn.LE,p.  460.  —  Miohaud,  XI,  p.  341. 

*  DucAKGE,  p.  379,  622. 


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LES  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  371 

fils  OU  plutôt  neveu,  et  tel  est  aussi  le  terme  auquel  s'arrête 
H.  Rey.  Mais  alors  fils  de  qui?  Pour  porter  le  nom  de  Mont- 
béliard,  il  devait  nécessairement  descendre  ou  du  comte  Richard 
ou  d'un  troisième  fils  inconnu  du  comte  Amédée.  Or,  cette 
filiation  n'existe  pas.  D'un  autre  côté  Dunod  s'est  trompé*  en 
admettant  entre  Eudes  et  Gauthier  un  personnage  intermé- 
diaire du  nom  de  Hugues.  Ce  nom  employé  par  Sanudo^  s'ap- 
plique évidemment  à  Eudes  lui-même,  qui  d'ailleurs  était 
arrivé  dès  1218  à  une  certaine  maturité,  puisque  nous  le 
voyons  à  cette  époque  figurer  au  siège  de  Damiette  en  qua- 
lité de  connétable  du  roi  Jean. 

Quant  à  la  personnalité  d'Alix,  elle  est  déterminée  par  une 
phrase  du  lignage  d'outre-mer  '  qui  la  désigne  à  la  fois  comme 
veuve  du  comte  Bertot,  femme  en  second  mariage  de  Philippe 
d'Ibelin,  sœur  du  comte  Gauthier,  et  tante  du  connétable  Eudes 
de  Montbéliard.  Il  est  impossible  delà  désigner  d'une  manière 
plus  précise;  mais  quand  et  comment  vint-elle  en  Palestine? 
nous  l'ignorons.  Comment  se  fait-il  encore  quelle  ne  figure  pas 
dans  les  généalogies  d'Europe,  à  côté  de  ses  frères  et  de  sa 
sœur.  Bonne  de  Scey?  Peut-on  présumer  qu'un  fils  et  qu'une 
fille  aient  disparu  ensemble  de  la  descendance  du  comte 
Amédée  par  le  fait  de  leur  émigration  en  Palestine  ?  En  tous 
cas  on  ne  peut  l'admettre  qu'en  ce  qui  concerne  Alix. 

Mais  conmie  l'histoire  de  ces  personnages  se  trouve  plus  ou 
moins  liée  à  celle  de  Jean  de  Brienne,  leur  cousin,  à  qui 
appartient  d'ailleurs  le  principal  rôle  dans  les  événements, 
c'est  de  lui  que  nous  nous  occuperons  d'abord,  sauf  à  revenir 
plus  tard  aux  autres  membres  de  la  famille. 

A  la  mort  d'Amaury  de  Lusignan,  et  de  sa  femme  Isabelle 
qui  lui  survécut  de  quelques  mois  seulement,  les  barons  et  les 

^  Nolnliaire  de  la  comté  de  Bourgogne ,  p.  58. 
*  Mardîo  Sanuti,  Histoire  des  doges  de  Venise. 
'  EhJGANGB,  p.  458.  — Lignage  d*outr&-meryCh.lKl\,-^\o\T encore 
Duo,  p.  350,  et  Lignage,  ch.  Vlll  et  XIU. 


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S72  BEVUB  d'alsaob 

seignears  da  royaume  de  Jérusalem,  sentant  la  nécessité 
d'avoir  à  leur  tête  un  prince  capable  de  les  gouverner  et  de 
les  mener  au  combat,  avaient  envoyé  en  Occident  Aymar, 
seigneur  de  Césarée,  et  Tévêque  de  Ptolemaïs,  pour  solliciter 
Philippe-Auguste  de  leur  donner  un  chevalier  en  état  de 
défendre  ce  qui  restait  encore  du  royaume  d'outre-mer.  Phi- 
lippe-Auguste reçut  les  députés  avec  de  grands  honneurs,  et 
leur  désigna  Jean:  <  Rexigitur  Frandw.  dit  Sanudo,  deUberch 
tione  haUta,  respofidit  nundis  se  daturvm  hominem  Syriœ 
parUbus  aptum^  in  armis  probum,  in  bellis  securum,  in  ager^dk 
providum.  Johcmnem  comitem  Brennensem.  »  Jean  était  alors 
ftgé  de  plus  de  50  ans.  Dans  sa  jeunesse  il  avait  été 
destiné  à  Tétat  ecclésiastique;  mais  plus  avide  de  la  gloire  des 
combats  que  des  palmes  de  la  religion,  il  refusa  d'obéir  à  la 
volonté  de  ses  parents  :  et  comme  son  père  voulait  le  con- 
traindre de  force,  il  se  sauva  dans  le  monastère  de  Giteau,  où 
il  resta  pendant  quelque  temps,  confondu  avec  les  autres 
moines.  Uu  de  ses  oncles  l'ayant  trouvé  un  jour  à  la  porte  du 
couvent  dans  un  état  peu  digne  d'un  gentilhomme,  l'emmena 
chez  lui,  et  le  laissa  enfin  libre  de  suivre  son  penchant  pour 
les  armes.^  Sa  jeunesse  se  passa,  ainsi  que  nous  l'avons  vu, 
à  courir  les  aventures  en  Italie  ou  en  Palestine;  et  lorsque 
les  barons  de  Jérusalem  vinrent  lui  offrir  le  trône,  ce  fut  avec 
joie  qu'il  accepta,  etpromit  de  les  suivre  bientôt  à  la  tête  d'une 
armée. 

Mais  il  était  dès  lors  difficile  de  réchauffer  l'enthousiasme 
des  Francs  pour  les  expéditions  d'outre-mer;  et  après  bien 
des  démarches  restées  sans  résultat,  Jean  de  Brienne  partit 
n'emmenant  que  800  cavaliers.  Le  roi  Philippe  lui  avait  donné 
40,000  livres;  et  lès  Romains,  à  la  sollicitation  du  pape,  lui 
en  prêtèrent  40.000  autres.  C'est  avec  ces  ressources  qu'il 
aborda  à  Gaiphas,  le  13  septembre  1210,  et  dès  le  lendemain 

^  MiGHAUD,  liy.  XII,  p.  366.  —  Gibbon,  Histoire  delà  décadenu 
de  Vempire  romain,  ch .  61 . 


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LES  MONTBÉLIABDS  EN  PALESTINE  373 

il  fut  couronné  à  Tyr,  ainsi  que  Marie  Yolande,  avec  une 
magnificence  peut-être  plus  grande  que  ne  le  comportait  l'état 
du  royaume. 

Ainsi  une  grande  partie  de  la  descendance  du  vieux  Thierry 
de  Montbéliard  était  réunie  en  Palestine,  où  le  nouveau  roi 
avait  d'ailleurs  retrouvé  nombre  de  ses  anciens  compagnons 
d'armes.  Depuis  plus  d'un  siècle  que  subsistait  le  royaume  de 
Jérusalem,  bien  des  familles  nobles,  venues  de  France  pour 
la  plupart,  s'y  étaient  établies  à  demeure,  tantôt  conservant 
les  noms  qu'elles  avaient  portés  en  Europe,  tantôt  adoptant 
les  noms  des  âefs  qui  leur  avaient  été  attribués.  Ces  familles, 
s'alliant  pour  la  plupart  entre  elles,  s'étaient  peu  à  peu  con- 
sidérablement multipliées  ;  et  comme  elles  possédaient  géné- 
ralement de  vastes  domaines,  récompenses  dé  leurs  travaux, 
elles  occupaient  en  même  temps  dans  l'Etat  de  hautes  posi- 
tions, et  jouissaient  d'une  illustration  méritée.  Ainsi  les  Mont- 
béliards,  unis  dès  la  France  à  la  maison  de  Brienne,  s'étaient 
alliés  en  Orient  aux  Lusignans,  aux  Ibelin,  aux  de  Bure,  aux 
Montaigu;  et  plus  tard  leur  descendance  se  retrouve  encore  en 
Arménie,  à  Gonstantinople,  à  Athènes,  unie  aux  Gourtenay, 
aux  Villehardoin,  et  à  tous  les  grands  noms  qu'illustrèrent 
les  croisades. 

Gauthier,  chef  de  la  famille  en  Palestine,  n'avait  survécu 
que  quelques  années  à  l'avènement  du  roi  Jean.  Eudes,  selon 
toute  apparence,  né  encore  en  Europe  d'une  première  femme 
inconnue,  était  devenu  prince  de  Galilée  et  seigneur  de 
Tabarie,  par  son  mariage  avec  Eschive,  fille  de  Raoul  de  Bure 
et  d'Agnès  de  Sajette  ou  de  Sidou.*  Sa  sœur  cadette,  Eschive, 
née,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  de  Bourgogne  de  Lusignan, 
épousa  en  premières  noces  Gérard  de  Montaigu,  neveu  de 
l'archevêque  de  Nicosie,  Eustorge,  descendant  d'une  famille 
noble  d'Auvergne,  dont  le  château  en  ruines  se  voit  encore 

^  DuGANGE,  passim. 


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374  REVUE  D*ALSACE 

sur  les  collines  qui  entourent  Billon.  Â  la  mort  de  ce  seignear, 
elle  épousa  yers  1233,  Balian  m,  dlbelin,  seigneur  de  Baruth, 
neveu  d'Alix  de  Montbéliard  et  de  Philippe  d'Ibelin,  comme 
elle  en  était  elle-même  la  nièce.  Ce  mariage  fut  d'abord  cassé 
par  l'archevêque  de  Nicosie  pour  cause  de  parenté  :  en  effet 
Eschive  était  petite-fille  d'Eschive  dlbelin,  première  femme 
du  roi  Âmaury,  père  de  Bourgogne,  et  cousine  germaine  de 
Jean  d'Ibelin,  le  vieux,  père  de  Balian.  Cependant  le  pape 
Grégoire  IX  finit  par  accorder  les  dispenses  nécessaires  à  cette 
alliance. 

Cette  famille  d'Ibelin  dans  laquelle  s'absorbent  et  dispa- 
raissent successivement  les  Montbéliards  ^,  était  au  nombre  des 
plus  illustres  et  des  plus  haut  placées  de  Palestine.  Le  roi 
Foulques,  après  avoir  fait  construire  le  château  d'Ibelin,  à 
l'emplacement  de  l'ancienne  ville  de  Jamnia,  pour  protéger 
Jérusalem  contre  les  Sarrazins,  alors  maîtres  d'Ascalon, 
en  avait  confié  la  garde,  ainsi  que  celle  de  Mirabel  qui 
en  était  voisin,  à  un  brave  chevalier  français,  nommé 
Balian  ou  Barbisan,  des  vicomtes  de  Chartres,  et  de  la  famille 
de  Puyset.  Ce  Balian,  que  l'on  distingue  par  le  surnom  de 
Balian  le  Français,  épousa  l'héritière  de  Rames,  Helvis  ou 
Heloïs  ;  et  leurs  enfants,  tout  en  ajoutant  à  leur  qualité  la 
désignation  du  fief  particulier  dont  ils  étaient  détenteurs, 
gardèrent  cependant  tous  le  nom  d'Ibelin  qui  devint  celui  de 
la  famille.  Ce  furent  généralement  de  braves  guerriers  et  de 
savants  légistes,  dont  les  travaux  restèrent  au  nombre  des 
monuments  remarquables  de  l'époque. 

Hugues,  l'aîné  des  fils,  mourut  sans  postérité  d'Agnès  de 
Courtenay,  première  femme  d' Amaury  de  Jérusalem.  Bau- 
douin, seigneur  de  Rames,  le  second  des  fils,  fut  père  d'Eschive, 
reine  de  Chypre.^  Bernard  le  trésorier  raconte  au  sujet  de  ce 

*  DuoANGB,  p.  360.  —  Guillaume  de  Tyr,  liv.  XIV-XV.  —  Lignage 
d* outre  mer,  ch.  XI. 

*  BibL  des  croisades,  U  II,  p.  573. 


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LES  HONTBâLURDS  £N  PALESTINE  375 

Baudouin  un  trait  assez  singulier.  Il  avait  été  fait  prisonnier 
par    les  Musulmans;  à  la   prière  de  quelques  émirs  dont 
il   avait  gagné  la  bienveillance,  Saladin  fixa  sa  rançon  à 
2,000  besans  d'or,  et  on  convint  que  si  Beaudoin  ne  pouvait 
payer,  on  lui  arracherait  deux  dents.  Le  prisonnier  ayant  dit 
qu'il  ne  pouvait  payer  une  somme  si  forte,  Saladin  ordonna  qu'on 
exécutât  l'autre  condition.  Cependant  Baudouin,  qui  ne  se  sou- 
ciait nullement  de  subir  l'opération,  promit  d'essayer  de  trouver 
l'argent,  et  envoya  vers  son  frère  Balian,  le  priant  de  venir  à 
son  secours.  Balian  paya  le  tiers  de  la  dette,  et  donna  des 
otages  pour  le  surplus.  Ainsi  délivré,  Baudouin  vint  à  Jéru- 
salem, et  de  là  se  rendit  à  Gonstantinople  pour  solliciter  de 
l'empereur  le  reste  de  sa  rançon.  L'empereur,  par  estime  pour 
Baudouin  et  par  considération  pour  Balian  qui  avait  épousé 
une  princesse  grecque,  Marie  Gommène,  fit  dresser  un  trône 
dans  son  palais,  et  y  fit  asseoir  Baudouin  que  l'on  couvrit  de 
pièces  d'or,  jusqu'à  la  tête.  Revenu  à  Ptolémaïs,  il  acheva  ainsi 
de  payer  le  reste  de  sa  dette.  * 

Balian  II,  frère  cadet  de  Beaudoin,  seigneur  d'Ibelin  et  de 
Naples  ou  Naplouse,  avait,  comme  nous  venons  de  le  dire, 
épousé  Marie  Gomnène,  veuve  d'Amaury  de  Jérusalem.  Ce 
fut  lui  qui  tint  dans  ses  bras  le  petit  Baudouin  Y  lors  de  son 
couronnement.  Le  roi  Baudouin  IV,  raconte  le  continuateur 
de  Guillaume  de  Tyr  *,  ordonna  que  le  fils  de  Sybille,  âgé  de 
6  ans,  fût  couronaé.  <  Il  fit  emporter  l'enfant  à  un  chevalier 
entre  ses  bras  jusqu'au  temple  Dominus,  parce  qu'il  estoit 
petit,  qu'il  ne  volait  mie  qu'il  fut  plus  bas  d'eux.  Le  cheva- 
lier estoit  grand  et  élevé,  et  si  avoit  nom  Balian  d'Ibelin, 
l'un  des  barons  de  la  Terre.  »  Après  la  bataille  de  Tibériade, 
les  habitants  de  Jérusalem,  menacés  d'un  siège  par  Saladin 
et  résolus  à  se  défendre,  mirent  à  leur  tête  Balian,  que  dési- 


^  Cont.  de  Gun-LAUME  de  Tyr.  —  Bihl  des  croisades,  t.  L  p.  367. 

—  DUCANOE. 


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376  REVUE  d'àlsacb 

gnaient  à  leur  choix  son  expérience  et  ses  talents  militaires. 
Aussitôt  il  s'occupa  de  réparer  les  murs  de  la  place,  de  la 
mettre  en  état  de  défense,  et  de  rétablir  la  discipline  parmi 
les  guerriers  qui  s'y  trouvaient.  Bientôt  on  vit  flotter  les 
étendards  du  sultan  ;  mais  les  sorties  vigoureuses  des  assiégés 
et  leur  résistance  désespérée  arrêtèrent  l'élan  de  l'ennemi, 
qui  dut  en  venir  à  un  siège  en  règle.  Saladin  fit  miner  les 
tours  de  la  place  sans  que  ses  défenseurs  pussent  s'y  opposer, 
et,  hors  d'état  de  lutter  plus  longtemps,  Balian  dut  songer  à 
traiter.  Ce  fut  encore  lui  qui  régla  avec  le  Soudan  les  condi- 
tions de  la  capitulation,  et  grâce  à  son  énergie,  grâce  encore 
à  quelques  succès  obtenus  par  les  chrétiens  pendant  les 
pourparlers,  la  population  de  Jérusalem,  que  Saladin  avait 
juré  d'exterminer,  échappa  à  la  mort  ou  à  une  dure  captivité. 
Il  mourut  vers  1198,  laissant  de  sa  femme  Marie  une  nom- 
breuse lignée,  dont  deux  membres  nous  intéressent  particu- 
lièrement :  Philippe,  qui  épousa  Alix  de  Montbéliard,  et 
Jean,  désigné  sous  le  nom  de  Jean  le  vieux,  époux  en  pre- 
mières noces  d'Heloys  de  Nephen,  puis  de  Mélissende  ou 
Melusine,  héritière  d'Arsur.  Philippe,  bailli  de  Chypre  dès 
1218^  fut  spécialement  chargé  de  l'administration  de  ce 
royaume  pendant  la  minorité  du  roi  Henri  I*^.  Il  mourut  en 
1228,  et  sa  femme  Alix  lui  survécut  jusqu'en  1244.  Ils  lais- 
sèrent après  eux  Marie,  qui  mourut  religieuse,  et  Jean,  que 
le  roi  Henri  fit  comte  de  Jaffa  et  d'Âscalon.  Ce  dernier  fut,  comme 
nous  le  verrons  plus  loin,  un  des  plus  illustres  chevaliers  de 
son  temps,  et  un  des  hommes  dont  le  roi  saint  Louis  apprécia 
particulièrement  la  sagesse  et  les  conseils.  Jean  le  vieux, 
que  Philippe  de  Navarre  et  son  neveu  Jean  de  Jaffa  mention- 
nent comme  étant  un  homme  supérieur  tant  par  ses  talents 
militaires  et  son  habile  administration,  que  par  son  profond 
savoir  en  jurisprudence,  fut  à  la  fois  seigneur  d'Ibelin,  de 
Baruth  etd'Arsur.  Mais,  quoique  désigné  aussi  comme  seigneur 
d'Ibelin,  il  ne  posséda  pas  effectivement  cette  ehâtellenie  qui 


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LES  MONTBÊLIARDS  EN  PALESTINE  877 

était  retombée  entre  les  mains  de  MalekAdel  en  11 87,  encore 
du  vivant  de  Balian  II,  et  qui  ne  fut  reconquise  que  posté- 
rieurement à  la  mort  de  Jean^  survenue  en  1284.  Nous 
n'avons  pas  à  nous  occuper  ici  de  Thistoire  de  ce  seigneur 
que  nous  trouverons  associé  à  toutes  les  luttes  que  soutinrent 
les  barons  de  Chypre  et  de  Palestine  pour  s'affranchir  de  la 
domination  des  Allemands  sous  Frédéric  IL  II  fut  père  de 
Balian  III,  qui  eut  Baruth  dans  Hon  lot,  et  épousa  Eschive,  fille 
du  connétable  Gauthier;  de  Baudouin,  sénéchal  de  Chypre, 
dont  le  fils  Philippe  épousa  Simonne,  fille   du  connétable 
Eudes  ;  de  Jean,  seigneur  d'Arsur  et  connétable  de  Jérusalem 
en  1251;  de  Guy,  connétable  de  Chypre,  qui  se  trouva  avec 
Baudouin,  encore  un  des  frères,  au  siège  de  Damiette  en  1248, 
et  partagea  toutes  les  infortunes  de  saint  Louis;  de  Hugues, 
qui  mourut  jeune  et  sans  postérité,  et  enfin  d'Isabelle. 

Il  n'entre  point  dans  notre  plan  de  pénétrer  plus  avant 
dans  les  diverses  ramifications  de  la  famille  d'Ibelin  ;  mais 
comme  les  divers  personnages  que  nous  venons  de  men- 
tionner, vont  tous  prendre  place  dans  la  suite  de  ce  tableau 
et  mêler  leur  personnalité  aux  événements  que  nous  avons  à 
raconter,  il  importait  de  faire  connaître  par  avance  leur  filia- 
tion, et  en  particulier  les  relations  de  parenté  qui  les  unis- 
saient aux  Monlbéliards,  de  manière  à  n'avoir  point  à  revenir 
sur  ce  sujet.  Ces  indications  suffiront  du  reste  pour  la  clarté 
de  notre  récit  auquel  il  importe  de  revenir. 

Le  connétable  Eudes  fut  le  compagnon  et  le  lieutenant  du 
roi  Jean  de  Brienne  dans  toutes  les  guerres  de  ce  prince  en 
Palestine  et  en  Egypte.  Les  trois  premières  années  de  son 
règne  s'étaient  passées  dans  des  luttes  assez  obscures  et  sans 
résultais  décisifs  contre  les  Sarrasins.  Ses  appels  aux  guer- 
riers d'Europe  n'étaient  point  entendus,  et  les  souverains  de 
l'Occident  étaient  eux-mêmes  trop  occupés  de  leurs  propres 
affaires  pour  prêter  l'oreille  aux  plaintes  des  chrétiens 
d'Orient  Ce  ne  fut  qu'après  que  l'Europe  eut  recouvré  quel- 


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378  BEVUE  DALSAŒ 

que  tranquillité,  qu'Innocent  III  parvint  à  organiser  la  cin- 
quième croisade.  Les  événements  qui  s'y  rattachent,  sont  liés 
trop  intimement  à  Tbistoire  générale  pour  que  nous  ayons  à 
nous  y  arrêter.  On  sait  de  quels  revers  furent  suivis  les  pre- 
miers succès  du  roi  Jean,  et  les  désastres  qu'entraînèrent  la 
présomption  et  Timpéritie  du  légat  du  pape,  Pelage,  qui 
repoussa  opiniâtrement  la  paix  et  les  conditions  avantageuses 
offertes  par  le  Soudan  du  Caire.  Eudes  partagea  la  gloire  et 
les  souffrances  de  son  souverain  qu'en  son  absence  il  suppléait 
à  la  tête  de  Tarmée.  Lorsque  le  roi  eut  été  contraint  de  sacri- 
fier Damiette  qu'il  avait  gardé  trois  ans,  et  de  se  livrer  aux 
Musulmans  comme  caution  de  la  restitution  de  la  place,  ou 
l'amena  devant  le  Soudan,  et  après  qu'il  se  fut  assis,  il  se  mit 
à  plorer.*  Le  Soudan  regarda  le  roi  qui  plorait,  et  lui  dit  : 
«  Sire,  pourquoi  plorez-vous?  »  —  «  Sire,  j'ai  raison,  répon- 
dit le  roi,  car  je  vois  le  pople  dont  Dieu  m'a  chargé,  périr  au 
milieu  de  l'eau  et  mourir  de  faim.  »  Le  soudan  eut  pitié  de 
ce  qu'il  vist  le  roi  plorer;  si  plora  aussi;  lors  envoya  trente 
mille  pains  as  povres  et  as  riches,  et  ainsi  leur  envoya  quatre 
jours  de  suite. 

Jean  ramena  à  Ptolémaïs  son  armée  décimée  par  la  faim, 
les  maladies  et  le  fer  ennemi.  Dans  l'intervalle  il  avait  perdu 
sa  femme  Marie  Jolande  ^  morte  en  lui  laissant  une  fille 
également  nommée  Jolande,  et  il  avait  épousé  en  secondes 
noces  Estéfénie  ',  fille  de  Li  von  ou  Léon,  roi  d'Arménie.  Celle-ci 
succomba  à  son  tour  en  1220,  peut-être  à  la  suite  d'un  acte 
de  violence  de  son  mari.  La  légende  rapporte  qu'à  la  mort 
du  roi  Livon,  Jean  de  Brienne,  voulant  faire  valoir  les  droits 
au  trône  d'Arménie,  résultant  pour  lui  de  sa  femme  et  d'un 
enfant  qu'il  avait  eu  de  cette  princesse,  quitta  brusquement 

*  MiOHAUD,  Histoire  des  croisadeSy  XII.  —  CorU,  Guillaume  de  Tyb. 

*  DuoANGB,  p.  34,  35, 124-5  et  159. 

*  Avant  le  mois  de  mai  1214. 


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LES  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  379 

TEgypte  ^  pour  se  rendre  dans  ce  royaume;  mais  qu'ayant 
appris  que  la  mère  voulait  empoisonner  Tenfant  pour  anéantir 
les  droits  de  son  mari,  Jean  se  fflcha  tellement  et  la  frappa 
avec  tant  de  violence  de  ses  éperons,  qu'elle  en  mourut  quel- 
ques jours  après.  Quelques  auteurs  pensent  que  le  projet 
d'empoisonnement  pourrait  bien  se  rapporter  à  la  princesse 
Jolande,  qu'Estéphénie  voulait  faire  disparaître  pour  assurer 
les  droits  de  son  Sis  au  trône  de  Jérusalem.  Au  reste,  l'enfant 
ne  tarda  pas  à  mourir  lui-même  à  Tâge  de  4  ans. 

A.   DUVERNOY. 


(La  fin  h  la  prochaine  livraison  J 


^  Le  roi  Jean  met  en  son  lien  Ode  de  Montbéliard  qui  estoil  son  cônes- 
table.  (Histoire  d*Eracle8.) 


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COLLECTIONS 


ET 


COLLECTIONNEURS  ALSACIENS 

I6OO-I82O 

C^ntiquitisj  oMonnaUs^  oMidailleSy  Tableaux^  ^Manuscrits 
Gravures^  Curiosités^  etc. 

Suite  et  fin*. 


A  côté  de  l'histoire  des  artistes  et  de  leurs  œuvres,  l'his- 
toire des  curieux  a  pris  dans  ces  derniers  temps  sa  place 
légitime,  et  est  devenue  la  préoccupation  des  érudits.  La 
curiosité,  en  effet,  étant  la  conservatrice  des  objets  d'art,  il 
est  indispensable  d'en  connaître  à  fond  les  annales,  sous  peine 
de  laisser  une  lacune  considérable.  Pour  répondre  à  ces  obser- 
vations très  justes  d'un  érudit  parisien,  M.  L.  Courajod* 
nous  allons  tracer  le  portrait  de  quelques  collectionneurs 
alsaciens  d'après  des  écrits  contemporains: 

<  Schurer,  professeur  de  physique,  a  publié  il  y  a  peu  de 
temps  un  traité  sur  cette  science.  C'est  un  homme  alerte,  actif 
et  tout  à  fait  à  la  hauteur  de  sa  position  ;  mais  comme  il  est 
obligé  de  se  servir  de  la  langue  latine,  pour  mieux  se  faire 
comprendre  de  tous  ses  élèves  ^  son  accent,  sa  manière  de 

*  Voir  les  livraisons  (Janvier-Février-Mars  et  Avril-Mai-Jain  1875). 
'  Livre-journal  de  Lâzabe  DuvAtnc,  Paris  1873. 

*  L'Université  de  Strasbourg  était  fréquentée  par  des  jeunes  gens  de 
toutes  les  parties  de  TEurope. 


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OOLLBOnONS  BT  GOLLBOTIONNEUBH  ALSA0IEN8  3B1 

s'exprimer  ont  quelque  chose  de  fort  désagréable  ;  défaut  qui 
arrive  fréquemment  aux  plus  grands  savants.  Sa  collection 
d'instruments  de  physique  est  très  remarquable;  il  l'aug- 
mente tous  les  jours,  et  il  continue  à  faire  de  belles  expé- 
riences.* 

«  Le  professeur  Hermann  enseigne  avec  distinction  l'his- 
toire naturelle  et  la  botanique.  La  première  de  ces  sciences 
est  sa  spécialité,  et  il  y  atteint  un  haut  degré  de  perfection. 
Son  cabinet  d'histoire  naturelle  est  très  remarquable  et  bien 
classé.  Il  Ta  formé  avec  ses  propres  ressources  et  il  lui  a  coûté 
des  sommes  considérables.^  D'après  ce  qui  m'a  été  dit,  les 
débuts  d'Hermann  furent  assez  pénibles.  Il  fut  longtemps  pro- 
fesseur extraordinaire  avec  un  petit  traitement  et  même  sans 
traitement.  C'est  ce  qui  le  fit  briguer  et  obtenir  d'abord  une 
place  de  professeur  de  philosophie;  puis  une  chaire  étant 
vacante  à  la  Faculté  de  médecine,  il  la  remporta.  Ces  petite 
désagréments  ne  seraient*  pas  arrivés,  si  on  eût  créé  de  suite 
pour  lui  une  chaire  d'histoire  naturelle,  dont  il  était  si  digne. 

En  1776,  Sander',  professeur  au  Gymnase  de  Carlsruhe, 
connu  par  plusieurs  ouvrages  de  dévotion  et  d'histoire  natu- 


'  Briefe  eines  reisenden  Deutschen  an  seine  Bruder,  in  Heidelberg, 
Francfort  und  Leipzig,  1789,  in-8'p.  389.  (Vingt  lettres  très  intéressantes 
sur  Strasbourg.) 

*  Hermann  avait  empranté,  quelques  années  avant  sa  mort,  une  somme 
considérable  à  gros  intérêts  pour  payer  à  un  voyageur  allemand  les 
modèles  de  Poli.  Le  cabinet  de  minéralogie  de  Delisle-Romé  à  Paris  avait 
de  lui  de  l'albâtre  ou.spath  vitreux  de  Giromagny. 

Sur  ses  dernières  années,  il  avait  été  autorisé  par  l'administration 
départementale  à  donner  des  leçons  dans  son  riche  cabinet.  Le  jeune 
comte  de  Gustine  de  Niderwiller  prit  des  leçons  d'histoire  naturelle  près 
de  lui. 

'  Beschreibung  seiner  Reisen  durch  Frankreich,  das  Niederlandy  etc. 
Leipzig.  1783,  t.  I,  p.  5.  Je  dois  à  la  bienveillance  de  M.  Dagobert 
Fischer,  deSaverne,  ce  passage  curieux.  Le  pasteur  Oberlin  visita  en  1780 
Sander  à  Rrondingen  dans  le  pays  de  Bade. 


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382  RBYUE  D'ALSACE 

relie,  ne  manqua  pas  de  visiter  les  collections  du  célèbre  pro- 
fesseur. 

«  Admirable  cabinet,  dît-il,  par  la  quantité  d'objets  qu'il 
renferme  et  par  l'ordre  et  la  propreté  qui  y  régnent;  presque 
tous  les  insectes  y  sont,  même  les  plus  petits,  fixés  sur  des 
tablettes  blanches  avec  des  étiquettes,  et  classés  dans  des 
yitrines;  il  y  a  beaucoup  d'amphibies  :  Amphib.  reptil.  Linuie^ 
la  Ranapipa,  un  jeune  crocodile  dans  un  bocal;  des  écailles 
de  tortue,  la  TesUid.  inibricat;  des  poissons  non  empaillés,  le 
Chattudan^  le  Diodan,  le  Cychp,  mais  évidés  avec  leur  épi- 
derme  et  leur  forme  extérieure,  et  placés  sur  des  supports  en 
bois  noir  travaillé  au  tour. 

€  En  fait  de  mammifères  empaillés  \  des  blaireaux,  des 
marmottes,  le  chat  d'Kspagne^  des  belettes,  des  rats,  etc.,  de 
grandes  pierres  de  bezoard,  si  rondes  et  si  polies  que  Ton 
aurait  dit  qu'elles  sortaient  des  mains  du  tourneur.  Ces  objets 
sont  enfermés  dans  une  chambre  plus  longue  que  large. 
Chaque  oiseau  est  sur  un  support  spécial  ;  le  pinson  pourpré 
(cardinal)  de  l'Inde  occidentale;  un  colibri  au  bec  long  et 
pointu,  mais  auquel  manque  un  brillant  plumage;  des  oiseaux 
magn  iôques  du  Mississippi  ;  le  phalarope  PhcU.  AtiaSy  bien  moins 
beau  que  celui  donné  dans  l'ouvrage  de  Gramer.  Des  serpents 
dans  l'esprit  de  vin,  et  une  tête  de  vipère  avec  les  deux  dents 
à  venin;  des  œufs  très  gros,  ceux  de  tortue  couverts  d'une 
membrane  calcifëre  semblable  à  du  parchemin,  des  nids  d'oi- 
seaux et  d'insectes;  beautX)up  de  plantes  coralloïdes,ifa«^q?or 
Millepor.  Sertular.  Alcyoïi^  Oorgon,  beaucoup  d'épongés,  le 
Oordius  Medin.  le  Tcmia  Solum^  et  autres,  des  aphrody- 
siaques  et  beaucoup  de  coquilles  rangées  dans  des  tiroirs. 

«  Puis,  une  tête  de  Méduse  d'une  grande  dimension  suspendue 


^  En  1806  on  s'adressait  à  Gaiilaame  Hering,  comme  artiste  empail- 
leur. Adorne,  rue  Brûlée,  avait  la  spécialité  pour  les  instruments  de  phy- 
sique. 


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COLLEOnONS  ET  COLLECTIONKEUBS  ALSACIENB  883 

dans  une  vitrine;  des  étoiles  de  mer  grandes  et  petites,  dessé- 
chées et  placées  dans  des  tiroirs,  des  mollusques,  un  escargot 
dont  rextrêmité  des  sphères  et  Touverture  sont  sur  le  même 
côté.  Parmi  les  pétrifications,  des  spongiaires,  des  cornes 
d'Ammon  énormes,  un  grand  Madrépore  pétrifié  de  la  Cham- 
pagne, pesant  de  6  à  8  livres;  c'est  un  fragment  de  lerrafih- 
cma,  dont  mon  briquet  faisait  sortir  beaucoup  d'étincelles.  Il 
&ut  mentionner  aussi  des  crustacés,  des  embryons  et  autres 
productions  monstrueuses. 

«  Je  n'ai  vu  en*  fait  de  régne  végétal  qu'un  essai  pour  con- 
server les  fruits;  on  les  remplit  de  cire;  mais  ce  moyen  fut 
bientôt  mis  de  côté. 

c  La  minéralogie  était  représentée  par  des  sels,  du  soufre 
du  Vésuve;  un  diamant  que  Ton  estime  8,060  francs,  et  près 
duquel  le  straas  n'est  plus  rien  ;  il  y  a  encore  quelques  pierres 
précieuses;  VOculus  cati,  un  onyx,  des  échantillons  de  chaque 
métal;  de  la  platina  dd  PintOj  en  assez  grande  quantité,  dont 
l'once  a  coûté  d'abord  dans  le  principe  100  livres  et  dont  le 
prix  ne  tarda  pas  à  se  payer  SOO  ;  un  grand  nombre  d'hématites, 
des  échantillons  de  Mercure,  etc.  > 

L'économiste  Garl  Cranz  ^  parle  également  du  cabinet  Her* 
mann  et  de  Taccueil  bienveillant  que  lui  fit  en  juin  1801,  le 
docteur  Hammer. 

<  La  Faculté  de  médecine,  continue  le  voyageur  anonyme 
de  1789,  a  fait  une  grande  perte  dans  la  personne  des  pro- 
fesseurs Lobstein  et  Spielmann,  mais  leurs  successeurs  font 
tous  leurs  efforts  pour  marcher  dignement  sur  leurs  traces. 

«  Le  professeur  Oberlin  a  une  belle  bibliothèque,  un  petit 
cabinet  d'antiquités,  et  comme  le  professeur  Spielmann^  un 
beau  médaillier.' 


^  Voyage  (ea  allemand).  Leipzig,  180-%  1. 1,  p.  43. 
'  Kq  1789,    on  ne  comptait  cependant  en  Alsace  qae  trois  membres 
associés  aux  Académies  royales  de  Paris;  Bronck  (belles-lettres)  ;  le  baron 


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384  REVUB  o'albaoe 

<  Il  est  du  petit  nombre  de  ces  hommes  rares  dont  un  pays 
s'honore  et  qui,  pa  r  conséquent,  sont  dignes  de  toutes  les  faveurs 
qu'un  gouvernement  éclairé  peut  répandre  sur  eux  pour  sa 
propre  gloire,  observait  avec  raison  le  préfet  Laumond.*  » 

Une  des  dernières  dissertations  qu'écrivit  Oberlin,  fut  une 
note  sur  un  bas-relief  faisant  partie  de  sa  collection  et  sur 
lequel  on  voyait  une  tête  cornue,  que  le  vulgaire  prenait  pour 
le  portrait  d'Attila.  Cette  sculpture  provenait  d'un  mur  de 
la  ville.  Un  autre  bas-relief  presque  identique  avait  été  brisé 
pendant  la  Révolution. 

En  1862,  M.  Bninet  de  Presles,  deTInstitut,  donna  quelques 
manuscrits  de  ce  savant  modeste  à  la  bibliothèque  de  Stras- 
bourg, et  la  ville  de  Nancy,  voulant  perpétuer  la  mémoire  de 
VsiXLleuràes  Recherches  mr  le  patois  lorrain  \  a  donné  son  nom 
à  une  de  ses  rues. 

Le  poète  Ehrenfried  Stœber  lut  à  la  séance  du  17  mai  1807 
de  la  Société  des  arts  et  sciences  de  Strasbourg,  une  notice 
sur  le  professeur  Oberlin.  Cette  notice  est  devenue  très  rare. 

L'estampage  d'un  monument  du  Muséum  Schœpftini  se 
trouve  à  la  galerie  archéologique  de  la  ville  de  Metz  :  c'est  le 
bas-relief  de  la  déesse  Dîrona,  trouvé  en  1751  sur  les  bords 
duMerlebach  lors  de  la  création  de  la  forge  de  Sainte-Fontaine 
près  Forbach. 


de  Dietrich  (sciences),  et  Lombard  (chirurgie).  Ce  dernier  avait  peut-être 
remplacé  le  docteur  mulhousien  Wiliius,  qui  figure  comme  associé  à 
l'Académie  royale  de  chirurgie  dans  VAlmanach  royal  de  1777. 

^  Statistiqvs  du  Bas-Rhin,  an  X,  Paris,  in-8*. 

'  Il  est  hors  de  doute  que  le  conventionnel  Grégoire,  curé  d'Ember- 
ménil,  donna  à  Oberlin  tous  les  passages  relatifs  à  l'arrondissement  de 
Lunéville.  L'auteur  d'une  bonne  Histoire  de  Lunéville,  1829,  M.  Marchai, 
y  a  inséré  quelques  pièces  de  vers  tirées  des  Recherches» 

Le  récent  éditeur  des  Poésies  populaires  de  la  Lorraine  n'a  pas  jugé  à 
propos  d'utiliser  l'ouvrage  «  rare  et  recherché  »  du  philologue  stras- 
bourgeois. 


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COLLEOnONS  ET  OOLLEOTIOKKEUBS  ALSACIENS  385 

Le  docteur  Charles-Jean-Frédéric  Grimm  \  médecin  ordi- 
naire du  duc  de  Saxe-Eisenach,  serait  parfaitement  inconnu 
en  Alsace,  s'il  n'avait  pas  eu  l'heureuse  pensée  de  livrer  à  la 
postérité  ses  impressions  de  voyage.  Ce  qu'il  dit  de  Strasbourg, 
est  très  curieux;  ses  descriptions,  et  particulièrement  celle  de 
la  cathédrale,  sont  d'une  naïveté  rare.  Il  est  vrai  qu'au 
XVIII*  siècle,  on  était  bien  arriéré  en  fait  d'archéologie.  Quoi 
qu'il  en  soit,  le  passage  relatif  au  château  épiscopal  peut 
trouver  sa  place  ici  : 

«  Je  n'avais  pas  encore  vu  le  palais  du  cardinal  à  l'inté- 
rieur, et  j'avais  destiné  à  cette  occupation,  la  matinée  d'au- 
jourd'hui (janvier  1774).  11  est  facile  d'y  entrer  moyennant 
une  petite  gratification  à  la  concierge.  Le  bâtiment,  assez  vaste, 
n'a  qu'un  étage  et  est  en  pierres  de  taille.  Les  appartements 
d'apparat  que  l'on  montre  aux  étrangers,  sont  tous  au  premier. 
On  y  entre  par  une  grande  salle  pavée  en  marbre.  De  là  on 
parvient  dans  les  salles  réservées  au  séjour  de  la  famille 
royale  \  remplies  de  somptueux  ornements,  un  très  beau  par- 
quet, des  chaises  richement  dorées,  des  cheminées  en  marbre, 
des  tapisseries  en  soie  rouge,  etc.  Le  cardinal  Louis-Constantin 
a  placé  dans  la  dernière  beaucoup  de  bustes  en  marbre  blanc, 
représentent  les  premiers  empereurs  romains.  Je  dois  avouer 
que,  sauf  deux,  je  ne  pouvais  reconnaître  rien  d'ancien  dans 

*  Né  à  Eisenach  en  1737,  mort  en  1821.  Bemerkungen  eines  Reisenden 
dureh  DeutscMand,  Frankreich,  etc  Altenb.  1775,  in-8%  1. 1,  p.  183.  Â. 
lire  la  visite  à  Thôpital  civil,  le  traitement  subi  par  les  aliénés,  et  ses 
dissertations  géologiques. 

'  Marie-Antoinette  étant  daaphine,  occupa  un  moment  ces  apparte- 
ments. Le  beau  groupe  de  Niederwiller  qui  est  au  musée  de  Golmar,  était 
placé  dans  la  chambre  à  coucher. 

Le  luxe  des  Rohans  était  proverbial  ;  de  nos  jours  encore,  les  amateurs 
connaissent  le  magnifique  service  qui  porte  leur  nom.  A  Vienne,  le  car- 
dinal de  Rohan  avait  donné  à  sa  livrée  l'écarlate  avec  des  galons  d'or. 
Il  avait  sept  pages  tirés  de  la  noblesse  de  Bretagne  ou  d'Alsace,  avec  gou- 
verneur et  précepteur.  (Abbé  Geoboel.) 

4~  Année.  NouveUe  Série.  25 


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386  REVUE  D'ALSACE 

ces  bustes,  malgré  que  notre  conductrice  cita  l'autorité  de 
Schœpflin  pour  les  faire  prendre  pour  des  originaux.  Nous 
visitâmes  ensuite  la  bibliothèque,  dont  les  armoires  grillées 
rangées  des  deux  côtés,  sont  surmontées  par  des  bustes  et  de 
grands  vases  en  émail  bleu.*  Tout  cela  était  déclaré  antique: 
peut  être  qu'un  petit  buste  d'Alexandre-le-Grand,  haut  d'un 
pied  et  demi,  Tétait,  mais  les  vases  ne  Tétaient  certainement 
pas.*  La  bibliothèque  peut  consister  en  3,400  volumes,  Pères 
de  TEglise,  histoire  ecclésiastique,  etc.;  les  reliures  sont  somp- 
tueuses I 

«  Une  porte  à  double  glace  séparait  cette  salle  de  la  chapelle.' 
Celle-ci  n'avait  rien  de  remarquable,  et  était  plus  petite  que 
toutes  les  pièces  que  j'avais  traversées  jusqu'ici.  Au  dessus 
de  Tautel  se  trouvait  un  tableau  d'une  beauté  ravissante.  Plus 
on  le  regarde,  plus  on  y  trouve  de  beautés.  Ce  tableau  repré- 

^  L'Hôtel-de-Ville  possède  les  deax  plas  grands  et  les  deux  plas  riches 
vases  japonais  connns.  Ces  magnifiques  pièces,  d'ane  exécution  merveil- 
leuse, proviennent  du  dernier  prince-évêque.  Elles  souffrirent  beaucoup 
de  rincendie  arrivé,  il  y  a  dix  ans,  et  qui  faillit  consumer  les  médaillons 
de  chasse  et  les  clés  delà  ville  en  vermeil,  ouvrages  de  Kirstein;  de 
magnifiques  glaces  volèrent  en  éclats. 

Les  belles  tapisseries  des  Gobelins  représentant  le  Parnasse  oUq  Juge- 
ment de  Paris,  d'une  fraîcheur  et  d'un  ton  incroyable,  et  faites  d'après 
les  cartons  de  Raphaël,  proviennent  peut-être  aussi  du  palais  épiscopal. 
La  bibliothèque  donnait  sur  la  rivière,  et  deux  fenêtres  avaient  jour 
sur  la  rue  du  Château,  rue  qui  longeait  aussi  la  chapelle. 

'  On  peut  s'en  assurer  ;  vases  et  bustes  sont  encore  sous  le  péristyle 
et  dans  les  salles. 

'  Cette  porte,  peinte  comme  toutes  les  pièces,  en  blanc  avec  ornements 
en  or,  est  surmontée  du  chiffre  doré  du  cardinal  Armand  i4.  JR.  La  cha- 
pelle avec  ses  deux  fenêtres  est  encore,  sauf  Tautel,  telle  que  l'a  vue  le 
médecin  saxon.  C'est  un  appartement  toujours  aussi  riche  et  aussi  élé- 
gant, malgré  les  dégradations  du  temps.  La  parure  or  et  blanc,  jadis  trop 
coquette,  est  devenue  pvus  respectable  en  se  fanant.  Un  bureau  de  biblio- 
thécaire remplace  l'autel.  La  chapelle  des  princes-évêques  de  Strasbourg, 
grands-aumôniers  de  France,  est  aujourd'hui  la  chancellerie  de  la  biblio- 
thèque provinciale. 


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CX)LLBOnONS  ET  Ck)LLECTIONNEUBS  ALSACIENS  387 

sentait  la  naissance  du  Christ.  Marie  tient  le  divin  enfant  sur 

ses  genoux;  de  l'enfant  rayonne  une  clarté  trop  faible  pour 

éclairer  toute  la  scène,  mais  encore  assez  vive  pour  permettre 

de  voir  dans  Tobscurité  un  chien  couché  dans  un  coin  et  des 

bergers  qui  regardent  par  la  porte.  Cette  peinture  peut  avoir 

6  pieds  de  haut  sur  5  de  large.  La  concierge  nous  assura 

que  le  duc  d'Orléans  avait  voulu  l'acheter  en  la  couvrant  de 

pièces  d'or.  Elle  nous  dit  que  c'était  un  ouvrage  de  Corrège.* 

<  Les  autres  appartements  sont  petits  et  ne  méritent  pas 

d'être  vus,  si  ce  n'est  pour  leurs  beaux  meubles.*  Il  y  a, 

entre  autres,  des  armoires  d'un  travail  inimitable,  et  un  lustre 

en  cristal  de  roche  qui  doit  répandre  une  clarté  éclatante,  car 

la  plupart  des  pièces  étaient  de  la  grosseur  d'un  œuf  de  poule. 

La  plupart  du  temps^  le  cardinal  est  absent;  la  comtesse  de 

Rothenbourg  occupait  les  appartements  du  premier.  > 

*  Ce  tablean-pannean  est  encore  à  sa  place.  C'est,  je  crois,  une  bonne 
copie  de  la  Nuit  on  de  la  Nativité,  dn  Corrége,  qui  se  trouve  à  la  galerie 
de  Dresde.  Les  armoiries  mutilées  de  la  famille  de  Rohansont  au  dessus  ; 
au  dessus  de  deux  portes  qui  se  trouvent  de  chaque  côté,  sont  deux  autres 
tableaux,  dont  les  sujets  sont  relatifs  à  l'enfance  du  Christ,  et  qui  paraissent 
être  dn  même  peintre. 

'  Le  luxe  des  beaux  meubles  était  général  alors  à  Strasbourg.  Le  pro- 
fesseur Sanders  s'extasiait  devant  la  vaisselle  plate  ;  les  couteaux  à  lame 
d'argent  pour  le  fruit,  le  plateau  en  vermeil  pour  le  dessert  ;  le  panier 
en  fils  d'argent  contenant  les  vins  fins  ;  les  cristaux  qu'il  voyait  partout. 
La  princesse  Christine  de  Saxe,  abbesse  de  Remiremont,  dépensait 
400,000  francs  pour  meubler  son  hôtel  de  la  rue  des  Juifs.  Un  simple 
négociant,  Hoffmann,  avait  dans  sa  maison  pour  30,483  francs  en  meubles, 
argenterie  et  bibliothèque  ;  sa  maison  de  Haguenau  avait  un  mobilier 
estimé  9,400  francs.  fConsultatûm  contre  le  comte  de  Lutzelbourg,  i78i  ;} 
La  vente  du  malheureux  préteur  Klinglin,  coupable  d'avoir  trop  bien 
reçu  son  maître,  ne  produisit  que  29,548  francs.  (Arch.  dép.  E.  4048). 
Mais  qu'était-ce  que  tout  cela,  quand  on  pense  aux  meubles  estimés 
1,800,000  livres  et  aux  100,000  livres  de  statues  que  laissait  à  ses  héri- 
tiers le.  cardinal  de  Mazarin,  seigneur  de  Belfort,  Thann,  Dannemarie, 
comte  de  Ferrette,  etc.  Sa  nièce  et  son  héritière,  la  jeune  duchesse  de 
Mazarin,  n'en  fut  pas  plus  heureuse.  fCauses  célèbres,  1742,  t.  XVI, 
p.  128) 


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888  REVUE  d'alsaob 

Aujourd'hui  que  les  produits  de  la  céramique  ont  le  pri- 
vilège d'attirer  Tattention  générale,  et  que  les  gens  du  monde 
et  les  artistes  aussi  bien  que  les  érudits  se  préoccupent  des 
moindres  manifestations  de  cet  art,  apprécié  encore  il  y  a 
quelques  années,  par  un  nombre  restreint  de  curieux  \  il  est 
peut-être  intéressant  de  signaler  la  façade  d'une  maison, 
aujourd'hui  disparue,  de  la  rue  de  la  Nuée-Bleue,  et  dont  la 
construction  pouvait  remonter  à  Tannée  1780.  Cette  façade 
était,  d'après  Hautemer,  couverte  de  grandes  pièces  de  faïen- 
cerie en  camaïeux,  incrustées  sur  la  muraille  et  accompagnées 
d'une  grande  quantité  de  petits  ornements  de  très  bon  goût, 
tous  modelés  en  terre  cuite  et  blancs  sur  fond  rouge,  couleur 
de  brique.  C*était  l'œuvre  d'un  potier  de  terre,  faiseur  de 
fourneaux,  qui  devait  être  un  habile  modeleur. 

Les  événements  de  1870  occasionneront  de  sérieux  obs- 
tacles au  chercheur  courageux  qui  entreprendra  un  diction- 
naire iconographique  alsacien.  Où  retrouver  maintenant  les 
traits  de  beaucoup  de  savants  dont  la  présence  en  Alsace  était 
un  honneur  pour  le  pays?  Les  collections  du  Temple-Neuf 
conservaient  les  portraits  d'une  foule  d'hommes  illustres,  et 
principalement  de  professeurs  de  l'ancienne  Université.  On 
peut  en  voir  les  noms  dans  Hermann. 

En  1864.  un  amateur  bien  inspiré  fit  reproduire  par  la  pho- 
tographie les  traits  pâlis  et  amaigris  par  l'étude,  de  l'astronome 
Keppler,  dont  l'année  précédente  M.  Bertrand  avait  lu  l'éloge 
en  séance  publique  de  l'Institut  de  France.  Keppler  était 
représenté  avec  l'habit  étroit  et  la  barbe  du  temps  d'Henri  IV 
Une  main  amie  avait  fait  mettre  cette  inscription  sur  un  des 
côtés  du  tableau  : 


*  G.  DuPLESSis.  BoZy  6t6iw}?i,  1873,  p.  25. —  De  nos  jours,  un  amateur 
distingué  de  Strasbourg,  M.  le  baron  Le  Bel,  a  continué  l'intéressant  tra- 
vail sur  les  manufactures  de  faïence  et  de  porcelaine  d'Alsace  et  de  Lor- 
raine, travail  interrompu  par  la  mort  de  regrettable  Tainturier. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS  389 

JOHANNIS    KEPPLERI 

Mathematici    Cœsarei 
hanc  imaginem 

ARGENTORATENSI   BIBLIOTHEC^ 

Consec. 

MATHIAS  BERNECCERVS 

Kalend.  Januar.  Anno  Christi 

M.  D.  c.  xxvii. 

Le  professeur  Bemegger  avait  reçu  de  Keppler  ce  portrait 
qui  passait  pour  le  plus  ressemblant  \  et  qui  a  été  détruit, 
lors  de  la  fatale  nuit  du  mois  d'iioût. 

Lors  du  8ac  de  l'Hôtel-de-Ville.  le  portrait  du  roi  et  des 
deux  premiers  magistrats  se  trouvaient  dans  la  salle  d'hon- 
neur. Ont-ils  été  détruits  ?  Les  traits  du  premier  «  roi  des 
François  »  se  trouvaient  grossièrement  gravés  au  trait  sur 
une  pierre  provenant  de  la  Bastille,  et  déposée  à  la  Biblio- 
thèque. On  y  lisait:  Ex  unitate  libertas,  anno  primo  i789;  et 
plus  bas:  «  Cette  pierre  vient  d'un  des  cachots  de  la  Bastille.  » 

On  voyait  à  l'arsenal  le  portrait  d'un  pacha,  gouverneur  de 
Bude,  fait  prisonnier  en  1599  par  un  volontaire  strasbourgeois, 
et  la  reconnaissance  avait  placé  dans  la  salle  chapitrale  de 
Saint-Pierre-le-Neuf  les  traits  de  l'électeur  Charles-Théodore, 
qui  avait  rendu  au  chapitre  quelques  terrains  litigieux. 

CAROLO   THEODORO   ELECTORI 
PALATINO,    MAJORVM    NOMINA 

Pie  Solventi 
Capitulum  In  s.  EccL  col.  D.  Pétri  jun.  Argent. 

MDCCLXXV, 

L'abbé  Rumpler,  qui  avait  aidé  aux  négociations,  reçut  du 
prince  un  service  en  porcelaine  de  Frankenthal.   L'amour  de 

^  Le  Magasin  piitoresque,  1853,  a  donné  un  portrait  de  Keppler  qui 
ne  ressemble  nullement  à  celui  de  Strasbourg. 


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S90  BEVUE  D*ALSACE 

la  peinture  poussa  Tabbé  dans  des  spéculations  moins  heu- 
reuses ;  surtout  celle  qu'il  entreprit  pour  aider  un  colonel  en 
retraite,  le  marquis  de  Chevigney,  amateur  de  tableaux,  qui 
lui  en  avait  vendu  quatre  à  15  louis  la  pièce,  qu'il  devait 
encore  à  un  brocanteur  de  Mannheim.  Toute  cette  belle  affaire 
faillit  ruiner  Tabbé  et  lui  faire  vendre  sa  petite  galerie  qu'il 
avait  eu  la  précaution  de  commencer  à  Venise  en  achetant 
en  1770  une  madone  peinte  par  Lazarini.  Il  avait  fait  don 
au  chœur  de  son  église  d'un  Saint  Paul  prêchant^  Le  goût 
des  tableaux  à  était  la  mode  à  Strasbourg  :  Le  baron  F.  0.  de 
Wurmser  avait  formé  une  collection,  et  le  prévôt  de  Rege- 
morte  en  avait  eu  une  d'un  colonel  qu'il  vendait  à  vil  prix  à 
4  livres  la  pièce.  Quant  aux  tableaux  de  famille,  en  cas  de 
décès,  ils  étaient  remis  au  tuteur  qui  devait  les  rendre  aux 
héritiers  à  leur  majorité.  Cela  évitait  leur  dispersion,  comme 
cela  arrive  souvent  de  nos  jours.* 

Ce  n'est  pas  seulement  à  Strasbourg  que  les  portraits  dis- 
paraissent. Une  coupable  négligence,  bien  plus  que  les  évé- 
nements et  le  temps,  disperse  ces  monuments  précieux.  Jadis, 
ils  étaient  autrement  respectés.  Ils  décoraient  les  murs  de  la 
salle  où  le  chef  de  famille  avait  son  trésor,  et  qui  portait  le 
nom  significatif  de  chambre  des  couches.  Les  livres  de  prière  à 
couvertures  d'argent,  les  écuelles  et  les  gobelets  en  vermeil', 
les  cristaux,  étaient  posés  sur  de  magnifiques  buffets  en  chêne. 
On  peut  voir  dans  V Alsace  fra/nçaise,  1706,  une  de  ces  cham- 
bres (Femme  revetmnt  de  la  mUt). 

Presque  toutes  les  abbayes  avaient  la  série  peinte  de  leurs 

•  Histoire  d'un  chanoine^  p.  95. 

•  Voir  les  Mémoires  pour  M.  d'Eîveri  et  Mad.  de  Noblat  ;  Golmar» 
1771,  in-4'. 

•  L'orfèvrerie  et  le  beau  vermeil  de  Strasbourg,  jouissaient  d'une  répu- 
tation méritée  depuis  un  temps  immémorial.  Dans  le  pays  de  la  Sarre, 
Saar-Union,  sur  une  échelle  moindre,  avait  la  renommée  pour  la  bijou- 
terie villageoise. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS       391 

supérieurs.  La  petite  église  de  Singrist  conserve  le  portrait 
deTabbé  Anse! me  de  Marmoutier,  1763.  Le  séminaire  possède 
quelque  portraits  des  princes  de  Rohan.  Où  sont  passés  les 
portraits  des  abbesses  d'Andlau,  dont  parle  Grandidier  ?  Ils 
ont  suivi  le  sort  de  l'abbaye. . . 

Quelques  châteaux  conservent  des  galeries  de  famille.  Les 
propriétaires  les  ont  mises  avec  la  plus  aimable  bienveillance 
à  la  disposition  de  l'auteur  de  V  Alsace  noble}  Le  petit  château 
de  Soultzbach,  malgré  son  changement  de  maître,  a  une  salle 
remplie  de  portraits  des  barons  de  Schauenbourg,  dont  le 
souvenir  est  resté  populaire  dans  la  vallée.  On  y  a  ajouté  des 
armes,  des  meubles  et  des  objets  d'art  qui  leur  ont  appar- 
tenu.^ 

La  vieille  comtesse  de  Lutzelbourg,  la  chère  gramk'  femme 
de  la  marquise  de  Pompadour,  et  que  sa  correspondance  avec 
Voltaire  a  sauvée  de  Toubli,  avait  dans  son  château  de  l'Ile- 
Jars  quelques  portraits  de  ses  ancêtres.  Voltaire  désirait 
ardemment  avoir  une  copie  de  son  portrait  de  la  célèbre 
favorite.  Enfin  le  10  octobre  1761,  elle  lui  envoya  ce  qu'il 
désirait.  Mais  la  mort  de  la  marquise  fit  rompre  toute  corres- 
pondance; l'appui  de  la  comtesse  était  devenu  inutile  au 
célèbre  écrivain.' 

Les  musées  actuels  de  Mulhouse,  de  Saverne  et  de  Colmar 
possèdent  beaucoup  de  portraits.  A  Londres,  au  palais  Saint- 
James,  il  existait,  dans  une  des  galeries,  une  réunion  de  por- 
traits qui  peuvent  intéresser  l'Alsace  ;  W.  Musculm^  Zfwingk, 
Rod.  Gttalier^  Th,  Bibliandre,  Polyander,  l^mon  Grynœus^ 
C,  PeUican,  Pierre  Martyr,  auquel  Musculus  adresse  une  élé- 


*  Châteaux  d*0sthaasen,  de  Grandstein,  du  Jœgerthal,  etc. 

"  L.  Le\tiault,  Musée  pittoresque  et  historique  d'Alsace. 

'  Les  lettres  de  Voltaire  à  la  comtesse  ont  été  souvent  réimprimées. 
L*Ile-Jars,  aujourd'hui  propriété  de  M.  le  professeur  Schûtzenherger,  a 
été  complètement  dévastée  pendant  la  guerre. 


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393  KEYUE!  d'âLSAOE 

gante  pièce  de  vers  latins.  C'est  avec  satisfaction  que  le  duc 
de  Saxe,  Jean-Ernest,  les  vit  en  1613.* 

Les  mêmes  portraits  se  retrouvent  gravés  sur  bois  dans  un 
petit  volume  assez  rare  :  les  Jcones  sive  imagines  virorum  de 
Reussner,  Strasbourg,  1590,  in-12,  XIX-428. 

Les  bustes  de  Louis  XV  (Lemoine)^  de  Louis  XVI  (Houdon), 
du  cardinal  de  Rohan  (Bouchardon),  de  Kléber  (MassonJ, 
d'Oberlin  (Ohmacht)^  de  Charles  X  {Flatters)^  de  Kirsteîn, 
ont  disparu  avec  le  musée  de  l'Aubette.  Il  ne  reste  plus  rien 
des  portraits  de  Thistorien  Kentzinger,  de  l'archiprêtre  Vîon, 
du  sculpteur  Ohmacht,  de  Salomé  Preslerîn.  Feu  M.  Simonîs, 
cet  amateur  si  éclairé,  avait  quelque  temps  donné  au  même 
musée  un  des  meilleurs  ouvrages  du  sculpteur  Grass,  l'auteur 
de  la  belle  statue  de  Kléber.^  C'était  le  buste  en  marbre  blanc 
de  l'abbé  Grandidier.  En  faisant  ce  beau  cadeau  à  la  ville, 
M.  Siraonis  croyait  préserver  cet  œuvre  d'art  de  tout  danger  ; 
le  contraire  arriva  malheureusement.' 

Le  musée  de  Strasbourg  en  1807  se  composait  de  quarante- 
huit  toiles  dont  quelques  originaux  de  diverses  écoles.  Le  pre- 
mier gouvernement  impérîall'avait  enrichi  de  quelques  plâtres 
tirés  des  collections  du  Louvre.*  Le  musée  aurait  pris  une  grande 
extension,  grâce  à  l'école  de  dessin  fondée  à  Strasbourg  en 
1762  par  le  Magistrat,  sur  les  instances  de  l'amateur  Pierre 


*  I.  W.  Nevmaur.  Reise  in  Frankreich,  EngeUand,  etc.  Leipzig,  in-4*, 
p.  179. 

*  Au  concours  pour  cette  statue,  Grass  obtint  facilement  le  premier 
prix,  n  y  avait  cependant  des  sculpteurs  «  à  la  mode  »  ;  Pradier  resta 
sur  le  carreau,  au  grand  désespoir  de  V Artiste,  et  de  son  rédacteur 
en  chef. 

*  Paul  Ristelhuber.  Bibliographie  alsacienne,  1874,  p.  95. 

La  statue  d'une  autre  célébrité  strasbourgeoise,  celle  de  Jacob  Sturm,  a 
été  mise  en  pièces  au  Gymnase. 

*  En  thermidor  an  IX,  les  consuls  de  la  République  avaient  déjà  com- 
pris le  musée  do  Strasbourg  au  nombre  de  ceux  qui  devaient  recevoir 
des  tableaux. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS  393 

Mayno.  Cette  école  fournil  beaucoup  de  sujets  remarquables, 
malgré  que  le  premier  professeur  Alterwangen  fût  un  peintre 
médiocre.* 

G.  Guérin  \  qui  a  donné  une  notice  intéressante  sur  cet 
établissement,  indique  huit  cabinets  de  tableaux  à  Strasbourg 
en  1807,  dont  les  principaux  étaient  ceux  connus  de  Mathieu- 
Faviers,  cPArrm  et  celui  de  Uertian  (F'-X),  négociant, 
membre  du  jury  pour  Tinstruction  primaire. 

Etant  à  Vienne,  l'apothicaire  de  l'empereur,  Cadet  Gassi- 
court,  ne  manqua  pas  de  visiter  les  principales  collections  de 
tableaux  et  de  gravures.  II  cite  celle  du  Mulhousien  Maurice 
Pries,  comte  de  l'Empire,  dont  le  portrait  nous  a  été  conservé 
grâce  au  crayon  de  Jean  Guérin.  Pries  avait  formé  une  des 
collections  les  plus  célèbres  de  l'Europe  ;  il  avait  réuni  dans 
son  palais,  où  il  hébergea  royalement  tout  le  congrès  de 
Vienne,  800  tableaux  de  choix,  100,000  dessins  ou  gravures, 
et  16,000  volumes.  En  1820,  le  palais  de  la  place  Joseph  fut 
vendu,  et  les  belles  choses  qu'il  contenait,  dispersées  par  des 
ventes  faites  à  Vienne  ou  à  Amsterdam.  VAlberMna,  cette 
splendide  collection  viennoise,  eut  pour  sa  part  bien  des  raretés, 
les  vingt  premières  feuilles  d'un  jeu  de  cartesdatées  de  Van  1 070 
après  la  fondation  de  Venise;  l'œuvre  de  Lucas  de  Leyde;  une 
suite  unique  de  gravures  d'Henri  Aldegrever  (venant  du 
cabinet  Saint- Yves),  etc.  Prançois  Rescherperger,  l'ami  et  le 
collaborateur  d'Adam  Bartsch,  était  conservateur  de  la  collec- 
tion Pries;  il  passa  avec  la  même  qualité  à  YAlbertina^ 


•  Le  dernier  directeur  fut  le  peintre  Melling,  deSaint-AvoId. 

•  Catalogue  Heitz  C.  Guérin.  Note  sur  l'état  des  arts  dans  les  deux 
départements  du  Rhin,  manuscrit  in  fol.  (Bibliothèque  de  l'Université), 
Une  des  dernières  Ulhographies  faites  par  Guérin  père,  est  le  portrait  du 
respectable  docteur  Ristelhuber,  médecin  en  chef  de  l'hôpital  civil, 
agrégé  prés  de  la  Facu  té  de  médecine  en  1825. 

•  Gazette  des  beaux-arts,  1870,  p.  155.  —  E.  Muntz,  Revue  d'Alsace, 
1872,  p.  358. 


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394  REVUE  D* ALSACE 

Un  autre  Alsacien  fixé  à  Vienne,  M.  G'sell  \  avait  consacré 
ses  dernières  années  et  son  immense  fortune  à  la  création 
d'une  superbe  galerie  de -tableaux  anciens  et  surtout  modernes 
qui,  primitivement  destinés  à  la  ville  de  Strasboui^,  vient  de 
réaliser  aux  enchères  la  somme  énorme  de  deux  niillioas  et 
demil 

Loutherbourg,  peintre  strasbourgeoîs  ',  dont  le  nom  figure 
souvent  dans  les  catalogues  parisiens,  et  dont  le  père,  Bâiois 
d'origine,  vint  à  Strasbourg  comme  peintre  en  miniature  et 
graveur  *,  —  Loutherbourg,  dis-je,  employa,  étant  à  Londres, 
un  moyen  original  pour  se  procurer  une  belle  collection  d'armes. 
Chargé  par  Catherine  II,  de  peindre  le  passage  du  Danube  en 
1774  par  Romansow,  il  demanda,  pour  mieux  se  pénétrer  du 
sujet,  qu'on  lui  envoyât  les  armes  employées  par  tous  les 
peuples  soumis  à  la  Russie  ou  au  sultan.  Sa  demande  fut 
favorablement  accueillie,  et  des  armes  tartares,  géorgiennes 
cosaques,  turques,  etc.,  lui  furent  expédiées.  Le  tableau  fut-il 
meilleur  ?  Dans  tous  les  cas,  Loutherbourg  conserva  tout  le 
précieux  envoi. 

A  la  vente  d'Ëgmont  Massé,  M.  Simonis,  croyons-nous,  acheta 
pour  1,700  francs  deux  toiles  de  cet  artiste  :  Le  passage  du 
giùé  et  Le  repos  c/iampêtre.  Les  gravures  de  ces  deux  tableaux 
reproduites  par  l'habile  burin  de  C.  Guérin,  se  trouvaient 
chez  le  respectable  professeur  Fritz. 

^  Le  nom  de  G'sell  n'est  pas  inconnu  ;  un  artiste  de  ce  nom  a  dessiné 
la  statue  de  Gutenberg  par  David  d'Angers,  lithographiée  à  Paris  sous  la 
direction  du  sculpteur  (in-fol.).  Cette  pièce  a  pour  pendant  la  statue  de 
Kiéber,  lithographiée  par  Schuler  d'après  le  dessin  de  Grass.  La  statue 
du  vainqueur  d'Héliopolis  a  peu  souffert  ;  mais  son  portrait  à  l'Hùtel-d»- 
Ville,  peint  par  J.-B.  Regnault,  a  eu  la  têie  emportée  en  1870. 

•  Hebmann.  —  Ch.  Blinc.  Histoire  des  peintres. 

'  On  a  de  lui  les  portraits  de  J  N.  Frœreisen,  de  Bartenstein,  du  Saar- 
bruckois  J.  G.  Kuhn,  professeur  d'éloquence  d'après  Kirschner.  Kuhn 
a  réuni  dans  un  gros  volume  in-4%  ses  Orationes,  patiegyricœ  etc.  Argent. 
i7i2.  Sauf  quelques  notices  biographiques,  ce  volume  ne  mérite  pas 
qu'on  le  tire  de  l'oubli. 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS       395 

Le  peintre  Jean  Walther  *  était  un  grand  amateur  d'oiseaux. 
Il  n'aimait  et  ne  peignait  que  les  charmants  habitants  de  la 
plaine  éthérée.  Aussi  pour  satisfaire  son  goût,  parcourait-il 
toutes  les  cours  de  TËurope,  visitant  les  collections  et  dessi- 
nant les  oiseaux  qui  lui  manquaient.  Les  souverains  ne  man- 
quaient pas  de  satisfaire  sa  passion  en  lui  envoyant  les  plus 
beaux  échantillons  de  leurs  cabinets  ;  Walther  avait  reçu  des 
oiseaux  du  margrave  F.  de  Bade,  1649;  du  comte  Jean  de 
Nassau-Saarbruck,  1668,  etc.  Il  possédait  aussi  un  herbier,  et 
ses  dessins  ne  Tempêchaient  pas  de  transcrire  au  jour  le  jour 
les  faits  remarquables  qui  se  passaient  sous  ses  yeux.  Cette 
chronique  est  à  la  bibliothèque  municipale  de  Strasbourg  ^  et 
son  recueil  d'oiseaux,  VOniithologia.  est  à  YAlberthia, 

A  la  même  époque  vivait  à  Strasbourg  un  autre  peintre  pas- 
sionné pour  tout  ce  qui  regardait  Thistoire  naturelle,  Léonard 
Baldner,  qui  s'intitulait  modestement  Fischer  et  Hagmeister  à 
Strasbourg,  et  qui  a  laissé  le  fruit  de  ses  travaux  dans  un 
manuscrit  in-4°oblong,  dont  les  ornithologistes  Pajus  et  Will- 
huby  ont  vanté  dans  le  temps  les  belles  planches  coloriées,  et 
intitulé  :  Recht  naturliche  Beschreibung  u.  Abmahlung,  des 
Yasser  Vogel,  Fischer^  vier  fussigen  Thier,  Insekten  u.  Gewirm^ 
so  bey  Strassburg  in  dem  Wassemsind,  die  ich  selber  geschos- 
sm  und  die  Fisch  gefangen  amh  ailes  in  meins  Hand  gehalt 


^  D'après  le  Stambuch  de  la  corporation  des  orfèvres,  peintres...,  Walther 
avait  poar  devise  cuique  suum.  Ce  livre  contient  un  de  ses  dessins  et 
deux  de  deux  autres  membres  de  sa  famille,  J.-G.  Walther,  1680,  et  Fran- 
çois Walther,  1775.  Le  savant  Reicbelt  y  calligraphia  son  nom  avec 
cette  belle  pensée  :  Ingenio  fortuna  m%nori685.  A  ses  moments  perdus, 
Reichelt  cultivait  la  poésie  latine  ;  il  a  chanté  dans  la  langue  de  Virgile 
les  vertus  de  deux  de  ses  confrères,  Frœreisen  et  Frantz,  et  en  1692,  ses 
élèves  célébrèrent  son  rectorat  par  une  ode  latine. 

*  Paul  Ristelhuber,  Catalogue  des  manuscrits  de  ia^bibliothèque 
municipale,  {Bibliographie  alsacienne,  1872,  p.  381.) 

Ë.  MuNTZ,  Monuments  de  l'art  alsacien  à  Vienne.  {Revue  d^Alsace, 
1872,  p.  381.) 


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396  REVUE  D*ALSACE 

i666.  Ce  remarquable  volume  avait  passé  à  des  parents  éloi- 
gnés, lesHirschel,  qui  le  cédèrent  à  Silbermann.* 

Voici  le  titre  exact  du  catalogue  Grauel:  Muséum  Grauekh 
nium  me  Collectiones  regni  mineraUs  prindpue  historiam 
naturalem  Ulmtra/ndia  beato  domino  Johanne  IViilippo  Grauel 
Med.  D.  ac  Physices  prof.  Cap,  Thom.  Canon.  Magnœ  solertia 
comparâtes  à  filio  ejm  pie  nuper  defuncto  egregie  auctœ 
recemio.  Argentoratij  Tipis  Joh.  Henr.  Heitz  Univ.  lipographi 
1712  (titre  et  une  feuille  indiquant  que  pour  voir  la  collec- 
tion, il  faut  s'adresser  au  docteur  Bœhmer  fils,  187  pp.  in-S**). 
Ce  catalogue  est  divisé  ainsi:  Terrce^  Lapides,  GernmŒy  Metella, 
Sulpffura,  Salia,  Petrificala,  Cakuli^  Proeparatœ miner aUa  etc.; 
un  appendice  contient  la  nomenclature  des  fossiles  suédois, 
don  du  comte  de  Tessin  à  Schœpflin,  et  cédés  par  celui-ci  au 
Museolum  de  Grauel.  Il  serait  assez  difficile  de  mentionner 
parmi  près  de  5,000  numéros  les  pièces  locales  les  plus 
remarquables.  A  côté  de  l'argile  à  faïence  de  la  forêt  de 
Haguenau,  on  voit  43  échantillons  d'or,  et  de  l'argent  de  Sainte- 
Marie-aux-Mines,  de  Giromagny,  et  môme  un  morceau  trouvé 
à  Munster  dans  le  Val  de  Saint-Grégoire.  Les  camées  antiques 
décrits  un  peu  trop  sommairement,  étaient  au  nombre  de  19, 
les  imitations  s'élevaient  à  24.^  Parmi  des  objets  moins  pré- 
cieux, figuraient  le  silex  du  Grosser  Tonne  (leDonon);  un  os 
fossile  trouvé  à  Wissembourgen  1764;  des  coquilles  deBarr, 

^  Silbermann  a  dessiné  presque  toutes  les  vues  de  l'Alsace  [couvent 
d'Àlspach,  châteaux  de  Ribeauvillé,  etc.)  Feu  Heitz  avait  un  carton  rem- 
pli de  ses  dessins,  Eglûes  de  Dompeter,  d'Altorfy  d'Elteinhmûnster,  de 
Schuttem  etc.  L'intelligent  coUectionneur  avait  réuni  une  centaine  de 
vues  de  châteamc  alsaciens  par  Imlin  (1812-1825)  ;  des  vues  par  Reiner  ; 
le  Hoh-Barr  et  le  Greiffenstein  d'Helmsdorff  ;  les  environs  de  Wissembourg 
par  Coste  ;  des  esquisses  par  Spekie,  Ohmacht,  etc. 

Les  dessins  originaux  des  vieux  châteaux  situés  autour  de  Niederbronn, 
dessinés  pour  l'ouvrage  de  Sch>veighseuser  par  le  modeste  Engelhardt, 
ont  été  anéantis  par  l'incendie  du  24  août  1870. 

*  Saint'Martin  vendait,  Grand'rue,  des  collections  d'empreintes  de 
pierres  gravées  et  de  médailles  en  1787. 


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COLLEOTIOKS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS  397 

une  pierre  calcaire  du  comté  de  Dabo  sur  laquelle  la  nature 
avait  représenté  des  arbres.  Le  duché  de  Deux-Ponts  avait 
fourni  des  pétrifications  et  du  mercure;  leSaarland  du  plomb 
de  Saint- Avold  vers  Fanum  S.  Ludovid  (Saar-Louis)  ;  des 
cornes  d'Ammon  de  Sarrebourg.  La  Lorraine  était  repré- 
sentée par  de  l'antimoine,  et  Bâle  et  Thionville  par  des  coquilles, 
etc.,  etc. 

Le  t  théâtre  anatomique  »  créé  en  1670  et  installé  dans  la 
chapelle  de  Thôpital  conserve  un  don  de  son  premier  direc- 
teur, le  professeur  d'anatomie  Sebitz.  C'est  une  portée  de 
jeunes  sarigues  qui  furent  l'objet  d'expériences  faites  cent 
quarante  six  ans  après  par  le  docte  Lobstein.^  Plus  tard  la 
ville  acheta  les  serpents  et  les  poissons  étrangers  du  cabinet 
Scheuchzer  de  Zurich,  et  en  1732  le  prosecteur  May  commen- 
çait ses  belles  préparations  sur  l'ouïe.  Mais  c'est  assez  parler 
d'un  musée  qui  ne  comprenait  en  1804  que  212  préparations, 
et  qui  ne  rentre  que  d'une  manière  incidente  dans  le  présent 
travail.  De  nombreux  catalogues,  faits  avec  beaucoup  de  soins, 
en  retracent  le  rapide  développement.  On  sait  que  cette  belle 
collection,  plus  heureuse  que  celles  del'Aubette  et  du  Temple- 
Neuf,  a  échappé  à  l'incendie  de  1870,  qui  avait  cependant 
atteint  l'hôpital  civil. 

Le  cabinet  des  docteurs  Corvinus  père  et  fils  *,  quai  des 
Pêcheurs,  était  très  remurquable  au  point  de  vue  minéralo- 
gique.  Sa  description  occupe  près  de  deux  pages  dans  le  voyage 
de  Sander.  Il  y  avait  du  mercure  d'Espagne,  d'Autriche,  un 
très  bel  échantillon  de  Tlnde  ;  du  cobalt  venant  des  montagnes 
de  Gengenbach;  des  Minera  ferri  globosa  des  minières  de 
M.  de  Dietrich  ;  des  morceaux  d'argent,  du  plomb  et  du  quarz 
de  Fribourg  en  Brisgau;  du  plomb  argentifère  d'Alpispach 

*  J.-B.  LoBSTEiN,  1820.  Grimm,  EmiMANN,  1827,  1843.  Un  grand 
nombre  des  pièces  pathologiqaes  du  Muséum  est  le  fruit  des  recherches 
du  doyen  Coze.  {Eloge par  J,  Tourdes,  1822,  p.  15.) 

'  Le  médecin  Corvinus  fils  vivait  encore  en  1792. 


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99»  REVUE  D'ALSACE 

(Wurtemberg),  de  très  beaux  morceaux  de  quarz  de  la  Moselle  ; 
de  l'alun  de  Saarbruck,  au  cristal  de  roche  de  Bruchsal,  de 
la  terre  d'Aix-les-Bains;  de  Wiesbaden,  de  Bade  et  de  Bade 
en  Argone;  des  échantillons  de  marbre  de  l'Orient,  etc. 

Le  musée  d'histoire  naturelle  de  Strasbourg  s'accrut  plus 
tard: 

1**  D'une  belle  suite  de  minéraux  formée  par  le  docteur 
Reissessen,  un  des  conservateurs  du  Musée,  et  dont  Ohmacht 
sculpta  le  buste  au  temple  Saint-Thomas.  Le  respectable 
Reissessen,  bon  dessinateur,  dressa  en  1811  la  première  carte 
géologique  du  déparlement  du  Bas-Rhin,  et  il  fournit  pour 
YAnmmre  du  Bas-Rhin  de  1808  d'excellents  fragments  sur 
l'origine  de  la  population  en  Alsace.  Mais  son  plus  bel  éloge 
est  cette  phrase  de  Matter  :  c  Ses  dons  aux  établissements  de 
bienfaisance  recommandent  son  nom  aux  siècles  à  venir.  » 

a**  D'une  suite  de  reptiles  du  Gap,  don  de  M.  Catoire  de 
Bioncourt,  payeur  à  Colmar; 

3**  De  cinquante  oiseaux  empaillés,  collection  du  chevalier 
de  Jankowitz,  offerte,  à  sa  mort,  par  son  père  le  baron  de 
Jankowitz,  député  de  la  Meurthe,  au  château  de  Marimont, 
commune  de  Bourdonnoy; 

4°  De  6,500  papillons  de  tous  les  pays,  contenus  dans  trois 
buffets  en  acajou,  achetés  des  héritiers  Franck,  etc. 

A  la  même  époque,  le  docteur  Fee  collectionnait  les  fruits 
et  les  diverses  branches  de  l'histoire  naturelle,  M.Ott,  Tentomo- 
logle  et  principalement  les  coléoptères,  M.  Eckel,  la  minéra- 
logie et  la  géologie.  Ce  dernier  avait  en  outre  quelques  frag- 
ments assez  authentiques  de  Rheinzabern  et  d'autres  curio- 
sités. 

Les  Mémoires  de  la  Société  des  sciences,  agricuUure  et  arts 
du  Bas-Rhin  (1811—1829)  mentionne  peu  de  nouveaux  col- 
lectionneurs. On  y  trouve  cependant  cités  :  1"  Un  correspon- 
dant de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  M.  Jacob  Kolb, 
demeurant  à  Reiras,  qui  fit  cadeau  au  cabinet  d'antiquités  de 


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COLLECTIONS  ET  GOLLEOTIOKNEtJRS  ÂLSAdENS  399 

Strasbourg  d'un  beau  vase  en  terre  rouge,  orné  de  feuillages 
en  relief,  qu'il  avait  acheté  en  1818,  lorsqu'il  avait  été  trouvé 
lors  de  la  construction  d'une  redoute  près  de  la  porte  Natio- 
nale. 2**  Le  pasteur  de  Wendenheim,  Danneberger,  dont  la 
conduite  fut  si  courageuse  lors  de  cette  époque  néfaste.  3°  Le 
général  Montrichard,  baron  de  Bevy,  fixé  à  la  paix  à  Strasbourg, 
et  qui  possédait,  d'après  Schweighâuser,  une  belle  suite  de 
vases  peints,  dont  quatre  allèrent  enrichir  par  sa  générosité 
les  collections  de  la  ville.  Ces  vases  rivalisaient  d'élégance 
avec  les  deux  que  l'on  voyait  au  château  royal. ^  4*^  Le  docteur 
Lollier,  de  Belfurt,  qui  avait  eu  de  feu  François  Hugonin  toute 
une  suite  de  coquillages,  cornes  d'Amraon,  etc.,  trouvés  dans 
le  rocber  qui  surplombe  la  ville,  et  sur  lequel  va  bientôt  s'é- 
lever le  lion  patriotique  de  Bartholdi.  5°  Et  M.  Schimper,  dont 
les  recherches  sur  les  mousses  sont  connues  du  \nonde  sa- 
vant. 

Enfin  l'éditeur  du  Congrès  scimtiftqm  de  Frcmce,  10*  session, 
Strasbourg,  184S  ^  indique  quelques  collections  qui  peuvent 
rentrer  dans  notre  travail.  Ces  collections,  sur  lesquelles  nous 
n'avons  pas  de  renseignements,  sont  celles  du  pasteur  Brunner 
(antiquités),  de  MM.  Oit,  (entomologie,  coléoptères),  Kiehm  et 
Reischoffer  (tableaux).  Sous  la  Restauration,  Golmar  possédait 
deux  véritables  amateurs  des  beaux-arts,  le  colonel  Athalin 
et  M.  Costé,  magistrat  de  la  Cour  royale,  décédé  député  de  la 
Meurthe  et  président  de  chambre  à  Nancy. 

Avant  la  Révolution,  le  cloître  du  Temple-Neuf,  disparu  de 
nos  jours,  servait,  en  temps  de  foire,  de  marché  aux  marchands 
de  livres,,  d'estampes,  de  bijoux,  etc.  Maintenant  il  faut  aller 

*  Schweighâuser. 

*  T.  I,  p.  45.  Bien  d'aatre3  noms  se  trouvent  dans  le  volume.  Les  listes 
données  sont  toutes  strasbourgeoises  ;  elles  peuvent  se  compléter  par  celles 
que  Ton  trouve  pour  les  deux  départements  dans  la  Revue  anecdoctique, 
Paris,  1859,  t.  IX,  p.  5,  et  dans  VÀnnuaire  de  la  Société  française  de 
numistatique  et  d'archéologie,  Paris,  1867  et  1868. 


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400  REVUE  D*ALSAOE 

leyeniveàihxiMarcfiéaux  guenilles,  si  on  veut  trouver  quelque 
chose  qui  ressemble  aux  premiers  de  ces  objets.  En  1884,  un 
colonel  en  retraite,  M.  L.  Jolly,  dont  les  campagnes  n'avaient 
pas  éteint  la  verve  humoristique,  décrivait  ainsi  le  marché 
aux  guenilles  ^  : 

€  Les  amateurs  furètent  dans  les  carions  jetés  çà  et  là,  ils 
sauvent  de  la  destruction  les  marines  de  Vernel  reproduites 
par  le  vigoureux  burin  de  Lebas,  les  pochades  de  Rembrandt, 
les  gueux  de  Callot  *  ;  ils  recherchent  avec  un  empressement 
que  justifie  le  patriotisme,  les  croquis  de  Zix,  bons  ou  mau- 
vais. » 

Singulière  destinée  des  artistes  !  Zix  *  faisait  des  planches 
pour  le  Messager  boiteux  du  Rhin  ;  avec  le  Messager  boiteux 
on  faisait  des  allumettes,  sans  trop  songer  à  Zix;  plus  tard 
enfin  Denon  découvrit  et  fit  connaître  son  mérite  à  l'empereur, 
et  la  carrière  la  plus  brillante  s^était  déjà  ouverte  devant  lui, 
quand  la  mort  vint  arrêter  ses  pas.  Aujourd'hui  on  recherche 
ses  moindres  traits;  car  on  y  reconnaît  la  verve  et  le  talent 
qui,  trop  longtemps,  furent  méconnus  parmi  nous... 

«  Que  j'aime  à  voir,  continue  le  colonel,  cette  jeunesse  four- 
millant autour  d'un  caveau  dans  lequel  sont   entassés  des 

'  Revue  d'Alsace. 

*  En  1789,  on  allait  les  acheter  chez  Perksca  on  chez  Fiettaqai  venait 
de  s'établir.  On  trouvait  quelquefois  chez  eux  de  bonnes  toiles.  Tous  les 
ans,  ils  allaient  en  Italie,  regarnir  leurs  magasins. 

*  Le  Hinkende  Bote  am  Rhein  pour  1810,  de  Silbermann,  contient  quatre 
bois  de  cet  artiste.  Zix  a  également  donné  les  dessins  suivants  :  un  pour 
des  livres  ;  deux  pour  les  Gedichte  d'E.  Stœber,  B&le,  1815  ;  deux  pour  la 
Siuziade;  plusieurs  pour  la  Description  du  Ban  de  la  Roche  et  de  ses 
environs  ;  un  pour  le  Quatuor  de  PÛyel  ;  cinq  pour  les  Fêtes  données  à 
V empereur  ;  etc. 

Beaucoup  de  médaillons  de  Kirstein  sont  faits  d'après  des  dessins 
de  Zix. 

Les  trois  bas-reliefs  du  piédestal  de  la  colonne  Vendôme,  faits  d'après 
ses  dessins,  représentent  les  trophées  des  peuples  vaincus.  Zix  avait  été 
relève  de  G.  Guérin. 


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COLLBCnOKS  BT  OOLLSGTIONNEUBS  ALSACIENS  401 

livres,  des  boaquîns  de  tous  âges  et  de  toutes  dimensions.  On 

pêche  aux  Ëlzéviers,  aux  Plantins,  aux  Corneilles,  aux  Racines. .  > 

De  nos  jours,  le  Gimpdm&rck  est  bien  tombé  I  C'est  une 

rareté  d'y  trouver  un  Elzevir.  Tout  ce  que  l'amateur  peut 

eacore  y  faire,  c'est  une  chasse  à  découvert  d'une  reliure 

armoriée;  mais  souvent  dans  quel  état  !  —ou  d'un  modeste  ex 

lèbris  qui  seul  sauve  le  livre  du  pilon  et  du  magasin  de  la  place 

des  Orphelins.  Mais  bientôt  cette  innocente  battue  d'iconophile 

disparaîtra  aussi,  et  il  ne  restera  plus  sur  le  pavé  gluant  du 

Yieux-Marché-au-Vin   que  les  produits  nauséabonds  de  la 

libraire  moderne  au  rabais,  et  les  lithographies  populaires  de 

nos  fêtes  de  village. 

NOTES. 

I. 
D'après  Moreri,  JicoB  Mbntel  dont  la  biographie  vient  d'être  publiée 
par  un  de  ses  énidits  compatriotes,  M.  le  docteur  Gortier  de  Château- 
Thierry,  est  assez  court  d'arguments  dans  sa  dissertation  De  vera  typo- 
graphiœ  origine,  Lutetj  1660.  L'inventeur  de  l'imprimerie  méritait  mieux 
d'un  parent.  Jean  Mentel  graya  sur  bois  une  suite  de  dessins  flanqués 
de  rimes  et  représentant  des  événements  contemporains,  batailles  de 
Horat,  de  Grandson,  de  Nancy  ;  procession  autour  de  la  cathédrale  de 
Strasbourg  etc.  Le  professeur  Sander  vit  en  1*776  à  la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève  à  Paris  le  Spéculum  quadruplex  de  Vincent  de  Beaurais 
attribué  à  Mentelin,  et  qui  a  fourni  l'objet  d'une  dissertation  à  M.  Des- 
barreaux-Bernard. Paris,  1872  in-8^  En  1873,  la  Biblia  germanica  de 
1466,  attribuée  à  Mentelin,  a  été  vendue  80  guinées  à  la  vente  Perkins. 

n. 

La  bibliothèque  municipale  a  acquis  le  catalogue  rédigé  par  Louis- 
Philippe  KuNAST  des  raretés  amassées  pendant  tant  d'années  par  son 
père  Balthar-Louis.  Il  serait  à  désirer  que  cette  précieuse  plaquette  fût 
réimprimée.  «  Rien  de  plus  sec  en  apparence  qu'Vin  inventaire,  a  écrit  un 
jour  feu  Heulé,  et  cependant  c'est  la  clé  de  bien  des  richesses.  »  On  y 
trouverait  nombre  de  manuscrits  peut-être  existants  encore  de  nos  jours, 
entre  antres  la  relation  des  deux  voyages  en  Terre-Sainte  du  Strasbour- 
geois  Henri  Wagius.  L.-P.  Rûnast  était  un  latiniste  ;  il  a  composé  dans 
cette  langue  l'épitaphe  de  J.-L.  Frœreisen,  1690. 

4"*  Année.  Nouvelle  Série.  26 


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402  REVUE  D'ALSACE 

III. 

Le  pharmacien  Josué  Rislbr  avait  établi,  à  ses  frais,  un  petit  jardin 
botanique  sor  la  place  dite  «  Marché  aux  pots,  Bœfelemarkt,  »  aujonr- 
d'hni  place  Lambert.  Il  est  Tautear  du  Marchionis  Bade  de  Durlacensii 
Bortus  CarlsruhantM,  1747.  Je  pense  que  c'est  à  lui  que  l'on  peut  attri- 
buer Vex  lihris  Josuœ  Risleri,  armorié  de  gueules  à  la  fleur  de  lis  d'argent 
avec  lambrequins,  etc.  Sa  bibliothèque  aurait-elie  aussi  été  dispersée?  Le 
portrait  du  pasteur  Spœrlin  se  trouve  au  Musée  historique,  fondé  par  la 
Société  industrielle  de  Mulhouse  avec  le  concours  de  ta  municipalité,  et 
qui,  malgré  sa  création  récente,  occupe  déjà  deux  grandes  salles.  M.  Ang. 
Stœber,  dont  le  nom  est  bien  connu  en  Alsace,  en  a  été  nommé  le  con- 
servateur. 

IV. 

Le  jeune  margrave  de  Baireuth,  Chrisiian-Ernest  de  Brandebourg,  étu- 
diant à  Strasbourg  en  IR58  se  rendit  le  20  août  à  Sainte-Odile  avec  ^on 
gouverneur  ;  les  religieux-  s'empressèrent  de  lui  montrer  les  reliques  et 
les  raretés  de  leur  couvent.  (Voyage  de  V Ulysse  brandebourg eois,  Bay- 
reuth,  1676,  p.  77).  Il  ne  put  voir  VBortus  deliciarum  qui  était  alors 
entre  les  mains  du  prince-évêque.  Il  vient  de  paraître  à  Francfort  une 
édition  de  ÏBortuSf  coloriée  avec  soin  d'après  les  calques  d'Engelhardt 
qui  sont  à  la  bibliothèque  municipale  de  Strasbourg  La  Gazette  des 
beaux-arts  a  reproduit  la  planche  des  Supplices  de  l'enfer,  et  le  Musée 
universel  a  donné  quelques  croquis  tirés  de  l'ouvrage  d'Engelhardt 

V. 

D'après  Schweighaeuser  père  (Cat.  Heitz,  3576.  Note  sur  VéUU  des 
lettres  et  des  arts  dans  le  département  du  Bas-Rhin,  1807),  Brunck 
r helléniste  avait  beaucoup  de  manuscrits  provenant  de  la  bibliothèque 
de  Beatus  Rhenanus,  qui  les  avait  tous  cédés  à  sa  ville  natale.  Ces  manu- 
scrits sont  maintenant  à  la  Bibliothèque  nationale. 

VI. 

Feu  Ehrenfried  Stœber,dans  son  intéressante  Vie  de  J.-F.  Oberlin,  pas- 
teur h  fFaldbach,  Strasbourg,  1831,  écrite  d  après  des  papiers  de  famille, 
s'étend  longuement  sur  la  description  de  la  maison  du  bienfaiteur  du 
Ban  de  la  Roche,  qui  avait  acheté  dès  le  printemps  de  l'année  1766i 
«  une  collection  d'histoire  naturelle  et  fondait  ainsi  son  cabinet,  auquel 
il  donna  plus  tard  une  extension  considérable.  Oberlin  consigna  dans 
son  journal  toute  la  joie  que  cet  achat  lui  avait  causé  et  toute  sa  recon- 
naissance envers  Dieu,  »  source  de  tous  biens.  «  La  double  révélation  de 
la  nature  et  de  la  religion  avait  été  dès  sa  tendre  jeunesse  l'objet  prin- 
cipal de  ses  méditations.  »  (Pages  68  et  516.) 


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COLLECTIONS  ET  COLLECTIONNEURS  ALSACIENS       403 

VII. 

Feu  M.  Schweighseuser  avoue  ingénument  dans  la  dernière  de  ses  deax 
dissertations  sur  les  antiquités  gallo-romaines  de  Rheinzabern  (ex-canton 
de  Candel),  que  dès  que  Ton  y  connut  l'acquisition  qu*ii  avait  faite  de 
ce  que  le  colonel  de  Saint- Amour  avait  réuni,  étant  vers  1830  en  gar- 
nison à  Lauterbourg,  un  maçon  fort  intelligent  et  passablement  instruit, 
s'occupant  depuis  plusieurs  années  à  recueillir  les  antiquités,  fouillant 
lui-même  le  terrain,  lui  apporta  la  plupart  des  objets  trouvés.  D'autres 
savants  antiquaires  reçurent  également  du  «  maçon  fort  intelligent  »  des 
sculptures  découvertes  à  Rheinzabern  ;  les  musées  de  Spire,  de  Munich, 
de  Luxembourg,  de  Londres  s'enrichissaient  indéfiniment  d'urnes  funé- 
raires en  terre  cuite,  avec  personnages  et  inscriptions  indéchiffrables. 
Des  soupçons  sur  l'authenticité  de  ces  trouvailles  surgirent  un  peu  tard. 
L'exploitation  allait  être  terminée.  On  découvrit  enfin  que  ces  soi-disant 
vases  et  leurs  ossements  calcinés,  que  l'on  offrait  en  vente  même  à  Bade, 
étaient  fabriqués  et  enfouis  chaque  hiver  par  un  maître  maçon  de  Rhein- 
zabern, nommé  Kauffmann,  celui  qui  avait  dupé  si  longtemps  Schweig- 
hsuser,  «  le  maçon  fort  intelligent  »  de  sa  notice 

Le  musée  de  Metz  manqua  aussi  de  posséder  de  ces  pseudo-poteries, 
lors  de  la  dispersion  du  cabinet  de  M.  Victor  Simon.  (Ch.  âbbl,  Notice 
sur  la  galerie  archéologique  de  Metz,  1873,  par  Jung). 

Ce  que  le  savant  professeur  strasbourgeois  avait  acheté  du  colonel 
serait  d'une  authenticité  douteuse.  Dans  tous  les  cas,  cette  collection 
devait  être,  à  un  certain  point  de  vue,  curieuse.  Les  objets  trouvés 
cependant  il  y  a  plus  d'un  demi-siècle,  sont  peut-être  hors  de  cause;  ainsi 
le  bas-relief  en  marbre  blanc  avec  Apollon,  Minerve  et  Mercure,  et  le 
cippe  en  pierre  entouré  de  sculptures  en  écailles  et  surmonté  d'un  cava- 
lier lançant  un  javelot,  —  objets  qui  appartenaient  à  M.  Lambert. 

ÂRTHCTR   BbNOIT. 


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LE  FOYER  ALSACIEN 

LEGENDES  ET  TRADITIONS  POPULAIRES 


XI 

CHASSE   MAUDITE 


Ce  soir-là  j'ai  rencontré  dans  la  forêt  du  Hohlandsburg  le 
père  Léonard  Meyer,  un  bon  vieux  et  brave  homme,  bien 
connu  dans  tout  le  canton.  Les  gens  de  notre  commune 
l'estiment  et  en  disent  du  bien.  Serviable  envers  chacun, 
incapable  de  faire  tort  même  à  un  enfant,  franc,  honnête, 
affable,  Meyer  compte  autant  d'amis  qu'il  a  de  connaissances. 
Seuls  peut-être  les  forestiers  ou  les  garde-chasse  le  regar- 
dent avec  défiance.  Serait-ce  parc^  que  le  brave  vieux,  mieux 
que  nul  chasseur,  sait  raconter  les  habitudes  du  gibier  ou 
suivre  une  piste;  parce  que,  la  nuit,  il  fréquente  les  bois  et 
paraît  le  grand  matin  sur  tous  les  chemins;  parce  que  quand 
le  juge  de  paix,  le  maire  ou  une  autre  autorité  a  besoin  en 
temps  prohibé  d'un  lièvre  ou  d'un  gigot  de  chevreuil,  le  bon- 
homme ne  refuse  pas  de  rendre  service?  Ce  qui  est  certain, 
c'est  que  jamais  on  n'a  pris  le  père  Léonard  en  flagrant  délit 
de  braconnage.  Mais  le  garde  de  Saint-Gilles  ne  porte  pas 
moins  sur  lui  de  forts  soupçons,  sans  pour  cela  le  suivre  de 
près.  Le  garde  agit  avec  circonspection,  car  la  prudence  a  ses 
avantages.  Quoique  sa  tête  grisonne,  le  vieux  Meyer,  lors  de 
sa  dernière  visite  à  Brisach,  a  rossé  d'importance  quatre 


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0HA.S8E  MAUDITE  405 

fontassins  badois,  qui  se  sont  permis  de  plaisanter  sur  la 
cocarde  attachée  à  son  chapeau. 

Donc  je  m'étaiH  assis  sur  les  rochers  en  avant  de  la  Hoh- 
landsburg,  pour  regarder  la  nuit  venir.  Tout  près  des  rochers, 
dans  le  taillis  de  chêne,  le  père  Meyer  allait  et  venait,  mal- 
gré Theure  avancée,   comme  s'il   ramassait  d,es   branches 
sèches  pour  un  fagot.  Les  rochers  se  dressent  au  dessus  du 
bois  sur  la  tête  d'un  contre-fort  de  la  montagne.  Gris  et  nus, 
rongés  à  la  surface  par  des  plaques  de  lichens,  ils  supportent 
quelques  pins  chétifs  dont  les  racines  étreignent  les  aspérités 
de  la  pierre  et  se  serrent  dans  ses  fissures,  dont  le  branchage 
dépouillé  plie  sous  le  vent.  Un  sentier  contourne  la  base  de 
cet  escarpement,  que  les  ruines  du  château  dominent  à  une 
hauteur  plus  grande.  J'admirais  depuis  là  les  effets  du  soir 
sur  les  murs  de  la  ruine,  sur  la  plaine  baignée  de  vapeurs 
tièdes  et  sur  les  cîmes  des  montagnes  du  val  de  la  Fecht. 
C'est  un  mélancolique  spectacle  que  la  venue  de  la  nuit  dans 
ce  site.  Les  ombres  s'allongent  au  fond  de  la  vallée.  Le  soleil 
retire  un  à  un  ses  rayons  du  feuillage  sombre,  le  silence 
grandit  de  seconde  en  seconde.  On  regarde  derrière  soi  pen- 
dant qu'on  chemine.  Tous  les  massifs  prennent  à  vos  yeux 
des  proportions  colossales,  fantastiques.  Une  grive  sur  la  cime 
du  plus  haut  arbre  salue  le  jour  qui  va  disparaître.  Vous 
entendez  les  feuilles  mortes  bruire  sous  vos  pas,  et  tout  au 
loin,  bien  bas,  le  torrent  qui  remplit  la  vallée  silencieuse  de 
son  bourdonnement  monotone. 

Quand  le  dernier  rayon  du  jour  se  fut  éteint  sur  la  tête  du 
Hohenach,  je  me  rapprochai  de  maître  Léonard,  qui  semblait 
lier  son  fagot  de  bois  mort.  Je  lui  tendis  ma  gourde  en  lui 
serrant  la  main.  «  Bonsoir,  voisin;  une  gorgée  de  kirsch- 
wasser  ne  nous  fera  pas  de  mal  avant  de  voir  boire  les  che- 
vreuils à  la  mare  du  château.  »  —  «  Merci,  Charles;  un 
ancien  troupier  ne  refuse  jamais  la  goutte.  Ça  vous  ranime 
quand  la  vue  devient  trouble,  et  quand  parfois  la  main  com- 


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406  BEVtJE  d'alsacb 

mence  à  trembler.  Pour  ce  qui  est  des  chevreuils,  ils  n'ont 
rien  à  craindre  de  mes  lacets.  Le  forestier  de  Saint-Grilles  y 
met  bon  ordre.  Rentrons- nous  à  la  maison?  »  Le  braconnier 
allait  charger  le  fagot  sur  ses  épaules  pour  partir.  Moi,  je 
n'étais  pas  pressé  du  tout,  et  Léonard  ne  venait  pas  à  la 
forêt  en  quête  de  bois  mort.  Je  lui  demandai  quels  cris  aigus 
on  entendait  du  côté  des  rochers  à  droite.  «  Ce  sont  des  fouines, 
dit  Meyer  avec  un  geste  énergique  et  un  éclair  dans  le  regard. 
Ces  animaux  se  poursuivent  la  nuit  comme  les  rats  par  un 
beau  clair  de  lune;  on  en  voit  quelquefois  deux,  trois  et  plus, 
à  la  suite  les  uns  des  autres,  monter  les  rochers  aussi  vite 
que  s'ils  couraient  à  terre.  Tous  les  malins  on  voit  tourbil- 
lonner aussi  autour  de  ces  rochers  des  nuées  d'oiseaux  de 
proie,  des  éperviers,  des  buses.  On  y  trouve  encore  des 
renards,  des  hérissons,  des  belettes,  des  loirs  et  maints  autres 
animaux  qui  se  plaisent  dans  les  creux  ou  au  fond  des 
cavernes.  > 

La  nuit  devenait  plus  sombre,  mais  le  chasseur  s'animait 
Au  lieu  de  partir,  nous  nous  assîmes  dans  les  bruyères  tous 
deux.  Longtemps  mon  vieil  ami  parla  de  la  vie  des  bois  avec 
une  animation  fébrile,  avec  une  intarissable  verve.  Par 
moments  il  se  levait  pour  jeter  un  regard  du  côté  des  grands 
rochers,  puis  il  reprenait  son  récit.  On  tressaillement  nerveux 
remuait  ses  lèvres.  A  l'entendre,  on  sentait  un  homme  qui 
aimerait  mieux  périr  dans  les  montagnes  sur  la  rosée  du 
ciel,  que  de  renoncer  à  sa  passion.  Ni  les  nouvelles  maisons 
forestières  élevées  de  tous  côtés,  ni  les  avertissements  des 
gardes  ne  le  retenaient  A  l'ouverture  de  la  chasse,  il  acquit- 
tait honnêtement  son  port  d'armes.  Venait  le  moment  de  la 
prohibition,  le  fusil  restait  au  bois  dans  une  cachette  sûre. 
Les  lacets  et  les  pièges  abattaient  aussi  plus  de  gibier  que  les 
coups  de  feu,  et  quand  vous  demandiez  une  pièce  à  Meyer, 
il  vous  l'apportait  au  moment  voulu.  Si  les  gardes  voulaient 
ou  osaient  le  suivre,  il  aurait  plus  de  procès-verbaux  qu'un  âne 


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CHASSE  MAUDITE  407 

n*eii  porterait  à  Faudience.  Ohl  la  chasse  tient  le  braconnier 
comme  le  vin  l'ivrogne. 

•Mais  les  braconniers  en  chair  et  en  os  ne  sont  pas  seuls  à 
rôder  dans  les  bois  la  nuit.  Vous  avez  entendu  parler  sans 
nul  doute  de  la  haute  chasse,  de  la  chasse  maudite,  du  chas- 
seur nocturne.  Au  dire  de  nos  campagnards,  des  bruits 
étranges,  mystérieux,  inexplicables,  éclatent  souvent  dans  les 
ténèbres.  Ici  c'est  une  musique  aérienne,  un  concert  de  voix 
ou  d'instruments  qui  s'approche,  passe  ou  s'éloigne.  Ailleurs 
un  tumulte  discordant  comme  les  cris  d'une  meute,  mêlés  de 
jurements,  d'éclats  de  cor,  de  bruit  de  chevaux  lancés  au 
galop  comme  pour  une  chasse  invisible  ou  dans  une  cavalcade 
infernale.  Tantôt  encore  un  appel  comme  celui  d'une  voix 
humaine  retentit  brusquement  dans  l'air  au  dessus  de  votre 
tête,  pour  se  renouveler  à  quelque  distance,  puis  plus  loin, 

sur  un  ton  décroissant  :  «  Houds  dada houds  dada »  A 

ne  pas  en  douter,  vous  avez  entendu  le  chasseur  nocturne, 
le  maudit.  Celte  voix  d'en  haut  est  celle  du  terrible  veneur 
lancé  à  la  poursuite  du  gibier  des  ténèbres,  ou  fuyant  lui- 
même  sous  la  poursuite  de  Satan. 

Que  de  fois  je  suis  sorti  pour  écouter  ces  voix  de  l'air,  ces 
bruits  mystérieux,  mais  sans  discerner  jamais  au  milieu  du 
calme  de  la  nuit  que  la  plainte  du  vent  dans  les  grands 
arbres  ou  le  frôlement  des  feuilles  sèches  sur  le  sol.  En  che- 
minant avec  maître  Meyer  et  après  lui  avoir  passé  ma  der- 
nière gorgée  de  kirschwasser,  y.  lui  demandai  :  «  Père  Meyer, 
croyez-vous  aussi  au  chasseur  nocturne  et  à  sa  chasse  mau- 
dite? »  —  t  Oui;  j'ai  entendu  de  mes  oreilles  la  chasse  du 
grand  veneur,  dit  le  braconnier  sans  hésitation.  Vous  sou- 
riez peut-être  et  vous  penserez  que  maître  Léonard  se  laisse 
abuser  par  des  contes  d'enfants.  Eh  bien  I  je  ne  répète  pas 
un  conte,  mais  j'affirme  le  fait  dont  j'ai  été  témoin.  Un  ou 
deux  ans  après  ma  première  communion,  j'ai  conduit  les 
bœufe  de  mon  père  à  la  Hohlandsburg.  Mon  camarade  d'école, 


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406  BEVUE  d'alsagb 

Frantz  Baumann,  le  charpentier,  se  trouvait  avec  moi. 
C'était  au  mois  de  juin,  le  soir.  La  nuit  était  sereine  comme 
maintenant.  Nos  bœufs  broutaient  devant  le  vieux  ch&tei^u, 
et  Baumann  et  moi  nous  étions  couchés  sur  les  bruyères 
dans  le  taillis  de  chênes.  Nous  ne  dormions  pas  et  nous 
n'avions  pas  peur  de  la  nuit.  Tout  à  coup  de  forts  aboiements 
se  firent  entendre  à  l'angle  du  château  du  côté  de  la  grande 
poterne.  En  même  temps  des  sons  de  cor  éclatants  reten- 
tirent au  milieu  des  cris  des  chiens.  Puis  on  entendit  un 
bruit  de  chevaux  lancés  au  galop.  C'était  le  tumulte  d'une 
grande  chasse.  Mais  comment  l'expliquer  à  cette  heure»  au 
milieu  de  la  nuit?  Comment  surtout  comprendre  le  galop  des 
chevaux  Hur  la  pente  rapide  de  la  montagne  et  à  travers  les 
bois?  Les  échos  répétaient  tous  ces  bruits  étranges.  Je  me  frottais 
les  yeux  pour  savoir  si  je  dormais.  Mon  ami  Baumann  deman- 
dait si  j'entendais  la  chasse  ou  s'il  rêvait.  Point  d'illusion 
possible.  Ce  que  nous  croyions  entendre,  était  bien  réel.  La 
chasse  venait  de  notre  côté,  et  l'effroi  nous  gagnait  Déjà  la 
meute  nous  entourait  de  ses  aboiements  et  nous  dislinguions 
les  cris  des  chasseurs.  Instinctivement  le  grand  Frantz  et 
moi  nous  nous  jetâmes  dans  les  bras  l'un  de  l'autre,  nous 
étreignant  avec  force.  Alors  nous  vîmes  s'élancer  une  troupe 
d'ombres,  des  chiens,  des  hommes  à  pied  et  à  cheval  gui 
fuyaient  devant  une  bête  monstrueuse,  à  la  forme  d'un  tau- 
reau gigantesque.  Lu  bête,  les  chiens,  les  cavaliers  étaient 
noirs;  ils  avaient  les  yeux  enflammés.  Les  chevaux  au  galop 
faisaient  rouler  des  pierres,  des  éclats  qui  se  détachaient  sous 
leurs  pieds  sur  la  pente  rapide,  pour  aller  rebondir  contre  les 
arbres.  Au  passage  da  la  bête  monstrueuse,  nous  fdmes  sou- 
levés de  terre,  Frantz  et  moi.  Nous  étions  épouvantés;  mais 
cette  meute,  cette  chasse,  je  l'ai  vue,  Frantz  l'a  vue,  comme 
je  vous  vois  vous-même  à  mes  côtés  en  ce  moment.  Seule- 
ment les  chasseurs,  les  chiens,  le  monstre  n'étaient  que  des 
ombres,  car  autrement  nous  auri'^ns  été  foulés  à  leurs  pieds 


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CHAS8B  MAtJDItE  409 

oa  écrasés  par  les  pierres.  Toute  la  chasse  descendit  par  le 
vallon  de  Saint-Gilles.  Longtemps  après  que  cette  vision  eut 
disparu,  nous  Tentendîmes  encore  dans  le  lointain  I  > 

Léonard  m'inspirait  trop  d'estime  pour  que  je  doutasse  de 
la  sincérité  de  son  récit.  Ce  qu'il  avait  raconté,  il  croyait 
bien  l'avoir  vu,  et  vous  perdriez  votre  temps  à  lui  soutenir  le 
contraire.  La  tradition  de  la  haute  chasse  nocturne  se  retrouve 
d'ailleurs  dans  bien  des  pays,  en  Suède,  en  Danemark,  chez 
les  paysans  de  la  Bretagne  comme  dans  nos  vallées  d'Alsace, 
et  jusque  dans  l'Inde  asiatique.  Ma  mère,  qui  s'inquiète  de 
mes  promenades  nocturnes  dans  la  forêt,  m'a  raconté  tout 
en&nt  la  légende  du  chasseur  maudit.  Alors,  quand  nous 
étions  bien  sages,  ma  bonne  mère  racontait  cette  histoire  des 
vieux  temps  et  beaucoup  d'autres  encore.  Gomme  les  enfants 
écoutaient  avec  attention  I  Gomme  nous  restions  tranquilles 
pour  ne  pas  perdre  un  mot  du  récit  I  Je  m'en  souviens 
comme  si  c'était  hier. 

n  y  a  bien  longtemps  de  cela.  Les  vieux  châteaux,  dont  les 
pierres  maintenant  tombent  une  à  une  sur  les  cimes  solitaires 
de  nos  montagnes,  étaient  habités  par  de  puissants  seigneurs. 
Dans  l'un  de  ces  châteaux  demeurait  le  comte  Rodolphe,  grand 
chasseur  et  homme  violent.  Je  ne  sais  plus  si  c'a  été  la 
Hohlandsburg,  la  Plixburg  ou  le  Stauffen,  le  Hohenach  ou  la 
Schwarzburg.  D'un  bout  de  l'année  à  l'autre,  au  milieu  des 
neiges  de  l'hiver  comme  pendant  les  journées  chaudes  d'été, 
le  comte  Rodolphe  courait  avec  ses  piqueurs  par  monts  et  par 
vaux  sur  la  piste  des  sangliers  et  des  cerfs.  Le  dur  chasseur 
ne  respectait  même  pas  les  jours  de  fête,  qui  devaient  être 
consacrés  à  la  prière  et  à  la  religion.  Sans  croyance,  sans  foi 
ni  loi,  il  était  impie  envers  Dieu  et  méchant  à  l'égard  des 
hommes.  Si  par  moments  il  laissait  un  peu  de  répit  aux  bêtes 
sauvages,  c'était  pour  molester  les  gens.  Aucune  propriété  ne 
trouvait  de  garantie  contre  ses  rapines.  Il  faisait  enlever  le 
bien  des  paysans  comme  le  sien  propre:  les  moutons,  les 


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410  REVUE  D*ÀLSA.CB 

bœufs  comme  les  fruits  de  la  terre.  Trop  heureux  lespaavres 
gens  ëe  pouvoir  seulement  conserver  la  peau  vive. 

Un  dimanche  matin,  de  fort  bonne  heure,  Rodolphe  se 
démenait  sur  le  perron  de  son  château,  jurant  de  colère, 
maugréant  contre  ses  gens  à  cause  du  retard  mis  aux  pré- 
parati&  de  la  chasse.  C'était  le  jour  de  la  Fête-Dieu.  La  châ- 
telaine, fort  contristée  de  l'impiété  de  son  mari,  pour  le  retenir 
au  service  divin  une  fois  du  moins,  avait  donné  ordre  de  ne 
préparer  ni  chiens,  ni  chevaux;  ainsi  que  les  autres  domes- 
tiques, les  deux  piqueurs  devaient  rester  pour  la  messe. 
Irrité  de  ne  voir  personne,  le  comte  allait  et  venait  appelant 
ses  valets  avec  de  gros  jurons.  Personne  ne  répondait,  mais 
le  temps  s'annonçait  magnifique.  Sous  les  chauds  reflets  du 
soleil  levant,  les  murs  du  château  ressemblaient  à  des  parois 
de  bronze  poli.  Pas  un  nuage  au  ciel.  Dans  le  fond  des  vallées 
de  tièdes  vapeurs  se  condensaient  sur  le  feuillage,  sur  les 
herbes.  Sous  les  massifs  de  vieux  chênes,  mille  oiseaux 
gazouillaient  gaîment.  Gomment^  en  présence  de  cette  nature 
en  fête,  ne  pas  éprouver  un  sentiment  d'admiration  qui  se 
dégage  en  une  prière  au  Créateur?  Mais  en  dehors  de  ses 
passions  violentes,  le  comte  Rodolphe  ne  sentait  rien.  En  ce 
moment  la  colère  du  retard  imposé  à  la  chasse  l'animait  seule. 
Le  farouche  chasseur  détacha  sa  meute.  Il  amena  à  coups  de 
cravache  un  palefrenier  pour  seller  son  coursier.  Au  bruit  de 
ses  jurements,  la  châtelaine  accourut  suppliante,  l'exhortant  à 
ne  pas  profaner  la  grande  fête  du  jour,  t  De  grâce,  seigneur, 
ne  chassez  pas.  sous  peine  de  grand  malheur  I  >  Mais  Rodolphe 
s'irritait  de  la  prière,  et  repoussait  sa  femme  rudement.  Ses 
piqueurs  intimidés  sont  à  ses  ordres.  La  châtelaine  insiste  : 
c  Au  nom  du  ciel,  ne  partez  pasi  » 

A  l'instant  où  le  pont-levis  s'abaisse  devant  la  grande 
poterne,  deux  cavaliers  étrangers  se  présentent  au  château 
venant  de  côtés  différents.  L'un  des  cavaliers  est  vêtu  de 
blanc,  l'autre  tout  noir.  Tous  deux  saluent  la  châtelaine  et 


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CHASSE  MAUDITE  411 

Rodolphe.  Le  cavalier  blanc  demande  Thospitalité  pour  le 
jour.  Le  cavalier  noir  se  déclare  venir  exprès  pour  la  haute 
chasse,  t  Soyez  les  bienvenus,  leur  dît  le  comte,  nous  chas- 
sons ensemble.  »  —'  <  Demain,  ajoute  le  cavalier  blanc,  car 
cette  journée  est  sainte  et  nous  la  devons  au  Seigneur.  »  — 
€  Aujourd'hui,  réplique  le  cavalier  noir;  nous  suivons  nos 
plaisirs.  »  —  t  Au  diable!  pour  notre  plaisir  à  l'instant 
mêmel  »  commande  Rodolphe.  Et  les  cors  résonnent,  les 
chevaux  piaffent,  la  meute  aboie.  Vainement  la  châtelaine 
renouvelle  sa  prière,  appuyée  par  le  cavalier  blanc.  Rodolphe 
obéit  à  sa  passion  seule,  et  à  son  signal  la  troupe  des  chas- 
seurs a  mis  les  chevaux  au  trot.  Le  cavalier  blanc  fait  un 
signe  de  croix  et  exhale  un  soupir  au  ciel.  Le  cavalier  noir 
répond  par  un  ricanement  sinistre,  et  lance  à  ses  compagnons 
un  regard  de  mauvais  augure.  Puis  la  chasse  commence  avec 
de  joyeuses  fanfares  répétées  par  tous  les  échos  de  la  mon- 
tagne. Au  fond  de  la  vallée,  au  dessus  de  chaque  village,  le 
carillon  des  cloches  annonce  aux  populations  pieuses  la  fête 
du  jour. 

Âvez-vous  jamais  admiré  les  scènes  gracieuses  que  pré- 
sentent le  matin  les  vallons  retirés  des  Vosges?  Voici  un  de 
ces  vallons  avec  ses  grands  arbres,  sa  verte  pelouse,  son  tor- 
rent. Sur  les  rives  du  torrent  qui  murmure,  la  prairie  des- 
sine un  ovale  gracieux.  Un  rideau  de  noisetiers,  de  frênes  et 
de  sureaux  enlace  la  prairie,  dominé  par  de  profonds  massif 
de  hêtres  et  de  sapins.  Les  rayons  du  soleil  levant  se  jouent 
dans  le  feuillage  tendre  des  arbres,  des  buissons,  et  miroitent 
dans  les  flots  du  torrent.  Sur  la  lisière  du  bois  un  cerf 
magnifique,  aux  fortes  ramures,  se  lève  de  son  lit  de  mousse, 
secouant  la  rosée  du  matin  déposée  sur  son  poil  humide. 
Voyez  le  noble  animal  élever  vers  le  ciel  ses  yeux  d'un  noir 
brillant,  comme  pour  rendre  grâce  de  son  repos.  Il  se  réjouit 
de  sa  solitude  et  de  sa  sécurité,  flairant  le  rayon,  broutant 
les  jeunes  pousses,  réchauffant  au  soleil  sa  tiède  fourrure. 


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412  BEVUB  d'alsaob 

venant  au  bord  du  torrent  boire  Veau  limpide,  s'ébattant  sur 
la  pelouse  avec  des  sauts  joyeux.  Mais  quoil  voici  que  soudain 
le  cerf  s'arrête  avec  un  cri;  la  brise  lui  a  apporté  à  travers 
la  forêt  un  bruit  inconnu  et,  d'un  regard  inquiet,  il  interroge 
les  massifs,  flaire  la  terre,  dresse  les  oreilles,  fidt  quelques 
pas,  recule  de  nouveau.  La  pauvre  bête  pressent  un  danger 
prochain. 

.  Déjà  les  sons  deviennent  plus  distincts,  comme  des  éclats  de 
cor  et  les  aboiements  d'une  meute,  d'abord  éloignés,  puis 
plus  proches.  C'est  la  chasse  de  Rodolphe  qui  arrive  sur  la 
piste  du  noble  gibier.  De  loin  le  cerf  voit  les  chiens  accourir 
dans  le  bas  du  vallon,  et  derrière  eux,  à  distance,  le  bruyant 
hallali  des  chasseurs.  Serré  de  près,  la  ûère  bêt^  se  dresse 
un  instant  pour  défier  la  meute,  et  bondit  ensuite  à  travers 
le  hallier.  Rochers  et  buissons  sont  franchis  en  sauts  rapides. 
Limiers  et  chasseurs  se  stimulent  aussi  à  la  vue  de  la  proie. 
Emporté  sur  son  cheval  fougueux,  le  comte  Rodolphe  frémit 
de  plaisir.  Le  cavalier  noir  est  à  sa  gauche,  le  cavalier  blanc 
le  suit  à  droite.  Aucun  obstacle  ne  les  arrête,  ni  les  ravins, 
ni  le  torrent,  ni  les  fatigues  de  la  course  fougueuse,  ni  la 
rapidité  de  la  fuite  du  gibier  poursuivi.  On  entend  les  cors 
éclater,  retentir  toujours  plus  fort  et  plus  fort.  On  entend  les 
chevaux  qui  hennissent,  et  Rodolphe  qui  excite  l'ardeur  de 

la  chasse  par  son  geste  et  son  cri  :  <  Houds  dada bouds 

dada houds  dada.  »  Cette  course  furibonde  se  prolonge 

sans  répit  pour  les  chasseurs,  sans  trêve  pour  le  gibier.  Mais 
le  cerf  échappe  toujours.  Quand  les  limiers  sont  au  point 
d'atteindre  la  bête,  celle-ci  les  distance  de  nouveau  en  quel- 
ques bonds  plus  vifs.  Des  forêts  de  la  montagne  la  chasse 
arrive  au  milieu  des  champs  cultivés.  Là  peut-être  la  rivière 
grossie,  plus  large,  plus  profonde,  arrêtera  le  cerf  au  passage, 
et  la  meute  acharnée  le  retiendra  sur  la  rive.  Pas  encore 
cependant,  car  après  avoir  secoué  la  tête  ornée  comme  le  cimier 
d'un  chef,  le  fugitif  s'élance  dans  le  courant  pour  gagner 


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CHASSE  MAUDITE  413 

l'autre  bord.  Est-il  sauvé  par  cet  effort?  Non  plus,  car  la 
meute  a  franchi  aussi  la  rivière,  et  après  la  meute  les  cava- 
liers. 

La  fraîcheur  de  la  rivière  a  raidi  les  membres  de  la  bête 
exténuée.  Haletante,  elle  s'affaisse  et  sent  la  dent  des  limiers 
sur  ses  flancs.  Elle  leur  fait  face  au  milieu  d'un  champ  de 
seigle.  Elle  se  redresse  et  lutte  encore  en  éventrant  les  plus 
acharnés  de  ses  ennemis.  Cette  lutte  donne  aux  chasseurs  le 
temps  d'arriver.  Rodolphe  va  donner  le  coup  de  grâce  après 
avoir  foulé  les  épis  du  champ  sous  les  pieds  des  chevaux.  A 
cet  instant  un  paysan  accourt  :  c  Puissant  seigneur,  pitié  I 
Epargnez  le  pain  du  pauvret  Au  nom  du  ciel,  la  récolte  de 
ce  champ  sera  la  seule  ressource  de  ma  famille!  >  Et  à  la 
prière  du  paysan  le  cavalier  blanc  joint  la  sienne  :  «  De  grftce, 
chevalier,  épargnez  les  malheureux  I  >  Et  le  chevalier  noir, 
de  son  côté  :  €  Dans  nos  plaisirs  point  de  pitié  I  »  Le  cheva- 
lier blanc  se  cache  les  yeux  pour  ne  pas  voir  le  terrible 
chasseur  renverser  sous  les  pieds  de  ses  chevaux  le  labou- 
reur suppliant  et  fouler  tout  son  blé  prêt  à  mûrir.  La  femme 
du  paysan,  son  vieux  père,  ses  petits  enfants  se  lamentent  sur 
le  champ  dévasté.  Le  cavalier  noir  éclate  d'un  rire  féroce.  Le 
cerf  échappe  encore.  La  chasse  continue. 

Furieux  de  voir  leur  proie  leur  manquer,  les  limiers  s'élan- 
cent à  sa  poursuite  avec  un  acharnement  redoublé,  et  forcent 
le  cerf  à  se  réfugier  an  milieu  d'un  troupeau  de  brebis  con- 
duit par  un  enfant.  Les  brebis  affolées  fuient  à  leur  tour,  et 
sont  déchirées  par  les  chiens  affamés  de  (larnage.  Gomme  le 
petit  berger  implore  miséricorde,  le  cavalier  blanc,  sur  la 
droite  du  comte  Rodolphe,  appuie  sa  prière  :  <  Chevalier, 
épargnez  le  bien  de  la  veuve I  Soyez  clément;  craignez  la 
vengeance  du  ciel!  »  Le  cavalier  noir  réplique  avec  violence  : 
(  Le  del,  c'est  notre  plaisir;  nous  ne  devons  point  de  compte 
aux  manants  !  »  Rodolphe  blasphème  contre  Dieu  et  le  ciel. 
Toijyours  impitoyable,  le  terrible  chasseur  a  renversé  le  berger 


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414  KETUE  D'ALSACE 

d'un  coup  d'épieu.  Pendant  que  leH  limiers  tiennent  lé  cerf 
épuisé,  le^  brebis  fuient  ou  sont  assommées.  Celte  fois  du 
moias  la  proie  est  prise.  Une  fanfare  éclatante  annonce  la 
curée.  Les  hurlements  des  limiers  couvrent  le  bruit  des  cors. 
Mais  un  nouvel  effort  désesféré  dégage  une  seconde  fois  le 
cerf  aux  abois.  Plein  de  nouvelles  forces  et  ne  sentant  plus 
ses  morsures  saignantes,  il  a  secoué  Técume  qui  ruisselle  de 
ses  flancs,  rejeté  les  limiers  qui  s'attachent  maintenant  aux 
brebis  égorgées.  De  nouveau  le  terrible  chasseur  excite  sa 
meute  et  ses  piqueurs  par  des  blasphèmes  horribles,  mais  le 
cerf  est  loin  dans  la  direction  des  montagnes.  La  chasse  est  à 
recommencer,  et  elle  recommence  avec   un   acharnement 
redoublé  et  des  frémissements  de  rage.  Les  chasseurs,  la 
meute,  le  gibier  s'enfoncent  dans  une  gorge  sombre,  dont  les 
échos  répètent  rhallali  sauvage.  Sous  la  voûte  des  noirs  sapins, 
les  rochers  entassés,  les  ravins  n'arrêtent  pas  cette  course 
furibonde.  Elle  ne  s'arrête  pas  non  plus  devant  les  menaces 
d'un  orage  dont  les  grondements  de  plus  en  plus  rappro- 
chés couvrent  les  cris  de  la  meute  et  le  bruit  des  cors.  Mais 
quoi!  voici  qu'un  vieil  ermite  parait  à  un  détour  de  la  gorge, 
et  d'un  signe  réduit  les  chiens  au  silence.  Derrière  l'ermite 
s'ouvre  une  large  galerie  comme  taillée  entre  deux  parois  de 
rochers  abrupts.  Au  fond  de  la  galerie  il  y  a  un  autel  en 
pierre  avec  deux  torches  allumées.  Le  cerf,  poursuivi  par  la 
meute,  s'est  couché  à  l'abri  de  l'autel.  Celte  scène  inattendue, 
les  pi({ueurs  stupéfaits  avec  leurs  chiens  haletants  arrêtés 
devant  un  vieillard  pendant  qu'au  fond  du  couloir  sa  bête 
pourchassée  le  regarde  d'un  œil  tranquille,  étonne  Rodolphe. 
Le  cavalier  blanc,  à  sa  droite,  le  retient  en  le  conjurant  de 
respecter  cette  retraite  consacrée  et  l'autel  de  Dieu.  Le  cava- 
lier noir  de  gauche  demande  si  un  plaisir  trouve  des  scru- 
pules. L'ermite  continue  la  célébration  du  sacrifice  commencé. 
Le  sauvage  chasseur  blasphème  et  lance  son  épieu  à  la  tête 
de  l'homme  de  prière.  Point  de  respect  pour  le  sanctuaire* 


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CHASSE   MAUDITE  415 

Le  cavalier  blanc  disparhlt.  Le  cayalier  noir  pousse  un  rire 
infernal.  Une  voix  terrible  venue  d'en  haut  a  crié  :  <  Rodolphe 
je  te  maudis  pour  ton  sacrilège  I  >  Et  le  sol  se  mit  à  trem- 
bler, et  dans  la  sombre  gorge  de  la  montagne  les  rochers 
s'écroulèrent  avec  un  fracas  effrayant,  et  dans  le  tumulte 
d'une  tempête  déchatoée  les  éclairs  sinistres  comme  une  vriée 
d'oiseaux  effarouchée  au  sein  des  ténèbres  se  touchaient  du 
bout  de  l'aile.  Et  le  sauvage  chasseur  fuit  sur  son  cheval  avec 
un  cri  de  terreur,  et  mille  autres  cris  lui  répondent  plus 
effrayants  que  les  malédictions  des  réprouvés  au  jour  du 
jugement.  Tous  les  démons  de  l'enfer  lancés  à  la  poursuite 
du  maudit  avec  sa  meute  et  ses  valets  lui  font  uoe  chasse  qui 
sera  éternelle. 

Telle  est  la  légende  du  chasseur  sauvage  et  d«  sa  chasse 
maudite.  La  tradition  en  a  transmis  le  récit  à  travers  les 
ftges.  Cette  tradition  se  perpétue  toujours.  Quand  un  bruit 
étrange  se  déclare  ou  retentit  brusquement  dans  les  nuits 
silencieuses,  c'est  le  maudit  qui  passe,  toujours  chassé  par 
Satan  sans  merci  pendant  des  siècles  et  des  siècles.  Quand  la 
meute  infernale  vous  rencontre  sur  les  chemiiis  déserts,  ne 
répondez  pas  à  l'appel  du  terrible  chasseur.  Vous  seriez 
enlevé  de  terre  par  une  force  invisible,  entraîné  par  monts 
et  par  vaux  par  le  cortège  du  maudit.  Surtout  ne  provoquez 
pas  le  chasseur  en  imitant  son  cri,  car  il  jette  à  vos  pieds 
quelque  cuissot  de  haut  goût  qui  vous  attache,  vous  emporte 
avec  la  chasse  maudite  jusqu'à  ce  que  mort  s'ensuive.  «  Kanmt 
mit  mir  jagm^  so  musst  mit  mir  nagml  *  s'écrie  le  veneur 
avec  un  rire  bruyant.  <  Bouds  dada Houds  dada > 

Charles  Grad. 

Tûrckheim,  décembre  1860. 


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MATERIAUX      ' 

pour  servir  à  Tbistoire  de 

LTWASION  DES  ARMAGNACS 

*Itrij  des  Archiiiii  de  la  inlU  de  Cohnar 
Suite* 


103  20  avril  1446.  —  En  r^nse  à  une  lettre  de  la  ville  de 
1442^  Friboarg,  où  elle  compatissait  aux  maux  que  la  présence  du 

^  ^^  peuple  étranger  leur  avait  occasionnés,  le  maître  et  le  Conseil 
de  Golmar  la  remercient  des  sentiments  qu'elle  leur  a  expri- 
més; sans  doute  le  dommage  a  été  inmiense,  surtout  pour 
les  familles  qui  ont  perdu  quelqu'un  des  leurs;  cependant  à 
Colmar  on  s'en  est  tiré  à  meilleur  compte  qu'ailleurs.  En 
même  temps  ils  prient  leurs  voisins  d'intervenir  auprès  du 
chevalier  Sigismond  de  Weyspernach,  qui  se  trouve  actuelle- 
ment dans  leurs  murs,  en  faveur  des  deux  bourgeois  qui  ont 
eu  affaire  avec  le  prévôt  de  Landser. 
Mardi  avant  la  Saint-George  1445. 

104  27  avril  1445.  —  En  réponse  à  une  lettre  du  bourgmestre 
1448^48  et  du  Conseil  de  Bftle,  qui  leur  avaient  parlé  de  leur  inten- 
tion de  punir  ceux  auxquels  on  pouvait  imputer  d'avoir  attiré 
le  peuple  étranger  dans  le  pays,  en  leur  demandant  comment 
on  s'était  comporté  à  Golmar  et  dans  d'autres  villes  à  l'égard 
de  ceux  qui  avaient  connivé  avec  l'invasion,  le  maître  et  le 

*  Voir  la  précédente  livraison  (Âvril-Mai-Jain  1875.) 


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r  148»» 


l'invasion  DBS   ARMAGNACS  EN  ALSACE  417 

Conseil  de  Golmar  leur  mandent  qa'ils  négocient  effective- 
ment avec  les  villes  qui  se  trouvent  dans  le  même  cas,  pour 
arriver  à  s'entendre  sur  les  mesures  à  prendre  contre  les 
coupables,  mais  qu'en  dépit  des  diètes  où  l'on  s'est  rencontré, 
on  n'a  pas  encore  pris  de  résolution  ;  dès  qu'on  sera  d'accord, 
la  ville  en  fera  part  à  ses  voisins  de  Bâle.  Quant  à  la  diète 
que  la  ville  d'Ulm  doit  avoir  convoquée,  le  maître  et  le  Con- 
seil déclarent  n'en  av(  ir  aucune  connaissance,  mais  que  s'ils 
7  étaient  invités,  ils  ne  manqueraient  point  d'y  prendre  la 
défense  de  Bâle  contre  ses  détracteurs. 
Mardi  après  la  Saint-Marc,  évangéliste,  1445. 

42  juin  1445.  —  En  réponse  à  la  lettre  de  leur  gracieux     105 
seigneur  l'électeur  palatin  Louis  V  (le  Bon)  en  faveur  de  i4ii'^48 
Clauwelin  Ebelin,  dont  il  leur  avait  donné  lecture  en  séance, 
le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar  mandent  à  Ulric  de  Ratb- 
sambausen,  bailli  de  Sainte-Croix,  que  si  ce  personnage  avait 
dit  la  vérité  à  Sa  Seigneurie,  elle  ne  leur  aurait  certainement 
pas  écrit  comme  elle  Fa  fait;  les  relations  qu'Ebelin  a  entre- 
tenues avec  le  peuple  étranger,  du  temps  qu'il  était  dans  le 
pays,  le  rendraient  passible  de  peines  corporelles;  car  quand 
les  ennemis  faisaient  des  prisonniers,  et  qu'on  donnait  à  Ebelin 
de  l'argent  pour  l'engager  à  travailler  à  leur  délivrance,  il  se 
faisait  payer  également  par  les  Armagnacs  pour  leur  dire  le 
taux  de  la  rançon  qu'ils  pouvaient  en  tirer,  ce  qui  avait  pour 
conséquence  de  leur  faire  martyriser  leurs  captifs  jusqu'à 
les  laisser  pour  morts  sur  place.  Ses  trabisons  leur  ayant  été 
dénoncées,  le  maître  et  le  Conseil  se  saisirent  de  sa  personne, 
et  sa  culpabilité  fut  si  bien  établie,  qu'on  eût  pu  le  con- 
damner à  être  noyé;  mais  ils  aimèrent  mieux  ne  pas  le 
traiter  avec  autant  de  rigueur,  et  se  bornèrent  à  l'exiler  à 
perpétuité  par  delà  la.  Forêt-Noire,  ainsi  qu'il  s'y  est  engagé 
par  écrit  et  par  serment. 
Samedi,  lendemain  de  la  Saint-Barnabe,  1445. 

4-  Année.  Noayelle  Série.  27 


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418  REVUE  D*ALSAGB 

106         lS-19  jaiu  1445.  —  A  Henri  Friburger,  gai,  par  ordre  du 

iu^-4A  Conseil,  s'était  rendu  à  plusieurs  reprises  à  cheval  dans  le 

^'       pays  haut,  tantôt  seul,  tantôt  à  deux,  au  sujet  du  peuple 

étranger  qui  s'est  établi  à  Montbéiiard,  payé  en  tout  1 1. 10s.  4d. 

IQ7        24  juin  1445.  —  Projet  d'alliance  contre  les  Armagnacs, 

^%'^   entre  les  Etats  de  l'Alsace  et  du  Sundgau,  Conrad  de  Buss- 

nang,  seigneur  du  mundat  de  Rouffach,  labbé de Murbach \ 

le  comte  de  LUpfen,  le  seigneur  de  Ribaupierre,  et  les  ?îlles 

de  Colmar,  Schlestadt  et  leurs  confédérés. 

Les  susdits  seigneurs  et  villes  s'engagent  à  fournir  des 
troupes  de  pied  et  de  cheval  pour  protéger  la  rentrée  des 
récoltes,  et  au  besoin  pour  faire  une  expédition  contre  les 
Armagnacs  cantonnés  à  Montbéiiard,  où  ils  ont  pris  pos- 
session du  chflteau. 

Si  les  chefs  des  Armagnacs  venaient  à  quitter  Montbéiiard, 
ou  si  d'autres  Wallons  mettaient  l'Alsace  et  le  Sundgau  ea 
danger,  les  alliés  se  devront  aide  et  assistance  contre  tous 
ceux  qui  pourraient  se  jeter  sur  le  pays. 

Cette  alliance  sera  valable  pendant  cinq  ans,  et  les  Etats 
qui  voudront  y  adhérer,  devront  donner  leur  réponse  sans 
retard. 

(Colmar,  24  juin  1445). 

Minute  ou  copie  sans  authenticité,  en  papier. 

108  25  juin  1445.  —  Les  bourgmestres  et  les  Conseils  des 
liiâ^  villes  de  Colmar,  Schlestadt,  Kaysersberg,  Munster,  Tûrk- 
heim,  Ammerschwihr  et  Oberbergheim,  font  part  à  Robert 
de  Bavière,  évêque  de  Strasbourg  et  landgrave  d'Alsace,  de 
l'alliance  qu'ils  ont  conclue  avec  les  prélats,  comtes,  barons 
et  seigneurs  de  la  haute  Alsace,  pour  prévenir  les  ravages 
dont  les  Armagnacs,  cantonnés  à  Montbéiiard  et  dans  les 

'  Dietrich  de  Haas,  1434-47. 


M46-147 


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l'invasion  des    armagnacs  en  ALSACE  419 

environs,  menacent  de  nouveau  le  pays;  ils  le  prient  de 
prêter  aide  et  assistance  à  leurs  troupes,  quand  ils  traverse- 
ront les  terres  de  Tévêché  à  la  poursuite  de  Tennemi. 
Vendredi  après  la  Saint-Jean-Baptiste,  1445. 

Des  lettres  dans  le  même  sens  furent  envoyées  au  comte  Jean  de 
Thierstein,  à  la  ville  de  Strasbourg,  à  Henri  de  Ramstein  et  aux 
villes  d'Altkirch,  d'Ensisheim,  de  Masevaux,  de  Thann  et  de  Cernay. 

27  juin  1445.  —  Le  Magistrat  et  le  Conseil  de  Colraar,     |09 
considérant   que  le  projet  de  traité  contre  les  Armagnacs    ^i?"^ 
stipule  que  les  seigneurs  et  les  villes  qui  entreront  dans 
Talliance,  devront  donner  leur  adhésion  formelle,  déclarent  ' 
qu'ils  ont  le  jour  même  convoqué  la  commune,  et  que,  de 
concert  avec  ses  chefs,  elle  a  prêté  le  serment  exigé. 

Dimanche  avant  la  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  apôtres, 
(27  juin)  1445. 

Original  en  papier,  muni  du  sceau  secret  de  la  ville  sous  cou- 
verte en  papier. 

27  juin  —  8  juillet  1445.  —  Au  retour  des  troupes  qui      no 
avaient  pris  la  campagne  contre  le  mauvais  peuple,  quand  il  14^^ 
se  fit  voir  à  Wuenheim  et  autour  de  Soultz,  et  que  les  nôtres     ^'  * 
rentrèrent  le  matin  en  ville  et  qu'on  paya  à  la  Cave-à-la- 
Balance  le  déjeuner  des  cavaliers,  la  dépense  monta  en  tout  à 

3  1.  18  8.  8  d. 

Lors  de  la  diète  des  seigneuries  et  des  villes  voisines 
qui,  pour  la  troisième  fois^  s'était  réunie  à  Golmar  sur 
notre  convocation,  pour  traiter  de  Talliance  (contre  les  Arma- 
gnacs), payé  pour  le  vin  et  pour  le  souper  qu'on  offrit  aux 
députés  à  la  Gave-à-la-Balance,  11  s.  7  d. 

28  juin  1446.  —  En  réponse  à  une  lettre  collective  des      m 
villes  de  Colmar,  Schlestadt,  Kaysersberg,  Munster,  Tûrk-   ^"^"^ 
heim,  Ammerschwihr  et  Oberbergheim,  au  sujet  des  dépré- 
dations des  Armagnacs,  qui  menaçaient  de  nouveau  le  pays, 

et  contre  lesquels  différents  Etats  de  la  province  ont  projeté 


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420  REVUE  d'alsage 

de  s'allier,  le  chevalier  Burcard  de  Mlllnbeim  rancien,  le 
Magistrat  et  le  Conseil  de  Strasbourg  annoncent  qu'ils  ne 
demandent  [tas  mieux  que  de  leur  venir  en  aide  par  lears 
troupes  ou  par  des  avances  de  vivres,  si  dans  la  poursuite  de 
l'ennemi  on  le  pousse  sur  leur  territoire  —  sous  condition 
de  réciprocité. 
Veille  de  la  Saint-Pierre  et  de  Saint-Paul  1445. 

Original  en  parchemin  scellé  du  sceau  de  la  ville  en  cire  Ycrte, 
mais  dont  il  ne  reste  que  des  traces. 

112  80  juin  1445.  —  En  réponse  à  la  lettre  par  laquelle  la 
^^"^  ville  de  Golmar  les  avait  conviés  à  adhérer  à  l'alliance  contre 
les  Armagnacs,  le  receveur  et  le  Conseil  d'Altkirch  mandent 
qu'on  ne  doit  pas  douter  de  leur  désir  de  contribuer  de  leurs 
personnes  et  de  leurs  biens,  quand  il  s'agira  de  marcher 
contre  l'ennemi  ;  mais  on  ne  doit  pas  ignorer  non  plus  qu'ils 
ne  sont  pas  leurs  maîtres,  et  qu'ils  ne  peuvent  rien  résoudre 
sans  l'aveu  de  leur  bailli  Henri  de  Ramstein,  actuellement 
absent.  Dès  son  retour,  ils  s'entendront  avec  lui,  et  ils  espè- 
rent qu'il  les  autorisera  à  répondre  favorablement  aux  pro- 
positions de  Golmar. 
Mercredi  après  la  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  apôtres,  1445. 

Original  en  papier,  scellé  du  sceau  de  la  ville  sons  couverte  de 
papier,  représentant  une  église  de  profil  avec  la  légende  : 

t  SiGILLVM  CIVIVM  DE  ALTKILCH, 

.113  80  juin  1445.  —  Le  Magistrat  et  le  Conseil  de  Mulhouse 
^M~^  accusent  réception  à  leurs  bons  amis  de  Golmar,  Schlestadt, 
Kaysersberg,  Mtlnster,  Tttrkheim,  Ammerschwihr  et  Ober- 
bergheim,  de  la  lettre  et  du  projet  de  traité  qu'ils  leur  avaient 
envoyés,  en  leur  proposant  d'adhérer  à  l'alliance  et  de  fidre 
prêter  serment  à  la  commune.  Rien  ne  leur  paraît  plus 
nécessaire  que  de  s'unir  contre  l'ennemi  commun;  mais  ils 
doivent  faire  observer  que  leur  éloignement  ne  leur  permet- 
tant pas  d'entendre  sonner  les  cloches  d'alarme  chez  leurs 


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l'invasion  des   armagnacs  en  ALSACE  421 

alliés,  en  ne  les  voyant  pasvenîr,  on  pourrait  mal  interpréter 
leur  abstention.  Ils  sont  de  plus  enclavés  dans  les  possessions 
de  la  maison  d'Autriche,  qui  est  en  ce  moment  en  guerre 
ouverte  avec  Bflle  et  ses  confédérés,  et  il  serait  peu  prudent 
à  eux  de  se  dégarnir  de  leurs  forces  en  même  temps  que  les 
Etats  plus  à  Fabri  de  Tennemi.  Si  les  alliés  voulaient  entre- 
prendre en  commun  une  expédition  contre  les  Armagnacs, 
Mulhouse  ne  demanderait  pas  mieux  que  de  se  mettre  de  la 
partie;  mais  pour  ce  qui  esl  de  poursuivre  Tennemi  seul  et 
pour  son  propre  compte,  chaque  fois  qu'il  se  présentera,  on 
doit  comprendre  que  la  ville  est  trop  faible  pour  le  tenter.  Les 
Armagnacs  sont  très  près  de  Mulhouse;  ils  peuvent  l'attaquer 
à  toute  heure,  puisqu'ils  n'ont  rien  à  redouter  des  ressortis- 
sants des  domaines  autrichiens.  Quant  à  l'assistance  que  les 
alliés  sont  en  droit  d'attendre  de  la  ville,  elle  met  ses  rem- 
parts à  leur  disposition,  et  leur  vendra  les  vivres  dont  ils 
aaront  besoin.  Du  reste,  on  ne  pourra  donner  une  réponse 
définitive  qu'au  vu  de  l'adhésion  écrite  d'une  autre  ville,  dont 
on  demande  communication. 
Mercredi  après  la  Saint- Pierre  et  Saint-Paul,  apôtres,  1445. 
Original  en  papier  scellé  du  sceau  secret  de  la  ville. 

1"  juillet  1446.  —  Dietrich  de  Haus,  abbé  de  Murbach,  114 
mande  à  ses  bons  amis  le  Magistrat  et  le  Conseil  de  Colmar,  ^^® 
que,  conformément  aux  résolutions  prises  chez  eux,  le  jour  de 
saint  Jean-Baptiste,  par  plusieurs  seigneurs  et  villes  de  la 
province,  il  a  réuni  le  dimanche  précédent  (27  juin)  tous  ses 
ressortissants  de  Guebwiller,  riches  et  pauvres,  pour  porter 
à  leur  connaissance  le  projet  de  ligue  contre  les  Armagnacs, 
qu'il  leur  a  donné  pour  capitaine  son  féal  Jean  Stœr,  et  que, 
de  concert  avec  ce  dernier,  ils  ont  juré  solennellement  de  se 
soumettre  à  toutes  les  obligations  que  le  traité  leur  impose; 
que,  de  plus,  il  y  a  fait  adhérer  dans  la  même  forme  les 
baillis  et  les  Conseils  de  Wattwiller,  Uffholtz,  Saint-Amarin, 


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422  REVUE  d' ALSACE 

Biihl  et  Bergholz.  ëd  même  temps  il  s'engage,  pour  ce  qui 
le  concerne  personnellement,  à  observer  ce  traité  dans  toute 
sa  teneur  pendant  les  cinq  ans  qu'il  doit  durer,  et  s'offre  d'y 
souscrire  en  meilleure  forme,  si  on  le  juge  nécessaire. 
Jeudi  après  la  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  apôtres  (1"  juillet) 

1448. 

Original  en  papier,  muni  du  sceau  de  Tabbé  en  cire  ronge,  sous 
couvert3  de  papier. 

115  1"  juillet  144K.  —  L'évoque  Robert  de  Strasbourg,  land- 
,  W  grave  d'Alsace,  mande  aux  bourgmestres  et  aux  Conseils  des 
villes  de  Colmar,  Schlestadt,  Kaysersberg,  Munster,  Tdrk- 
heim,  Ammerschwihr  et  Oberbergheira,  qu'il  a  reçu  la  lettre 
par  laquelle  ils  lui  demandent  son  appui  et  son  concours,  si, 
en  poursuivant  les  Armagnacs,  ils  les  poussent  sur  son  terri- 
toire; mais,  pour  se  prononcer  sur  une  question  de  cette 
importance,  il  aurait  besoin  d'en  conférer  avec  eux.  En  con- 
séquence, il  les  invite  à  envoyer  le  lundi  avant  la  Sainte-Marie- 
Magdeleine  (19  juillet)  leurs  députés  à  Molsheim,  où  ils  se 
rencontreront  avec  quelques-uns  de  ses  conseillers,  et  il 
espère  que  cette  entrevue  lui  permettra  d'accueillir  leur 
demande,  de  manière  à  leur  faire  comprendre  l'intérêt  qu'il 
porte  à  la  prospérité  générale  du  pays. 

Saverne,  jeudi  après  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  apôtres, 
(!•' juillet)  1445. 

Original  en  papier,  sceUé  du  petit  sceau  en  cire  rouge,  dépourvu 
d'empreinte. 

lis  21  juillet  1445.  —  Pour  se  conformer  aux  dispositions  du 
^3^-^  traité  conclu  entre  quelques  seigneurs  et  villes  pour  se 
défendre  contre  le  méchant  ramassis  connu  sous  le  nom 
d'Armagnacs  ou  d'Ecorcheurs,  le  Magistrat  et  le  Conseil  de 
Schlestadt  certifient  que  la  commune  rassemblée  a  adhéré 
avec  eux,  sous  la  foi  du  serment,  à  l'alliance  en  question. 
Visitation  de  Notre-Dame,  (2  juillet)  1445. 

Original  en  papier,  muni  au  bas  du  sceau  de  la  ville  imprimé 
en  placard,  sous  couverte  en  papier. 


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l'invasion  DBS    ABMÂQNACS  EN  ALSÂCS  4^ 

4  juiUet  1445.  —  En  réponse  à  la  lettre  qu'ils  lui  ont      117 

RPR 

adressée,  ainsi  qu'à  quelques  villes  dépendantes  de  la  maison  W 
d'Autriche,  en  Alsace  et  dans  le  Sundgau,  pour  leur  deman- 
der à  tous  la  permission  de  se  procurer  dans  leur  ressort  les 
vivres  dont  ils  pourraient  avoir  besoin  en  poursuivant  les 
troupes  étrangères  cantonnées  à  Montbéliard,  le  comte  Jean 
de  Thierstein,  gouverneur  d'Ensisheim,  mande  aux  bourg- 
mestres et  aux  Conseils  des  villes  de  Colmar,  Schlestadt, 
Eaysersberg,  MOnster,  Tûrkheim,  Âmmerschwihr  et  Ober- 
bergheim,  qu'à  la  rigueur  les  conseillers  et  les  Etats  des 
domaines  autrichiens  n'auraient  pas  dû  se  concerter  avant 
l'expiration  de  la  paix  conclue  avec  les  Armagnacs  ;  mais 
qu'ils  ont  accordé  nonobstant  aux  demandeurs  la  faculté  de 
poursuivre  leurs  ennemis  sur  le  territoire  autrichien,  et  d'y 
acheter  les  denrées  qui  leur  seraient  nécessaires,  le  tout  sans 
préjudice  pour  la  seigneurie.  Quant  à  leur  permettre  l'entrée 
des  forteresses,  le  comte  de  Thierstein  ne  peut  pas  prendre 
sur  lui  d'y  consentir;  mais  il  promet  d'en  référer  au  duc 
Albert  VI  (le  Prodigue).  Pour  ce  qui  ne  dépend  que  de  lui, 
les  alliés  ne  doivent  pas  douter  qu'ils  le  trouveront  toujours 
favorablement  disposé  à  leur  égard. 

Masevaux,  dimanche  (après)  la  Visitation  de  la  Vierge  1445. 
Original  en  papier,  scellé  du  sceau  en  cire  verte. 

4-10  juillet  1445.  —  Lorsque  samedi  dernier  (8  juillet)      ng 
les  Ecorcheurs  se  firent  de  nouveau  voir  dans  l'Au,  et  que  i^^^ 
nos  forces  marchèrent  contre  eux,  la  dépense,  quand  le  soir 
elles  rentrèrent  en  ville,  monta  au  Wagkeller  à  16  s. 


p.  6 


5  juillet  1445.  —  Le  Magistrat  et  le  Conseil  de  Mulhouse  ng 

mandent  à  leurs  bons  amis  le  prévôt  et  le  Conseil  de  Soultz,  ^-^                        j 

que  les  Armagnacs  cantonnés  à  Montbéliard  viennent  d'entrer  1 

en  campagne,  mais  sans  qu'on  connaisse  leur  force;  prière  i 


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4»i  REVUB  D'ALSAOB 

de  communiquer  cette  nouvelle  à  leurs  alliés  communs^  pour 
qu'ils  prennent  leurs  mesures  en  conséquence. 
Lundi  après  la  Saint-Ulric,  à  Theure  de  compiles;  1445. 
Original  en  papier^  scellé  d'un  sceau  sous  couverte  de  papier. 

120  6  juillet  1445.  —  Rapport  présenté  à  la  diète  réunie  à 
^fd'^    Golmar,  sur  les  mesures  militaires  à  prendre  contre  les 

Armagnacs. 

On  propose  en  premier  lieu  de  mettre  sur  pied  un  corps 
de  4,000  cavaliers  et  de  1,000  fantassins,  qui  devra  se  rendre 
secrètement  auprès  de  Montbélîard,  du  château  duquel  il 
tâchera  de  faire  sortir  Vennemi  pour  l'attirer  dans  une  embus- 
cade. Un  second  corps  aussi  nombreux  que  possible  devra  le 
suivre,  pour  le  soutenir  et  pour  mettre  à  Tabri  tout  ce  qu'on 
pourra  enlever  dans  les  environs  de  Montbéliard  et  hors  de 
ses  murs. 

Que  ce  plan  réussisse  ou  non,  on  est  d  avis  qu'il  ftut 
s'emparer  de  Montbéliard  et  des  autres  lieux  occupés  par 
l'ennemi,  sinon  faire  son  possible  pour  y  mettre  le  feu. 

Enfin  on  propose  d'enlever  ou  de  détruire  autour  de  Mont- 
béliard le  blé,  l'avoine  et  tout  ce  qui  peut  servir  à  la  subsis- 
tance ou  à  l'avantage  de  l'ennemi. 

Sans  date. 

Minute  ou  copie  contemporaine  sans  marque  d'authenticité,  en 
papier. 

121  6  juillet  1445.  —  Recès  d'une  diète  tenue  par  les  seigneurs 
^m'®    et  les  villes  qui  avaient  adhéré  à  l'alliance  contre  les  Arma- 
gnacs : 

1^  Avant  tout  on  enverra  un  corps  de  troupes  contre 
Montbéliard  ; 

2"  Ces  troupes  entreront  en  campagne  dans  huit  jours  au 
plus.  Chacun  devra  se  tenir  prêt  à  partir  avec  toutes  ses 
forces  le  lendemain  du  jour  où  il  en  aura  reçu  avis,  et  se 
rendra  au  lieu  qui  lui  sera  assigné; 

S°  Chaque  seigneur,  chaque  ville  indépendante  aura  son 


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l'invasion  des    armagnacs  en  ALSACE  425 

capitaine;  à  rentrée  en  campagne,  ces  différents  ofSciers  se 
réuniront  et  déféreront  le  commandement  à  deux,  trois  ou 
quatre  capitaines  en  chef; 

4''  Le  sigue  distinctif  sera  une  écharpe  ou  un  brassard 
blanc,  et  quand  tout  le  monde  sera  réuni,  on  ploiera  les 
enseignes  particulières  pour  ne  plus  suivre  que  la  bannière  de 
Saint-Guillaume; 

6''  En  outre  les  alliés  formeront  un  corps  de  400  hommes 
de  cheval  et  de  pied,  qui  devra  être  rendu  samedi  avant  la 
Sainte-Marguerite  (10  juillet)  à  Hattstadt,  pour  passer  de  là 
à  Rouffach,  puis  à  Soultz  et  à  Guebmller,  où  il  sera  posté 
dans  l'attente  de  ce  qu'il  aura  à  faire; 

6*  La  direction  suprême  de  Talliance  est  confiée  à  un  Con- 
seil de  cinq  membres,  nommés  Tun  par  l'abbé  de  Murbach 
et  le  seigneur  de  Bussnang,  le  second  par  le  sire  de  Lûpfen 
et  le  damoiseau  de  Ribaupierre,  le  troisième  par  Colmar,  le 
quatrième  par  Schlestadt,  le  cinquième  par  Kaysersberg, 
Munster,  Tûrkheira.  Les  quinquévirs  prêteront  Ferment  à  la 
ligue,  et  se  réuniront  chaque  fois  qu'il  sera  nécessaire;  tout 
ce  qu'ils  décideront  sera  exécutoire  par  la  ligue  entière. 

Colmar,  mardi  après  la  Saînt-Ulric  1445. 

Minute  ou  copie  contemporaine  en  papier,  sans  marque  d'au- 
thenticité. 

( )  Décret  du  maître  et  du  Conseil  de  Colmar      122 

ST  B 

qui,  sur  le  bruit  du  retour  prochain  du  peuple  étranger  connu     im 
sous  le  nom  d'Armagnacs  (Armejecken),  rendent  libres  rentrée    ^' 
et  la  sortie  de  toutes  les  denrées  qu'on  voudra  réfugier  dans 
leurs  murs,  et  défendent  à  qui  que  ce  soit  de  les  saisir  ou  de 
leur  faire  payer  le  péage. 
Sans  date. 

9  juillet  1445.  —  En  réponse  aux  explications  qu'ils  leur      123 

R-fr-R 

ont  données,  le  Magistrat  et  le  Conseil  de  Mulhouse  mandent      99 
h  leurs  bons  amis  de  Colmar,  qu'ils  ne  peuvent  approuver 


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426  REVUE  d'alracb 

rexpédition  qu'on  projette  contre  les  Armagnacs  dans  le  seul 
but  de  ravager  et  de  ruiner  le  pays.  Leur  avis  est  qu'il  vaut 
mieux  se  rendre  en  force  devant  le  château  de  Montbéliard, 
en  fiiire  le  siège,  et  obliger  l'ennemi  à  déguerpir  :  autrement 
on  se  le  mettrait  de  nouveau  sur  les  bras,  et  il  ne  manquerait 
pas  de  se  venger  aux  dépens  de  tous  ceux  qui  ne  sont  pas 
derrière  les  murs  des  places  fortes.  Pour  ce  qui  est  de  Mul- 
house, si  rapproché  de  l'ennemi,  la  ville  abandonnée  à  ses 
seules  ressources,  n'est  pas  de  force  à  tenir  la  campagne  contre 
lui.  Les  représentants  de  la  cité  demandent  à  être  exemptés 
de  l'expédition,  jusqu'à  ce  qu'ils  aient  terminé  leurs  prépa- 
ratifs conformément  aux  résolutions  de  laligue^  qu'ils  ignorent 
encore.  En  attendant,  ils  donnent  leur  adhésion  à  l'alliance,  à 
laquelle  la  commune  entière,  nobles  et  roturiers,  a  prêté 
serment. 
Vendredi  après  la  Saint-UlrLc  1445. 

Original  en  papier,  scellé  du  sceau  de  la  ville. 

124        9  juillet  1446.  —  Adhésion,  dans  les  mêmes  termes  que 
^'^'^   celle  de  la  ville  de  Colmar  (du  27  juin  précédent)  donnée  par 
le  bourgmestre,  le  Conseil  et  la  commune  de  Mulhouse  à  l'al- 
liance conclue  contre  les  Armagnacs. 
Vendredi  après  la  Saint-Ulric  (9  juillet)  1445. 

Original  en  papier,  muni  du  sceau  secret  de  la  ville,  appliqué  en 
placard  sous  couverte  de  papier. 

^•25^  10  juillet  1445.  —  L'évêque  Robert  de  Strasbourg,  land- 
^  grave  d'Alsace,  annonce  à  ses  amis  le  Magistrat  et  le  Conseil 
de  Colmar,  qu'après  réception  delà  lettre  par  laquelle  ils  accep- 
taient l'invitation  faite  à  eux  et  à  leurs  alliés  d'envoyer  des 
députés  à  Molsheim,  le  lundi  avant  la  Sainte-Marie-Magdeleine 
(19  juillet),  pour  s'entendre  avec  ses  conseillers  au  sujet  de 
leur  projet  de  campagne  contre  les  Armagnacs,  son  père  le 
duc  Etienne  l'a  fait  prier  de  se  rendre  auprès  de  lui.  Cette 


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L-M 
144S— 48 
M47b 


l'invasion  des    armagnacs  en  ALSACE  427 

circonstance  l'oblige  à  contremander  la  conférence  projetée  et 
à  la  remettre  au  lundi  après  la  Saint-Jacques  (26  juillet). 

Saverne,  samedi  après  la  Saint*Eilian  et  ses  compagnons, 
martyrs,  1445. 

Original  en  papier,  scellé  du  sceau  épiscopal  en  cire  rouge. 

10  juillet  1445.  —  Le  maître  et  le  (Conseil  de  Golmar,  sup-      126 
posant  que  leurs  bons  amis  de  Haguenau  ont  connaissance  de 
Falliance  contre  les  Armagnacs  conclue  dans  la  haute  Alsace, 
jugent  convenable  de  les  en  entretenir  avec  plus  de  détails 

que  n'en  comporte  une  simple  lettre;  en  conséquence  ils  les 
invitent  à  envoyer  leurs  députés,  le  mardi  avant  la  Sainte- 
Marie-Magdeleine  (20  juillet)  à  Strasbourg,  pour  y  conférer 
avec  les  représentants  de  Colmar. 
Samedi  avant  la  Sainte-Marguerite,  vierge,  1445. 

11  juillet  1445.  —  Sur  le  rapport  que  ses  députés  lui  ont      127 
fait  du  recès  de  la  diète  récemment  tenue,  le  Magistrat  et  le    ^^"^ 
Conseil  de  Schlestadt  mandent  à  leurs  bons  amis  de  Golmar 

que,  quoiqu'ils  n'y  soient  pas  obligés  par  les  termes  du  projet 
d'alliance,  ils  prendront  part  à  l'expédition  contre  les  Arma- 
gnacs, à  la  condition  qu'à  l'avenir  on  ne  s'écartera  plus  des 
stipulations  convenues  dans  le  principe;  mais  quant  au  collège 
des  Cinq,  ils  n'en  veulent  pas  entendre  parler,  attendu  que  si 
l'on  s'en  tient  à  la  lettre  du  traité,  ce  Conseil  n'est  pas  néces- 
saire. 
Dimanche  après  la  Saint-Eilian,  martyr,  1445. 

Original  en  papier,  scellé  du  sceau  rompu  de  la  ville. 

11-17  juillet  1445-46.  —  Voyagede  l'obristmestreàEnsis-      123 
heim,  où  il  se  rendait,  avec  quatre  chevaux,  sur  la  convocation  ^^^^ 
du  comte  Jean  de  Thierstein,  à  l'occasion  de  l'alliance  et  de     ^'  ^ 
diverses  autres  affaires.  H  pasSa  la  nuit,  et  dépensa  en  tout 
14  s.  6  d. 

Autre  voyage  du  même  à  Soultz,  au  sujet  de  l'expédition 
projetée  contre  Montbéliard;  son  absence  dura  trois  jours,  et 


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428  RBVUB  d'alsagb 

la  dépense  monta  pour  lui  et  les  trois  chevaux  qui  raccom- 
pagnaient^ à  1  1.  S  s.  6  d. 

129  12  juillet  1445.  —  Adhésion  donnée  par  le  Magistrat  el  le 
89*     Conseil  de  Munster,  au  nom  de  toute  la  commune,  qui  en  fait 

le  serment,  au  projet  d'alliance  contre  les  Armagnacs  arrêté 
par  divers  Etats  de  la  haute  Alsace. 
Lundi  avant  la  Sainte-Marguerite,  (12  juillet)  1445. 

Original  en  papier,  muni  au  bas  du  sceau  secret  de  la  ville,  appli- 
qué en  placard  sous  couverte  en  papier. 

130  n  juillet  1445.  —  Le  chevalier  Jean  Oswald  de  Hattstalt 
89*     et  son  cousin  Vigile  de  Hattstatt  certifient  qu'ils  ont  convoqué 

le  jour  même  leurs  ressortissants  de  Herlisheim,  de  Hattstatt 
et  de  Soultzbach,  lesquels  ont  adhéré  par  serment,  de  concert 
avec  leurs  seigneurs,  à  la  ligue  formée  contre  le  funeste  ras- 
semblement, connu  sous  le  nom  d'Armagnacs  ou  d'Ëcorcheurs. 
Jour  de  la  Saint- Alexis  1445. 

Original  en  papier  muni  au  bas  des  deux  sceaux  appliqués  en 
placard  sous  couverte  en  papier. 

131  18-24  juillet  1445.  —  Maître  Gilles  (Kempff)  se  rend  de 
U4&-4&  nouveau  à  Ënsisheim,  auprès  de  la  diète  des  Etats  des  pays 

antérieurs,  pour  les  affaires  de  Talliance.  Son  absence  dura 
deux  jours,  et  la  dépense  pour  lui  et  ses  trois  chevaux  monta 
à  15  s. 

Il  fait  un  autre  voyage  pour  la  même  affaire  à  Ribauvillé, 
auprès  du  sire  de  Ribaupierre.  Dépense  :  2  s.  6  d. 

Pour  le  vin  qu'on  a  bu  à  la  Cave-à-la-Balance,  lors  de  la 
diète  qui  s'y  est  tenue  à  l'occasion  deTalliance:  5  s.  S  d. 

132  25-31  juillet  1445.  —  L'obristmestre  se  rend  à  Molsbeim, 
i4tô^6  à  Strasbourg,  auprès  du  grand-bailli,  pour  demander  au  nom 

^'  de  ralliancC;  qu'on  envoie  un  corps  de  troupes  à  notre  secours  ; 
il  était  en  compagnie  des  députés  de  messire  de  Bussnang,  et 
son  absence  dura  six  jours.  La  dépense  pour  lui  et  ses  trois 


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l'invasion  des    armagnacs  en  ALSACE  429 

cbevaax  fut  de  8  1.  5  s.,  y  compris  les  frais  d'un  exprès 
envoyé  à  Haguenau,  pour  s'assurer  si  le  graud-bailli  y  était. 
Voyage  du  prévôt  à  Ensisheim,  auprès  du  comte  Jean  de 
Thierstein,  quand  en  dernier  lieu  les  Etats  refusèrent  d'ad- 
hérer à  Talliance  :  B  s.  18  d. 

l"-7  août  1445.  —  Voyage  de  maître  (Jean)  de  Vîrdenheîra      I33 
à  Molsheim,  en  compagnie  de  ladéputation  de  Scblestadt.  quand  1445^-46 
elle  se  rendit  au  plaid  qui  se  tint  devant  l'évêque  di»  Stras-    ^' 
bourg,  au  sujet  du  butin  (fait  sur  les  Armagnacs).  L'absence 
dura  trois  jours  avec  trois  cbevaux,  et  la  dépense  monta  à 
1  1.  9  s.  2  d. 

8-14  août  1445.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (Kempff)  à      I34 
Haguenau,  où  il  s'était  rendu  sur  la  convocation  du  ducLouis^  1445-46 
au  sujet  du  méchant  peuple  étranger.  Son  absence  dura  sept    ^' 
jours,  et  pour  lui  et  ses  trois  chevaux  la  dépense  monta  à 
4  l.  1  s.  6  d. 

Autre  voyage  du  même  auprès  de  messire  Conrad  de  Buss- 
nang,  lorsqu'on  renonça  à  l'expédition  projetée  contre  Mont- 
béliard  :  5  s.  6  d. 

22-28  août  1445.  —  Maître  Gilles  (Kempfi)  se  rend  de      135 
nouveau  à  Haguenau,  pour  pousser  de  là  jusqu'à  Heidelberg,  14^^ 
toujours  au  sujet  du  peuple  étranger  ;  mais  il  revint  sans    ^'  ^' 
avoir  exécuté  ce  dessein.  Son  absence  avec  trois  chevaux, 
dura  sept  jours,  et  il  dépensa  en  tout  8  1.  18  s.  2  d. 

Payé  pour  la  dépense  de  quelques  varlets,  qui  avaient  été 
envoyés,  pendant  un  temps  assez  long,  dans  le  pays  haut, 
pour  assurer  la  rentrée  de  la  moisson,  de  concert  avec  les  ser- 
viteurs d'autres  seigneurs  et  villes,  contre  les  déprédations  du 
méchant  peuple  :  18  1.  6  s.  7  d. 

Cette  dernière  dépense  faillit  être  portée  en  compte  une  seconde 
fois  la  semaine  suivante  ;  récriture  en  a  été  biffée,  mais  pas  assez 
pour  qu'on  ne  puisse  lire  que  les  varlets  étaient  au  nombre  de 
quatre,  et  que  leur  service  avait  duré  un  mois. 


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430  RKYUB  DALSAOB 

136  31  août  1445.  —  Le  comte  Guillaume  de  Ltltzelsteia,  sd- 
14^48  gneur  de  Gueroldseck  dans  la  Yosge,  ayant  eu  connaissance  de 

Talliance  contre  les  Armagnacs  conclue  entre  les  Etats  de  la 
haute  Alsace,  et  de  leur  projet  de  marcher  contre  Tennemi, 
envoie  à  Golmar  un  député  chargé  de  prendre  des  informations 
et,  s'il  y  a  lieu,  de  proposer  son  concours.  Le  maître  et  le  Con- 
seil lui  répondent  en  lui  envoyant  la  liste  des  différents  Etats 
qui  ont  adhéré  à  la  ligue,  parmi  lesquels  ils  comptent  Mul- 
house. Ils  ajoutent  qu'il  est  en  effet  question  d'organiser  une 
expédition  contre  les  Ecorcheurs,  et  si  le  comte  de  Lûtzelstein 
veut  s'y  joindre,  on  l'informera  du  moment  où  l'on  entrera  en 
campagne. 
Mardi  après  la  décollation  de  saint  Jean-Baptiste  1445. 

137  2  septembre  1446.  —  Recès  d'une  diète  tenue  par  les 
^'^'^   membres  de  la  ligue  formée  contre  les  Armagnacs  pour  dresser 

un  état  supplémentaire  des  contingents  à  fournir  pour  la  défense 
du  pays. 

Ces  contingents  seront  commandés  par  Jean  Stœr;  ils  seront 
rendus  à  Soultz  le  samedi  après  la  Saint- Adolphe  (4  septembre). 

La  diète  se  réunira  de  nouveau  pour  s'entendre  sur  l'ex- 
pédition à  diriger  contre  Montbéliard,  dès  que  le  comte  Jean 
de  Thierstein  et  Henri  Gappeler  auront  fait  savoir  les  inten- 
tions de  la  maison  d'Autriche. 

Le  seigneur  de  Bussnang  écrira  aux  nobles  de  Montreux 
pour  connaître  leurs  sentiments  sur  les  propositions  qu'il  leur 
a  faites. 

Jeudi  après  la  Saint- Adolphe  1445. 

Minute  ou  copie  contemporaine  en  papier,  sans  marque  d'au- 
thenticité. 

138  5-11  septembre  1446.  —  Le  prévôt  se  rend  à  Ensisheim, 
14^^  A^^  I&  députation  de  messire  Conrad  de  Bussnang,  auprès  du 

^•^*    comte  Jean  de  Thierstein,  encore  au  sujet  du  peuple  étranger. 
Les  frais  montent  à  5  s.  5  d. 


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l'invasion  des   armagnacs  en  ALSACE  431 

19-25  septembre  1445.  —  Lorsqu'Antoîne  de  Wittenheim,      i39 
Conrad  Zwenger  et  Henri  d'Appenwihr  ont  été  avec  de  Tin-  i*«-^ 
fanterie  à  Cernay,  ils  ont  dépensé  à  Soultz,  à  Cernay  et  à 
Rouffach  pour  les  voitures  et  les  chevaux,  avec  les  franchises 
(mit  dm  fryheytm)  (?)  1  1.  12  s.  5  d. 

26  septembre  1445.  —  Le  maître  et  le  Conseil  deColraar      uo 
mandent  au  chevalier  Henri  de  Ramsteîn  que,  lors  de  la  der-  14J-4B 

f»  151 

nière  incursion  des  Ecorcheurs,  ils  ont  enlevé  aux  bouchers  recto 
de  la  ville  du  bétail  acheté  par  eux  dans  le  pays  haut  ;  mais 
que,  poursuivis  par  les  gens  de  Colmar,  à  cheval  et  à  pied,  ils 
abandonnèrent  leur  butin  que,  dans  l'ardeur  de  leur  poursuite, 
les  Colmariens  négligèrent  de  reprendre.  Le  vaillant  Kuntz- 
mann  de  Brinighoffen  ne  voyant  là  que  du  bétail  enlevé  aux 
Armagnacs,  se  crut  fondé  à  s'en  emparer,  quoique  ceux  de 
Colmar  fussent  en  campagne  aussi  bien  que  lui.  Depuis,  la 
ville  a  appris  que  Kuntzmann  a  vendu  ce  bétail  à  quelques 
ressortissants  d'Altkirch.  Le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar 
prient  le  chevalier  de  Ramstein  d'intervenir  pour  obtenir  la 
restitution  du  bétail  à  ses  légitimes  propriétaires. 
Dimanche  avant  la  Saint-Michel,  archange,  1445. 


26  septembre  —  2  octobre  1445.  —  Payé  pour  400  pains      ui 
offerts  à  ceux  de  Schlestadt  quand  ils  ont  été  ici  avec  leurs  i^j^u 
troupes  de  pied  et  de  cheval  :  16  s.  8  d. 


p.  19 


28  septembre  1445.  —  Eu  réponse  au  message  verbal  que      142 
le  chanoine  Conrad  de  Bussnang  leur  a  fait  tenir  pour  les  im^ 
engager  à  écrire  aux  seigneurs  et  aux  villes  du  bas  pays,  afin    yotm 
d'en  obtenir  le  contingent  de  gens  d'armes  dont  il  avait  été 
récemment  question  chez  eux,  le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar 
le  prient  de  ne  pas  les  charger  de  cette  commission,  qui  n'au- 
rait sans  doute  pas  de  résultat,  à  en  juger  par  le  peu  d  accord 
que  témoignait  la  dernière  réponse  à  eux  faite  par  les  alliés; 
il  leur  paraît  préférable  que  le  chanoine  fasse  lui-même  cet 


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432  BBVUB  D'ALSi^OB 

appel  qui,  de  sa  part,  recevrait  peut-être  un  meilleur  accueil 
que  s'il  partait  de  Colmar. 
Mardi  avant  la  Saint-Michel,  archange,  1445. 

143  3  octobre  144S.  —  Le  chanoine  Conrad  de  Bussnang  ayant 

L-M 

1442-48  répondu  que  si  la  ville  de  Colmar  réunissait  les  seigneurs  et 
les  villes  de  la  ligue,  il  se  rendrait  à  sa  convocation,  le  mattre 
et  le  Conseil  persistent  dans  leur  refus  de  prendre  de  nouveau 
l'initiative.  Après  avoir  pris  tant  à  cœur  le  bien  commun  du 
pays,  après  s'être  donné  tant  de  mal  et  avoir  fait  tant  de  sacri- 
fices en  pure  perte,  voyant  que  l'un  veut  aller  à  droite  quand 
l'autre  propose  d'aller  à  gauche,  il  ne  leur  reste  plus  qu'à 
supplier  Sa  Grâce  de  convoquer  elle-même  les  membres  de  la 
ligue,  comptant  que  chez  elle  les  délibérations  auront  plus  de 
chances  d'aboutir  qu'à  Colmar. 
Samedi  après  la  Saint-Michel,  archange,  1445. 

144  8-9  octobre  1445.  —  Voyage  de  Welschi  de  Bebelnheim*, 
lui  troisième,  à  Rouflfach  auprès  de  messire  Conrad  de  Buss- 
nang, qui  nous  avait  demandé  de  lui  envoyer  une  députalion 
pour  conférer  sur  les  présentes  conjectures  (diserhSffe  halb): 
9  s.  S  d. 

Oifferl  à  ceux  de  Schlestadt,  au  retour  de  leur  expédition  dans 
le  pays  haut,  contre  le  peuple  étranger,  quand  ils  passèrent 
la  nuit  ici,  outre  les  400  pains  dont  il  a  été  tenu  compte 
ci- dessus,  quatre  mesures  de  vin  coûtant  16  s.  6  d. 

X.  MOSSMÂIIN. 
fLa  fin  h  la  prochaine  livraison  J 


K-B 

1445—46 
p.  80 


*  Le  noble  Welschi  ou  Werner  de  Behelnheim,  qn'il  ne  faut  sans 
doute  pas  confondre  avec  un  stetlmester  du  même  nom,  révoqne  en 
1427,  figure  dans  les  listes  des  magistrats  de  1445  à  1453. 

M«ahow«.  "  Zaprfancriu  Tciito  Badar  ft  Ci*. 


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LA  DISSOLUTION 

OB 

L'ORDRE  DES  JÉSUITES 

EN  ALSACE 

Suite  et  fin*. 


Collège  d'Ensisheim. 

Le  collège  d'Ënsisheim,  qui  comptait  plus  de  deux  siècles 
d'existence,  fut  supprimé,  et  il  ne  se  trouva  personne  qui 
protestât  contre  cette  suppression.  Il  était  dédié  à  saint 
Erhard,  et  avait  été  fondé  en  1551  sous  le  nom  de  séminaire 
par  MaximUien,  archiduc  d'Autriche,  «  pour  opposer,  par  le 
bienfait  d'une  éducation  catholique,  une  barrière  aux  progrès 
de  l'hérésie.  »  Ce  prince  y  avait  créé  cinq  chaires,  où  l'on 
enseignait  la  religion  et  les  lettres  jusqu'en  rhétorique  inclu- 
sivement; les  régents  appartenaient  en  partie  au  clergé  sécu- 
lier et  en  partie  à  l'état  civil.  Les  régents  de  cet  établissement 
s'étant  insensiblement  relâchés  et  ayant  cessé  de  répondre  à 
l'attente  de  l'autorité  et  des  familles,  l'archiduc  Léopold  d'Au- 
triche, évêque  de  Strasbourg,  et  la  régence  d'Ënsisheim  s'en- 
tendirent facilement  pour  appeler  dans  cette  ville  une  colonie 
de  Jésuites  de  Fribourg,  et  lui  confier  l'instruction  et  l'éduca- 
tion de  la  jeunesse.  Le  SI  mai  1614,  un  accord  fut  conclu 
avec  la  maison  de  Fribourg,  et  le  9  février  de  l'année  d'après, 
les  Jésuites  de  cette  ville  prirent  possession  des  bâtiments  du 

4-  Année.  —  Nonrelle  Série.  28 


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434  REVUE  D' ALSACE 

séminaire  ainsi  que  de  la  chapelle  de  Saint-Erhard.  Cç  nouvel 
établissemeut  fut  confirmé  en  1617  par  une  bulle  du  pape 
Paul  V.* 

Le  grand  nombre  de  familles  nobles  et  de  distinction  qui 
demeuraient  alors  à  Ënsisheim,  et  les  officiers  de  la  Régence 
virent  avec  la  plus  vive  satisfaction  Tinstruction  et  Téducatiou 
de  leurs  enfants  remises  à  cette  savante  corporation.  Le  nou- 
vel établissement  fut  doté,  par  l'empereur  Mathias  et  l'archi- 
duc Léopold,  de  beaux  bénéfices  qui  devaient  servir  à  l'entre- 
tien des  professeurs.  G  étaient,  outre  plusieurs  belles  fermes 
et  de  beaux  corps  de  biens,  l'ancienne  abbaye  bénédictine  de 
Valdieu  (GotleslhalJ,  située  dans  le  canton  de  Dannemarie,  et 
qui  avait  été  fondée  en  1245,  grâce  aux  libéralités  de  Thié- 
baut,  comte  de  Ferrette. 

S**  Le  prieuré  de  Walbach,  situé  dans  le  canton  de  Landser. 

3°  Le  prieuré  de  Froide-Fontaine  (Kaltenbrunn),  situé  non 
loin  de  Délie,  et  qui  n'était  d'abord  qu'une  cour  (Curtis  quœ 
vocaiur  frigidus  Fons)  *  qu'Ermentrude,  fille  de  Guillaume 
comte  de  Bourgogne,  avait  donnée  en  1105  à  l'abbaye  de 
Cluny.' 

4*"  Le  prieuré  de  Saint-Nicolas-des-Bois  situé  dans  la  vallée 
de  Belval  près  de  l'ancien  château  de  Rougemont,  et  fondé  en 
1193  par  Renaud  de  Montbéliard,  comte  de  Bar,  et  Frédéric, 
comte  de  Ferrette,  son  frère.  Ces  comtes  le  donnèrent  en  1198 
à  l'abbaye  de  Molesme  de  l'ordre  de  Citeaux,  en  Champagne; 
les  bâtiments  en  furent  totalement  détruits  pendant  la  guerre 
de  Trente  ans. 

5°  Et  la  chapelle  de^Sainte-Marie-Madeleîne,  située  à  une 
demi-lieue  de  distance  du  prieuré  de  Saint-Nicolas-des-Bois. 


^  Mbrgklen,  Histoire  de  la  ville  d* Ënsisheim,  t.  II,  p.  195. 

'  Trouillat,  Monument  de  l'histoire  de  V ancien  évêcké  de  Bâle,  t.  I, 
p.  221. 

*  Froide-Fontaine  et  Valdieu  demeurèrent  au  collège  de  Golmar,  après 
la  dissolution  des  Jésuites. 


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DISSOLUTION  DE  L'OBDRB  DES  JÉSUITES  435 

La  princesse  Claudia  de  Médicis,  veuve  de  Léopold,  archi- 
duc d'Autriche,  confirma  en  1636  toutes  ces  dotations  au  col- 
lège d'Ensisheim  et  lui  en  fit  de  nouvelles  pour  l'entretien  de 
vingt-quatre  personnes. 

Les  lettres  de  confirmation  furent  enregistrées  à  la  Régence 
d'Ënsisheim. 

Après  la  réunion  de  TAlsace  à  la  France,  Louis  XIV  rem- 
plaça en  1659  les  Jésuites  allemands  par  des  Jésuites  français 
de  la  province  de  Champagne,  et  confirma  à  ceux-cî,  par  un 
brevet  du  12  août  1661,  tous  les  biens  et  tous  les  privilèges 
qui  avaient  été  concédés  au  collège  d'Ënsisheim.  De  concert 
avec  le  souverain  pontife,  il  leur  attribua  encore  le  prieuré 
de  Feldbach,  près  de  Ferrette.  Ce  prieuré  avait  été  fondé  vers 
1144  par  Frédéric  I",  comte  de  Ferrette,  et  soumis  à  l'abbaye 
de  Cluny.* 

La  rente  de  ces  dotations  faisait  un  chiffre  total  de  dix  à 
dous^  mille  livres  par  an,  et  le  collège  en  fut  en  possession 
jusqu'à  sa  suppression;  ce  n'est  pas  sans  raison  queSchœpflin, 
en  parlant  de  ce  collège,  l'appelle  :  <  Splendidissimum  Jesuita- 
rum  coUegivm  a  MaximiUano  Ensishemii  institutfém.  i 


Collège  de  Colmax. 

Le  collège  de  Colmar  était  une  succursale  de  celui  d'Ënsis- 
heim; il  avait  été  fondé  en  1627  par  une  colonie  de  Jésuites 
de  cette  ville  et  autorisé  en  1698  par  le  roi  Louis  XIV.  L'é- 
glise et  les  bâtimenta  du  prieuré  de  Saint-Pierre  furent 
aJDTectés  à  cet  établissement  avec  1000  livres  de  pension  que 
la  ville  de  Colmar  était  tenue  de  lui  payer  sur  les  revenus  du 
prieuré  qui  lui  avaient  été  concédés.  Ces  revenus  s'élevaient 

^  Après  la  dissolation  des  Jésaites,  Feldbach  revint  à  l'ordre  de 
Clony. 


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436  REVUE  D'ALSACE 

dans  les  moindres  années  à  9  ou  10,000  livres,  mais  dans  les 
meilleures  il  rapportait  de  15  à  16,000  livres  de  rentes.  Cet 
établissement  était  dirigé  par  huit  religieux  au  moment  de  la 
suppression  de  Tordre. 

Comme  Colmar  était  la  capitale  de  la  Haute- Alsace  et  le 
siège  du  Conseil  souverain,  et  qu'il  y  avait  dans  cette  ville  an 
grand  nombre  de  familles  qui  ressentaient  le  besoin  de 
donner  à  leurs  enfants  Tinstruction  secondaire,  le  collège  de 
cette  ville  fut  maintenu  par  lettres  patentes  du  roi  Louis  XV, 
du  6  septembre  1765,  et  agrégé  (à  l'Université;  on  y  établit 
un  cours  complet  d'études,  de  sorte  qu'il  fut  élevé  au  rang 
d'un  collège  de  plein  exercice  dirigé  par  douze  prêtres. 
Comme  ses  revenus  étaient  insuffisants  pour  subvenir  à  tous 
les  besoins  créés  par  sa  nouvelle  position,  on  lui  réunit  les 
biens  et  les  revenus  du  collège  supprimé  d'Ensisbeim,  les 
ornements  et  les  vases  sacrés  ;  le  mobilier  et  la  riche  biblio- 
thèque de  cet  établissement  lui  furent  transférés  et  concédés. 
Pour  augmenter  sa  dotation,  on  lui  fit  même  don  du  produit 
de  la  vente  de  la  pharmacie. 

Le  personnel  de  la  maison  d'Ensisbeim  et  de  ses  succur- 
sales se  composait  alors  de  23  pères  etde  H  frères;  *  plusieurs 
d'entre  eux  se  retirèrent  dans  la  suite  à  Porrentruy,  en  Suisse. 

Les  vastes  et  beaux  bâtiments  du  collège  d'Ensisbeim  res- 
tèrent vides  et  abandonnés,  mais  en  1778,  ils  furent  appropriés 
à  un  dépôt  général  de  mendicité,  et  servent  depuis  1811  de 
maison  centrale  de  détention. 


Collège  de  Boufflioh. 
Le  collège  de  Rouffach  subit  le  sort  de  celui  d'Ensisbeim. 

^  Archives  de  la  Basse-Alsace,  C.  343. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  437 

Six  pères  s'y  vouaient  à  l'instruction  delà  jeunesse;  ils  durent 
se  soumettre  à  la  volonté  du  roi,  et  abandonner  cette  ville. 

Cet  établissement  avait  été  fondé  par  les  Jésuites  de  Schle- 
stadt  dans  l'ancien  prieuré  de  Saint-Valentin,  que  les  Bénédic- 
tins avaient  abandonné,  et  dont  l'archiduc  Léopold  d'Autriche 
leur  avait  fait  don,  avec  tous  les  biens  et  revenus  y  attachés, 
par  acte  du  27  août  1616.  Cette  donation  leur  avait  été  con- 
firmée par  une  bulle  du  pape  Paul  V,  du  mois  de  février 
1618,  et  par  lettres  patentes  du  roi  de  France  Louis  XIII  du 
mois  de  juin  1638.^ 

La  gestion  des  biens  et  revenus  des  collèges  de  Haguenau, 
de  Schlestadt  et  de  Rouffacb  fut  confiée  à  un  bureau  ou  Con- 
seil d'administration  commun  aux  trois  établissements  sup- 
primés. Le  bureau  était  composé  du  premier  officier  de  la 
justice  royale  ou  seigneuriale  de  l'une  de  ces  trois  villes,  d'un 
ecclésiastique  délégué  par  l'évêque,  d'un  membre  du  ministère 
public,  de  deux  officiers  municipaux,  de  deux  bourgeois  nota- 
bles et  d'un  receveur.  La  présidence  en  était  dévolue  à  l'offi- 
cier de  justice.^ 

Le  receveur  tenait  une  comptabilité  connexe  pour  les  trois 
établissements  ;  tous  les  ans  il  rendait  un  compte  général  et 
un  compte  particulier  de  la  recette  et  de  la  dépense. 

Livres  S.         D. 

Celui  de  l'an  1775  émarge  une  recette  de  94,272  »  8 
et  une  dépense  de 30,268      .       10 

Partant  un  boni  de 64,003     19    10* 

Les  biens  de  ces  trois  maisons  furent  déclarés  nationaux 
par  la  loi  du  28  octobre  1790,  et  vendus  en  partie  pendant  la 
Révolution. 


^  Archives  de  la  Basse-Alsace,  D.  206. 
'  Là  même,  G.  343. 
•  Là  même,  D.  181. 


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438  REVUE  d'alsace 

Prieuré  d'Œlenberg. 

L'ancien  monastère  d'Œlenberg,  situé  à  proximité  de 
Reiningen  dans  l'ancien  Sundgau,  a^ait  été  fondé  pour  des 
chanoines  réguliers  de  Tordre  de  Saint- Augustin,  par  la  com- 
tesse Heilwige  de  Dagsbourg,  mère  du  pape  saint  Léon  IX. 
Il  relevait  immédiatement  de  la  Cour  de  Rome.  Le  saint  pape 
consacra  l'église  de  ces  pieux  chanoines  et  augmenta  consi- 
dérablement leurs  biens.  En  1531,  ce  monastère  fut  livré  au 
clergé  séculier,  et  en  1618,  il  fut  incorporé  au  collège  des 
Jésuites  de  Fribourg,  et  passa  après  la  paix  de  Westphalie 
à  celui  d'Ensisheim.*  Pendant  la  Révolution,  cette  maison  fut 
vendue  comme  bien  national;  elle  a  été  acquise  en  1835  par 
les  religieux  de  la  Trappe,  qui  y  ont  fondé  un  couvent  de  leur 
ordre. 

Couvent  de  Saint-Ulrioh. 

Le  monastère  de  Saint-Ulrich,  sur  la  Larg,  était  dans  l'ori- 
gine une  maison  de  chanoines  réguliers  de  l'ordre  de  Saint- 
Augustin,  qui  paraît  avoir  été  fondée  vers  1260  par  Ulrich  I, 
comte  de  Ferrette.  L'empereur  Rodolphe  II  le  donna  en  1587 
avec  tous  ses  revenus  au  collège  des  Jésuites  de  Fribourg* 
A  la  paix  de  Westphalie,  les  Jésuites  d'Ensisheim  remplacèrent 
ceux  de  Fribourg  dans  la  possession  de  ce  prieuré.  Après  la 
dissolution  des  Jésuites,  Saint-Ulrich  et  Œlenberg  furent 
rendus  à  l'Université  de  Fribourg. 


Prieuré  de  Saint^Morand. 
Le  prieuré  de  Saint-Morand  près  d'Altkirch,  de  la  congré- 

*  RÔHRiCH,  Les  Jésuites  en  Alsace.  (Revue  protestante  des  écoles,  année 
1840,  p.  6.) 

*  Archives  de  la  Haute-Alsace,  C.  423. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  439 

gation  de  Clany,  fut  fondé  par  Frédéric,  comte  de  Ferrette,  au 
commencement  du  XII*  siècle,  et  à  la  prière  de  ce  seigneur, 
saint  Hugues,  abbé  de  Ciuny,  y  envoya  un  jeune  religieux 
nommé  Morand,  d'une  des  premières  fomilles  des  Gaules, 
avec  quelques  religieux  pour  peupler  le  nouveau  monastère, 
que  son  fondateur  enrichit  de  ses  libéralités.  Dans  l'origine  ce 
prieuré  portait  le  nom  d'Altkirch,  parce  qu'il  était  établi  près 
d'une  ancienne  église  que  la  tradition  fait  remonter  aux  pre- 
miers temps  du  christianisme,  et  qui  étaitplacée  sous  le  voca- 
ble de  saint  Christophe.  Deux  cents  ans  après  le  décès  de 
saint  Morand,  qu'on  vénère  comme  le  patron  du  Sundgau,  ce 
couvent  changea  de  nom  et  prit  celui  de  Saint-Morand.  L'em- 
pereur Rodolphe  II  l'incorpora  en  1587  au  collège  des  Jésuites 
de  Fribourg^  qui  n'entrèrent  en  possession  qu'en  1621, 
époque  à  laquelle  l'archiduc  Léopold,  frère  de  l'empereur 
Ferdinand  II,  leur  en  fit  une  nouvelle  donation.  Dans  l'inter- 
valle le  prieuré  était  considéré  comme  un  simple  bénéfice 
dont  les  archiducs  d'Autriche  disposaient  en  faveur  de  leurs 
créatures. 

Depuis  son  incorporation  au  collège  de  Fribourg,  l'église  de 
Saint-Morand  était  toujours  desservie  par  un  supérieur  qui 
avait  sous  ses  ordres  deux  ou  trois  religieux. 

Cette  incorporation  rencontra  la  plus  vive  opposition  de  la 
part  de  l'abbé  de  Cluny,  chef  de  la  congrégation  de  ce  nom,  qui 
prétendait  que  le  monastère  de  Saint-Morand  appartenait 
aux  Bénédictins  de  son  ordre,  et  que  la  maison  d'Autriche 
n'avait  pas  le  droit  d'en  disposer;  il  intenta  même  à  la  maison 
des  Jésuites  de  Fribourg  un  procès  qui  n'était  pas  encore 
jugé,  lorsque  la  paix  de  Westphalie,  conclue  en  1648,  amena 
la  réunion  de  l'Alsace  à  la  couronne  de  France.  Les  Jésuites 
d'Ënsisheim  avaient  remplacé  ceux  de  Fribourg  dans  la  pos- 
session du  prieuré  de  Saint-Morand.  Dans  les  premières 

^  Archives  de  la  Haute-Alsace^  C.  423. 


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4U)  RBYUE  D*ALSâCB 

années  qui  suivirent  le  traité  de  paix,  le  R.  P.  Antoine  Weîn- 
hard^  recteur  du  collège  d'Ensisheim,  se  plaignit  de  ce  que  le 
P.  Willeaume,  vicaire  général  de  l'étroite  observance  de  Quny, 
c  rinquiétait  tant  en  jugement  que  dehors  >  au  sujet  des 
prieurés  situés  dans  la  Haute- Alsace,  que  le»  archiducs  d'Au- 
triche avaient  conférés  et  donnés  aux  Jésuites.* 

D.  Willeaume,  dans  les  facturas  qu'il  publia  et  qu'il  pré- 
senta au  Conseil  du  roi,  accusa  les  Jésuites  d'une  complication 
de  menées,  de  fourberies,  de  calomnies,  de  violences,  de  spo- 
liations de  reliques,  titres,  ornements  et  meubles  ;  on  y  voit  la 
ruine  de  ces  bénéfices,  à  mesure  qu'ils  passaient  par  leurs 
mains  ;  des  surprises  faites  au  pape,  à  l'archiduc  Léopold  qui 
leur  était  livré,  au  roi  de  France,  et  les  manœuvres  les  plus 
odieuses  pour  corrompre  les  juges  et  les  témoins.  Les  efforts 
de  D.  Willeaume  ne  furent  pas  couronnés  de  succès  ;  il  perdit 
sa  cause,  et  le  R.  P.  Weinhard  parvint  à  obtenir  des  gouver- 
neur, président  et  conseillers  établis  à  Brisach  pour  exercer 
en  Alsace  le  pouvoir  judiciaire  dans  toute  sa  plénitude,  le 
21  avril  1654,  une  décision  qui  maintint  le  collège  d'Ensis- 
heim  dans  la  possession  des  bénéfices  qui  avaient  été  concédés 
dans  l'origine  aux  Jésuites  de  Fribourg.  A  l'appui  de  leur 
décision,  les  conseillers  du  roi  constatèrent  que  <  la  maison 
d'Autriche,  comme  prince  souverain  de  la  Haute  et  Basse- 
Alsace,  avait  acquis  le  droit  de  patronage  et  d'advocatie  sur 
tous  les  prieurés  et  commendes  de  cette  nature,  qu'elle  en 
avait  disposé  suivant  sa  volonté  depuis  plus  d'un  siècle, 
sans  avoir  eu  pour  cela  recours  à  aucun  général  ou  supé- 
rieur d'ordre,  que  même  dans  la  distribution  et  collation 
des  dits  bénéfices,  elle  n'avait  eu  aucun  égard,  si  les  pour- 
vus étaient  sujets  de  l'ordre  ou  non,  mais  avait  eu  unique- 
ment en  vue  que  ces  bénéfices  fussent  employés  à  de  pieux 


*  Archives  de  la  Basse- Alsace,  D.  206. 


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DISSOLUTION  DE  L'oRDRE  DES  JÉSUITES  441 

«  usages;  selon  qae  le  bien  de  la  province  semblait  Texi* 
«  ger.*  » 

Quelque  temps  plus  tard  les  Jésuites  eurent  un  nouveau 
procès  à  soutenir  contre  J.  G.  Gœtzmann,  bailli  de  Ferrette, 
au  sujet  d*un  fermage  qu'il  exigeait  d'eux  à  Saint-Morand. 
Mais  la  Régence  de  Brisach  prescrivit  en  1657  au  bailli  de  ne 
pas  troubler  les  RR.  PP.  dans  la  jouissance  des  droits  attachés 
à  leurs  colonges.* 

Afin  que  les  Jésuites  d'Ënsisheim  ne  fussent  plus  troublés 
par  les  Bénédictins  deCluny  ou  d'autres  religieux  qui  avaient 
été  anciennement  en  possession  des  bénéfices  qui  leur  avaient 
été  concédés,  le  roi  Louis  XIV  leur  donna  en  1661  un  brevet, 
pour  les  maintenir  dans  leurs  possessions,  et  demanda  lui- 
même  au  pape  Alexandre  VII  des  bulles  d'union  que  le  saint 
Père  fit  expédier  en  1662,  et  qui  furent  fulminées  et  publiées 
dès  Tannée  d'après.^ 

En  17841e  roi  Louis  XV  céda  les  revenus  du  prieuré  au 
cardinal  Armand-Gaston  de  Rohan,  évêque  de  Strasbourg, 
mais  les  Jésuites  surent  se  maintenir  dans  leur  possession. 
En  1761,  lorsque  leur  étoile  commençait  à  pâlir,  Dom  Tirode, 
religieux  de  l'ordre  de  Cluny,  se  fit  pourvoir  en  Cour  de  Rome 
du  prieuré  de  Saint-Morand;  il  en  résulta  un  procès,  d'abord 
contre  les  Jésuites,  puis,  après  leur  suppression,  contre  les 
administrateurs  du  collège  de  Fribourg.  Le  26  mars  intervint 
un  arrêt  du  Conseil  des  dépêches,  qui  déclara  n'y  avoir  abus 
dans  les  provisions  de  Dom  Tirode,  et  garda  l'abbé  de  Cluny 
au  droit  de  nomination  au  prieuré  de  Saint-Morand.*  C'est 
ainsi  que  ce  prieuré  revint  à  l'ordre  de  Cluny. 

Le  cloître  de  Saint-Morand  subit  en  1752  une  restauration 


^  Db  la  Grangb,  Mémoire  manuscrit  de  VEtat  de  V Alsace. 
*  Archives  de  la  Basse- Alsace,  G.  366. 
"  Merklbn,  Histoire  d*Ensisheim,  t.  II,  p.  197. 
^  M.  Hanaaer,  le  prieuré  de  Saint-Morand^  {Revue  catholique  d'Alsac$ 
de  1862,  p.  10). 


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442  REVUE  d'alsace 

totale;  vendu  comme  domaine  national  pendant  la  Révolution, 
ce  vaste  bâtiment  est  devenu  la  propriété  de  la  ville  d'Âltkîrch 
en  1827.  Le  département  du  Haut-Rhin  y  a  placé  le  dépôt  des 
enfants  trouvés  et  des  orphelins  pauvres.  Le  site  riant  au 
milieu  duquel  ce  bâtiment  s'élève,  en  fait  un  des  plus  beaux 
établissements  hospitaliers  de  l'Alsace.* 

M.  Lagrange,  dans  son  mémoire  sur  l'Alsace,  rapporte  que 
Farchiduc  Léopold  avait  annexé  et  incorporé  plusieurs  prieurés 
au  collège  d'Ënsisheim.  Toutes  ces  fondations,  dit-il,  peuvent 
aller  à  10,000  ou  12,000  livres  de  rente. 

Le  Parlement  de  Paris,  lorsqu'il  enregistra  le  !•'  décembre 
1764  redit  du  mois  de  novembre,  qui  abolissait  la  Société  de 
Jésus,  avait  renchéri  sur  la  rigueur  des  dispositions  qu'il  con- 
tenait et  avait  ordonné  que  les  ci-devant  Jésuites  seraient 
tenus  de  résider  dans  les  diocèses  de  leur  naissance.  A  peine 
deux  années  s'étaient-elles  écoulées  que,  jugeant  que  les  dis- 
positions qu'il  avait  ajoutées  à  l'édit  du  roi  n'étaient  pas  assez 
rigoureuses,  il  rendit  le  9  mai  1767  un  arrêt  qui  déclarait 
les  Jésuites  publics  et  secrets  ennemis  de  toute  puissance  et 
de  toute  autorité  légitime  de  la  personne  des  souverains  et  de 
la  tranquillité  des  Etats,  et  enjoignit  à  tous  les  membres  delà 
Société  de  sortir  du  royaume  dans  le  délai  de  quinzaine,  n'ex- 
ceptant de  l'ostracisme  que  ceux  qui,  dociles  aux  arrêts  des 
6  août  1762  et  22  février  1768,  avaient  prêté  le  serment  pres- 
crit. La  formule  de  ce  sermentest  très  étendue  ;  on  y  remarque 
entre  autres  engagements,  celui  de  ne  jamais  correspondre 
avec  aucun  membre  de  la  Société  résidant  en  pays  étranger, 
et  de  combattre  en  toute  occasion  la  morale  pernicieuse  qu'on 
attribuait  à  la  Société. 

Enfin  le  pape  Clément  XIV  se  joignit  aux  princes  temporels 
pour  frapper  cette  Société,  et  déclara  le  21  juillet  1778  cet 


^  M.  GouTZWiLLER,  Notlce  sur  la  ville  d'Âltkirch,  dans  \sl  Revue  d'Alsace, 
année  1850,  p.  415. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  443 

ordre  célèbre  anéanti  et  supprimé  dans  toute  la  chrétienté  par 
un  bref  accueilli  à  la  fois  par  l'admirable  résignation  des  vic- 
times et  la  joie  délirante  de  leurs  ennemis. 

Les  Jésuites  se  dispersèrent,  mais  ils  étaient  toujours  prêts 
à  se  réunir  au  moindre  signal,  et  conservèrent  dans  leur  iso- 
lement l'espoir  de  se  rétablir  malgré  l'esprit  du  siècle. 

L'état  des  pensions  payées  en  Alsace  aux  Jésuites,  tant 
prêtres  que  frères,  depuis  le  1*'  octobre  1766  au  80  sep- 
tembre 1767,  émarge  une  somme  de  22,150  livres,  et  comme 
la  mort  ne  tarda  pas  à  produire  un  grand  vide  dans  leurs 
rangs,  le  roi  Louis  XV  résolut  d'augmenter  les  pensions  des 
plus  âgés  d'entre  eux,  et  ordonna,  par  arrêt  du  Conseil  d'Etat 
du  18  août  1773,  que  cette  augmentation  serait  de  50  livres 
pour  le  Jésuite  âgé  de  60  ans,  de  100  livres  pour  celui  qui 
aurait  atteint  l'âge  de  70  ans,  et  de  200  livres  pour  celui  qui 
serait  âgé  de  80  ans.^ 

Un  édit  du  roi  Louis  XVI,  donné  à  Versailles  et  registre  au 
Parlement  de  Paris,  le  13  mai  1777,  vint  compléteras  dispo- 
sitions prises  à  l'égard  des  Jésuites.'  Il  leur,  permit  de  conti- 
nuer de  vivre,  comme  simples  particuliers,  sous  l'autorité 
spirituelle  des  Ordinaires,  mais  il  leur  défendit  de  se  réunir 
plusieurs  ensemble  en  société,  sous  quelque  prétexte  que  ce 
fût,  d'avoir  ni  d'entretenir  aucun  commerce  ni  aucune  corres- 
pondance avec  les  étrangers  qui  auraient  été  de  la  Société, 
surtout  avec  ceux  qui  y  auraient  eu  quelque  autorité.  Il  leur 
interdit  les  fonctions  de  supérieurs  de  séminaires,  de  Régents 
dans  les  collèges,  ainsi  que  toutes  celles  relatives  à  l'éducation 
publique  ;  il  leur  permit  cependant  les  fonctions  de  curés  et 
de  vicaires,  mais  dans  les  campagnes  seulement. 

L'arrêt  d'enregistrement  ordonna  en  outre  qu'ils  ne  pour- 
raient  être  pourvus  de  bénéfices,  sans  au  préalable  avoir  fait 
la  soumission  de  maintenir  et  de  professer  les  libertés  de  l'E- 

*  Archives  de  la  Basse- Alsace,  C.  343. 

*  Jordan,  Ordonnances  des  Bourbons,  règne  de  Louis  XVI,  t.  III,  p.  1. 


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444  BEVUE  d'alsage 

glise  gallicane,  et  notamment  les  quatre  articles  de  la  déclara- 
tion de  1682. 

Le  Parlement  ajouta  encore  d'autres  conditions,  notamment 
celle  de  se  retirer  dans  les  diocèses  de  leur  naissance,  et  de 
ne  pouvoir  résider  ailleurs. 

Mais  Louis  XVI  trouva  que  cette  disposition  était  trop 
rigoureuse  et  qu'elle  allait  au  delà  de  ses  intentions  exprimées 
dans  son  édit  de  mai  1777;  il  en  donna  le  3  juin  une  décla- 
ration interprétative,. qui  fut  enregistrée  le  10  sans  modifica- 
tion. Le  roi  y  rappela  que  la  Société  de  Jésus  ayant  été  anéan- 
tie dans  tous  les  Etats  catholiques  de  l'Europe  par  un  con- 
cert unanime  de  toutes  les  puissances,  elle  ne  pouvait  plus  être 
rétablie  ;  que  les  ecclé^siastiques  qui  en  faisaient  partie,  pour- 
raient, ainsi  que  les  autres  ecclésiastiques  séculiers  du  royaume, 
résider  hors  du  diocèse  de  leur  naissance,  lorsqu'ils  en  auraient 
obtenu  la  permission  de  leur  évêque  ;  qu'ils  pourraient  pos- 
séder toutes  dignités,  canonicats  et  prébendes  dans  les  cathé- 
drales et  collégiales,  autres  néanmoins  que  celles  qui  avaient 
charge  d'âmes  ou  dont  les  fonctions  étaient  relatives  à  l'édu- 
cation publique.  Ceux  d'entre  eux  qui  voudraient  exercer  les 
fonctions  de  vicaires  dans  les  paroisses  de  campagne,  étaient 
astreints  préalablement  à  faire  leur  soumission,  de  se  confor- 
mer à  l'éditde  novembre  1764,  àl'édit  du  mois  de  mai  1777 
et  à  la  déclaration  interprétative,  et  de  maintenir  et  de  pro- 
fesser les  libertés  de  l'Eglise  gallicane. 

L'Assemblée  constituante  traita  les  Jésuites  comme  les 
autres  religieux  supprimés.  Le  décret^des  19-26  février  1790 
dit  que  les  ci-devant  Jésuites  résidant  en  France  recevront  un 
complément  qui  rende  leur  revenu  égal  à  celui  qui  est  accordé 
aux  autres  religieux  de  la  même  classe.  Personne  n'ignore 
que  le  pape  Pie  VII  retira  et  annula  par  sa  bulle  du  7  août 
1814,  le  bref  de  Clément  XIV,  relatif  à  la  suppression  des 
Jésuites,  réintégra  leur  ordre  dans  tous  ses  droits,  et  le  recom- 
manda à  tous  les  potentets,  tant  séculiers  qu'ecclésiastiques. 


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DISSOLUTION  DE  L'OBDEE  DES  JÉSUITES  445 

ETAT  DES  JÉSUITES 

tant  pères  que  frères,  résidant  en  Alsace  depuis  la  dissolution  de  la 
Société,  et  recevant  une  pension  en  4765. 


Collège  de  Strasbourg. 

Jean-Louis  Willesme,  recteur  du  collège,  âgé  de  60  ans, 
né  à  Sedan. 

Jean-Baptiste  Magnière,  âgé  de  66  ans,  né  à  Dan. 

François-Joseph  Jost,  âgé  de  78  ans,  né  à  Thann  (Haute- 
Alsace). 

Jacques-Antoine  Fèvre,  âgé  de  76  ans,  né  à  Glervaux 
(Franche-Comté). 

Jean-Louis  Baussin,  âgé  de  69  ans,  né  à  Stenay. 

Louis  Nuguets,  âgé  de  65  ans,  né  à  Autun. 

Jean-Wolfgang  Eieffer,  âgé  de  61  ans,  né  à  Minversheim. 

Henri-Elisée  Scherb,  âgé  de  61  ans,  né  à  Landau. 

Antoine-Adrien-Gabriel  Gérard,  âgé  de  54  ans,  né  à  Nogent- 
le-Roy. 

Jean-Antoine  Geiger,  âgé  de  50  ans,  né  à  Bouxwiller. 

François-Ignace  Hermann,  âgé  de  52  ans,  né  à  Schlestadt. 

Pierre  Gadois,  âgé  de  52  ans,  né  à  Reims. 

Jean-Louis  Courtois,  âgé  de  53  ans,  né  à  Charleville.^ 

Charles- Valentin  Vogel,  âgé  de  45  ans,  né  à  Ensisheim. 

Hermann-Jacques  Stecher,  âgé  de  47  ans,  né  à  Haguenau. 

François- Antoine  Fuchs,  âgé  de  45  ans,  né  à  Schlestadt. 

Thiébaut  Wetterlé,  âgé  de  43  ans,  né  à  Berentzwiller 
(Haute- Alsace). 

François-Mathias  Zaepffel,  âgé  de  38  ans,  né  à  Dambach. 

^  Courtois  fut  chargé,  après  la  mort  du  P.  Oudin,  de  continuer  l'ou- 
vrage :  Bibliotheca  scriptonmi  socielatis  Jesu  ;  il  alla  à  Rome  pour  chercher 
de  nouveaux  matériaux  à  cette  bibliothèque,  et  revint  en  France,  où  il 
mourut  en  1768.  n  est  l'auteur  d'un  poème  latin,  intitulé  :  Aqua  Picota, 


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446  REVUE  D'ALSACE 

François-Joseph  BitUg,  âgé  de  36  aiis»  né  à  Gueberschwihr 
(Haute- Alsace). 

Jean  Pelletier,  *âgé  de  86  ans,  né  à  îournus. 

Jean-Baptiste  Kuennemann,  âgé  de  88  ans,  né  à  Schweig- 
hausen  (Haute-Alsace). 

François-Joseph  Siffert,  âgé  de  68  ans,  né  à  Colmar. 

François-Joseph  Sermonet,  âgé  de  48  ans,  né  à  Obernai. 

Jacques  Thomas,  âgé  de  44  ans,  né  à  Stenay. 

George-André  Hunette,  âgé  de  83  ans,  né  à  Strasbourg. 

François- Valentin  Neef,  âgé  de  61  ans,  né  à  Rienlzheim 
(Haute-Alsace). 

Pierre-Humbert  Lault,  âgé  de  49  ans,  né  à  Montigny  (Ni- 
vernais). 

Jean-Baptiste  Durosoy,  âgé  de  88  ans,  né  à  Belfort.* 

Joseph- Antoine  Hurst,  écolier  approuvé  \  âgé  de  81  ans,  né 
à  Soultz  (Haute-Alsace). 

Nicolas  Bruntz,  écolier  approuvé,  âgé  de  28  ans,  né  à 
Redersheim  (Haute-Alsace). 

Etienne  Beck,  écolier  approuvé,  âgé  de  2S  ans,  né  à  Réguis- 
heim  (Haute-Alsace). 

François-Xavier  Delevieleuse,  écolier  approuvé  en  1759, 
né  à  Thann. 

François-Ignace  Jobin,  âgé  de  35  ans,  né  à  Schlestadt. 

Eléonore  Guyon,  âgé  de  24  ans,  né  à  Faulquemont  (Lor- 
raine allemande). 

*  Durosoy  (Jean-Baptiste)  né  à  Belfort  en  1726,  docteur  et  professeur 
de  théologie  au  collège  royal  de  Colmaraprès  la  destruction  delà  Société 
des  Jésuites,  se  retira  dans  le  canton  de  Soleure,  lors  de  la  déportation 
des  prêtres  insermentés,  et  mourut  le  32  avril  1804  dans  sa  ville  natale, 
n  est  l'auteur  de  la  philosophie  sociale  et  de  plusieurs  autres  ouvrages 
qui  ont  encore  du  mérite. 

*  L'ordre  des  Jésuites  était  divisé  en  trois  degrés,  écoliers  approuvés, 
œadjuteurs  formés,  et  profès;  il  était  encore  composé  de  deux  autres 
sortes  de  personnes  :  les  frères  laïcs  ou  coadjuteurs  temporels,  et  les 
novices. 


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DISSOLUTION  DE  L*ORDRE  DES  JÉSUITES  447 

Jacques  Zimmermann,  âgé  de  23  ans,  né  à  Aspach. 

François-Joseph  Weingarten,  âgé  de  85  ans,  jié  à  Witten- 
heim  (Haute-Alsace). 

Mathias  Brousse,  âgé  de  29  ans,  né  à  Thionville. 

Thierry  Collignon,  âgé  de  81  ans,  né  à  Ollesy  (Ardennes). 

Charles  Beausson,  âgé  de  28  ans,  né  à  Nancy. 

Gaspard-Clément  Coilin,  âgé  de  29  ans,  né  à  Epinal. 

François-Remy-Plorimont-Dubois  de  Crancé,  âgé  de  27  ans, 
né  à  Châlons-sur-Marne. 

Gilbert-Etienne  de  Freraont,  âgé  de  28  ans,  né  à  Villequier, 
en  Berry. 

Raymond  Pralet,  âgé  de  80  ans,  né  à  Lons-le-Saulnier. 


Séminaire  uni  au  collège  de  Strasbourg. 

François  Schmaltz,  âgé  de  59  ans,  né  à  Eschau  (Basse- 
Alsace). 

George-Antoine  Wiemer,  âgé  de  56  ans,  né  à  Brumath. 

Jacques  Kâuflling,  âgé  de  45  ans,  né  à  Barteuheim  (Haute- 
Alsace). 

Jacques  Schmitt,  âgé  de  37  ans,  né  à  Elsenheim. 

Jacques  Steffan,  âgé  de  27  ans.  né  à  Colmar. 

François  Berge,  âgé  de  29  ans,  né  à  Délie. 


Frères  laSca  du  collège  de  Strasbourg. 

Pierre- Antoine  Bruat,  âgé  de  26  ans,  né  à  Grandvillars. 
Daniel  Petrerez,  âgé  de  86  ans,  né  à  Troppau  (Silésie). 
Romain  Jesselin,  âgé  de  64  ans,  né  à  Reiningen. 
Nicolas  Taillard,  âgé  de  66  ans,  né  à  Ernest-ia- Ville  (Cham- 
pagne). 


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448  REVUE  d'alsagb 

François  Lallemand,  ftgé  de  62  ans,  né  à  Saint-Laareat 
(Trois-Evêcbés). 

Jean-Georges  Brandner,  âgé  de  58  ans,  né  à  Andlau, 
(Basse-Alsace). 

Jean-Chrétien  Tbemons,  ftgé  de  49  ans,  né  à  Wœrth. 

Mathias  Meitersheîm,  ftgé  de  47  ans,  né  à  Meistratzheim 
(Basse- Alsace). 

Martin  Hinck,  ftgé  de  42  ans,  né  à  Ensisheim. 

Antoine-Henri  Berga,  ftgé  de  40  ans,  né  à  Sarrebourg 
(Lorraine). 

Paul  Holgen,  ftgé  de  42  ans,  né  à  Volckringen  (pays  de 
Luxembourg). 

Antoine  Mey,  ftgé  de  85  ans,  né  à  Ammerschwir. 

François-Joseph  Lelzqué,  ftgé  de  25  ans,  né  à  Ensisheim. 


Collège  de  Molaheiin. 

Pierre  Wolfif,  ftgé  de  56  ans,  né  à  Molsheina,  recteur  depuis 
six  ans. 

Adam  Lorentz,  ftgé  de  72  ans,  né  à  Baden. 

Giriaque  Kœnig,  ftgé  de  44  ans,  né  à  Molsheim. 

Jean  Klein,  âgé  de  41  ans,  né  à  Schlestadt. 

Ignace  Weisrock,  âgé  de  37  ans,  né  à  Schlestadt. 

Joseph  Schaut,  ftgé  de  34  ans,  né  à  Molsheim. 

François-Xavier  Rentz,  âgé  de  30  ans,  né  à  Schlestadt. 

François  Person,  ftgé  de  30  ans,  né  à  Molsheim. 

Nicolas  Dieterich,  ftgé  de  29  ans,  né  à  Obernai. 

Dominique  Roos,  ftgé  de  31  ans,  né  à^Schlestadt 

Et  George  Heitz,  ftgé  de  31  ans,  né  à  Emolsheim. 

Les  autres  Pères,  au  nombre  de  vingt  et  huit  frères  laïcs,  qui 
habitaient  le  même  collège,  étant  nés  étrangers,  sont  retournés 
le  1""  octobre  1765  dans  les  collèges  de  la  province  du  Haut- 
Rhin  en  Allemagne. 


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DISSOLUTION  DE  L' ORDRE  DES  JÉSUITES  449 

Collège  de  Colmar. 

François-Antoine  Groust,  âgé  de  64  ans,  né  à  Aspach. 
Laurent  Goëtlin,  âgé  de  66  ans,  né  à  Lucerne. 
Jean-Baptiste  Kauffling,  âgé  de  41  ans,  né  à  Bartenheim. 
François-Xavier  Weisroch,  âgé  de  32  ans,  né  à  Schlestadt. 
Jean  Schœtzel,  âgé  de  27  ans,  né  à  Colmar. 
Jean-Henri  Guyon,  âgé  de  28  ans,  né  à  Bartenheim  (Haute- 
Alsace). 

Frères  laïcs  du  collège  de  Colmar. 

Antoine  Minery,  âgé  de  42  ans,  né  à  Réguisheim  (Haute- 
Alsace). 
Urs  Pincke,  âgé  de  37  ans,  né  à  Lundorf. 


Collège  d'Ensisheim^ 

Jacques  Bittel,  âgé  de  65  ans,  né  à  Luxembourg. 

Philippe  Rose,  âgé  de  43  ans,  né  à  Zillisheim. 

Jean-Baptiste  Lefebvre,  âgé  de  88  ans,  né  à  Reims. 

Pierre  Foynet,  âgé  de  85  ans,  né  à  Chably  (Evêché  de 
Langres). 

Ignace  Bagassin,  âgé  d«  71  ans,  né  à  Porrentruy. 

Jacques  Gruesard,  âgé  de  67  ans,  né  à  Metz. 

Jean-Joseph  Lichtlé,  âgé  de  67  ans,  né  à  Gueberschwihr. 

Joseph  Eieffer,  âgé  de  51  ans,  né  à  Minwersheim. 

Pierre  Xavier  Henry,  âgé  de  56  ans,  né  à  Langres. 

François-Joseph  Humb,  âgé  de  46  ans,  né  à  Belfort. 

François-Laurent  Merandet,  âgé  de  41  ans,  né  à  Belfort. 

Dominique  Kuhn,  âgé  de  42  ans,  né  à  Haguenau. 

Martin  Dietmann,  âgé  de  42  ans,  né  à  Emlingen  (Haute- 
Alsace). 

4"»  Âonée.  —  Nouvelle  Séile.  "^ 


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450  REVUE  d'alsaoe 

François-JcN9eph  Brodhag,  âgé  de  42  ans,  né  à  Ottmarsheim 
(Haute- Alsace). 
Ignace  Franck,  âgé  de  40  ans,  né  à  Offenbourg. 
Mathias  Gsell,  âgé  de  39  ans,  né  à  Eaysersberg. 
Jean-Baptiste  Disberger,  âgé  de  86  ans,  né  à  Golmar. 
Pierre  Baudoin,  âgé  de  86  ans,  né  à  Masscourt  (diocèse  de 


Damien  Gouget,  âgé  de  8t  ans,  né  à  Neukîrch  (diocèse 
de  Metz). 

Adam  Metzler,  âgé  de  86  ans,  né  à  Orbe,  près  de  Mayence. 

Jean-Joseph  Zœpfifel,  âgé  de  40  ans,  né  à  Scherwîller. 

Jean-Baptiste  Decker,  âgé  de  80  ans,  né  à  Rœser,  près  de 
Trêves. 

Jean-Melchior  Gendre,  âgé  de  26  ans,  né  à  Fribourg 
(Suisse). 


Frères  laïcs  du  collège  d'Ensishexin. 

Jean-Toussaint  Morel,  âgé  de  69  ans,  né  à  Rupt  (diocèse 
de  Toul). 

Jacques  Fels,  âgé  de  70  ans,  né  à  Lupstein,  prèsdeSaveme. 

Jean  Rouget,  âgé  de  56  ans,  né  à  Aire,  près  de  Reims. 

Thomas  Roux,  âgé  de  51  ans,  né  à  Ghaumont. 

Jean-Michel  Burchard,  âgé  de  44  ans,  né  à  Gueberschwibr 

Jacques  Royer,  âgé  de  44  ans,  néà  Ogny  (Franche-Comté). 

Jean-Pierre  Normann,  âgé  de  87  ans,  né  à  Echternach, 
(Electorat  de  Trêves). 

Jacques  Kirsch,  âgé  de  87  ans,  né  à  Euntzig  (Electorat  de 
Trêves). 

Rodolphe  Fautsch,  âgé  de  80  ans,  né  à  Cemay. 
Jean  Barré,  âgé  de  81  ans,  né  à  Blenot  (diocèse  de  Toul). 
Nicolas  Vathier,  âgé  de  27  ans,  né  à  Saint-Maurice-sous- 
les-Côtes  (diocèse  de  Toul). 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDBB  DES  JÉSUITES  451 

Collège  de  Haffuenan. 

Ignace  Vœgelin,  âgé  de  48  ans,  né  à  Molsheim. 

Jacques  Bœgert,  âgé  de  79  ans,  né  à  Kaysersberg. 

Charles  Meyer,  âgé  de  40  ans,  né  à  Mutzig. 

Urbain  WoUeber,  âgé  de  40  ans,  né  à  Obernai. 

Ignace  Beck,  âgé  de  SI  ans,  né  à  EbersmQnster. 

George  Geiser,  âgé  de  26  ans,  né  à  Lausanne. 

Antoine  Kirn,  âgé  de  40  ans,  né  à  Molsheim. 

Les  autres  pères,  au  nombre  de  six  et  trois  frères  laïcs,  nés 
étrangers,  qui  habitaient  le  collège,  sont  allés  en  Allemagne 
dans  des  maisons  de  leur  ordre. 


Collège  de  Schlestadt. 

François  Schaumas,  recteur,  âgé  de  60  ans,  né  à  Obernai. 
Jean  Dieffinger,  âgé  de  52  ans,  né  à  Dambach. 
Antoine  Kûtterer,  âgé  de  SO  ans,  né  à  Molsheim. 
Jean  Bouvier,  âgé  de  30  ans,  né  à  Nancy. 
François  Schauffler,  âgé  de  26  ans,  né  à  Molsheim. 
Joseph  Relier,  âgé  de  43  ans,  né  à  Dangolsheim. 
Ignace  Schaal,  âgé  de  33  ans,  né  à  Molsheim. 
Les  autres  pères,  au  nombre  de  sept  et  cinq  frères  qui  habi- 
taient le  collège,  étant  nés  étrangers,  sont  allés  en  Allemagne. 


Collège  de  fionflkdL 

Ignace  Marloch,  âgé  de  60  ans,  né  à  Schlestadt. 
François  Famer,  âgé  de  74  ans,  né  à  Molsheim. 
George  Bœgert,  âgé  de  59  ans,  né  à  Schlestadt. 
Ignace  Steffern,  âgé  de  45  ans,  né  à  Schlestadt. 


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452  REVUE  d' ALSACE 

Joseph  Scheideck,  âgé  de  54  ans,  né  à  Niedernaiorschwihr, 
frère  laïc. 

Florent  Kalcb,  âgé  de  45  ans,  né  à  Haslach  (Basse- Alsace), 
frère  laïc. 


Collège  de  BouqnenonL 

Maintenant  il  nous  reste  encore  à  faire  connaissance  avec 
le  collège  des  Jésuites  de  Bouquenom,  petite  ville  lorraine 
réunie  au  département  du  Bas-Rhin  en  1798.  Cette  ville  et 
celle  de  New-Saarwerden,  située  sur  la  rive  droite  de  la  Saar, 
furent  réunies  en  une  seule  commune  sous  le  nom  de  Saar- 
Union,  par  décret  de  la  Convention  nationale  du  28  prairial 
an  II  (16  juin  1794).  Saar-Union  fut  élevé  au  rang  de  chef- 
lieu  de  district  du  département  du  Bas-Rhin  ;  cette  ville  est 
aujourd'hui  chef-lieu  d'un  canton  qui  fait  partie  de  l'arron- 
dissement de  Saveme  depuis  1800. 

Les  personnes  familiarisées  avec  l'histoire  de  Lorraine 
savent  que  lors  de  l'extinction  en  race  mâle  des  comtes  de 
Mœrs-Saarwerden,  arrivée  en  1527,  la  possession  du  comté  de 
Saarwerden,  situé  au  diocèse  de  Metz  et  dans  la  contrée  appelée 
Westreich,  donna  lieu  à  un  procès  entre  la  maison  ducale  de 
Lorraine  et  la  maison  de  Nassau-Saarbr^ick  ;  que  ce  procès, 
porté  devant  la  Chambre  impériale  de  Spire,  y  traîna  en  lon- 
gueur, et  que  la  sentence  qui  y  mit  fin  ne  fut  rendue  que  le 
7  juillet  1629.  Aux  termes  de  cet  arrêt,  qui  ne  satisfit  ni  Tune 
ni  l'autre  des  parties  litigeantes,  la  ville  de  Bouquenom,  le 
château  et  la  ville  de  Saarwerden  *  et  la  cour  de  Wiberswiller* 
furent  reconnus  comme  étant  iiefe  masculins  de  l'évêché  de 

^  Saarwerden  n'est  plas  qa'an  simple  village  qui  porte  le  nom  de 
Vieux-Saarwerden  ;  cette  localité  n'offre  plus  que  de  rares  vestiges  de 
son  ancienne  importance. 

'  Village  du  canton  d'Albestrof. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRB  DES  JÉSUITES  453 

Metz,  et  rinvestitare  que  Jean,  cardinal  de  Lorraine^  éyêque 
de  Metz,  en  avait  donnée  à  Antoine,  duc  de  Lorraine,  son  frère, 
en  1527,  fut  validée.  La  possession  de  ces  fiefs  fut  adjugée  à 
François  II,  duc  de  Lorraine.  La  maison  de  Nassau-Saarbruck 
fut  condamnée  à  la  restitution  des  fruits  perçus,  dont  le 
montant  s'élevait  à  plus  de  2,000,000  d'écus  d'Empire.  Les 
autres  parties  du  comté  de  Saarwerden,  c'est-à-dire  les  villages 
qui  en  dépendaient,  furent  reconnus  comme  étant  des  francs- 
alleux  libres  et  indépendants,  et  adjugés  à  la  maison  de  Nassau- 
Saarbruck.^  Les  mésintelligences  qui  régnaient  entre  les  deux 
maisons,  ne  furent  pas  calmées  par  cet  arrêt  dont  Texécution 
franche  fut  constamment  éludée. 

Le  duc  François  II  de  Lorraine  fit  aussitôt  marcher  des 
troupes  sur  le  comté  de  Saarwerden  qui  n'était  pas  en  état 
de  leur  opposer  quelque  résistance  sérieuse.  La  ville  de  Bou- 
quenom  fut  occupée  violemment,  et  celle  de  Saarwerden 
emportée  par  escalade.  Les  soldats  lorrains  se  répandirent 
dans  tout  le  comté,  la  prévôté  de  Herbit^.heim^  qui  était 
demeurée  constamment  en  dehors  du  litige,  fut  envahie.  Cette 
malheureuse  contrée  fut  traitée  avec  la  plus  grande  rigueur  ; 
les  insultes,  les  vexations  de  tout  genre,  les  confiscations,  le 
bannissement,  tout  fut  employé.  Les  pasteurs  évangéliques  et 
les  instituteurs,  leurs  femmes  et  leurs  enfants  furent  expulsés  ; 
les  presbytères  furent  ensuite  occupés  par  des  soldats  et  livrés 
au  pillage;  toutes  les  églises,  tous  les  biens  des  églises  furent 
abandonnés  aux  catholiques,  et  des  curés  catholiques  furent 
institués  partout.  Le  duc  François  II  crut  bien  servir  le  ciel 
en  poursuivant  de  sa  haine  les  protestants  du  pays  qu'il  avait 

'  Relation  véritable  de  ce  qui  s'est  passé  lors  de  la  prise  de  possession 
du  comté  de  Saarwerden,  iii-4*  (en  allemand)  p.  45. 

'  Ancienne  abbaye  de  religieuses  de  l'ordre  de  Saint-Benoît,  sécula- 
risée en  1544.  Le  territoire  de  cette  abbaye,  dont  l'origine  remontait  à 
l'époque  carlovingienne,  fut  réuni  à  ses  Etats  par  Jean-Louis,  comte  de 
Nassau-Saarbruck. 


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454  BEVUB  d'alsage 

annexé  à  ses  Etats.  Il  prit  des  mesures  contre  Thérésie,  et 
chercha  à  rétablir  partout  la  religion  catholique.  Jugeant  que 
pour  affermir  la  conversion  de  ses  nouveaux  sujets  et  main- 
tenir la  religion  catholique  heureusement  rétablie  non-seule- 
ment dans  les  villes,  mais  encore  dans  les  villages  du  comté 
de  Saarwerden,  il  ne  pouvait  rien  faire  de  plus  avantageux  à 
son  dessein,  pour  la  gloire  d&  Dieu,  le  bien  et  l'utilité  de  ses 
sujets,  que  de  fonder  un  collège  dans  la  ville  de  Bouquenom 
pour  les  Révérends  Pères  de  la  compagnie  de  Jésus,  selon  le 
projet  qu'il  en  avait  formé  depuis  longtemps;  en  conséquence 
il  fonda  et  établit,  par  une  ordonnance  rendue  à  Nancy  le 
l**  décembre  16S0,  dans  la  ville  de  Bouquenom  un  collège 
qu'il  remit  aux  Jésuites  de  la  province  de  Mayence  et  le  dota 
des  biens  de  l'ancienne  abbaye  deHerbitzheim,  dont  les  comtes 
de  Nassau-Saarbruck  s'étaient  emparés  «  après  avoir  embrassé 
les  erreurs  de  Luther.*  » 

Cette  fondation  se  fit  du  consentement  du  pape  Urbain  YIU 
et  de  l'empereur  Ferdinand  II.  Le  duc  de  Lorraiùe  imposa 
aux  Jésuites,  entre  autres  conditions,  celle  d'enseigner  les 
humanités  jusqu'à  la  rhétorique  inclusivement;  de  rendre  en 
même  temps  populaire  l'enseignement  de  la  langue  allemande 
qui  était  la  langue  de  ses  sujets  allemands,  formant  le  tiers 
de  la  population  de  ses  Etats,  de  prêcher  en  allemand  à  Bou- 
quenom, et  d'entretenir  constamment  au  collège  de  cette  ville 
dix  élèves  familiarisés  avec  la  langue  allemande,  et  destinés  à 
former  des  prêtres  qui  seraient  chargés  de  la  desserte  des 
cures  du  comté  de  Saarwerden  et  de  la  prévôté  de  Herbitz- 
heim.  Il  arrêta  que  si  parmi  ces  dix  étudiants  il  se  rencontrait 
t  de  beaux  esprits,  »  capables  d'une  instruction  solide,  ils 
seraient  envoyés  aux  frais  du  collège  de  Bouquenom  à  l'Uni- 
versité de  Pont-à-Mousson,  pour  y  étudier  la  philosophie  et  la 


^  Galhbt,  Histoire  de  Lorraine,  2*  édition,  t.  VII,    preuves,  page 
CCXCVII. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDRE  DES  JÉSUITES  455 

théologie;  qu'ils  y  seraient  entretenus  jusqu'à  la  fin  de  leur 
cours  de  théologie,  que  le  collège  de  Bouquenond  fournirait 
chaque  année  pour  leur  entretien  une  somme  de  1500  livres 
monnaie  de  Lorraine,  et  qu'il  serait  obligé  en  outre  de  tenir 
une  maison  commode  et  appropriée  pour  leur  demeure,  après 
qu'ils  auront  achevé  leurs  études  jusqu'à  ce  qu'ils  fussent 
placés. 

Les  Jésuites  de  Mayence,  qui  furent  appelés  à  diriger  le 
collège  de  Bouquenom,  s'efforçaient  de  rendre  populaire  l'en- 
seignement des  études  classiques;  ils  tâchèrent  de  gagner  les 
Luthériens  par  la  persuasion  <  en  leur  distribuant  le  pain 
salutaire  de  l'Evangile  »  et  quoique  doués  d'une  foi  religieuse 
ardente,  ils  eurent  la  prudence  de  s'abstenir  de  faire  tomber 
de  la  chaire  des  sermons  de  haine  et  de  discorde,  et  de  pro- 
noncer contre  les  sectaires  des  anathèmes  foudroyants.* 

Ils  ne  prirent  possession  des  biens  de  l'ancienne  abbaye 
d'Herbitzheim  qui  formaient  leur  dotation  qu'en  1682,  mais 
leur  jouissance  n'eut  qu'une  durée  éphémère.  Au  mois 
d'août  1633,  le  rhingrave  Othon-Louis,  général  au  service  de 
Suède,  s'empara  de  Bouquenom  et  du  comté  de  Saarwerden  ; 
les  habitants  de  cette  contrée,  heureux  d'échapper  à  la  tyran- 
nique  domination  des  Lorrains,  saluèrent  de  leurs  cris  de 
joie  le  drapeau  de  la  Suède,_  accueillirent  le  rhingrave  Othon- 
Louis  comme  un  libérateur,  et  rendirent  avec  empressement 
hommage  à  cette  couronne  et  aux  princes  protestants  confé- 
dérés. Le  rhingrave  détruisit  le  collège  de  Jésuites;  il  fit 
saisir  la  bibliothèque  dont  le  duc  de  Lorraine  lui  avait  fait 
donation,  et  l'envoya  à  Strasbourg,  où  elle  alla  enrichir  la 
bibliothèque  de  l'Université.* 

^  Mémoire  mannscrit  des  habitants  protestants  de  Boaqnenom,  adressé 
vers  1751  au  procureur  général  de  la  Lorraine. 

*  Cette  bibliothèque  était  conservée  dans  le  même  local  que  celle  de 
la  ville,  et  périt  avec  elle  dans  Tincendie  du  24  août  1870;  elle  avait  été 
fondée  en  1531  par  le  stettmeister  Jacques  Sturm  de  Sturmeck  ;  elle 


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456  REVUE  d'alsacb 

Les  troupes  protestantes  chassèrent  tous  les  ecclésiastiques 
et  défendirent  Texercice  de  la  religion  catholique  sous  les 
peines  les  plus  rigoureuses;  les  Jésuites  se  cachèrent  dans 
quelque  coin  obscur  de  la  Lorraine  allemande,  et  leurs  élèves 
se  retirèrent  au  sein  de  leurs  familles. 

En  1641,  le  duc  Charles  IV  de  Lorraine  s'étant  saisi  dere- 
chef du  comté  de  Saarwerden,  les  Révérends  Pères  sortirent 
de  leur  retraite  et  rentrèrent  à  Bouquenom  où  la  générosité 
des  habitants  et  des  aumônes  furent  longtemps  leur  unique 
ressource. 

Le  comté  de  Saarwerden  fut  réuni  à  la  couronne  de 
France  par  un  arrêt  rendu  par  la  Chambre  royale  de  Metz  le 
11  juillet  1680,  et  le  roi  Louis  XIV  forma  une  nouvelle  pro- 
vince sous  le  nom  de  province  de  la  Sarre,  des  parties  de  la 
Lorraine  et  du  Westreich  que  son  Parlement  de  Metz  venait 
de  lui  conquérir.  L'administration  en  fut  confiée  à  Antoine 
Bergeron  de  la  Goupillière  avec  le  titre  d'intendant  de  justice, 
police  et  finances. 

L'état  de  cette  contrée  était  alors  déplorable;  elle  était  pour 
ainsi  dire  transformée  en  une  vaste  solitude,  les  terres  demeu- 
raient sans  culture,  les  bras  manquaient  à  Findustrie.  L'in- 
tendant de  la  Goupillière  s'occupa  à  repeupler  le  pays  et  à  y 
opérer  les  améliorations  et  les  réformes  que  son  état  récla- 
mait. Pendant  que  cette  contrée  faisait  des  efforts  inouïs  pour 
se  relever  de  ses  ruines,  le  roi  Louis  XIV,  qui  aimait  à  pro- 
mener sa  Cour,  vint  visiter,  au  mois  de  juillet,  le  pays  que 
son  Parlement  de  Metz  avait  réuni  à  sa  couronne.  Il  établit 
son  quartier  général  à  Bouquenom,  et  y  séjourna  neuf  jours. 
Il  y  fut  informé  que,  pendant  tout  le  temps  que  le  duc  Charles 
IV  de  Lorraine  avait  été  privé  de  ses  Etats,  les  Jésuites  n'a- 


comptait  environ  80,000  volumes  et  700  manuscrits  curieux.  La  biblio- 
thèque de  la  ville  renfermait  plus  de  IQO.OÛK)  volumes  et  une  foule  de 
manuscrits  précieux. 


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DISSOLUTION  DE  L*ORDBE  DBS  JÉSUITES  457 

valent  pas  cessé  de  rendre  d'éminents  services  à  Bonquenom; 
qu'ils  avaient  continué  à  se  vouer  à  l'instruction  delà  jeunesse, 
qu'ils  avaient  ranimé  le  courage  des  fidèles  et  affermi  la  foi 
des  catholiques  ébranlés;  il  leur  assigna  sur  le  Trésor  royal 
une  pension  de  600  livres  pour  les  mettre  en  état  de  subvenir 
à  leurs  besoins  les  plus  pressants  et  de  continuer  leurs  tra- 
vaux jusqu'à  ce  qu'il  eût  mis  à  exécution  sa  résolution  de 
remplacer  leur  ancienne  fondation.^ 

Le  duc  Léopold  P'  de  Lorraine,  à  qui  la  paix  de  Ryswîck 
avait  fait  recouvrer  ses  Etats,  porta  un  vif  intérêt  au  collège 
des  Jésuites  de  Bouquenom;  il  remplaça  en  1711  son  ancienne 
fondation  en  lui  cédant  comme  dédommagement  le  fief  de 
firandelfing,  situé  en  partie  dans  le  comté  de  Bitsche  et  en 
partie  dans  lebailliage  de  Sarreguemines,  et  il  y  ajouta  les  dîmes 
de  Lohr  et  la  portion  qu'il  avait  dans  les  dîmes  de  la  chapelle 
de  Saint-Léonard,  près  de  Pénétrange.  Le  duc  de  Lorraine 
François  III,  qui  ceignit  depuis  la  couronne  impériale,  con- 
firma au  collège  de  Bouquenom  ses  biens  et  ses  fondations 
lors  de  la  réunion  des  domaines  aliénés  de  la  Lorraine. 

Les  Jésuites  de  Bouquenom  avaient  satisfait  à  toutes  les 
charges  que  leur  imposait  la  fondation  du  1"^  décembre  1680, 
pendant  le  peu  de  temps  qu'ils  avaient  joui  des  biens  de  l'an- 
cienne abbaye  de  Herbitzheim  ;  mais  ils  ne  purent  les  conti- 
nuer sur  la  perception  des  revenus  du  fief  de  Brandelfing  et 
des  dîmes  de  Lohr  et  de  la  chapelle  de  Saint-Léonard,  puisque 
ces  derniers  étaient  bien  inférieurs  à  ceux  qu'ils  avaient 
perdus.  L'insuffisance  de  leurs  revenus  ne  leur  permit  pas  de 
réparer  convenablement  les  bâtiments  du  collège,  qui  se  trou- 
vaient dans  un  tel  état  de  délabrement  qu'en  1729  ils  se 
trouvaient  obligés  de  renvoyer  les  élèves  et  de  fermer  les 

^  Voir  le  rapport  de  la  municipalité  de  Bonqaenom  sor  le  collège  de 
cette  Tille,  en  date  da  3  janvier  1792.  Je  dois  à  l'obligeance  bien  connue 
de  M.  Ârthnr  Benoît,  de  Berthelming,  la  communication  de  cet  intéres- 
sant document. 


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458  RBVUB  D'ALSACE 

classes.*  Mais  en  1749,  le  R.  P.  Provincial  rétablit  le  coU^ 
et  sous  la  direction  de  son  recteur,  le  R.  P.  Trubers,  les 
classes  reprirent  leur  activité.  Gomme  le  nombre  des  élèves 
allait  grandissant  sans  cesse,  les  constructions  existantes  ne 
se  trouvèrent  plus  en  harmonie  avec  les  exigences  des  besoins 
nouveaux;  les  Jésuites,  quoique  leur  maison  ne  fût  pas  riche, 
résolurent  de  reconstruire  l'église  et  le  collège  à  neuf.  Les 
travaux  commencés  en  1757,  furent  poussés  avec  activité  et 
terminés  Tannée  d'après. 

Les  bftthnents  du  collège  sont  vastes  et  solides,  accompagnés 
d'un  jardin  et  d'une  cour  spacieuse;  le  premier  corps  offre 
sur  la  grande  rue,  une  façade  de  six  fenêtres  à  deux  étages, 
sur  rez-de-chaussée.  Le  second  n'a  qu'un  étage,  maïs  on  a 
donné  aux  fondations  et  aux  murs  la  solidité  nécessaire  pour 
pouvoir  le  surmonter  d'un  étage.  Au  dessus  de  la  porte  d'entrée 
se  voit  la  devise  bien  connue  des  Jésuites  :  A.  M.  D.  G.  {Ad 
majorem  Dei  gloriam).  Le  bâtiment  destiné  aux  classes  conte- 
nait six  salles,  où  Ton  enseignait  depuis  la  sixième  jusqu'à  la 
rhétorique  inclusivement. 

Le  collège  était  alors  dans  toute  sa  splendeur,  le  nombre 
des  élèves  s'était  sensiblement  augmenté  depuis  quelques 
années  par  les  soins  éclairés  du  recteur,  du  préfet  et  des 
régents,  qui  ne  s'épargnèrent  aucune  peine  pour  procurer  à 
la  jeunesse  qui  fréquentait  cet  établissement,  toute  l'éduca- 
tion possible,  surtout  l'étude  simultanée  des  langues  latine, 
française  et  allemande,  dont  les  deux  dernières  étaient  si 
utiles  et  si  nécessaires  en  cette  province,  au  milieu  même  des 
différents  Etats  protestants. 

A  côté  du  collège  s'élève  l'église  ou  la  chapelle  ;  elle  n'offre 
rien  de  remarquable;  sa  façade  latérale  se  compose  de  cinq 
fenêtres  et  l'on  y  voit  un  porche  intérieur.  Elle  est  placée  sous 
l'invocation  de  saint  Louis  QX),  roi  de  France;  ses  autels 

^  Registre  de  police,  aux  archives  de  Saar-Union. 


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DISSOLUTION  DB  L'ORDBB  DES  JÉSUITES  459 

latéraux  sont  consacrés  à  la  sainte  Vierge  et  à  saint  Joseph. 
Sous  l'église  il  y  a  une  crypte  qui  se  compose  d'une  suite  de 
caveaux  communiquant  les  uns  arec  les  autres,  et  destinés  à 
la  sépulture  des  Révérends  Pères.  Au  dessus  de  la  porte 
d'entrée  se  trouve  sculpté  le  monogramme  supercroiseté  de 
IHS. 

A  toutes  ces  constructions  l'Ëtat  a  contribaé  par  des  sub- 
sides, et  la  commune  par  la  fourniture  gratuite  des  bois  de 
charpente. 

Outre  le  collège,  les  Jésuites  de  Bouquenom  étaient  aussi 
chargés  de  la  desserte  des  paroisses  d'Œnningen  et  de  Ees- 
kastel,  villages  appartenant  à  la  maison  de  Nassau-Saarbruck, 
et  de  celle  du  village  lorrain  de  Saarwerden,  et  ils  n'ont  cessé 
d'y  exercer  les  fonctions  curiales  qu'à  la  dissolution  de  la 
Société.  Lorsqu'elle  fut  proscrite  par  les  Parlements  du 
royaume,  Stanislas,  duc  de  Lorraine,  étendit  sa  protection  sur 
tous  les  Jésuites  qui  vivaient  sous  sa  domination,  et  ce  ne  fut 
qu'en  1768,  deux  ans  après  la  mort  de  ce  prince,  que  ceux 
de  Bouquenom  furent  évincés  complètement  du  collège  de 
cette  ville  et  remplacés,  suivant  lettres  patentes  du  l*'  août, 
par  des  prêtres  séculiers.  Ces  lettres  patentes  assignaient  aux 
professeurs  des  appointements  fixes,  et  prescrivaient  aux 
administrateurs  de  rétablissement,  de  pourvoir  à  leurs  subsis- 
tance et  nourriture  qui  furent  taxées  à  300  livres  par  an  pour 
chacun  d'eux;  ils  touchèrent  cette  nourriture  jointe  à  leurs 
appointements.  Le  traitement  du  principal  était  de  11 00  livres, 
celui  du  professeur  de  rhétorique  était  fixé  à  950  livres,  et 
chacun  des  cinq  régents  avait  un  traitement  de  800  livres. 

Des  lettres  patentes  du  16  novembre  1779,  enregistrées  au 
Parlement  de  Paris  le  Si  décembre  suivant,  ordonnèrent  que 
le  collège  de  Bouquenom  serait  desservi  à  partir  du  1**  octo- 
bre 1780  par  les  chanoines  réguliers  de  la  congrégation  de 
Notre-Sauveur;  que  cette  congrégation  serait  tenue  d'y  entre- 
tenir sept  de  ses  membres  pour  y  remplir  les  fonctions  de 


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460  RBYUB  D*ALSAGB 

professeurs,  qu'elle  jouirait  à  l'avenir,  et  à  partir  du  !•  octo- 
bre 1780,  des  maisons,  jardins  et  terrains  dépendant  du  collège, 
qu'il  lui  serait  remis  tous  les  vases  sacrés,  ornements  d'église, 
chasubles  et  effets  mobiliers  qui  pourraient  appartenir  audit 
collège,  et  qu'elle  payerait  aux  principal  et  régents  actuelle- 
ment en  exercice  une  pension  viagère  de  1000  livres,  qui 
serait  répartie  entre  eux. 

Le  roi  établit  et  créa  dans  le  collège  de  Bouquenom  trois 
bourses  ou  places  gratuites  de  400  livres  chacune,  lesquelles 
étaient  à  sa  nomination  et  spécialement  destinées  à  des 
enfants  du  duché  de  Lorraine,  que  ladite  congrégation  serait 
tenue  de  loger,  nourrir  et  instruire  gratuitement  sans  que  les 
parents  fussent  tenus  à  d'autres  dépenses  qu'à  celles  de  l'ha- 
billement. 

Ce  collège  a  subsisté  jusqu'en  1792;  le  R.  P.Jean-Baptiste 
Rastignat  en  a  été  le  dernier  principal. 

Quelque  temps  avant  la  suppression  du  collège,  le  Conseil 
général  de  la  commune  avait  fait,  avec  l'adhésion  des  villes 
voisines,  d'activés  démarches  pour  obtenir  la  conservation  de 
cet  établissement  et  son  érection  en  école  nationale;  il  s'était 
adressé  au  sieur  Ârbogast  \  député  du  département  du  Bas- 
Rhin  à  l'Assemblée  législative,  l'un  des  membres  du  comité 
d'instruction  publique  et  rapporteur  pour  le  maintien  des 
collèges,  pour  le  supplier  d'avoir  égard  au  rapport  que  la 
commune  avait  fait  sur  le  collège,  et  qu'elle  avait  envoyé  au 
directoire  du  département  de  la  Moselle,  déposer  en  sa  sagesse 
le  bien  général  et  celui  de  la  ville,  et  de  lui  accorder  ses 
bontés,  prétextant  que,  si  le  collège,  si  susceptible  d'augmenta- 


*  Loaîs-François-Antoine  Ârbogast,  né  à  Matzig  en  1759,  fat  aussi 
nommé  député  à  la  Convention  nationale,  et  y  fat  Fantenr  dn  rapport  snr 
l'uniformité  et  le  système  général  des  poids  et  mesures,  et  de  celui  sur  la 
yérification  du  télégraphe  de  M.  Ghappe.  Il  fut  professeur  à  l'école  d'ar- 
tillerie et  à  l'école  centrale  de  Strasbourg.  Il  mourut  en  1803. 


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DISSOLUTION  DE  L'ORDBE  DBS  JÉSITITES  461 

tioD,  ne  devait  plas  subsister,  sa  suppression  serait  une  perte 
irréparable  pour  la  yille  qui  ne  s'en  relèverait  jamais. 

Les  bâtiments  de  Tancien  collège  sont  la  prc^riété  de  la  ville 
de  Saar-Union;  un  collège  communal  y  fut  établi  en  1807, 
mais  cet  établissement  n'eut  qu'une  existence  éphémère,  et  fut 
supprimé  en  1827.  Aujoard'hui  ils  sont  affectés  aux  écoles 
catholiques,  deTun  et  de  l'autre  sexe. 

Quelque  temps  après  la  dissolution  de  la  Société  des  Jésuites, 
le  comté  de  Saarwerden  fut  témoin  de  la  conversion  de  la 
princesse  de  Nassau-Saarbruck,  laquelle  eut  un  grand  reten- 
tissement parmi  les  protestants  de  cette  contrée. 

Le  savoir  et  le  zèle  des  Jésuites  de  Bouquenom  avaient 
opposé  ane  digue  puissante  à  la  Réforme  qui  menaçait  tout 
le  comté  de  Saarwerden  et  la  Lorraine  allemande  de  ses  enva- 
hissements; ils  avaient  répandu  avec  une  prodigalité  inépui- 
sable la  prédication  delà  parole  de  Dieu,  et  en  avaient  recueilli 
les  fruits;  ils  avaient  lait  rentrer  dans  le  giron  de  l'Eglise  une 
foule  de  dissidents,  et  après  l'anéantissement  de  leur  Société, 
ils  eurent  encore  la  satisfaction  de  'voir  leurs  travaux  cou- 
ronnés par  une  dernière  conversion,  la  plus  éclatante  de  toutes. 

Guillaume-Henri,  prince  de  Nassau-Saarbruck,  fut  emporté 
par  une  attaque  d'apoplexie  le  24  juillet  1768;  sa  veuve  douai- 
rière Sophie-Christine-Charlotte-Erdmuth,  comtesse  d'Erbach, 
au  nom  et  comme  tutrice  naturelle  du  prince  Louis,  encore 
mineur,  qui  venait  de  succéder  à  son  père,  administra 
quelque  temps  ses  Etats,  mais  elle  ne  conserva  la  régence 
que  jusqu'à  ce  que  son  fils  eût  obtenu  du  chef  de  l'Empire  une 
dispense  d'âge  pour  prendre  le  gouvernail  des  affaires.  Elle 
se  retira  dans  le  château  de  Lorentzen.^  Cette  résidence,  qui  lui 
avait  été  assignée  pour  douaire,  lui  fit  contracter  une  liaison 
intime  avec  un  ex-jésuite  de  Bouquenom,  qui  obtint  bientôt 


'  Lorentzen  estnn  village  situé  sur  l'Eichel  et  faisant  partie  du  canton 
de  Siaiar-Union. 


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403  RBVUB  D'ALSACE 

sa  confiance  et  la  décida  à  rentrer  dans  le  sein  de  rEg;lise 
catholique.^  Après  avoir  fait  abjuration,  elle  vécut  dans  la 
retraite  et  fut  à  peu  près  oubliée  à  Saarbruck^  n'ayant  con- 
servé auprès  d'elle  que  quelques  serviteurs  dévoués.  Elle 
signala  son  séjour  dans  le  village  de  Lorentzen  par  les  bien- 
faits qu'elle  répandit;  elle  fit  don  à  Téglise  catholique  de  cette 
localité  de  beaux  ornements  et  en  fit  confier  la  desserte  au 
R.  P.  Jésuite  qui  l'avait  fait  rentrer  dans  le  giron  de  l'Eglise.' 
Les  événements  de  la  Révolution  la  forcèrent  de  quitter  cet 
asile  et  de  passer  le  Rhin  ;  elle  trouva  enfin  un  refuge  à 
Ascbaffenbourg,  où  elle  finit  ses  jours  le  l*'  juin  1795. 

Dagobert  Fischer. 


^  F.  KÔLLNBR,  Histoire  des  comtes  de  Nassau^aarbruck,  t  I, 
p.  466,  n'  1. 

*  Â.D.  RÔLLNBR»  Histoire  des  viUes  de  Saarhruck  et  de  Saint-Jean, 
1. 1,  p.  410. 


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FRANQUEMONT 


LE  SEIGNEUR  ET  LE  CURÉ 


Aux  limites  de  la  Haute-Âlsace  qui,  autrefois,  s'étendait 
jusqu'à  la  seigneurie  de  Montjoie  et  à  la  partie  occidentale 
du  clos  du  Doubs,  une  petite  contrée,  à  cheval  sur  cette 
rivière,  ressortait  du  diocèse  de  Besançon  et  de  celui  de 
Bâle.  Elle  formait  une  enclave  dans  les  Etats  du  prince- 
évéque,  mais  elle  ne  lui  appartenait  pas,  lorsqu'on  l'érigea 
en  une  seigneurie  particulière,  n'ayant  guère  qu'un  château 
et  une  église  :  le  premier,  pour  servir  de  résidence  à  un 
noble,  la  seconde,  pour  laisser  officier  un  prêtre  ;  le  noble, 
comme  l'ecclésiastique,  vivaient  aux  dépens  de  quelques 
familles,  dont  les  maisons  de  bois  étaient  groupées  ou  éparses 
dans  les  alentours  du  castel  et  de  l'église. 

Cette  contrée  fut  donnée,  dans  les  premières  années 
du  XIY*  siècle,  à  un  noble  de  Montfaucon,  par  un  comte  de 
Montbéliard  et  un  sire  de  la  Roche.  Le  premier  possesseur 
de  ce  fief,  Gérard  de  Monttaucon,  n'avait  trouvé  que  quelques 
ruines  désertes  sur  un  rocher  dominant  le  passage  du  Doubs. 
n  y  bâtit  un  château,  en  1805,  en  mettant  à  réquisition  les 
habitants  de  tous  les  domaines  de  son  fief.  Lorsque,  de  nos 
jours,  on  observe  l'étendue  des  ruines  de  ce  castel,  et  l'épais- 
seur de  ses  murailles,  on  peut  estimer  que  les  corvées  furent 
nombreuses  et  les  corvéables  peu  satisfaits  de  construire  une 
forteresse  qu'il  leur  faudrait  entretenir  et  garder  par  corvée, 
avec  la   seule  compensation  de  s'y  réfugier  en  temps  de 


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464  BEVUE  d'albaob 

guerre,  pendant  que  l'ennemi  brûlerait  leurs  maisons  et 
ravagerait  leurs  campagnes. 

Sur  l'autre  rive  du  Doubs,  en  regard  du  château,  s'élevait, 
depuis  plusieurs  siècles,  le  clocher  d'une  église  et  une  bonne 
maison  de  pierres,  le  tout  entouré  de  murailles  et  constituant 
une  forteresse  rivale,  appelée  la  citadelle ,  guoigu'eUe  ne 
servit  que  de  résidence  à  un  curé  et  à  sa  gouvernante.  Cette 
vieille  église  était  celle  de  Goumois,  et  le  nouveau  château 
reçut  le  nom  de  Franquemont,  au  lieu  de  celui  de  Ghâtela- 
vrin  qu'avait  porté  la  forteresse  primitive.  Pourquoi  ?  Nous 
l'ignorons,  car  ce  nom  n'est  pas  romain,  quoique  ces  conqué- 
rants aient  séjourné  par  là  et  fortifié  ce  lieu  pour  couvrir  le 
passage  du  Doubs  à  Goumois. 

Après  la  mort  de  Gérard  de  Montfaucon  et  de  son  fils,  la 
seigneurie  de  Franquemont  revint  à  Etienne,  comte  de  Mont- 
béliard .  Celui-ci  n'avait  pas  été  heureux  dans  sa  famille.  Ses 
deux  fils  étaient  morts  avant  lui.  L'aîné,  Henri,  n'avait  laissé 
que  quatre  filles,  mais  leur  grand-père,  encore  vert,  avait 
pris  une  maîtresse  dans  ses  vieux  jours  ;  elle  lui  donna  un 
fils,  auquel  le  comte  pensa  lorsqu'il  fit  son  testament,  le 
81  octobre  1397.  Il  lui  légua  la  forteresse  de  Franquemont 
avec  toutes  ses  dépendances,  tandis  qu'il  partageait  sa  succes- 
sion entre  ses  quatre  petites-filles,  dont  l'une,  Henriette,  eut 
le  comté  de  Montbéliard  qu'elle  apporta  en  mariage  à  un 
prince  de  la  maison  de  Wurtemberg. 

Henri  de  Montbéliard,  sire  de  Franquemont,  était  un 
vaillant  chevalier  ;  l'empereur  d'Allemagne  le  légitima,  mais 
cet  acte  ne  lui  donna  pas  la  fortune,  en  sorte  qu'à  sa  mort,  il 
laissa  peu  de  chose  à  ses  deux  fils.  Le  cadet  alla  s'établir  en 
Lorraine,  et  l'aîné,  Claude,  eut  la  seigneurie  de  Franquemont, 
dans  laquelle  il  exerçait  toutes  juridictions,  haute,  moyenne 
et  basse.  Il  pouvait  tailler  ses  gens  à  merci,  demander  à  ses 
sujets  des  aides  pour  marier  ses  filles,  comme  Louis-Phih'ppe 
quand  il  régnait  en  France,  exiger  de  l'aident  quand  on 


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FRANQUEMONT  466 

l'armait  chevalier,  et  surtout  lorsqu'il  voulait  aller  outre-mer 
à  la  conquête  de  la  Terre-Sainte,  ne  fttt-ce  qu'en  rêve,  comme 
cela  se  faisait  encore  à  cette  époque.  Un  seigneur  songeait 
qu'il  voulait  aller  prendre  Jérusalem,  il  exigeait  l'aide  de  la 
croisade,  et  quand  la  somme  était  encaissée,  il  ne  restait  rien 
autre  de  ce  songe. 

Si  le  père  de  Claude  avait  fait  grande  figure  à  la  cour  de 
Montbéliard  et  à  celle  de  l'empereur,  dépensé  beaucoup 
d'argent  au  concile  de  Bàle,  qui  en  engloutit  tant,  cette  vie 
de  courtisan  avait  fort  ébréché  sa  fortune.  Son  fils  ne  fut  pas 
plus  heureux.  Il  avait  bien  pris  femme  dans  la  maison  de 
Montjoie,  mais  la  dot  était  petite  pour  mener  la  vie  de  grand 
seigneur.  Il  fallut  se  retirer  de  temps  en  temps  dans  le  castel 
de  Franquemont,  par  économie,  pour  y  vivre  des  revenus  de  la 
seigneurie,  en  pressurant  un  peu  ses  hommes,  en  tirant  parti 
de  ses  droits  de  chasse  et  de  pêche,  en  nourrissant  ses  chevaux 
avec  les  fourrages  des  terres  dépendantes  du  château,  terres 
cultivées  en  partie  par  corvée,  fourrages  que  les  vassaux  lui 
amenaient  tout  secs  sous  le  grandCFère,  à  la  porte  du  manoir. 
La  position  de  celui-ci  entre  la  Suisse  et  la  Bourgogne,  alors 
en  guerre,  vint  accroître  les  embarras  du  seigneur  Claude. 
En  1474,  le  duc  Charles-le-Téméraire,  qui  n'avait  rien  à  lui 
commander,  ne  laissa  pas  que  de  lui  envoyer  une  bande  de 
soldats  bourguignons  pour  tenir  garnison  à  Franquemont; 
Claude  n'osa  résister  à  ce  prince,  qui  agitait  toute  l'Europe. 
Sa  forteresse  était  assez  mal  pourvue  d'engins  de  guerre.  On 
n'y  trouvait  que  des  armes  de  cette  époque  de  transition: 
plus  d'arbalètes  que  d'arquebuses,  trois  serpentines  et  quel- 
ques bombardes  en  fer  forgé  et  tirant  des  boulets  de  pierre; 
de  petites  couleuvrines  à  main  et  des  haquebutes  en  bronze, 
fondues  au  chftteau  même,  comme  on  y  avait  forg^  un  veu- 
glaire  et  autres  petits  canons.  Les  munitions  étaient  peu 
abondantes  :  quelques  centaines  de  quarreaux  ou  viretons 
d'arbalètes,  quelques  douzaines  de  boulets  de  pierre  et  de 

4-  Anoée.  »  Nonyelld  Série.  30 


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466  REVUE  D'ALSACE 

balles  de  plomb,  arec  des  moules  de  calibres  divers  ;  deux  ou 
trois  quintaux  de  plomb,  et  fort  peu  de  poudre  à  canon.  Les 
armes  défensives  ne  consistaient  qu'en  quelques  cuirasses, 
vieux  haubergeons  et  gambisons,  de  rares  capelines,  bassinets 
et  autres  casques,  pour  les  gens  les  plus  exposés.  On  avait 
encore  quelques  piques,  pertuisanes,  épées  et  dagues.  Le 
seigneur  seul  possédait  une  armure  complète  avec  tous  ses 
accessoires. 

Les  vivres  n'étaient  pas  abondants  à  Franquemont.  La  cave 
contenait  plus  de  vieilles  futailles  vides  que  de  tonneaux 
pleins.  Les  vassaux  ne  devaient  que  800  boisseaux  de  blé, 
quelques  livres  de  cire  pour  faire  des  bougies  pour  la  dame, 
mais  le  curé  s'en  emparait  pour  son  église,  et  il  fallait  rem- 
placer la  cire  par  le  suif,  qu'on  transformait  en  chandelles  au 
château  même.  Les  revenus  de  la  seigneurie,  en  argent,  ne 
se  montaient  qu'à  248  livres  de  Bâle,  et  quoiqu'alors  le 
numéraire  ait  eu  plus  de  valeur  que  maintenant,  puisque  le 
prix  d'une  messe  était  alors  de  6  sols,  avec  lesquels  on 
pouvait  acheter  deux  demi-ehapons,  ce  qui  permettait  au  curé 
de  se  régaler  de  volaille,  le  sire  n'était  pas  riche. 

Tel  était,  en  gros,  Tarmement  et  l'approvisionnement  de 
Franquemont  à  l'arrivée  des  Bourguignons;  mais  une  place 
dont  le  commandant  n'est  pas  le  maître,  ne  peut  &ire  une 
longue  défense.  L'évêque  de  Bâle,  qui  avait  pris  le  parti  des 
cantons  suisses,  convoitait  Franquemont,  enclavé  dans  sa 
seigneurie  des  Franches-Montagnes.  Il  expédia  ses  contingents 
avec  quelques  serpentines,  bombardes  et  autres  gros  engins. 
Les  sujets  de  l'évêque  firent  rapidement  les  approches  de  la 
place,  se  logèrent  dans  la  première  enceinte,  si  près  de  la 
demeure  seigneuriale  que  le  sire  Claude  leur  parlait  de  sa 
fenêtre  pour  se  plaindre  de  cette  agression  d'un  voisin  avec 
lequel  il  n'était  pas  en  guerre.  Mais  les  assiégeants  continuèrent 
l'attaque  pendant  quelques  jours,  et  s'emparèrent  du  château 
le  18  novembre  1474.  Après  un  petit  bout  de  pillage,  qu'on 


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FRANQUEMONT  467 

avait  promis  à  Tayance,  pour  stimuler  le  courage  de  ces 
milices,  on  laissa  aller  le  sire  Claude  et  sa  dame  les  mains 
vides,  et  Ton  fit  Tinventaire  de  ce  qai  restait  au  château, 
dont  on  remit  la  garde  à  M.  Ghadecu,  maire  ou  châtelain  de 
Delémont.  Cet  inventaire  fait  voir  que  le  mobilier  duchâteau 
était  moins  que  somptueax;  et  qu'il  se  trouvait,  par  destina- 
tion, dans  un  désordre  inexprimable,  depuis  la  chambre  du 
sire  et  de  sa  dame,  jusqu'à  celle  des  valets  et  des  soudards  ; 
depuis  la  bibliothèque,  riche  de  quatre  volumes,  comme  celle 
des  chanoines  de  Saint-Michel,  de  Porrentruy,  presqu  autant 
que  celle  du  roi  Jean,  jusqu'à  la  chapelle,  où  il  ne  restait  que 
les  burettes  vides,  la  clochette  et  une  nappe  d'autel  déchirée. 
Le  mobilier  était  vieux,  cassé,  usé;  la  vaisselle  de  bronze, 
d'étain,  de  terre  ébréchée,  fendue,  bossuée;  le  linge  en 
loques.  Rien  de  neuf,  rien  de  seigneurial  que  le  grand  bois- 
de-lit  à  colonnes  du  sire  Claude  et  de  dame  Marie  de  Mont- 
joie,  et  leurs  deux  grandes  chayères  ou  fauteuils  armoriés, 
mais  sans  coussins  pour  amortir  la  dureté  du  bois  de  chêne. 

Nous  avons  sous  les  yeux  trois  inventaires  de  ce  mobilier, 
qui  prouvent  que  le  petit-fils  du  comte  de  Montbéliard  n'était 
plus  qu'un  pauvre  hère,  vivant  petitement  dans  son  manoir, 
et  n'ayant  plus  guère  d'un  seigneur  que  le  titre  et  de  grosses 
charges  absorbant  les  revenus  de  la  seigneurie. 

Pendant  qu'on  dépouillait  et  expulsait  le  seigneur  de 
Franquemont,  le  curé  de  Goumois,  depuis  son  presbytère, 
avait  observé  d'un  œil  curieux  les  diverses  péripéties  du 
siège.  U  avait  vu  les  Bourguignons  faisant  des  signaux  de 
détresse  depuis  les  fenêtres  du  château  donnant  sur  le  Doubs. 
Mais  les  gens  de  la  seigneurie,  tenus  de  défendre  la  forteresse, 
avaient  jugé  prudent  de  laisser  cette  besogne  aux  étrangers, 
et  ils  se  contentèrent  d'assister  aux  prières  qua  le  curé  réci- 
tait en  latin,  Dieu  sait  en  faveur  de  qui,  car  ses  ouailles  n'y 
comprenaient  rien,  quoiqu'elles  fussent  obligées  de  payer 
chaque  oremus.  Ceux-ci  étaient  comme  des  billets  de  la  loterie 


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408  REVUB  d'alsagb 

de  Fraûcfort,  qu'on  achète  sans  savoir  si  Ton  obtiendra  on 
gain,  c  Mais  l'espoir  console  de  la  dépense,  et  la  foi  saave 
rhomme  >  dit-on. 

La  prise  du  château  de  Franquemont  mit  l'évéque  de  Bftle 
en  bonne  humeur;  le  démon  des  conquêtes  le  tenta  si  fort 
qu'il  passa  le  Doubs  et  s'empara  de  la  montagne  de  Trévil- 
1ers,  comprenant  une  dizaine  de  villages  et  un  plus  grand 
nombre  de  hameaux  et  de  métairies,  ayant  alors  cent  quatre- 
vingt-dix-neuf  che&  de  ménage,  tandis  que  la  seigneurie  de 
Franquemont  n'en  avait  que  dix-huit.  La  moyenne  d'une 
famille  étant  de  cinq  personnes,  on  peut  voir  quelle  était 
alors  la  population  de  ces  pays  conquis  et  annexés  à  l'évêché 
de  Bftle.  Mais  cette  annexion  fût  de  peu  de  durée  pour  la 
montagne  de  Trévillers  ;  il  fallut  la  restituer  à  la  paix,  et  il 
ne  resta  à  Tévèque  que  la  seigneurie  de  Franquemont,  qui 
ne  lui  causa  jamais  que  des  embarras  et  des  désagrémenta 

Cependant  le  sire  Claude  de  Franquemont  était  tombé  dans 
un  état  voisin  de  la  misère.  D  soupirait  après  son  ancienne 
seigneurie;  il  la  réclama  pendant  plusieurs  années  et  n'en 
obtint  la  restitution  qu'avec  le  secours  de  puissants  protec- 
teurs ;  mais  au  lieu  de  relever,  comme  auparavant,  du  comte 
de  Montbéliard,  Franquemont  fut  érigé  en  fief  de  l'église  de 
Bftle.  Avant  même  d'en  avoir  reçu  l'investiture,  le  sire  Claude, 
pour  se  rendre  ses  sujets  favorables,  les  réunit  en  assemblée, 
et  leur  promit  d'alléger  leurs  charges,  de  leur  octroyer  même 
des  libertés,  moyennant  par  eux  lui  donner  préalablement 
6S  florins  d'or.  Ce  qui  fut  exécuté  loyalement  de  part  et 
d'autre  le  22  janvier  1482.  Cette  lettre  de  franchises  est  un 
curieux  document  indiquant  quelle  était  encore  la  condition 
des  personnes  à  la  fin  du  XV*  siècle.  Il  n'y  avait  plus  de 
ser&,  mais  des  sujets  tenus  à  de  nombreuses  servitudes, 
qu'ils  cherchèrent  à  diminuer  en  cette  occasion. 

Le  sire  de  Franquemont  étant  mort  en  1619,  sans  laisser 
d'en&nts,  son  fief  fit  retour  à  l'évéque  de  Bâle,  qui  (e  remit 


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FRANQlTElfONT  469 

à  une  &mille  noble  franc-comtoise.  Gelle-ci  le  rendit  peu 
après,  en  1537,  à  Nicolas  de  Gilley,  personnage  jouissant  de 
la  faveur  de  l'empereur  d'Allemagne,  et  son  ambassadeur  en 
Suisse.  II  en  obtint  l'érection  de  Franquemont  en  baronie,  le 
droit  de  battre  monnaie  et  autres  privilèges,  auxquels  il 
ajouta  divers  empiétements  sur  les  droits  de  l'évéque  de  Bâle, 
qui,  pendant  de  longues  années,  eut  maille  à  partir  avec  le 
baron  de  Gilley,  seigneur  de  beaucoup  de  lieux,  mais  chargé 
de  dettes  et  de  fils  endettés.  Ceux-ci,  pour  se  libérer,  vendi- 
rent Franquemont  au  comte  de  Montbéliard,  qui  se  hâta  de 
recouvrer  ce  fief.  Ce  fut  alors  son  tour  de  procéder  avec 
l'évoque  de  Bâle.  Après  de  longues  années  de  procès,  ils 
firent  enfin  une  convention  qui  semblait  mettre  fin  à  tous  les 
conflits.  Mais,  comme  l'évéque  avait  conservé  le  droit  d'entrée 
au  château  de  Franquemont,  et  qu'il  y  entretenait  une  petite 
garnison,  celle-ci  était  en  querelle  perpétuelle  avec  les  soldats 
du  comte  de  Montbéliard.  Sur  le  conseil  de  l'ambassadeur  de 
France  en  Suisse,  l'évéque  s'avisa  de  faire  démolir  Franque- 
mont, par  ceux-là  mêmes  qui  l'avaient  bâti  par  corvées. 
L'expédition  eut  lieu  au  mois  de  mars  1677,  et  elle  se  fit 
avec  tant  de  rapidité,  que  le  comte  n'en  eut  avis  que  lorsque 
tout  était  terminé. 

Mais  si  le  manoir  n'existait  plus,  la  seigneurie  n'était  pas 
détruite  pour  autant.  Le  comte  la  fit  régir  par  le  maire  de 
Goumois,  cumulant  les  fonctions  d'administrateur,  de  juge 
civil,  de  juge  criminel,  de  procureur  fiscal,  de  receveur  et 
d'aubergiste,  ayant  pour  assesseurs  et  ofilciers  tous  les  mem- 
bres de  sa  famille,  excepté  que  parmi  les  justiciers  devait 
toujours  se  trouver  le  curé.  Souvent  c était  le  seul  qui  sût 
lire,  et  tel  avocat  de  la  seigneurie,  sans  être  bègue,  avait 
cependant  peine  à  lire  le  troqué  ou  l'imprimé,  aussi  cumulait- 
il  les  fonctions  de  garde  champêtre.  —  On  avait  bâti,  au  bout 
du  pont  de  Goumois,  une  maison  de  justice  ayant  cave  et 
prison  dans  les  fondations,  cabaret  et  logement  du  maire  au 


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470  REVUE  D*ÂLSÀO£ 

rez-de-chaussée,  salle  de  justice  au  premier  étage,  potence  à 
deux  piliers  sur  la  roche  voisine,  carcan  à  chaque  bout  du 
pont,  Tun  pour  les  Français  de  la  rive  gauche,  l'autre  pour 
les  gens  de  la  seigneurie,  sur  la  rive  droite,  et,  pour 
qu'il  n'y  ait  pas  de  jalousie,  le  gibet  avait  deux  bras,  l'un 
tendu  vers  la  France,  pour  les  ressortissants  du  royaume,  et 
lautre  vers Franquemont.  Alors  on  ne  cachait  pas  les  instru- 
ments du  supplice,  et  on  les  faisait  solides,  pour  ne  pas  avoir 
de  frais  de  réparation.  Mais  quel  luxe  pour  une  seigneurie 
composée  de  dix -huit  ménages  I  Bien  ne  manquait  à  l'orga- 
nisation juridique.  On  était  jugé  et  amendé  en  famille,  c'est-à- 
dire  par  celle  du  maire,  prononçant  et  percevant  les  amendes 
et  les  pots-de-vin  inséparables  des  justices  du  mpyen-ftge, 
qui,  à  Goumois,  existait  encore  en  1792,  lorsque  les  voisins 
des  Franches-Montagnes  y  descendirent  pour  renverser  le 
gibet  et  planter  un  bonnet  rouge  sur  le  faîte  de  la  maison 
de  justice.  Douze  ans  auparavant,  l'évêque  de  Bâle  avait 
reconnu  la  souveraineté  du  roi  de  France  sur  la  partie  de  la 
seigneurie  de  Franquemont  qui  se  trouvait  sur  la  rive 
gauche  du  Doubs,  mais  il  avait  conservé  tous  ses  autres 
droits. 

Pendant  que  les  destinées  de  la  seigneurie  s'accomplissaient 
successivement,  le  curé  de  Goumois  était  resté  dans  ses  privi- 
lèges et  immunités,  sans  qu'aucune  perturbation  ait  troublé 
son  repos,  non  pas  que  c'eût  été  toujours  le  même  individu, 
mais  quand  un  curé  était  mort,  il  en  repoussait  un  autre,  et 
le  nouveau  venu,  comme  son  prédécesseur,  se  cramponnait  à 
ses  revenus  et  prérogatives  pour  qu'ils  ne  reçussent  aucune 
atteinte.  Une  fois  cependant,  le  comte  de  Montbéliard-Wur- 
temberg,  huguenot  du  meilleur  teint,  envoya  un  prédicant 
dans  sa  seigneurie  de  Franquemont,  pour  y  conquérir  des 
âmes.  Le  ministre  en  avait  pris  un  certain  nombre,  et  il  avait 
fallu  partager  l'église,  et  lui  faire  place  pour  enseigner 
l'Evangile  ;  mais  point  de  partage  au  presbytère,  où  les  deux 


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FRANQUEMONT  471 

prêtres  du  Christ  en  seraient  venus  aux  mains  chaque  jour. 
Malgré  cette  concession  du  seigneur  du  fief,  le  prédicant 
était  fort  au  chemin  du  curé,  qui  parvint  à  le  faire  assommer 
dans  une  émeute,  pour  qu'il  n'en  fût  plus  question.  On 
montre  encore  la  «  pierre  au  ministre  »  qui  rappelle  cet 
événement. 

Ne  pouvant  ramener  au  bercail  tous  les  déserteurs,  le  curé 
voulut  au  moins  s'assurer  des  fidèles  en  faisant  une  nouvelle 
constitution  paroissiale,  plus  appropriée  à  ses  intérêts  que 
l'ancienne,  absolument  comme  cela  se  pratique  dans  les  affaires 
civiles  de  nombreux  Etats,  lorsqu'un  parti  politique  obtient 
le  dessus.  Le  peuple  ny  prend  garde  que  lorsqu'il  faut  en 
payer  les  frais,  mais  souvent  c'est  un  peu  tard.  A  Goumois,  le 
curé  consulta  ses  ouailles,  qu'il  s'agissait  de  tailler  à  son 
profit.  Ses  paroissiens  avaient  payé  leur  seigneur  pour  qu'il 
diminuât  leur  taille,  et  l'habile  curé  les  fit  payer  pour  qu'ils 
augmentassent  celle  qui  lui  revenait.  Sa  position  géogra- 
phique était  cependant  embarrassante.  Sa  paroisse,  sur  la 
rive  droite  du  Doubs,  était  du  diocèse  de  Bâle,  et  sur  la  rive 
gauche,  de  celui  de  Besançon.  Dans  la  première  on  pouvait 
manger  des  œufs  et  du  beurre  en  Carême,  et  dans  la  seconde 
ces  mets  étaient  défendus.  Le  curé,  en  homme  prudent,  ne 
tpucha  point  à  cette  corde,  et  seulement  à  celle  de  la  cloche  de 
son  église,  pour  appeler  tous  ses  paroissiens  au  temple  commun, 
sans  distinction  de  diocèse,  et  leur  soumettre  la  constitution  nou- 
velle copiée,  disait-il,  sur  l'ancienne,  sauf  les  variations  dans 
les  espèces  monétaires,  qui  ne  permettaient  plus  de  prier 
pour  le  même  prix  qu'autrefois.  Mais  pour  ne  pas  effaroucher 
les  payants,  il  eut  soin  de  taxer  ses  oremus  en  monnaies 
diverses  ayant  cours  dans  les  deux  diocèses,  et  d'appuyer  sur 
la  monnaie  bâloise,  dont  l'unité  ou  la  livre  était  double  de 
celle  de  France.  Quant  à  la  monnaie  de  Pranquemont,  proche 
parente  de  celle  de  Montjoie,  on  la  passa  sous  silence,  car  elle 
était  fort  décriée.  Il  avait  eu  soin  de  gémir  sur  la  pauvreté 


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472  REV17B  d'alsage 

dans  laquelle  était  tombée  la  dot  cariale,  par  suite  des  guerres 
et  de  la  dureté  des  temps,  en  même  temps  que,  par  prudence, 
il  avait  fait  appuyer  ses  lamentations  d'une  requête  adressée 
à  Tarchevêque  de  Besançon  par  ses  plus  fidèles  paroissiens, 
sans  que  ces  bonnes  gens  se  doutassent  que  le  riche  prélat 
leur  ferait  payer  le  déficit  de  la  caisse  paroissiale  sans  toucher 
à  la  sienne,  selon  une  coutume  invariable. 

Après  ces  sages  préliminaires,  voici  quelles  furent  les 
clauses  du  traité  qu'il  fit  avec  ses  paroissiens. 

Son  traitement,  en  argent,  ne  valait  plus  que  ISO  livres 
de  Bàle  ;  mais  il  jouissait  de  toute  la  maison  curiale,  d'un 
jardin,  de  dix-sept  et  demi  journaux  de  champs  labourés  par 
ses  paroissiens,  et  du  bois  de  chauffage  qu'ils  lui  amenaient 
tout  fendu.  Il  percevait  la  dîme  des  agneaux,  une  gerbe  de 
blé  par  ménage,  pour  la  peine  qu'il  prenait  de  lire  la  passion 
de  Notre-Seigneur  à  la  messe  du  dimanche  des  Rameaux  ;  il 
avait  les  offrandes  d'un  bon  denier  par  chef  de  famille,  à 
chacune  des  quatre  fêtes  solennelles  de  Tannée;  son  bétail 
paissait  sur  les  terrains  communaux,  moyennant,  par  le  curé, 
conjurer  soigneusement  les  tempêtes.  Il  pouvait  estiver  sur  les 
pâturages  de  Vanténaivre  et  de  Gourgouton,  sur  les  deux 
rives  du  Doubs,  son  cheval,  sa  vache^  ou  une  paire  de  bœufs. 
Ses  nourrins  allaient  à  la  faine,  moyennant  contribuer  au 
salaire  du  berger.  —  On  lui  devait  8  sols  bâlois  pour  une 
messe  basse  (de  nos  jours  cela  coûte  1  fr.  50  à  2  fr.),  et 
16  sols  pour  une  messe  chantée.  Il  avait  2  sols  10  deniers 
pour  un  Salve,  5  rappes  pour  un  Libéra  me,  et  autant  pour 
la  purification  d  une  femme.  Cependant  il  était  gratuitement 
le  bandeau  dont  on  ceignait  le  front  des  gens  que  i'évèque 
venait  confirmer;  mais  au  baptême  d'un  enfant,  le  parrain 
lui  donnait  S  sols.  Quelqu'un  venait-il  à  mourir  dans  la 
paroisse,  on  devait  au  curé  2  boisseaux  de  froment  et  10  sols 
de  Bâle^  pour  l'enterrement.  Ce  jour-là,  et  les  trois  diman- 
ches suivants,  on  lui  offrait  sur  l'autel  une  miche  de  pain  de 


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FRANQUBMONT  478 

ménage,  et  il  allait  chanter  le  Libéra  sur  la  tombe  moyennant 
5  sols  par  fois. 

Si  un  individu  voulait  quitter  la  paroisse  et  priver  le  curé 
de  ses  droits  mortuaires,  il  fallait  l'en  dédommager  à  l'avance 
par  0  batz  et  un  boisseau  de  blé.  On  était  alors  libre  d'aller 
se  faire  enterrer  ailleurs  en  payant  le  curé  du  nouveau  domicile. 

Les  fiançailles  coûtaient  10  sols,  le  mariage  un  écu.  Le 
lendemain  des  noceSg  les  époux,  encore  endormis,  allaient  à 
la  messe,  et  offraient  au  curé  une  pinte  de  vin  et  un  pain  de* 
2  sols,  en  reconnaissance  de  la  peine  qu'il  avait  prise  de 
bénir  la  couche  nuptiale.  En  ce  temps  de  bénédictions,  on 
bénissait  tout  et  le  bouquet  de  la  mariée,  et  le  bré,  ou 
berceau  du  poupon  futur,  et  le  reste  par  dessus  le  marché, 
non  toutefois  sans  rétribution.  Si  les  mariés  quittaient  lu 
paroisse,  ils  devaient  au  curé  un  écu  pour  son  droit  de  Recedo, 
c'est-à-dire  pour  l'indemniser  des  émoluments  qu'il  aurait 
perçus  si  le  ménage  était  resté  dans  la  paroisse. 

Le  curé  bénissait  les  fours  à  chaux,  les  maisons  nouvelles, 
les  champs,  les  prés,  les  gens  et  les  bétes,  à  10  sols  par  fois  et 
un  bon  dîner. 

Les  larves  de  hannetons  ou  autres  insectes  faisaient-ils  des 
dégftts  dans  la  paroisse,  vite  on  appelait  le  curé.  Celui-ci  en 
référait  à  l'archevêque  de  Besançon,  pour  lui  demander  l'auto- 
risation de  fulminer  des  malédictions  contre  ces  insectes.  On 
parcourait  alors  en  procession  les  campagnes  infectées,  et  l'on 
payait  au  curé  un  demi-écu  pour  la  première  excommunica- 
tion. Les  insectes  étaient-ils  rebelles,  on  renouvelait  jusqu'à 
trois  fois  la  procession,  et  les  anathèmes,  à  un  quart  d'écu,  ou 
15  sols  bftlois  par  séance.  —  Nous  ne  savons  si  ces  imprécations 
avaient  du  succès,  mais  on  pourrait  en  essayer  pour  l'oïdium, 
les  sauterelles  et  autres  fléaux  champêtres,  en  réservant, 
comme  à  Goumois,  de  payer  au  rabais  en  cas  d'insuccès. 

La  paroisse  payait  six-quarts  d'écu  pour  le  vin  et  les 
hosties  employées  à  la  célébration  de  la  messe.  Les  procès- 


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474  BEVUE  d'alsaœ 

sions  des  Rogations  se  faisaient  gratuitement,  mais  si  Ton 
appelait  le  curé  pour  bénir  les  abeilles,  les  croix  des  fontaines, 
ou  autres  objets,  alors  on  lui  devait  un  cadeau  en  beurre  ou 
en  œufs  frais.  —  Les  croix  des  fontaines  rappellent  le  culte 
des  sources  qu'on  n'a  pu  déraciner  qu'en  les  mettant  sous  la 
protection  de  la  croix,  comme  le  culte  des  arbres  a  été  rem- 
placé par  celui  de  quelque  image  de  saint  attachée  au  tronc 
vénéré. 

La  convention  qu'on  vient  d'analyser  a  été  passée  le 
15  octobre  1710,  dans  l'église  de  Goumois,  et  l'of^cialité  de 
Besançon  l'a  ratifiée  le  13  avril  de  l'année  suivante.  Chaque 
paroisse  de  Tévêché  de  Bâte  en  avait  dans  le  même  genre, 
seulement  la  forme  générale  était  imposée  par  l'évêque,  et 
les  paroissiens  débattaient  les  détails  avec  leurs  curés.  Ces 
actes,  très  nombreux  aux  archives  de  l'évéché,  indiquent 
rimmixtion  du  clergé  dans  une  foule  de  choses  de  l'ordre 
civil,  et  presque  toujours  des  choses  fort  inconvenantes,  mais 
profitables  au  clergé.  Ce  n'est  que  la  Révolution  de  1789 
et  1792,  dans  Tévêché  de  Bâle,  qui  mit  fin  à  ces  usages  plus 
que  surannés.  * 

Nous  avons  puisé  cette  notice  dans  les  archives  précitées, 
et  dans  celles  de  la  mairie  de  Goumois,  que  nous  avons  eu 
occasion  de  consulter  pour  écrire  l'histoire  des  institutions 
constitutionnelles  et  juridiques  des  diverses  seigneuries  de 
révèché  de  Bâle.  Elle  figure  avec  beaucoup  plus  de  déve- 
loppements archéologiques  et  historiques  dans  nos  manuscrits 
renfermant  l'histoire  de  plus  de  cent  cinquante  châteaux  qui 
hérissaient  jadis  les  rochers  et  les  collines  du  Jura  bernois, 
et  dont  il  ne  restera  bientôt  plus  que  nos  gros  in-folios,  le 
temps  et  la  main  des  hommes  achevant  chaque  jour  de 
détruire  ces  restes  des  temps  féodaux. 

A.   QUIQUEREZ. 


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LES    MONTBELIARDS 
EN  PALESTINE 

Suite  et  fin. 


Lors  des  conférences  de  Ferentino  (1222),  où  Frédéric  II 
reçut  la  couronne  impériale  des  mains  d'Honorius  III,  le 
pape,  désirant  assurer  au  royaume  de  Jérusalem  Tappui  du 
plus  puissant  prince  de  TOccident,  songea  à  l'intéresser  per- 
sonnellement à  sa  conservation  en  lui  faisant  épouser  Jolande. 
Jean,  invité  aux  conférences  où  se  discutaient  les  intérêts  de 
son  royaume,  s'y  présenta  accompagné  de  son  connétable;  et, 
aussitôt  après  les  fiançailles  de  sa  flUe,  se  mit  à  parcourir  de 
nouveau  l'Europe,  cherchant  des  alliés  et  des  secours  contre 
les  Musulmans.  Le  héros  des  croisades  fut  partout  accueilli 
comme  en  triomphe;  et  il  alla  ainsi  jusqu'en  Angleterre^ 
jusqu'en  Espagne,  où  il  épousa,  à  l'âge  de  72  ans,  Bérengère 
de  Castille,  qu'avait  captivée  le  récit  de  ses  travaux  et  de  ses 
souffrances. 

Mais  à  peine  le  mariage  de  Jolande  et  de  Frédéric  était-il 
conclu  (9  novembre  1225),  que  l'empereur,  dédaignant  sa 
nouvelle  épouse,  malgré  sa  beauté  qui  l'avait  fait  surnommer 
la  belle  Joie,  et  voyant  toujours  dans  son  beau-père  le 
frère  de  ce  Gauthier  de  Brienne  qui  avait  un  instant  pos- 
sédé le  trône  des  Deux-Siciles,  lui  arracha  la  couionne  de 
Jérusalem,  prétendant  qu'il  en  était  non  le  roi,  mais  le  régent 
au  nom  de  sa  fille.  Au  sortir  même  de  la  cathédrale,  l'empe- 
reur le  somma  publiquement  d'avoir  à  renoncer  au  royaume, 
et  se  fit  aussitôt  prêter  serment  par  les  barons.  Cependant 


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476  REVUE  D' ALSACE 

les  deux  princes  ne  se  brouillèrent  pas  immédiatement,  et  le 
connétable  Eudes,  qui  avait  reçu  récemment  encore  du  roi 
Jean  la  baillie  de  Jérusalem,  fut  maintenu  dans  ses  dignités, 
et  retourna  en  Orient  pour  continuer  d'administrer  le  royaume 
en  l'absence  de  Frédéric* 

Dès  ce  moment  Jean  cessa  de  prendre  part  aux  affaires  de 
la  Terre-Sainte;  mais  le  petit-fils  do  Thierry  de  Montbéliard 
ne  devient  pas  pour  autant  étranger  à  notre  récit  II  avait 
avec  lui  '  près  de  l'empereur  son  neveu  et  pupille,  Gauthier 
de  Brienne,  qui,  ayant  essayé  par  quelques  intrigues  de  ren- 
trer en  possession  de  son  comté  de  Lecce  que  l'empereur  lui 
retenait,  fut  sur  le  point  d'être  assassiné  pendant  qu'il  jouait 
aux  échecs  avec  Frédéric  lui-même.  Sauvé  par  son  oncle,  qui 
fit  à  son  gendre  les  plus  sanglants  reproches,  Gauthier  fut  obligé 
de  se  retirer  en  France,  tandis  que  Jean,  qui  savait  ce  qu'il 
devait  attendre  de  la  vengeance  de  Frédéric,  se  réfugiait  dans 
les  Etats  du  pape,  qui  l'accueillit  avec  beaucoup  de  considé- 
ration, et  lui  confia  le  gouvernement  d'une  grande  partie  de 
ses  provinces.  Honorius  essaya  même  de  rapprocher  le  gendre 
et  le  beau-père;  cependant  les  choses  changèrent  à  l'avéne- 
ment  de  Grégoire  IX,  qui  ne  vit  plus  dans  la  personne  de 
l'ancien  roi  qu'un  instrument  dont  on  pouvait  se  servir 
utilement,  mais  dont  il  fallait  redouter  l'ambition.  De  son 
côté,  Jean,  outragé  à  la  fois  comme  roi  et  comme  père,  atten- 
dait dans  le  silence,  mais  non  sans  impatience,  l'occasion  de 
se  venger;  et  lorsque  le  pape,  brouillé  avec  l'empereur,  leva 
des  troupes  avec  l'intention  d'affranchir  l'Italie  méridionale, 
de  Brienne  en  prit  aussitôt  le  commandement  (1228).  Cette 
guerre  ne  fut  jamais  menée  au  gré  de  ce  hardi  capitaine.  Con- 
trarié par  la  coterie  qui  entourait  le  pape,  et  surtout  par  le 
légat  Pelage,  qui  avait  la  direction  générale  des  affaires,  il  ne 

*  Histoire  d'Eracles. 

*  Comte  de  Sassenay. 


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LES  MONTBÉLIABDS  EN  PALESTINE  477 

put  mettre  d'ensemble  dans  les  opérations  ;  et,  malgré  quelques 
renforts  que  lui  amena  son  neveu  Gauthier,  il  n'eut  jamais 
que  de  mauvaises  troupes  dont  les  exactions  lui  aliénaient 
Tesprit  des  populations.  Néanmoins  il  avait  conquis  une 
grande  partie  du  royaume  de  Naples,  assiégeait  Gaëte,  et 
songeait  même  à  se  faire  proclamer  empereur,  lorsque  Fré- 
déric, averti  par  le  comte  d*Acerra,  revint  en  toute  hflte  de 
Palestine  pour  lui  tenir  tête  ;  et,  avec  l'aide  des  Sarrasins 
qu'il  avait  à  son  service  et  d'un  corps  de  croisés  allemands 
qu'il  trouva  par  hasard  à  Brindes,  il  dispersa  les  porte-defSf 
comme  on  appelait  9lors  les  troupes  pontificales,  et  contraignit 
Jean  de  Brienne  à  rentrer  en  France.  Mais  déjà  cet  infati- 
gable soldat  se  préparait  à  tenter  encore  une  expédition  en 
Palestine,  et  à  profiter  de  Téloignement  de  Frédéric  pour 
reconquérir  ses  anciens  Etats,  lorsque  de  nouvelles  destinées 
l'appelèrent  à  Gonstantinople. 

Baudoin  de  Gourtenay,  héritier  de  l'Empire  latin,  était 
encore  mineur  à  la  mort  de  son  frère  Robert,  et  les  barons 
de  Romanie,  comme  autrefois  ceux  de  Jérusalem,  sentant  la 
nécessité  de  donner  à  ce  trône  chancelant  un  solide  appui, 
jetèrent  les  yeux  sur  Jean,  toujours  prêt,  malgré  ses 
80  ans,  à  tirer  l'épée  pour  le  service  de  la  chrétienté. 
N'osant  lui  proposer  la  régence  de  l'Etat,  ils  lui  offrirent 
l'Empire  sa  vie  durant,  et  lui  demandèrent  en  même  temps, 
pour  le  jeune  Baudoin,  la  main  de  sa  fille  Marie,  née  de 
Bérengère  de  Gastille.  Ce  fut  un  étrange  spectacle  que  l'arri- 
vée de  ce  glorieux  vieillard,  le  front  couvert  de  cheveux 
blancs,  mais  dont  l'âge  et  les  travaux  n'avaient  encore  fléchi 
ni  la  vigueur,  ni  la  haute  taille.  Cependant  son  activité  s'était 
refroidie;  il  était  même  devenu  avare,  et  il  ne  sortit  de  son 
inaction  que  lorsque  Vatace,  empereur  de  Nicée,  et  Azan,  roi 
des  Bulgares,  vinrent  le  réveiller  dans  Gonstantinople  à  la 
tête  de  100,000  Grecs  et  Barbares  et  d'une  flotte  de  800  vais- 
seaux. Le  vieux  lion  ne  se  fit  pas  attendre  :  à  la  tête  de 


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478  RBVUB  d'alsaob 

160  chevaliers  et  de  leurs  servants  d'armes,  il  osa  sortir  des 
portes  de  sa  capitale  ;  et,  appelant  tout  ce  qui  lui  restait  de 
vassaux,  il  défit  ses  ennemis  dans  une  série  de  combats,  telle- 
ment que  de  quarante-huit  corps  de  bataille  qui  avaient  osé 
l'attaquer,  trois  seulement  échappèrent  tout  meurtris  à  sa  fou- 
droyante épée.  Les  Grecs,  animés  au  combat  par  la  présence 
du  héros,  attaquèrent  eux-mêmes  la  flotte  ennemie,  la  disper- 
sèrent, et  vingt-cinq  vaisseaux  furent  ramenés  en  triomphe 
dans  le  port.  Cionstantinople  était  sauvée  encore  une  fois,  et 
les  poètes  purent  comparer  le  guerrier  octogénaire  à  Roland 
et  à  Judas  Machabée;  mais  le  vainqueur  ne  tarda  pas  à  des- 
cendre à  son  tour  dans  la  tombe  (1237);  et,  quand  il  eût  pu 
entrer  en  paradis  couché  sur  les  drapeaux  conquis  et  entouré  de 
ses  bannières  triomphantes,  par  une  fantaisie  bizarre,  il  voulut, 
à  la  suite  d'une  vision  assez  étrange,  y  paraître  dans  l'habit 
d'un  cordelier.  Véritable  type  du  paladin,  Jean  prend  place, 
pour  ainsi  dire,  entre  Amadis  et  Alexandre-le-Grand,  et  nul 
plus  que  lui  n'a  mérité  cette  sorte  de  gloire  qui  s'attache  aux 
exploits  romanesques  et  aux  entreprises  extraordinaires.  Ses 
derniers  triomphes  ont  été  célébrés  par  l'évéque  de  Toumay, 
Philippe  de  Mouskes,  dans  un  poème  qu'a  publié  Ducange 
dans  son  édition  de  Villehardoin  : 

N'aie  Hector,  RoU  ne  Ogiers 
Ne  Judas  Machabeus  U  fiers 
Tant  ne  fit  d'armes  en  esters 
Gom  fit  li  Roy  Jehans  cel  jors, 
Et  il  defors  et  il  dedans 
La  paru  sa  force  et  ses  sens 
Et  li  hardiment  qu'il  avait.  ^ 

Outre  ses  deux  filles  Jolande  et  Marie,  Jean  laissa  trois  fils 
nés  de  Berengère  :  Alphonse,  mort  au  siège  de  Tunis,   le 

*  Gibbon,  t.  XVI,  p.  378. 


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LB8  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  479 

même  jour  que  saint  Louis,  dont  la  descendance  perpétua  jus- 
qu'à Raoul  d'Eu,  premier  du  nom,  connétable  de  France,  mort 
dans  un  tournoi,  le  18  janvier  1344,  aux  noces  de  Philippe 
d'Orléans,  et  Raoul  d'Eu,  deuxième  du  nom,  également  conné- 
table de  France,  décapité  le  18  novembre  1851,  par  ordre 
du  roi  Jean,  comme  coupable  du  crime  de  lèse-majesté. 
Sa  sœur  Marie,  dernière  représentante  de  la  branche  d'Eu, 
épousa  son  cousin,  Gauthier  YI  de  Brienne,  également  dernier 
représentant  de  la  branche  aînée  de  la  famille.  Jean,  frère 
d'Alphonse,  désigné  sous  le  nom  de  Jean  d'Acre,  mourut  en 
1S90,  ne  laissant  qu'une  fille:  enfin  Louis,  le  troisième,  devint 
la  souche  des  vicomtes  de  Beaumont  au  Maine. 

L'administration  des  Allemands  en  Palestine  fut  violente^ 
comme  elle  l'avait  été  en  Italie^  comme  elle  l'a  été  partout. 
Le  comte  Eudes,  dépossédé  de  son  titre  de  bail  en  1227, 
parait  même  avoir  été  contraint  de  passer  momentanément  en 
Chypre,  où  nous  le  trouvons  à  Limisso,  avec  le  patriarche  de 
Jérusalem  et  plusieurs  barons  de  Syrie.  ^  Thomas  d'Acerra, 
qui  lui  avait  succédé,  administra  le  royaume  jusqu'à  la  mort 
de  l'impératrice  Jolande  en  1228.  A  la  nouvelle  de  cet  événe- 
ment, les  barons  de  Palestine  désignèrent  pour  lieutenant  de 
l'empereur,  devenu  bail  naturel  pendant  la  minorité  de  son 
fils  Cloift'ad,  Jean  d'Ibelin  le  vieux,  seigneur  de  Baruth,  qui 
avait  déjà  été  chargé  de  l'administration  de  l'Etat  de  1206  à 
1210,  avant  l'arrivée  de  Jean  de  Brienne  ;  et  on  lui  adjoignit 
pour  collègue  son  neveu  Jean  de  Gésarée,  fils  de  sa  sœur 
Marguerite,  et  de  Gauthier  III  de  Gésarée.  Sur  le  refus  de  ces 
deux  seigneurs,  on  fit  de  nouveau  appel  au  connétable. 

Cependant  Frédéric  s'était  décidé  à  partir  pour  la  Terre- 
Sainte,  et  à  prendre  personnellement  possession  des  Etats 
dévolus  à  son  fils.  Il  vint  aborder  à  Joppé.  et  mit  à  la  tête  de 
ses  troupes  son  maréchal^  Richard  Filangieri  et  Eudes  de 

*  Histoire  d'Eracles. 


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480  BKVUB  d'alsaob 

Montbéliard,  dont  il  s'était  rapproché.^  Mais  dès  son  arriyée»  il 
se  comporta  moins  en  régent  qu'en  souverain.  II  noua  des 
relations  particulières  et  presque  intimes  avec  Malek-el-Eamel 
qui  régnait  encore  en  Egypte  ;  et,  par  l'intermédiaire  de  Thomas 
d'Acerra  et  de  Balian  de  Sajelte,  ses  ambassadeurs,  il  obtint 
du  Soudan,  prince  assez  peu  belliqueux,  qui  redoutait  à  la  fois 
le  monarque  puissant  et  le  capitaine  habile,  la  restitution  de 
Jérusalem,  de  Bethléem,  de  Nazareth,  et  de  toutes  les  places 
intermédiaires  entre  Jaffa  et  Ptolémaïs  ;  en  même  temps  fut 
conclue  une  trêve  de  dix  ans.  L'empereur  se  rendit  aussitôt 
dans  sa  capitale  et  prit  de  sa  main  la  couronne  royale  sur 
l'autel. 

Mais  l'intimité  de  ses  relations  avec  le  Soudan,  et  ses  sévé- 
rités envers  les  barons  dont  il  s'appliquait  à  restreindre  les 
privilèges  et  à  détruire  les  libertés,  avaient  provoqué  un  vif 
mécontentement.  Un  traité  conclu  pacifiquement  avec  les 
infidèles  par  un  prince  excommunié,  avait  paru  un  saciil^e; 
l'archevêque  de  Gésarée  avait  jeté  l'interdit  sur  les  lieux 
saints,  et  refusé  de  couronner  Frédéric  qui  quitta  Jérusalem 
au  milieu  des  imprécations  du  peuple.  Il  laissa,  pour  garder  la 
ville,  Eudes  de  Montbéliard  et  tous  ceux  du  royaume  qui  l'ac- 
compagnaient ;  mais  Ptolémaïs  ne  lui  offi*it  pas  une  retraite 
plus  sûre  que  Jérusalem;  la  ville  était  en  pleine  révolte,  et  ses 
sujets  indignés  de  succès  obtenus  autrement  que  par  le  fer  et 
le  feu. 

Cependant  les  nouvelles  qu'il  recevait  d'Europe,  le  rappe- 
laient au  plus  tôt  en  Italie  pour  tenir  tête  à  son  beau-père  Jean 
de  Brienne  qui,  c^mme  nous  l'avons  vu,  était  alors  en  voie 
de  conquérir  le  royaume  de  Naples.  Â  l'appel  de  quelques 
seigneurs  mécontents,  il  passa  en  Chypre  et  essaya  de  réduire 
d'un  coup  de  main  cette  ile  à  son  autorité.  N'y  pouvant  réussir 

^  Bibliothèque  des  croisades,  chronique  de  Richard  de  Saint-Germain  : 
Un  nommé  Odon  de  Montbéliard. 


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LES  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  481 

aussi  promptement  qu'il  l'aurait  youlu,  et  de  plus  en  plus 
pressé  de  quitter  l'Orient,  il  laissa  à  sa  place  *  comme  lieute- 
nants du  royaume  de  Jérusalem,  Balian  de  Sajeite  et  Garnier 
TÂleman  ;  en  mêrhe  temps  qu'il  laissait  la  conduite  de  ses 
intérêts  en  Chypre  à  cinq  seigneurs  dévoués,  à  la  tête  des- 
quels était  Aimery  ou  Caraerin  Barlais.  Garnier  l'Aleman, 
s'étant  fait  templier  peu  de  temps  après,  fut  remplacé  encore  une 
fois  par  le  connétable  Eudes,  qui,  à  la  mort  de  Balian  (1239), 
resta  seul  chargé  de  l'administration.  On  trouve  plusieurs  actes 
souscrits  par  lui  dans  les  années  1231, 1232  et  1233;  et  plus 
tard  encore,  vers  1240,  lorsque  Conrad  fut  en  âge  de  prendre 
en  main  le  pouvoir,  les  hommes  liges  du  royaume,  de  plus 
en  plus  mécontents  des  vexations  des  Allemands,  ayant  déclaré 
l'empereur  déchu  de  ses  fonctions  de  bail,  choisirent  pour  la 
quatrième  fois  Eudes  en  cette  qualité.  Ainsi  pendant  tout  ce 
laps  de  temps,  l'administration  du  royaume  fut  presque  cons- 
tamment entre  les  mains  de  ce  personnage,  qui,  toujours 
fidèle  aux  droits  des  descendants  de  la  maison  de  Brienne,  fut 
seul  à  s'opposer  aux  prétentions  qu'en  l'absence  du  souverain, 
cherchait  à  faire  prévaloir  Alix,  reine  de  Chypre,  veuve  de 
Hugues  I,  fille  d'Isabelle  de  Jérusalem  et  de  Henry  de  Cham- 
pagne. Elle  finit  par  être  reconnue  reine  de  Jérusalem;  néan- 
moins on  respecta  les  droits  de  Conrad,  qui  continua  d'être 
regardé  comme  l'héritier  légitime  du  royaume. 

Cette  histoire  du  connétable  Eudes  est  quelque  peu  ingrate, 
et  nous  regrettons  que  quelque  détail  particulier  et  plus 
intime  ne  nous  ait  pas  permis  de  le  voir  de  plus  près,  et  de  le 
connaître  autrement  que  comme  guerrier  et  comme  adminis- 
trateur. Nous  ne  pourrions  même  nous  faire  qu'une  idée  assez 
vague  de  ses  mérites,  si,  à  le  voir  constamment  mêlé  aux 
événements  contemporains,  toujours  rangé  aux  côtés  des 
hommes  les  plus  illustres  d'alors,  nous  ne  devions  en  conclure 

*  DuCANOE,  passim. 

4"*  Année.  —  Nouvelle  Série.  31 


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482  REVUE  d'alsage 

qu'il  a  droit  lui-même  aux  premières  places,  comme  il  les  a 
occupées  effectivement",  et  que  sa  valeur  morale  est  peut-être 
encore  au  dessus  de  rilluslration  à  laquelle  il  est  parvenu. 

Il  se  trouva  pendant  un  temps  mêlé  à  la  lutte  que  soutinrent 
les  Ibelins  contre  les  partisans  de  Frédéric  II  en  Chypre,  et 
nous  le  rencontrons  de  nouveau  au  nombre  des  seigneurs 
qui  accompagnèrent  Thibaut  de  Champagne,  les  ducs  de  Bre- 
tagne et  de  Bourgogne  dans  la  malheureuse  tentative  contre 
Gaza,  où  périrent  si  tristement,  comme  nous  le  verrons  plus 
loin,  les  comtes  de  Bar  et  de  Montfort. 

Devenu  seigneur  de  Tabarie  ou  Tibériade,  du  fiait  de  sa  femme 
Ëschive  de  Bure,  il  s'était  efforcé  de  mettre  sa  ville  et  son  cbftteau 
à  Tabri  des  excursions  des  Musulmans,  en  les  entourant  de  forti- 
ûcations.  Cependant  la  place  fut  prise  par  Barbaquan  et  les 
Karismiens  (1247);  mais  à  cette  époque  Eudes  avait  cessé  de 
vivre,  sans  qu'on  sache  exactement  le  moment  de  sa  mort. 
Tabarie  fut  rendu  encore  une  fois  aux  chrétiens  par  le  sultan  de 
Damas  ;  mais  il  fut  repris  peu  de  temps  après  par  les  Egyp- 
tiens qui  en  détruisirent  les  fortifications,  et  cette  place  resta 
dès  lors  aux  mains  des  inQilèles.  Eudes  laissa  un  fils  qui 
mourut  jeune,  et  deux  filles^  Marie,  qui  épousa  Hugues  d'Tbelin 
et  ne  laissa  point  de  postérité,  et  Simone  qui  épousa  Philippe 
d'Ibelin,  fils  de  Baudoin,  sénéchal  de  Chypre,  dont  elle  eut 
sept  ou  huit  enfants.  Le  plus  illustre  fut  Balian,  qui  porta, 
comme  son  grand-père  Eudes,  les  titres  de  prince  de  Galilée 
et  de  seigneur  de  Tibériade;  il  futTépoux  d'Altx  de  Lusignan, 
fille  du  roi  de  Chypre  Hugues  III,  et  son  fils  Jacques  fut  le 
rédacteur  du  second  livre  des  Assises.  Une  sœur  de  Balian, 
Marie,  épousa  Guy  ou  Guyotin,  fils  du  comte  Jean  de  Jaffa; 
une  autre,  Eschive,  épousa  Guy  de  Dampierre.* 

Cependant  la  famille  de  Montbéliard  n'était  pas  restée  étran- 
gère aux  événements  survenus  en  Chypre  dans  les  dernières 

*  DUCANGE,  p.  379. 


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LES  MONTBÉLIABDS  EN  PALESTINE  483 

années.  C'est  dans  cette  île  que  Gauthier  avait  pris  terre  à  son 
arrivée  en  Orient  ;  et  depuis  ce  moment,  par  leurs  diverses 
alliances,  ses  descendants  n'avaient  fait  que  consolider  leur 
situation  au  pied  du  trône  des  Lusignans.  Le  roi  Hugues,  en 
mourant  (1218),  avait  laissé  d'Alix  de  Jérusalem  un  fils 
nommé  Henri  qui  lui  succéda,  et  deux  filles  dont  Tune,  Marie, 
épousa  Gauthier  IV  de  Brienne,  neveu  du  roi  Jean,  et  Isabelle, 
qui  épousa  Henri  d'Antioche,  fils  de  Bohémond  IV.  Le  jeune 
roi  n'avait  que  9  mois  à  la  mort  de  son  père,  et  la  reine  Alix 
avait  donné  la  conduite  des  affaires  à  ses  deux  oncles,  Jean 
d'Ibelin  et  Philippe  d'Ibelin,  mari  d'Alix  de  Montbéliard,  qui 
avait  été  tout  particulièrement  l'auteur  du  mariage  de  la  reine 
douairière  avec  le  roi  Hugues.  Les  Ibelins  firent  couronner 
le  jeune  roi  dès  qu'il  eut  atteint  l'flgede  7  ans  ;  et,  comme  Alix, 
qui  s'était  remariée  à  Baudoin  V  d'Antioche,  avait  voulu,  à 
la  suite  de  quelques  différends  avec  ses  oncles,  déposséder 
Philippe  de  la  régence  pour  la  donner  à  Aimery  Barlais,  Phi- 
lippe résista,  tellement  que  Beaudoin  de  Belesme  ayant  déclaré 
ne  vouloir  reconnaître  d'autre  autorité  que  celle  de  la  reine, 
les  autres  lui  coururent  sus  et  le  laissèrent  pour  mort  sur  la 
place.  C'est  alors  que  les  barons  opposés  au  parti  des  Ibelins, 
appelèrent  en  Chypre  Frédéric  II,  au  moment  où  il  quittait 
Acre  pour  retourner  en  Europe.  Frédéric  traita  d'abord  assez 
humainement  Jean  d'Ibelin  qui  était  venu  le  trouver  avec  le 
jeune  roi.  Il  invita  même  ce  seigneur  à  sa  table,  avec  ses  fils, 
sous  prétexte  de  parler  des  affaires  de  Terre-Sainte;  mais  dès 
qu*il  les  eut  entre  les  mains,  il  jeta  le  masque  et  les  retint 
tous  prisonniers.^  Le  roi  lui-même,  qu'il  avait  aussi  engagé  à 
venir  le  trouver,  fut  traité  en  captif;  et,  à  la  fois  par  violence 
et  par  fraude,  l'empereur  resta  maître  de  presque  toute  la 
Chypre  ;  il  s'efforça  même  de  dépouiller  Jean  d'Ibelin  de  sa 
seigneurie  de  Baruth.  La  contestation  finit  par  être  remise  à 

^  Mathieu  Pabib,  Bibliothèque  de9  croisades,  t.  II,  p.  793. 


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484  REVUE  D*AL8ACE 

l'arbitrage  des  barons  de  Jérusalem  pour  ce  qui  concernait 
cette  seigneurie,  et  à  celui  des  barons  de  Chypre  pour  le  titre 
du  bail  de  ce  royaume  que  réclamait  Frédéric.  En  attendant, 
Jean  fut  obligé  pour  recouvrer  sa  liberté,  de  fournir  caution 
et  de  laisser  en  otage  auprès  des  impériaux  ses  deux  fils, 
Hugues  et  Balian.  Sur  ces  entrefaites,  l'empereur  ne  pouvant 
s'arrêter  plus  longtemps  en  Chypre,  vendit  la  baillie  de  l'île 
moyennant  10,000  marcs  d'argent,  à  cinq  seigneurs,  dont 
Ducange  donne  les  noms,  et  à  la  tête  desquels  était  Barlais, 
qui,  comme  nous  l'avons  déjà  indiqué,  devait  administrer 
jusqu'à  la  majorité  du  roi. 

Les  choses  ne  restèrent  pas  longtemps  dans  cette  situation. 
Ibelin  reprit  les  armes  (1228),  et  s'efforça  de  rétablir  l'autorité 
du  roi  Henri  et  du  parti  national  en  débarrassant  la  Chypre  de 
la  présence  des  impériaux.  Barlaiset  ses  collègues  furent  peu  à 
peu  expulsés  de  toutes  les  positions  qu'ils  occupaient,  et  bat- 
tirent en  retraite  vers  Nicosie.  La  guerre  se  prolongea  pen- 
dant plusieurs  années:  elle  fut  féconde  en  brillants  faits 
d'armes,  et  de  vaillants  guerriers  y  prirent  part.  Parmi  les 
Ibelins  figurent  particulièrement  Philippe  de  Navarre,  tour  à 
tour  poète,  guerrier,  jurisconsulte  éminent,  l'une  des  plus 
nobles  figures  de  cette  époque,  et  à  côté  de  lui  Balian  d'Ibelin, 
également  guerrier  et  juriste,  et  au  dire  de  Philippe  lui-même, 
<  personnage  moult  courtois,  aimable  et  gracieux.  »  A  la  tête  de 
ces  héros,  et  non  moins  intrépide,  apparaît  le  vieux  Jean,  qui, 
dans  une  rencontre,  recevant  la  fausse  nouvelle  de  la  mort  de 
ses  trois  fils,  n'arrêta  pas  même  son  cheval,  se  contentant  de 
répondre:  «  Ainsi  doivent  mourir  les  chevaliers,  en  défendant 
leur  personne  et  leur  honneur.  >  A  quelque  temps  de  là,  il  se 
trouva  tout  à  coup  à  la  tête  de  ses  Cypriotes,  en  face  des 
impériaux  qui  débouchaient  dans  la  plaine  près  de  Nicosie. 
Aussitôt  le  vieux  guerrier  rend  grâces  à  Dieu  et  range  son 
armée  en  bataille.  L'avant-garde  était  ordinairement  com- 
mandée par  Balian;  mais,  cette  fois,  il  la  confie  à  Hugues,  son 


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LBS  MONTBÉLUBDS  EN  PALESTINE  4B5 

second  fils  ;  Baudoin,  le  troisième^  et  le  sire  de  Gésarée,  son 
neveu,  commandaient  le  corps  de  bataille,  et  lui-même  était 
à  l'arrière-garde  avec  le  roi.  Balian  se  plaignit  de  ces  dispo- 
sitions:* Pourquoi,  dit-il  à  son  père,  l'avant-garde  que  j'ai  tou- 
jours commandée,  est-elle  aujourd'hui  donnée  à  d'autres  ?  »  Il 
se  trouvait  alors  sous  le  coup  d'une  excommunication  parce  qu'il 
refusait  d'épouser  une  dame  noble  qu'il  avait  séduite.  «  A 
Dieu  ne  plaise,  lépondit  le  siredeBaruth,  quedes  hommes  qui 
ne  sont  pas  dans  sa  grâce,  dirigent  notre  armée.  Jure  de  te 
réconcilier  avec  l'Eglise  et  de  te  marier,  et  je  te  rendrai  ton 
commandement,  sinon,  non  ;  mais  tu  peux  rester  avec  nous  à 
Tarrière-garde.»  Balian  refusa  l'une  et  l'autre  de  ces  conditions; 
mais  avec  cinq  chevaliers,  dont  le  premier  était  Philippe  de 
Navarre,  il  sortit  du  camp  et  alla  se  poster  dans  un  défilé 
étroit  que  venait  de  franchir  l'avant-garde  ennemie,  et  où  il 
prétendait,  lui  sixième,  arrêter  le  corps  principal.  Il  fît  en 
effet  avec  ses  compagnons  des  prodiges  de  valeur,  et  de 
tous  les  rangs  de  l'armée  cypriote  on  criait  au  sire  de  Baruth 
pour  aller  les  arracher  à  la  mort  ;  mais  le  vieil  Ibelin,  toujours 
impassible,  disait  :  <  Laissez-le  faire,  notre  Seigneur  l'aidera;  il 
n'est  pas  prudent  de  mettre  en  danger  toute  une  armée  pour 
sauver  un  homme.  »  L'avant-garde  des  Italiens,  ne  voyant  pas 
arriver  son  corps  de  bataille,  n'osa  pas  attaquer,  et  l'armée  tout 
entière,  ainsi  coupée  en  deux,  fut  ensuite  aisément  battue.^ 

Quelle  est  la  dame  dont  il  est  question  ?  Nous  l'ignorons. 

Aussitôt  après  la  victoire  de  Nicosie,  Balian  était  allé 
mettre  le  siège  devant  le  château  de  Saint-Hilarion  ou  de  Dieu 
d'Amour,  sorte  de  nid  d'aigle  perché  sur  des  rocs  inacces- 
sibles, à  780  mètres  au-dessus  de  la  mer.  Richard  Cœur-de- 
Lion  n'avait  pu  s'en  emparer  ;  Frédéric  II  n'avait  osé  l'atta- 
quer, et  n'en  était  devenu  maître  qu'à  la  suite  du  traité  conclu 
avec  le  régent.  Les  administrateurs  impériaux  s'y  étaient  réfu- 

'  De  Mab-Latrib,  Histoire  de  Chypre,  t.  I. 


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486  BEVUE  D'ALSACE 

giés,  et  pendant  dix  mois  ils  résistèrent  aux  attaques  des 
assaillants.  Philippe  de  Navarre  manqua  d'y  être  tué,  et  déjà 
les  assiégés,  le  voyant  couvert  de  blessures,  criaient  du  haut 
des  remparts  :  «  Le  poète  est  tué,  il  ne  viendra  plus  nous 
ennuyer  de  ses  chansons  >,  lorsque  fialian  survint  et  Tarracha 
à  la  mort.  Enfin,  à  bout  de  ressources  et  réduits  à  manger 
leurs  chevaux,  les  impériaux  demandèrent  la  paix  et  livrèrent 
la  place. 

Cependant  Frédéric,  voyant  la  Chypre  près  de  lui  échapper, 
avait  envoyé  en  Orient,  avec  de  nouvelles  troupes,  son  maré- 
chal Richard  Filangieri  qui  s'était  jeté  sur  les  terres  de  Baruth 
et  en  assiégeait  le  château.  De  ma  côté  Ibelin  s'efforçait  de 
soulever  Ptolémaïs  contre  l'autorité  impériale,  et  de  forcer 
ainsi  Filangieri  de  lever  le  siège  de  sa  ville.  Le  connétable 
Eudes  et  Gérin,  maistre  de  l'Hospital  de  Saint-Jean,  s'en  par- 
tirent d'Acre  et  s'en  allèrent  à  Baruth*;  ils  hébergèrent  dehors 
la  ville,  et  parlèrent  à  une  partie  et  à  l'autre  pour  essayer 
d'amener  la  paix.  Ils  ne  réussirent  pas,  et  Filangieri  ayant 
surpris  l'armée  royale  près  de  Casai  Imbert,  la  mit  en  déroute, 
et  aussitôt  après  envahit  de  nouveau  la  Chypre.  En  quelques 
mois  elle  fut  reconquise  tout  entière,  à  l'exception  des  chftteaux 
de  Saint-Hilarion  et  de  Buffavent. 

Ce  fut  Eschive  de  Montbéliard,  sœur  du  connétable  Eudes, 
qui  sauva  cette  dernière  place.  Elle  était  devenue  la  femme 
de  Balian,  et  pendant  qu'il  guerroyait  en  Palestine,  elle  s'était 
retirée  dans  la  maison  de  l'Hôpital  à  Nicosie.  En  voyant 
Barlais  maître  de  cette  capitale^  elle  s'échappa  déguisée  en 
franciscain,  courut  à  Buffavent,  et  par  son  énergie  détermina 
le  châtelain,  vieux  chevalier  nommé  Gérard  de  Couches,  à 
mettre  la  forteresse  en  état  de  défense.  Elle  recruta  des 
hommes,  amassa  des  provisions,  si  bien  que  l'ennemi  n'osa  pas 
attaquer  la  place,  où  néanmoins  elle  resta  bloquée  jusqu'au 

^  Histoire  d'Eracles. 


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LES  MONTBÊLIARDB  EM  PALESTINE  487 

moment  où  la  yictoire  d'Agridi  (15  juin  1282)  assura  enfin 
le  triomphe  du  roi  et  des  Ibelins,  et  contraignit  les  impériaux 
à  quitter  Tîle  définitivement. 

C'est  cette  même  Eschive  qui,  devenue  dame  de  Baruth,  est 
mentionnée  par  Joinville  comme  sa  cousine,  et  comme  lui 
ayant  envoyé  à  Damiette  un  petit  vaisseau  pour  faciliter  le 
débarquement. 

La  guerre  était  pour  les  habitants  de  la  Palestine  un  état 
permanent,  et  pour  les  chevaliers  non-seulement  une  profes- 
sion, mais  une  passion,  une  nécessité.  Lors  du  traité  conclu 
entre  Frédéric  II,  et  Malek-el-Kamel,  on  avait  exclu  de  la 
trêve  Tripoli,  Antioche.  Margat,  Tortose  et  l'importante  forte- 
resse nommée  le  Krak  des  Chevaliers.  Cette  place,  destinée  à 
défendre  les  passages  qui  conduisent  d'Ëmèse  et  de  Hamah 
dans  la  principauté  de  Tripoli,  appartenait  aux  Hospitaliers 
qui  delà  dirigeaient  de  fréquentes  expéditions  contre  les  villes 
musulmanes,  et  avaient  vu  eux-mêmes  à  maintes  reprises 
les  forces  des  sultans  venir  se  briser  contre  leurs  inexpu- 
gnables remparts.  Ils  avaient  même  réussi  à  rendre  tributaires 
les  princes  d'Hamah;  mais  en  1233  un  nouveau  sultan  fut 
proclamé,  et  il  refusa  le  tribut  payé  par  ses  prédécesseurs. 
La  trêve  fut  rompue,  et  les  Hospitaliers  appelèrent  à  leur 
aide  toutes  les  forces  disponibles  dans  le  royaume.  Aussitôt 
accoururent  Armand  de  Périgord,  grand-maltre  des  Templiers, 
Jean  d'ibelin,  débarrassé  enfin  de  Filangieri,  et  avec  lui  cent 
cavaliers  cypriotes,  Gauthier  de  Brienne,  avec  quatre-vingts 
cavaliers  venus  des  environs  de  Jérusalem,  Pierre  d'Avalon, 
neveu  du  connétable/Eudes  par  Helvis  ou  Heloïs  de  Bure, 
sœur  d'Eschive,^  et  une  foule  d'autres  guerriers  de  renom.  L'ar- 
mée vint  camper  dans  la  plaine  de  la  Bochée,  au  pied  du  château, 
et  se  porta  de  là  sur  Montferrant,  alors  au  pouvoir  des  Musul- 
mans qui  l'avaient  abandonné  en  laissant  les  rues  encombrées 

*  DucANOE,  446.  —  Joinville  le  mentionne  comme  son  coasin. 


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488  REVUE  D'ALSACE 

de  barricades.  La  place  fut  détruite,  et  pendant  huit  jours  Tar- 
mée  parcourut  les  environs  du  Krak,  brûlant  les  caseaux  sur 
son  passage.^ 

Le  vieux  Jean  d'Ibelin  était  mort  peu  après,  vers  le  7  août 
1284,  laissant  la  seigneurie  de  Baruth  à  Balian  IIL  Hugues, 
son  second  fils,  était  mort  jeune;  le  troisième  nommé  Jean, 
comme  son  père,  eut  Arsur;  Guy  et  Beaudoin  restèrent  en 
Chypre  dont  ils  devinrent,  l'un  connétable,  l'autre  sénéchal. 

Cette  seigneurie  de  Baruth  ^,  Tune  des  plus  importantes  du 
royaume  de  Jérusalem,  avait  été  reconquise  sur  les  succes- 
seurs de  Saladin  en  1197,  et  le  roi  Âmaury  de  Lusignan 
l'avait  cédée  à  Jean  le  vieux  en  échange  de  la  connétablie  de 
Jérusalem  qui  lui  appartenait.  Les  Ibelins  s'appliquèrent  à 
faire  de  cette  place  une  position  importante  ;  ils  en  relevèrent 
les  tours  et  les  murs  ruinés  par  les  sièges,  entourèrent  le 
port  de  défenses  dont  on  voit  encore  les  restes,  et  rendirent 
la  ville  incomparablement  plus  forte  qu'auparavant.  <r  C'était, 
dit  Arnold  de  Lubeck,  la  plus  belle  et  la  plus  forte  place  du 
pays;  elle  a  un  port  excellent,  ouvert  à  tous  les  vaisseaux 
qui  arrivent.  »  C'est  dans  cette  ville  que  Saladin  se  fit  cou- 
ronner roi  de  Jérusalem,  et  fut  salué  sultan  de*  Babylone.  Sa 
cathédrale,  aujourd'hui  transformée  en  mosquée,  est  un  vaste 
monument  intermédiaire  entre  le  roman  et  le  gothique; 
elle  est  voûtée  en  berceau,  mais  la  porte  est  surmontée  de 
l'ogive.'  On  cite  aussi  avec  admiration  les  travaux  d'embellis- 
sement que  les  Ibelins  firent  à  leur  palais  où  se  voyait,  entre 
autres  œuvres  d'art,  un  pavé  en  mosaïque  exécuté  par  des 
artistes  orientaux,  et  une  salle  lambrissée  de  marbre,  au  milieu 
de  laquelle  était  un  dragon  qui  jetait  de  l'eau  par  len  naseaux 
dans  une  piscine  dont  le  fond  était  également  formé    d'une 

•  G.  Rey,  Monuments  d'architecture  militaire^  p.  63.  —  Cont.-Guil. 
DE  Tyr,  ch.  XXXIII,  38. 

•  Aujourd'hui  Beyrouth. 

•  Albert  Lenoir,  ÀrchUeclure  monastique,  t.  II,  p  278. 


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LES  MONTBÉLIÂRDS  EN  PALESTINE  489 

mosaïque  représentant  des  fleurs  aux  couleurs  éclatantes  et 
d'une  rare  magnificence.*  Aujourd'hui  encore  Beyrouth  est 
une  des  villes  les  plus  florissantes  de  Syrie.  Sa  position  est 
magnifique,  et  à  la  voir  du  haut  des  collines  qui  l'entourent, 
on  dirait  une  corbeille  de  feuillage  et  de  fleurs. 

Telle  était  la  demeure  d'Eschive  de  Montbéliard.  Il  exis  e 
une  description  de  Tibériade  dans  VHistoire  de  Jérusalem  de 
Jacques  de  Vitry,  évêque  de  Saint-Jean  d'Acre;  mais  nous 
n'avons  pu  l'avoir  sous  les  yeux.  Quant  au  château  d'Ibelin  *, 
dont  il  ne  subsiste  aujourd'hui  que  quelques  restes  d'une 
épaisse  muraille  et  une  chapelle,  ce  ne  fut  (robablement 
qu'un  vaste  quadrilatère,  flanqué  de  quatre  tours  aux 
angles,  destiné  bien  plutôt  à  la  défense  qu'à  la  demeure  de 
quelque  famille  princière.  Depuis  tantôt  un  siècle  et  demi 
que  la  Terre-Sainte  avait  passé  dans  les  mains  des  Francs, 
malgré  les  guerres  incessantes  qui  avaient  désolé  son  terri- 
toire, le  nouvel  Etal  était  loin  d'avoir  vécu  sans  gloire,  et  s'il 
n'avait  pas  joui  d'une  véritable  prospérité,  il  avait  eu  du 
moins  des  jours  de  splendeur  et  d'illustration.  Il  est  presque 
inconcevable  qu'au  milieu  de  tant  de  luttes  et  de  désastres, 
il  y  ait  eu  place  pour  les  lettres  et  les  arts.  II  est  vrai  que 
les  arts  produisirent  surtout  des  monuments  religieux  et  guer- 
riers; que  les  lettres  donnèrent  particulièrement  naissance  à 
des  chroniques  et  à  des  travaux  de  jurisprudence.  Les  œuvres 
et  les  institutions  créées  en  raison  des  circonstances  et  des  néces- 
sités du  moment,  sont  toujours  celles  qui  peignent  le  mieux  les 
hommes  et  les  temps  qui  les  ont  vues  naître  et  dont  elles  sont 
l'expression  naturelle,  ce  sont  toujours  les  plus  recommandables 
et  les  meilleures  parce  qu'elles  sont  les  plus  ratiouelles.  Il 
fallait  organiser  le  royaume  et  lui  donner  des  lois,  comme  il 
fallait  pourvoir  à  sa  défense,  créer  des  armées  et  construire 

^  G.  Rey,  Monuments  d'architecture  militaire. 
•  G.  Rey,  Ibidem,  p.  125.  —  Ducange,  p.  360. 


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490  REVUE  D' ALSACE 

descbftteaux;et,de  même  que  les  monuments  de  Tarchitecture 
militaire  des  croisés  ont  particulièrement  mérité  Tatten^on  des 
ingénieurs,  ainsi  les  Assises  de  Jérusalem  et  les  écrits  où  elles 
ont  été  recueillies  et  commentées,  sont  restés  au  nombre  des 
documents  le»  plus  remarquables  que  nous  ait  légués  le  moyen- 
ftge  sur  le  régime  féodal.  Mais  le  développement  intellectuel 
d'un  peuple  n'est  jamais  exclusif,  et  après  que  Ton  eut  pourvu 
aux  premières  exigences  de  la  situation,  il  y  eut  quelque  place 
pour  des  travaux  moins  gravas.  Si  le  royaume  de  Jérusalem, 
toujours  agité,  et  de  si  courte  durée,  ne  vit  nattre  ni  litté- 
rateurs proprement  dits,  ni  artistes  éminents,  il  en  fut 
autrement  de  la  cour  des  rois  de  Chypre,  qui  pendant 
un  temps  ne  laissa  pas  de  répandre  un  éclat  réel.  Au  reste,  la 
guerre  n'est  pas  antipathique  à  la  poésie;  le  poète  chante  les 
grands  faits  d'armes,  comme  Thistorien  les  raconte  ;  il  y  a  place 
pour  eux  au  milieu  des  camps,  et  souvent  même  c'est  le  bruit 
des  combats  qui  les  inspire.  C'est  ainsi  que,  à  côté  de  Guil- 
laume de  Tyr,  de  Jacques  de  Vitry  et  des  nombreux  chroni- 
queurs qui  accompagnaient  les  croisés,  sans  même  sortir  du 
cercle  de  guerriers  qui  figurent  dans  ce  tableau,  nous  ren- 
controns Philippe  de  Navarre,  Thibaut  de  Champagne,  Jean 
de  Brienne,  le  roi  Hugues  de  Lusignan,  et  Frédéric  II  lui- 
même.  Il  n*est  pas  impossible  encore  que  Tidée  première  du 
Saint-Graal  soit  venue  de  Chypre,  et  touche  d'assez  près  à  nos 
Mantbéliards. 

L'art  en  Palestine  fut  généralement  une  association  de  la 
solide  lourdeur  des  monuments  francs  avec  l'ornementation 
orientale.^  Les  églises  nombreuses  élevées  à  l'origine  furent 
presque  toutes  de  style  roman  ;  mais  pendant  l'occupation, 
l'Occident  s'était  avancé  vers  l'art  gothique,  et  tous  les  édifices 
élevés  dans  la  Palestine  après  les  premiers  temps,  portent  la 

^  Albert  Lenoir,  Architectwre  monastique,  t.  II,  p.  2B0.  —  De 
Mas-Latrie,  Lettre  an  rédacteur  du  MagaHn  pittoresque,  1847. 


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LES  MOHTBÉLIABDS  BN  PALB8TIMB  491 

trace  de  la  transition  qui  s'effectuait.  A  Antioche,  à  Edesse  et 
sur  presque  toutes  les  côtes  de  Syrie,  Tare  du  nord  se  mêle 
aux  derniers  efforts  du  roman  et  du  bysantin  près  de  s'éteindre. 
A  Baruth,  à  Sour,  à  Saint-Jean  d'Acre,  à  Naples,  les  ouver- 
tures gothiques  sont  encore  ornées  de  frettes  romanes.  A  Jéru- 
salem, les  églises  du  Cénacle  et  de  Sainte- Anne  présentent  le 
mélange  de  l'arc  aigu  et  du  plein  cintre  roman  ;  celle  du 
Saint-Sépulcre  et  le  tombeau  de  la  Vierge  n'ont  que  l'arc 
gothique  sur  leur  façade.  C'est  aussi  de  l'art  gothique  que  se 
sont  particulièrement  inspirés  les  artistes  cypriotes.  Guy  de 
Lusignan  éleva  la  magnifique  cathédrale  de  Sainte-Sophie  dans 
la  ville  de  Nicosie.  Les  Ibelins  y  construisirent  le  monastère 
de  Saint-Dominique  où  ils  avaient  leurs  tombeaux,  et  qui 
devint  après  la  perte  de  Jérusalem  la  résidence  du  patriarche 
de  ce  royaume;  aujourd'hui  il  existe  encore  dans  cette  capitale 
plus  de  dix  mosquées  qui  furent  toutes  à  l'origine  des  églises 
françaises. 

A  l'arrivée  des  croisés,  l'Ile  tout  entière  était  encore  pleine 
des  souvenirs  du  paganisme  et  du  culte  d'Aphrodite.  Aujour- 
d'hui, elle  est  couverte  des  monuments  élevés  par  les  Lusi- 
gnans,  et  peuplée  de  leurs  souvenirs.  Au  pied  des  Cérines  se 
voient  les  ruines  spiendides  de  l'abbaye  de  Lupaïs.^  Une  vaste 
salle  à  peu  près  intacte,  soutenue  par  de  légères  colonnettes 
sur  lesquelles  s'appuient  les  nervures  ogivales  de  la  voûte, 
ouvre  ses  larges  baies  encore  parées  de  leurs  trèfles  et  de 
leurs  fleurons,  au  milieu  des  bois  d'orangers,  de  myrtes  et  de 
caroubiers  qui  tapissent  les  contreforts  de  la  montagne.  Au 
dessus  du  monastère  se  dressent  du  fond  des  abîmes  les  pro- 
digieux remparts  de  Saint-Hilarion,  le  plus  beau  château  de  l'ile. 
Au  sommet  du  pic  le  plus  élevé  se  trouve  un  réduit  entouré 
de  trois  enceintes  successives  ;  les  abords  en  sont  devenus 
à  peu  près  inaccessibles,  mais  les  constructions  encore  debout 

^  De  Mas-Latrib,  loeo  eU, 


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492  BEVUE  D* ALSACE 

présentent  deux  étages  de  belles  salles,  arec  de  larges  fenêtres 
géminées,  d'où  la  vue  s'étend  sur  la  Chypre  presque  tout 
entière,  embrassant  d'un  côté  les  sommets  bleus  de  l'Olympe, 
de  l'autre  la  mer  de  Garamanie,  et  les  côtes  de  l'Asie  mineure, 
jusqu'aux  cimes  neigeuses  du  Taurus.  Plus  loin  c'était  Paphos 
avec  ses  innombrables  églises,  Colossi,  ancienne  commanderie 
des  Hospitaliers,  au  milieu  de  la  plaine  de  Limisso  ;  mais  ce 
fut  surtout  Pamagouste  qui,  par  la  splendeur  de  ses  édifices, 
la  richesse  et  le  luxe  de  ses  marchands,  l'activité  de  son  port 
où  venaient  aborder  les  navires  de  tout  le  monde  alors  connu, 
par  l'abondance  de  ses  approvisionnements  et  la  magnificence 
de  ses  bazars,  parvint  à  un  tel  degré  de  prospérité,  qu'elle  éclip- 
sait Alexandrie,  Smyrne,  Trébisonde.  Tous  les  idiomes  se  par- 
laient dans  ses  rues  ou  s'apprenaient  dans  ses  écoles  ;  et 
Vilbrand  d'Oldenbourg,  qui  visita  ces  contrées  vers  1814,  semble 
avoir  été  plus  frappé  de  Paspect  de  Pamagouste  que  de  la 
morne  grandeur  de  Constantinople  ou  de  Venise  elle-même. 

A  mesure  que  se  rétrécissaient  les  possessions  des  chrétiens 
sur  le  continent,  les  familles  riches  se  réfugiaient  dans  l'île 
et  y  apportaient  à  la  fois  leurs  trésors  et  leur  illustration, 
n  y  aurait  intérêt  à  connaître  de  plus  près  ce  royaume  de 
Chypre,  terre  classique  de  la  chevalerie,  des  romanesques 
aventures,  et  où  s'associaient  dans  un  magnifique  ensemble 
toutes  les  splendeurs  de  la  nature  orientale,  toutes  les  délica- 
tesses de  l'art,  toute  la  poésie  qui  entoure  c^  héroïques  époques. 
Quand  la  pensée  se  reporte  sur  ces  rives,  si  riches  de  souvenirs, 
on  croit  voir  passer  encore  les  longues  théories  des  hiérodules 
d'Aphrodite,  ou  entendre  les  trompettes  éclatantes  des  Tem- 
pliers, tandis  que  flottent  dans  les  airs  les  bannières  des  Ibelins, 
ou  les  drapeaux  au  lion  sur  champ  burelé  des  Lusignans. 

Mais  rapprochons-nous  de  notre  sujet. 

Toute  la  côte  de  Syrie,  depuis  le  golfe  de  Saint-Léonard 
jusqu'aux  frontières  d'Egypte,  avait  été  couverte  de  places 
fortes  ou  de  châteaux:  c'était  Tortose,  Margat,  Tripoli,  Baruth, 


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LBS  M0MTBÉLIABD3  EN  PALESTINE  493 

Tyr,  Ptolémaïs,  Césarée,  Japha,  Ascalon;  et  rien  qu'à  l'aspect 
de  leurs  ruines,  on  peut  se  faire  une  idée  de  ce  que  devaient 
être  dans  leur  intégrité  ces  redoutables  citadelles.  Plus  loin, 
à  l'intérieur,  on  voyait  sur  les  confins  de  l'Arabie,  Darum, 
Montréal,  Ahamon,  Karak,  destinés  à  protéger  ces  marches 
éloignées,  constamment  exposées  aux  pillages  des  nomades. 
Arsur,  Ibelin,  Blanche-Garde  protégeaient  les  approches  de 
Jérusalem,  triste  cité  un  instant  rendue  à  ses  jours  de  gloire, 
mais  désormais  veuve  de  ses  princes,  dépouillée  de  ses  rem- 
parts, réduite  à  n'être  plus  que  l'ombre  d'elle-même  et  une 
cité  de  second  ordre  au  milieu  du  pays  dont  Frédéric  II 
l'avait  fait  de  nouveau  la  capitale.  Le  long  du  Jourdain  et 
sur  les  montagnes  où  le  fleuve  prend  sa  source,  on  trouvait 
Beauvoir,  Tabarie,  Banias,  Beaufort,  et  une  multitude  de 
tours  dans  tous  les  passages,  jusqu'à  ce  formidable  Erak 
des  chevaliers,  dont  la  haute  citadelle  laissait  le  regard  se 
promener  depuis  les  remparts  de  Tortose  et  les  flots  bleus  de 
la  Méditerranée  jusqu'à  la  vallée  de  TOronte  et  aux  déserts 
où  dort  Palmyre.  Chacune  de  ces  places  servait  d'abri  à  un 
certain  nombre  de  chevaliers  qui,  constamment  pendant  la 
guerre,  et  bien  souvent  pendant  la  paix,  se  jetaient  sur  les 
terres  des  Sarrasins,  dépouillaient  leurs  caravanes  et  reve- 
naient chargés  de  butin  ;  c'est  ainsi  que  l'on  suppléait  aux 
dîmes  et  aux  redevances  des  tenanciers  d'Europe,  et  bien  des 
familles  accumulèrent  des  fortunes  considérables  à  ce  genre  d'ex- 
ploitation. Après  la  bataille  de  Tibériade,  Saladin,  irrité  contre 
Renaud  de  Chatillon  qui,  de  son  château  de  Karac,  n'avait 
cessé  de  dévaster  les  frontières  d'Arabie,  et  qui  avait  même 
tenté  une  expédition  jusqu'à  Médine,  ne  voulut  accepter  de 
lui  aucune  sorte  de  rançon,  et,  sur  son  refus  de  se  faire  musul- 
man, lui  trancha,  dit-on,  la  tête  de  sa  propre  main.  Ainsi 
livrés  à  des  luttes  incessantes,  les  seigneurs  des  frontières 
n'étaient  plus  que  d'héroïques  bandits;  et  il  fallait,  en  fait,  des 
caractères  de  cette  trempe  pour  vivre  ainsi  au  milieu  des 


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494  BEVDE  d'alsacb 

déserts,  en  dehors  de  toute  relation,  et  d'une  yie  aussi  sauvage 
que  celle  des  Bédouins  eux-mêmes. 

L'art  des  fortifications  et  rartillerie  de  siège  s'étaient  perfec- 
tionnés d'une  manière  remarquable.  Dès  l'arrivée  des  Francs 
en  Palestine,  leurs  ingénieurs,  aidés  des  Bysantins,  avaient 
montré  une  audace  de  construction  qui  leur  fît  dépasser  de 
beaucoup  tout  ce  qu'on  avait  osé  jusqu'alors  en  Europe.  Les 
proportions  de  Margat,  du  Erak,  de  Tortose,  sont  doubles  de 
celles  de  Coucy  et  de  Pierrefonds.  Une  foule  d'expressions 
techniques  et  d'engins  nouveaux  nous  sont  venus  des  croi- 
sades, et  toutes  nos  villes  fortifiées  à  cette  époque,  en  parti- 
culier Aigues-Mortes,  portent  les  traces  nombreuses  de  l'art 
oriental.  Nous  sommes  entrés  dans  ces  détails,  parce  qu'après 
avoir  esquissé  la  description  du  lieu  d'origine  de  nos  Montbé- 
liards,  il  nous  a  paru  à  propos  de  faire  connaître  également 
par  quelques  traits  la  nouvelle  patrie  qu'ils  avaient  adoptée. 

Au  reste  le  gotit  des  croisades  n'avait  pas  disparu  entière- 
ment en  Occident,  et  le  rôle  de  nos  Moutbéliards  en  Terre- 
Sainte  n'est  point  encore  terminé. 

Si  les  grandes  expéditions  ne  se  renouvelaient  plus  que 
rarement,  il  en  était  autrement  des  pèlerinages  individuels  et 
des  croisades  partielles.  C'était  entre  l'Europe  et  l'Asie  un  va- 
et-vient  continuel,  surtout  en  mars  et  en  septembre.  Pendant 
le  siège  de  Damiette,  plus  de  cent  mille  guerriers  étaient 
venus  successivement  rompre  une  lance  avec  les  infidèles,  et 
après  quelques  mois  passés  au  camp,  s'en  retournaient  dans 
leurs  foyers.  Joppé  ou  Japhe,  situé  sur  les  frontières  d'Egypte, 
et  particulièrement  à  portée  de  Jérusalem,  était  un  des  points 
de  débarquement  les  plus  fréquentés;  et  comme  cette  ville  était 
par  sa  position  très  exposée  aux  attaques  des  Sarrasins,  on  en 
avait  fait  une  des  fortes  places  du  royaume.  A  l'époque  où  nous 
sommes  arrivés,  elle  était  possédée  par  le  comte  Gauthier  IV  de 
Brienne,  que  nous  connaissons  déjà,  à  qui  le  roi  Jean,  son  oncle 
l'avait  donnée  avant  de  retourner  en  Europe. 


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LES  MONTBâLIABDS  EN  PALESTINE  495 

Mais  tous  ces  pèlerinages  n'étaient  qu'un  assez  faible 
secours  pour  les  chrétiens  qui,  depuis  le  départ  du  roi  Jean  et 
de  Frédéric  n,  étaient  restés  livrés  à  eux-mêmes,  en  proie  à 
des  discordes  intestines  qui  n'avaient  fait  qu'amoindrir  encore 
les  forces  dont  ils  disposaient. 

C'est  dans  ces  circonstances  que  le  roi  Thibaut  de  Navarre, 
les  ducs  de  Bourgogne  et  de  Bretagne,  déçus  dans  les  résultats 
de  la  ligue  qu'ils  avaient  formée  contre  la  régence  de  Blanche 
de  Gastille,  et  ne  voyant  rien  de  mieux  à  faire  pour  employer 
les  forces  qu'ils  avaient  réunies,  se  décidèrent  à  les  faire  ser- 
vir à  la  défense  du  royaume  de  Jérusalem  (1 239).  A  leur  arrivée 
en  Palestine,  le  duc  de  Bourgogne  et  le  comte  de  Bar,  jaloux 
d'une  brillante  et  fructueuse  expédition  que  le  duc  de  Bre- 
tagne venait  de  faire  du  côté  de  Damas,  songèrent  à  envahir 
le  territoire  de  Gaza  dont  on  vantait  la  fertilité.  Thibaut  de 
Navarre,  ainsi  que  le  connétable  Eudes  de  Montbéliard  et 
Gauthier  de  Brienne  qui  s'étaient  joints  aux  croisés,  s'effor- 
cèrent vainement  de  prévenir  cette  téméraire  entreprise  et 
d'empêcher  ceux  qui  l'avaient  conçue  de  se  séparer  du  gros  de 
l'armée.  Après  avoir  chevauché  toute  la  nuit,  les  chrétiens  se 
trouvèrent  au  point  du  jour  dans  un  défilé  qui  s'ouvrait  sur  la 
plaine  de  Gaza,  où  paissaient  de  nombreux  troupeaux,  mais 
qu'entouraient  des  nuées  de  Musulmans.  Gauthier,  qui  connais- 
sait le  pays  et  les  adversaires  auxquels  on  avait  affaire,  essaya 
encore,  avec  l'aide  du  duc  de  Bourgogne  qui  s'était  rallié  aux 
opposants,  d'empêcher  ses  compagnons  d'engager  la  lutte;  rien 
ne  put  vaincre  l'obstination  des  comtes  de  Bar  et  de  Montfort. 
Après  des  prodiges  de  valeur,  enveloppés  par  les  Egyptiens 
qui  avaient  réussi  à  les  attirer  hors  du  défilé,  «  ils  ne  peurent 
deurer  contre,  et  les  Sarrasins  occirent  d  eulx  tout  comme  il 
leur  pleust  et  myrent  le  remanens  en  lyenseten  fers.  S  Le  gros 


^  GxJKXAUiCB  DE  Nanqis,  Histoi/re  de  saint  Louis.  —  Bibliothèque 
des  croisades,  t.  I,  p.  285. 


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496  REVUE  D*ALSAGB 

de  Tarmée  n'arriva  que  pour  voir  les  vainqueurs  s'éloigner 
avec  leur  butin  et  les  captifs  enchaînés  à  leur  suite.  Amaury 
de  Montfort  était  du  nombre  des  prisonniers;  on  ne  sut  jamais 
ce  qu'était  devenu  le  comte  Henri  de  Bar.* 

Le  roi  Thibaut,  pendant  son  séjour  en  Palestine,  et  après 
lui  Richard  de  Gornouailles  avaient  mis  beaucoup  de  soin  à 
réparer  les  fortifications  des  villes,  et  à  mettre  en  état  de 
défense  un  grand  nombre  de  châteaux  que  les  Turcs  avaient 
démantelés  dans  la  crainte  de  les  voir  tomber  de  nouveau  aux 
mains  des  chrétiens,  comme  cela  était  effectivement  arrivé. 
Pendant  plusieurs  années,  Gauthier  de  Brienne  défendit  sa 
ville  de  Japha  au  milieu  de  dangers  toujours  renaissants, 
<  vivant  en  grande  partie  de  ce  qu'il  gaignaitsur  les  Sarrasins 
et  sur  les  ennemis  de  la  foi,  et  distribuant  entre  ses  chevaliers 
grand  foison  de  draps  d'or  et  de  soie,  sans  que  rien  lui  en 
demourast.  >  C'était  du  reste  un  singulier  personnage  que  ce 
grand  comte  Gauthier  qui,  quand  11  avait  quitté  ses  chevaliers, 
€  s'encloait  en  sa  chapelle,  et  était  longuement  en  oraison, 
avant  qu'il  allast  le  soir  gésir  avec  sa  femme  qui  moult  fut 
bonne  dame  et  sage.'  »  Cette  bonne  dame,  qull  avait  épousée  en 
1288,  était  Marie,  fille  de  Hugues  I*',  roi  de  Chypre,  et  d'Alix 
de  Jérusalem.  I 

A  l'expiration  de  la  trêve  conclue  par  Frédéric  H,  l'émir  de  ' 

Karac  avait  repris  Jérusalem  sur  les  chrétiens;  mais  menacé 
à  la  fois  par  le  Soudan  d'Egypte  qui  aspirait  à  reconstituer 
l'empire  de  Saladin,  et  d'un  autre  côté  par  les  Earismiens, 
peuplade  turque  qui  était  arrivée  du  fond  de  l'Asie,  fuyant  les 
Mongols,  et  qiii  depuis  plusieurs  années  ravageait  l'Asie 
mineure  et  les  bords  de  l'Euphrate^  il  avait,  ainsi  que  les 
soudans  de  Damas  et  de  la  Chamelle,  renouvelé  les  anciens 
traités  avec  les  Francs  (1248),  et  restitué  Jérusalem,  la 


^  Alberig.  —  DuoHESNE,  Histoire  de  la  maison  de  Bar-le'ihte, 
'  JomviLLB,  Histoire  de  saint  Louis. 


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LES  M0MTBÉLIARD8  EN  PALESTINE  497 

Galilée  et  Tibériade.  A  l'appel  du  Soudan  de  Babylone, 
comme  on  appelait  alors  le  Caire,  un  parti  des  Karismiens 
franchit  l'Euphrate  sous  un  chef  nommé  Barbaquan.^  Hs 
ravagèrent  en  passant  le  comté  de  Tripoli  et  la  Galilée, 
enlevèrent  Tabarie,  et  bientôt  les  flammes  qui  s  allumaient 
partout  sur  leur  passage,  annoncèrent  leur  approche  aux 
habitants  de  Jérusalem  (1244).  Ce  ne  fut  bientôt  dans  la  ville 
sainte,  privée  de  ses  remparts,  que  ruine  et  désolation. 
Cependant  larmée  chrétienne  s'était  réunie  à  Ptolémaïs, 
et  soutenue  par  les  Musulmans  de  Syrie  eux-mêmes,  elle 
s'était  approchée  de  Gaza  où  les  Barbares  arrivaient  de  leur 
côté  pour  donner  la  main  aux  Egyptiens  qui  leur  avaient 
promis  des  vivres. 

Le  comte  Gauthier  de  Brienne  commandait  l'aile  gauche  de 
l'armée,  et  nul  n'était  plus  vaillant  que  lui.^  Mais  le  patriarche 
de  Jérusalem  l'avait  excommunié  à  cause  de  certaine  tour  dont 
le  prélat  se  prétendait  propriétaire  dans  la  ville  de  Japha,  et 
que  Gauthier  persistait  à  garder.  Par  trois  fois  il  vint  solliciter 
l'absolution  que  l'obstiné  vieillard  refusait  de  lui  donner, 
et  Gauthier  de  son  côté  refusait  de  combattre  sous  le  coup  de 
l'interdit.  Il  fallut  que  l'évêque  de  Rama  intervînt,  et  donnât 
de  son  autorité  l'absolution  au  guerrier;  mais  pendant  ces 
délais  les  Eorasmiens,  qu'il  fallait  assaillir  brusquement  et  dans 
leur  désordre,  avaient  eu  le  temps  de  se  ranger  et  de  prendre 
leurs  dispositions.  La  bataille  dura  deux  jours(18octobrelM4); 
et  l'issue  en  fut  décidée  par  la  fuite  du  sultan  d'Emesse  qui^ 
voyant  les  pertes  que  ses  cavaliers  avaient  subies,  abandonna 
brusquement  le  champ  de  bataille  et  dégarnit  l'aile  droite  des 
chrétiens.  Les  prisonniers,  envoyés  en  Egygte,  furent  livrés 
aux  insultes  de  la  populace,  et  leurs  têtes,  jointes  à  celles  des 
victimes  de  la  première  défaite  de  Gaza,  Sgurèrent  sur  les 


*  JoiNviLLE,  N»  486  et  528» 

•  Nec  erat  potentior  armis,  —  Mathieu  Pajris,  813. 

♦••  Année.  —  Noayelle  Série.  32 


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496  REVUB  d'alsacb 

remparts  du  Caire,  jusqu'au  moment  où  le  traité  conclu  avec 
saint  Louis  les  fit  disparaître. 

Gauthier,  resté  entre  les  mains  des  Karismiens  \  fiit  amené 
devant  sa  ville  de  Joppé.  Ils  le  pendirent  par  le  bras  à  une 
fourche,  et  dirent  t  qu'ils  ne  le  dépendraient  point  jusqu'à  tant 
qu'ils  avéraient  le  châtel  de  Japhe.  Mais  tandis  qu'il  pendait 
ainsi  par  les  bras,  il  créait  à  ceux  du  chfttel  que,  quelque  mal 
qu'on  lui  6t,  ils  ne  rendissent  pas  la  ville,  sinon  que  lui-même 
les  occirait.  »  Le  dévouement  héroïque  du  comte  sauva  la  place, 
mais  il  fut  livré  à  des  marchands  du  Caire,  qui  le  massa- 
crèrent, à  ce  qu'on  croit,  dans  sa  prison,  à  cause  des  grands 
dommages  qu'il  leur  avait  faits.  Il  faut  lire  dans  Joinville* 
le  récit  à  la  fois  naïf  et  dramatique  de  la  mort  du  comte  de 
Brienne.  Bustron  •  raconte  qu'en  jouant  aux  échecs  dans  sa 
prison  avec  un  émir,  il  en  reçut  un  soufflet  auquel  il  répondit 
en  tuant  lui-même  l'émir  d'un  coup  d'échiquier,  et  qu'aussitôt 
les  Sarrasins  se  précipitèrent  sur  lui  et  l'étranglèrent.  Ses 
restes  furent  rendus  à  saint  Louis  en  1251,  ce  qui  a  fait 
croire  à  Mathieu  Paris  qu'il  périt  seulement  à  cette  époque, 
au  milieu  des  massacres  qui  suivirent  le  désastre  de  Mas- 
sourah.  Il  fut  enseveli  par  la  dame  de  Sajette,  sa  cousine, 
dans  l'église  des  Hospitaliers.  Il  laissa  plusieurs  enfants:  Jean 
et  Amaury  qui  moururent  sans  postérité  avant  1261,  et 
Hugues.  Ce  dernier  essaya  de  faire  valoir  les  droits  au  trône 
de  Chypre  et  de  Jérusalem  qu'il  tenait  de  sa  mère;  mais  les 
barons,  pris  pour  juges  entre  lui  et  Hugues  d'Antioche  son 
cousin,  fils  d'Isabelle  de  Lusignan  et  d'Henri  d'Antioche,  se 
déclarèrent  pour  celui-ci  qui  devint  Hugues  III.  Le  comte  de 
Brienne  quitta  alors  la  Palestine  et  entra  au  service  du  roi 
de  Sicile,  Charles  d'Anjou,  contre  les  descendants  de  Fré- 


'  D'après  Dugange,  p.  347,  il  aarait  été  pris  aa  siège  delà  Chamelle. 

»  N*  527. 

•  Commentaires  de  Cypro. 


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LES  MONTBÉLIÂBDS  BN  PALESTINE  499 

déric  n.  Il  se  signala  à  la  bataille  de  Tagliacosso^  qui  acheva 
de  ruiner  la  puissance  des  Allemands  en  Italie,  et  le  roi,  en 
retour  de  ses  services,  lui  rendit  tous  les  domaines  de  son 
grand-père  et  en  particulier  son  comté  de  Lecce.  Arrivé  à  un 
haut  degré  de  prospérité,  il  songeait  à  entreprendre  une 
expédition  en  Chypre,  et  à  faire  valoir  par  les  armes  ses  droits 
au  trône,  lorsque  son  mariage  avec  Hélène  de  Villehardoin, 
sœur  du  duc  d'Athènes,  lui  créa  de  nouveaux  intérêts  en 
Achaie  et  le  détourna  de  ce  projet.  Il  prit  une  grande  part 
aux  guerres  de  Sicile  et  fut  fait  deux  fois  prisonnier  par 
Roger  de  Lauria.  Après  la  mort  de  sa  femme  et  de  son  beau- 
frère,  Guillaume  de  la  Roche,  il  passa  à  Athènes  pour  consoler 
sa  belle-sœur,  Hélène  Ducas,  et  Tépousa.  Ce  mariage  le  rendit 
bail  du  duché  d'Athènes.  Il  paraît  être  mort  vers  le  mois  de 
mai  1296,  soit  en  défendant  sa  ville  de  Lecce  déjà  prise  et 
dévastée  deux  fois  par  Lauria,  soit  des  suites  de  blessures 
reçues  en  défendant  cette  place. 

Nous  n'avons  pas  à  suivre  plus  loin  et  avec  détails  l'his- 
toire des  comtes  de  Brienne  qui  commencent  à  s'éloigner  par 
trop  des  Montbéliards.  Cependant  avant  de  quitter  définitive- 
vement  la  descendance  d'Agnès,  et  puisque  nous  en  avons 
l'occasion,  disons,  en  quelques  lignes,  ce  que  furent  ses  derniers 
représentants. 

Gauthier  V  \  fils  de  Hugues  et  de  sa  première  femme  Hélène 
de  Villehardoin,  commanda,  dans  sa  jeunesse,  un  corps  de 
trois  cents  guerriers,  recrutés  en  France,  et  que  l'on  connaît 
dans  l'histoire  des  Vêpres  siciliennes  sous  le  nom  de  cheva- 
liers de  la  mort.  Son  imprudence  et  sa  présomption  le  firent 
tomber  dans  une  embuscade  près  de  Gagliano,  en  Sicile,  où 
il  fut  fait  prisonnier  et  où  périrent  tous  ses  compagnons.  La 


^  Comte  de  Sassenay. 

'  Comte  de  Sassenay.  Les  de  Brienne,  de  Lecce  et  d'Athènes.  — 
MoBERi,  an  mot  Brienne,  etc. 


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500  KBVUK  D'ALSA01|P 

paix  de  1303  lui  reodit  la  liberté.  La  mort  de  son  couainGay 
de  la  Roche,  en  1308,  lui  valut  le  beau  duché  d'Athènes.  Brouillé 
avec  les  despotes  d'Epire  et  de  Thessalie,  il  appela  à  son  aide 
un  corps  de  Catalans  et  d'Almogavares.  anciens  mercenaires 
de  Frédéric  II,  qui,  n'ayant  plus  d'emploi  depuis  la  paix, 
avaient  passé  dans  Tempire  d'Orient  où^  depuis  plusieurs 
années,  ils  exerçaient  le  métier  d'Ecorcheurs.  Après  les  avoir 
employés  à  se  débarrasser  de  ses  adversaires,  Gauthierne  put 
plus  s'en  défaire,  et  se  vit  forcé  de  les  attaquer  à  son  tour.  Sa 
brillante  armée  tomba  dans  les  marais  du  Géphise,  près  de 
Ghéronée,  où  il  périt  un  des  premiers  (H  mars  1811),  et  les 
vainqueurs  s*emparèrentdu  duché  d'Athènes  qui  comprenait  eu 
outre  la  Béotie  et  l'Achaie,  et  était  en  pleine  prospérité.  Jus- 
qu'alors, Athènes  avait  conservé  une  partie  de  son  ancien  éclat  : 
c'était  une  grande  et  belle  ville  ;  et  les  seigneurs  de  la  Roche, 
en  développant  dans  le  pays  l'industrie  et  le  conunerce,  avaient 
fait  de  leur  duché  un  Etat  puissant  et  heureux.  Les  Cata- 
lans mirent  tout  au  pillage  et  se  substituèrent  à  la  famille 
ducale.  Jeanne  de  Chatillon,  femme  de  Gauthier,  parvint 
à  s'enfuir,  mais  ce  fut  sans  succès  que  par  la  suite  elle 
fit  plusieurs  tentatives  pour  rentrer  eu  possession  de  son 
duché. 

Son  fils,  Gauthier  VI,  fiit  le  dernier  représentant  de  cette 
branche  de  la  famille  de  Brienne.  Outre  son  comté  de  Cham- 
pagne et  celui  de  Lecce  en  Italie,  il  possédait  encore  dans  ce 
pays  Conversano,  Turi,  Casa  Massima  et  de  nombreuses  sei- 
gneuries ;  en  Grèce  il  avait  conservé  Argos,  Nauplie  et  le 
titre  de  duc  d'Athènes;  de  vastes  domaines  lui  appartenaient 
encore  en  Chypre  ;  c'était  un  des  plus  riches  seigneurs  de 
son  temps,  et  Lecce  qui  était  sa  résidenee  habituelle,  a  con- 
servé de  nombreux  restes  des  édifices  que  ses  devanciers  et 
lui  y  firent  construire,  entre  autres  l'église  et  le  couvent  de 
Santa-Croce  que  Charles-Quint  fit  plus  tard  réparer.  Aujour- 
d'hui même  cette  cité,  par  son  élégance,  témoigne  du  soin  que 


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LES  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  501 

les  de  Brîenne  avaient  mis  à  rembellir  ;  ils  possédaient  encore 
un  magnifique  palais  à  Brindes.  Gauthier  avait  épousé  en  pre- 
mières noces  Marguerite  d'Anjou-Tarente,  nièce  du  roi  de 
Naples.  Pendant  un  séjour  en  France,  il  prit  part  avec  Phi- 
lippe de  Valois  aux  premières  luttes  de  la  guerre  de  Cent 
ans  ;  mais  toujours  désireux  de  rentrer  en  possession  de  son 
duché  d'Athènes,  il  se  disposait  à  en  tenter  de  nouveau  la 
conquête,  lorsqu'il  fut  appelé  au  gouvernement  de  la  ville  de 
Florence  pour  laquelle  il  avait  combattu  antérieurement.  Une 
élection  populaire  lui  donna  le  titre  de  duc  de  Florence  (1842); 
mais  les  habitants  de  cette  ville,  habitués  à  jouir  de  leur  liberté, 
ne  purent  se  soumettre  à  ses  allures  autoritaires,  et  il  fut  con- 
traint d'abdiquer  à  la  suite  d'une  violente  insurrection.  Il 
revint  en  France  l'année  suivante,  et,  devenu  veuf,  épousa, 
lui  dernier  descendant  de  Gauthier  roi  de  Sicile,  la  der- 
nière descendante  du  roi  Jean  de  Brienne,  Jeanne,  fille  du 
connétable  Raoul  d'Eu.  Il  n'eut  de  descendants  ni  de  l'une  ni 
de  Fautre  de  ses  femmes.  La  noblesse  l'avait  choisi  pour  son 
orateur  aux  Etats  de  1855,  et  il  contribua  par  son  crédit  à 
l'adoption  de  plusieurs  mesures  libérales.  Enfin,  le  6  mai  1856, 
il  reçut  du  roi  Jean  l'épée  de  connétable  de  France,  et  mourut 
bientôt  après  à  la  bataille  de  Poitiers  en  digne  représentant 
d'une  famille  de  héros.  Le  mariage  d'une  sœur  de  Gauthier 
avec  Gauthier  d'Enghien  fit  passer  dans  cette  famille  toute 
l'immense  fortune  des  de  Brienne. 

Retournons  maintenant  en  Palestine. 

La  ville  de  JafTa,  échappée  aux  mains  des  Earismiensparle 
dévouement  du  grand  comte,  avait  passé  après  sa  mort  à 
Jean  d'Ibelin,  fils  d'Alix  de  Montbéliard  et  de  Philippe  d'Ibe- 
lin.  Telle  est  du  moins  Topinion  exprimée  par  M.  Rey  dans 
ses  Notes  sur  les  Familles  (foutre-mer  de  Ducange.  M.  de 
Wailly,  dans  son  édition  de  Joinville,  n'  158  et  note,  confond 
Jean,  comte  de  Japhe,  avec  Jean  de  Baruth,  fils  de  Balîan  III 
et  d'Eschive  de  Montbéliard,  désigné  sous  le  nom  de  Jean  le 


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502  REVUE  D*ALSAGE 

jeune  par  opposition  à  son  grand-père  Jean  le  vieux.  Dacange 
lui-même  semble  faire  la  même  confusion,  et  appuie  son  dire 
sur  ce  que  Join ville  mentionne  le  comte  de  Japhe  comme  étant 
de  son  lignage.  Mais  qu'il  descende  d'Alix  ou  d'Eschive^  il  reste 
dans  les  deux  cas  parent  de  Joinville,  et  même  d'un  degré  plus 
rapproché  par  Alix  qui  était  tante  d'Eschive.  D'un  autre  côté, 
ce  même  Jean  dont  nous  discutons  en  ce  moment  l'origine, 
auteur  du  premier  livre  des  Assises,  désigné  dans  les  rubriques 
même  de  son  ouvrage  comme  seigneur  de  Japhe,  d'Escalon 
et  de  Rames,  mais  nullement  comme  seigneur  de  Baruth,  en 
parlant  des  différents  membres  de  sa  famille,  mentionne  à 
diverses  reprises  comme  son  oncle  le  vieux  seigneur  Jean  de 
Baruth,  père  de  Balian  III,  frère  de  Helris,  femme  de  Renaud 
de  Sajette,  de  Marguerite  de  Gésarée  qu*il  appelle  madame 
Mante  c'est-à-dire  madame  ma  tante,  et  enfin  frère  aîné  de 
son  père  à  lui,  Philippe,  bailli  de  Chypre  pendant  la  minorité 
de  Henri  I**.  Ainsi  Jean  de  Japhe  était  le  cousin  germain  de 
Balian  III,  de  Jean  de  Césarée,  fils  de  Marguerite,  et  un  degré 
de  plus  le  séparait  de  Jean  le  jeune,  fils  de  Balian.  Nous  ne 
nous  occupons  ici  que  des  membres  de  la  famille  d'Ibelin  alliés 
aux  Montbéliards.  Dans  un  acte  de  Jean  le  vieux  et  de  Jean 
de  Césarée,  en  date  du  14  avril  1282,  il  est  déjà  fait  mention 
de  Jean  d'Ibelin^  fils  de  défunt  Philippe,  et  de  f(*u  la  comtesse 
Alix,  femme  de  Philippe,  et  de  Marie  leur  fille.  D'autres  témoi- 
gnages semblent  indiquer  qu'Alix  a  vécu  jusqu'en  1244-^  mais 
d'un  autre  côté  Jean  le  jeune  ne  vivait  probablement  point 
encore  en  1284;  et,  au  moment  de  la  croisade  de  saint  Louis,  ce 
ne  pouvait  être  qu'un  tout  jeune  garçon,  hors  d'état  de  remplir 
le  rôle  et  d'avoir  auprès  du  roi  l'autorité  qu'on  attribue  au  fils 
de  Philippe,  alors  dans  la  maturité  de  l'âge.  Le  chapitre  Xm 
des  Assises  confirme  ces  données  en  achevant  de  nous  faire 
connaître  la  parenté  du  comte  de  Japha,  alors  cousin  germain 
du  comte  de  Montbéliard,  puisque  sa  mère  Alix  était  sœur  du 
comte  Richard,  et  par  conséquent  tante  de  Thierry  III,  comte 


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LES  MONTBÉLIARDS  BN  PALESTINE  503 

après  1287.*  Jean  reçut  le  comté  de  Japha  d'Henri  deLusignan. 
Il  époasa  Marie,  flile  de  Constant^  bailli  d'Arménie,  et  sœur 
d'Etiennette,  première  femme  du  roi  Henri.  Il  s'était  déjà  dis- 
tingué avec  ses  cousins  dans  la  guerre  de  1232,  contre  Richard 
Filangieri;  et,  à  l'arrivée  du  roi  Louis  IX,  il  était  au  premier 
rang  parmi  les  seigneurs  des  royaumes  de  Chypre  et  de  Jéru- 
salem. 

Voici  du  reste  en  deux  mots  la  situation  vers  1248. 

Depuis  la  bataille  d'Agridi  et  la  prise  de  Cérines,  le  roi 
Henri  était  resté  paisible  possesseur  de  la  Chypre;  mais  la 
guerre  s'était  prolongée  sur  le  continent,  où  Filangieri  occu- 
pait encore  un  certain  nombre  de  places  qu'il  administrait  au 
nom  du  roi  Conrad. 

Cependant  Alix,  reine  de  Chypre  et  petite-fille  |^u  roi 
Amaury  de  Jérusalem,  profitant  du  mécontentement  qu'avait 
provoqué  l'administration  tyrannique  des  Allemands,  était 
venue  à  Ptolémaïs  et  s'y  était  fait  proclamer  reine  de  Jéru- 
salem en  1240.  Dans  la  même  année,  la  guerre  que  les  Ibe- 
lins  n  avaient  cessé  de  poursuivre,  fut  terminée  par  la  prise 
de  Tyr,  que  Balian  de  Baruth,  connétable  de  Chypre  depuis 
12S7,  enleva  à  Itier  Filangieri,  frère  de  Richurd.  C'était  la 
dernière  place  possédée  par  les  impériaux.  Balian  fut  chargé 
de  la  garde  de  sa  conquête,  et  la  reine  Alix  continua  d'ad- 
ministrer le  royaume  jusqu'à  sa  mort  survenue  en  1246. 

Son  fils  Henri  lui  succéda  et  réunit  ainsi  les  deux  royaumes 
d'outre-mer,  sans  que  Ton  songeât  à  tenir  compte  des  droits 
du  roi  Conrad,  fils  de  Jolande  de  Brienne,  qui  cependant,  lors 
de  la  proclamation  de  la  reine  Alix,  avait  été  reconnu,  sur  les 
réclamations  du  connétable  Eudes,  comme  héritier  direct  et 
légitime  du  royaume.  La  défaite  des  Francs  à  Gaza  (12^  ''''  «vait 
d'ailleurs  entraîné  la  perte  de  presque  toutes  les  ville 


*  DucANGE.  Les  familles  d'outre-mery  p.  349.  —  Btjstram 
taires  de  Cypro.  —  Beugnot.  Assises  de  Jérusalem. 


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504  REVUE  d'alsa.cb 

quises  depuis  la  mort  de  Saladin,  ou  restituées  à  Frédéric  II. 
Les  Barbares,  ne  rencontrant  plus  d'obstacles,  s'étaient  mis 
à  ravager  le  royaume,  pendant  que  les  Egyptiens,  s'avançant 
peu  à  peu  sur  leurs  traces,  prenaient  possession  de  Jérusalem, 
de  Tibériade,  et  venaient  mettre  le  siège  devant  Damas.  Assail- 
lie par  les  hordes  impétueuses  du  Karisme,  cette  ville  ne 
tarda  pas  à  succomber,  et  fut  livrée  au  Soudan  d'Egypte.  La 
Chamelle,  Maubeck  subirent  le  même  sort,  et  Negmeddin 
réunit  ainsi  sous  son  autorité  presque  tout  ce  qui  avait  cons- 
titué Tempire  de  son  aïeul  Saladin. 

Les  chrétiens,  effrayés  de  ces  succès,  envoyèrent  Valeran, 
évêque  de  Baruth,  porter  en  Occident  leur  cri  de  détresse. 
Cependant  le  roi  Henri  ne  parait  pas  avoir  pris  une  part  bien 
active  à  la  défense  du  royaume,  et  Teffort  de  la  lutte  parait 
avoir  été  particulièrement  supporté  d'abord  par  le  connétable 
Eudes  qui  mourut  pendant  la  durée  de  la  guerre,  puis  par 
Gauthier  de  Brienne. 

De  leur  côté,  les  Ibelins  émigraient  peu  à  peu  de  Palestine, 
et  se  groupaient  de  plus  près  autour  du  roi,  leur  parent  et 
qui  leur  devait  le  trône.  A  la  mort  de  Gauthier,  il  avait,  comme 
nous  Tavons  vu,  donné  le  comté  de  Japhe  à  Jean,  fils  de  Phi- 
lippe, et  dédommagé  les  de  Brienne  en  leur  abandonnant  par 
acte  de  1247,  tous  ses  droits  sur  le  comté  de  Brienne  en  Cham- 
pagne.^ Balian  III  tenait  Tyr  et  Baruth  ;  il  avait  essayé  d'élever 
des  prétentions  sur  la  seigneurie  d'Ibelin^  reconquise  sur  les 
infidèles  vers  1234,  peu  après  la  vocrt  du  vieux  Jean,  en  se 
fondant  sur  sa  qualité  d'aîné  de  la  branche  aînée  de  la  famille  ; 
mais  comme  il  y  avait  eu  interruption  dans  la  possession, 
la  représei\,tation  ne  fut  pas  admise,  et  la  seigneurie  fut 
adjugée  à  Marguerite  de  Césarée,  héritière  directe  du  dernier 
détenteur. 

Ibelin  avait  cour,  coin  ou  monnaie,  et  justice.  D'après 

*  DUOANGE,  p.  62. 


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LES  MONTBÉLIÂRDS  EN  PALESTINE  505 

Ducange^  les  armes  de  la  famille  étaient  d'azur  à  une  fasce 
d'or;  cependant  Joinyille^  donne  à  Jean  de  Jaffa  d'or  à  la 
croix  de  gueules  pâtée.  Les  divers  représentants  des  Mont- 
béliards  n'ont  jamais  possédé  Ibelin,,  qui  d'ailleurs  ne  resta 
qu'assez  peu  de  temps  entre  les  mains  des  chrétiens,  et  ne 
tarda  pas  à  être  complètement  démoli  par  les  Sarrasins. 

Outre  Balian,  il  y  avait  encore  sur  le  continent  Jean,  son 
quatrième  frère,  alors  en  possession  d'Arsur;  et  deux  autres 
frères,  Baudoin  et  Guy,  étaient  auprès  du  roi,  l'un  comme 
sénéchal,  l'autre  en  qualité  de  connétable.  Envoyé  en  1246, 
avec  huit  galères,  au  secours  d'Ascalon  vivement  pressé  par  les 
Turcs,  Baudoin  les  avait  battus  et  contraints  de  lever  le  siège.' 
Guy  a  mérité  d'être  qualifié  par  Joinville,  «  l'un  des  miex 
entechiers  chevaliers  que  oncques  veist.  » 

Tous  ces  seigneurs  furent  très  empressés  à  recevoir  le  roi 
de  France  à  son  débarquement  (1248).  Chaque  fois  que  de  nou- 
veaux croisés  arrivaient  en  Palestine,  c'étaient  des  amis  et  des 
parents  qui  se  retrouvaient  pleins  de  joie  et  d'effusion.  Les 
voyageurs  apportaient  des  nouvelles  de  la  patrie  française  ; 
leurs  hôtes  racontaient  leurs  travaux,  leurs  aventures  et  leurs 
exploits.  Ceux-ci  versaient  des  larmes  au  souvenir  de  leur 
famille,  de  leur  pays  presque  oublié;  les  autres  s'émerveillaient 
au  spectacle  de  l'Orient,  et  se  livraient  tout  entiers  à  cette  vie 
nouvelle  et  brillante  qui  s'ouvrait  à  leur  curiosité  et  à  leur 
impatience.  On  devisait  de  batailles  et  de  conquêtes  au  milieu 
des  fêtes  et  des  danses.  Dès  son  ^lébarquement,  Joinville  s'é- 
tait trouvé  entouré  des  membres  de  sa  famille,  et  il  amenait 
lui-même  le  petit  Barthélémy  de  Montfaucon,  fils  naturel 
d'Amédée,  frère  du  comte  Thierry  III  de  Montbéliard.  Les 
Ephémérides  de  M.  Duvernoy  (1  février)  nous  disent  qu'A- 


*  P.  365  et  s. 

*  W  168. 

*  DUCANGE,  p.  36.9. 


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506  BEVUE  D' ALSACE 

médée  fit  aussi  le  voyage  de  Palestine;  cependant  nous  n'ayons 
pas  retrouvé  sa  trace.  Joinvi Ile  n'en  dit  mot;  et  comment  le 
petit  Barthélémy  se  f  ût-il  attaché  au  sénéchal,  si  son  père  eût 
été  du  nombre  des  croisés?  Plusieurs  membres  de  la  maison 
de  Brienne  faisaient  aussi  partie  de  l'expédition,  et  avec  eux 
tout  ce  qu'il  y  avait  de  plus  illustre  et  de  plus  brave  dans 
leur  entourage  et  leur  parenté  de  Champagne  et  de  Bourgogne. 
Tandis  qu'on  passait  ainsi  l'hiver,  en  attendant  joyeusement 
la  campagne  qui  devait  s'ouvrir  au  printemps,  les  croisés 
reçurent  encore  la  visite  d'un  autre  membre  de  la  famille  de 
Brienne,  l'impératrice  Marie,  fille  du  roi  Jean,  femme  de 
Baudoin  II  de  Courtenay,  souverain  de  Gonstantinople.^  Elle 
venait  solliciter  le  secours  du  roi  Louis  IX,  pour  défendre  ses 
Etats  que  les  victoires  de  son  père  ne  suffisaient  plus  à  pro- 
téger contre  les  efforts  des  Grecs  et  des  Barbares.  Cette  prin- 
cesse avait  été  portée  par  la  tempête  vers  le  port  d'Acre,  où 
le  roi  envoya  à  sa  rencontre  le  sire  de  Join ville  et  le  comte 
Erard  de  Brienne,  de  la  branche  de  Rameru,  cousin  des  rois 
Gauthier  et  Jean,  mort  plus  tard  en  Palestine  sans  laisser 
d'héritier.  La  pauvre  dame  n'avait  gardé  de  tout  son  bagage 
que  la  chape  dont  elle  était  vêtue,  et  un  surcot  de  table.  II 
fallut  que  Join  ville  lui  envoyât  «  du  drap  pour  faire  une  robe  et 
la  panne  de  vair  avec  ;  et  ly  envoya  aussi  une  tiretaine  et 
cendal  (taffetas)  pour  fourrer  la  robe.  »  Le  roi  et  la  reine  Fac- 
cueillirent  avec  empressement  à  Limisso  où  se  trouvait  alors 
la  cour  et  où  les  croisés  avaient  débarqué;  mais  elle  ne  put 
obtenir  que  des  promesses  assez  vagues,  et  les  désastres  de 
la  campagne  ne  permirent  pas  de  les  remplir.  Obligée  de 
retourner  en  France,  elle  emmena  avec  elle  son  frère  Jean 
d'Acre,  à  qui  elle  fit  épouser  après  la  mort  de  Marie  de  Coucy 
sa  première  femme^  la  comtesse  de  Montfort,  veuve  de  Jean 
de  Montfort,  mort  en  Chypre  dans  l'hiver  de  l'année  1249. 

*  JomvniXE.  N'  137. 


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LES  MONTBÉLIÂRDS  EN  PALESTINE  507 

Le  roi  Henry  *  et  tous  les  seigneurs  de  son  entourage  vou- 
lurent accompagner  le  roi  de  France  à  son  dépari  pour 
Damiette.  Joinville  trouva  devant  cette  place  un  petit  navire 
que  lui  envoyait  sa  cousine  Eschive  de  Baruth  pour  aider  au 
débarquement,  et  dans  lequel  il  descendit  avec  Erard  de 
Brienne.  Le  comte  Jean  de  Jaffa,  qui  les  accompagnait,  avait 
une  magniGque  galère,  «toute  peinte  dedans  et  dehors  la  mer,  à 
escussiauxdeses  armes  qui  estaient  d'or  à  une  croix  de  gueules 
pâtée.  Il  avait  bien  trois  cents  rameurs,  et  pour  chaque  rameur 
il  y  avait  une  targe  à  ses  armes,  et  à  chaque  targe  il  y  avait 
un  pennon  en  or  appliqué.  Ce  fut  lui  qui  aborda  le  premier 
et  le  plus  noblement.  Aussitôt  qu'au  bruit  des  tambours  et 
des  cors  sarrasinois,  sa  galère  fut  entrée  dans  le  sable,  il 
s'élança  avec  ses  chevaliers  en  bel  attitail,  et  vint  tendre  ses 
pavillons  à  la  gauche  de  l'armée,  non  loin  de  l'endroit  où 
Joinville  débarquait  de  son  côté.  Les  Egyptiens  firent  mine 
de  vouloir  résister  et  essayèrent  de  rejeter  les  Français  à  la 
mer;  mais  en  voyant  qu'ils  tenaient  bon,  ils  prirent  eux-mêmes 
le  parti  de  la  fuite. 

Ce  premier  succès,  immédiatement  suivi  de  la  prise  de 
Damiette,  ne  fit  que  rendre  les  croisés  plus  présomptueux, 
et  croître  leur  licence  et  leur  incurie.  Déjà  leur  séjour  en 
Chypre,  au  milieu  de  l'abondance  et  des  plaisirs,  avait  laissé 
pénétrer  dans  l'armée  des  germes  dangereux  d'indiscipline; 
la  bonté  du  roi  nuisait  à  la  vigueur  du  commandement,  et 
d'ailleurs  Louis  IX  n'était  point  un  grand  général.  On  perdit 
beaucoup  de  temps  à  Damiette,  pour  laisser  écouler  l'inonda- 
tion, et  attendre  le  comte  de  Poitiers  qui  amenait  un  nouveau 
renfort  de  guerriers.  Cependant,  lorsqu'on  se  mit  en  marche, 
l'armée  comptait  60,000  combattants  paVmi  lesquels  il  y 
avait  plus  de  20,000  cavaliers.  Le  sultan  Negmeddin  avait 
réuni  ses  forces  à  Mansourah,  et,  bien  que  mourant,  redou- 

*  JoiNvniLE,  passim. 


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506  BEVUE  D'ALSACE 

blait  d'activité  dans  ses  préparatifs.  A  sa  mort,  les  émirs 
appelèrent  au  trône  Almoadan  Touran  schah,  le  dernier  des 
descendants  de  Saladin  ;  mais  en  attendant  son  arrivée  de 
Syrie,  Témir  Fakreddin  conserva  le  commandement  de 
l'armée. 

C'est  à  l'histoire  générale  qu'il  appartient  de  raconter  les 
événements  et  les  désastres  de  cette  triste  expédition.  On  sait 
les  imprudences  du  comte  d'Artois  et  les  fautes  de  l'armée. 
Pendant  tout  le  temps  que  les  chrétiens  passèrent  sur  les 
bords  du  Nil,  en  face  de  Mansourah,  ce  ne  fiit  qu'une  suite  de 
combats  où  chacun  semblait  agir  pour  son  propre  compte, 
sans  plan  arrêté,  sans  ensemble,  et  aussi  sans  résultat  à  espé- 
rer. Dans  presque  toutes  les  batailles  livrées  par  les  Français, 
la  valeur  individuelle  a  fait  tort  à  l'ensemble  des  mouvements 
et  entraîné  la  perte  des  meilleures  armées.  Joinville,  attaché, 
lui  sixième,  à  la  défense  d'un  pont,  eut  deux  fois  son  cheval 
abattu  sous  lui,  et  ne  rentra  le  soir  qu'après  que  ce  cheval 
eut  reçu  quinze  blessures  et  qu'il  eut  été  lui-même  percé  de 
cinq  flèches.  Bibars  avait  remplacé  dans  le  commandement 
Fakreddin  resté  sur  le  champ  de  bataille.  Il  engagea  de  nou- 
veau la  lutte  le  premier  vendredi  du  carême,  en  12B0.  Le  duc 
d'Anjou  commandait  la  droite;  Guy  et  Baudoin  d'Ibelin 
venaient  après  à  la  tête  des  guerriers  de  Chypre  et  de  Jéru- 
salem ;  puis  Gaucher  de  Châtillou,  plein  de  prudhomie  et  de 
bonne  chevalerie  ;  Joinville  était  un  peu  plus  loin  vers  la 
gauche,  et  enfin  à  l'extrémité  Josserand  de  Brandon,  dont  la 
troupe  eût  péri  tout  entière  sans  le  secours  de  Henri  de 
Brienne  à  la  tête  des  arbalétriers. 

Ce  fut  peut-être  encore  une  victoire,  mais  chèrement  achetée 
et  demeurée  inutile.  La  peste,  la  famine,  le  scorbut  s'étaient 
joints  aux  souffrances  de  la  guerre.  On  voulait  faire  retraite, 
mais  les  Mamelucks  étaient  maîtres  du  Nil,  et  leurs  escadrons, 
dont  la  plaine  était  inondée,  enlevaient  tous  les  traînards  et 
tous  les  égarés.  Une  partie  des  troupes  et  des  blessés  avait 


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LES  MOKTBÉLIABDS  EN  PALESTINS  509 

été  embarquée  sur  le  fleuve  qu'ils  descendaient  lentement  et 
à  travers  mille  dangers.  Le  roi,  presque  mourant,  mais  qui 
n'avait  pas  voulu  quitter  ses  soldats,  voyait  tomber  autour  de 
lui  ses  plus  héroïques  défenseurs.  L'épée  de  Geoffroi  de  Sar- 
gines  et  de  Gaucher  de  Gbâtillon  ne  sufGlsaient  plus  à  le 
défendre  ;  en  vain  s'efforçaient-ils  de  rallier  à  leurs  cris  quel- 
ques chevaliers;  Gaucher  succomba;  il  fallut  se  rendre,  et  le 
roi  de  France  fut  chargé  de  fers  avec  ses  deux  frères,  les  ducs 
d'Anjou  et  de  Poitiers.  Joinville,  fait  prisonnier  dans  le  navire 
où  on  l'avait  porté  tout  malade,  ne  dut  son  salut  qu'au  dévoue- 
ment d'un  Sarrasin  de  la  terre  de  Tempereur,  qui  le  tint 
embrassé  en  criant  :  <  Cousin  d  u  roi.  i»  Avec  lui  fut  sauvé  le  petit 
Barthélémy  de  Montbéliard,  qui,  ayant  perdu  tous  les  gens  de 
son  escorte,  sut  inspirer  quelque  pitié  aux  émirs,  et  fut 
remis  au  sénéchal,  avec  recommandation  de  tenir  toujours 
le  petit  enfant  par  la  main,  que  les  Sarrasins  ne  le  taillent. 
n  accompagna  ainsi  Joinville  jusqu'à  Ptolémaïs  où  il  fiit  remis 
à  sa  £Eunille. 

Plus  de  trente  mille  chrétiens  avaient  succombé,  tant  sur 
le  champ  de  bataille  que  dans  les  eaux  du  Nil  ou  dans  les 
massacres  qui  suivirent  la  déroute.  Cependant  Jean  de  Vallery, 
Philippe  de  Montfort  et  les  deux  Ibelins  avaient  été  mandés 
près  du  roi  qui  voulait  prendre  conseil  de  ses  barons  pour 
la  conclusion  d'un  trêve.  Il  fut  convenu  que  le  roi  rendrait 
Damiette  et  paierait  pour  sa  rançon  un  mJUion  de  besans 
d'or,  environ  10,132,000  francs  de  notre  monnaie.  «Par 
ma  foi,  s'écria  Almoadan  en  apprenant  que  le  roi  avait 
accepté  ses  conditions  sans  marchander,  larges  es  li  franc, 
quand  il  n'a  pas  barguigné  si  grand  somme  de  deniers.  Ores 
li  allez  dire  que  je  li  quitte  cent  mille  livres  ^  por  la  rançon 
payer.  » 

Déjà  Joinville,  Jean  de  Soissons,  Pierre  de  Bretagne,  les 

^  Un  cinquième  du  total. 


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510  REVUB  d'ALSAOB 

deux  Ibelins  avaient  descendu  le  Nil,  et  le  roi  pouvait  espérer 
qu'il  ne  tarderait  pas  à  être  rendu  à  la  liberté,  lorsque  le 
Soudan  fut  assassiné  à  Pharescour,  et  les  captifs  plongés 
dans  de  nouvelles  aventures  et  de  nouveaux  dangers.  Après 
la  scène  sanglante  qui  avait  amené  la  mort  d'Almoadan, 
trente  guerriers  sarrasins  s'étaient  précipités  dans  la  galère  où 
étaient  les  prisonniers,  en  les  menaçant  de  leur  trancher  la 
tête.  Les  chrétiens  se  préparaient  à  mourir,  et  le  sénéchal  avait 
déjà  reçu  la  confession  de  Guy  d'Ibelin,  quand  par  un  de  ces 
revirements  soudains  et  fréquents  dans  l'esprit  des  gens  en 
colère,  les  Sarrasins  les  quittèrent  brusquement;  et,  après  que 
le  roi  lui-même  eut  été  vingt  fois  menacé  de  mort,  le  traité 
fut  maintenu  ;  on  restitua  Damiette,  le  roi  et  la  reine  s'em- 
barquèrent sur  des  vaisseaux  génois,  et  avec  eux  purent  s'é- 
loigner de  ce  rivage  deux  fois  funeste,  un  certain  nombre  de 
seigneurs  de  leur  entourage,  entre  autres  Joinville.  Il  restait 
environ  11,000  chrétiens  dans  les  prisons  du  Caire;  quelques- 
uns  furent  encore  rendus  plus  tard  ;  mais  le  plus  grand  nom- 
bre périt  égorgé  par  les  Turcs  fanatisés  ou  dans  les  infects^ 
cachots  où  ils  étaient  plongés. 

Le  roi  arriva  à  Ptolémaïs  (1350)  accompagné  d'un  fort  petit 
nombre  de  chevaliers,  et  sans  être  encore  fixé  sur  la  conduite  à 
tenir.  Tout  en  étant  lui-même  disposé  à  prolonger  son  séjour 
en  Palestine  \  il  ne  voulait  cependant  pas  prendre  un  parti  sans 
consulter  son  Conseil,  surtout  ses  frères  et  ses  amis  au  nombre 
desquels  figuraient  le  sire  de  Joinville,  le  comte  de  Jaffa,  Guy 
de  Malvoisin,  Guillaume  de  Beaumont  et  quelques  autres 
barons.  Les  avis  furent  partagés,  et  la  majorité  même  opina 
pour  le  retour  en  France.  Le  comte  de  Jaffa  refusa  de  se 
prononcer,  disant  que  comme  il  avait  plusieurs  châteaux  en 
Palestine,  on  pourrait  l'accuser  de  penser  à  ses  intérêts  per- 
sonnels ;  et  comme  le  roi  insistait,  il  se  contenta  de  dire  que  la 

*  JOINVILLB.  N*  424. 


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LES  MONTBÉLIABDS  EN  PALESTINE  511 

gloire  des  armes  chrétiennes  et  le  salut  de  la  Terre*Sainte  ne 
permettaient  pas  aux  croisés  de  rentrer  en  Europe.  Joinyille 
se  prononça  énergiquement  dans  ce  sens  ;  et  le  roi,  que  le 
discours  du  sénéchal  avait  confirmé  dans  sa  manière  de  voir, 
se  décida  à  persister  dans  ses  intentions. 

Il  resta  ainsi  en  Palestine  jusqu'au  14  avril  1254,  occupé  à 
fortifier  les  villes  qui  étaient  encore  entre  les  mains  des  chré- 
tiens, à  rétablir  la  paix  entre  les  différents  partis,  et  à  contenir 
les  ambitions  qui  se  produisaient  au  milieu  même  des  dangers 
dont  on  était  environné.  Louis  releva  successivement  Tripoli, 
Sidon,  Césarée,  Ptolémaïs  qu'il  entoura  d'une  double  enceinte 
de  tours  et  de  murailles.  Depuis  la  perte  d'Ascalon,  Joppé 
était  devenu  le  boulevard  du  royaume  du  côté  de  l'Egypte,  et  il 
était  de  première  nécessité  d'en  assurer  la  défense.  Lorsque  le 
comte  Jean,  raconte  Joinville,  sut  que  le  roi  avait  l'intention 
de  venir  à  Jaffa,  <  il  attira  son  chastel  en  tel  manière,  que  ce 
semblait  bien  être  ville  défendable,  car  à  chacunsdes  carniaux, 
dont  il  y  avait  bien  cinq  cens,  avait  une  targe  à  ses  armes  et 
un  panoncel^laquex  chose  fut  bien  bêle  à  regarder.  i>  Louis  passa 
près  d'un  an  dans  la  ville  de  Jaffa,  et  ce  fut  probablement 
durant  ce  temps  ^  qu'il  engagea  le  comte  Jean  à  recueillir  les 
souvenirs  qu'il  avait  gardés  des  anciennes  Assises  de  Jéru- 
salem et  les  traditions  juridiques  qui  s'étaient  conservées  dans 
les  cours  et  tribunaux  du  royaume,  pour  en  faire  le  corps  de 
doctrine  qui  fut  continué  plus  tard  par  Jacques  d'Ibelin,  petit- 
fils  du  connétable  Philippe  et  de  Simone  de  Montbéliard.^ 
Déjà  dans  des  temps  plus  anciens,  le  roi  de  Jérusalem, 

^  DUCANGE,  p.  349. 

•  Il  y  eut  deux  Jacques  d'Ibelin,  l'un  fils  de  Balion  de  Tabarie  et 
petil-fils  de  Philippe  et  de  Simone,  né  entre  1310  et  1315;  l'autre,  d'ori- 
gine inconnue.  C'est  ce  dernier  qui,  en  1271,  soutint,  dans  un  discours 
devant  Edouard  d'Angleterre  et  le  roi  Hugues  III,  les  droits  des  barons 
de  Chypre,  et  prétendit  qu'ils  n'étaient  point  tenus  de  faire  le  service 
hors  du  royaume,  s'ils  ne  le  voulaient  bien.  Il  n'est  pas  impossible  que 
ce  dernier  soit  le  rédacteur  du  second  livre  des  Assises.  —  Duoange  369. 


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512  REvriB  d'alsace 

Amaury,  avait  engagé  Raoal  de  Bare,  beau-père  du  conné- 
table Eudes,  à  refondre  les  Assises  de  Godefroi  pour  en 
former  un  nouveau  code  de  lois^  mais  Raoul  s'y  était  refusé, 
disant  qu'il  ne  voulait  pas  apprendre  ce  qu'il  savait  à  des  légistes, 
hommes  du  peuple,  et  les  rendre  ainsi  ses  égaux.  Le  comte 
Jean  n'eut  pas  les  mêmes  scrupules  ;  mais  le  texte  primitif 
avait  cessé  d'exister.  Oublié,  dit-on  ',  dans  l'église  du  Saint- 
Sépulcre,  il  avait  été  perdu  lors  de  la  prise  de  Jérusalem  par 
Saladin,  et  on  ne  put  le  rétablir  que  d'après  les  souvenirs  qui 
s'étaient  conservés  chez  les  jurisconsultes  et  les  usages  main- 
tenus devant  les  tribunaux.  C'est  par  la  Chypre  que  nous  est 
parvenue  l'œuvre  d*Ibelin.  Après  qu'elle  eut  été  continuée 
par  son  cousin  Jacques,  et  terminée  enfin  en  1269,  seize  com- 
missaires, choisis  par  les  Etats  du  royaume,  scellèrentFouvrage 
de  leur  sceau;  et  le  S  novembre  de  la  même  année,  le 
manuscrit  fut  déposé  solennellement  dans  la  cathédrale  de 
Nicosie,  comme  l'avait  été  jadis  l'exemplaire  original  dans 
l'église  du  Saint-Sépulcre.  Ainsi  ce  furent  encore  les  descen- 
dants des  Montbéliards  qui  eurent  la  plus  grande  part  à  ce 
travail,  et  leur  œuvre  peut  être  considérée  comme  l'un  des 
monuments  les  plus  complets  de  la  législation  et  de  la  juris- 
prudence féodales,  non  pas  seulement  pour  la  Palestine,  mais 
en  France,  d'où  elle  était  sortie,  et  où  elle  fut  en  partie 
reproduite  dans  les  Etablissements  de  saint  Louis. 

Après  que  ce  prince  eut  quitté  la  Palestine  (14  avril  1254), 
ce  ne  fut  plus  dans  ce  malheureux  royaume  que  désordre  et 
confusion.  Les  compétitions  au  trône,  les  luttes  des  partis, 
et  surtout  les  rivalités  des  ordres  du  Temple  et  des  Hospi- 
taliers s'ajoutaient  aux  guerres  étrangères  pour  hâter  la  déca- 
dence et  précipiter  la  ruine.  Marie,  fille  de  Bohémond  lY 
d'Antioche  et  de  Melissende,  fille  elle-même  d'Amaury  de 


*  DtJOANGE,  p.  456. 

*  MiCHAUD,  t.  II,  p.  536  et  37,  éclaircissement 


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LES  MONTBÉLIÂRDS  EN  PALESTINE  513 

Lasignan  et  d'Isabelle  de  Jérusalem  *,  avait  élevé  ses  pré- 
tentions en  opposition  avec  celles  des  rois  de  Chypre.  Charles 
d'Anjou,  à  qui  elle  céda  ses  droits  moyennant  une  pension  et 
des  dédommagements  en  terres  (1277),  essaya  à  son  tour  de 
s'emparer  du  royaume  ;  toutefois  cette  cession  ne  laissa  sub- 
sister au  profit  de  la  maison  d'Anjou  qu'un  titre  assez  vain, 
qu'elle  ne  se  trouva  jamais  en  situation  de  faire  valoir  sérieu- 
sement. 

D'un  autre  côté,  les  troubles  qui  agitèrent  l'Egypte  après  la 
mort  du  dernier  descendant  de  Saladin,  et  l'apparition  des 
Mongols  qui  menaçaient  les  Turcs  plus  encore  que  les  Francs, 
avaient  maintenu  pendant  un  temps  la  paix  entre  les  deux 
peuples  rivaux,  et  retardé  momentanément  la  chute  du 
royaume  chrétien.  Houlagou  s'était  emparé  de  Bagdad  (1268), 
et  le  dernier  des  Abassides  avait  péri  au  milieu  des  raines  de 
sa  capitale  et  des  trésors  qu'on  lui  servait  pour  nourriture. 
Alep,  Damas,  Emesse  et  toutes  les  grandes  villes  de  Syrie 
étaient  tombées  au  pouvoir  des  Tartares  chez  lesquels  les  Francs 
avaient  cru  trouver  des  alliés;  mais  quelques  difficultés  sur- 
venues à  propos  du  pillage  de  certains  villages  turcs  qui 
payaient  tribut  aux  Mongols,  tournèrent  contre  les  populations 
chrétiennes  les  armes  redoutables  de  ce  peuple.  Là  Palestine 
fut  envahie,  et  les  territoires  de  Sidon,  de  Ptolémaïs  et  de 
Beruth  ravagés  ;  Jean  d'Ibelin,  fils  de  Balian,  qui  voulut  leur 
résister,  fut  vaincu,  fait  prisonnier  et  ne  put  se  racheter  qu'au 
prix  de  20,000  besans.*  Mais  comme  ces  Barbares  ne  ména- 
geaient pas  plus  les  Turcs  que  les  Chrétiens,  les  Egyptiens 
vinrent  eux-mêmes  au  secours  de  leurs  anciens  ennemis.  Ket- 
boga,  un  des  lieutenants  d'Houlagou,  fut  défait  et  tué  dans  une 
grande  bataille  livrée  dans  la  plaine  de  Tabarie  (1260).  et  les 
hordes  mongoles  dispersées,  s'évanouirent  de  la  Palestine. 


^  DUOANGE,  p   42  et  8. 

'  Duoângs. 

i-  Année.  —  NonveUe  Série. 


33 


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514  REVUE  D*ALSACE 

Cependant  la  plupart  des  personnages  que  nous  avons  tum 
figurer  dans  ce  récit,  avaient  disparu  successivement  de  la  scène. 
Balian  de  Baruth  et  sa  femme  Escbive  étaient  morts  à  une 
époque  inconnue,  laissant  trois  fils  et  une  fille.  Cette  dernière, 
Isabelle,  épousa  Henri  de  Giblet;  Balian  mourut  jeune;  Hugues 
épousa  Marie  de  Montbéliard,  fille  du  connétable  Eudes,  et 
mourut  sans  postérité  ;  enfin  Jean,  dont  nous  venons  de  parler 
et  qui  était  Taîné  de  tous,  bérita  de  la  seigneurie  de  Baruth 
et  vécut  jusqu'à  1264.  Il  avait  épousé  Alix  d'Athènes  et  laissa 
deux  filles  :  Isabelle  qui  eut  quatre  maris  et  mourut  sans 
enfants,  et  Eschive  qui  devint,  à  la  mort  de  sa  sœur,  dame 
de  Barutb  qu'elle  conserva  jusqu'à  la  prise  de  cette  place  par 
lesMamelucks  en  1291.  Elle  épousa  successivement  Humfroi 
de  Montfort  et  Guy  de  Lusignan,  fils  du  roi  Hugues  III.  Leur 
fils  devint  roi  à  son  tour  sous*  le  nom  de  Hugues  IV.  Outre  ce 
prince,  ils  eurent  encore  Araaury,  Isabelle  qui  épousa  le  con- 
nétable Eudes  de  Dampierre,  et  Rupin,  époux  de  Marie  d'Ibe- 
lin,  fillede Balian,  sénéchal  de  Chypre,  lui-même  fils  du  conné- 
table Guy  et  neveu  de  Balian  ni. 

Le  comte  de  Jaffa,  Jean  d'Ibelin,  rédacteur  dea  Asinses, 
était  mort  à  son  tour  en  1266,  laissant  de  Marie  d'Arménie, 
Guy  ou  Guyotin,  époux  de  Marie  de  Tabarie,  fille  du  conné- 
table Philippe  et  de  Simone  de  Montbéliard.  Ce  fut  probable- 
ment pendant  l'administration  de  Guy,  que  JafEa  fut  enlevé 
par  Bibars,  le  7  mars  1265.  Hugues,  fils  de  Guy,  conserva  le 
titre  du  comte  de  Jaffa  ;  il  fut  sénéchal  de  Jérusalem  en  1338, 
et  épousa  Isabelle  d'Ibelin  ;  sa  sœur,  nommée  aussi  Isabelle, 
épousa  le  roi  d'Arménie,  Sembad. 

Ainsi  le  nom  de  Montbéliard  avait  disparu  de  la  Terre- 
Sainte;  mais  en  ce  même  temps  s'en  allaient  pièce  à  pièce  les 
derniers  restes  du  royaume.  Antioche,  Joppé,  le  Krac  des 
chevaliers  furent  pris  par  Bibars  en  1268.  Kelaoun  enleva, 
en  1285,  Margat  que  le  diable  lui-même,  au  dire  du  sultan 
de  Hamah,  avait  pris  plaisir  à  consolider  sur  son  i!ocber,  et 


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LES  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  515 

dont  l'aigle  et  le  vautour  pouvaient  seuls  atteindre  les  remparts. 
En  1287  ce  fut  Tripoli;  en  1291,  Tortose  et  Baruth,  Sajette 
et  Tyr.  Restait  Ptolémaïs,  dernier  boulevard  d'un  royaume 
qui  n'existait  plus,  où  s'était  retirée  toute  la  noblesse  du  pays, 
et  où  vivaient  accumulés  plus  de  cent  mille  chrétiens,  reste 
de  la  population  des  villes  voisines,  échappée  au  fer  des  Musul- 
mans. Chaque  peuple  s'y  trouvait  représenté,  et  possédait  un 
quartier  distinct,  entouré  de  murs,  fermé  par  des  chaînes,  et  for- 
mant une  ville  dans  une  autre  ville.  Il  y  avait  jusqu'à  dix-sept 
juridictions  différentes.  Dans  les  derniers  temps,  on  avait  sur- 
tout vu  arriver  des  Génois,  des  Pisans,  des  Vénitiens  que  le 
commerce  attirait  en  Orient,  et  où  accouraient  d'autre  part  des 
Romains,  des  Parisiens,  des  négociants  de  Gonstantinople,  de 
Damas  et  du  Caire,  tous  rivalisant  de  violence  et  de  rapacité. 
On  apportait  à  Ptolémaïs,  des  diverses  parties  du  monde,  tout  ce 
qui  pouvait  servir  aux  besoins  et  au  luxe  des  princes  et  des 
seigneurs  dont  la  vie  s'écoulait  dans  les  jeux  et  les  tournois. 
Chaque  ordre  de  chevalerie  y  possédait  ses  châteaux,  que  les 
luttes  des  partis  avaient  fait  transformer  en  forteresses  redou- 
tables.^ Les  murs  de  la  ville,  garnis  de  fortes  tours,  à  un  jet  de 
pierre  les  unes  des  autres,  étaient  percés  de  portes  entre  deux 
tours,  et  leur  largeur  était  telle  que  deux  chars  pouvaient  y 
passer  de  front  Ils  étaient  doubles  du  côté  de  la  terre,  et  pro- 
tégés par  de  profonds  fossés.  Les  places  de  l'intérieur  étaient 
belles  et  propres;  toutes  les  maisons,  égales  en  hauteur,  étaient 
construites  en  pierres  de  taille,  et  décorées  uniformément  de 
fenêtres  en  verre  peint  Des  étoffes  de  soie  et  d'autres  belles 
tapisseries  couvraient  les  places  publiques  et  les  garantissaient 
contre  les  ardeurs  du  soleil.  A  chaque  angle  de  ces  places 
était  une  tour  très  forte^  ayant  des  portes  et  des  chaînes  de 
fer.  Tous  les  habitants  avaient  chez  eosi  les  manières  des 
anciens  Romains  ;  les  rois  de  Jérusalem  et  de  Chypre,  les 

^  Hbrmann  Cobneiuus.  Chron,  Bibl.  des  croigades,  t.  III,  p.  131. 


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516  REVX7E  D'âLRAGB 

princes  de  Galilée,  d'Antioche,  de  Tripoli,  les  Ibelins,  lesGîblet, 
les  Montaigu,  les  seigneurs  de  Gésarée,  de  Blanchegarde,  de 
Sajette,  de  Tabarie,  y  possédaient  des  palais  magnifiques  qui, 
depuis  la  perte  de  leurs  fie&,  étaient  devenus  leur  résidence. 
Plusieurs  de  ces  familles  étaient  puissamment  riches  ;  elles 
avaient  leur  milice  à  elles,  et  on  voyait  les  seigneurs  parcou- 
rant la  ville  avec  leur  couronne  d'or  sur  la  tête,  suivis  de  leur 
nombreuse  maison  qui  se  faisait  remarquer  à  la  magnificence 
des  vêtements  couverts  d'or  et  de  pierres  précieuses.* 

Le  siège  de  Ptolémaïs  fut  terrible  et  dura  trois  mois.  La 
ville  succomba  sous  les  coups  du  sultan  Khalil,  le  18  mai 
1291^  autant  par  le  fait  des  défaillances,  des  désordres,  du 
manque  d'entente  entre  les  chrétiens,  que  par  l'énergie  et  la 
bravoure  réelle  des  Musulmans.  Sa  ruine  rappelle  celle  de 
Jérusalem  sous  Titus,  et  de  toute  cette  splendeur,  il  ne  resta 
après  le  passage  des  Turcs  que  des  monceaux  de  décombres 
couverts  de  cadavres  et  inondés  de  sang. 

Presque  toutes  les  familles  qui  échappèrent  au  désastre,  se 
réfugièrent  dans  l'île  de  Chypre  où  déjà  la  plupart  d'entre 
elles  avaient  par  avance  des  établissements.  Les  Ibelins  con- 
tinuèrent à  occuper  dans  ce  royaume  les  hautes  positions  de 
sénéchal  et  de  connétable,  et  furent  constamment  associés 
à  la  fortune  des  Lusignans  ;  mais  il  nous  deviennent  entiè- 
rement étrangers,  et  nous  ne  voyons  pas  qu'ils  aient  con- 
servé de  relations  d'aucune  espèce  avec  le  pays  d'où  étaient 
venus  leurs  aïeux.  Eux-mêmes  disparaissent  vers  la  fin  du 
XIV*  siècle,  ou  du  moins  cessent  de  prendre  part  aux  affaires 
et  de  figurer  dans  les  derniers  événements  de  l'histoire  de 
Chypre. 

Que  si  maintenant  nous  nous  demandons  ce  qui  revint  à 
notre  pays  de  Montbéliard,  de  tant  de  sang  versé,  de  luttes  et 
de  travaux?  nous  répondrons  :  la  lèpre  et  quelques  caisses 

*  MiCHAXTD.  Btbliothrqw  des  croisades,  III,  p,  131.  —  VnxANi. 


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LES  MONTBÉLIARDS  EN  PALESTINE  517 

de  reliques.*  Un  inventaire  des  richesses  possédées  par  l'église 
Saint^Maimbo,  dressé  le  7  février  1522,  mentionne  parmi  ses 
trésors  :  une  fiole  contenant  du  lait  de  la  Vierge;  quelques 
cheveux  de  Marie-Magdeleine  ;  un  morceau  de  la  vraie  croix  ; 
une  pierre  sur  laquelle  s'était  assis  Jésus-Christ;  un  fragment 
de  son  sépulcre  et  du  bois  de  la  crèche  qui  avait  été  son 
berceau  ;  un  caillou  qui  avait  servi  au  martyre  de  saint  Etienne  ; 
de  la  terre  du  champ  où  Adam  fut  formé  ;  un  reste  du  pain 
que  Jésus  donna  à  ses  disciples  au  dernier  souper,  etc.  Tous 
ces  objets,  exposés  chaque  année  à  l'adoration  des  fidèles,  le 
jour  et  le  lendemain  de  la  Circoncision,  furent  détruits  lors 
de  l'introduction  de  la  Réforme  à  Montbéliard.  Nous  ignorons 
d'ailleurs  quelle  en  était  l'origine  et  qui  les  avait  rapportés 
à  Montbéliard. 

On  a  présumé  que  la  lèpre  nous  était  venue  d'Orient  parce 
que  les  établissements  destinés  dans  notre  pays  à  recevoir  les 
malades,  remontent  effectivement  à  l'époque  des  croisades,  et 
que  selon  toute  apparence,  le  manque  de  soins,  de  propreté, 
et  les  misères  de  toute  nature  qui  accompagnèrent  ces  immenses 
déplacements  d'hommes,  contribuèrent  considérablement  au 
développement  de  cette  maladie.  Il  y  a  dans  notre  ville,  au  fau- 
bourg de  Besançon,  une  fontaine  qui  porte  encore  le  nom  de 
Fontaine  des  ladres^  et  qui  rappelle  l'emplacement  de  l'hospice 
destiné  jadis  à  les  recevoir.  Une  autre  léproserie  paraît  avoir 
existé  non  loin  du  village  d'Arbouans,  au  lieu  désigné  sous  le 
nom  de  MUandre;  et  déjà  en  1292,  il  y  avait  un  établis- 
sement de  même  sorte  dans  le  village  de  Bussurel.  C'est 
Thierry  m,  qui,  en  1246,  fit  bâtir  l'hospice  de  Montbéliard 
dans  un  terrain  désigné  sous  le  nom  de  Pré  de  P Aiguillon,  non 
loin  de  T  Allan,  entre  les  Grcmers  et  les  abords  du  Grand  pont. 

*  C3h.  Duvernoy.  Le  château  de  Monthéliard  et  ses  anciens  maîtres, 
—  GoGUEL.  Le  château  de  Montbéliard,  ses  anciennes  églises,  etc.  — 
TuEFFEBD.  Notice  sur  Montbéliard, 


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518  REVUS  DÂL8A.GE 

Ge  nom  a  passé  plus  tard  à  la  rue  où  se  trouve  l'hospice  actuel. 
Ce  même  comte  Thierry  fit  en  1269,  un  don  aux  chanoines 
de  Saint-Maimbœuf,  à  la  charge  d*en  distribuer  une  partie  aux 
ladres  ;  et  il  existe  sur  les  bords  de  la  rivière  de  TAllan,  un 
canton  de  prés,  encore  désigné  sous  le  nom  de  Mezeb,  lépreux, 
dont  le  revenu  était  probablement  affecté  à  la  léproserie  de 
la  ville.  Cet  établissement,  mentionné  dans  une  charte  de  1-370, 
fut  reconstruit  en  1589,  et  démoli  définitivement  en  1688. 

L'ère  des  croisades  était  fermée;  cependant  diverses  expé- 
ditions contre  les  Turcs  portèrent  encore  ce  nom,  et  nos  comtes 
de  Montbéliard  n'étaient  pas  hommes  à  les  laisser  passer  sans 
y  prendre  part.  Lorsque  les  triomphes  de  Bajazet  firent 
craindre  à  la  chrétienté  quelque  nouvelle  invasion  de  Bar- 
bares, une  armée  de  Francs  se  réunit,  à  l'appel  de  Sigismond, 
roi  de  Hongrie,  sous  les  ordres  du  duc  de  Nevers,  Jean-sans- 
Peur.  A  ce  prince  s^associèrent  le  maréchal  Boucicault,  le 
connétable  Philippe  d'Artois,  Guy  de  la  Trémoille,  Henri  et 
Philippe  de  Bar,  l'amiral  Jean  de  Vienne  et  une  multitude  de 
seigneurs  dont  plusieurs  étaient  parents  ou  amis  du  vieux 
comte  Etienne  de  Montfaucon  qui  régnait  alors  sur  Montbé- 
liard. L'armée  prit  sa  route  par  cette  ville,*  et  pendant  plu- 
sieurs jours,  préluda  par  des  tournois,  des  joutes  et  des  fêtes 
guerrières  aux  victoires  qu'elle  se  promettait.  Henri  d'Orbe, 
fils  d'Etienne,  prit  rang  parmi  les  croisés  ;  mais  les  mêmes 
fautes,  les  mêmes  imprudences  qui  avaient  entraîné  les 
désastres  de  Mansourah  et  de  Poitiers,  qui  devaient  amener 
encore  Azincourt  et  Pavie,  entraînèrent  à  Nicopolîs  la  perte 
de  cette  brillante  chevalerie,  sans  que  l'expérience  du  passé, 
les  conseils  de  la  plus  simple  prudence,  et  les  récents  revers 
de  nos  guerriers  pussent  contenir  cette  folle  et  présomptueuse 
noblesse,  source  constante  de  nos  malheurs,  et  qui  mit  vingt 
fois  la  France  au  bord  de  l'abîme. 

^  Ephémérides,  20  septembre  1396. 


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LES  MONTBÉLIARDS  £l!f  PALESTINE  519 

Henri  d'Orbe  disparat  sans  qu'on  ait  jamais  su  d'une 
manière  certaine  ce  qu'il  était  devenu  ;  cependant  comme  il 
ne  figura  pas  parmi  les  prisonniers,  on  put  présumer  qu'il 
avait  succombé  dans  le  combat.  Sa  mort  fit  passer  les  terres 
de  Montbéliard  à  ses  filles,  dont  l'aînée,  Henriette,  par  son 
mariage  avec  Eberhard  le  jeune  ^(1397),  porta  dans  la  maison 
de  Wurtemberg  le  comté  de  Montbéliard  proprement  dit,  le 
château  de  Porrentroy,  Granges,  Ëtobon,  Saulnot,  Glerval, 
Passavant. 

Le  comte  Eberhard  le  barbu,  petit-fils  d'Henriette,  voulut 
à  son  tour  de  voyager  en  Palestine  (1468)  ;  mais  son  expédition, 
toute  pacifique,  n'eut  d'autre  objet  que  de  visiter  les  lieux  saints 
et  de  satisfaire  sa  curiosité.  Son  voyage,  commencé  en  mai,  fut 
terminé  dans  les  premiers  jours  d'octobre.  Duvernoy  raconte 
dans  ses  EphémériAis  (14  mai  1468),  qu'à  l'occasion  de  son 
heureux  retour,  la  ville  de  Montbéliard  lui  fit  don  d'une  grande 
coupe  en  vermeil^  et  le  chapitre  de  Saint-Maimbœuf  de  six 
tasses  à  boire  en  argent.  Ce  fut  lui  qui  rapporta  de  Palestine 
les  cèdres  qui  décoraient  l'esplanade  du  chflteau.  et  dont  le 
dernier  figure  encore  dans  un  dessin  de  1589,  conservé  à  la 
bibliothèque  de  Montbéliard.  Il  est  probable  qu'on  lui  dut 
aussi  une  partie  des  reliques  que  possédait  Saint-Maimbo. 

Nous  fermons  ici  le  cercle  que  nous  avions  à  parcourir,  et 
comme  notre  vieux  comte  Eberhard,  nous  rentrons  sans 
encombre  au  gîte  un  instant  abandonné. 

Cl.  Duvernoy. 


*  Eb.  Duvernoy.  Dissertatio  inauguralis,  —  Teêtament  d*Elienne. 
'  Ephémérides  31  octobre  1397. 


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LE  MOUVEMENT  SCIENTIFIOUE 

EN  ALSACE 


M.  Hirn  et  ses  travaux  de  physique. 


I. 

La  théorie  mécanique  de  la  chaleur  a  pour  objet  l'étude 
des  rapports  existant  entre  les  phénomènes  de  la  chaleur  et 
ceux  de  l'équilibre  statique  ou  dynamique  de  la  matière 
pondérable.  Dans  nos  moteurs.,  toutes  les  fois  que  l'action  du 
colérique  produit  un  travail  mécanique,  il  disparaît  une 
quantité  de  chaleur  rigoureusement  proportionnelle  au  tra- 
vail produit.  Réciproquement  et  en  un  sens  plus  général, 
toutes  les  fois  qu'un  travail  mécanique  modifie  l'état  d'équi- 
libre d'un  corps,  il  se  développe  une  quantité  de  chaleur  éga- 
lement proportionnelle  au  travail  dépensé.  Entre  le  travail 
produit  ou  consommé  de  cette  sorte  et  la  chaleur  consommée 
ou  produite,  il  existe  un  rapport  immuable  qui  est  ce  qu'on 
appelle  l'équivalent  mécanique  de  la  chaleur.  Toute  la  théorie 
mécanique  de  la  chaleur  repose  sur  ce  principe  formulé  pour 
la  première  fois  par  le  D'  Mayer  en  Allemagne  et  par 
M.  Joule  en  Angleterre  vers  l'année  1842,  principe  que 
M.  Hirn  a  développé  ensuite  parmi  nous  en  l'appuyant  sur 
de  nouvelles  expériences  tout  à  fait  originales  qui  le  placent 
au  nombre  des  fondateurs  de  la  théorie.  Depuis  la  publication 
de  la  seconde  édition  de  V  Exposition  analytique  et  expérimen- 
tale de  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur  de  M.  Hirn,  faite  à 
Paris  en  1865,  plusieurs  physiciens  français   et  étrangers, 


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MOUVEMENT  SdENTIFIQUE  EN  ALSACE  521 

notamment  MM.  Combes  et  Dopré,  puis  MM.  Yerdet,  Briot,  de 
Saint-Robert,  Montié,  Zeuner  [et  Clausîug,  ont  consacré  à 
l'étude  de  cette  même  question,  des  traités  justement  remar- 
qués. La  nouvelle  édition  que  nous  annonçons  aujourd'hui 
est  entièrement  refondue  et  renferme  beaucoup  de  résultats 
nouveaux,  fruit  des  expériences  et  des  recherches  poursuivies 
par  Fauteur  pendant  les  dix  dernières  années.  Cet  ouvrage  se 
borne  à  l'analyse  des  faits  et  ne  quitte  pas  le  domaine  de  la 
physique  expérimentale  et  de  la  mécanique.  M.  Hirn  a  exposé 
ses  idées  et  sa  doctrine  sur  les  conséquences  métaphysiques 
de  la  thermodynamique  dans  une  Analyse  élémentaire  detU- 
nivers  (un  volume  in-8°,  chez  Gauthier- Villars,  éditeur,  à 
Paris),  ouvi-age  remarquable  à  plus  d'un  titre,  où  il  présente 
la  force  comme  un  élément  distinct  absolument  indépendant 
de  la  matière. 

Laissant  aux  philosophes  les  controverses  ou  les  consé- 
quences métaphysiques  de  la  théorie  mécanique  delà  chaleur 
nous  nous  bornerons  ici  et  pour  le  moment  à  Texamen  de  la 
partie  expérimentale  de  cette  théorie,  qui  est  devenue  pour 
ainsi  dire  la  base  de  toute  la  physique  moderne.  Or,  nous 
savons  comment  dans  tout  moteur  à  colérique  la  source  de 
chaleur  cède  plus  de  chaleur  au  corps  sur  lequel  elle  agit  que 
cette  source  n'en  prend  au  corps  en  question  pour  le  ramener 
à  son  volume,  ou  à  son  état  primitif  La  différence  de  ces 
deux  quantités  de  chaleur  représente  la  quantité  de  travail 
que  fournit  la  machine.  Chaque  unité  de  chaleur  ainsi 
dépensée  se  traduit  pour  nous  par  quatre  cent  vingt-cinq 
unités  de  travail  environ.  En  d'autres  termes,  425  kilogram- 
mètres  ou  unités  de  travail  équivalent  à  une  calorie  prise  pour 
unité  de  chaleur,  la  calorie  étant  la  quantité  de  chaleur 
nécessaire  pour  élever  la  température  d'un  kilogramme  d'eau 
de  0  à  1  degré,  tandis  que  le  kilogrammètre  représente  le 
poids  d'un  kilogramme  élevé  à  1  mètre  de  hauteur.  D'une 
part  nous  pouvons  voir,  au  moyen  d'expériences  précises, 


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523  REVUE  D*ALSAGB 

qu'en  dépensant  une  calorie,  un  poids  de  425  kilogrammes 
peut  être  élevé  à  1  mètre  de  hauteur,  tandis  que  d'un  autre 
cdté  un  poids  de  425  kilogrammes  environ,  soit  un  volume 
de  425  litres  d'eau,  avec  une  chute  d'un  mètre  gagne  une 
calorie  ou  élève  sa  température  d'un  degré  centigrade.  De 
môme  le  frottement,  les  chocs,  la  compression  des  corps  pro*- 
duisent  ou  développent  une  calorie  ou  une  unité  de  chaleur 
pour  chaque  dépense  de  425  kilogrammètres  environ  de  travail. 
Dans  nos  armes  à  feu,  c'est  le  calorique  dilatant  les  parties 
constituantes  de  la  poudre,  qui  met  en  mouvement  la  balle  ou  le 
boulet,  et  pendant  que  le  projectile  chemine  à  travers  la  pièce, 
les  gaz  produits  par  l'inflammation  se  refroidissent  de  nou- 
veau. Si  le  boulet  ou  la  balle  frappe  un  corps  résistant  avec 
sa  vitesse  initiale,  ce  corps,  à  l'instant  même  du  choc,  s'é- 
chauffe par  suite  de  la  perte  de  mouvement  du  projectile,  avec 
un  développement  de  chaleur  en  quantité  égale  à  celle  dis- 
parue dans  les  gaz  de  la  poudre,  pour  produire  le  mouve- 
ment. 

Ainsi  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur  repose  sur  deux 
propositions  fondamentales  :  la  première  exprime  la  relation 
entre  le  travail  mécanique  et  la  chaleur  considérée  comme 
force  et  comme  quantité  susceptible  d'augmentation  et  de 
diminution;  la  seconde  marque  la  relation  existant  entre  le 
travail  mécanique,  les  quantités  de  chaleur,  la  température  h 
laquelle  le  travail  ou  la  chaleur  sont  produits  ou  dépensés. 
Ces  deux  principes,  M.  Him  les  démontre  avec  tous  les  déve- 
loppements nécessaires  après  les  avoir  formulés  comme  suit  : 
<  Toutes  les  fois  que  le  calorique,  en  agissant  sur' un  corps, 
donne  lieu  au  travail  mécanique,  il  disparaît  une  quantité  de 
chaleur  proportionnelle  à  ce  travail.  Toutes  les  fois  qu'un 
travail  mécanique  est  consommé  en  actions  quelconques,  sur 
un  corps  ou  dans  un  corps,  il  apparaît  en  dernière  analyse 
une  quantité  de  chaleur  proportionnelle  à  ce  travail.  »  Tel 
est  l'énoncé  de  la  première  proposition;  voici  la  seconde  : 


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MOUVEMENT  SCIENTIFIQUE  EN  ALSACE  523 

c  Etant  donnée  une  différence  de  température  et  une  quan- 
tité disponible  de  chaleur  que  nous  employons  à  produire 
exclusivement  du  travail  externe  ou  interne,  la  quantité  de 
chaleur  que  nous  sommes  obligés  de  restituer  pour  obtenir  un 
travail  externe  définitif  se  trouve  avec  la  quantité  de  chaleur 
disponible  dans  un  rapport  constant.  >  Non-seulement  le  rap- 
port qui  existe  ainsi  entre  le  travail  produit  ou  consommé  et 
la  chaleur  disparue  ou  apparue,  est  constant  pour  un  même 
ordre  de  phénomènes,  mais  il  reste  encore  le  même  d'un  ordre 
de  phénomènes  à  un  autre,  et  il  ne  dépend  en  aucune  façon 
des  corps  sur  lesquels  agit  la  chaleur,  sur  lesquels  s'exerce 
l'action  dynamique. 

Seule  la  voie  expérimentale  conduit  à  la  démonstration 
de  la  première  proposition  de  la  thermodynamique.  La  décou- 
verte du  principe  de  physique  que  cette  proposition  résume, 
n'a  pu  être  réalisée  avant  l'étude  directe  des  faits  connus 
maintenant  seulement.  C'est  ce  que  M.  Hirn  montre  en  pleine 
évidence  dans  une  digression  critique  remarquable,  à  propos 
des  idées  émises  par  les  maîtres  de  la  science  sur  le  choc  des 
corps  non  élastiques,  sur  les  actions  de  frottement,  sur  le  tra- 
vail des  moteurs  thermiques,  sur  la  compression  et  l'expan- 
sion des  gaz.  Nous  trouvons  la  démonstration  même  du  principe 
dans  l'examen  détaillé  des  phénomènes  de  frottement,  de  la 
désagrégation  des  corps  solides,  de  la  compression  et  de  l'ex- 
pansion, de  la  déformation,  du  choc  des  corps,  des  résistances 
magnétiques  et  électriques.  Chacun  peut  constater  comment 
dans  nos  machines  le  frotteront  des  pièces  en  contact  produit 
de  la  chaleur  sans  que  la  chaleur  soit  due  à  l'uHure  des  parties 
frottantes.  Chacun  de  nous  peut  voir  que  la  lime  et  la  pierre 
à  feu  font  jaillir  des  étincelles  des  corps  qu'elles  déchirent, 
mais  sans  développement  de  chaleur  plus  considérable  à  la 
suite  de  la  désagrégation  que  quand  les  pièces  restent  intactes. 
Tout  corps  comprimé  s'échauffe,  surtout  les  gaz,  après  l'expan- 
sion desquels  on  constate  une  perte  de  chaleur  égale  à  la 


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524  BBVUB  d'alsaob 

chaleurgagnée  par  la  compression.  De  même,  les  changements 
de  forme  dans  les  corps  élastiques,  opérés  par  un  effort 
externe,  déterminent  une  élévation  de  température.  Si  avec 
la  force  des  bras,  nous  tendons  une  lanière  de  caoutchouc  en 
l'appuyant  sur  les  lèvres,  nous  sentons  qu'elle  s'échauffe  ;  si 
nous  laissons  la  bande  ramener  nos  bras  à  la  position  primi- 
tive, nous  sentons  qu'elle  se  refroidit;  si  au  contraire  nous 
lâchons  la  lanière  d'une  main,  elle  reste  chaude.  Dans  le  pre- 
mier cas  la  chaleur  du  caoutchouc  disparait  parceque  le  tra- 
vail dépensé  d'abord  est  ensuite  rendu  ;  dans  le  second  cas,  la 
chaleur  persiste  parceque  la  dépense  de  travail  est  définitive. 
Lors  du  choc  des  corps,  on  observe  également  une  manifesta- 
tion de  chaleur  temporaire  quand  un  marteau  rebondit  après 
avoir  frappé  l'enclume,  tandis  que  si  le  marteau  frappe  un 
corps  mou,  il  reste  en  place  après  le  coup,  et  le  corps  mou 
s'échauffe.  Enfin  dans  les  expériences  sur  la  machine  élec- 
trique de  Carré,  le  nombre  des  étincelles  de  la  machine  se 
trouve  en  proportion  avec  le  travail  dépensé  pour  la  faire 
mouvoir,  déduction  faite  du  travail  absorbé  par  le  frottement 
de  l'axe  des  tourillons. 

Les  expériences  par  lesquelles  on  démontre  qu'à  toute 
dépense  définitive  de  travail  répond  une  quantité  proportion- 
nelle de  chaleur  développée,  sont  très  nombreuses.  Celles  qui 
indiquent  au  contraire  une  production  déterminée  de  travail 
par  suile  et  sous  l'influence  d'une  disparition  proportionnée 
de  chaleur,  sont  beaucoup  plus  difficiles  à  suivre  et  bien  plus 
rares.  Entre  ces  deux  genres  de  phénomènes,  il  y  a  une 
différence  fondamentale,  une  différence  essentielle  de  la  plus 
haute  importance.  Tandis  que  le  travail  d'une  chute  d'eau, 
par  exemple^  peut  être  employé  intégralement  à  produire  du 
calorique,  tandis  qu'à  notre  insu  c'est  là  même  son  effet  final 
dans  nos  usines,  la  chaleur  dans  nos  moteurs  quels  qu'ils 
soient  ne  peut  être  employée  intégralement  à  donner  du  tra- 
vail. Une  partie  de  la  chaleur  disponible,  au  lieu  de  donner  du 


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MOUVEMENT  SGIENTIFIQUB  EN  ALSACE  535 

travail,  se  déplace  simplement  en  pesant  d'un  point  ou  d'un 
corps  à  un  autre  corps  ou  à  un  autre  point.  Suivant  la 
remarque  de  M.  Hirn,  la  valeur  minima  de  cette  portion  de 
chaleur  sacrifiée  est  exactement  fixée  par  la  théorie.  Mais  ce 
minimum  peut  seulement  être  atteint  dans  un  moteur  parfait, 
c'est-à-dire  idéal,  et  la  portion  de  chaleur  qui  passe  d'un 
corps  à  un  autre,  s'approche  d'autant  plus  de  la  chaleur  dis- 
ponible que  le  moteur  est  plus  imparfait.  En  bien  des  cas,  un 
vingtième  à  peine  de  la  chaleur  est  employé  à  donner  du 
travail,  et  les  dix-neuf  autres  vingtièmes  se  déplacent  sans 
aucun  profit  pour  nous.  M.  Hirn  s'est  surtout  appliqué  à  déter- 
miner la  relation  qui  existe  entre  le  travail  produit  et  la  cha- 
leur consommée  par  des  expériences  difficiles  et  cependant 
nombreuses  sur  les  machines  à  vapeur  décrites  en  détail  dans 
son  livre.  Ses  expériences,  après  une  mesure  attentive  de  la 
chaleur  fournie,  de  la  chaleur  restituée,  du  travail  externe 
total  produit,  amènent  la  conclusion  :  «  Quelles  que  soient  la 
pression,  la  température,  la  détente  de  la  vapeur,  il  manque 
toujours  dans  l'eau  du  condenseur  une  quantité  de  chaleur 
proportionnelle  à  la  totalité  du  travail  externe  fourni  par  le 
moteur.  » 

Toutes  les  expériences  de  M.  Hirn  sur  les  machines  h 
vapeur,  et  ses  observations  également  originales  sur  le  rapport 
existant  entre  le  travail  dépensé  ou  produit,  et  la  chaleur 
produite  ou  dépensée  dans  l'organisme  de  l'homme,  ces  obser- 
vations et  ces  expériences,  disons-nous,  nous  conduisent  à  la 
seconde  proposition  de  la  thermodynamique,  à  savoir  la  rela- 
tion qui  existe  entre  le  travail  mécanique  et  la  température 
à  laquelle  s'accomplit  ce  travail.  En  réalité,  cette  seconde  pro- 
position n'est  pas  susceptible  d'une  vérification  directe,  car 
jamais  nous  ne  pouvons  nous  assurer  d'un  0  de  température 
absolu.  Seulement  comme  la  thermodynamique  nous  permet 
de  déterminer  rigoureusement  la  densité  des  vapeurs,  toutes 
les  lois  de  la  détente  et  de  la  compression  à  l'aide  d'équations, 


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526  RBVUB  D'àLBACB 

dans  lesquelles  les  valeurs  assignées  à  la  température  absolue 
entrent  comme  facteurs  principaux,  on  peut  en  conclure  que 
Texistence  de  cette  température  est  une  réalité.  Nous  con- 
clurons aussi  par  contre-coup  que  la  seconde  proposition  est 
démontrée  expérimentalement  d'une  manière  tout  à  fait  suf- 
fisante, quoique  indirecte.  Une  digression  fort  intéressante 
sur  le  caractère  particulier  de  cette  proposition  amène  d'ail- 
leurs M.  Hirn  à  discuter  dans  un  chapitre  spécial  les  diverses 
démonstrations  données  par  Rankine  et  par  M.  Glausius,  pour 
chercher  ensuite  lui-même  un  nouveau  principe  de  démons- 
tration. En  sonmie  la  validité  de  la  seconde  proposition  de  la 
théorie  mécanique  de  la  chaleur  étant  hors  de  doute,  il  demeure 
également  établi  sous  une  nouvelle  forme  que  «  la  chaleur  ne 
peut  être  reconcentrée,  une  température  ne  peut  être  relevée 
sans  une  dépense  de  travail  ou  sans  une  chute  d'une  quantité 
équivalente  de  chaleur.  » 

Après  la  démonstration  des  deux  propositions  fondamentales 
de  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur,  M.  Hirn  entre  dans 
une  étude  plus  approfondie  des  gaz  parfaits,  puis  des  vapeurs 
saturées  et  de  leurs  liquides,  enfin  des  vapeurs  surchauffées. 
L'éminent  physicien  a  réuni  dans  ces  études  sur  les  vapeurs 
et  les  gaz  an  grand  nombre  d'observations  nouvelles  dont  les 
résultats  théoriques  ou  expérimentaux  sont  susceptibles  d'im- 
portantes applications  pour  nos  moteurs  thermiques,  en  même 
temps  qu'il  conduisent  à  l'interprétation  rationnelle  des  phé- 
nomènes les  plus  importants  de  la  nature.  A  notre  grand 
regret  nous  ne  pouvons  indiquer  ici  toutes  ces  expériences  et 
ces  observations,  poursuivies  pendant  plus  de  vingt  années 
avec  un  soin  minutieux,  et  exposées  avec  autant  d'élégance 
que  de  clarté.  Dans  son  exposition,  M.  Hirn  s'est  largement 
servi  de  l'analyse  infinitésimale  et  n'a  pas  cru  devoir  s^asservir 
à  la  méthode  ou  plutôt  à  la  mode  nouvelle  des  démonstrations 
dites  élémentaires.  Selon  lui,  une  démonstration  élémentaire 
portant  sur  autre  chose  que  sur  la  partie  élémentaire  de  telle 


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MOUVEMENT  SCIENTIFIQUE  EN  ALSAOE  527 

OU  telle  science,  est  presque  toujours  plus  difficile  à  saisir  que 
la  démonstration  analytique  équivalente.  Il  y  a,  comme  dit 
M.  Auguste  Langel,  dans  cette  dernière  une  beauté,  une  sim- 
plicité, une  élégance  bien  supérieure,  en  même  temps  qu'elle 
fait  voir  en  quelque  sorte  le  mouvement  des  choses  ou  des 
quantités,  au  lieu  de  les  tenir  éloignées  et  sans  variations. 
Pour  un  jeune  homme  bien  doué,  Tétude  de  l'analyse  infini- 
tésimale, commencée  dès  le  début  des  mathématiques,  ferait 
un  jeu  de  ce  qui,  avec  la  routine  habituelle  de  renseignement 
de  nos  programmes  classiques,  devient  un  casse-tête. 

n. 

Attribués  autrefois  à  des  principes  impondérables,  les  effets 
mécaniques  de  la  chaleur  et  de  Télectricité,  comme  tous  les 
phénomènes  du  même  ordre,  sont  considérés  maintenant  par 
la  plupart  des  physiciens  comme  des  mouvements  de  la 
matière  pondérable.  Mais  de  ce  que  la  chaleur,  l'électricité, 
la  lumière  se  manifestent  par  des  mouvements  variés  de 
l'atome  matériel,  M.  Hirn  ne  permet  pas  de  conclure  que  le 
mouvement  en  général  ne  relève  que  du  mouvement,  et  que 
la  gravitation  elle-même  est  simplement  la  conséquence  d'un 
mouvement  des  corps  dans  l'espace.  A  ses  yeux  la  force  existe 
comme  une  substance  indépendante  et  différente  de  la  matière. 
Cette  doctrine  se  trouve  développée  dans  un  ouvrage  étendu 
et  spécial,  publié  en  1868,  que  nous  avons  signalé  plus  haut  et 
dont  nous  ne  pouvons  nous  occuper  aujourd'hui.  Toutefois 
nous  ne  pouvons  négliger  de  donner  encore  quelques  détails 
sur  la  valeur  expérimentale  de  l'équivalent  mécanique  de  la 
chaleur  et  sur  les  expériences  physiologiques  de  M.  Hirn, 
pour  déterminer  les  relations  entre  le  travail  dépensé  et  la 
chaleur  produite  dans  l'organisme  de  l'homme. 

En  ce  qui  concerne  la  valeur  même  de  l'équivalent  méca- 
nique de  la  chaleur,  nous  avons  dit  que  le  travail  développé 


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538  BEVUE  d'alsage 

par  une  calorie  est  de  425  kilogrammètres  environ  comme 
quantité  moyenne.  Cette  valeur  peut  être  admise  non  comme 
présentant  une  exactitude  absolue,  mais  comme  à  peu  près 
juste  par  suite  des  difficultés  de  Texpérimentation  pour  auto- 
riser un  chiffre  tout  à  fait  certain.  Dans  ses  diverses  expé- 
riences et  en  éliminant  toutes  les  observations  fautives  où  les 
conditions  fondamentales  de  la  théorie  ne  se  trouvent  pas 
remplies,  M.  Hirn  a  obtenu  pour  la  valeur  de  l'équivalent  méca- 
nique des  quanlités  qui  varient  entre  424,5  et  433  kilogram- 
mètres. Il  a  obtenu  424,5  kilogrammètres  par  Técrasement  du 
plomb,  432  par  le  frottement  de  l'eau,  433  par  l'écoulement 
de  l'eau,  425  par  le  forage  du  fer.  Si  nous  considérons  les 
chiffres  obtenus  d'abord  par  le  calcul  d'après  les  différences 
de  capacité  calorifique  des  gaz,  nous  nous  trouvons  en  pré- 
sence de  plus  grandes  divergences.  Ainsi,  tandis  que  M.  Mayer 
et  M.  Glausius  indiquent  pour  l'air  atmosphérique,  le  premier 
la  valeur  de  365  kilogrammètres  en  1852,  le  second  celle  de 
370  en  1850,  M.  Regnault  a  trouvé  480  et  Dulong  419.  D'après 
l'observation  directe,  M.  Joule  a  obtenu  dès  1845  la  valeur  de 
443,8  par  la  compression,  et  437,8  par  l'expansion  de  l'air, 
puis  422,4  par  le  frottement  de  l'eau  dans  des  tuyaux  étroits, 
et  par  le  frottement  de  Teau  au  moyen  d'une  roue  à  palettes 
de  423,9  à  488,3.  On  peut  consulter  dans  l'ouvrage  de 
M.  Hirn  un  tableau  détaillé  des  diverses  valeurs  attribuées  à 
l'équivalent  par  les  expérimentateurs  les  plus  connus,  d'après 
différentes  méthodes. 

Voyons  maintenant  les  résultats  des  expériences  entreprises 
pour  déterminer  la  relation  qui  existe  entre  le  travail  dépensé 
ou  produit  et  la  chaleur  produite  ou  dépensée  dans  l'organisme 
de  rhomme.  Ces  expériences  du  plus  vif  intérêt  demanderaient 
à  être  reprises  par  une  réunion  de  jeunes  physiciens  tra- 
vaillant en  commun  d'après  les  indications  de  M.  Blrn.  Au 
point  de  vue  physique  et  mécanique,  l'organisme  vivant  peut 
être  considéré  comme  une  source  continue  de  chaleur,  un 


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MOUVEMENT  SCIENTIFIQUE  EN  ALSACE  529 

foyer  thermique  se  comportant  en  outre  comme  un  véritable 
moteur.  En  d'autres  termes,  le  moteur  animal  est  capable  de 
produire  du  travail  et  d'en  consommer.  Lorsque  nous  mon- 
tons un  escalier,  nous  élevons  le  poids  de  notre  corps  à  une 
certaine  hauteur  et  le  travail  traduit  en  nombres  est  simple- 
ment le  produit  de  ce  poids  par  cette  hauteur.  Un  homme  du 
poids  de  75  kilogrammes  gravissant  le  Mont-Blanc  en  s'éievant 
de  4000  mètres  au  dessus  du  sol  environnant,  dans  l'espace  do 
dix  heures  exécute  un  travail  de  8,33  kilogrammètres  par 
seconde  ou  de  300,000  kilogrammètres  en  tout  pendant  la 
durée  de  l'ascension.  M.  Lortet,  dans  une  excellente  étude  sur 
les  effets  physiologiques  des  grandes  ascensions,  publiée  ici 
même,  a  montré  que  les  organismes  vivants,  tout  en  restant 
soumis  aux  lois  physiques  de  la  pesanteur,  ne  se  comportent 
cependant  pas  seulement  comme  des  corps  inertes  ou  inani- 
més. Pour  trouver  le  déûcit  ou  le  bénéfice  de  chaleur  chez 
l'homme,  il  ne  sufiSt  pas  de  mesurer  la  chaleur  qui  se  déve- 
loppe dans  l'organisme,  d'abord  à  l'état  de  repos,  puis  à  l'état 
de  travail,  positif  ou  négatif,  en  prenant  la  différence.  Toute- 
fois si  la  chaleur  ne  détermine  pas  elle-même  les  contractions 
musculaires  dans  l'homme,  elle  demeure  la  seule  et  dernière 
manifestation  externe  à  laquelle  donnent  lieu  les  combinaisons 
et  les  décompositions  chimiques  dans  notre  organisme.  Ce  sont 
les  rapports  entre  ces  manifestations  de  la  chaleur  et  le  tra- 
vail mécanique  de  l'homme,  que  M.  Hirn  a  cherché  à  fixer 
dans  la  mesure  possible. 

Pour  arriver  à  ce  but,  nous  devons  à  la  fois  chercher  quelle 
somme  de  chaleur  se  produit  en  nous  dans  chaque  condition 
donnée  et  laquelle  devrait  se  produire  si  le  travail  n'ap- 
portait pas  de  modification  dans  l'acte  de  la  calorification. 
Malgré  la  diversité  des  causes  du  développement  de  la  cha- 
leur dans  l'organisme,  la  quantité  d'oxygène  absorbé  par  les 
poumons  devient  toujours  en  définitive  la  mesure  plus  ou 
moins  rigoureuse  de  la  quantité  de  chaleur  disponible.  Par 

tr*  Année.  -  Nouvelle  Série.  34 


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5S0  REVUE  D' ALSACE 

conséqueDt,  selon  M.  Hlrn,  en  déterminant  à  la  fois  le  poids 
d'oxygène  absorbé  et  la  chaleur  développée  en  un  temps  donné 
chez  un  homme  à  Tétat  de  repos  complet^  nous  connaîtrons  la 
puissance  calorifique  de  Tunité  de  poids  d'oxygène  dans  l'or- 
ganisme, et  par  conséquent  la  quantité  de  chaleur  disponil^le 
pour  chaque  cas.  >  De  plus,  en  faisant  ensuite  exécuter  par 
cet  homme  un  travail  positif  ou  négatif  déterminé,  et  en  mesu- 
rant simultanément  les  quantités  d'oxygène  absorbé  et  de 
chaleur  produite,  nous  saurons  de  combien  la  chaleur  dispo- 
nible diffère  en  plus  ou  en  moins  de  la  chaleur  effectivement 
développée.  C'est  cette  difiérence  que  nous  devons  mettre  en 
regard  du  travail  produit  ou  consommé.  > 

Les 'expériences  de  M.  Hirn  ont  été  faites  dans  son  labora- 
toire du  Logelbach,  en  Alsace,  sur  plusieurs  individus  de  cons- 
titution différente.  A  chaque  expérience,  la  personne  sur 
laquelle  ont  porté  les  observations,  après  avoir  été  pesée  sur 
un  hydrostat,  se  plaçait  dans  un  calorimètre  en  planches  de 
sapin  d'une  capacité  de  4  mètres  cubes  et  éclairée  par  des 
vitraux.  A  l'un  des  bouts  de  l'appareil  se  trouvait  une  chaire 
sur  laquelle  on  restait  assis  pendant  l'expérience  statique  ;  à 
l'autre  bout,  il  y  avait  une  roue  à  palettes  animée  d'un  mou- 
vement régulier  par  un  moteur  extérieur,  et  pendant  l'expé- 
rience dynamique  on  marchait  sur  les  palettes  de  la  roue  à  la 
hauteur  de  Taxe,  en  s'élevant  ouens'abaissant  ainsi  virtuelle- 
ment avec  la  vitesse  circonférentielle  de  la  roue.  Un  compteur 
relevait  le  nombre  de  tours,  de  manière  à  indiquer  à  quelle 
hauteur  s'était  élevé  ou  de  quelle  hauteur  s'était  abaissé  le 
poids  du  corps,  le  produit  du  poids  par  la  hauteur  constituant 
le  travail  exécuté.  Deux  tuyaux  de  caoutchouc,  terminés  par 
un  appareil  à  soupape  qu'on  tenait  à  la  bouche,  servaient^  l'un 
à  chercher  l'air  nécessaire  à  la  respiration  dans  un  gazomètre 
jatigé,  l'autre  à  ramener  l'air  exhalé  dans  un  second  gazomètre 
de  capacité  également  connue.  Tout  l'appareil  était  placé  au 
milieu  d'un  appartement  spacieux  dont  la  température  variait 


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MOUVEMENT  SCIENTIFIQUE  EN  ALSACE  531 

très  peu  et  très  lentement.  Des  thermomètres  indiquaient  la 
température  de  l'air  interne  de  lappareil,  et  celle  de  Taîr 
ambiant.  Plusieurs  petits  agitateurs  mêlaient  sans  cesse  les 
couches  d*air  et  égalisaient  la  température  de  tout  le  calori- 
mètre. Pendant  Texpérience  statique,  comme  pendant  l'expé- 
rience dynamique,  on  attendait  que  le  thermomètre  intérieur 
de  l'appareil  devînt  immobile  avant  de  rien  noter  ;  c'est  seu- 
lement quand  la  personne  soumise  à  l'expérience  était  arri- 
vée à  un  régime  stable,  qu'elle  prenait  en  bouche  l'appareil 
à  soupape,  afin  de  reconnaître  combien  elle  consommait  d'oxy- 
gène dans  cet  état  stable. 

Sans  entrer  dans  tous  les  détails  de  ces  expériences,  notons 
seulement  comme  résultat  essentiel  que  chez  tous  les  individus 
soumis  à  l'étude,  le  rapport  de  la  chaleur  développée  au  poids 
d'oxygène  absorbé  était  de  5,22  à  1,*  c'est-à-dire  que  pour 
chaque  gramme  d'oxygène  assimilé,  il  se  développait  8,22  calo- 
ries ou  bien  une  quantité  de  chaleur  suffisante  pour  élever 
de  0  à  5,22  degrés  centigrades  un  kilogramme  d'eau.  Dans 
une  expérience  faite  sur  lui-même,  M.  Hirn  a  trouvé  que 
<  pendant  une  marche  ascensionnelle  représentant  un  travail 
de  27,448  kilogrammètres  par  heure,  la  quantité  d'oxygène 
absorbé  par  heure  s'est  élevée  à  181,74  grammes.  Â  l'état  de 
repos,  ce  poids  eût  produit  667,68  calories  ;  en  réalité,  la 
mesure  calorimétrique  n'a  donné  que  251  calories  ;  486,68  calo- 
ries étaient  donc  employées  en  travail  externe  et  en  phéno- 
mènes internes  de  tous  genres  qui  n'existaient  pas  à  l'état  de 
repos.  »  Si  l'on  calcule  le  nombre  de  calories  que  produirait 
le  poids  d'oxygène  absorbé  par  un  individu  à  Tétat  de  repos, 
on  trouve  que  le  nombre  de  calories  réellement  développé 
pendant  le  travail,  lors  d'une  ascension,  est  toujours  inférieur 
au  nombre  calculé,  tandis  que  le  nombre  de  calories  produites 
durant  la  descente  est  au  moins  égal  sinon  supérieur  à  la 
quantité  calculée.  Par  conséquent  le  mouvement  ascendant 
annihile  dans  l'individu  une  partie  du  calorique  que  l'oxygène 


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b32  REVUE  D* ALSACE 

est  susceptible  de  produire  ;  et  la  marche  descendante  non- 
seulement  n'annihile  rien,  mais  au  contraire  détermine  une 
production  de  ciilorique  supérieure  à  celle  dont  est  capable 
l'oxygène.  Entre  la  somme  de  travail  exécuté  (produit  de  notre 
poids  par  la  hauteur  gravie)  et  le  nombre  de  calories  que  le 
mouvement  ascendant  empêche  de  se  produire,  il  y  a  presque 
proportionnalité.  Que  Thomme  descende  une  pente  ou  qu'il  la 
monte,  il  fait  dans  les  deux  cas  des  efforts  musculaires  avec 
une  dépense  de  calorique  correspondant  à  la  contraction  des 
muscles.  La  production  du  calorique  dépend  de  l'absorption  de 
ToxygènesousTinfluencedela  respiration,  etFoxygëne  absorbé 
pendant  le  travail  donne  d'autant  moins  de  calorique  qu'il 
produit  dans  notre  organisme  plus  de  cette  autre  force,  élec- 
tricité ou  fluide  nerveux,  qui  détermine  les  contractions  mus- 
culaires. On  peut  donc  affirmer  que  la  loi  d'équivalence  qui,  , 
dans  l'être  vivant,  relie  le  travail  mécanique  exécuté  avec  la 
chaleur  produite  au  moins  par  la  respiration,  cette  loi  assi- 
mile notre  organisme  aux  moteurs  mécaniques.  Seulement 
notre  organisme  ou  Fétat  vivant  n'est  pas  précisément  ce  que 
nous  nommons  un  moteur  à  calorique,  parceque  ce  n'est  pas 
le  calorique  produit  par  la  respiration  qui  peut  déterminer 
les  contractions  musculaires  sans  l'action  de  notre  volonté. 
En  somme,  les  résultats  intéressants  des  observations  physio- 
logiques de  M.  Hirn  montrent  l'opportunité  de  répéter  et  de 
vérifier  ces  expériences  au  point  de  vue  de  la  théorie  méca- 
nique de  la  chaleur. 

m. 

L'étude  de  la  lumière  comme  la  théorie  de  la  chaleur  a 
beaucoup  fixé  l'attention  de  M.  Hirn,  et  nous  devons  notamment 
à  notre  éminent  physicien  du  Logelbach  un  mémoire  d'un 
grand  intérêt  sur  les  propriétés  optiques  de  la  flamme  et  la 
température  du  soleil.  On  le  sait,  certains  gaz  donnent  en 


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MOUVEMENT  SCIENTIFIQUE  EN  ALSACE  533 

brillant  une  lumière  très  faible,  malgré  la  température  sou- 
vent fort  élevée  de  la  combustion.  Cela  arrive  notamment  pour 
l'hydrogène  brûlant  dans  l'oxygène  ou  dans  l'air.  Si  l'on  plonge 
dans  cette  flamme  un  fragment  solide  très  réfractaire,  un  fil 
de  platine,  de  la  chaux  ou  de  la  magnésie,  une  lumière  éblouis- 
sante se  développe  aussitôt.  Davy  a  fondé  sur  ces  phéno- 
mènes la  théorie  de  la  flamme.  D'après  cette  théorie,  la  flamme 
de  nos  lampes  ou  de  nos  becs  de  gaz  doit  son  éclat  à  l'incan- 
descence de  particules  très  fines  de  carbone,  qui,  par  suite  de 
la  décomposition  de  gaz  carbonés  par  la  chaleur,  se  précipitent 
à  l'intérieur  de  la  flamme  pour  disparaître  en  brûlant  à  la 
périphérie.  Une  quantité  minime  d'air  ou  d'oxygène  mêlé  au 
gaz  carboné  lui  enlève  tout  son  pouvoir  éclairant,  en  géné- 
ralisant la  combustion  dans  la  masse  et  en  arrêtant  la  com- 
bustion du  carbone.  L'éclat  magnifique  des  flammes  du  phos- 
phore, du  zinc,  du  magnésium,  lient  au  même  phénomène  de 
précipitation  d'un  corps  solide  réfractaire  dans  un  gaz  à  haute 
température. 

De  nouvelles  recherches  montrent  cependant  que  la  pré- 
sence d'un  corps  solide  n'est  pas  une  condition  indispensable 
pour  donner  à  une  flamme  une  vive  lumière.  Ainsi  l'hydro- 
gène pur  devient  lui-même  éclairant  lorsqu'il  est  fortement 
comprimé,  et  quand  on  le  fait  brûler  dans  de  l'oxygène  com- 
primée aussi,  on  pourrait  croire  de  prime  abord  que  ce  fait 
infirme  la  théorie  de  Davy  ;  mais  il  n'en  est  rien,  comme  l'a 
prouvé  M.  Henri  Sainte-Glaire  Deville  dans  une  discussion 
remarquable  récemment  soutenue  à  l'Académie  des  sciences. 
De  même,  M.  Hirn,  un  des  promoteurs  de  la  théorie  méca- 
nique de  la  chaleur,  approuve  les  idées  de  Davy,  bien  que 
plusieurs  observations  lui  aient  indiqué  des  modifications 
considérables  sous  Tinfluence  de  la  température,  dans  les 
propriétés  du  corps  solide  qui,  par  sa  précipitation,  donne  à 
la  flamme  son  éclat.  Ce  savant  physicien  a  entrepris  dans 
cette  vue  une  série  d'expériences  intéressantes  dont  il  a  décrit 


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534  REVUB  d'alsaob 

les  détails  dans  les  AvnaJés  de  physique  et  de  chimie^  et 
qui  lui  ont  fourni  des  inductions  nouvelles  sur  la  température 
du  soleil. 

On  le  sait,  une  des  premières  obserrations  d'Arago,  en 
optique,  a  montré  que  la  lumière  de  la  flanmie  ne  présente 
en  général  point  de  trace  de  polarisation.  Les  physiciens  en 
tirèrent  la  conclusion  que  la  lumière  du  soleil  vient  d'un  gaz 
et  non  d'un  corps  fluide  ou  solide.  De  fait,  il  y  a  manque  de 
polarisation  avec  une  flamme  homogène  comme  celle  de 
rhydrogène  comprimé  :  avec  une  flamme  hétérogène  formée 
par  le  mélange  d'un  gaz  avec  la  poussière  d'un  corps  solide, 
il  en  est  autrement.  Dans  ce  dernier  cas,  non-seulement 
chaque  particule  solide  émet  de  la  lumière,  mais  elle  réflé- 
chit encore  la  lumière  des  autres  particules.  Les  phénomènes 
observés  pour  les  gaz  carbonés  s'expliquent  assez  facilement, 
parce  que  dans  leur  flamme  le  charbon  se  précipite  sous  forme 
denoir  de  fumée,  dont  le  pou  voir  réflecteur  est  faible.  Toutefois, 
cette  explication  ne  suffit  pas  tout  à  fait,  car  M.  Hirn  a  trouvé 
que  la  fumée  de  charbon,  dans  une  atmosphère  très  chaude 
ou  d'un  vif  éclat,  ne  paraît  pas  noire,  mais  blanche,  et  réflé- 
chit ainsi  de  la  lumière.  D'un  autre  côté,  la  flamme  du  phos- 
phore ne  montre  point  de  polarisation  non  plus,  tandis  qu'il 
y  en  a  pour  la  fumée  de  Facide  phosphorique  quand  le  soleil 
l'éclairé.  La  même  chose  arrive  encore  pour  la  fumée  4i'un 
haut-fourneau  chauffé  avec  du  coke.  M.  Hirn  croit  devoir  con- 
clure de  ces  faits  que  les  particules  solides  de  la  flamme 
perdent  leur  pouvoir  réflecteur,  par  suite  de  sa  température 
très  élevée. 

Une  importance  bien  plus  grande  encore  s'attache  à  la 
transparence  des  flammes.  Des  expériences  récentes  de  M.  Offret, 
publiées  dans  le  Journal  de  réclairage  au  gaz,  ont  fait  voir 
qu'uQ  bec  d'éclairage  à  papillon  émettait  la  même  quantité  de 
lumière  dans  toutes  les  directions,  et  que  la  flamme  d'une 
lampe  à  pétrole  avec  mèche  plate  manifeste  la  même  propriété, 


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MOUVEMENT  80IEMTIFIQUE  EN  ALSACE  535 

quoique  dans  les  deux  cas  un  côté  soit  éclairé  par  la  partie 
évasée,  l'autre  par  la  tranche  étroite  de  la  flamme.  De  là 
M.  Offret  conclut  à  la  transparence  absolue  des  flammes,  et  il 
explique  l'objection  pourquoi  on  ne  voit  pas  à  travers  une 
flamme,  à  caase  de  Téblouissement  causé  par  elle.  Quant  au 
fait  que  les  flammes  éclairées  par  une  lumière  plus  intense 
donnent  de  l'ombre,  il  en  rend  compte  au  moyen  de  la  réfrac- 
tion de  la  lumière  que  détermine  la  raréfaction  de  Tair  au 
lieu  de  la  flamme,  et  qui  produit  la  diminution  d'éclat  ou 
l'ombre  de  la  flamme. 

A  l'occasion  de  ces  études,  M.  Hirn  a  repris  les  mêmes 
expériences,  accompagnées  de  mesures  sur  Tintensité  d  une 
flamme  plate  dans  diverses  directions.  La  flamme  d'une  lampe 
à  pétrole  lui  fit  constater  que  la  clarté  de  la  tranche  mince 
équivaut  seulement  à  0,86  de  la  partie  évasée.  Si  la  lampe 
est  tournée  quelque  peu,  de  10  degrés  environ,  de  manière  à 
ne  pas  mesurer  la  tranche  mince  seule,  l'éclat  est  le  même 
que  celui  de  la  partie  évasée  entière.  Des  recherches  plus 
étendues  ont  été  faites  avec  une  rangée  de  huit  lampes  à 
pétrole  avec  flamme  plate,  écartées  Tune  de  l'autre  de  8  cen- 
timètres, placées  à  une  distance  déterminée  d'un  photomètre 
et  comparées  avec  une  flamme  mobile.  Ce  qui  fut  constaté 
d'abord;  c'est  que  les  huit  flammes  étaient  égales  et  donnaient 
le  même  éclat,  quel  que  fût  leur  ordre  de  succession  ou  leur 
numéro  dans  la  rangée  par  rapport  au  photomètre.  Puis  on 
supprima  successivement  les  deux  dernières  et  les  quatre 
dernières  flammes  pour  mesurer  à  chaque  expérience  l'in- 
tensité de  la  lumière,  pour  calculer  d'après  les  valeurs  obte- 
nues si  les  lumières  supprimées  avaient  perdu  ou  non  quelque 
chose  de  leur  intensité  lors  de  l'emploi  simultané  de  toutes  les 
huit  lumières.  Enfin  les  quatre  premières  flammes  furent 
abaissées  de  manière  à  ne  plus  rester  visibles  au  dessus  de 
la  fente  par  où  s'échappaient  seulement  les  gaz  chauds  invi- 
»ibles  éclairés  par  les  quatre  dernières  flammes.  Le  résultat 


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5dê  REVUE  D'aLSAOB 

de  ces  expériences  indique  une  perte  de  lumière  plus  consi- 
dérable lors  du  passage  à  travers  les  gaz  non  lumineux,  que 
dans  le  passage  à  travers  les  flammes  lumineuses.  Notons  une 
perte  de  lumière,  même  dans  ce  dernier  cas. 

D'autres  expériences  eurent  pour  objet  de  déterminer  la 
transparence  de  la  flamme  pour  une  lumière  étrangère.  Elles 
furent  faites  avec  des  flammes  de  nature  différente,  à  travers 
lesquelles  on  faisait  passer  des  rayons  de  lumière  solaire. 
Alors  récran,  dans  tous  les  cas,  ne  montrait  point  d'ombre 
là  où  était  la  flamme  avec  toute  son  intensité,  mais  seule- 
ment des  stries,  tandis  qu'une  ombre  sensible  apparaissait 
dans  les  parties  supérieures  des  flammes  au  point  où  se 
trouvent  les  produits  de  la  combustion  en  apparence  trans- 
parents. M.  Hirn  a  fait  de  plus  des  observations  sur  la  dia- 
thermansie  de  la  flamme  avec  le  même  appareil  à  buit 
flammes;  mais  les  nombreuses  corrections  nécessaires  et 
impossibles  à  déterminer,  ne  donnèrent  pas  ici  des  résultats 
assez  précis.  Ce  qui  est  établi,  c'est  que  la  huitième  flamme 
élève  la  température  d'un  thermomètre  en  rayonnant  à  tra- 
vers les  sept  autres. 

L  ensemble  des  faits  constatés  se  résume,  suivant  M.  Hirn, 
en  ces  termes  :  <  i""  Bien  que  la  transparence  de  la  flamme 
soit  en  général  moins  complète  que  ne  l'admettait  implicite- 
ment Arago  et  que  ne  le  formule  M.  Offret  —  pour  le  cas 
particulier  des  flammes  de  gaz  carbonés  —  il  n'en  est  pas 
moins  vrai  qu'une  épaisseur  très  considérable  de  gaz  enflammé 
n'arrête  qu'une  quantité  relativement  très  petite  de  lumière, 
qu'il  s'agisse  de  la  lumière  propre  de  la  flamme  ou  de  celle 
d'un  foyer  étranger.  Il  est  inexaot  de  dire  qu'une  flamme 
plate,  large  et  mince  éclaire  en  tous  sens  avec  la  même  inten- 
sité; mais  il  est  certain  aussi  que  la  variation  de  la  lumière 
ne  forme  qu'une  petite  fraction  de  la  quantité  totale  disponible. 
—  2°  Lorsqu'on  compare  l'ombre  réelle  et  caractéristique 
que  projettent  des  proportions  très  faibles  de  carbone  échap- 


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MOUVEMENT  SCIENTIFIQUE  EN  ALSACE  537 

pées  à  la  combustion,  de  fumée  d'acide  pbosphorique  ou 
autres,  avec  J'ombre  fortement  striée  et  colorée  que  donnent 
même  de  très  grandes  épaisseurs  de  flamme,  on  est  forcé  de 
conclure  que  des  particules  solides,  en  précipitation  définitive 
(acide  phospborique,  sel  métallique),  ou  en  précipitation  tem- 
poraire (carbone),  qui  donnent  à  la  flamme  son  éclat,  n'inter- 
ceptent en  aucune  façon  le  passage  de  la  lumière,  soit  de  celle 
de  la  flamme  elle-même,  soit  de  celle  d'un  autre  loyer  (soleib 
magnésium  en  combustion,  etc.).  —  8**  L'affaiblissement  qu'é- 
prouve la  lumière  en  traversant  la  flamme,  a  lieu  lorsqu'à 
celle-ci  on  substitue  simplement  une  couche  suffisamment 
épaisse  de  gaz  très  inégalement  échauffés  ou  de  compositions 
diverses  et  mal  mêlées.  Cet  affaiblissement  est  donc  dû  aux 
réfractions  énergiques  et  multiples  qu'éprouve  la  lumière  dans 
son  parcours  et  aux  dispersions  qui  en  résultent  :  c'est  ce  qui 
explique  parfaitement  laspect  strié  et  la  faible  coloration  de 
l'ombre  de  la  flamme.  » 

De  ce  que  les  flammes  ne  montrent  point  de  polarisation, 
M.  Hirn  conclut  que  les  particules  solides  de  la  flamme  qui 
se  précipitent,  ne  réfléchissent  pas  la  lumière,  parce  qu'elles 
perdent  probablement  à  l'état  incandescent  une  partie  de  leurs 
propriétés  physiques.  <  Les  expériences  décrites  établissent 
la  certitude  que  les  particules  opaques  deviennent  diaphanes 
à  l'état  incandescent.  Une  des  belles  découvertes  d'Arago,  en 
optique,  a  été  de  reconnaître  que  la  lumière  quémet  un  corps, 
solide  ou  liquide,  incandescent,  est  partiellement  polarisée.  On 
sait  que  la  constatation  de  ce  fait  a  été,  pour  le  grand  astro- 
nome^n  des  arguments  les  plus  puissants  pour  réfuter  l'hy- 
pothèse de  la  solidité  ou  de  la  fluidité  du  soleil  à  sa  péri- 
phérie. Arago  et,  bien  plus  tard,  Verdet  ont  montré  que 
Yespèce  de  la  polarisation,  au  cas  particulier,  est  celle  qu'é- 
prouve la  lumière  par  la  réfraction,  dans  certaines  conditions 
spéciales.  Arago  en  a  conclu  lui-même  que  la  lumière  émise, 
par  exemple,  par  une  nappe  de  fer  (fonte)  en  fusion  ne  part 


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588  BEVUE  d'alsaob 

pas  seulement  de  la  surface,  mais  ctv/m  certaine  profofideur. 
C'est  admettre  implicitement  que  le  métal  fondu  a  perdu  au 
moins  une  partie  de  son  opacité.  Il  est  facile  d'apercevoir  rim- 
portance  qu'acquerront  pour  Tétude  de  la  température  du 
soleil  les  résultats  précédents  supposés  parfaitement  démontrés 
et  surtout  généralisés.  > 

Aujourd'hui,  les  physiciens  sont  divisés  en  deux  camps  sur 
l'estimation  de  la  température  solaire  :  les  uns  l'évaluent  à 
plusieurs  millions  de  degrés,  les  autres  admettent  qu'elle  ne 
dépasse  pas  10,000  degrés  et  reste  même  beaucoup  au  des- 
sous. Voici  jcomment  les  données  exposées  dans  le  mémoire 
de  M.  Hirn  semblent  décider  la  question  :  c  Le  mode  de  rayon- 
nement calorique  et  luminique  d'une  flamme  dépend  des  pro- 
priétés optiques  des  particules  solides  incandescentes  qui  s'y 
précipitent  :  ce  mode  sera  tout  autre  si  ces  particules  restefd 
opaques  que  si  elles  deviennent  diaphanes  et  diathermanes.  Si 
elles  sont  opaques,  elles  se  serviront  d'écrans  les  unes  aux 
autres.  De  toutes  les  particules  situées  sur  une  même  ligne 
droite,  la  première  et  la  dernière  enverront  seules  de  Ja 
lumière  et  de  la  chaleur  sur  le  prolongement  de  cette  ligne, 
en  dehors  de  la  flamme.  Les  autres  ne  feront  qu'échanger 
leur  chaleur.  Le  maximum  de  chaleur  et  de  lumière  envoyé 
par  la  flamme,  suivant  une  direction  donnée,  sera  celui  qu'é- 
mettrait un  plan  perpendiculaire  à  cette  direction  et  ayant 
juste  la  surface  que  présente  en  apparence  la  flamme  coupée 
perpendiculairement  aussi  à  cette  direction.  Je  dis  que  c'est  le 
maximum  :  pour  qu'il  soit  atteint,  il  faut  qu'il  se  trouve  assez 
de  particules  incandescentes  pour  que  le  rayon  visuelle  ren- 
contre aucun  interstice  libre  dans   la  profondeur  du  gaz 
enflammé.  Ce  qui  vient  d'être  dit  demeure  exact,  quel  que  soit 
l'état  de  division  des  particules,  et  supposftton  cette  division 
infinitésimale...  Si,  au  contraire,  les  particules  solides  incan- 
descentes sont  diaphanes,  il  est  clair  que  la  flamme  rayonnera 
en  tous  sens  de  toute  sa  profondeur.  La  quantité  de  lumière 


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MOUVEMENT  SOIENTIFIQCE  EN  ALSACE  539 

et  de  chaleur  émises,  toutes  choses  égales,  sera  désormais  pro- 
portionnelle au  volume  de  la  flamme  et  non  plus  à  la  mrface 
de  la  coupe  perpendiculaire  à  une  ligoe  donnée. 

t  Les  conséquences  de  ces  considérations  si  simples  sont 
frappantes,  lorsque  nous  les  étendons  à  la  radiation  solaire. 
La  photosphère  solaire  diffère  d'une  flamme  ordinaire  en  ce 
que  la  chaleur  et  la  lumière  qu'elle  émet,  relèvent,  non  d'un 
phénomène  de  combinaison  chimique,  mais  d'une  provision 
de  calorique  appartenant  à  Taslre  entier.  Mais,  d'un  autre 
côté,  elle  ressemble  à  une  flamme,  elle  lui  est  même  peut-être 
identique  à  certains  égards,  en  ce  qu'elle  est  constituée  aussi 
par  des  parties  solides  en  état  de  précipitation  au  sein  d'un 
gaz  dont  la  température  est  fort  élevée.  > 

En  supposant  que  les  particules,  ou  mieux  les  parties 
solides  ou  liquides  incandescentes,  desquelles  relève  l'éclat  de 
la  photosphère,  soient  opaques,  ces  parties,  quelles  que  soient 
dès  lors  leurs  dimensions,  se  servent  alors  réciproquement 
d'écrans,  ainsi  qu  il  en  serait  pour  la  flamme.  <  La  lumière 
et  la  chaleur  des  parties  qui  se  trouvent  à  n'importe  quelle 
profondeur  au  dessous  de  la  périphérie,  ne  pourront  rayonner 
au  dehors  de  Tastre  qu'à  travers  les  interstices  laissés  libres 
parles  parties  qui  se  trouvent  au  dessus  d'elles.  Le  maximum 
de  lumière  possible  qu'enverra  le  soleil  à  un  point  situé  hors  de 
lui,  aura  pour  valeur  ce  qu'émettrait  un  plan  ayant  la  surface 
du  cercle  apparent  qui  flgure  le  soleil  vu  du  point  éclairé.  > 
Si,  au  contraire,  nous  supposons  diaphanes  et  diathermanes 
les  parties  en  précipitation  dans  l'atmosphère  solaire,  que. 
ces  parties  soient  solides  ou  liquides,  <  dès  ce  moment,  la 
lumière  ou  la  chaleur  rayonneront  de ,  toutes  les  profondeurs 
avec  des  intensités  qui  sans  doute  dépendront  de  ces  profon- 
deurs, qui  diminueront  à  mesure  qu'elles  s'accroissent,  mais 
qui  ne  deviendront  point  nulles  subitement  pour  une  très 
petite  variation  de  l'épaisseur  des  couches.  La  lumière  totale 
émise  par  le  soleil  sera  désormais,  et  en  un  mot,  une  fonction 


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540  REVUE  d'alsagb 

du  volume  total  de  la  photosphère,  ou  du  nombre  total  des 
parties  incandescentes.  > 

M.  Hirn  cherche  à  déterminer  la  valeur  de  la  température 
dans  ces  deux  hypothèses.  Si  les  particules  incandescentes  de 
la  photosphère  solaire  sont  opaques,  alors,  selon  les  calculs 
du  P.  Secchi  et  les  expériences  de  M.  Soret,  sa  température 
s'élève  à  5  801  846  degrés.  Si  elles  sont  transparentes,  leur  tem- 
pérature sera  bien  plus  basse  et  d'autant  plus  faible  que  les 
parties  solides  deviennent  plus  transparentes.  Ainsi  le  pro- 
blème de  la  température  solaire  se  trouve  ramené  à  la  solu- 
tion d'un  problème  de  physique  expérimentale,  que  nous 
pouvons  suivre  au  laboratoire.  Il  nous  suffit  de  voir  si  tous 
les  corps  solides  ou  liquides  deviennent  diaphanes  ou  diather- 
manes  à  une  température  très  élevée.  Or,  les  faits  exposés  par 
M.  Hirn,  et  l'interprétation  qu'il  leur  donne  romme  la  seule 
plausible,  militent  en  faveur  de  cette  hypothèse.  Cette  hypo- 
thèse pourrait  être  considérée  comme  vraie,  si  ces  faits  avaient 
à  la  fois  le  degré  de  certitude  et  de  généralité  que  l'on  est  en 
droit  d'exiger  lorsqu'il  s'agit  d'un  problème  dont  la  solution 
a  tant  d'importance  dans  la  physique  de  l'univers.  M.  Hirn 
termine  son  Mémoire  par  des  indications  sur  la  manière  dont 
les  expériences  ultérieures  devront  être  faites.  Il  rappelle 
l'observation  de  l'ombre  projetée  par  un  fil  de  magnésium 
enflammé  et  éclairé  par  le  soleil,  en  sorte  que  la  magnésie 
précipitée  est  restée  opaque  malgré  l'énorme  élévation  de  la 
température.  Peut-être  cette  exception  tient-elle  à  ce  que  la 
température,  malgré  son  élévation,  n'a  pas  été  assez  forte,  et 
probablement  il  faudra  brûler  le  magnésium  dans  de  l'oxy- 
gène comprimé,  afin  de  donner  à  la  température  le  degré 
nécessaire  pour  rendre  la  magnésie  transparente? 

Charles  Grâd. 
Logelbach,  28  juillet  1875.       * 


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MATERIAUX 

poar  servir  à  l'histoire  de 

L'INVASION  DES  ARMAGNACS 

Tirés  dês  Archi«ves  dt  la  *ville  de  Colmar 
Suite  et  fin* 


17-28  octobre  1445.  —  Voyage  deTobristmestreà  Rouffach      us 
auprès  demessire  Conrad  de  Bussnang,  au  sujet  de  l'alliance:  ji^^e 
2  s.  6  d.  .  ^'  " 


28  octobre  1445.  —  En  réponse  au  bourgmestre  etauCon- 


146 


seil  de  Brisacb,  qui  leur  avaient  fait  part  de  l'incertitude  où  ^^^ 
se  trouvait  un  de  leurs  ressortissants  nommé  Heintze  Mone,  ^  *" 
sur  les  dispositions  où  les  bourgeois  de  Colmar  se  trouvaient 
vis-à-vis  de  lui,  et  qui  leur  avaient  demandé  quelle  conduite 
il  aurait  à  tenir  à  leur  égard,  le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar 
ne  leur  cachent  pas  que  les  accointances  de  Heintze  Mone 
avec  les  Ecorcheurs,  du  temps  qu'ils  occupaient  Markolsheim, 
Sainte-Croix  et  d'autres  lieux,  avaient  laissé  chez  les  habitants 
un  profond  ressentiment;  ce  qui  a  porté  leur  irritation  à  son 
comble,  c'est  que  plus  tard  Mone,  arrivant  à  Montbéliard,  se 
permit  de  railler  les  gens  de  Colmar  qu'on  y  menait  prisonnier, 
en  leur  demandant  ce  qu'ils  venaient  faire  là,  et  s'ils  avaient 
des  oignons  à  vendre  ?  Bien  plus  encore,  les  bourgeois  désignés 
par  lui  aux  Armagnacs  durent  payer  une  plus  forte  rançon 
qu'ils  ne  pensaient.  Ce  sont  là  des  griefs  dont  on  garde  le 

*  Voir  les  livraisons  Avril-mai-juin  et  Juillet-août-septembre  1875. 


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542  BEVUE  D'ALSAGB 

souvenir,  et  qui  ne  sont  pas  faits  pour  engendrer  beaucoup 
de  bon  vouloir.  Cependant  comme  la  ville  est  obligée  de  passer 
sur  d'autres  offenses  bien  plus  graves,  elle  veut  bien  aussi 
faire  taire  son  ressentiment  contre  Heintze  Mone  :  qu'il 
revienne  donc  à  Golmar,  si  ses  affaires  Ty  amènent;  mais 
qu'il  les  fasse  dorénavant  modestement  et  tranquillement,  sans 
se  permettre  les  propos  outrecuidants  qui  lui  étaient  familiers 
naguère  :  autrement  il  pourrait  lui  arriver  du  désagrément. 

Samedi  après  la  Saint-Luc,  évangéliste,  1445. 

1 47  24-80  octobre.  —  Dépense  des  varlets  envoyés  cette  semaine 
14^46  en  éclaireurs  dans  la  campagne,  et  frais  de  voyage  de  Glaus 

D     88 

et  de  Dietrich,  qui  s'étaient  rendus  à  Rouffach,  lors  de  la  der- 
nière incursion  du  méchant  peuple,  ensemble  10  s.  6  d. 

148  9  novembre  1445.  —  Sur  la  plainte  de  Paul  Zollelin,  de 
1848-44  Walbacb,  qui,  ayant  vendu  du  charbon  à  deux  forgerons  de 

Golmar,  du  temps  que  les  Armagnacs  étaient  dans  le  pays, 
voulait  les  rendre  responsables  d'être  tombé  entre  les  mains 
de  l'ennemi,  pendant  qu'il  leur  livrait  sa  marchandise,  le 
maître  et  le  Conseil  lui  mandent  que  leurs  ressortissants 
déclinent  toute  responsabilité  dans  le  malheur  qui  lui  est 
arrivé  ;  mais  comme  il  est  vassal  du  sire  jde  Ribaupierre,  avec 
qui  la  ville  a  un  traité  pour  la  prompte  expédition  des  procès 
entre  leurs  ressortissants  respectifs,  ils  l'engagent  à  les  défé- 
rer en  justice  devant  le  Conseil  ou  devant  le  tribunal,  comme 
il  lui  conviendra  le  mieux. 

Mardi  avant  la  Saint-Martin  1445. 


149         26-81  décembre  1445.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (Kempff) 
1446-46  en  compagnie  des  députés  de  Schlestadt  et  de  Eaysersberg, 
pour  rendre  réponse  au  sire  de  Ribaupierre,  qui  avait  pro- 
posé de  former  une  alliance  (sich  ze  samm  Km)  :  6  s.  9  d. 


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l'invasion  des   ABMAONACS  en  ALSACE  543 

14  février  1446.  —  En  réponse  au  damoiseau  Jean,  wild-      150 
grave  de  Daun  et  de  Kerburg,  lieutenant  du  grand-baiili  u^!!^ 
d'Alsace  \  qui  leur  avait  retourné  un  avis  de  la  ville  de  Mul-    yeMo 
house  signalant  Tapparition  de  rassemblements  armés  à  Bel- 
fort  et  dans  les  environs,  en  leur  offrant  d'accourir  de  sa 
personne  si  les  circonstances  exigaient  son  secours,  le  maître 
et  le  Conseil  de  Colmar  lui  mandent  que,  dès  la  réception  de 
la  lettre  de  Mulhouse,  qu'il  a  reçue  par  leur  intermédiaire,  ils 
avaient  prié  leurs  bons  amis  de  cette  ville  d'envoyer  dans  les 
environs  de  Montbéliard   un  messager  de  confiance,  sachant 
l'allemand  et  le  français,  pour  s'informer  des  mouvements 
qu'on  avait  observés.  Depuis  on  n'a  pas  eu  d'autres  nouvelles; 
s'il  en  arrivait,  on  s'empresserait  de  les  communiquer  au 
wildgrave,  dont  la  lettre  a  été  transmise  à  Mulhouse. 

Jour  de  la  Saint- Yalentin  1446. 

29  mai  —  4  juin  1 446.  —  Quand  on  porta  les  derniers  Arma-      1  s  1 
gnacs  par  terre,  Pierre  Rœchelin  a  dépensé  en  tout  1 1.  6  s.  1445-^ 

p.  66 

4-10  septembre  1446.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (Eempff)      152 
à  Obernay,  sur  la  convocation  de  notre  gracieux  seigneur  le  14^7 
comte  palatin  du  Rhin,  au  sujet  du  peuple  étranger  qui  menace    ^ 
journellement  d'envahir  le  pays.   Accompagné  de  trois  che- 
vaux, il  dépensa  en  tout  1  1.  14  s.  2  d. 

18-24  septembre  1446.  —  Maître  Gilles  (Eempff)  se  rend     153 
auprès  de  messire  Conrad  de  Bussnang  au  sujet  des  Wallons  i^^i 
étrangers.   Sa  dépense  monte  à  2  s.  6  d. 

Le  même  se  rend  à  Strasbourg  auprès  du  grand-bailli  et 
des  députés  des  autres  villes,  pour  délibérer  sur  les  résolu- 
tions à  prendre  dans  cette  affaire;  la  diète  s'ajourne  derechef 
à  la  Saint-Gall  proche  venante,  à  Strasbourg.  Absent  pendant 


^  Figare  à  diverses  reprises  comme  lieatenant  da  grand-baiili  d'Al- 
sace, en  1445,  en  1451,  en  1463. 


p.  18 


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544  BEVUB  d'alsaœ 

six  jours  avec  trois  chevaux,  notre  envoyé  dépensa  en  tout 
S  I.  6  s  4.  d. 

154  2-8  octobre  1446.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (Kempfl)  à 
1446^7  Schlestadt,  où  la  diète  des  villes  se  réunit  pour  la  rédaction  du 

^'  "    traité  (der  mteln  halb)  contre  le  peuple  étranger.  Il  fut  absent 
avec  deux  chevaux  pendant  deux  jours,  et  dépensa  11  s.  3  d. 
Gratification  à  quatre  gardes  champêtres  envoyés  en  recon- 
naissance, pendant  plusieurs  nuits,  par  des  chemins  de  tra- 
verse :  6  s. 

155  9-15  octobre  1446.  —  A  huit  varlets  ou  gardes  champêtres 
li^^T  qui  pendant  six  nuits  avaient  été  envoyés  à  tour  de  rôle  en 

^'  exploration,  alors  que  le  pays  était  infesté  d'hommes  d'armes, 
et  que  nous  étions  prévenus  qu'ils  en  voulaient  à  notre  bétail, 
payé  à  chacun  par  nuit  1  s.,  soit  en  tout  1  1.  6  s. 

156  16-22  octobre  1446.  —  Mission  de  Henri  Friburger  pour 
iS^T  s'informer  du  corps  de  gens  d'armes  qui  se  rend  dans  le 
^*        Westerich.*  Absent  pendant  quatre  jours,  il  dépensa  16  s. 

Aux  forestiers  du  Bieth  et  aux  gardes  champêtres  qui,  la 
nuit,  ont  été  en  observation  sur  le  Landgraben  ou  fossé  pro- 
vincial, et  sur  les  routes  du  Rieth,  quand  il  était  question  de 
l'expédition  de  ces  troupes  dans  le  Westerich  :  8  s. 

167         28-29  octobre  1446.  —  Maître  Gilles  (Kempff)  se  rend  avec 
14^-47  ^^  députation  de  Schlestadt  à  Kaysersberg  et  à  Munster,  pour 


p.  19 


engager  ces  villes  à  envoyer  leurs  députés  à  la  diète  de  Stras- 
bourg, au  sujet  de  la  convention  projetée  (von  der  verschrir 
bwag  wegm).  Absent  pendant  deux  jours  avec  deux  chevaux, 
sa  dépense  monta  à  10  s.  2  d. 

Voyage  du  même  à  Strasbourg  à  la  prière  et  pour  les  affaires 
de  Schlestadt;  occasionnellement  on  traite  delà  convention  au 
sujet  du  peuple  étranger  et  d'autres  questions  intéressant  la 

*  Westerich  ou  Lorraine,  pays  de  l'ouest. 


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l'invasion  des    armagnacs  en  ALSACE  545 

yille.  Son  absence  avec  trois  chevaux  dura  douze  jours,  et  il 
dépensa  en  tout  7  1.  4  s.  8  d. 

27  novembre  —  8  décembre  1 446. — Voyage  de  maître  André      1 58 
(de  Westhaus)  à  Haguenau,  où  il  se  rend  auprès  du  grand-  i44«-47 
bailli,  sur  la  convocation  du  comte  palatin  du  Rhin,  pour  la 
formation  d'un  corps  de  gens  d'armes  chargé  de  réprimer  le 
brigandage.  Absent  pendant  sept  jours  avec  trois  chevaux,  il 
dépensa  en  tout  4  1.  5  s.  5  d. 

29  novembre  1446.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Golmar      159 
font  part  à  leurs  bons  amis  de  Mulhouse  du  résultat  de  la  1442-48 
diète  convoquée  à  Haguenau  par  le  comte  palatin  du  Rhin,  à    m^ 
laquelle,  seules  des  villes  impériales,  Mulhouse  et  Eaisersberg 
ont  manqué  d  assister,  au  grand  déplaisir  du  lieutenant  du 
grand'bailli.  Cet  ofBder  a  entretenu  l'assemblée,  au  nom  du 
comte  palatin  du  Rhin,  des  guerres  et  des  ravages  qui  désolent 
le  pays  et  qui  deviennent  chaque  jour  plus  intolérables;  le 
mieux  serait  d'avoir  sur  pied  un  corps  de  cent  hommes  d'armes, 
fournis  moitié  par  le  comte  palatin,  moitié  par  les  villes  impé- 
riales, sous  le  commandement  du  comte  palatin,  et  qui  se  por- 
terait partout  où  il  serait  nécessaire.  Les  villes  impériales  n'ont 
pas  rejeté  la  proposition,  mais  elles  ont  demandé  de  se  réunir 
encore  une  fois  pour  la  discuter  à  fond.  Le  grand-bailli  y  a 
consenti,  et  il  a  été  convenu  que  cette  seconde  diète  aurait 
lieu  à  Strasbourg,  le  mercredi  après  la  Saint-Nicolas  (7  décem- 
bre). Mulhouse  ne  devra  pas  manquer  d'envoyer  sa  députation, 
de  crainte  qu'on  ne  dise  qu'elle  s'est  rendue  à  une  assemblée 
où  il  lui  convient  moins  de  se  trouver.*  Pour  rendre  cette 
nouveUe  diète  plus  fructueuse,  il  est  convenu  que  les  villes 

^  AUasion  à  des  rapports  avec  la  Suisse,  qni  avaient  été  d'abord 
commans  aax  dix  villes  impériales,  mais  qne,  pour  sa  part,  Golmar  avait 
rompus,  lors  du  retour  de  TEmpire  à  la  descendance  de  Rodolphe  de 
Habsbourg,  par  suite  de  ravénement  d'Albert  II,  en  1438,  et  de  Frédé- 
ric III,  en  1440. 

V"*  Année.  —  Nouvelle  Série.  35 


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546  REVUE  d'àlsace 

supérieures  auront  une  conférence  préparatoire  à  Golmar,  le 
jeudi  (!•'  décembre),  et  Mulhouse  est  prié  d'y  assister. 
Mardi  après  la  Sainte-Catherine  1446. 

160  1 1-17  décembre  1446.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (EempflQ 
14AÂ--41  à  Strasbourg,  où  il  se  rend  pour  se  concerter  arec  d'autres 
villes  au  sujet  du  corps  de  gens  d'armes  que  le  grand-baiili 
et  quelques  députés  veulent  former,  et  pour  entretenir  ceux 
de  Strasbourg  de  ce  projet  et  de  quelques  autres  affaires.  Il 
fut  dehors  pendant  six  jours  avec  trois  chevaux,  et  il  dépensa 
en  tout  S  1.  3  s.  4  d. 

181  25  mars  1447.  —  En  réponse  à  une  lettre  du  maître  et  du 
1448^  Conseil  de  Strasbourg,  qui  leur  avaient  demandé  ce  qu'il  y 
avait  de  vrai  dans  la  nouvelle  que  le  comte  Guillaume  de  la 
Petite-Pierre  se  serait  rendu  à  Montbéliard  avec  dix  ou  douze 
chevaux,  pour  réclamer  le  secours  du  peuple  velche  qui  s'y 
trouve  encore,  contre  ceux  qui  mettraient  le  siège  devant 
Bitche,  le  maître  et  le  Conseil  de  Colmar  leur  mandent  qu'ils 
ont  bonne  connaissance  de  ce  qui  s'est  passé  à  Bitche,  et 
qu'il  est  très  exact  que  le  comte  Guillaume  a  couché,  lui 
troisième,  le  mercredi  précédent  (22  mars)  à  Rouffach,  et  que 
le  lendemain  il  a  continué  sa  route  vers  le  pays  haut,  nuds 
sons  qu'on  ait  su  ni  ses  projets,  ni  le  lieu  où  il  se  rendait; 
toutefois  ils  feront  en  sorte  de  l'apprendre. 
Fête  de  l'Annonciation  de  la  Vierge  1447. 

162  80  avril  1447.  —  En  réponse  au  comte  Jean  de  Thierstein 
1442^49  qui,  avec  d'autres  seigneurs  de  la  Haute-Alsace  (Conrad  de 
vereo  Bussnang,  Maximin  de  Ribaupierre),  avait  expliqué  à  la  ville 
de  Colmar,  au  nom  delà  maison  d'Autriche,  comment  il  enten- 
dait se  comporter  envers  elle  si,  comme  on  en  est  averti  jour- 
nellement, un  peuple  étranger  venait  de  nouveau  attaquer 
le  pays,  le  maître  et  le  Conseil  lui  rappellent  tous  les  efforts 
qu'ils  ont  faits  autrefois  pour  garantir  la  tranquillité  de  la 


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l'invasion  DBS   ARMAGNACS  EN  ALSACE  547 

province.  Récemment  encore  ils  ont  conclu  un  traité  avec  le 
grand-bailli,  avec  la  ville  de  Strasbourg  et  d'autres  seigneurs 
et  villes  pour  protéger  l'Alsace  contre  une  invasion  de  ce 
genre;  on  peut  donc  compter  sur  eux  comme  sur  des  gens  à 
qui  la  paix  est  chère. 
Vendredi  après  la  Saint-Marc  1447. 

Le  comte  de  Thlerstein,  Conrad  de  Dussnang,  et  MaximiD  de 
Ribaupierre  s'étaient  également  mis  en  rapport  avec  Schlestadt, 
Kaysersberg  et  Mulhouse.  Avant  de  répondre,  Golmar  paraît  s'être 
entendu  avec  la  première  de  ces  villes,  à  laquelle  il  écrivit  à  cet 
effet,  le  mercredi  après  la  Saint-Marc  (26  avril)  iUl  (Md.,  fol.  229 
recto.) 

14-20  mai  1447.  —  Voyage  de  maître  Gilles  (Kempff)  à     lea 
Haguenau,  où  il  se  rend  sur  la  convocation  de  l'électeur  pala-  1^^4,1 
tin,  à  l'occasion  des  dangers  présents  (diser  wilden  kriffehalb).    ^  ^ 
Absent  pendant  six  jours  avec  trois  chevaux,  il  dépensa  en 
tout  S  1.  6  s.  6  d. 

28  mai  —  8  juin  1447.  —  Maître  Gilles  (Kempff)  se  rend  à      i64 
Strasbourg,  et  de  là  à  Haguenau  et  à  Reichshoffen,  pour  donner  1  J^e'^? 
réponse  au  comte  palatin  du  Rhin  sur  sa  demande  de  secours, 
etc.  Parti  avec  trois  chevaux,  il  fut  absent  onze  jours,  pendant 
lesquels  il  dépensa  5  1. 6  s.  8  d. 


p.  60 


L-M 

1448—48 

^  839 


28  juillet  1447.  —  Le  maître  et  le  Conseil  de  Cohnar  les 
entretiennent  leurs  bons  amis  et  voisins  de  Mulhouse,  de 
Kaysersberg,  de  Munster  et  de  Ttirkheim,  de  deux  diètes 
qui  viennent  d'avoir  lieu,  l'une  à  Schlestadt,  au  sujet  des 
affaires  de  leur  gracieux  seigneur  l'électeur  palatin,  l'autre  à 
Strasbourg  au  sujet  du  peuple  étranger  (dont  on  est  de  nou- 
veau menacé  ).  A  cette  dernière  diète,  il  avait  été  particulière- 
ment question  de  troupes  à  fournir  pas  les  villes  impériales, 
et  du  commandant  à  leur  donner.  Gomme  il  conviendrait  de 
s'entendre  au  préalable  sur  ce  point,  comme  sur  tous  ceux  à 


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548  REVUE  D'ALSACE 

traiter,  ils  proposent  de  tenir  une  conférence  particulière  à 
Colmar  même,  le  lundi  suivant. 
Vendredi  après  la  Saint-Jacques,  apôtre,  1447. 

166  10  novembre  1447.  —  Cédule  ajoutée  à  une  lettre  du  maître 
^!^  et  du  Conseil  de  Colmar  au  comte  Jean  de  Thierstein  et  au 
noble  Werner  de  Stauffèn,  qui  leur  avaient  donné  avis  des 
dangers  dont  les  Ecorcheurs  menaçaient  de  nouveau  le  pays, 
en  leur  demandant  s'ils  pouvaient  compter  sur  le  concours  de 
la  ville  contre  Tennemi  commun.  Le  maître  et  le  Conseil  pro- 
testent qu'ils  voudraient  que  tout  le  monde  fût  aussi  bien  dis- 
posé à  la  résistance  qu'ils  l'ont  toujours  été  ;  on  peut  compter 
sur  eux  pour  toutes  les  mesures  de  défense  qu'on  prendra. 
Vendredi  avant  la  Saint-Martin,  évoque,  1447. 

X.   HOSSMANN. 


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DEUX  COMPLAINTES 


SUR  LA 


CHUTE  DU  PRÉTEUR  ROYAL  F.-J.  DE  KLINGLIN 


^IS"^ 


Les  deux  pièces  inédites  qui  suivent,  appartiennent  à  la 
littérature  autrefois  si  féconde  des  complaintes,  littérature  que 
le  journal  a  âni  par  tuer  dans  nos  villes,  mais  qui  survit 
encore  dans  nos  campagnes,  où  les  spécimens  en  sont  connus 
sous  le  nom  de  Carmina.  Bien  qu'absolument  dépourvues  de 
toute  espèce  de  mérite,  elles  m'ont  cependant  paru  dignes 
d'être  reproduites,  parce  qu'elles  fournissent  pour  ainsi  dire 
la  note  exacte  du  sentiment  public  à  Strasbourg  immédiate- 
ment après  la  chute  du  puissant  préteur.  Peut-être  jugera- 
t-on  aussi  que,  rapprochées  d'autres  documents  semblables 
(l'auteur  ou  les  auteurs  de  ces  pièces  n'étaient  pas  absolu- 
ment illettrés),  elles  permettent  d'apprécier  où  nous  en 
étions  en  fait  de  culture  moyenne  à  une  époque  antérieure  à 
toute  tentative  de  Verwekchimg,  pour  parler  le  langage  de 
nos  aimables  maîtres. 

Je  n'essaierai  pas  de  refaire  ici  l'histoire  du  personnage 
qu'elles  concernent.  Les  détails  de  cette  histoire,  à  vrai  dire, 
n'ont  jamais  été  bien  éclaircis,  et  ce  userait  une  tâche  labo- 
rieuse que  d'entreprendre  la  révision  de  ce  procès.  Les  docu- 
ments y  relatifs,  émanés  de  la  municipalité  de  Strasbourg, 
ont  grandement  soufTerk  et  ont  en  partie  disparu  lors  du 
pillage  de  la  Pfalz  en  1789.  Les  mémoires  publiés  soit  au 


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550  REVUE  d'albaob 

nom  de  Klinglin,  de  son  fils  ou  de  ses  autres  héritiers,  soit 
au  non)  de  ses  adversaires,  aboutissent,  comme  c'est  d'ordi- 
naire le  cas,  à  des  assertions  contradictoires.  L'instruction 
ouverte  contre  lui  à  Strasbourg  ne  dépassa  pas  les  bornes 
d'une  information  préliminaire,  et  ce  qui  peut  s'en  être  con- 
servé aux  archives  nationales,  ne  paraît  pas  avoir  été  examiné 
depuis.  Il  en  est  de  même  des  pièces  qui  doivent  encore  se 
trouver  aux  archives  du  Parlement  de  Grenoble,  où  le  procès 
fut  évoqué.  D'autre  part,  dans  notre  cité  même,  il  se  forma 
bientôt  une  légende  autour  de  ce  nom  honni.  On  s'habitua  à 
prêter  toutes  les  noirceurs  à  un  homme  qui  sans  doute 
exploita  sa  haute  position  sans  scrupules,  qui  abusa  jusqu'à 
l'excès  de  quelques*unes  des  habitudes  les  moins  édifiantes 
de  l'administration  d'alors,  mais  qui,  après  tout,  dut  expier  à 
peu  près  seul  des  fautes  que  certainement  il  n'avait  pas  été 
seul  à  commettre.  Le  secret  de  l'instruction,  le  peu  de  publi- 
cité des  débats  transportés  dans  une  ville  lointaine,  mais 
surtout  la  mort  subite  et  mystérieuse  du  coupable  dans  sa 
prison  de  la  citadelle,  à  l'ouverture  même  du  procès,  four- 
nirent de  nouveaux  aliments  à  la  crédulité  publique.  On 
parla  d'un  empoisonnement,  d'une  exécution  secrète  ordonnée 
directement  de  Versailles.  Rien  n'est  plus  tenace  qu'une 
condamnation  radicale  portée  par  la  voix  publique.  Trente- 
six  ans  après,  lors  du  sac  de  l'hôtel-de-ville,  quand  le  petit- 
fils  du  préteur,  le  maréchal  de  camp  de  Klinglin,  à  cette 
époque  lieutenant  du  Roy  à  Strasbourg,  agit,  comme  agis- 
saient les  autorités  d'alors,  c'est-è-dire  mollement,  il  n'en 
fallut  pas  plus  pour  que  sa  conduite  hésitante  fût  aussitôt 
interprétée  par  l'opinion  dans  le  sens  d'une  complicité  dont 
le  but  eût  été  de  détruire  les  preuves  authentiques  des 
crimes  de  son  père  et  de  son  aïeul.  Quand  il  eut  émigré  lui- 
même  (12  décembre  1792)  et  que  ses  biens  furent  vendus 
au  nom  de  la  nation  (juillet  1793),  les  paysans  d'Illkirch 
achetèrent  le  portrait  du  vieux  préteur,  t  afin  de  conserver 


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DEUX  COMPLAINTES  SUR  F.-J.  DE  KLINGLIN  551 

à  leurs  enfants  les  traits  da  tyran  qui  les  avait  rendus  pauvres 
et  malheureux.  »  Enfin  celui  de  nos  historiens  qui  a  réuni 
le  plus  d'informations  sur  cette  affaire,  J.  Friesé  (il  parait 
avoir  compulsé  avec  soin  les  protocoles  émanés  du  Magistrat), 
a  visiblement  écrit  8a  relation  sous  l'influence  de  la  même 
opinion  préconçue.  Une  révision  impartiale  de  ce  chapitre  de 
notre  histoire  locale,  fondée  sur  l'examen  contradictoire  de 
tous  les  documents  qui  peuvent  en  avoir  survécu,  serait  un 
travail  du  plus  grand  intérêt.  Dans  ce  qui  va  suivre,  je 
me  suis  borné  à  réunir  quelques  notes  pour  orienter  le 
lecteur. 

François-Joseph  de  Klinglin,  baron  de  Hattstatt  \  conseiller 
d'Etat  du  Roy,  conseiller  honoraire  près  le  Conseil  souverain 
d'Alsace,  membre  de  la  Chambre  des  XIII,  succéda  en  qualité 
de  préteur  royal  à  son  père  Jean-Baptiste  de  Klinglin  en 
1725.  Trois  années  auparavant  Louis  XV  lui  avait  assuré  la 
survivance  de  la  charge  paternelle  qui  valait  17,000  livres, 
sans  compter  les  revenus  en  nature.  Il  tirait  en  outre 
16,000  livres  de  diverses  autres  charges.  Ces  revenus,  joints 
à  ceux  de  sa  fortune  patrimoniale,  quelque  considérables 
qu'ils  fussent  pour  l'époque,  ne  suffirent  pas  longtemps  à  ses 
goûts  fastueux.  Le  désordre  se  mit  dans  son  ménage  ^  et  dans 
ses  affaires,  et  il  dut  recourir  à  des  expédients  dont  les 


'  La  famille  de  Klinglin  possédait  les  seignearies  d'Essert  dans  le 
bailliage  de  Delle,  de  Zillisheim  dans  le  bailliage  d'Altkirch,  de  Mun- 
willer  dans  le  bailliage  de  Thann,  de  Bilzenheim,  Holzwihr,  Oberberg- 
heim,  Oberentzen,  Riedwihr  et  Wickerscbwihr  dans  la  seigneurie  de 
Landser,  de  Hœhnheim  dans  la  Basse-Alsace.  Contre  ce  dernier  village 
le  préteur  se  fît  céder  en  1735  par  la  ville  de  Strasbourg  les  communes 
de  GralTenstaden  et  d'Illkirch,  où  il  s'était  fait  bâtir  une  jolie  résidence 
(devenue  plus  tard  la  propriété  Gast).  Cet  échange  onéreux  pour  la  ville, 
fut  annulé  par  acte  du  1*'  février  1765. 

'  Il  vivait  séparé  de  sa  femme,  qui  habitait  Paris.  A  Strasbourg  sa 
maison  était  dirigée  par  des  gouvernantes,  presque  toujours  en  lutte 
avec  son  fils. 


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552  REVUE  d'alsace 

finances  de  la  ville  ne  tardèrent  pas  à  se  ressentir.  Dès  le 
9  mai  1740  nous  le  voyons  aux  prises  avec  plusieurs  membres 
du  Sénat.  Le  26  janvier  1741  les  accusations  contre  lui  se 
renouvelèrent,  et  des  plaintes  furent  portées  à  Versailles. 
Mais  le  préteur  était  trop  bien  en  cour  pour  qu'elles  y  fussent 
aisément  accueillies.  La  brillante  et  ruineuse  réception  faite 
par  la  ville  de  Strasbourg  à  Louis  XV  du  S  au  10  octobre 
1744,  servit  particulièrement  à  le  mettre  en  crédit.  Outre  la 
haute  protection  du  monarque,  il  avait  encore  à  Paris  celle 
de  M"'  de  la  Roche-sur- Yon,  du  ministre  de  la  guerre  comte 
d'Argenson,  dont  l'épouse  était  souvent  chez  lui  en  visite,  et 
du  grand-chancelier  d'Aguesseau.  A  Strasbourg,  il  était 
appuyé  par  le  maréchal  de  Coîgny.  Son  frère,  Christophe  de 
Klinglin,  était  premier  président  du  Cîonseil  souverain  d'Alsace  ; 
sa  sœur,  la  comtesse  douairière  de  Lutzelbourg\  avait  de 
grandes  relations  et  beaucoup  d'influence  dans  le  monde  des 
lettres  et  des  affaires.  Le  baron  de  MuUenheim  était  son 
gendre,  le  maréchal  du  Bourg  son  beau-frère,  et  le  jésuite 
Brenni  son  confesseur.  La  majorité  du  Sénat  était  d'ailleurs 
plus  ou  moins  à  sa  dévotion.  Pendant  neuf  années  les  hosti- 
lités et  les  récriminations  réciproques  se  poursuivirent  avec 
plus  ou  moins  d'éclat.  Des  mémoires  et  de  nombreuses  lettres 
furent  échangés  sans  résultat  entre  le  cardinal  de  Fleury,  le 

^  Elle  monrat  dans  sa  propriété  de  l'Ile-Jars  près  de  Strasboarg  en 
1765,  âgée  de  82  ans.  Voltaire,  qui  était  en  correspondance  assidue  avec 
elle  (voir  sartout  la  correspondance  de  1753-1765),  loi  écrivait  le 
2  septembre  1753  :  «  Je  conclus,  moit  à  faire  élever  un  monument  à  la 
gloire  de  votre  frère,  et  à  recevoir  M.  son  fils  en  triomphe  à  Stras- 
bourg. Tout  ce  que  je  sais,  c'est  que  feu  M.  de  Klinglin  a  rendu,  pen- 
dant trente  ans,  Strasbourg  respectable  aux  étrangers,  et  que  la  patrie 
ne  lui  doit  que  de  la  reconnaissance.  On  dit  que  l'affaire  est  jugée  au 
moment  que  je  vous  écris,  et  j'attends  avec  impatience  le  moment  de 
juger  Tarrèt*  Le  tribunal  des  honnêtes  gens  et  des  esprits  fermes  est 
le  dernier  ressort  pour  les  persécutés.  »  Voltaire  résidait  à  cette 
époque  près  de  Strasbourg,  à  la  ferme  qui  a  gardé  son  nom,  et  qui  a  été 
détruite  pendant  le  siège. 


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DEUX  COMPLAINTES  SUR  F.-J.  DE  KLINGLIN  553 

chancelier  d'Aguesseau,  MM.  d'Ângeryilliers,  de  Breteuil, 
d'Argenson,  le  préteur  et  les  divers  corps  du  Sénat  de  Stras- 
bourg. Enfin  une  imprudence  de  Klinglin  contribua  puissam- 
ment à  le  perdre. 

Il  se  brouilla  avec  une  de  ses  créatures,  Nicolas-Laurent- 
Paul  Beck,  échevin  et  inspecteur  de  la  Chambre  des  gabelles, 
qui  pendant  onze  ans  avait  été  son  homme  d'affaires  et  son 
agent  dans  plus  d'une  entreprise  compromettante.  Pour  s'en 
débarrasser,  il  le  fit  condamner  par  le  Sénat  de  Strasbourg, 
le  19  mars  1749,  aux  galères  à  perpétuité,  comme  détenteur 
de  fausses  clés  d'une  caisse  publique  de  la  ville.  Transporté 
à  Marseille,  Beck  entra  malade  à  Thôpital  de  Saint-Louis-du- 
Parc,  d'où  il  parvînt  à  s'évader  au  bout  de  dix-huit  mois,  et  à 
gagner  la  Hollande.  Une  fois  en  sûreté  à  Amsterdam,  il  y 
publia  un  mémoire  virulent  contre  son  ancien  patron  \  et 
l'envoya  en  grand  nombre  à  Strasbourg.  Klinglin  obtint  un 
ordre  de  saisie  contre  ce  factum;  la  pièce  n'en  fut  que  plus 
recherchée,  et  le  contre>coup  s'en  fit  sentir  jusqu'à  Versailles, 
où  les  affaires  du  préteur  avaient  pris  dans  l'intervalle  une 
tournure  moins  favorable  pour  lui.  Le  contrôleur  général 
Machault  avait  fini  par  prêter  son  appui  aux  accusations 
incessamment  renouvelées  contre  Klinglin.  Le  Conseil  ordonna 
qu'une  vérification  fût  faite  de  l'état  financier  de  la  ville  de 
Strasbourg,  et  Gourchelet,  conseiller  au  Parlement  de  Besançon, 
fut  délégué  à  cet  effet  le  8  janvier  1782.  Le  résultat  d'un 
premier  examen  fut  que  dès  le  22  février,  Moog,  secrétaire 
des  Xin,  Louis  Daudet,  receveur  du  sel  *  et  Jean-Daniel  Cap- 
paun,  receveur  de  l'accis,  tous  trois  compromis  dans  les  mal- 
versations du  préteur,  furent  mis  sous  les  verrous.  Le  25, 
Klinglin  lui-même  fut  arrêté  au  moment  où  il  sortait  de  son 

*  Fin  octobre  1751,  chez  Pierre  Mortier,  Calwerstreet  à  Amsterdam, 
in-folio. 

'  Il  avait  épousé  une  fille  naturelle  du  prétear.  11  fat  acquitté  par  le 
Parlement  de  Grenoble.  Les  deax|aatres  furent  libérés^  Strasbourg  même. 


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554  RBVUB  d'albaob 

hôtel  de  la  rue  des  Juifs  ^  pour  aller  à  une  partie  de  chasse, 
et  enfermé  à  la  citadelle.  Le  20  mars  il  y  fut  rejoint  par  son 
fils  aîné,  François-Ghristophe-Honoré  de  Elinglin,  qui  avait 
été  associé  à  sa  fortune'  et  qui  fut  entraîné  dans  sa  chute. 

Le  28  juin  le  procès  fut  déféré  au  Parlement  de  Grenoble. 
L'instruction  était  terminée,  les  débats  allaient  s'ouvrir  dans 
cette  ville,  et  ordre  avait  été  donné  d'y  transporter  les  accusés, 
quand  le  vieux  préteur  mourut  subitement  dans  sa  prison  de 
la  citadelle  le  6  février  1753.  Le  18  de  gran4  matin,  d'après 
des  instructions  venues  directement  de  Versailles,  le  corps  du 
défunt  fut  expédié  sans  bruit  ni  cérémonie  de  la  citadelle  à 
sa  maison  d'Ulkirch,  où  il  fut  enterré.  Le  fils,  conduit  le  mois 
suivante  Grenoble,  y  fut  condamné  en  septembre  à  la  réclu- 
sion à  vie  au  fort  de  Pierre-en-Gise;  il  y  mourut  quelque 
temps  après. 

Au  dire  du  syndic  royal  de  Spon  et  du  stettmestre  de  Gail, 
Elinglin  aurait  causé  en  vingt-deux  ans  à  la  ville  de  Stras- 
bourg un  dommage  de  plus  de  six  millions  de  livres  tournois. 
Les  revendications  que  la  ville  exerça  contre  ses  héritiers  * 
ne  montèrent  toutefois  qu'à  la  somme  de  640,705  livres,  et 
encore  cessa-t-elle  de  les  faire  valoir  quand  l'état  de  cette 
succession  obérée  fut  mieux  connu.  Elle  insista  seulement  sur 
l'annulation  de  l'échange  consenti  par  elle  en  1735  descom- 


^  Devenu  plus  tard  la  propriété  Laquiante,  aujonrd'hai  rimprimerîe 
Berger-Levranlt.  Le  père  du  préteur  l'avait  acheté  en  1704  des  comtes 
palatins  de  Birckenfeld^ 

•  En  1744  avoeat  général  au  Conseil  souverain  d'Alsace,  en  1747 
stettmestre  et  membre  de  la  Chambre  des  XV.  Depuis  1744  il  avait  la 
survivance  de  la  charge  paternelle  ;  il  l'avait  exercée  à  plusieurs  reprises 
pendant  des  absences  ou  des  maladies  du  père,  et  quand  celui-ci  fut 
arrêté,  il  en  remplit  une  dernière  fois  les  fonctions  du  26  février  au 
20  mars,  jour  où  il  fut  emprisonné  lui-même  sur  un  ordre  direct  de 
Versailles. 

'  Cette  afiEaireîresta  pendante  durant  plus  de  dix  ans,  en  partie  au 
Parlement  de  Grenoble,  en  partie  au  Conseil  souverain  d'Alsace. 


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DEUX  G0MPLAINTE8  SUR  F.-J.  DE  KLmGXJN  5&5 

munes  d'Illldrch  et  Graffenstaden  contre  celle  de  Hœhnheiin, 
et  elle  obtint  satisfaction  sur  ce  point  en  1765.^ 

Les  deux  pièces  dont  suit  le  texte,  doivent  être  du  com- 
mencement de  1753.'  Elles  sont  tracées  sur  six  feuillets  d'une 
écriture  belle  et  soignée  du  temps.  Je  les  reproduis  sans  rien 
changer  à  la  ponctuation  ni  à  l'orthographe. 

Etienne  Babth. 


Hemi  Prstoris  vereweiflungs  worte  in  der  Geflingensoliafit. 

1. 

Die  ihr  dem  falschen  Gluck  der  Welt, 

Euch  bisz  dabien  vertraut, 

Und  wann  Euch  das  Netz  gestellt, 

Niemals  zurûck  geschaut, 

Eomt;  sieht  mich  armen  Menschen  an, 

Der  leyder  allzusp&t, 

Euch  unbesonne  wamen  kan, 

Wie  schnell  das  Gluck  sich  dr&ht. 

Mich  armen*  lachte  auch  das  GlQck, 
Ich  schein  demselben*  Eînd, 
Ich  spOhrte  lauter  Sonnen  Blick, 

'  En  mars  1875,  à  la  vente  de  la  bibliothèque  Bœrsch,  deux  pièces 
mannscrites,  contenant  l'inventaire  des  meubles  et  effets  délaissés  par  le 
préteur,  ainsi  que  le  procès-verbal  de  la  vente  qui  en  fut  faite  le  25  juin 
1753  et  jours  suivants,  ont  été  vendus  chacune  42  fr.  50  c. 

•  La  deuxième  n'a  pu  être  composée  que  du  25  février  au  9  mai,  car 
elle  mentionne  la  présence  à  Strasbourg  du  commissaire  Gourchelet,  qui 
repartit  de  notre  ville  à  la  dernière  date. 
*  Sic. 


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556  REVUE  D* ALSACE 

Verlachte  Sturm  und  Wind, 
Es  trftumet*  mir  in  deszen  Scboosz, 
Von  keinem  Wechszel  nîcht, 
Ich  dachte  du  bist  schon  zu  grosz, 
Mann  scheuet  dein  Ehren  Licbt 

3. 

Ich  wucbsze  last  bey  jedem  Tritt, 

Gantz  scbleunig  und  getrost, 

Das  Gluck  that  mit  mir  keinen*  Schritt 

Es  trug  micb  auff  der  Post, 

Ich  flohe  den  Rageten  gleich. 

Gestirnten  HOben  zu, 

ÂIs  suchte  ich  in  Jovis  Reich, 

Selbst  einen  Sitz  und  Rub. 


Âch  aber,  welcb  ein  Unbestand, 

Gluck  du  verbofftes  Wort, 

Du  reiszest  mîch  mît  stareker  Hand, 

Zur  Citadelle  fort. 

Du  fûhrst  micb  in  die  Veste  bien, 

Wo  micb  kein  Scbwindel  faszt, 

Und  lefztens  ist  das  mein  gewinn, 

Dasz  du  [o  Statt]  micb  fallen  l&stt. 

5. 

Und  acb,  wâr  nur  der  Fall  allein, 

So  wâre  es  noch  gut, 

Docn  acb,  wasz  kônnte  scblimmers  seyn, 

Als  wasz  das  Glilck  mir  thut, 

Micb  stûrtzet  es  so  jftmmerlich, 

Ja  es  erwûrgt  micb  gar, 

Dann  es  wirilt  Erden  Last  auff  micb, 

Wovon  ich  TrSger  war. 


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DEUX  COMPLAINTES  SUR  F.-J.  DE  KLINGLIN  567 

6. 

Ach  meine  Thorheit  weisz  ich  wohl, 

Ich  bin  bey  mir  verkiagt, 

Ich  war  vor  Dunst  und  Nebel  voU, 

lu  dieszes  Netz  gejagt, 

Und  sinn  ich  jetzo  bien  und  her, 

So  war  ich  weiter  nicht, 

AIsz  ein  im  Wein  ersoffener, 

Dem  Witz  und  Liecht  gebricht. 


Jetzt  da  ein  kalter  Todten  Schaume, 
Mir  nieine  Stirne  netzt, 
Erwach  ich  erst  aus  meinem  Traum, 
Gantz  aus  mir  selbst  gesetzt. 
Ist  das  mein  ExceUenzm  Hausz? 
Ist  das  mein  Staat  und  Pracht? 
Nein,  so  sah  es  vor  dem  nicht  aus, 
Wasz  hab  Ich  doch  gemacht; 


Gieng  etwann  ich  berauscht  im  Scblaff, 

Nein,  ich  war  wachend  toll, 

Das  GlOcke  gosze  mir  zur  Straff, 

Das  Maasz  des  Raszens  voU, 

Geitz,  Wohllust,  Hochmuth,  Rachbegierd, 

Und  ungehahmter  Wuth, 

Ach  leyder  diesze  bringen  mir, 

Mein  letzte  Marier  giuth; 


Ihr  Wânde,  die  ihr  mich  umbschiieszt, 

Verbergt  mein  Angesicht, 

Ihr  die  Ihr  mich  bewaliren  miiszt, 


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568  BBVUB  d'alsaoe 

Betracht  mich  keiner  nicht, 
Ach  wftr  ich  Ewiglich  rerhûllt, 
Und  nur  in  meîner  Brust, 
Das  Angedencken  einst  gestiUt, 
Von  dem  wasz  mir  bewuszt. 

10. 

Bald  wird  yon  dem,  wasz  kommen  soll, 

Mein  ângstig  Hertz  geplagt, 

Und  bald  wird  es  von  Schlangen  voll. 

Durch  Sie  in  sich  benagt, 

Mir  stehet  der  VerzweifQung, 

Mit  deren  Ich  biszher, 

OfFt  bisz  zem  kalten  Angstschweisz  rung, 

Kein  Thor  nicht  offen  mehr  ; 

11. 

Mich  drûckt  ein  fressend  wilder  Flach, 

In  meinem  Eingeweyd, 

Ein  faulend  grâszlicher  Geruch, 

Hângt  mir  an  Haut  und  Kleyd, 

Die  Hôlle  dtlnstet  aus  mir  aus, 

Ja  Ihre  Gluth,  und  Pein, 

In  Satans  Dûrstem*  Schweffel  Hausz, 

Ean  nicht  so  brennend  seyn, 

12. 

Dasz  ist  ein  gnugsam  schneller  Todt, 

Mit  dem  ich  werd  gequahlt, 

Wann  kombt  doch  einst  das  Morgenroth? 

Daran  ich  werd  entseelt, 

0  Todt  bring  deine  S&nsz  herbey, 

Ich  glaub  das  ailes  disz^ 

Mir  stiszer  als  das  Leben  sey, 

Ja  Tausendmahl  so  stLsz, 


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DEUX  COMPLAINTES  SUR  F.-J.  DE  KLINGLm  559 

13. 

Mann  triebe  ehmabl  halb  und  halb, 
Mit  mîr  Abgôtterey, 
Âls  wie  mit  Aarom  gtUdenem  Ealb^ 
In  falscher  Schmeicheley, 
Eombt,  scbauet  die  Ihr  bisz  daher, 
Umb  mich  herumb  getantzt, 
Wie  Ihr  mit  Euer  falschen  Ehr, 
Den  Weeg  zum  Todt  mir  pflantzt; 

14, 

ErzOmte  Bilrger,  flucht  mir  nicht, 
Wasz  habt  ihr  doch  daran, 
Ihr  seht  das  Gottliche  Gericht, 
Das  gibt  mir  meinen  Lohn, 
Klagt  Eure  eigne  Brtider  an, 
Mir  flucht  ihr  allzuviel, 
Das  Ich  euch  Bûrgem  Drang  gethan, 
Das  weisz  ihr  Hand  und  Eiehl 


BûrgerliGhe  FroUockung. 

So  stûrtzte  Lucifer  vom  Uiioinel  zn  der  Hdllen, 

Gleich  wie  der  Prœtor  jetzt  von  seinen  Hocbmaths  Wellen 

1. 

So  kombt  ihr  Hôchst  erwûnschte  Leuthe, 
An  den  Euch  lângst  bestimmten  Ort, 
Wohl  an  denn  so  erfûUt  sich  heute, 
Der  Bûrger  ait  und  wahres  Wort, 
Es  geht  der  Krug  so  lang  zum  Brunnen, 
Bisz  er  zuletzt  zum  Scherben  wird, 
Und  so  ist  auch  auff  eins  zerronnen, 
Wasz  Euer  Hertz  im  Schild  geflihrt. 


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660  REVUE  d'alsaoe 


Eombt  legt  der  Ëhrfurcht  stoltze  Fiûgel, 
In  diesze  (MadeUe  bien, 
Hier  setzen  Wind  und  Luflt  euch  Riegel, 
Und  dâmpflfen  den  verdammten  Sinn, 
Ja  diesze  wilde  Gluth  zu  ktthien, 
Ist  unser  Commissaire  bemiiht, 
Ëucb  Schnee  und  Flocken  zuzuspielen, 
Bisz  nichts  in  Eurer  Brust  mehr  glQht. 


Unbandig  wilde  Hocbmutbs  Geister, 
War  Lucifer  der  Finstere, 
So  gar  in  Euren  Hertzen  Meister; 
Dacht  keiner  nicbt  au&s  Kûn£Ftige, 
Ibr  habt  auff  Dampff  und  Dunst  gegrûndet, 
Wie  das  wasz  mann  auf  Menscben  baut, 
Sicb  in  selbst  eigenes  Sturtzen  endet, 
Web,  dem  der  auff  Mmister  traat. 


Euch  ist  es  iraraer*  zu  vergeben, 
Ibr  wusztet  wobl  der  Statt  Ibr  Web, 
Jedocb  ibr  sucbtet  wobl  zu  leben, 
Ob  Statt  und  Freybeit  untergeb, 
Ibr  babt  den  *  Prœlor  zugezimmert, 
Den  Sturmbock  seiner  Meisterscbafft 
Womit  er  fast  die  Statt  zerdrtlmmert, 
Und  Uns  ins  Elend  biengeraflft; 


Scbaut  dieszem  Wolff  habt  ibr  geschwom, 
Und  baffiet  ibn*  mit  Rath  und  Tbat, 
Dem  war  die  Feindschaffl  angebobren, 


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DEUX  COMPLAINTES  SUB  F.-J.  DE  KLINGLIN  561 

Die  Er  zu  jeedem  Burger  hat, 
Das  heiszt  wann  wir  es  recht  betrachten. 
Ich  sags  herausz  ohn  allen  Scheu^ 
Dem  Teuffel  seine  Kinder  schlachten, 
Dasz  mann  bey  Ihm  in  Gnaden  sey  ; 


Ihr  habt  die  Igel  auffgeâschet, 
Die  Er  hernach  Uns  angesetzt, 
Ihr  von  dem  Teuffel  angefrischet, 
Habt  diesen  Tyger  auffgehetzt, 
Ihr  habt  so  Gott  als  Pflicht  vergeszen, 
Ans  einer  rechten  tollen  Wuih, 
Der  Mutter  Eingeweyd  durchfreszen, 
Wie  sonst  die  Bruth  der  Natem  thut. 

7. 

Unseelig,  toll,  yerblende  Leulhe, 
Nun  seht  Ihr  und  empândet  ail, 
Die  Untreu  hab  ich  selbst  zur  Beude, 
Und  hoher  Math  kombt  vor  dem  Fall, 
Es  fallet  jeeder  Stein  zuruck, 
Den  mann  mit  Trotz  gen  Himmel  schmeiszt, 
Und  bricht  den  Schedel  und  Genlicke, 
Der  Eyd  und  Ordnungen  zerreyszt. 

8. 

Gott  schonet  der,  die  nach  euch  kommen, 
Und  trifflts  die,  die  da  schuldig  seyn,* 
Wird  *  keine  Straff  von  Euch  genomraen, 
Und  schlâffet  Ihr  mit  Ehren  ein, 
Die  Nachwelt  wûrde  euch  auffgraben, 
Und  ein  erfaultes  halbes  Aasz, 
Den  Raben  Preîsz  gegeben  haben, 
Das  w&re  blosz  verdientes  Maasz. 

i-  Année.  -  Nouvelle  Série,  36 


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562  REVUE  D' ALSACE 


Es  >rûnscht  die  Statt  euch  keine  Rache, 
Sie  kombt  wohl  selbst  von  oben  her, 
Allein  auch  selbst  des  Prœtors  Sache, 
Macht  Euer  letztes  Urtheil  schwer, 
Der  wird  es  ewiglich  verfluchen, 
Dasz  er  euch  jetzmahls*  bat  gekennt, 
Und  dorten  einst  die  Rechnung  suchen, 
Er  alsz  das  Haubt,  von  euch  der  HILnd, 

10. 

Vermachet  den*  verhasten  Saamen, 
Den  ihr  im  Leben  habt  erzeugt, 
Von  nun  an,  einen  andern  Nahmen, 
Bisz  mann  den  Allen  gar  verschweigt, 
Wann  eure  Kinder  noch  so  heiszen, 
So  mocht  der  Hasz  der  spaten  Welt, 
Sie  unverschuld  ins  Feuer  schmeiszen 
Alsz  die  mann  eures  gleichen  hUlt. 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE 


I.  Alsatia.  —  Nme  Beitrâge  zur  ds&smchen  Landes-^ 
ReehtS'  und  Sittmgeschichtt^  Sprache  und  Litteratur  (1873- 
1874),  par  Auguste  Stœber,  ancien  professeur  au  collège  de 
Mulhouse.  —  Imprimerie  de  E.  Kœnîg,  successeur  de  Risler. 
—  Colmar,  E.  Barth,  libraire-éditeur,  1875.  1  yol.  în-8°  de 
481  pages.  Prix  :  5  francs. 

La  plupart  des  lecteurs  de  la  Revue  d'Alsace  connaissent  la 
belle  collection  de  V Alsatia,  éditée  depuis  de  longues  années  par 
notre  collaborateur.  M.  Auguste  Stœber.  Le  volume  que  nous 
annonçons,  et  qui  a  paru  en  1875  pour  les  années  1878-1874, 
est  certainement  l'un  des  plus  précieux  et  des  plus  intéressants. 
Ce  dixième  volume  de  la  collection  contient  en  effet  des  com- 
munications historiques  importantes,  parmi  lesquelles  il  y  a 
lieu  de  remarquer  spécialement  quelques  poésies  de  Sébastien 
Brant,  fournies  par  M.  le  professeur  Charles  Schmidt;  le 
règlement  de  l'école  des  maîtres-chanteurs  de  Colmar,  fourni 
par  M.  X.  Mossmann  ;  une  poésie  inédite  du  XVI'  siècle  con- 
cernant le  singe  de  l'orgue  et  le  coq  de  l'horloge  de  la  cathé- 
drale de  Strasbourg,  fournie  par  M.  E.  Wendling  ;  le  Pater- 
Noster  des  paysans,  fourni  par  M.  R.  Reuss  ;  un  extrait  de  la 
chronique  d'Ensisheim,  fourni  par  M.  I.  Chauffour,  ainsi 
qu'un  extrait  de  la  chronique  de  F.  E.  Waldner  de  Freund- 
stein  concernant  le  soulèvement  des  paysans  dans  la  Haute- 
Alsace  ;  une  chronique  de  Colmar,  fournie  par  Julien  Sée  ; 
et  beaucoup  d'autres  pièces  fort  intéressantes  à  consulter,  que 
M.  Stœber  doit  à  l'obligeance  patriotique  de  MM.  Albert 
Courvoisier,  Dagobert  Fischer,  Jules  Rathgeber,  Nicolas 
Ehrsam,  Edouard  Ensfelder,  Ingold  et  G.  Bischoff. 


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564  REVUE  D'ALSACE 

Beaucoup  d'autres  documents,  dont  l'énumération  serait  trop 
longue,  accompagnent  les  communications  que  nous  venons 
d'indiquer,  et  contribuent  aussi  à  donner  au  volume  de  1878-74 
un  intérêt  aussi  varié  que  sérieux.  Nous  souhaitons  sincère- 
ment que  l'œuvre  collective  dont  M.  Stœber  est  l'âme,  continue, 
comme  avant  la  guerre,  à  trouver  dans  le  public  alsacien 
proprement  dit,  l'accueil  et  le  concours  patriotique  qui  ne  lui 
ont  jamais  manqué. 


IL  Le  vieux  Mulhouse  à  table.  —  Esquisse  de  momrs 
ëpiUaires  par  Auguste  Klenck,  ancien  professeur  au  collège 
de  Mulhouse  et  membre  de  la  Commission  du  musée  historique 
de  cette  ville.  —  Mulhouse,  imprimerie  de  Veuve  Bader  &  G*, 
i87B.  Petit  in-8''  de  vi-S9  pages. 

Après  le  naufrage,  on  éprouve  de  la  joie  à  retrouver  ceux 
qui  ont  échappé  à  la  mort  physique  et  à  l'anéantissement 
moral.  M.  Klenck,  comme  beaucoup  d'autres  qui  ont  dû  rester 
au  pays  ou  le  quitter,  est  de  ce  nombre,  et  c'est  avec  plaisir 
que  nous  le  retrouvons  s'occupant  du  passé  de  la  ville  dont  il 
doit  aujourd'hui  forcément  se  tenir  éloigné.  —  La  plaquette 
que  nous  avons  à  signaler  est  un  écho  lointain  d'un  travail 
du  même  genre  qui  a  paru  dans  la  Revue  d Alsace  et  quL 
avec  d'autres  travaux,  a  valu  à  son  auteur,  M.  Charles 
Gérard,  autrefois  avocat  à  la  cour  de  Colmar  et  depuis  l'an- 
nexion à  la  cour  de  Nancy,  une  notoriété  et  une  estime  en 
rapport  avec  son  talent  et  son  caractère.  C'est  à  M.  Gérard 
que  M.  Klenck  dédie  son  opuscule,  que  le  public  a  lu  ou  lira 
avec  beaucoup  de  satisfaction. 


IIL  La  première  pierre   de   l'ancienne    église   des 
Dominicains  de  Strasbourg  ou  le  Temple-Neuf,  par 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  565 

M.  A.  Straub,  secrétaire  général  de  Févêché.  —  Strasbourg, 
imprimerie  de  R.  Schultz  &  C',  1875.  Plaquette,  grand  in-8** 
de  15  pages  avec  une  planche. 

On  sait  que  le  chœur  du  Temple-Neuf  était  affecté  à  Tan- 
idenne  bibliothèque  de  la  ville  de  Strasbourg,  laquelle  contenait 
outre  une  immense  collection  de  livres  imprimés,  une  grande 
quantité  de  manuscrits  et  des  richesses  archéologiques  inap- 
préciables ;  on  sait  que  tout  cela  a  été  détruit  par  le  bombar- 
dement commandé  par  Werder,  et  que  le  temple  lui-même 
fut  réduit  en  cendres,  tandis  que  toutes  les  maisons  voisines 
et  contiguës  furent  épargnées. 

En  déblayant  les  décombres  de  l'ancienne  église,  on  décou- 
vrit en  1878  la  première  pierre  de  l'édifice,  posée  le  26  juin 
1254  par  Tévêque  Henri  de  Staleck,  et  dont  la  chronique  de 
Godefroi  d'Ensmingen,  nous  avait  conservé  le  souvenir  et  la 
description. 

M.  Straub  a  eu  la  bonne  pensée  de  saisir  cette  occasion 
pour  nous  donner  un  résumé  chronologique  de  l'histoire  de 
lancienne  église  des  Dominicains  et  une  image  photographiée 
de  la  première  pierre  de  l'édifice,  constituant  ce  qui  nous 
reste  du  monument  qui  faisait  naguère  un  des  principaux 
objets  de  notre  culte  alsacien. 

La  planche  photographiée  de  cette  charmante  plaquette  est 
aussi  faite  avec  autant  de  goût  que  d'amour  ;  elle  est  due  à 
M.  Winter,  dont  nous  avons  déjà  plusieurs  fois  eu  l'occasion 
d'entretenir  les  lecteurs  de  la  Revue, 

M.  Straub  a  fait  suivre  son  excellente  notice  d'un  appendice 
dans  lequel  il  reproduit,  avec  son  exactitude  habituelle, 
diverses  inscriptions  relevées  sur  des  monuments  d'Alsace  et 
constatant  la  date  et  les  circonstances  de  la  pose  des  premières 
pierres.  Ainsi  de  l'église  des  Dominicains  deGuebwiller,  des 
églises  paroissiales  de  Benfeld,  de  Saint-Thiébaut  de  Thann,  de 
l'église  de  Hochfelden,  de  celles  de  Kaysersberg,  d'Osthausen, 


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566  REVUE  D'ALSACE 

de  Wilwisheim,  d'Obernai,  de  Ijaudser  et  de  quelques  autres 
du  pays  de  Bade  qui  ne  peuvent  que  médiocrement  nous 
intéresser  en  Alsace. 


lY.  Das  Sexualverhœltniss  der  Oeborenen.  Heraus- 
gegeben  von  dem  statistischen  Bureau  des  Kaiserlichen  Ober- 
prâsidiums  in  Strassburg.  —  Strasbourg,  imprimerie  de 
R.  Schultz  &C*,  successeur  de  Berger-Levrault,  1875.  In-8°  de 
64  pages. 

Ge  fascicule  officiel  est  le  cinquième  de  la  série  statistique 
publiée  par  la  Présidence  supérieure  d'Alsace-Lorraine.  Dans 
notre  deuxième  livraison  trimestrielle  de  Tannée  courante, 
nous  avons  signalé  les  quatre  premiers,  dont  le  cinquième 
que  nous  annonçons  aujourd'hui  est  le  développement  statis- 
tique de  la  population  par  sexe.  L'auteur  en  déduit  des 
moyennes  dont  il  est  difficile  d'apercevoir  en  ce  moment 
l'utilité  scientifique,  à  moins  qu'elles  n'aient  pour  but  de 
corroborer  la  méthode  du  calcul  des  probabilités.  Comme 
élément  de  comparaison  entre  les  divers  cercles  de  la  province, 
il  y  a  néanmoins  des  faits  positifs  qui  en  ressortent,  et  sous  ce 
rapport  on  conçoit  que  ce  document  ait  une  certaine  utih'té 
pour  une  administration  vigilante. 

Ce  cinquième  fascicule  est,  comme  les  précédents,  imprimé 
avec  soin  et  contribue  à  former  une  série  de  documents  qui 
sera  consultée  avec  fruit  par  les  hommes  qui  se  livreront  à 
des  études  comparatives  embrassant  de  plus  vastes  périodes 
de  notre  vie  provinciale.  —  On  peut  se  procurer  ce  fascicule 
dans  les  principales  librairies  d'Alsace-Lorraine. 


y.  Bulletin  de  la  Société  belfortaine  d'émulation.  — 
Belfort,  imprimerie  de  Pélot  fils,  imprimeur  de  l'administration 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  567 

du  territoire  de  Belfort,  1875.  2*  année,  1874.  1  vol.  in-8^ 
de  xxm-129  pages. 

Nous  remarquons  dans  ce  deuxième  bulletin  divers  travaux 
d'une  certaine  importance.  Un  contrat  de  mariage  en  1335 
fournit  à  M.  Léon  Viellard  l'occasion  de  remarques  fort  inté- 
ressantes au  point  de  vue  historique  et  surtout  au  point  de 
vue  des  valeurs  mobilières  et  immobilières  du  XIT**  siècle, 
comparées  aux  valeurs  actuelles.  Ce  petit  travail  est  fait  avec 
amour  et  avec  exactitude  par  un  nouveau  débutant  dans  la 
littérature  alsacienne.  Il  est  suivi  d'une  note  fort  intéressante 
en  réponse  au  questionnaire  que  Schœpflin  avait  envoyé  au 
jQscal  du  duc  de  Mazarin.  —  M.  Julien  Laurent,  qui  s'occupe 
de  sciences  physiques  et  mathématiques,  donne  ensuite  au 
bulletin  un  essai  théorique  sur  la  dilatation  des  corps.  Une 
note  sur  les  urnes  cinéraires  trouvées  à  Algolsheim  avec  deux 
planches,  d'autres  documents  concernant  le  siège  de  Belfort 
par  les  Suédois,  les  embauchages  en  Alsace  pour  Tarmée  du 
roi  de  Navarre  et  la  formation  d'une  compagnie  de  tireurs  en 
1662,  suivent  l'essai  de  M.  Laurent.  M.  Anatole  de  Barthélémy 
consacre  ensuite  douze  pages  aux  tombeaux  de  l'église  de 
Saint-Dizier  et  y  joint  plusieurs  gravures  sur  bois  qui,  avec  le 
texte  dont  elles  sont  suivies,  complètent  avec  beaucoup  d'au- 
torité les  notices  précédentes  de  l'auteur  sur  le  même  sujet. 
Signalons  encore  une  excellente  notice  de  M.  Dietrich  sur  la 
vierge  des  Trois-Epis.  Au  point  de  vue  de  l'histoire  légen- 
daire, le  travail  de  M.  Dietrich  est  incontestablement  ce  que 
nous  avons  de  plus  exact  et  de  mieux  approfondi  sur  ce 
pèlerinage.  On  y  trouve  des  renseignements  nouveaux  et 
jusqu'à  présent  inaperçus  de  ceux  qui  se  sont  occupés  du 
même  sujet.  Cette  notice  est  accompagnée  d'une  très  bonne 
reproduction  d'une  gravure  sur  bois  du  commencement  du 
XVI*  siècle.  Nous  recommandons  spécialement  la  lecture  de 
la  notice  dont  il  s'agit  à  toutes  les  personnes  qui  sont  en 


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568  REVUE  D' ALSACE 

possession  du  bulletin,  et  nous  terminons  cet  aperçu  bibliogra- 
phique en  disant  que  ledit  bulletin  a  les  qualités  d'ane 
publication  estimable. 


VI.  Alsace  et  Lorraine,  par  M.  Gh.  Boughet,  bibliothécaire 
de  la  ville  de  Vendôme.  —  Vendôme,  imprimerie  de  Lemer- 
cier  et  fils,  1875.  In-8°  de  18  pages. 

Ce  petit  poème,  qui  vient  réclamer  sa  place  dans  Thistoire 
littéraire  et  patriotique  d'Alsace-Lorraine,  a  été  composé  à 
l'occasion  de  la  souscription  nationale  ouverte  pour  hftter  la 
la  libération  du  territoire.  Cette  indication  suffit  pour  per- 
mettre au  lecteur  de  concevoir  une  idée  des  sentiments  qu'il 
exprime,  surtout  quand  nous  aurons  ajouté  que  c'est  un 
dialogue  entre  les  villes  de  Metz  et  de  Strasbourg.  Parmi  les 
nombreux  écrits  concernant  l'Alsace-Lorraine  à  propos  des 
événements  contemporains,  M.  Bouchet  a  droit  à  la  bonne 
place  que  la  Revue  (FAkace  s'empresse  de  lui  faire. 


VII.  Scènes  de  mœurs  colmariennes  du  temps  de  la 
guerre  de  Trente  ans,  par  M.  X.  Mossmann.  —  Colmar,  impri- 
merie de  Veuve  J.-B.  Jung,  1875.  ^-8**  de  88  pages. 

En  classant  nos  archives  communales,  M.  Mossmann  a 
souvent  l'occasion  de  mettre  la  main  sur  des  documents  qui 
offrent  beaucoup  d'intérêt  pour  la  vie  politique  de  l'ancienne 
ville  libre  et  pour  la  biographie  de  personnages  dont  le  nom 
seul  a  passé  dans  nos  annales.  Une  série  de  lettres  émanant 
de  Jean-Henri  Moog  et  de  Jonas  Walch,  représentants  ou 
négociateurs  principaux  de  la  ville  aux  premiers  temps  de 
l'invasion  suédoise,  lui  a  fourni  les  matériaux  de  la  notice 
dont  nous  venons  de  transcrire  le  titre,  et  qui,  en  même  temps 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  569 

qu'elle  nous  fait  mieux  connaître  la  figure  et  le  caractère  des 
négociateurs,  nous  initie  aux  embarras  et  aux  difficultés  qu'il 
&llait  surmonter. 

Cette  notice  est  d'une  lecture  instructive  et  fort  intéressante. 
EUe  forme  une  excellente  page  de  notre  histoire  locale. 


VIII.  Notice  historique  et  généalogique  des  comtes 
de  La  Petite-Pierre,  d'après  des  documents  inédits,  par 
Ernest  Lbhr.  —  Mulhouse,  imprimerie  de  Veuve  Bader  &  C*, 
1874.  —  Strasbourg,  chez  J.  Noiriel,  libraire-éditeur.  In-8"  de 
88  pages. 

Cet  opuscule  contient  l'histoire  de  l'origine  des  comtes,  la 
désignation  des  premiers  comtes  connus,  l'histoire  du  comte 
Volmar  et  de  sa  parenté,  du  comte  Henri,  du  comte  Bourcart, 
un  instant  évêque  de  Strasbourg,  et  des  derniers  Lutzelstein. 
Le  nom  de  l'auteur  suffit  pour  recommander  cette  excellente 
notice  généalogique  au  public  alsacien. 


IX.  a)  Notice  historique  sur  le  couvent  de  la  congré- 
gation Notre-Dame  de  Saveme  ;  b)  Wangenburg, 
Freudeneck,  Schacheneck  et  Haselburg,  par  Dagobert 
Fischer.  —  Strasbourg,  imprimerie  de  Schultz  &  G%  1875. 
Brochure  de  11  et  82  pages. 

Ces  deux  opuscules  continuent  la  série  des  études  que 
M.  Fischer  consacre  avec  une  louable  persévérance  à  l'histoire 
des  institutions  et  des  monuments  de  la  circonscription  reli- 
gieuse et  politique  de  l'ancienne  cité  épiscopale.  Les  deux 
notices  que  nous  signalons  sont,  comme  tout  ce  qui  sort  de 
la  plume  de  l'auteur,  marquées  au  coin  de  l'amour  le  plus 
pur  du  sol  natal,  de  l'exactitude  et  de  la  conscience  apportées 
dans  les  recherches. 


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570  REVUE  D' ALSACE 

X.  Au  moment  de  clore  ce  bulletin,  nous  recevons  un 
volume  consacré  à  un  des  événements  les  plus  tragiques  de 
notre  histoire  de  la  Haute- Alsace,  faisant  autrefois  partie  de 
révêché  de  Bâle.  Cet  ouvrage  a  pour  titre  : 

Histoire  des  troubles  dans  révêché  de  Bâle  en  1740. 
—  Pierre  Péquignot,  par  Acg.  Quiquerez,  ingénieur  des  mines 
du  Jura  bernois.  —  Delémont,  imprimerie  de  J.  Boéchat,  1878. 
1  vol.  in-8''  de  268  pages. 

On  a  demandé  à  M.  Quiquerez,  de  «  consacrer  une  page, 
une  larme  à  un  martyr  de  son  amour  des  libertés  publiques, 
à  Pierre  Péquignot  dont  la  mémoire  n'est  pas  à  réhabiliter 
parce  qu'un  prince-évêque,  Jean-Conrad  de  Reinach,  a  cru  la 
ternir  en  le  traînant  sur  l'échafaud.  » 

C'est  pour  répondre  à  cette  demande  que  le  moderne  et 
intrépide  représen'.ant  du  libéralisme  et  des  libertés  publiques 
au  pays  d'Ajoie  a  entrepris  le  travail  que  nous  annonçons. 

Avant  d'aborder  l'examen  et  l'analyse  des  pièces  du  procès 
intenté  à  Pierre  Péquignot  et  consorts,  M.  Quiquerez  esquisse 
d'une  main  sûre  et  vigoureuse  la  situation  politique  des  villes 
et  des  campagnes  sous  l'autorité  despotique  des  princes  de 
l'église  de  Bâle.  Cette  esquisse,  qui  embrasse  les  premiers 
temps  de  la  constitution  féodale,  s'arrête  naturellement  à  la 
grande  Révolution  française  qui  mit  fin  aux  abus  de  l'arbitraire 
et  de  la  force.  A  l'époque  où  Pierre  Péquignot,  animé  déjà 
du  soufCie  nouveau,  devait  payer  de  sa  vie  l'honnêteté  de  sa 
résistance,  les  divers  Etats  de  l'évêché  étaient  convoqués  par 
le  prince,  mais  ils  ne  formaient  <  qu'une  assemblée  consulta- 
tive en  matière  d'impôts,  dont  le  souverain  dirigeait  les  débats 
et  les  conclusions,  sans  se  croire  tenu  d'une  manière  absolue 
de  s'y  conformer.  »  Une  ordonnance  du  prince  sur  la  tenue  des 
Etats  dit  «  que  les  délégués  ne  prendront  aucune  résolution 


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BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE  571 

et  n*auront  d'autre  pouvoir  que  d'assister  aux  comptes  et 
d'exprimer  un  avis  sur  les  impôts.  »  C'est  cette  prétention 
qui  blessa  les  Etats  et  qui  suscita  la  résistance  dont  Pierre 
Péquignot  et  d'autres  devaient  être  les  victimes. 

M.  Quiquerez  passe  ensuite  aux  documents  du  procès,  et  nous 
en  retrace,  pièces  en  main,  les  diverses  phases  tragiques 
dont  on  ne  saurait  lire,  sans  une  vive  émotion,  le^s  dévelop- 
pements. 

Nous  recommandons  cette  biographie  historique  aux  lecteurs 
de  la  Revue,  et  nous  remercions  M.  Quiquerez  d'avoir  élevé  à 
Pierre  Péquignot  un  monument  digne  de  sa  mémoire  et  qui 
est  la  consécration  solennelle  de  celui  que  la  légende  populaire 
lui  avait  déjà  consacré. 

Noble  victime  d'un  tyran, 
Péqnignot,  brave  paysan, 
Ici,  nous  te  rendons  bommage. 
Que  ton  nom  passe  d'âge  en  âge  ! 


Frédéric  Kurtz. 


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TABLE  DES  MATIERES 

CONTENUES  DANS  LE  TOME  IV  DE  LA  NOXIVELLE  SÉRIE  —  1875 


JANVIER  -  FÉVRIER  -  MARS 


Pages 


Rodolphe  Reuss.  —  Lettres  inédites  de  Louis  XIII,  Louis  XIV, 
du  prince  de  Gondé,  du  duc  d'Ënghien,  etc.,  au  Magistrat  de 
Strasbourg,  relatives  aux  affaires  de  cette  ville  —  1642-1647 

—  Seize  pièces  inédites  et  déchiffrées  par  M.  Reuss  sur  un 
dossier  pourri,  tombant  en  poussière  et  vraisemblablement 
anéanti  aujourd'hui 5-22 

P.-E.  TuEFFERD.  —  Curiosités  de  l'histoire  de  Montbéliard  — 
Mœurs  gastronomiques  et  bachiques  —  Banquets  de  Thôtel- 
de-ville  —  du  château  —  Vins  d'honneur  et  cadeaux  offerts 
aux  personnages  arrivant  à  Montbéliard  —  Festins  du  Conseil 
de  régence  —  Banquets  de  théologiens  —  Largesses  munici- 
pales —  Repas  bourgeois  au  XVIII*  siècle  —  Redevances  en 
victuailles  —  Repas  de  baptême  —  de  fiançailles  —  de  noces 

—  d'enterrements  —  Régime  d'un  comte  de  Montbéliard  -— 
Fêtes  de  villages  —  Parties  de  vignes  —  Heures  des  repas  — 
Vaisselle  —  Habitudes  bachiques  —  Ivrognerie  —  Ordonnances 
contre  les  cabarets  et  l'ivrognerie  —  Droits  sur  les  vins  — 
Nature  des  vins  du  pays 23-^ 

Akthur  Benoit.  —  Collections  et  collectionneurs  alsaciens  — 
1600-1820  —  Antiquités  —  Monnaies  —  Médailles  —  Tableaux 

—  Manuscrits  —  Gravures  —  Curiosités  —  Le  cabinet  Schafe- 
litzky  —  Sébastien  Schag  —  Jacques  Mertel  —  Louis-Balthazar 
Kûnast  —  Daniel  Reichshoffer  —  Rathsamhausen  —  Charles 
Patin  —  Elias  Brackenhoffer  —  Camilly  —  De  Rohan  — 
Corberon  —  Eisenschmidt  —  Walther  père  et  fils  —  Krieger 
et  Herr  —  Jean-Philippe  Bœckler  —  Bartenstein  —  Pierre 
Tschemein,  Delfils,  etc.,  etc 54-79 

Charles  Grad.  —  Le  Foyer  alsacien  —  Légendes  et  traditions 
populaires  —  Les  Nains  du  Hohneck  —  Le  Wormspel,  la 
Wolmsa,  les  trois  jeunes  filles,  Lina,  Marthe  et  Anna  —  Le 
pâtre  Tony  et  son  chien  Moperlé  —  Le  maître  de  la  ferme, 
Mathiss  Ertlé  —  Les  nains,  et  ce  qu'en  disent  les  flieuses  de 
Metzeral,  les  bûcherons  du  Herrenberg  et  les  marquaires  des 
Hautes-Charmes  —  Orage  —  Accident  —  Désolation  —  Tony 
se  console  en  méditant  le  feuillet  d'un  vieux  livre  trouvé  sur 
le  rocher  où  Lina  s'était  souvent  assise 80-103 

F.-J.  Triponé.  —  Faits  mémorables  du  blocus  et  du  siège  de 
Belfort,  du  24  décembre  1813  au  16  avril  1814;  journal  tenu 


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574  REVXTE  d'alsage 

Pages 
par  M.  F.nJ.  Triponé,  décédé  notaire  à  Belfort  et  membre  du 
Conseil  général  du  Haut-Rhin  —  MM.  Legrand,  commandant 
de  la  ville  et  du  château  —  Kail,  colonel  du  ^^  de  ligne  — 
Delorme,  major  du  li«  régiment  de  chasseurs  à  cheval  — 
Labombardière,  commandant  d^artillerie  —  Evénements  jour- 
naliers notés  par  Fauteur  du  ^  décembre  1813  au  16  avril 
18U  —  Texte  de  la  capitulation lOi-141 

X.  MossMANN.  —  I.  Eme  luzernUche  Gesandtschafl  am  Hof  Lud- 
wig  XI.,  par  Th.  de  Liebenau.  —  II.  Complaincte  de  1  Eglise 
fidèle  sur  la  persécution  faicte  à  ses  enfans  dans  le  royavlme 
de  France,  Tan  1551 UWU 

AVRIL  -  MAI  -  JUIN 

X.  MossMANN.  —  Matériaux  pour  servir  à  l'histoire  de  l'invasion 
des  Armagnacs,  tirés  des  archives  de  Colmar  —  Désignation 
des  sources  —  1435-1445  —  Mesures  diverses  prises  par  le 
Magistrat  pour  défendre  la  ville  de  Colmar  —  Dépenses  que 
ces  mesures  ont  occasionnées 145-192 

Arth.  Benoit.  —  Collections  et  collectionneurs  alsaciens,  1600- 
1820  —  Le  cabinet  de  M.  Hermann,  docteur  en  médecine  et 
en  histoire  naturelle  —  Ce  cabinet  devient  la  propriété  de  la 
ville  de  Strasbourg  —  Collections  du  musée  d'Unterlinden  à 
Colmar  —  Le  groupe  allégorique  attribué  à  Lemire,  à  Toccasion 
du  mariage  du  Dauphin  avec  Marie-Antoinette  —  Le  docteur 
Morel  —  M.  Marquaire  —  J.  Billing  —  Galerie  de  tableaux 
de  Mayno  —  Le  cabinet  du  professeur  Oberlin  —  Le  manus- 
crit de  Herrade  de  Landsperg  et  Tabbé  Rumpler  —  Engelhard, 
Dibdin  et  Violet-le-Duc  —  Collections  de  Bogner.  Petersen, 
Rœderer,  Daniel  Lobstein,  Thomas  Lauth,  Bartholdi,  Sébastien 
de  Schauenbourg,  Nestler,  Cadet,  Pasquay,  Brunck,  Schœn- 
laub,  Bouvet,  Laforgue,  Benjamin  Zix,  Ohmacht,  F.  Winckler, 
Ramond  du  Pouget,  Berstett,  Renouard  de  Bussière,  Schnoe- 
ringer,  etc.,  etc 193-219 

Ed  Casser.  —  Les  archives  de  Belfort  en  1731  —  Inventaire  —     • 
Titres  de  Belfort  —  Comptes  —  Justice  —  Titres  concernant 
le  Salbert,  le  droit  de  chasse  —  Acquisitions,  accensement, 
obligations  —  Pièces  diverses  —  Débit  du  sel  —  Titres  origi- 
naux —  État-major,  garnison  —  Procédures 220-231 

P.-E.  TuEFFERD.  —  Curiosités  de  Thistoire  de  Montbéliard  — 
Tribunaux  —  Législations  —  Epreuves  judiciaires  —  Enfants 
difformes  —  Juifs  et  usure  --  Droits  seigneuriaux  curieux  — 
Divertissements  —  Messe  de  minuit  —  Noël  —  Nouvelle  année 

—  Fête  de  mai  —  Visites  nocturnes  —  Mont-Bart,  Campe- 
nottes— Ajoulotte  —  Représentations  dramatiques  —  Bouffons 
Tournois  —  Pas  d'armes  —  Tir  —  Milice 232-262 

Dagobert  Fischer.  —  Recherches  sur  les  revenus  de  Tévêché 
de  Strasbourg  et  état  de  ses  recettes  et  dépenses  —  Désignation 
du  domaine,  ses  produits,  ses  dépenses 26^278 

Fréd.  Kurtz.  —  Bulletin  bibliographique  :  L  Projet  de  couron- 
nement de  la  coupole  du  chœur  de  la  cathédrale  de  Strasbourg 

—  II.  Notes  du  stettmestre  Jean  Joner  de  Colmar  —  III.  Mé- 


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TABLE  DES  MATIÈRES  575 

Pages 
morial  d'Ambroise  Muller  —  IV.  Germania  nova  de  Thomas 
Murner  —  V.  Nouvelle  édition  du  Lundi  de  Pentecôte  —  VI. 
Recensement  de  la  population  d'Alsace-Lorraine  et  hydrogra- 
phie du  Rhin  et  de  la  Moselle.  —  VII.  Les  Ecorcheurs  — 
VIIL  Bulletin  de  la  S^iciété  d'histoire  naturelle  de  Colmar  — 
IX.  Actes  de  la  Société  d'émulation  de  Porrentruy  —  X.  Curio- 
sités de  voyages  en  Alsace  —  XI.  Bibliographie  alsacienne  — 
XII.  Histoire  de  la  ville  de  Saverne,  etc.,  etc 27^288 

JUILLET  -  AOUT  -  SEPTEMBRE 

Dagobkrt  Fischer.  —  La  dissolution  de  Tordre  des  Jésuites  en 
Alsace  —  1762-i7G4  —  Résistance  du  Conseil  souverain  — 
Sa  soumission  à  Fédit  —  Ecrit  clandestin  attribué  à  tort  à  M. 
de  Boug  —  Son  véritable  auteur  —  Exécution  des  mesures 
prescrites  —  Historique  de  la  maison  de  Strasbourg  —  du 
eollége  de  Molsheim  —  du  collège  de  Hagenau  —  du  collège 
de  Schlestadt 289-322 

P.-E.  TuEFFERD.  —  Curiosités  de  Thistoire  de  Montbéliard  — 
Suite  et  fin  —  IV .  Poids  et  mesure  —  V.  Le  luxe  à  Montbéliard 
et  à  la  campagne  —  Carrosses  —  Intérieur  et  ameublement 
d'une  maison  bourgeoise  —  Intérieur  d'une  habitation  de 
paysan  —  Vêtement  et  mobilier  d'un  serf  —  Intérieur  du  châ- 
teau de  Montbéliard  à  la  fin  du  XIH«  siècle  —  VI.  Traditions 
et  légendes  —  L'esprit  du  château  de  Maiche  —  Les  Dames 
vertes  du  château  de  Clémont  et  de  la  combe  d'Hyan  —  La 
Dame  blanche  du  château  de  Montbéliard  —  La  tante  Arie  et 
les  fées  —  LVsprit  de  Vau  près  de  Clay  —  Superstitions  de 
Longres  —  Légende  du  Pont  Sarrazin  —  Légende  de  Sainl- 
Maimbœuf  —  Légende  de  Saint-Dizier  —  Pierre-qui-tourne 
deChampey 323-346 

A.  DuvERNOY.  —  Les  Montbéliards  en  Palestine  —  Faits  et 
gestes  de  divers  membres  de  la  maison  de  Montbéliard  dans 
l'histoire  des  croisades 347-379 

Arth.  Benoit.  —  Collections  et  collectionneurs  alsaciens,  4600- 
1820  —  Deuxième  suite  et  fin  —  Les  professeurs  Schurer, 
Oberlin  —  Le  docteur  Grimm,  sa  description  du  palais  épis- 
copal  —  Une  maison  de  la  rue  de  la  Nuée-Bleue  —  Portraits 
de  l'astronome  Keppler,  de  Louis  XIV,  de  l'électeur  palatin  — 
Les  tableaux  de  l'abbé  Rumpler  —  Le  trésor  d'un  citoyen  de 
Strasbourg  —  Galeries  de  familles  dans  quelques  châteaux  — 
M«»«  de  Lutzelbourg  et  Voltaire  —  La  galerie  Saint-James  à 
Londres  et  ses  portraits  alsaciens  —  Les  portraits  du  musée 
de  Strasbourg  —  Galeries  du  comte  Fries,  de  G'sell  à  Vienne 

—  La  collection  d'armes  à  Loutherbourg  —  Les  ornithologistes 
Walther  et  Baldner  —  Le  catalogue  Grauel  —  Le  théâtre  ana- 
tomique —  Le  cabinet  d'histoire  naturelle  du  docteur  Corvinus, 
de  MM.  Fee,  Eckel,  etc.  —  Le  Gimpelmarck  —  Emove  B,  Zix 

—  Notes 380-403 

Ch.  Grad.  —  Le  foyer  alsacien  —  Légendes  et  traditions  popu- 
laires —  XI.  Chasse  maudite 404-415 

X.  MossHANN.  —  Matériaux  pour  servir  à  l'histoire  de  l'invasion 


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576  REVUE  d'âlsacb 

Pages 

des  Armagnacs,  tirés  des  archives  de  la  ville  de  Ck>lmar  — 
Première  9uUe 41^432 

OCTOBRE  -  NOVEMBRE  -  DÉCEMBRE 

Dàgobert  Fischer.  —  La  dissolution  de  Tordre  des  Jésuites  en 
Alsace  —  Suite  et  fin  —  Le  collège  d'Ensisheim  —  Le  collège 
de  Golmar  —  Le  collège  de  Rouffach  —  Le  couvent  de  Saintr 
Ulrich  —  Le  prieuré  de  Saint-Morand  —  Etat  des  Jésuites 
résidant  en  Alsace  et  recevant  une  pension  en  1765  —  Le 
collège  de  Bouquenom  —  Histoire  de  cet  établissement 433462 

Adg.  Quiquerez.  —  Franquemont  —  Le  seigneur  et  le  curé  — 
Histoire  de  la  seigneurie  et  des  seigneurs  —  Franquemont  est 
pris  par  Tèvéque  de  Bâle  -—  Franquemont  est  vendu  par 
1  èvêque  et  érigé  ensuite  en  baronie  —  Privilèges  et  immunités 
du  curé  —  Condition  des  sujets  —  Les  impôts  qu'ils  payaient 

—  Mœurs,  croyances,  superstitions,  etc.,  etc 463-474 

Cl.  Dcvernoy.  —  Les  Montbéliards  en  Palestine  —  SiUte  et  fin 

—  Mariage  de  Frédéric  II  avec  Jolande,  tille  de  Jean  de  Brienne^ 
roi  de  Jérusalem  —  Frédéric  dépossède  le  roi  Jean,  le  défait 
avec  le  concours  des  croisés  allemands  et  le  force  à  rentrer  en 
France  —  Le  roi  Jean  défait  les  ennemis  de  Tempire  latin  avec 
le  concours  des  croisés  allemands  —  La  Palestine  sous  Tadmi- 
nistration  de  ceux-ci  —  Eudes  de  Montbéliard  —  Il  se  fait  resti- 
tuer Jérusalem,  Bethléem  et  Nazareth  —  Son  histoire  comme 
guerrier  —  Evénements  de  Chypre  —  La  part  des  Monibéliards 

—  Les  Ibelins  et  les  impériaux  —  Eschive  de  Montbéliard  — 
Les  hospitaliers  de  Saint^ean  de  Jérusalem  —  L'art  en  Pales- 
tine —  Les  monuments  élevés  par  les  Lusignans  —  Départ 
pour  la  Palestine  de  Thiébaut  de  Navarre,  des  ducs  de  Bour- 
gogne et  de  Bretagne,  etc.,  etc 47&-519 

Ch.  Grad.  —  Le  mouvement  scientifique  en  Alsace  —  M.  G.-A. 
Hirn  et  ses  travaux  de  physique 520-540 

X.  MossMANN.  —  Matériaux  pour  servir  à  Thlstoire  de  l'invasion 
des  Armagnacs  en  Alsace,  tirés  des  archives  de  la  ville  de 
Colmar  ~  Suite  et  fin 541-548 

Etienne  Barth.  —  Deux  complaintes  sur  la  chute  du  préteur-roy 
F.-J.  de  Klinglin  —  Historique  des  causes  du  procès  intenté 
au  préteur  à  Strasbourg  —  Sa  mort  dans  la  prison  de  Grenoble 

—  Texte  des  deux  complaintes 540-502 

Fréd.  Kurtz.  —  Bulletin  bibliographique  —  I.  Alsatia  pour 

1873-1874,  A.  Stœber  —  U.  Le  vieux  Mulhouse  à  Ublc, 
A,  Klenck  —  lU.  La  première  pierre  de  Tancienne  église  des 
Dominicains  ou  le  Temple-Neur  de  Strasbourg,  A.  Straub  — 
IV.  Développement  statistique  de  la  population  d'Alsace-Lor- 
raine —  V.  Bulletin  de  la  Société  belfortaine  d'émulation  — 
VI.  Alsace-Lorraine,  Ch,  Bouchet  —  VU.  Scènes  de  mœurs 
colmariennes,  X  Mossmann  —  VIU.  Généalogie  des  comtes  de 
la  Petite-Pierre,  E.  Lehr  —  IX.  Congrégation  de  Notre-Dame 
de  Saveme,  Wangenburg,  Freudeneck,  etc.,  D,  Fischer  — 

X.  Troubles  dans  l'èvèché  de  Bâle,  Aug.  Quiquerez 563-571 

Table  des  matières  de  l'année  1875 572-576 


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